BELLÉROPHON

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Thomas Corneille
 
ORCHESTRE

Les Talens Lyriques
CHOEUR

Chœur de Chambre de Namur
DIRECTION

Christophe Rousset

Bellérophon

Cyril Auvity

Sténobée, une Amazone

Ingrid Perruche

Apollon, Amisodar

Jean Teitgen

Philonoé, Napée

Céline Scheen

Jobate, Pan

Evgueniy Alexiev

Bacchus, la Pythie, le Dieu des bois

Robert Getchell

Argie, Pallas

Jennifer Borghi

DATE D'ENREGISTREMENT

Décembre 2010

LIEU D'ENREGISTREMENT

Pars - Cité de la Musique

ENREGISTREMENT EN CONCERT

oui

EDITEUR

Aparté

DISTRIBUTION

Harmonia Mundi

DATE DE PRODUCTION

17 juin 2011

NOMBRE DE DISQUES

2

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"C’était le dernier opéra de Lully à n’avoir pas été mis à l’affiche depuis le regain d’intérêt pour la musique baroque, et bien voilà qui est chose faite. Le grand public va enfin pouvoir découvrir le dernier ouvrage lyrique de Lully à avoir été enregistré. L’œuvre, il est vrai, ne manque de charmes, et on pourra se laisser séduire par le beau livret de Thomas Corneille, qui relate la vengeance de la reine Sténobée, outragée par l’indifférence de Bellérophon, amoureux quant à lui de la fille du roi de Lycie, Philonoé. Sténobée demande au magicien Amisodar, épris des charmes de sa reine, de donner vie à une créature monstrueuse destinée à détruire Bellérophon. Mais ce dernier, chevauchant Pégase, ne fera qu’une bouchée de la redoutable Chimère, et pourra en fin de parcours épouser l’élue de son cœur…

La musique, tout à fait fidèle aux règles d’écriture de son temps, n’offrira sans doute pas de grande surprise à l’auditeur féru de ce répertoire, mais elle est de bonne qualité de bout en bout, et contient ici et là quelques morceaux de choix, comme par exemple l’air « Heureuse mort » chanté par Bellérophon à l’acte IV, avant que le héros n’aille au devant du combat. La lecture du livret et de ses très riches indications scéniques rappelle de toute manière que seul le théâtre pourra donner véritablement vie à une partition qui, privée de la scène, révèle assez vite le poids de la convention.

À la tête de ses Talens Lyriques, Christophe Rousset est à son meilleur dans un répertoire qu’il défend avec conviction. Tour à tour joyeux et léger, sombre et profond, souple et précis à la fois, il imprime à cette partition le ton juste permettant de ne susciter à aucun moment l’ennui que pourrait générer une musique parfois quelque peu prévisible. Si le Chœur de Chambre de Namur, particulièrement bien préparé, donne entière satisfaction, certains solistes auraient pu être choisis avec plus de circonspection. Tel est le cas par exemple de Céline Scheen, Philonoé au timbre ingrat et à la diction quelque peu brouillonne, ou encore d’Evgueniy Alexiev, dont la voix paraît excessivement pâteuse dans les différents rôles qu’il aborde. En revanche, Ingrid Perruche, parfois décevante dans les grands rôles baroques italiens, fait preuve ici de beaucoup de classe, et propose de la reine outragée un portrait tout à fait convaincant dans sa complexité. Jean Teitgen, dans un rôle moins intéressant sur le plan psychologique, montre lui aussi beaucoup de finesse dans la déclamation de son texte. Cyril Auvity est tout simplement extraordinaire dans le rôle-titre, autant pour sa diction châtiée, exempte de toute préciosité, que pour la beauté et la finesse de son chant, à la fois tendre et vaillant. Sans doute est-ce en partie l’arrivée sur le marché de ce ténor tout à fait exceptionnel, doté enfin de la voix idéale pour le rôle, qui a justifié une telle entreprise. Il est tout de même regrettable que l’entourage, qui pourtant ne devrait pas poser les mêmes problèmes de distribution, ne soit pas toujours entièrement à la hauteur."

