Directeur de l'Opéra après
Lully - Claude-Jean Nébrac -
BoD - avril 2012 - 232 pages - 15 €
"Curieux destin que celui de Jean-Nicolas de
Francine, issu d'une famille de fontainiers florentins,
appelés en France pour embellir les jardins royaux !
Devenu le gendre de Jean-Baptiste Lully, il se
retrouva, à la mort de ce dernier, à la tête de
l'Académie royale de musique.
Une charge prestigieuse, mais exposée aux
jalousies, aux critiques, aux cabales, sans compter d'inextricables
difficultés financières, qu'il devait pourtant assumer
avec habileté pendant plus de quarante ans.
L'auteur confie à Jean-Nicolas de Francine
lui-même le soin de raconter, sous forme de Mémoires
imaginaires, sa jeunesse, la mort de Jean-Baptiste Lully, et la vie
de l'Opéra durant les cinq années qui s'ensuivirent
(1687 - 1692)." (Présentation)
Les
petites histoires de l'opéra baroque en
France - Claude-Jean Nébrac -
BoD - 16 novembre 2011 - 232 pages - 15 €
"Une suite de « petites histoires » en
dit-elle aussi long qu'une grande Histoire ? C'est le parti
adopté ici pour évoquer, au cours d'une petite
cinquantaine de chroniques, le théâtre lyrique en
France, à l'époque « baroque » au sens large,
soit depuis Henri Iv jusqu'à Louis Xv.
Une occasion pour faire revivre des personnages,
remettre en scène des évènements, tenter de
résoudre des énigmes..."
Antoine Dauvergne (1713-1797). Une
carrière tourmentée dans la France musicale des
Lumières - Benoît Dratwicki -
Editions Mardaga, Centre de musique baroque de Versailles - 480
pages - 13 octobre 2011 - 39 €
"Très judicieusement, l'auteur et
l'éditeur choisissent pour visuel de couverture un incendie
spectaculaire... qui appelle une renaissance: l'incendie de
l'Opéra au Palais Royal en 1781 par Hubert Robert qui aimait
tant la ruine, indique clairement qu'avec Dauvergne, il s'agit bien
d'une rupture. Le compositeur accompagne les derniers feux de
l'opéra français monarchique où perce
déjà l'essor du sentiment préromantique, la
clarté nouvelle d'une expression
régénérée. Dauvergne accompagne les
bouleversements esthétiques des Lumières à la
Révolution, du baroque au romantisme, de Louis XV, Louis XVI
à l'époque du Comité...
Partisan du genre pathétique et noble, virile
et mâle (son Hercule mourant en fait foi), Dauvergne
paraît bien tel le meilleur continuateur de Rameau, de
Mondonville, et aussi, le dernier représentant du grand genre
lyrique... avant la révolution gluckiste. D'ailleurs comme
directeur de l'Académie Royale de musique, recevant la
partition d'Iphigénie en Aulide du Chevalier, reconnaît
aussitôt cette manière visionnaire et nouvelle
appelée à tuer l'opéra français pour le
réformer totalement: Dauvergne accepte cette Iphigénie
salvatrice, si le Chevalier accepte d'en écrire 5 autres du
même feu par la suite... C'est dire l'intuition formidable et
la curiosité de Dauvergne alors.
Mais les qualités du musicien ne
s'arrêtent pas là et méritent assurémment
le développement de ce livre capital en 480 pages: une sommes
d'autant plus opportune qu'elle s'inscrit idéalement au moment
des Journées Dauvergne 2011 au Château de Versailles,
programmées au dernier trimestre 2011.
L'homme est visionnaire; son activité et son
acuité, permanentes; d'autant qu'il occupe tous les postes
officiels majeurs dans la France Monarchiste à Versailles et
à Paris (directeur du Concert Spirituel, directeur de
l'Académie Royale de musique...), et ce jusqu'à un
âge très avancé. Il meurt en 1797 à 84
ans! Age vénérable qui lui permet de vivre les
évolutions esthétiques essentielles du XVIIIè,
du plein baroque au classicisme et préromantisme...
Le brillant compositeur, violoniste de formation et
de naissance modeste, s'illustre donc dans le genre de la
tragédie en musique et invente avant Philidor et
Grétry, le théâtre comique: ses Troqueurs (qu'on
présenta à l'époque comme l'oeuvre d'un italien
séjournant à Vienne) fixe les premières
règles de l'opéra comique. Au génie
dramaturgique de Dauvergne revient aussi la naissance de la
comédie légère et du ballet-pantomime. La somme
des sources consultées permet un portrait fin et très
vivant d'Antoine Dauvergne. Outre les précisions sur l'homme
et la personnalité artistique, ses choix et orientations
officiels voire politiques, le texte lumineux, remarquablement
documenté, évoque aussi Dauvergne dans son
époque (publication en annexes des descriptions
d'époque concernant le secrétariat de la Maison du Roi;
les créations à l'Académie Royale de musique
(jusqu'en 1790); état de la troupe de l'Opéra en
1788...
Passionnante à ce titre aussi,
l'évocation de l'opéra français du XVIIIè
"aux portes du romantisme (1780-1790)". Publié au moment des
Journées Dauvergne à Versailles, le livre s'impose par
sa synthèse et son approche exhaustive du sujet.
(Classique.news)
"Si, depuis une trentaine d'années, les
études se sont multipliées sur la musique du
siècle de Louis XIV, elles sont restées plus rares
s'agissant des règnes de ses deux successeurs, C'est donc avec
le plus vif intérêt que l'on lira cet important ouvrage
de Benoît Dratwicki, tout à la fois érudit et
très abordable, dont le champ s'étend bien
au-delà de l'œuvre et de la personne d'Antoine Dauvergne,
auquel étaient consacrées, cet automne, les
«Grandes Journées» versaillaises. Admirateur de
Rameau, défenseur d'un certain goût français,
Dauvergne est d'abord reconnu comme violoniste, auteur de
remarquables Sonates et Concerts de Symphonie, Instrumentiste
à l'Opéra de Paris, il triomphe ensuite avec Les
Troqueurs (1753), premier véritable opéraacomique de
notre répertoire, Plus tard, il fait représenter
plusieurs tragédies Iynques, qui connaissent un certain
succès, Personnage-clé du monde musical, à la
cour (il dirige la Musique du roi) comme à la ville (à
la tête du Concert Spirituel), il est surtout, à trois
reprises (1769-1776, 1780-1782, 1785-1790), codirecteur de
l'Académie royale de musique, avec des confrères
Uollveau,Tnal, Berton et Rebel pour la première
période) ou un comité d'artistes, Ces années
1770-1780 sont marquées par d'incroyables difficultés
de tous ordres: questions financières, incendie de la salle,
relations exécrables entre partenaires. Mais, en fin de
compte, elles représentent un grand moment à la fois
dans l'histoire de l'Opéra de Pans et dans celle de
l'opéra tout court.
Une certaine musicographie française a
toujours prétendu qu'entre la mort de Rameau (1764) et les
débuts du romantisme, il ne s'était rien passé
de très intéressant à Pans, hormis le
phénomène Gluck On voit bien, au contraire, que les
années Dauvergne ont été particulièrement
riches, Gluck certes, dont il favorisa la carrière, mais aussi
Grétry, dont on réévalue aujourd'hui les
qualités, Sacchini, Piccinni, Salieri, Italiens cosmopolites
qui apportèrent leur pierre à l'opéra national,
en attendant Méhul et Cherubini, que Dauvergne contribua aussi
à lancer. En somme, cet ouvrage s'emploie à
réduire la césure artificiellement établie entre
les Lumières et le romantisme, L'auteur directeur artistique
du Centre de musique baroque de Versailles, analyse toutes les œuvres
de Dauvergne et évoque, à travers un examen approfondi
des documents d'époque, la vie musicale du temps. L'appareil
critique et l'iconographie, enrichie de nombreux fragments de
partitions, contnbuent à faire de cette biographie un ouvrage
de fond." (Opéra Magazine - janvier 2012)
"Verve et faconde n'ontjaamais manqué
à Benoît Dratwicki. On se souvient encore des
émissions qu'il consacrait sur France Musique, en compagnie de
son jumeau Alexandre, à l'histoire des instruments.
Benoît livre ici une étude complète sur
AntoineDauvergne, compositeur et surtout directeur de
la musique royale alors que l'édifice de l'Ancien
Régime s'apprête à sombrer dans la tourmente
révolutionnaire. Ses œuvres viennent de faire salon d'automne
à Versailles. Passablement épris de son sujet,
l'érudit directeur artistique du Centre de musique baroque de
Versailles fait revivre l'homme et son temps joyeusement
crépusculaire en évitant le ridicule et la
prétention."(Classica - février 2012)
« Pomone
» ou la naissance de l'opéra
français- Mémoires imaginaires de Pierre Perrin et de
quelques autres - Claude-Jean Nébrac -
BoD - 6 septembre 2011 - 200 pages - 15 €
"Il fut une époque où on ne croyait
pas possible de représenter un opéra en langue
française.
Il fallut l'obstination d'un poète
aujourd'hui bien oublié, Pierre Perrin, pour que
l'opéra français fasse ses premiers pas, avant
d'être transfiguré par Jean-Baptiste Lully,
jusqu'à devenir un des piliers de la magnificence de Louis
XIV.
