COMPOSITEUR
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André CAMPRA
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LIBRETTISTE
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Antoine Danchet
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DATE
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DIRECTION
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EDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DETAILLEE
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1992
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William Christie
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Harmonia Mundi
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3
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français
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1994
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William Christie
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Harmonia Mundi
|
1
|
français
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Tragédie lyrique sur un livret d'Antoine
Danchet, homme de lettres prolifique,
librettiste attitré de Campra (1671 - 1748). Elle fut
créée à l'Académie royale de
musique le 12 janvier 1712, dans une distribution réunissant :
Hardouin (Eole) et Mlle Poussin (Vénus) dans le prologue,
Gabriel-Vincent Thévenard (Idoménée), Buseau
(Arcas), Jacques Cochereau (Idamante), Charles Hardouin (Arbas),
Ilione (Françoise Journet), Marie Antier (Dircé), Mlle
Pestel (Electre), Dun (Neptune), Mantienne (La Jalousie,
Némésis).
Elle fut reprise pour l'ouverture de la saison, le 3
avril 1731, avec Dun (Eole) et Mlle
Eremans (Vénus) dans le prologue, Chassé
(Idoménée), Dumast (Arcas), (Idamante), Ilione (Mlle Le
Maure), Mlle Pélissier (Electre), Dun (Neptune), Cuvillier (La
Jalousie, Némésis), Mlle Petitpas (Une Crétoise,
une Bergère).
L'oeuvre fut jouée à Lyon, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette Royale,
en 1749/50, à l'initiative de Mangot, beau-frère de
Jean-Philippe Rameau.
Le livret s'inspire d'une tragédie de Prosper
Jolyot de Crébillon (*), créée à
la Comédie française en décembre 1705. La source
se trouve dans un Commentaire sur Virgile de Maurus Honoratus
Servius, grammairien du Ve siècle, imprimé
à Venise en 1475.
(*) Prosper Jolyot de Crébillon, poète
tragique, académicien en 1731 (1674-1762)
Synopsis détaillé
Prologue
Les Antres d'Eole. Ce dieu y
paraît au milieu des Vents qui sont enchaînés
à des rochers. Au loin, à travers une ouverture de la
caverne, la mer.
(1) Le choeur des Vents furieux
supplie Eole de les libérer pour aller ravager la terre et les
mers. Une symphonie agréable annonce l'arrivée de
Vénus et apaise les Vents. Vénus demande à Eole
de créer une terrible tempête pour punir
Idoménée, le vainqueur de Troie. Libérés
par Eole, les Aquilons s'empressent de lui obéir, tandis que
Vénus et sa suite - les Amours, les Grâces, les Plaisirs
- se joignent aux divinités de la mer pour
célébrer le pouvoir de l'amour dans la caverne d'Eole.
(3) Divertissement : Sarabande, Vénus et les choeurs, air de
Vénus, air des Tritons, Menuet, choeur des Grâces,
Passepied, choeurs
Acte I
Le Palais des rois de
Crète
(1) Ilione, fille du roi de Troie
Priam, révèle qu'elle a repoussé les avances
d'Idoménée, le roi de Crète, mais qu'elle aime
en secret son fils Idamante. (2) Celui-ci fait part à Ilione
de son espoir de revoir son père, et de rendre leur
liberté aux prisonniers troyens. Il avoue son amour à
Ilione. On amène les captifs troyens. (3) Idamante les fait
libérer de leurs chaînes. Les Crétois et Troyens
célèbrent ensemble l'évènement : Rondeau,
air d'une Crétoise, air des Troyens, Gigue. (4) Arrivée
d'Electre, la fille d'Agamemnon qui vit réfugiée
à la cour de Crète, qui s'insurge de la décision
d'Idamante. (5) Arbas vient apporter une funeste nouvelle :
Idoménée, dont le retour de Troie se faisait attendre,
aurait disparu en mer. (6) Electre, amoureuse d'Idamante, clame sa
rage jalouse.
