Dramma per musica en trois
actes, sur un livret de Francesco Maria Raffaelini, composé en
1691/92, dédié à l'archevêque de Salzbourg
Johann Ernst, comte de Thun et Hohenstein. On n'a aucune certitude
quant à l'exécution, qui serait intervenue entre fin
1690 et le milieu de 1692.
Il s'agit du premier opéra
salzbourgeois dont on ait gardé la trace. La partition
manuscrite est conservée au musée Carolino Augusteum de
Salzbourg.
Le librettiste Raffaelini
était attaché à la cour de Salzbourg depuis
1685. Il tomba en disgrâce en 1692 et s'enfuit après
deux ans de captivité.
Personnages : Arminio, chef de l'armée germanique
(basse), Segesta, épouse d'Arminio (soprano), Germanico, fils
adoptif de Tiberio (ténor), Nero, fils de Tiberio,
épris de Giulia (ténor), Caligula, fils de Tiberio
(contralto), Giulia, éprise de Caligula (soprano), Claudia,
éprise de Caligula (soprano), Climmia, nourrice de Giulia
(ténor), Erchino (ténor), Tiberio, empereur romain
(basse), Seiano, préfet des prétoriens (contralto),
Vitellio, ami de Germanico (contralto)
Synopsis
A Rome, en l'an 16
après Jésus-Christ
Acte I
Sc. 1 - Germanico est
rentré vainqueur de la campagne contre les Germains ; il est
accueilli en grande pompe par son père, l’empereur Tiberio, et
par le peuple. Parmi les esclaves du butin se trouve Segesta,
l’épouse du chef de l’armée germanique Arminio; elle
est jetée au cachot à cause de son attitude
fière et rebelle. Arminio figure lui aussi incognito au nombre
des esclaves. Caligula, qui a pris part à la campagne avec son
père Germanico et son frère Nero, est tombé
amoureux de Segesta.
Sc. 2 - Giulia et Claudia
attendent avec impatience le retour de Caligula, qu’elles aiment
toutes les deux. Sans savoir qu’elles sont amoureuses du même
homme, elles se regardent avec méfiance.
Scènes 3 et 4 - Caligula
rencontre Claudia et Giulia, et se comporte avec
réserve.
Sc. 5 - Vitellio, un ami de
Germanico, rapporte à Tiberio la vaillance de Germanico,
pendant que Seiano, courtisan intrigant, essaie d’éveiller la
méfiance de Tiberio envers Germanico : celui-ci tenterait en
vérité de s’approprier le sceptre de Tïberio. Ce
dernier se plaint du sort des monarques.
Sc. 6 - Seiano chante sa
décision d’arriver coûte que coûte au pouvoir, en
empruntant des moyens détournés s’il le
faut.
Sc. 7 - Arminio se plaint de son
sort, mais décide de taire son nom et d’affronter le
destin.
Sc. 8 et 9 - Comme il l’avait
fait avant la campagne, Nero tente en vain d’obtenir l’amour de
Giulia, qui le repousse. Climmia, la nourrice de Giulia, ne comprend
pas le comportement de la jeune femme vis-à-vis de Nero. Elle
se cache pour épier Erchino, l’homme qu’elle aime.
Sc. 10 - Erchino se vante du
talent avec lequel il fait croire à Climmia qu’il l’aime.
Furieuse, la jeune femme lui déclare qu’elle ne veut plus le
revoir, qu’elle ne pleurerait pas sur sa mort. Erchino simule
aussitôt sa propre mort, et Climmia, effrayée, tente de
le ramener à la vie. Tous deux décident de fêter
par une danse la paix retrouvée.
Acte II
Sc. I - Caligula exprime ses
chagrins d’amour : il ne sait pas s’il doit se décider en
faveur de Giulia ou de Segesta; de plus, il est affligé par le
fait qu’il n’a pas encore déclaré son amour à la
prisonnière.
Sc. 2 et 3 - Giulia comprend peu
à peu l’infidélité de Caligula, et sombre dans
la colère et le désespoir : Climmia tente de la calmer
; Nero est d’autant plus fasciné par la jeune
femme.