Le présent ouvrage retrace la formidable
épopée que constituent les débuts de
l'opéra français, en donnant la parole à ceux
qui en furent les acteurs, heureux ou malheureux : Pierre Perrin,
Robert Cambert, Alexandre des Rieux, Jean Granouilhet de
Sablières, Molière, Jean-Baptiste Lully."
(Présentation)
"Après avoir bâti le séjour de
Cavalli à Paris (Ercole Amante aux Tuileries, mémoires
imaginaires de Francesco Cavalli, 1659-1662), l'auteur, visiblement
passionné par le sujet de la naissance de l'opéra dans
la France Baroque, récidive dans ce nouvel opuscule et
"invente" les mémoires de celui qui fut à l'origine du
premier ouvrage lyrique dans l'hexagone: l'écrivain et
poète, traducteur de l'Enéide, Pierre Perrin. Le
récit interroge l'histoire française musicale entre
1645 et 1675, citant évidemment Cavalli à Paris parmi
bien d'autres dont Colbert et Louis XIV, Sablières et Cambert,
Gilbert et Beauchamps...
Sur les traces du lullyste Prunières auquel
on doit vers 1913, un étude pionnière sur
l'opéra en France avant Lulli, "CJN" (Claude-Jean
Nébrac) analyse sous couvert d'une narration romanesque et
dialoguée, l'oeuvre des acteurs, qui avant l'éclosion
du premier drame lyrique français (Cadmus et Hermione de
Lulli, 1673,) favorise la conception de l'opéra
français. Ainsi la matière dramatique du texte convoque
de façon très vivante, Pierre Perrin (premier
rôle) et Robert Cambert, mais aussi Lully, Louis XIV,
Granouilhet de Sablières, Molière, Alexandre des Rieux,
marquis de Sourdéac, entrepreneur bien peu scrupuleux
flanqué de son double patibulaire, toujours inspiré
à s'approprier et exploiter les idées d'autrui...,
Pierre Moreau, imprimeur si inventif... Perrin obtient avant Lully,
en juin 1669, le privilège pour l'établissement des
académies d'Opéra en vers français... ( et ce
pour 12 ans): un privilège qui fait de lui au début des
années 1670, le promoteur de l'opéra entièrement
chanté en français. Sa pastorale comprenant airs et
ballets en témoigne (Pastorale d'Issy, avril 1659, musique de
Cambert)...
Mais auparavant, moult aventures arrivent au
héros, et ce dès son mariage (1653) avec la veuve La
Barroire, une sexagénaire dotée et portée sur la
bagatelle, heureuse de se remarier avec un jeune homme de... 27 ans.
Mariage, source d'endettement et de bien d'autres soucis pour ce
dernier (qui croyait s'être trouvé ainsi une solide et
tenable position: c'est tout l'inverse qui accable sa vie durant
Pierre Perrin harcelé par le fils La Barroire, parlementaire
procédurier, avide de récupérer son
bien...
Les amateurs et historiens de l'opéra y
apprendront que le premier drame chanté en français fut
cette pastorale de bergers (Le triomphe de l'amour) composé
par Michel de La Guerre, musique de Charles de Beys,
représentée en décembre 1654, repris au Louvre
dans l'appartement de Mazarin en janvier 1655. En tant que
poète et librettiste, Perrin débute une carrière
fulgurante à partir de sa rencontre avec le quinqua Etienne
Moulinié, composieur du Duc d'Orléans (fin
1655)...
Le tableau est riche et vivant: on y croise à
l'époque où Louis XIV cesse de danser, les nouveaux
acteurs et promoteurs d'un drame entièrement chanté en
vers français, à l'instar de l'Italie et des pays
germaniques: Perrin et Cambert avec leur Pastorale Pomone (mars
1671), mais aussi Molière qui capitalise tout ce qui lui reste
de volonté (et de deniers) dans la tragi-comédie
Psyché (1671); ce sont aussi Guichard et Sablières
(Diane et Endymion, novembre 1671) ou Gilbert et Beauchamps, auteurs
remarqués des Peines et Plaisirs de l'Amour (février
1672)... On voit bien que dans les années 1670 se
précise un nouveau spectacle lyrique dont Lully recueille tous
les bénéfices en rachetant à Perrin,
endetté et emprisonné, contre une rente
inespérée... son privilège royal. Molière
mort, Perrin écarté, c'est Lulli le grand gagnant de
l'affaire: il pourra dès lors imposer au royaume sa propre
conception d'un théâtre lyrique hexagonal... lui qui
jusque là n'avait jamais cru à l'avenir en France, d'un
opéra national: le français se prêtant
très mal selon lui, à être mis en musique,
contrairement à l'italien!
En donnant la parole à Molière, Lully,
Colbert, Louis XIV et bien d'autres, sous forme de témoignages
et de rencontres rapportées, l'auteur ressuscite avec esprit
et justesse l'une des pages les plus essentielles du premier baroque
Français." (Classique.news)
« Il paraît que l’on critique les paroles
de Pomone. Je suis habitué aux caquets des envieux et des
ignorants, et je me doutais bien que la nouveauté de la
poésie dramatique et lyrique ne serait pas
immédiatement appréciée par ceux qui sont
habitués aux paroles telles que la musique française en
a produit jusqu’ici. Ils finiront par comprendre que cette
poésie originale et sans modèle dans le passé
est la seule qui puisse permettre de faire un opéra
français, alors que les maîtres de l’art soutenaient que
cela était impossible par le défaut de la langue.
»
Outre de donner une idée du style clair du
romancier Claude-Jean Nébrac pour ses Mémoires
imaginaires de Pierre Perrin (1620-1675), ce court passage situe ce
qu’est l’existence du personnage principal en juin 1670 : un pionnier
obstiné qui révolutionne un art contre l’avis
général, et en particulier celui de Lully qui
défend sa langue natale. Jeune Lyonnais de vingt-cinq ans venu
faire éditer ses vers à Paris, Perrin suit avec
intérêt certaines créations artistiques, telle ce
Triomphe de l’Amour sur des Bergers et Bergères (1654),
pastorale écrite par Charles de Beys, puis mise en musique par
Michel de La Guerre. Lui-même voit bientôt ses
poèmes servir à des musiciens variés –
Boësset, Cambefort, Gouffet, Lambert, Moulinié, etc. –
jusqu’à sa rencontre avec Robert Cambert. Convaincus par un
premier essai – une élégie à trois voix
intitulée La Muette ingrate (1658) –, les deux hommes se
concentrent sur la composition d’une pastorale visant à faire
oublier celle de leurs rivaux : Ariane et Bacchus (1659), soit une
étape vers la création de Pomone, le 3 mars 1671, plus
de dix ans plus tard.
Cette décennie n’épargne pas le pauvre
Perrin dont les tourments financiers et juridiques se poursuivent.
Jeune homme, il connut le non paiement de gages par le duc
d’Orléans pour une charge d’introducteur des ambassadeurs et
un mariage contesté avec une veuve sexagénaire qui le
mène plus d’une fois en prison ; le voilà qui signe
avec des escrocs qui se gardent bien de partager les recettes. Bien
plutôt, il encaisse les coups bas du Florentin qui se
détourne du ballet avec des ambitions nouvelles, le Roi ne
souhaitant plus danser en public. Le héros malmené
n’est pas seul à rendre compte d’une époque qui voit
naître Ercole amante (1662), Psyché (1671), Les Peines
et les Plaisirs de l'amour (1672) et Cadmus et Hermione (1673),
puisque ces Mémoires imaginaires invitent d’autres
témoins parmi lesquels Cambert, Molière et Lully,
titulaire final de l’Académie royale de musique, ce qui
multiplie les points de vue et précise les différents
enjeux.
L’avant-propos, qui rend hommage à quelques
musicologues ayant redécouvert l’opéra classique
français (Lacôme, Pougin, Nuitter, Rolland,
Prunières, etc.), ainsi que des annexes – qui proposent
notamment une lettre de Perrin expliquant à l’archevêque
de Turin son rejet de l’opéra italien… et des « chastrez
» (1659) – assurent du sérieux de Claude-Jean
Nébrac qui a choisit la voie d’une fiction toute relative pour
mieux nous captiver." (Anaclase)
"L’ouvrage de Claude-Jean Nébrac couvre cette
période relativement peu connue des tout premiers pas de
l’opéra français, à une époque où
Jean-Baptiste Lully, pourtant déjà confortablement
installé en France au service de Louis XIV, refusait encore
obstinément de considérer que la langue
française pouvait se prêter au chant lyrique tout aussi
bien que l’italien. Il s’agit de l’époque où Mazarin
faisait encore venir Cavalli de Venise, notamment pour les fameuses
représentations de son Ercole amante données pour
célébrer le mariage de Louis XIV et de l’infante
Marie-Thérèse d’Espagne, ou encore pour les
représentations parisiennes de Xerse, données dans la
foulée de celles de l’Orfeo de Luigi Rossi en 1647.
Pourtant, vers la même époque, quelques
rares artistes, au nombre desquels figuraient le poète Pierre
Perrin et le compositeur Robert Cambert, tentaient tant bien que mal
d’implanter ce genre de l’opéra français auquel ils
croyaient farouchement, œuvrant inlassablement pour prouver au public
parisien que l’opéra chanté dans la langue vernaculaire
était un produit lui aussi tout à fait viable, digne de
respect et d’intérêt au même titre que
l’opéra italien.