"La ténacité militante du Festival de Beaune a permis la recréation mondiale, en juillet 2010, du dernier opéra de Lully qui manquait à la discographie. En cette année d'Atys, le Grand Lever de Lully s'achève donc avec l'une de ses partitions les plus éclatantes. Dans la production du Surintendant, Bellérophon (1679), sur un livret de Thomas Corneille, assure l'intérim de Philippe Quinault alors en disgrâce pour avoir trop osé jouer la gazette persifleuse dans l'Isis de 1677. Le frère de Corneille, qu'on connaîtra comme le brillant librettiste de la Médée de Charpentier des années plus tard, écrit une œuvre virtuose, cependant dénuée des didascalies amoureuses du subtil Quinault. L'héroïsme est de mise en cette histoire de prince délivrant le monde d'un horrible monstre: la Chimère. Lully tisse une partition solaire où les grands ballets (passacailles et chaconnes) sont exclus au profit d'un orchestre scintillant de timbales et de trompettes, à la façon de ses grands motets royaux. Opéra des effets spéciaux (convocation des magiciens, Chimère ravageuse) plus que des échanges tendres, il recèle cependant à l'acte IV des pages d'une grande émotion lorsque les nymphes déplorent les désastres causés à la nature. L'opéra met en avant des architectures polyphoniques où le Chœur de Chambre de Namur offre des moments d'une belle souplesse. La théâtralité de Bellérophon trouve en Christophe Rousset un serviteur scrupuleux : peu de coupes et présence du prologue. Néanmoins, comparé à Persée dont Bellérophon possède une palette proche, on lui trouvera une certaine sécheresse, peut -être due à la captation. Défenseur raffiné de la tragédie lyrique (les œuvres de Desmarets, mais aussi le Roland du même Lully), Christophe Rousset opte pour un orchestre diaphane et dentelé, proche des couleurs souvent choisies par les Arts Florissants. La discographie de Jean-Baptiste Lully aujourd'hui disponible offre d'autres options sonores. On peut ainsi préférer des Lully denses et articulés (la palette de Jordi Savall dans l'orchestre du Roi Soleil) ou puissants car nourris de pupitres de vents bien plus étoffés (Hervé Niquet dans son intense Proserpine) comme l'était l'orchestre originel de l'Académie Royale. La distribution vocale suscite d'autres petites réserves. Sans déroger pour autant, la délicate Céline Sheen ne possède pas encore l'envergure tragique d'un premier rôle. Rien ne vient équilibrer la colère d'Ingrid Perruche qui joue à merveille le dépit amoureux marié à la perversité politique. Evgueny Alexiev reste fâché avec l'élocution française et détonne souvent. Ces défauts sautent d'autant plus aux oreilles lorsque paraît l'étoile Cyril Auvity. La pureté de son discours, la finesse de sa diction, les teintes changeantes d'un timbre merveilleusement affiné, sa compréhension innée du texte font souvent pâlir le talent de ses amis chanteurs, à l'exception du racé Jean Teitgen, une basse superbe déjà engagée pour le rôle titre du Hollandais Volant ... Dommage que Cyril Auvity reste sous-employé par les chefs internationaux et les scènes parisiennes. Qui l'a vu et entendu l'an dernier dans Amadis à Avignon ne saurait désormais faire la fine bouche ... C'est lui la révélation qu'on espérait pour la renaissance d'Atys. Il est l'incarnation même du haute-contre français. Pour ce timbre si artiste, et malgré nos bémols, Bellérophon inédit, joyeux, à la pompe irrésistiblement versaillaise, mérite le détour et la dépense ..."

  "Un flot quasi miraculeux - Après Persée et Roland, Christophe Rousset apporte une pierre essentielle à notre connaissance de la tragédie brique lullyste. Cette première intégrale de Bellérophon est une découverte précieuse) que tout amateur de baroque fiançais se doit de posséder.

Un remarquable Persée paru chez Naïve, en 200 l, puis un subtil Roland gravé pour Ambroisie, en 2004, préludaient à de nouvelles explorations lullystes très attendues. Assurément, avec Bellérophon, Christophe Rousset élève un peu plus haut le degré d'inspiration qui l'anime sur le répertoire lyrique du Grand Siècle. En déprt de sa réputation justifiée de chef d'œuvre, la septième des quatorze tragédies mises en musique par Lully avart sombré dans l'oubli total à la fin du XVIIIe siècle. Il a donc fallu attendre l'édition 2010 du Festival International d'Opéra Baroque de Beaune pour se faire une idée de sa valeur intrinsèque. Donnée en version de concert, le 24 juillet, la partrtion a enfin livré ses précieux atours, sous l'égide instruite du fondateur des Talens Lyriques. L'enregistrement, quant à lui, a été réalisé à la Cité de ia Musique, à Paris, en décembre dernier.

Créée en janvier 1679, l'allégorie mythologique - chevauchant Pégase, Bellérophon, fils caché de Neptune, terrasse la monstrueuse Chimère à trois têtes -, hautement représentative de la suprématie guerrière de Louis XIV en Europe, rencontra un tel écho qu'elle resta à l'affiche du Palais-Royal pendant près de neuf mois ! Si le livret de Thomas Corneille, plusieurs fois remanié, n'évite pas certaines conventions, la musique, elle, est superbe, coulant tel un flot quasi miraculeux. Pour la première fois, l'orchestre est à cinq parties de cordes, ce qui lui permet d'enchâsser luxueusement les différents profils vocaux et de renforcer l'élan dramaturgique. Bellérophon se présente ainsi comme une petite merveille d'équilibre et de pureté, son Prologue et ses cinq actes distillant des harmonies aux charmes tout simplement envoûtants.

Les affects sont portés au point le plus juste par une distribution quasiment sans faille. Entre tous, Cyril Auvity et Ingrid Perruche trouvent ici des emplois à leur pointure. La douceur vaillante de la voix du ténor répond admirablement au timbre plus corsé et charnu de la soprano. Pour pallier la murtiplicité des rôles, le talent versatile de sept chanteurs est amplement suffisant en termes de couleur, de caractère et de style. Et s'il est bien question de style, de tenue et de rigueur, c'est au chef qu'il faut savoir rendre hommage ! Sous sa direction, orchestre, chœur et solistes sont constamment stimulés par un désir que l'on sent irrépressible: celui d'arborer, le plus haut possible, les beautés rares et ciselées de ce répertoire décidément crucial dans l'évolution de l'opéra français.

Si Bellérophon fut un triomphe pour Lully, Christophe Rousset et ses troupes peuvent se targuer d'avoir fait beaucoup pour sa résurrection en grande pompe."

 

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