COMPOSITEUR
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Antoine BOËSSET
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LIBRETTISTE
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René Bordier
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Ballet
du Roy représentant les Bacchanales, dansé par Sa
Majesté, le 26 février 1623.
Deux airs de Boësset ont été
conservés :
- air de Bacchus estant en présence des Reynes
: Grandes Reynes, dont la victoire N'a surmonté que des
Cezars, avec refrain des Esclaves : Que les cieux nous sont
favorables ;
- chant des Esclaves : Quel sort, merveilles de la
terre, Nous conduit en ce beau sejour, avec refrain de Bacchus
: Loin ces lances, & ces escus Acquis par ma dextre
aguerrie,
tous deux inclus dans les recueils d'Airs de
différents auteurs avec la tablature de luth (Ballard,
1623), d'Airs de cour à 4 & 5 parties (Ballard,
1624), d'Airs de cour & de différents auteurs
(Ballard, 1624), et d'Airs de cour à 4 & 5 parties
(Ballard, 1689).
René Bordier, mais aussi Théophile de
Viau, Saint-Amand, Boisrobert, Sorel et Malherbe sont cités
comme les auteurs des vers.
Les Vers du sieur Bordier, ayant charge de la
Poësie près sa Majesté, furent
édités par Jean Sara.
Premier Récit de Bacchus le
Débauché, représenté par le sieur Marais
: Vive la Paix et ses délices, Je ne cherche point les
combats Qu'avec les flacons et saucisses Où mon coeur prend
tous ses ébats. Ma gloire C'est de boire.
Second Récit de Bacchus le
débauché accommodé à l'air qui
était fait : Que ce vin
nouveau Fait de grands miracles Je sens mon cerveau Tout remply
d'oracles, Que j'ay de pouvoir, Je suis en fortune, Le vin me fait
voir Deux choses pour une.
Vers pour le Roy et les Princes
et Seigneurs qui ont dansé avec sa Majesté, selon
l'ordre qui ensuit.
Pour le Roy, représentant
un Tireur de laine : Retournons au
mestier, c'est trop repris haleine, Et pourtant, Compagnon, affeure
le Bourgeois ; S'il arrive jamais que le tire la laine, Ce sera
seulement sur l'épaule des Roys.
Pour Monsieur le Comte de
Soissons, représentant un Tireur de laine : L'Espoir d'un infâme butin, Ou me veut porter
le Destin, N'est point l'aise qui me chatouille Mon coeur de gloire
revêtu Ne butte à rien qu'à la dépouille
Des ennemis de la Vertu.
Pour Monsieur le Prince de
Lorraine, représentant un Coureur de nuict, Aux Dames :
Par vous, beaux Astres de la Cour,
L'Hiver est la saison nouvelle. Dieux ! quels charmes n'a point le
jour En France où la nuit est si belle ?
Pour Monsieur le Grand Prieur,
représentant un Coureur de nuit : Lors que ma passion me guide, Je vais la nuit plus
que le jour, Mais toujours le secret préside Dans mes effets
de mon Amour.
Pour Monsieur, le Frère du
Roy, représentant un Donneur de Sérénades, Aux
Reynes : Ma gloire, ô
Célestes Beautés, C'est que la nuict à mes
côtés J'ai la Deesse Harmonie, Dont la douce tyrannie
Fait que je tire un Soleil D'entre les bras du
Sommeil.
Pour Monsieur le Duc de
Longueville, représentant un Donneur de
Sérénades : Phyllis,
c'est temps perdus, l'Amour qui me conduit Ne te fait pas ouïr
une Lyre importune : Mais dans l'obscurité des ombres de la
nuit Trouverai-je le jour de ma bonne fortune ?
Pour Monsieur le duc d'Elbeuf,
représentant un Donneur de Sérénades :
Que me sert, ô Cloris, que les
sons de ma Lyre Réveillent tes beaux yeux qu'Amour me rend si
chers, Puis, que ton coeur se rit au sort de mon martyre De voir
qu'au lieu de lui j'attire des rochers ?
Pour Monsieur le duc de
Chevreuse, représentant un Amoureux : Mortels, à qui l'Amour fait sentir fses
épines, Avec estonnement jetez sur moy les yeux : Toute la
terre sait que les Beautez, divines Ont pour l'amour de moy souvent
quitté les Cieux.
Pour Monsieur le duc de
Luxembourg, représentant un Amoureux : S'il se faisait, Caliste, un Roy des Amoureux, On me
verrait le front paré d'un diadème : Bien que ta
cruauté me rende malheureux J'ai pourtant plus d'Amour que
n'en a l'Amour même.
Pour le Maréchal de
Créquy, représentant un Amoureux : Beauté qui me fait soupirer, Peux-tu plus long
temps différer De mettre fin à mes désastres ?
