ARMIDA AL CAMPO D'EGITTO

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Giovanni Palazzi
 
ORCHESTRE

Concerto Italiano
CHOEUR

DIRECTION

Rinaldo Alessandrini

Armida

Sara Mingardo

Califfo

Furio Zanasi

Osmira

Monica Bacelli

Erminia

Raffaella Milanesi

Emireno

Marina Comparato

Adrasto

Romina Basso

Tisaferno

Martin Oro

DATE D'ENREGISTREMENT

2009

LIEU D'ENREGISTREMENT

ENREGISTREMENT EN CONCERT

non

EDITEUR

Accent

DISTRIBUTION

Naïve

DATE DE PRODUCTION

13 avril 2010

NOMBRE DE DISQUES

3

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"Dans une discographie vivaldienne de plus en plus fournie, Armida avait été jusqu'ici écartée, sans doute parce que les actes I et III étaient les seuls à nous être parvenus, Rinaldo Alessandrini a néanmoins décidé de s'atteler à la tâche, avec le concours du musicologue Frédéric Delaméa. Il a ainsi reconstitué le deuxième acte à partir du livret, de trois airs originaux préservés dans des partitions ou recueils, de quelques emprunts à d'autres opéras de Vivaldi et de récitatifs de sa main, Le résultat est convaincant, donnant à l'œuvre un aspect cohérent et équilibré. La partition, dans son ensemble, ne manque pas de qualités. Si elle ne comporte pas de grand morceau d'anthologie, elle affirme une respiration réelle ; la variété des affects est parfaitement illustrée de bout en bout, et le fait que l'orchestre soit presque exclusivement composé de cordes n'est jamais source de lassitude.

Et pourtant cette Armida n'arrive pas à nous captiver totalement. Malgré l'engagement de tous les solistes dans les récitatifs, on a l'impression, en écoutant les airs, d'assister à un joli concert alors qu'on aimerait se dcroire au théâtre. A priori la distribution n'est pas en cause. D'un bon niveau global, on détachera d'abord Sara Mingardo, voix toujours somptueuse, musicienne accomplie et interprète de talent. Une mention également pour Romina Basso et dans une moindre mesure, pour le contre-ténor Martain Oro, qqui tire le meilleur de moyens assez limités. Seul point faible, l'Osmira de Monica Bacelli, à la voix sans charme et au chant médiocre.

Non pour trouver le responsable de ce déficit dramatique, c'est sans doutedu côt du chef qu'il faut se tourner. Rinaldo Alessandrini dirige ses troupes avec précision et musicalité, mais il ne semble jamais vouloir être partie prenante du drame, agissant davantage en commerçant talentueux qu'en artisan. Les da capo, en plus, ne sopnt pas très intéressants, et la prise de son manque de relief. Une redécouverte intéressante, donc, mais frustrante."

L'unité dramatique grâce à la restitution du II, l'incarnation sincère de Sara Mingardo dans le rôle titre qui fait d'Armida, une Alcina avant l'heure, magicienne vouée à l'impuissance malgré ses tours et "enchantements" (plutôt manigances), la contribution de Marina Comparato ou de Raffaella Milanesi (Erminia) sauvent une lecture habitée bien que parfois terne, révélant la veine du Vivaldi, quadragénaire en 1718.

Dans ses plus récentes gravures, il manque toujours à la direction de Rinaldo Alessandrini tout ce que son compatriote, vivaldien échaudé, Fabio Biondi (voir son Bajazet magistral chez Virgin classics), ce risque et cette audace qui font basculer une lecture honnête et impliquée... en feu palpitant. On voit combien ce pari des contrastes entre l'extrême douceur sensuelle ou poétique et la rage haineuse ou militaire, apporte de bénéfices dans l'opéra vivaldien, - l'un des plus riches en climats et effets audacieux!-, chez Spinosi, heureux faiseur de miracles dans cette intégrale captivante portée par Naïve. Le présent volume est déjà le numéro 13. Or contrairement à son Olimpiade (également gravée chez Naïve), Armida paraît moins aboutie instrumentalement, plus terne d'un bout à l'autre quant à la caractérisation des atmosphères (Vivaldi, roi des Quatre Saisons, reste quand même inégalé dans l'art des paysages musicaux). Etonnant constat de semi déception quand on pense au travail du chef dans la restitution de ce nouveau coffret opératique.