C’est donc des efforts de ces deux artistes dont il
est question ici, depuis la Pastorale d’Issy donnée en 1659
jusqu’au premier véritable opéra français de
Lully, le fameux Cadmus et Hermione redécouvert tout
récemment. L’essentiel de l’ouvrage de Claude-Jean
Nébrac se voit ainsi borné par d’un côté
par l’octroi à Pierre Perrin du « Privilège pour
l’établissement des académies d’opéra »,
obtenu en 1669de Louis XIV grâce à l’appui de Colbert,
et de l’autre par le « Privilège » attribué
en 1672 à Lully, par le même Louis XIV. Sont donc
évoquées en détail les circonstances de la
conception, production et création de divers ouvrages
pionniers de la période comme, pour ne citer que les
principaux, Pomone (1671), Le Triomphe de l’amour (1672) ou encore
Ariane ou le Mariage de Bacchus (1674), ouvrage qui ne fut finalement
donné qu’à Londres dans la version musicale revue et
corrigée par le compositeur catalan Louis Grabu.
L’originalité de ce livre, qui évoque
des événements seulement connus des spécialistes
et à l’histoire, il faut bien le dire, passablement complexe
et rocambolesque, réside dans la forme retenue par son auteur.
C’est en effet par le biais de mémoires fictives,
essentiellement celles de Pierre Perrin, que se déroule dans
la plus grande clarté la trame de ce passionnant feuilleton.
L’alternance des voix, avec notamment en sourdine celles de Robert
Cambert, Molière et Lully – sans oublier la plus truculente de
toutes, celle du marquis de Sourdéac – permet ainsi à
ce qui se présente finalement comme un journal intime à
plusieurs voix de donner lieu à des portraits craquants et
croustillants, qui font tout le charme de ce qui n’aurait pu
être, sous un autre format, qu’un fastidieux exercice
d’érudition. De même, le style enlevé et
parfaitement maîtrisé de l’auteur permet
d’évoquer à merveille certains des contextes sociaux,
politiques et personnels ayant contribué à compliquer
considérablement la tâche à laquelle
s’étaient astreints les premiers champions de l’opéra
français.
C’est donc en faisant vivre, par la voix de la
fiction, les différents acteurs d’une des périodes les
plus riches de la musique française à un tournant
définitif de son histoire, que l’Histoire et l’histoire,
justement, se rencontrent, les aspects esthétiques et
culturels de certaines pièces essentielles de notre patrimoine
musical se voyant ainsi ancrés dans un quotidien
raconté et évoqué avec charme,
élégance et savoir-faire.
Du même auteur, et dans le même format,
on pourra compléter cette lecture en se précipitant sur
le livre « Ercole amante » aux Tuileries : Mémoires
imaginaires de Francesco Cavalli, 1689-1661." (ResMusica)
Venise - L'éveil du
baroque - Olivier Lexa -
Karéline - 20 juin 2011 - 216 pages - 24 €
"Saviez-vous que plusieurs opéras de Cavalli
ou Galuppi avaient été créés par des
troupes de marionnettes ? Que Casanova espionnait pour le compte de
l'Inquisition? Que le peintre Giorgione jouait du luth et chantait de
façon divine? Qu'un dragon hantait la lagune de Venise?
Olivier Lexa, ancien directeur du Palazzetto Bru Zane et cofondateur
du Venetian Centre for Baroque Music, nous fait partager au fil d'un
petit livre futé sa profonde familiarité avec la ville
où naquit l'opéra « public ». Cet
Itinéraire musical de Monteverdi à Vivaldi se
présente comme un guide touristique, invitant à
découvrir une soixantaine d'étapes
emblématiques: une quinzaine d'églises, une douzaine de
théâtres et autant d' ospedali ou de seuDle. Chacun de
ces monuments, dont beaucoup ont disparu, donne lieu à
diverses anecdotes musicales, voire à un développement
sur un artiste ou une œuvre - Cavalli, Torelli, Zeno, Marcello, La
Finta Pazza de Sacrati ...
Jamais l'écrivain ne s'attarde ni ne prend le
ton d'un maître d'école, préférant planter
le décor, évoquer telle peinture ou habitude du temps,
faire revivre dans toute sa vitalité ce creuset artistique
où le carnaval régnait de novembre à mai.
Ajoutons que la balade est précédée d'un bref
mais exemplaire Avant-Propos qui rappelle notamment les
spécificités de la liturgie véniitienne. Certes,
on pouvait rêver édition plus luxueuse, et l'exercice de
jonglage qu'impose la maquette (entre légendes, notes ou
plans) finit par agacer. En dépit de ces réserves,
voici ur. précieux vade-mecum !" (Diapason - octobre
2011)
"Historien, Olivier Lexa a co-fondé en 2010
le Venetian Centre for Baroque Music, dans le but de faire
redécouvrir (et surtout jouer on l’espère!) la musique
baroque vénitienne. Le VCBM compte dans son conseil honoraire,
rien moins que Donna Leon, Philippe Sollers et surtout Cecilia
Bartoli! « Venise, l’éveil du baroque – Itinéraire
musical de Monteverdi à Vivaldi », nous présente
comment, dès le début du XVIIe siècle, la «
révolution musicale est partie de la Cité des Doges
».
Accompagné de photos de l’auteur, cet ouvrage
s’organise en trois itinéraires : sacré, profane, et
« entre sacré et profane ». En effet, comme
l’explique l’auteur, l’une des caractéristiques fortes de la
musique – et de la société – vénitienne est ce
lien omniprésent entre sacré et profane. En
témoignent ces ospedali qui ont fleuri dans la ville pendant
la période baroque, et dont l’exemple le plus connu est celui
de la Pietà (pour lequel Vivaldi a écrit une grande
partie de son œuvre instrumentale). Ou encore le fait que de grands
compositeurs ayant travaillé à Venise (comme
Monteverdi) se soient à la fois illustrés dans
l’opéra et la musique religieuse.
Extrêmement précis et documenté
(la description des coutumes musicales à la Basilique St Marc
est par exemple impressionnante), l’ouvrage présente chaque
lieu vénitien existant ou ayant existé (salles
d’opéras, églises, palazzi etc.), en prenant le temps
le moment venu de faire une synthèse bienvenue sur tel ou tel
aspect de l’histoire musicale vénitienne (Monteverdi, la
scénographie, les académies vénitiennes, etc.).
Mais si « Venise, l’éveil du baroque » est
passionnant de bout en bout, c’est aussi qu’il est ponctué
d’anecdotes délicieuses, de faits saillants sur tel ou tel
chanteur, compositeur ou protagoniste de la vie musicale de Venise.
Ces derniers soulignent l’incroyable originalité de Venise
dans le monde musical baroque. Pour vous mettre l’eau à la
bouche, en voici quelques-uns :
Sur l’importance de l’opéra à Venise :
« entre 1637 et 1699, ce sont donc seize théâtres
qui s’ouvrent à l’opéra dans la Cité des Doges.
(…). Entre le début et la fin de l’opéra baroque, on
compte dans la cité vingt-six théâtres ayant
joué des spectacles lyriques » ;
Sur le théâtre San Benedetto (1755) :
« en 1777, les représentations du ballet Coriolano
avaient été suspendues suite à une
dénonciation de Casanova, alors espion au service des
inquisiteurs. Celui-ci avait considéré que la ‘
fanatique témérité de Coriolan pouvait inspirer
aux esprits susceptibles des idées de révolte! ‘ «
;
De Goldoni sur Vivaldi : » l’abbé
Vivaldi qu’on appelait ainsi à cause de sa chevelure, il prete
rosso, [était un] excellent joueur de violon et compositeur
médiocre ». Le livre rappelle en outre comment Vivaldi,
contrairement à Haendel par exemple, est toujours resté
un peu à l’écart du « star-system » de
l’opéra, notamment car il travaillait pour des maisons
d’opéra ne disposant pas des budgets permettant l’emploi des
stars du moment comme Farinelli, Bordini ;
Rousseau sur les gondoliers au XVIIIe siècle
: « N’oublions pas de remarquer, à la gloire du Tasse,
que la plupart des gondoliers savent par cœur une grande partie de
son poème la Jérusalem délivrée, que
plusieurs le savent tout entier, qu’ils passent les nuits
d’été sur leurs barques à le chanter
alternativement d’une barque à l’autre, (…) »;
Sur les jeunes filles des fameux ospedali
vénitien : « en 1783, une des filles du chœur, Adriana
Gabrielle dite ‘la Ferrarese’ s’échappe des Mendicanti pour
devenir la maîtresse de Da Ponte à Vienne. Elle sera la
première Fiordiligi de Cosi fan tutte de Mozart (…)
».