Parmy less Amans glorieux Je suis ce que parmy les Astres Le Soleil
est dedans les cieux.
Pour Monsieur le Maréchal
de Bassompierre, représentant un Amoureux : Quelques assauts
que le Sort Me livre jusqu'a la mort, J'en obtiendrai la victoire :
Le plus rigoureux tourment ne peut ôter la gloire D'aimer
éternellement.
Pour Monsieur le marquis de
Courtanvault, représentant un Amoureux : Amoureux que te suis, après tant de langueur
Le Sort me promet bien une plus douce vie : Mais que puis-je
espérer ? un Monstre de rigueur Garde ce cher trésor
dans le sein de Silvie.
Pour Monsieur le duc de
Montmorency, représentant un Faiseur de Mascarades :
Après avoir quitté le
casque La paix me fait prendre le masque Que l'Amour m'a fait
rechercher. Cloris, ne m'en donne aucun blâme : Ce voile ne
peut t'empêcher De voir les secrets de mon
âme.
Pour Monsieur de Blainville,
représentant un Faiseur de Mascarades : Mon Sort, déguisé que je suis, Peint la
joie où sont mes ennuis, Mon oeil rit lors que mon coeur
pleure, O cruauté puisqu'à toute heure Pour les
mystères de l'Amour Il se faut masquer à la
Cour.
Pour Monsieur de Chalais,
représentant un Faiseur de Mascarades : Si la souplesse des postures Mettait les Sceptres
dans la main, J'égalerais mes aventures Au Sort de l'Empire
Romain.
Pour Monsieur de Liancourt,
représentant un Faiseur de Mascarades : Ne blâmez point, Esprits volages L'exercice ou
je me suis mis, Bien que je porte deux visages Je n'en ai pour mes
amis.
Pour Monsieur de La Vallette,
représentant vn Cavallier débauché :
Dans la pompe sont mes plaisirs, La
danse anime mes désirs, Le Démon du Jeu me conserve :
Il a pouvoir de m'enflammer, Mais un Soleil tient en réserve
Le feu qui me doit consumer.
Pour Monsieur de la Rocheguyon,
représentant un Bourgeois débauché :
Je n'ai rien dont Amour & Bacchus
ne dispose, Le jeu fait que ma bourse a le cul renversé : Y
chercher un trésor c'est une même chose Que de chercher
de l'eau dans un pannier percé.
Vers des Sacrificateurs de
Bacchus : Vite quittez cette place
sacrée Où la Vertu se recrée. Loin prophanes,
loin d'ici, Le Ciel le veut ainsi. La flamme de nos sacrifices Ne
luit point ou sont les Vices. Loin, prophanes, loin d'icy, Le Ciel le
veut ainsi.
Vers chantés par les Esclaves de Bacchus
triomphant : Quel Sort, Merveilles de
la terre, Nous conduit en ce beau séjour Captifs par fortune
de guerres Pour nous rendre esclaves d'Amour ?
Refrain de Bacchus, qui sert pour
tous les couplets : Loin ces lances
& ces écus Acquis par ma dextre aguerrie, Ici les
vainqueurs sont vaincus Par les yeux d'ANNE et de
MARIE.
Les Esclaves : En la perte de la victoire La douleur nous a
transportés : Mais notre honte est notre gloire Puisque Louis
nous a domptés. [...] Ce Mars nous a donné la vie En
nous ôtant la liberté, Qui toutefois nous est ravie Par
la Déesse de Beauté.
Vers chantés par Bacchus,
étant en la présence des Reynes : Grandes Reynes, dont la victoire N'a surmonté
que des Césars, Ce char de triomphe & de gloires Prend son
lustre de vos regards.
Refrain des Esclaves, qui sert
pour tous les couplets : Que les
Cieux nous sont favorables, Puisqu'ils nous ont offert Ces objets
adorables Pour adoucir nos fers.
Bacchus : Aussi je viens chargé de palmes Porter hommage
a vos beaux yeux, Qui rendent toutes choses calmes Hormis le coeur
des plus grands Dieux. Vous allez voir un Prince Auguste, Qui mille
travaux dévorant En Paix se fait voir aussi juste, Qu'il est
en guerre Conquérant.
Selon Henry Prunières :
le ballet des Bacchanales adopte,
à peu de choses près, le plan des ballets-mascarades.
Bacchus chante deux airs à boire, en manière de
prologue, puis les entrées se déroulent : on voit des
tireurs de laine, des coureurs de nuit, des donneurs de
sérénades, des amoureux, des faisurs de mascarades, des
cavaliers débauchés. Après quoi un grand choeur
dialogué entre les Sacrificateurs et les Esclaves de Bacchus
et un récit du Dieu du Vin terminent la représentation
(Le ballet de cour en France)
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