Pour cette Armida égyptienne, Rinaldo Alessandrini fait ce qu'on attend de lui sans nous surprendre: un geste clair, précis, certes construit mais en rien fulgurant et plutôt avare en souffle. Le continuo aborde tout épisode, de la même façon sans guère varier les climats: que la tenue du premier air du Souverain égyptien, Califfo (Furio Zanassi), est haché et systématique ("So che combatte ancor...": d'un martèlement martial sans aucune surprise ni nuance).

Face à Armida (créé pour le Carnaval vénitien au Teatro San Moisè en 1718), dernier opéra inédit au disque, l'interprète est confronté à un cycle incomplet (manque tout l'acte II) que le chef, passionné en diable, reconstitue, écrivant choeurs et récitatifs (sur une musique de son inspiration!, à l'instar de Jacobs quand il réarrangeait à son heure, les opéras de Cavalli), réassemblant dans un ordre le plus vraisemblable possible (pas facile cependant pour un livret passablement alambiqué du poète librettiste Palazzi), de nombreux airs (11 en totalité) préexistants dans d'autres opéras afin de réussir au final une totalité cohérente qui fasse sens.

Magicienne rancunière et amoureuse tenace, Armida conspire contre celui qui n'aura cédé à ses avances que l'espace d'un songe, Renaud. La coquette humiliée manipule en Egypte le Roi Califfo et les guerriers Emireno et Adrasto à seul fin de conquérir Jérusalem et asséner à l'ignoble chevalier, une déculottée vengeresse; ici, les sentiments dirigent guerre et politique. L'empire des désirs et des désillusions, apportant haine et jalousie, brosse un tableau parfaitement fidèle à la source littéraire de l'opéra: La Jérusalem délivrée du Tasse. Avant Orlando, traité deux fois par Vivaldi, Armida fixe déjà le génie inventif, et la sensibilité passionnelle du compositeur passionné de drame et de voix.

Reste heureusement l'implication des chanteurs: certains solistes rehaussent la tenue interprétative du coffret. Evidemment l'Armida de la contralto, sombre, agitée, en proie aux doutes, à l'effroi d'une solitude crainte, Sara Mingardo peint de la manipulatrice un portrait versatile et nuancé, finalement très humain: contradictoire, inspirée par la haine et l'humiliation. Bel Emireno de la mezzo Marina Comparato, au vibrato tendre et palpitant, parfaitement projeté et articulé, plus convaincante et dramatique que ses consoeurs: l'Adrasto de Romina Basso, et l'Osmira de Monica Bacelli (bien fatiguée). Blessure fluide et ligne vocale liée parfaitement couverte dans l'air de Tisafermo (le seul emploi pour contre-ténor, ici, Martin Oro): "Quando in seno alla tua bella" (plage 24, acte II, scène 9)...

Tout n'est donc pas à rejeter dans ce nouvel opus vivaldien. L'unité dramatique grâce à la restitution du II, l'incarnation sincère de Sara Mingardo dans le rôle titre qui fait d'Armida, une Alcina avant l'heure, magicienne vouée à l'impuissance malgré ses tours et "enchantements" (plutôt manigances), la contribution de Marina Comparato ou de Raffaella Milanesi (Erminia) sauvent une lecture habitée bien que parfois terne, révélant la veine du Vivaldi, quadragénaire en 1718."

