"Opéra anglais" en trois
actes, sur un livret de Arne d'après Métastase.
Représenté au Covent Garden de Londres, le 2
février 1762, avec Nicolo Peretti , castrat alto (Artaxerxes),
John Beard, ténor (Artabanes), Giusto Ferdinando Tenducci,
castrat soprano (Arbaces), Charlotte Brent, soprano, maîtresse
de Arne (Mandane), Mlle Thomas, soprano (Semira), George Mattocks,
ténor (Rimenes).
En 1763, le rôle de Mandane
était tenu par Mlle Potier.
L'opéra, premier opera
seria en langue anglaise, et le seul de Thomas Arne, se maintint au
répertoire jusqu'au XIXe siècle. Le rôle de
Mandane fut tenu par Elizabeth Billington (1765-1818) et Elizabeth
Mara.
Reprise à New York le 31
janvier 1828, dans une révision de C. E. Horn, avec Hacket,
Sharpe, Austin.
Personnages : Artaxerxes, prince puis roi de Perse, épris
de Sémira ; Artabanes, général en chef, favori
de la famille royale, père d'Arbaces et de Semira ; Arbaces,
ami d'Artaxerxes, épris de Mandane ; Rimenes,
général de l'armée, confident d'Artabanes ;
Mandane, soeur d'Artaxerxes, éprise d'Arbaces ; Semira, soeur
d'Arbaces, éprise d'Artaxerxes
Synopsis
Acte I
Au petit matin, la princesse
Mandane, fille de Xerxes, roi de Perse, se sépare de son
amoureux Arbaces, fils d'Artabanes, commandant de la garde royale. En
dépit de l'amitié que lui porte le prince Artaxerxes,
fils du roi et frère de Mandane, Arbaces a été
chassé de la cour pour avoir courtisé la princesse.
Prenant prétexte de cet acte, Artabanes, qui convoite le
trône, tue le roi, en demandant à son fils Arbaces
d'emporter l'épée ensanglantée. Le jeune homme
s'enfuit, désespéré (Amid a thousand racking woes), tandis qu'Artabanes accuse Darius, frère
d'Artaxerxes (Behold, on Lethe's
dismal Strand). Tout à sa
vengeance, Artaxerxes repousse l'amour de Semira, fille d'Artabanes
et soeur d'Arbaces. Artabanes annonce àArtaxerxes qu'il vient
de venger le sang de son père en tuant Darius. Ce n'est que
trop tard que Semira vient disculper Darius, en informant Artaxerxes
que les gardes ont saisi le véritable assassin qui portait
toujours l'instrument de son crime. Contrairement à Artabanes,
elle ignore qu'il s'agit d'Arbaces. Celui-ci ne peut se
défendre en accablant son père, qui feint l'horreur et
le renie. Mandane tourne le dos à son amant,
désespéré (Oh,
so lovely).
Acte II
Ayant obtenu d'Artaxerxes le
privilège d'interroger son fils, Artabanes lui ordonne de
rejoindre les rebelles afin de renverser le pouvoir royal. Arbaces
refuse (Disdainful you fly
me). Artabanes demande alors
à son confident Rimenes de tuer Artaxerxes, en lui promettant
la main de Semira. Cherchant conseil auprès de Mandane, Semira
la découvre résolue à punir Arbaces. À la
stupéfaction générale, Artaxerxes confie
à Artabanes la charge de juger son propre fils. Sans
hésiter, Artabanes condamne Arbaces à mort. Arbaces
accepte la sentence, au désespoir de Mandane qui condamne le
père indigne (Monster,
away!), tandis que Semira refuse
d'adresser la parole à son bien-aimé Artaxerxes. Mais
Artabanes est bien décidé à sauver son fils.
Acte III
Artaxerxes visite Arbaccs dans sa
prison, pour lui indiquer le chemin de l'évasion
(Water parted from the
Sea). Ayant trouvé le cachot
vide, Artabanes croit Arbaces mort (O
much lov'd son). Il prête
d'autant mieux son oreille à Rimenes qui propose de venger son
fils en tuant Artaxerxes lors de son couronnement. Ne pouvant quitter
le palais sans voir Mandane, Arbaces surgit dans ses appartements,
provoquant à la fois terreur, joie et répulsion. Lors
de la cérémonie du couronnement, Artabanes tend
à Artaxerxes la coupe sacrée remplie de poison. Avant
que le prince ne la vide, Semira apporte la nouvelle d'une attaque
des rebelles, commandés par le traître Rimenes.