Un livre indispensable donc pour tous les amateurs
de musique baroque. Et longue vie au VCBM … en espérant que
cette institution donnera l’occasion de découvrir de belles
représentations d’opéra baroque dans la ville. Quel
bonheur serait par exemple de voir l’Agrippina de Haendel
(créé en 1709 au Teatro San Giovanni Grisostomo, actuel
Teatro Malibran, l’un des plus grand succès du compositeur
avec 27 représentations à sa création) ou encore
une belle production de l’Incoronazione di Poppea, d’oeuvres de
Cavalli ou mieux encore l’Artaserese de Hasse (créé en
1730 dans le même théâtre, avec Farinelli, la
Cuzzoni et Nicolini!)." (Il Tenero momento)
"Ce petit volume, d’un format maniable et peu
encombrant, est en réalité un guide touristique
axé sur les hauts lieux de la vie musicale vénitienne
à l’époque baroque. L’auteur, ancien directeur
général du Palazetto Bru Zane, directeur aujourd’hui du
« Venetian Centre for Baroque Music » dont il est l’un des
co-fondateurs, y détaille avec passion et érudition une
soixante d’endroits – théâtres d’opéra, «
case » et « palazzi », « casini » et «
ridotti », ambassades, « ospedali », « scuole
» et « fonteghi », basiliques, églises,
convents, monastères et synagogues » – associés de
près ou de loin aux grands musiciens, librettistes,
décorateurs et scénographes ayant contribué en
leur temps au développement de la vie musicale
vénitienne, et partant à la légende de la
Sérénissime.
L’itinéraire géographique se voit
ainsi ponctué de développements bienvenus sur tel
artiste – Monteverdi, Cavalli, Torelli, Gabrielli, Marcello, Goldoni,
Zeno, Vivaldi… – ou telle œuvre musicale particulièrement
associé à l’un ou l’autre de ces endroits, dont
beaucoup ont malheureusement disparu de nos jours. On y apprendra
tout sur les premiers théâtres publics du XVIIe
siècle, sur la pratique musicale dans les fameux «
ospedali », sur l’importance de la musique dans la liturgie,
l’ouvrage sachant allier avec flair et habileté la
légende et l’anecdote au sérieux et au caractère
scientifique du propos. À cet égard, on
appréciera tout particulièrement la savante
introduction consacrée aux différents contextes
politiques et religieux qui ont favorisé l’éclosion
à Venise de l’opéra public mais aussi, plus
généralement, la diffusion de la pratique musicale pour
tous, hommes et femmes confondus.
L’ouvrage, richement illustré des
photographies de l’auteur, porte également sur la
représentation dans la peinture vénitienne du concert
musical, et signale avec perspicacité les lieux où l’on
peut encore admirer aujourd’hui de tels trésors
iconographiques. Si le choix du noir et blanc convient parfaitement
à la sculpture, on pourra regretter en revanche qu’il ne rende
pas toujours justice aux grandes fresques murales, qui ont
véritablement besoin de la couleur pour prendre corps.
Un ouvrage, on l’aura compris, à mettre
immanquablement dans son sac de voyage lors des prochains
déplacements vers la lagune." (ResMusica)
Viva Vivaldi - Roger
Baillet - Société des
Écrivains - 15 juin 2011 - 234 pages - 20€
"Début du XVIIIe siècle, Venise.
Camille, une jeune orpheline, est recueillie à la
Pièta, une institution qui forme les petites filles
délaissées à la musique et au chant sous le
regard de Vivaldi. Lenfant se révèle très vite
particulièrement douée pour le violoncelle. Mais,
à la suite d'un accident, elle perd la vue. Toutefois,
guidée par ses sensations, son talent se renforce : pour elle,
tout est musique un lieu, un visage, une voix, une odeur. Peu
à peu, entre le compositeur et l'élève va se
nouer une relation pudique et forte. Un roman sur la musique et les
émotions qu'elle fait naître, écrit avec une
grande sensibilité. La description des perceptions de Camille
sollicite tous nos sens et nous entraîne dans la Venise du
XVIIIe siècle. Un voyage plein de bruits, dodeurs et de
couleurs, aux côtés dun virtuose et au plus près
des pensées dune instrumentiste sortie des torpeurs de
l'histoire." (Présentation de l'éditeur)
"Le narrateur affirme avoir retrouvé le
journal de Camille, une orpheline vénitienne du début
du XVIIIe siècle, recueillie par l'Ospedale della
Pietà. C'est dire qu'elle eut pour professeur un certain
Antonio Vivaldi... Grâce à ce faux journal, Roger
Baillet nous invite dans la vie quotidienne et musicale de la
Cité des Doges, d'une manière vivante et fort
plaisante, loin de toute sécheresse d'historien. Il s'est
fourni à de bonnes sources, et tant son Vivaldi que ses
activités sont assez proches de la réalité
connue, avec évidemment la licence du romancier. Nous entrons
dans les coulisses du prestigieux orphelinat et partageons les
journées des pensionnaires ; nous fréquentons la
famille du compositeur, découvrons ses parents et ses sœurs,
assistons à son éprouvant labeur musical et comprenons
ses préoccupations. Le tout traversé de personnages
inventés mais aussi réels, ce qui donne un cachet
d'authenticité à cette reconstitution. Pour corser le
tout, Camille est une violoncelliste prodige qui éveille
l'intérêt de Vivaldi (il lui écrit sonates et
concertos), et qu'un accident rend aveugle toute jeune. Bonne
idée que de faire revivre Venise d'une manière tactile
et par ses parfums.
L'héroïne va bénéficier de
la pédagogie et apprécier la virtuosité de
l'auteur d'Orlando furioso, découvrir à ses
côtés l'opéra avec ses contraintes, ses
fanatiques, sess divas et ses castrats, suivre le «Prêtre
roux » dans ses voyages à Rome, puis dans l'ultime
à Vienne - elle sera l'une des deux dames de compagnie
présentes au moment de sa disparition. Baillet pousse le
bouchon un peu loin en installant une intrigue amoureuse et
homosexuelle entre Camille et la soprano Anna Giro, celle-là
même que l'on crut maîtresse du musicien! Qu'importe,
puisque cela participe de ce tableau coloré et convaincant de
la Venise de Vivaldi, peint avec une plume agile.
Une manière astucieuse d'évoquer ce
compositeur." (Opéra Magazine - février 2012)
Antonio Vivaldi - Sylvie Mamy - Fayard - 865 pages - 8 juin 2011 - 35 €
"On attendait depuis longtemps « le »
Vivaldi de chez Fayard, alors que paraissaient en Italie et en
Angleterre des monographies de référence, hélas
jamais traduites. Du coup, l'appréhension s'installa
dès l'annonce de cette publication. D'abord, l'illustration de
couverture est curieusement celle d'un portrait apocryphe. Vivaldi;
vrai ou.faux ? Qui d'autre pourtant, en France, que Sylvie Mamy
pouvait avoir l'érudition, la plume et surtout la connaissance
la plus intime de Venise et du Settecento vivaldien qui a nourri ses
nombreuses publications (dont une étude de
référence sur les castrats napolitains) ? Soyons
rassurés ; ce Vivaldi renvoie aux oubliettes tous les pensums
commis en français depuis le délicieux petit ouvrage
signé Roland de Candé (1967). Il terrasse même
l'essai de l'Américain Robbins Landon, bien
surévalué. Portée par un verbe flamboyant, cette
somme s'abreuve aux meilleures sources musicologiques. Sans doute la
biographie luxuriante d'Edigio, parue en Italie en 2007, lui
sert-elle de fil conducteur. Mais Sylvie Mamy sait aussi puiser dans
les écrits de Talbot, Strohm, Fertonani ou toute autre riche
publication de l'Istituto Vivaldi de Venise, l'information
judicieuse, le détail captivant qui donne vie au récit.
Du bambin Antonio au vieux Don Vivaldi se déroule une vie en
pointillé aux trop vastes zones d'ombre, que masque
l'étude approfondie d'habiles repères ; ainsi des
opéras, disséqués scrupuleusement pour la
première fois. Certains développements sont d'une
lumineuse intelligence ; le très bel instantané au
monde théâtral vénitien en 1708, l'importance
donnée au rôle capital du compositeur Francesco
Gasparini, ou l'analyse de l'opposition entre Vivaldi et Benedetto
Marcello. Quelques regrets pourtant : la portion congrue
laissée à la naissance du concerto de soliste à
Venise, qu'étudia si justement le musicologue français
Marc Pincherle ( ... même pas cité), le peu de cas fait
de l'extraordinaire technique d'archet du jeune virtuose,
révélée par les recherches d'Olivier
Fourès. Les erreurs et coquilles, relevées par le
spécialiste en fronçant le sourcil, ne ternissent
qu'à peine la lecture passionnante d'un ouvrage que l'on
dévore avec délectation." (Diapason - octobre
2011)
"Au-delà des Quatre Saisons qui ont servi
à toutes les illustrations sonores, la vie et l’œuvre de
Vivaldi restent à découvrir. Son exceptionnelle
virtuosité violonistique, les centaines de concertos et de
sonates qu’il a composés pour son instrument ne cachent plus
désormais la qualité et l’abondance de ses œuvres
vocales : la musique religieuse (psaumes, motets, oratorios, comme la
très célèbre Juditha triumphans) et les nombreux
opéras, interprétés avec bonheur par les
chanteurs d’aujourd’hui.