Acte II
Les bords de la mer
agitée par une tempête affreuse. Des vaisseaux
brisés et qui ont fait naufrage. la nuit. On entend le bruit
du tonnerre et on voit des éclairs.
(1) Les guerriers crétois
naufragés implorent la clémence des Dieux. (2) Neptune
surgit de la mer et calme les flots en rappelant à
Idoménée sa promesse. (3) Le calme est revenu.
Idoménée révèle à Arcas la nature
de cette promesse : sacrifier la première personne qu'il
rencontre sur le rivage s'il rentre sain et sauf. Il renvoie Arcas
comme une personne s'avance, et se met en retrait parmi les
débris des vaisseaux. (4) Celui qui arrive n'est autre
qu'Idamante qui vient chercher la solitude. Il aperçoit
Idoménée et engage la conversation sans qu'aucun
reconnaisse l'autre. Idamante finit par révéler qu'il
est le fils d'Idoménée, que l'on croit péri en
mer. Celui-ci est bouleversé, et révèle
également qui il est. Il croit échapper à son
destin fatal, en chassant son fils, qui le suit sans comprendre. (5)
Electre, désespérée par l'indifférence
d'Idamante à son égard, fomente une vengeance et en
appelle à Vénus pour qu'elles s'emploie à
dresser le père contre son fils. (6) Vénus
apparaît dans son char et indique à Electre que sa
vengeance est aussi la sienne. (7) Restée seule, Vénus
appelle la Jalousie et lui demande d'exercer sa vengeance. (8) La
Jalousie, avec sa suite, répond à l'appel de
Vénus, et se prépare à transformer l'amour en
furie. Danse.
Acte III
Le port de Sidonie, avec des
vaisseaux en rade.
(1) Arcas tente d'apaiser
Idoménée. Celui-ci est partagé entre le
désir de protéger son fils, et la jalousie, ayant
appris qu'Idamante était épris d'Ilione. Sur
proposition d'Arcas, il ordonne qu'Idamante raccompagne Electre en sa
patrie. (2) Survient Ilione. Idoménée l'accuse de le
repousser parce qu'elle est amoureuse d'Idamante. Ilione ne peut
cacher la vérité. (3) Resté seul,
Idoménée mesure le trouble qui est le sien. (4) Electre
vient remercier Idoménée de sa décision. (5)
Elle se réjouit de quitter la Crète avec Idamante. (6)
Divertissement. Les matelots s'apprêtent à prendre la
mer. Electre appelle les vents favorables. Rigaudons. Electre chante
l'Espérance. (7) Idoménée vient dire adieu
à Idamante, et veut faire embarquer les Argiens. On entend un
bruit épouvantable, la mer se soulève, les vents
forment une tempête. (8) Protée surgit et annonce qu'il
s'oppose au départ. A son appel, un monstre sort de la mer.
Protée menace de tout détruire si
Idoménée ne respecte pas la promesse faite à
Neptune. Idoménée se propose en sacrifice, mais refuse
de livrer une autre victime.
Acte IV
Une campagne agréable.
Au loin, le temple de Neptune.
(1) D'abord satisfaite par cette
menace pour la Crète, Ilione s'inquiète aussitôt
pour Idamante. (2) Idamante arrive. Il confie à Ilione que son
père caache un secret, et qu'il va aller combattre le monstre.
Les amants s'avouent leur passion réciproque, mais Ilione
annonce à Idamante qu'il a un rival, en la personne du roi.
(3) Idoménée survient, et s'étonne de trouver
son fils au temple de Neptune. Idamante l'interroge, mais
Idoménée ordonne à son fils de partir sur le
champ. (4) Accompagné d'une troupe de sacrificateurs,
Idoménée implore Neptune de calmer sa colère. On
entend des chants de victoire. (5) Arcas annonce qu'Idamante a vaincu
le monstre. (6) Les habitants de la Crète
célèbrent sa victoire. Divertissement. Musette, airs
des deux Bergères, Menuet, Passepieds. Dans l'espoir d'apaiser
définitivement les dieux, Idoménée renonce
à la fois à son trône et à
Ilione.