Après la défaite d'Artabanes, Arbaces tue Rimenes et
obtient la reddition de ses troupes. Artaxerxes ne peut plus croire
qu'Arbaces soit le meurtrier de son père, tandis que Mandane
triomphe (The Soldier tir'd of War's
Alarms). Afin de l'accueillir
à nouveau parmi ses soutiens, Artaxerxes tend à Arbaces
la coupe fatale. C'en est trop même pour Artabanes, qui avoue
tous ses crimes. Arbaces obtient grâce pour son père et
la main de Mandane, tandis qu'Artaxerxes peut enfin saisir celle de
Semira. (Mille et un opéras -
Fayard)
"L'ambition de ce seul
héritier de Haendel était la réalisation d'un
opéra seria à l'anglaise, qui aurait réuni les
séductions du melodramma italien (virtuosité vocale,
tension dramatique), et les atouts du genre national (texte
intelligible, mélodies du terroir)" (Diapason - juin
1996)
"Thomas Arne appartient à la
génération suivant celle de Haendel. Il connut deux
carrières successives : la première de type haendelien,
et la seconde, vers 1760, par laquelle, grâce au style galant
florissant en Europe, il tenta d'acclimater outre-Manche l'opera
buffa et l'opera seria à la langue anglaise. Le disparate
Artaxerxes répond à cette dernière
catégorie. Quoique obédient au paradigme de l'opera
seria, il en enfreint sans cesse les rigoureux codes et
règles. Il n'est pas question de reprocher à Arne de
faire évoluer une forme musicale. Mais au moins faut-il que
l'oeuvre achevée trouve son unité, et ne soit pas une
récollection de numéros et de formes. La bigarrure que
l'opera buffa requiert ne convient absolument pas à l'opera
seria.
Pourtant, Artaxerxes ne manque
pas d'atouts un orchestre opulent (à côté des
cors et des trompettes, les bois y sont par deux, y compris les
clarinettes), de belles arie (" Why is Death for ever fate", acte
III, 1), une réelle volubilité vocale et
l'indéniable savoir-faire de son auteur. Mais l'ouvrage
claudique, à cause d'une inadéquation de tempo
dramatique entre musique et livret. Ce dernier nécessite un
empan supérieur à ses quelque deux heures et quart
finales. Arne prend en permanence la poste : récitatifs
négligés parce que trop resserrés (ils ne
permettent ni une pleine exposition de l'action, ni l'installation de
climats différenciés), arie amputées de la
reprise, voire de la partie B (inaboutis, ils ne laissent pas le
temps aux affects de s'exprimer, ni aux chanteurs de faire valoir
leur art). Privé de sa nécessaire ampleur, cet
opéra semble revêtu d'un costume strict et ample, que
des étoffes trop légères rendent fragile. Cet
Artaxerxes fait penser à ces films conçus pour
plusieurs heures, qu'un raccourcissement fait percevoir pour plus
longs que l'original." (Opéra International - avril
1996)
"La célébrité de cet
opéra de 1762 s’est perpétuée jusqu’à nos
jours grâce à l’interprétation de quelques
airs pour soprano colorature par Joan Sutherland (dont l’air final de
Mandane « The soldier tir’d » fut l’un des grands
succès pyrotechniques), Beverly Sills ou, plus près de
nous, Yvonne Kenny. Au-delà de certains airs virtuoses,
l’oeuvre sans doute le seul opera seria purement anglais — fut le
plus grand succès des scènes londoniennes jusqu’au
milieu du XIXe siècle, grâce à des
mélodies délicieuses et à une orchestration
recherchée (où les vents ont un grand rôle,
jouant même sans les cordes pour évoquer le lever du
jour au début de l’acte 1), grâce aussi à une
élégance charmeuse où se combinent la noblesse
du genre sérieux et le style galant de l’époque. (Guide
de la musique ancienne et baroque)
Londres - Covent Garden -
Linbury Studio Theatre - 30 octobre, 1er, 3, 5, 7, 10,
12, 14 novembre 2009 - Orchestra of the Classical Opera Company -
dir. Ian Page - mise en scène Martin Duncan -
décors, costumes Johan Engels - lumières Nicholas
Michaletos - avec Christopher Ainslie (Artaxerxes), Elizabeth
Watts (Mandane), Andrew Staples (Artabanes), Caitlin Hulcup
(Arbaces), Rebecca Bottone (Semira), Steven Ebel (Rimenes) -
version Ducan Druce et Ian Page