Sylvie Mamy retrace la vie tumultueuse et pleine de
paradoxes de ce compositeur, que tout le monde en son temps appelait
le Prêtre roux, alors qu’il ne célébrait pas la
messe, et travaillait pour les théâtres , composant,
dirigeant, tenant le rôle de l’imprésario, se
mêlant aux intrigues, aux procès, aux rivalités
entre chanteurs et négociant avec fermeté les contrats
pour sa cantatrice favorite, Anna Girò. Elle nous fait
connaître le milieu très fermé de l’hospice de la
Pietà, où Vivaldi enseignait le violon à des
jeunes filles recluses. Elle nous fait ressentir l’animation qui
régnait dans les quartiers populaires de la Venise du
Settecento, ainsi que l’atmosphère des somptueuses fêtes
organisées dans les palais de l’aristocratie vénitienne
auxquelles étaient conviés des princes venus de toutes
les grandes cours d’Europe. Elle montre comment la
notoriété du compositeur se propagea à Vienne,
Munich, Prague, Londres, Paris, l’amenant à voyager afin de
répondre aux commandes de ses prestigieux
mécènes, clients et élèves."
(Fayard)
"La biographie signée par Sylvie Mamy
lève le voile sur le mystère sur la vie publique et
l’œuvre du plus grand musicien de la Sérénissime.
« La biographie et l’œuvre de Vivaldi sont le
reflet de toutes les contradictions que vit ce lieu si particulier
quelques décennies avant la chute de la République, en
1797 ; un drame qui aurait ou être évité, qui
reste une blessure profonde dont les vénitiens ne se sont
jamais vraiment consolés. écrit Sylvie Mamy. Vivaldi
était un patriote. On ne peut comprendre et aimer sa musique,
sans comprendre et aimer Venise, au risque de perdre de vue leur
richesse, leur complexité, leur profondeur et leur
mystère. »"
"Les stéréotypes s’estompent
progressivement sur l’œuvre de Vivaldi au fur et à mesure des
découvertes – et de la qualité des interprètes
qui s’y dédient bien au-delà des Quatre Saisons.
Désormais plus personne ne peut dire comme Stravinsky que
celui-ci n’aurait composé qu’un seul concerto. D’autant
qu’après les révélations sur sa musique
sacrée, la réévaluation de ses opéras –
par leur enregistrement systématique notamment de l’Edition
Vivaldi par Naïve - montrent l’éclectisme de son
génie.
Dans sa biographie plus littéraire que
musicologique, plus enquête et analyse des archives disponibles
que tentatives de combler les lacunes sur sa vie privée,
Sylvie Mamy utilise les 47 opéras connus de Vivaldi comme fil
rouge d’une vie publique pleine de rebondissements et de paradoxes.
Le premier d’entre eux étant que celui qu’on appelle le
Prêtre roux ne célébrait pas la messe, pour une
vie dédiée au théâtre, assumant - comme
Haendel à Londres - tous les métiers, de la composition
à la direction, de l’imprésario à la gestion des
carrières et les contrats de ses chanteurs notamment pour sa
cantatrice favorite, Anna Girò.
Après avoir traquée, sondée et
synthétisée les archives – et les manuscrits –
accessibles aux quatre coins d’Europe et d’Amérique, la
détective Mamy retrace chaque étape de la
carrière de Vivaldi, balaye les contrevérités
(sa solide notoriété internationale lui
génère nombre de commandes qu’il honore en voyageant
beaucoup). Chaque étape de sa carrière est
évoquée dans leur contexte social et historique ; de la
Vénétie, bien sûr mais aussi ses passages
à Florence, à Milan, à Triest ou à Rome,
avant de se terminer à Vienne.
L’auteur excelle à nous faire revivre les
lieux clés de sa carrière croqués avec
gourmandise : l’hospice de la Pietà où Vivaldi
enseignait le violon à des jeunes filles recluses, ou les
concerts à l'Ospedale della Pietà où il excelle.
Le double visage de Venise, ambitieuse et extrême où le
compositeur se meut avec talent, est brossé en peintre, le
lecteur passe des palais et leurs fêtes qui rassemblaient
princes venus de toutes les grandes cours d’Europe aux quartiers
populaires où Vivaldi trouvait ses élèves et ses
voix.
L’outil est particulièrement précieux
pour l’amateur lyrique. En effet, chacun de ses 47 opéras est
bien argumenté : livrets et sujets commentés, le fameux
réemploi des airs lyriques est traqué,
élucidé et commenté, constituant une base
idéale avant le concert. Si on regrettera l’absence d’une
discographie sélective, l’ouvrage est doté d’un
précieux catalogue complet (avec une chronologie des
créations d’opéras) bientôt entièrement
édité par Ricordi, d’un index des noms et œuvres
cités. Mais surtout d’une histoire des manuscrits notamment
à Turin, creuset de l’édition Vivaldi/Naïve.
Après ce ‘rapport d’étape’ sur
Vivaldi, car Mamy avec cette humilité qui la
caractérise reconnait que son travail ne peut être un
bilan final tant la vie privée du compositeur garde son
mystère opaque, nous n’écoutons plus ni ne regardons
Venise de la même façon. C’est entre autres, l’un des
mérites de cette somme vivante et encourageante pour les
interprètes qui s’appliquent à nous le
révéler en musique." (Operaonline)
"La redécouverte des opéras de Vivaldi
demeure le fait le plus marquant de la recherche musicale
appliquée au Baroque Italien. Aux côtés de ses
concertos innombrables, le Prete Rosso (le Prêtre roux)
investit aussi la scène lyrique, se taillant une
réputation majeure dans le concert européen, ce
malgré la concurrence des compositeurs napolitains ou saxons
(dont Hasse)...
Antonio Vivaldi (1678-1741) renaît grâce
à ce texte personnel et exhaustif que porte le regard d'une
Vénitienne de coeur, passionnée par la figure du
compositeur hyperactif en dépit de sa faible constitution,
dont l'activité le mène dès ses débuts
lyriques hors de la lagune (Florence, Milan, Rome...) et pour contrer
la concurrence des Napolitains, jusqu'à Vienne... où il
meurt de bien triste manière.
L'auteure resitue chaque épisode de la
carrière si tumultueuse de Vivaldi dans le contexte social,
historique, politique et musical; les réseaux, les
institutions, les amitiés et les ennemis, les admirateurs et
les princes de l'Europe baroque se précisent enfin,
dévoilant nombre de contrevérités sur le
musicien, l'un des plus doués de sa génération.
Musique vocale, religieuse (motets, oratorios...) et profanes
(lyriques: opéras, sérénades...), musiques
instrumentales si applaudies à l'Ospedale della Pietà
où il exerce... tout le catalogue riche et diversifié
de Vivaldi est ici présenté, analysé,
documenté.
Les près de 50 opéras de Vivaldi sont
ainsi parfaitement argumentés; les livrets et les sujets sont
reprécisés; le réemploi des airs lyriques,
élucidé; le compositeur d'opéras gagne en
stature et en ambitieuse aventure.
L'érudition vivante et accessible de Sylvie
Mamy permet une réévaluation de l'oeuvre et de la
carrière de Vivaldi dans sa ville, Venise; celle qui a
écrit un "Que sais-je ?" sur les castrats (1998), s'appuie en
particulier sur les découvertes vivaldiennes de Reinhardt
Strohm, surtout de Michel Talbot dont la biographie de 1978 n'a
jamais été traduite en français.
On regrette de nombreuses fautes de frappe et des
coquilles trop nombreuses au fil des pages. Précieux apports:
la bibliographie, le catalogue complet des oeuvres, l'index des noms
et oeuvres cités dans le texte biographique. Donc une somme
incontournable pour tout amateur ou connaisseur vivaldien."
(Classiquenews)
"Sylvie Mamy, elle, s'attaque à Vivaldi dont
elle connaît bien l'entourage culturel. Ici c'est l'appareil
critique qui devient plus volumineux que le texte. Où est donc
passé l'homme Vivaldi? Pour le rencontrer avec le panache
nécessaire, on se tournera vers les notices de
Frédéric Delaméa pour l'édition
Naïve. Fragmentaires, certes, mais au moins l'avocat de Vivaldi
sait-il qu'écrire, c'est aussi savoir séduire..."
(Classica - octobre 2011)
Crimes, cataclysmes et
maléfices dans l'opéra baroque en
France - Sylvie Bouyssou - Minerve -
Collection Musique ouverte - 20 mai 2011 - 300 pages - 25
€
"Le nouveau dossier édité par l'Avant
Scène Opéra (n°260) réunit tous les
documents récents de la recherche sur l'oeuvre et les enjeux
de l'opéra du Pretre Rosso. En particulier, la version du
livret présentée (et abondamment annotée et
commentée dans le "guide d'écoute" est l'une des plus
complètes, restituant les rôles moteurs dans l'action
vivaldienne, de la fée magicienne Alcina et du Spadassin
Orlando. Deux entités rivales, l'une défendant
Angelica, l'autre la pourchassant: deux figures de la solitude et de
l'impuissance face à l'amour...
Tout est ici expliqué et analysé, de
cette alchimie vivaldienne dont l'Orlando de 1727 demeure
l'emblème le mieux ciselé. Argument, Guide
d'écoute récapitulant les enjeux et ressorts
dramatiques et psychologiques, les formules musicales, scène
par scène, acte par acte; place de Vivaldi à Venise;
société vénitienne en 1727; figures de
Roland/Orlando, de l'Arioste à Vivaldi; vision d'Orlando par
Claudio Scimone, défricheur visionnaire; enfin
disco-vidéographie... sont autant de dossiers et interventions
qui dévoilent les multiples aspects d'une partition majeure de
l'opéra baroque au XVIIIè."