Acte V
Un lieu préparé
pour le couronnement d'Idamante, avec un trône au milieu,
couvert d'un pavillon.
(1) Electre révèle
à Idamante qu'elle l'aime, et, en fureur, annonce qu'elle va
demander à Neptune d'intervenir à nouveau pour troubler
la fête. (2) Ilione se réjouit d'épouser Idamante
et de son accession au trône. (3) Idoménée
annonce publiquement qu'il laisse la couronne et Ilione à son
fils. Divertissement. Passacaille, Bourrée, air d'une
Crétoise. Idoménée dépose son sceptre et
sa couronne, et les remet à Idamante. Alors qu'il le conduit
au trône, un bruit affreux annonce l'arrivée de
Némésis sortant des enfers. (4) Il rappelle à
Idoménée que la colère des dieux n'a pas
été apaisée, puis rentre dans les Enfers. Le
trône se brise, les Furies emportent le pavillon qui le
couvrait. (5) Idoménée est pris de folie, et croit voir
une cérémonie de sacrifice pour apaiser Neptune.
Voulant tuer lui-même la victime, il tue son fils. Revenu
à la raison, il se rend compte de son acte et tente de se
suicider. On l'en empêche : son châtiment est de
continuer à vivre.
(Livret Harmonia
Mundi)
- Opéra International
- janvier 1992 - L'autre Idoménée -
Une première mondiale de Campra
Représentations :
- Grenoble - Salle Olivier
Messiaen, Couvent des Minimes - 3
mars 2010 - Atelier des Musiciens du Louvre - Grenoble - dir. Marc
Minkowski - mise en espace Sébastien Depommier -
lumières Aurélien Villard - costumes Atelier du
théâtre municipal de Grenoble - avec Jia Yue,
basse-taille (Idoménée), Bastien Combe, haute contre
(Idamante), Agnès Haond, soprane (Vénus,
Stéphanie Mahue, soprane (Ilione), Marie Albert, soprane
(Électre), François Zecconi, basse-taille (Neptune,
Éole), Julien Drevet, ténor (La Jalousie),
Anaïs Yvoz & Sabrina Kilouli, sopranes (Deux
Bergères)
- Wiesbaden - Hessisches
Staatstheater - mai 2004 - La Grande
Écurie et la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude Malgoire -
mise en scène Christian Baggen - avec Oliver Heyte
(Idoménée), Carl Ghazarossian (Idamante), Delphine
Gillot (Ilione), Estelle Kaïque (Electre), Alain Bertschy
(Arcas), Arnaud Raffarin (Arbas), Patrick Alliotte-Roux
(Neptune/Protée), Caroline Mutel (Vénus), Philippe
Rabier (Némésis), Bertrand Chuberre (Eole),
Dominique Gagne (La Jalousie), Stéphanie Revidat
(Crétoise/Bergère), Marina Lodygensky (Troyenne),
Judith Gauthier (Bergère)
- Tourcoing - Atelier
Lyrique - 10, 12, 14 mars 2004 - Orléans Carré St Vincent
- 5, 6 mai 2004 -
Saint-Quentin en Yvelines - 11 mai 2004 - Clermont-Ferrand - Opéra Municipal
- 15 mai 2004 - nouvelle
production - La Grande Écurie et la Chambre du Roy - dir.