Sc. 4 et 5 - Dans son cachot,
Segesta pleure sur son sort. Caligula lui rend visite et
prétend qu’Arminio est mort au combat.
Sc. 6 - Germanico témoigne
à Tiberio sa reconnaissance et sa soumission. Mais Seiano
réussit à faire grandir encore les soupçons de
Tiberio envers Germanico. Erchino comprend la situation.
Sc. 7 et 8 - Arminio s’adresse
aux divinités et leur demande de prendre en main son destin,
cor lui-même n’a pas encore trouvé de point de
départ. Il rencontre alors Caligula. Celui-ci promet la
liberté à Erastes (c’est sous ce nom qu’Arminio se
présente actuellement) si celui-ci l’aide à trouver une
solution à son chagrin d’amour. Il avoue à l’esclave le
nom de la femme qu’il aime, et l’envoie avec une lettre au cachot de
Segesta. Giulia passe justement au moment où il prononce le
nom de Segesta, et elle découvre ainsi le dessein de
Caligula.
Sc. 9 et 10 - Claudia, qui
souffre de son amour contrarié, veut demander des explications
à Caligula, qui passe justement par là. Au même
moment, Giulia entre en scène avec la même intention.
Les deux femmes se rendent compte qu’elles sont rivales ; Caligula se
dérobe à cette désagréable situation en
triangle par quelques paroles polies et les abandonne à elles
deux.
Sc. 11 - Déguisé
pour tester la fidélité de son épouse, Arminio
apporte à Segesta la lettre de Caligula. Segesta le chasse,
enflammée de colère.
Sc. 12 et 13 - Nero discute avec
Climmia de son amour infructueux pour Giulia. Mais la nourrice le
repaît de généralites sur l’inconstance de
l’amour.
Sc. 14 et 15 - Emu et joyeux,
Arminio revient auprès de Caligula ; suite à son
récit, Caligula décide de rendre lui-même visite
à Segesta et de lui révéler son
identité.
Sc. 16 - Vitellio et Germanico
discutent de la célébration qui aura prochainement lieu
en l’honneur de la victoire de Germonico. Erchino fait le fou et joue
le Dieu de la guerre qui veut réduire en miettes tous les
ennemis. Les deux autres le raisonnent à grand peine, puis
Vitellio est saisi de la même fausse ardeur au
combat.
Acte III
Sc. I - Au cachot, Caligula
essaie de faire plier Segesta par des déclarations d’amour et
des menaces, mais celle-ci l’éconduit avec
colère.
Sc. 2 - Erchino s’exerce à
l’escrime sans vis-à-vis hostile, tandis que Claudia se
déclare blessée par les flèches d’amour que
décoche Amor.
Sc.s 3 et 4 - Giulia rappelle
à Caligula ses anciennes déclarations d’amour. Celui-ci
lui tient des discours sur l’instabilité du monde et de
l’amour, et elle décide de renoncer dorénavant à
lui.
Sc. 5 et 6 - Nero est encore
amoureux de Giulia. Celle-ci décide d’exaucer ses
voeux.
Sc. 7 - Arminio est encore une
fois envoyé auprès de Segesta ; il la menace de
torture, avant de lui revéler sa véritable
identité. Ils mettent au point leur plan de fuite.
Sc. 8 - Climmia flatte Erchino,
qui entre dans le jeu, peu enthousiaste.
Sc. 9 - Germanico recommande
à Tiberio son fils Nero. Vitellio le soutient. Seiano observe
la scène avec colère.
Sc. 10, 11 et 12 - Arminio
informe Caligula du récent refus de Segesta et se retire.
Caligula trouve ses efforts infructueux envers l’esclave Segesta
indignes de son rang, et il veut se tourner à nouveau vers
Giulia. Mais comme celle-ci n’accepte pas sa demande de pardon et va
jusqu’à se moquer de lui, il se tourne vers Claudia, qui ne se
laisse plus charmer par ses déclarations d’amour non
plus.