(Classique.news)
« Ercole
amante » aux Tuileries - Mémoires imaginaires de
Francesco Cavalli (1659 - 1662) -
Claude-Jean
Nébrac - BoD - 28 mars 2011 -
188 pages - 18 €
"Le voyage de
Francesco Cavalli à Paris de 1660 à 1662 constitue un
« moment fort » de la vie du compositeur vénitien.
Il s'inscrit dans le contexte bien connu du mariage du jeune roi
Louis XIV avec l'infante d'Espagne Marie-Thérèse. Pour
autant, les contemporains semblent avoir ignoré le
compositeur, et les témoignages à son sujet manquent
cruellement. C'est à combler cette lacune que s'est
attaché l'auteur de cet ouvrage, en donnant la parole à
l'intéressé lui-même, sous forme de
Mémoires. On y voit défiler tout une galerie de
portraits de ceux qui participèrent, de près ou de
loin, à la préparation des représentations de
Xerse et d'Ercole amante : Mazarin, Colbert, Louis XIV, Francesco
Buti, mais aussi Molière, Lulli, Perrin, Cambert, Atto Melani,
Carlo Vigarani, etc. " (Présentation de l'auteur)
"L'auteur comble une lacune majeure : alors que
Cavalli, le plus doué des élèves de Monteverdi
à Venise reste le plus grand compositeur européen,
unanimement célébré au XVIIè, son profil
psychologique, sa personnalité nous échappent
totalement: imaginer sous la forme de dialogues et de pensées
intimes restituées, son tempérament est donc
légitime. Le lecteur n'y trouve pas le portrait complet d'un
compositeur à l'oeuvre, mais un épisode de sa vie, l'un
des plus marquants, quand Cavalli tente de faire aimer l'opéra
italien à la Cour de France...
Compositeur estimé et admiré comme le
fut son maître, Cavalli est invité par Mazarin à
Paris pour y faire représenter un nouvel opéra Ercole
Amante pour le mariage du jeune Louis XIV et de
Marie-Thérèse d'Autriche: incroyable tentative
menée par le vieux et très malade Mazarin d'implanter
à la Cour de France, l'opéra italien si flamboyant dans
les théâtres de la Sérénissime: le
séjour de Cavalli sexagénaire dure... 2 années,
de 1659 à 1662.
Claude-Jean Nébrac invente dialogues et
monologue de son héros historique, mais il sait aussi
restituer le cadre d'une période parmi les plus essentielles
de l'histoire de France: quand Cavalli est à Paris, Mazarin
meurt et un nouveau monarque se précise: le souverain au
pouvoir absolu, Louis le Grand.
A défaut d'Ercole Amante pourtant prêt,
on joue son ancien opéra: Serse (22 novembre 1660). Quand
enfin la machinerie et le théâtre des Tuileries,
destiné par Mazarin pour l'accueillir sont achevés,
Louis XIV ordonne en février 1662, les représentations
tant attendues d'Ercole Amante (d'après le livret de Buti),
serti des ballets de l'inévitable Lulli... Les Italiens
dominent alors le goût français et Louis se montre royal
en payant grassement (jusqu'à 6000 livres) le vieux
compositeur dépêché de Venise à Paris,
pour célébrer sa jeune et conquérante gloire.
A partir des sources si minces léguées
par Prunières et Glover, l'auteur rétablit sous couvert
de fiction, la réalité possible du quotidien parisien
de Cavalli: un étranger parmi les Français dont
beaucoup à son égard se montrent arrogants et hautains,
si peu désireux de comprendre et d'apprécier ce
génie lyrique baroque: le plus grand après
Monteverdi.
Rivalités politiques et artistiques
(Molière contre Lulli, Torelli contre les Vigarini
-machinistes et concepteurs du théâtre des Tuileries- ,
Louis contre Fouquet... arrêté le 5 septembre 1661,
après avoir donné en son château de Vaux, une
fête légendaire dont le faste lui est fatal), espoirs
reportés, puis déçus de Cavalli à Paris;
mais aussi portraits sans complaisance de Mazarin, de Lulli (assez
ignoble), Molière et sa troupe... le milieu parisien au
début des années 1660 est évoqué avec
verve et précision. Même Robert Cambert, figure de
bandit romanesque paraît en véritable créateur du
premier drame lyrique en français...
Dans la réalité, le compositeur fit
représenter son nouvel opéra devant des spectateurs
surtout éblouis par les ballets et la machinerie: musique et
chant, action et dramaturgie furent écartés car
beaucoup ne savaient guère la langue de Dante... Et Cavalli
repartit à Venise plus sombre encore qu'à son
arrivée à Paris." (Classique.news)
"Voici un auteur surgi de l'inconnu, une maison
d'édition qui n'en est pas une, et un livre au bout du compte
très sympathique.
Il s'agit du carnet intime ou carnet de voyage
imaginaire du célèbre compositeur vénitien
Francesco Cavalli, pendant les deux années qu'il passe en
France, à l'occasion des festivités du mariage de Louis
xiv, pour lesquelles il doit composer un opéra.
Tout ne se passe pas pour lui comme prévu,
c'est un peu la pagaille dans les préparatifs,
l'aménagement de la salle et la construction des décors
sont en retard, mais aussi, la cour française
n'apprécie pas trop l'opéra italien.
Ce n'est ni par bêtise, ni par manque de
culture, comme on ressasse ce préjugé de bon ton
simplet. Ce qu'on aime à la cour de France, ce qu'on attend
d'un beau spectacle est fort différent. La qualité du
texte est essentielle, ce qui est difficile d'apprécier quand
on ne comprend pas la langue italienne, mais encore, les
règles théâtrales, que l'on peaufine depuis les
poètes de la cour d'Henri iv, portent sur l'unité,
l'équilibre de ce qui se passe sur scène et ce qui ne
peut s'y passer, sur la crédibilité réaliste, on
préfère les ballets aux intermèdes bouffons. Ce
n'est pas qu'on soit allergique à la musique italienne, mais
l'opéra italien est au goût de l'élite
française quelque peu trivial, déboutonné,
irréaliste, et aussi d'une durée interminable.
Bref, après deux années parisiennes
Cavalli retourne dans sa Venise, et déclare à un
directeur de théâtre qui lui réclame une
commande, en souffrance, qu'après son voyage en France, il ne
désire plus composer pour le théâtre.
Voilà le début d'une légende,
dont on ne sait que très peu de choses. Peut-être
s'est-il assez enrichi à Paris — il revient notamment avec un
magnifique diamant, cadeau royal, pour ne plus avoir besoin de
produire de la musique d'opéra.
Ce carnet, ce récit à la
première personne est une excellente idée de
Claude-Jean Nébrac qui arrive à nous convaincre et
à nous faire passer un bon moment de lecture.
Peut-être n'évite-t-il pas les
pièges du genre, et attribuant à Cavalli de la fin du
XVIIe siècle, la connaissance des livres d'aujourd'hui,
peut-être est-on un peu frileux dans le jeu d'entre imagination
et véridicité factuelle (le film de tavernier "Que la
fête commence", ou "Le nom de la rose d'Umberto Eco" seraient
de bons exemples). Mais le choix de prudence de l'auteur est souple,
cohérent." (Musicologie.org)
Pour célébrer la signature de la paix
entre la France et l'Espagne en 1660, consolidée par le
mariage du roi Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse,
le cardinal Mazarin décida d'offrir aux Parisiens un fastueux
opéra italien, quelques années après le relatif
échec de l'Orfeo de Rossi. Il fit donc construire un immense
théâtre aux Tuileries, invita de nombreux chanteurs
renommés et confia la composition de l'ouvrage au plus connu
des musiciens vénitiens de l'époque, Francesco Cavalli.
Rien ne se passa comme prévu : la fameuse Salle des Machines
était loin d'être finie à la date prévue,
il fallut insérer dans l'opéra de grands ballets
écrits par l'étoile montante, «Baptiste»,
autrement dit le Florentin Lulli, et l'événement devint
un combat politique (contemporain de l'affaire Fouquet !) dont les
enjeux parurent incompréhensibles à Cavalli, sans
compter des sabotages malveillants. Pour couronner le tout, Mazarin,
son principal soutien, mourut avant la fin de l'aventure.
Pour raconter cet épisode qui laissa une
réelle amertume au compositeur vénitien, bloqué
plus de deux ans à Paris, Claude-Jean Nébrac a choisi
la forme de «mémoires imaginaires». Sous sa plume,
c'est donc Cavalli qui décrit son voyage à travers
l'Europe, via Innsbruck et Munich, sa découverte des pratiques
musicales françaises, ses rencontres diverses, avec
Molière notamment.
Le procédé n'est pas sans
défauts : l'accumulation des faits évoqués
paraît assez artificielle, comme l'est la langue, très
moderne, des multiples dialogues réinventés. On sent
que Nébrac tente d'insérer dans son texte le maximum de
personnages, de conflits, de détails, qui finissent par se
télescoper. En revanche, cela donne de la vie et du mouvement
au récit, en évitant toute sécheresse
érudite. On se prend au jeu, on sympathise avec Cavalli, on
finit par croire à ce XVIIe siècle recréé
avec passion. Et puis, semble-t-il, la vérité
historique est respectée. Ce petit volume fourmille donc
d'informations et décrit bien le quotidien des musiciens
gravitant dans l'orbite du futur Roi-Soleil. Un livre aussi
divertissant qu'instructif, malgré sa forme contestable.
