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Zurban.com - 4 août 2003 "En truffant une comédie musicale du XVIe siècle d'allusions à notre époque, la troupe du Carrosse d'or nous offre le premier rire de l'été. Pour égayer son théâtre, Paris a souvent appelé à l'aide les comédiens transalpins. S'ils ne sont qu'à moitié Italiens, les baladins qui s'installent pour l'été au Dejazet s'avèrent d'excellents disciples de la commedia dell'arte. Difficile de résister à l'insolence ravageuse de la troupe du Carrosse d'or qui s'approprie "La Pazzia senile" (la folie du grand âge), une comédie musicale créée en 1598 par un moine italien, Adriano Banchieri. Mis en scène par Carlo Boso, le spectacle est né d'une idée de Xavier Legasa, qui y interprète plusieurs rôles. Tous masqués, acteurs et musiciens se placent ici au service d'une arlequinade débridée. Farce et madrigaux. Pantalon veut marier sa fille selon ses intérêts, les jeunes gens cherchent à contrer les plans du vieux grigou… L'intrigue, des plus classiques, n'interdit pas l'innovation, les interprètes jonglant avec les niveaux de langue et les tons. «Notre troupe travaille sur les rapports entre la musique et le rire, explique Xavier Legasa. Cette pièce est du théâtre de tréteaux, où l'on s'adresse au public comme à un partenaire. Ce que nous aimons, c'est le contraste entre la farce, qui est parfois scato, et les madrigaux amoureux d'un extrême raffinement. Le jeu masqué permet ce grand écart: parler comme des bateleurs et chanter avec une grande science.» Tous les acteurs sont des chanteurs qui sont passés par le circuit lyrique. Là, ils s'amusent à être mi-bouffons, mi-Caruso. Conformément à la difficile tradition des histrions italiens, ils improvisent parfois. «Soyons clairs, précise Xavier Legasa. Les gags ne sont pas improvisés, nous les répétons avec précision. Mais les plaisanteries, surtout politiques, peuvent surgir sans avoir été préméditées.»
Fluctuat net - 18 juillet 2003 "De la commedia dell'arte mise en scène par Carlo Boso en personne, avec de vrais morceaux de musique baroque, La Pazzia Senile est un spectacle délicieux qui tient ses promesses.
La Terrasse - Commedia dell’arte et musique baroque "Si vous voulez vous divertir en famille, courez à la Pazzia Senile “ la Folie du grand âge ” d’Adriano Banchieri. Un verbe assez cru et des jambes assez lestes– rassurez-vous, en tout bien tout honneur -auxquels la Compagnie du Carrosse d’Or s’amuse à donner une vie de grâce sensuelle et d’ivresse rêveuse. Légèreté et oubli pour les gestes et les arabesques tandis que les raisonnements intellectuels obéissent à une logique robuste. En d’autres termes, voilà un hymne à la jeunesse et une moquerie rendue à l’âge avancé, trop arrogant dans le cumul prétendu de ses biens matériels. De la sagesse peut-être dans la vieillesse ? Vous rêvez ! Plutôt, une crispation sur des relations juvéniles ou adolescentes velléitaires qui troublent profondément des cadors ridiculisés. Sourires aux lèvres chez les jeunes gens et peines d’amour perdu dans le cœur des vieux messieurs. Masques de cuir colorés et bouffonneries traditionnelles, associés– c’est la cerise sur le gâteau - à des chants et de la musique baroque de la fin du XVI ème siècle. Adriano Banchieri est l’un des plus illustres compositeurs du premier baroque italien, et sa Pazzia Senile appartient à la comédie madrigalesque, l’ancêtre de la comédie musicale. Voilà du pittoresque made in Italy, avec ambiance bruyante mais détendue, de jolies filles et de vieux barbons, des personnages universels et populaires, forcément proches des passions vivantes de tout public. Pourquoi lutter ? Le spectateur charmé se laisse entraîner dans une atmosphère de liesse et de jeu que ne renie pas l’enfant qui se cache en lui. Largement accessible et savant en même temps, cet art conjugué pétille de mouvements enchanteurs, avec ses fresques réduites d’un quotidien connu voire rebattu entre générations. Un homme chenu égaré dans ses illusions d’amour à l’eau de rose est attiré par une jeune fille que convoite délicatement un jeune homme qui pourrait être son propre fils… La morale de la fin appartient– faut-il le dire - aux derniers nés dans le triomphe de l’amour sincère et de l’insouciant printemps de l’existence. Un spectacle vif et amuseur, joué en français et chanté en italien - dans un décor élémentaire de petits accessoires de bois, mais efficace avec costumes de petit peuple et de gens de maison. La femme mûre, connaisseuse avertie dans l’art du sentiment, infléchit l’intrigue ; elle prend plaisir à faire la morale à son compère mâle plus démuni et définitivement inexpérimenté face aux travers de la vie. Nous avions oublié, c’est avant tout un éloge dispensé dans la bonne humeur au savoir féminin, intuitif et salutaire pour l’autre moitié de l’humanité !"
Présentation de Jean-Christophe Frisch