Sc. 13 et 14 - Pendant que Giulia
et Nero s’avouent leur amour, Erchino apprend qu’il a perdu ses
chances avec Climmia.
Sc. 15 - Tiberio et Germanico
discutent de l’attribution de la charge de questeur à Nero.
Caligula et Viterlio prennent part à la joie
générale. Au grand effroi de Caligula, Nero demande
l’assentiment de Tiberio pour son mariage avec Giulia.
Sc. 16 - Seiano a surpris Arminio
et Segesta en train de fuir et les amène devant Tiberio. A son
grand effroi, Caligula reconnaît en Arminio son messager
Erostes, qui dévoile à Tiberio sa véritable
identité. Arminio avoue qu’il s’était fait
volontairement emmener parmi les esclaves pour délivrer
Segesta ; il raconte les missions que lui a confiées
Calïgula et s'en remet aux mains de Tiberio. Non seulement
Tiberio le gracie, mais il lui inféode un bien. Quant à
Caligula, Germanicus devra le punir et l’enchaîner avec les
liens d’Arminio. C’est alors que Claudia déclare vouloir
enchaîner Caligula par les liens du mariage. Les trois couples
réunis chantent chacun un duo d’amour, puis ils reprennent
pour terminer la devise de l’opéra: «Chi la dura la
vince» (C’est celui qui s’acharne qui sort
vainqueur).
"Le livret, proche de
la tradition vénitienne par la longueur, le nombre des
personnages et le mélange des genres, n'est malheureusement
pas très bon, qui utilise Tacite (la victoire des Romains sur
les Germains menés par Arminius), pour bricoler une action
où sont purement juxtaposées d'ennuyeuses scènes
politiques sans vrai ressort (avec un rôle de comploteur
parfaitement inutile) et des intrigues amoureuses
répétitives, l'inconstant Caligula délaissant
ses amantes pour Segesta (épouse d'Arminius et captive).
Contrepoint intéressant, en revanche, un couple buffo aux
amours parodiques permet des scènes d'un comique
réussi, parfois troublant dans sa complexité (la mort
simulée d'Erchino à la fin de l'acte 1, d'ailleurs
sublimée par la musique). Reconnaissons également que,
chez les personnages féminins, certains éclats de
jalousie, de désespoir ou de fureur nous
émeuvent.
En effet, quoique mal
"ficelé", le livret propose somme toute quelques situations et
caractères forts, que le compositeur sait exploiter avec
talent : dans des récitatifs dramatiques et riches en ariosi,
rappelant parfois les trouvailles expressives d'un Steffani ou d'un
Stradella dans le brillant appel aux armes de Germanicus (II, 6) ou
dans des airs strophiques, proches du lamento vénitien,
souvent émouvants comme ceux de Giulia, Segesta, ou encore la
méditation morale de Libère (III, 9). Pourtant, le
musicien savant qu'est Biber ne produit sans doute pas un
chef-d'oeuvre : globalement, si les récitatifs sont
remarquables, si les rares duos séduisent, les airs, eux,
brillent plus par leur habillage harmonique et instrumental, ou par
l'utilisation prenante de l'ostinato, que par leur invention
mélodique un peu sommaire, en tout cas austère et
peut-être mal adaptée à la scène."
(Opéra International - juin 1995)
Représentations :
Monte
Carlo - 1995 - Orchestre de
Monte-Carlo - Chor Luca Veggetti - dir. Claudio Scimone - mise en
scène Pier Luigi Pizzi -
Innsbruck - Tiroler
Landestheater - 27 août
1994 - Concerto Armonico Budapest - dir. Howard Arman - avec
Frederick Martin (Tiberio), Raimund Nolte (Sciano), Douglas
Nasrawi (Germanico), David Cordier (Calligola), Ludwig Grabmeier
(Nerone), Gregory Reinhardt (Arminio), Thérèse
Feighan (Segesta), Ruby Philogene (Giulia), Catherine Pierard
(Claudia), Ernst Dieter Suttheimer, Ian Honeyman
(Narren)