(Opéra Magazine - octobre 2011)
Haendel en son
temps - Marc
Belissa - Ellipses - 4 mai 2011 - 432
pages - 24 €
"Haendel ? Ce « tonneau de porc et de
bière », comme l'écrivait Berlioz ? Ce compositeur
officiel de la pompeuse Angleterre, selon l'image encore
diffusée dans la première moitié du XXe
siècle ? Heureusement, tel n'apparaît plus aujourd'hui
Georg Friedrich Haendel (1685-1759), grâce en soit rendue
à la redécouverte de la musique dite baroque depuis
quelques décennies !
Lorsqu'on s'intéresse à sa vie et
à ses oeuvres - produites pour la plus grande partie dans
l'Angleterre des années 1710-1759 -, on s'aperçoit que
Haendel est bien plus que l'auteur de «l'Alléluia»
du Messie. Il est non seulement l'un des compositeurs de musique
vocale les plus importants du XVIIIe siècle (42 opéras
italiens, de nombreux oratorios, des centaines de cantates), mais
aussi un cas particulier dans l'histoire des rapports entre la
musique et la société de son temps.
Haendel a été le spectateur du passage
d'une culture politique et artistique centrée sur la vie de
cour à un nouveau contexte dans lequel la culture est devenue
un produit et un marché destiné à un auditoire
plus large que celui des courtisans.
Le portrait d'un Haendel officiel et guindé
dans une raideur toute britannique s'oppose radicalement à sa
véritable personnalité, curieuse, inventive et
cosmopolite. Revenir au «temps de Haendel» et le
débarrasser des scories accumulées depuis sa mort est
indispensable pour tenter de comprendre l'homme et son oeuvre. C'est
le but de cette biographie historique." (Présentation)
"Comment rendre attrayante une biographie? Souvent
l'auteur, tenaillé entre vulgarisation et
déférence, ne sait quel parti prendre. Et comme il a
rareement la plume d'une Berberova ou d'un Romain Rolland ... C'est
sous la protecction du Prix Nobel 1915 que se place l'ouvrage de Marc
Belissa sur Haendel, pour un résultat décevant. Cette
biographie du Saxon n'apporte en effet rien de neuf depuis Jonathan
Keates et Christopher Hoggwood et ignore les traits polémiques
d'Ellen Harris sur la vie intime de Georg Friedrich... Si
l'étude du contexte historique et social ne manque pas
d'intérêt, le livre est constamment handicapé par
des cooquilles et des tics d'universitaire, comme cette manie de
résumer en fin de chapitre ce qui vient d'être dit."
(Classica - octobre 2011)
"S’agirait-il d’un livre d’histoire de la musique ou
bien d’un livre d’histoire au travers de la musique ? Faut-il
trancher ? Nous assistons à un dialogue, à un
contrepoint entre les différentes disciplines qui ont besoin
par moments d’exister dans leur dynamique propre tels les fameux
entractes qui nous éloignent des salles de concert pour nous
livrer la toile de fond politique et religieuse sous-jacente à
l’œuvre de Haendel : et Marc Bélissa nous rappelle à
cet endroit combien la vie et l’activité de Haendel sont
exemplaires de nombre de transformations socio-historiques et
culturelles de premier plan.
Le livre refermé, Georg Friedrich Haendel
reste le grand chantre et peintre des émotions.
Passionné de peintures – il posséda un Rembrandt - sa
musique se déploie telles de grandes fresques
descriptives.
Marc Bélissa ne s’y est pas trompé :
cette œuvre est pittoresque : elle est bien « digne d’être
peinte » ! (Cantate Magazine)
Les biographies françaises de Haendel ne sont
pas légion, l'essentiel des parutions dans ce domaine, sur les
trois dernières décennies, étant
constitué de traductions d'ouvrages anglo-saxons. La
célébration, en 2009, du 250e anniversaire de la
disparition du compositeur n'ayant pas été vraiment
l'occasion d'un réveil, nous ne pouvons que saluer
l'initiative de l' éditeur Ellipses.
Haendel en son temps : voici un titre qui ne ment
pas, tant le contexte historique prend ici une place
particulièrement importante. Marc Belissa, historien du XVIIIe
siècle, nous prévient dans son introduction :
n'étant pas musicologue, il ne va donc pas se lancer dans de
grandes analyses de partitions. Bien que l'on ne connaisse pas
énormément de détails sur l'homme Haendel,
l'auteur évite d'emblée un piège dans lequel
certains de ses prédécesseurs ont foncé
tête baissée : celui consistant à accorder trop
d'importance aux anecdotes. Pour celles-ci, Marc Belissa
n'hésite pas à employer le conditionnel, ni à
souligner leur manque de vraisemblance.
Dès lors, on ne s'étonnera pas de lire
des chapitres entiers où Haendel apparaît peu, mais
où les informations sur le contexte social, politique,
économique et artistique dans lequel il vécut,
abondent. Et c'est bien là tout l'intérêt de ce
volume qui, pour de nombreux mélomanes, constituera un
indispensable complément ou préalable aux biographies
traditionnelles, comme aux ouvrages se voulant plus musicologiques."
(Opéra Magazine - février 2012)
Atys - Lully - L'Avant-Scène Opéra - n° 94 -
nouvelle édition mars 2011 - 130 pages - 20 €
Sommaire : Philippe Beaussant : Le musicien du
soleil - Jean-François Labie : Un jeu habile avec les
contradictions de l’époque - Pierre Enckel : Autour de Louis
XIV : une société respectueuse ? - Jean Duron : ATYS,
« opéra du Roi » - Jacques Morel : Philippe
Quinault, librettiste d’Atys - Ovide : Les fastes (extrait) - Jean
Duron : Argument - L’oeuvre - Jean Duron : Introduction - Jean Duron
: Commentaire musical et littéraire - Philippe Quinault :
Livret intégral - Regards sur l’œuvre - Jérôme de
la Gorce : La création et les spectacles de
Saint-Germain-en-Laye - Elisabeth Giuliani : Où Madame de
Sévigné se pique d’opéra - Denis Diderot :
Utmiutsol contre Uremifasolasiututut - Noëlle Guibert : Lully et
Molière - Catherine Massip : Le rôle de Lully dans la
formation de l’opéra français - Ivan A. Alexandre :
Atys dormant ou le sommeil paradoxal - Chantal Cazaux : bibliographie
- Atys 1987, Atys 2011 - William Christie : Lully
réévalué - Jean-Marie Villégier : Un
rêve noir habité par un soleil - Douze photos pour
raconter Atys - Atys 1987. Revue de presse - Laura Naudeix : Le sens
du passé. ATYS, 24 ans après - Olivier Rouvière
: Discographie - E. Soldini et J. de La Gorce : L’œuvre à
l’affiche
"L’attente touchera bientôt à sa fin
pour des milliers de mélomanes: dans quelques jours, Atys,
revêtu de ses atours légendaires, renaîtra
à l’Opéra-Comique avant de gagner les
théâtres de Caen, Bordeaux et Versailles. En attendant
de vérifier si la réalité dépasse nos
fantasmes, L’Avant-scène Opéra nous propose une «
mise à jour » du numéro qu’elle consacrait en 1987
au quatrième opéra de Lully, le
préféré de Louis XIV. La principale
nouveauté réside précisément dans un
dossier sur la production du tandem Christie/Villégier :
témoignages du chef et du metteur en scène, portfolio,
revue de presse et réflexion nuancée de Laura Nadeix
sur l’impact exceptionnel du spectacle créé à
Prato en 1986 ainsi que sur le sens de sa reprise actuelle. En outre,
Olivier Rouvière confronte les interprétations
gravées entre temps par les Arts Florissants puis par la
Symphonie du Marais, Elisabetta Soldini et Jérôme de la
Gorce retraçant quant à eux l’histoire de l’œuvre
à l’affiche.
Recueillis en janvier 1987, les propos de William
Christie et de Jean-Marie Villégier se révèlent
autrement captivants et utiles pour la compréhension d’Atys
que certains articles portant sur des sujets accessoires («
Autour de Louis XIV : une société respectueuse ?