"Dans la carrière de Vivaldi, cette Armida appartient à une époque de transition : c'est, pour lui, dans un contexte d'intense compétition entre les théâtres vénitiens, l'apogée de son succès et, bientot, l'entrée au service du gouverneur d·'Autriche, et l'essor européen. L'opéra raconte la suite de l'épisode bien connu de la séducction ratée de Rinaldo : pour se venger de ce dernier, et en usant de ses charmes, l'ensorceleuse tente de convertir à sa cause tous les princes de la région. Comme à l'accoutumée, l'œuvre mélange les tons (sentimental, comique, etc.) et, dans le cadre d'une orchestration asssez sobre, varie subtilement les formes (au-delà de l'inévitable da capo). Le deuxième acte ayant été perdu, le chef a été contraint, pour combler le manque, d'accomplir un inntense travail de « pastiche » (adaptation de pages issues d'autres œuvres) et de composition « à la manière de ». Qualité et défaut simultanément: Alessandrini est aux antipodes d'un Biondi ou d'un Spinosi. L'intense expressivité qui, chez ceux -là, finit parfois par lasser, devient soudain très désirable ici. L'ensemble est certes subtil et musical, mais il a aussi un peu trop tendance à épouser les contours d'une miniature délicate et ajourée. Cette propension, on la retrouve d'ailleurs chez les chanteurs, qui donnent souvent l'impression, en même temps qu'un évident souci de la nuance, de ne jamais trop vouloir y toucher. Si bien que, sans s'ennuyer vraiment, on finit par trouver cela tout à la fois charmant et frustrant. D'autant que la distribution va du très bon (Mingardo, Oro), au plus faible (Bacelli, Zanasi). Opus en demi-teinte, donc."

"Armida al campo d'Egitto, parvenu en état fragmentaire, amputé de son acte II, restait le dernier opéra de Vivaldi inédit au disque. Pour Rinaldo Alessandrini, reconstituer les récitatifs de la partie manquante, composer ex nihilo des chœurs et insérer, avec les conseils de Frédéric Delaméa, les airs séparés idoines, était un challenge excitant, dont il se sort en expert. Il parle presque sans accent la langue de première période du Vivaldi opériste, qui fait en 1718 son miel d'un livret alambiqué, composé sur mesure pour lui.

Le poète Palazzi retient des péripéties accessoires de la Jerusalem délivrée du Tasse. Ici, point de Renaud, point de Tancrède ; la belle princesse magicienne Armida (Sara Mingardo, sublime de rouerie comme une Alcina, mais à laquelle elle confère une noble carrure de Judith) veut se venger de Renaud qui n'osa succomber à ses charmes que le temps d'un songe. La trame astucieuse narre ses manœuvres perverses pour convaincre le roi d'Egypte, Califfo (Furio Zanasi, à l'autorité bien fatiguée) de prendre Jérusalem et pour séduire ses guerriers Emireno (Marina Comparato, un peu impersonnelle, mais solide), Adrasto (voluptueuse Basso au velours sombre) et Tisaferno (Martin Oro, étonnant de sensibilité). Le marivaudage héroïque mâtiné de poème épique correspondait, en fait, à l'idéal d'expression dramatique du jeune Vivaldi, qui trouvera son point d'orgue avec Orlando.

A notre grande déception, cette Arrmida ne décolle pas vraiment. Le plateau est inégal certes, les secondes donne Ossmira et Erminia ne brillant guère par leur caractère, mais surtout, le tissu dramatique tissé par Alessandrini manque de constance. Dans le continuo d'abord, rythmé et succulent en I.12 ou III.2, quand Armida joue au chat et la souris avec Emireno ou Adrasto, mais ailleurs au bord de l'inertie (en I.4 ou III.7). Inspiration fluctuante dans les airs, aussi. Pour ceux d'Adrasto et Tisaferno, le Concerto Italiano est comme on l'aime, passionnant et habité. Moins investi ailleurs, jusqu'à la neutralité élégante (pour Emireno ou Ossmira), il (s')ennuie. La flamme vacille vite, chez Vivaldi, si la passion défaille."

 

 

 

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