», « Où Madame de Sévigné se pique
d’opéra ») dont le maintien pourrait se concevoir si
l’éditeur ne faisait pas abstraction de vingt-cinq
années de recherches d’ailleurs favorisées par le
succès d’Atys. Augmentée, cette seconde édition
ne semble pas avoir été revue et ne rend pas justice
à la figure, pourtant essentielle, de Quinault, et ce
malgré l’avertissement de Jean Duron : « Atys en effet
n’est pas un opéra, mais une tragédie-lyrique dont le
maître d’œuvre n’est pas le musicien (Lully), mais le
poète (Quinault) – il ne s’agit pas non plus d’un livret, mais
d’une tragédie. »
Dès 1987, le musicologue déclarait,
non sans forcer un trait que son magistral guide d’écoute
devait nuancer : « L’analyse musicale à proprement parler
devient intéressante lorsque le compositeur est libre de ses
choix, c’est-à-dire dans les divertissements. Ailleurs, il
agit du mieux qu’il peut sur une pièce qui ne lui appartient
pas, qui se déroule devant lui ; il agit alors,
généralement le plus discrètement possible,
comme un musicien de film sert le metteur en scène. » Et
de conclure sur cette formule sans équivoque : « L’œuvre
dépasse la musique. »
Ainsi, William Christie se comportait en homme du
Grand Siècle lorsqu’il arrêtait son choix sur Atys
après avoir lu le poème de Quinault, sans même
ressentir le besoin de connaître la musique de Lully pour
asseoir sa décision. Leurs contemporains n’hésitaient
pas à parler des « opéras de Quinault »,
auteur alors extrêmement populaire et davantage joué que
Racine, et nous savons aujourd’hui que Atys, à l’instar de
Cadmus ou d’Armide, peut être considéré autant
comme l’œuvre du dramaturge que comme celle du musicien. En revanche,
du XIXe à la fin du XXe siècle, l’histoire
littéraire, prisonnière de sa doxa et
singulièrement d’une « conception racinocentrique du
classicisme français » 1, ignorait les tragédies
lyriques de Quinault alors que la musicologie se focalisait sur
Lully, l’une et l’autre escamotant le génie du poète,
sinon la spécificité des tragédies mises en
musique par le Surintendant. Or, si l’étude
particulièrement fouillée de Jean Duron montre que
celui-ci imposait sa volonté et modifiait à sa guise –
mais en véritable homme de théâtre – le texte
d’Atys, les travaux d’un Buford Norman ont depuis mis en
lumière le rôle déterminant de Quinault dans la
genèse de l’ouvrage qui s’apparente, à l’instar des dix
autres conçus avec Lully, à un laboratoire.
Ce que ne nous dit pas – ou ce que suggère
à peine et de manière lacunaire – ce numéro de
L’Avant-Scène, c’est que le rival du « tendre Racine
» réussit à tirer du mythe d’Ovide de puissants
ressorts dramatiques, qu’il épure et resserre l’intrigue,
affine les caractères et agence, structure et façonne
la tragédie en anticipant le discours musical et les attentes
du compositeur, déployant des trésors d’intelligence
dans le choix des mots, des sonorités et des mètres du
moindre vers. Si, comme l’observe William Christie, Lully « a su
garder la simplicité de l’ossature harmonique d’un Monteverdi
ou d’un Cavalli », optant pour« un langage harmonique clair
et bouleversant », il a également su s’attacher un
poète qui soutient la comparaison avec Rinuccini et Busenello.
La brillante analyse musico-dramatique de Jean Duron
réhabilite Lully, trop longtemps incompris et
mésestimé, notamment en soulignant son apport
historique au développement de l’orchestre, mais
également à l’exploration de la tonalité et du
temps musical, et si le Florentin se voit attribuer abusivement
l’invention du grand motet2, nous aurions aimé que Philippe
Quinault suscite le même enthousiasme et soit traité
avec les égards dus à son génie. On se consolera
en retrouvant la plume stylée et l’érudition gourmande
d’Ivan A. Alexandre dans une évocation du sommeil baroque et
en relisant les portraits incisifs que Philippe Beaussant et
Jean-François Labie brossent de l’intrigant et très
habile baladin qui sut séduire le plus grand roi d’Europe et
forger une alliance objective avec Colbert. Pour ces pages et
malgré nos réserves, pour la parole donnée aux
artistes qui ont exhumé Atys et les éclairages
passionnants de Jean Duron et Jérôme de La Gorce, cette
livraison de l’Avant-Scène Opéra s’avère
indispensable." (Forum Opera)
Le livret d'opéra oeuvre
littéraire - sous la direction de Françoise
Decroisette - Presses Universitaires de
Vincennes - 316 pages - février 2011 - 25 €
"Hors contexte (musical et scénique), le
texte d'un livret d'opéra peut-il être mesuré,
compris comme une oeuvre littéraire à part
entière? Les règles, rythmes, structures dictés
pas la nécessité théâtrale permettent-ils
un essor purement poétique et littéraire du livret
d'opéra? C'est une interrogation fondatrice que pose ici (en
préambule) Françoise Decroisette...
Pour nous c'est le livre de l'été
2011: passionnante interrogation (argumentée et accessible)
sur le statut littéraire des livrets d'opéras. 11
articles composent ici une approche critique du texte d'opéra
et de "l'hypotexte", c'est à dire le texte original
(pièce de théâtre ou roman). Malgré les
règles dictées par la nécessité musicale
et scénique, le livret a t il une cohérence en soi? Sa
construction et ses effets dramatiques résistent ils à
la seule lecture hors contexte théâtral? On serait
tenté de répondre souvent "oui" tant chaque
intervention souligne l'oeuvre créative des librettistes
auxquels talent et imagination ne sont pas refusés, bien au
contraire. Passionnants à ce titre: la
révélation d'un livret d'opéra de Busenello,
jamais porté à la scène (Il Viaggio d'Enea
all'Inferno, circa 1642); L'Ariodante de Spinola mis au goût de
Gênes (où l'héroïque tragique côtoie
selon le "système vénitien", le comique et la farce);
la relation de Foppa aux modèles transposés de Goldoni;
la question du mélange tragique et comique; musicalité
naturelle de la parole humaine chez Métastase; approche
singulière du Re Orso d'Arrigo Boito...
Du reste, la lecture globale de la publication fait
remarquer l'intense activité des créateurs
Vénitiens dans ce processus producteur des livrets
d'opéras: la Cità n'a pas été pour rien
dans l'essor de l'opéra payant baroque: elle l'a
créée dès 1637. Il est donc naturel que
dès le XVIIè, la littérature lyrique s'y soit
particulièrement développée. Et de facto, il
était courant d'apprécier un livret d'opéra loin
de la scène, par sa lecture seule, tel un poème
à part entier. Ainsi les compositeurs d'opéras italiens
réussissent-ils avec le concours de leurs librettistes
à imposer la valeur esthétique de leur oeuvre, en
particulier vis à vis du théâtre parlé...
Textes majeurs pour une question passionnante, idéalement
approchée et dont le matériau d'analyse
intéresse essentiellement les livrets en italien, les
rédacteurs étant tous d'éminents italophiles."
(Classique.news)
"Le titre aurait dû préciser : livrets
italiens, du XVIIe au XXe siècle, de Busenello à
Zandonai. Mais le sous-titre indique justement l'orientation de ces
onze études, issues d'un séminaire de
l'université Paris VIII. Les points de vue sont variés,
de l'analyse précise d'un livret à des panoramas plus
larges sur le statut social des librettistes, l'édition et
l'usage de leurs textes, en passant par des études
thématiques ou monographiques.
Peu de chances de tirer profit de l'analyse du
livret de La Lucrino de C .M. Maggi (1666), mise en musique par
Celidone, ou du Vioggio d'Eneo inédit de Busenello (vers
1640), que le lecteur ne connaîtra sans doute jamais. En
revanche, un plus large public apprendra beaucoup du texte sur les
adaptations de Goldoni et Gozzi par Giuseppe Maria Foppa (1760-1845),
librettiste majeur de la période. Il sera également
intéressé par l'analyse du personnage de la nourrice
dans l'opéra vénitien du XVIIe siècle, qu'il
rencontre régulièrement à l'écoute comme
à la représentation, ou encore par la curieuse
situation, entre 1830 et 1860, du « staff librettist » de
l'Opéra Italien de Londres, Manfredo Maggioni,
traducteur-adaptateur du répertoire international. Et les
metteurs en scène et interprètes auront grand
intérêt à consulter l'analyse très fine
des intentions dramaturgiques de Métastase dans le
détail même de son écriture." (Opéra
Magazine - juillet/août 2011)
Rameau - Un musicien philosophe au
siècle des Lumières -
Jean-Paul Dous - L'Harmattan - Collection : Univers musical - janvier
2011 - 228 pages - 21,50 €
"Jean-Philippe Rameau (1683-1764) n'est pas
simplement le grand musicien du XVIIIe siècle, ni même
l'illustre théoricien de l'harmonie moderne.
C'est un penseur très original qui a
développé une intuition sublime qui l'a
accompagné toute sa vie : l'ouïe est à l'origine
de l'entendement parce que le son est le véhicule physique de
la conscience, de sorte que c'est en analysant la structure
fondamentale du son que l'on peut dévoiler les clés qui
ont permis la naissance des idées, le développement des
civilisations, l'émancipation des sciences et des
arts.
Porté au départ au pinacle par les
philosophes des Lumières (Diderot, D'Alembert), Rameau sera
ensuite déjugé - notamment par Rousseau -, dès
que ses intuitions contrarieront l'agnosticisme en vogue. C'est que,
autodidacte, le musicien eut toutes les peines à
dégager clairement ce qu'il entrevoyait comme une
métaphysique du son. Mais il assuma avec dignité de
suivre le fil de ses intuitions jusqu'au bout et de faire face
à la pensée unique de son temps.
A ce titre, il représente l'esprit
véridique des Lumières auquel l'avait initié
Descartes, son père spirituel. Si Rameau est reconnu comme
musicien, il est temps aujourd'hui de le révéler pour
la hauteur de son intelligence. Grâce à l'engouement
pour la musique baroque, nous pouvons l'écouter musicalement.
Il s'agit à présent de l'entendre.
(Présentation)