Jean-Claude Malgoire - mise en scène Christian Baggen -
dramaturgie Karine Van Hercke - chorégraphie Dominique
Duszynski - costumes Raphaëlle Debattice - éclairages
Jacky Lautem - avec Alain Bertschy (Arcas), Delphine Gillot
(Ilione), Bertrand Chuberre, Carl Ghazarossian (Idamante), Olivier
Heyte (Idoménée), Catherine Hunold, Estelle
Kaïque (Electre), Marc Labonette, Marina Lodygensky, Caroline
Mutel (Vénus), Marcos Pujol, Philippe Rabier,
Stéphanie Révidat
- Diapason - mai 2004 - 10 mars 2004
"A l'Atelier lyrique de
Tourcoing, sur lequel il règne depuis près d'un quart
de siècle, Jean-Claude Malgoire ne manque pas d'idées.
La plus récente ? Un jeu de miroirs entre deux visions
d'Idoménée. Campra d'un côté, Mozart de
l'autre, le face-à-face de la tragédie lyrique à
la française et du dramma per musica est prometteur. Autant
Campra, en 1712, se coule, avec son librettiste Antoine Danchet, dans
le modèle choisi (découpage en un prologue et cinq
actes, interventions choré-graphiques...), autant Mozart
(l'abbé Varesco, qui s'inspire de Danchet, est son
poète), en 1781, n'a de cesse de transcender les conventions
de l'opéra seria, à l'aide d'ensembles, duos, trios,
choeurs, dans le sillage de la réforme entreprise vingt ans
auparavant par Gluck. Entre Jdoménée et Idomeneo, re di
Creta, près de soixante-dix ans ont passé... Le
chef-d'oeuvre de Campra, coréalisé avec la fondation
Royaumont, a fait l'objet d'une session d'études en septembre
2002, et le spectacle en est le résultat. Sans doute le fait
d'avoir souhaité plusieurs interprètes pour chaque
rôle n'a-t-il pas facilité le travail
théâtral. La fibre tragique n'est pas le fruit d'une
génération spontanée, et ces jeunes
interprètes en manquent parfois cruellement, même si,
vocalement, on sent le sérieux de l'entreprise. Carl
Ghazarossian (Idamante) domine ses partenaires par sa
présence, son assurance, sa musicalité, même si
Bertrand Chuberre (Idoménée) et Delphine Gilliot
(Ilione) ne déméritent pas...En petite ou en grande
formation, La Grande Ecurie compense sa minceur sonore par son
dynamisme. Sans effet, sans esbroufe, Malgoire, homme de culture s'il
en est, trouve toujours les mouvements justes, les respirations
idoines. Le peu de moyens dont il dispose à Tourcoing
n'entrave ni son imagination ni son enthousiasme."
"Les Aventures de
Télémaque de François Fénelon, à
l'aube du XVIIIème siècle. Le dramaturge dijonnais
Prosper Crébillon, qu'on dit aujourd'hui Crébillon
Père, fait ses premiers armes avec La Mort des enfants de
Brutus qui le ridiculise lamentablement, en 1703 ; il connaîtra
le succès qui ferait de lui l'un des plus estimé
tragiques de son temps quatre ans plus tard avec Atrée et
Thyeste, une étape importante l'y acheminant : son
Idoménée dont il a puisé le sujet dans Les
Aventures... La tempête égare le roi de Crète
Idoménée de retour de la campagne troyenne, et l'apeure
ainsi que ses hommes, tous croyant leur dernière heure
arrivée. Il appelle Neptune et fait ce terrible vœu : "si tu
me fais revoir l'île de Crète malgré la fureur
des vents, je t'immolerai le première tête qui se
présentera à mes yeux". Le dieu des mers calme la
tourmente, Idoménée aborde le tant désiré
rivage. La victime du sacrifice promis ne tarde pas à se
montrer : son propre fils qu'il lui faudra tuer pour remercier
Neptune. L'auvergnat Antoine Danchet s'attèle à
l'écriture d'un livret pour un Idoménée dont la
musique serait composée par André Campra, opéra
qui créé à l'Académie Royale de Musique
de Paris au début de cette année 1712 qui verrait le
dramaturge gagner le cinquième fauteuil de l'Académie
Française, grâce à la protection des savantes
Tencin et Ferriol.
La Troyenne Ilione, fille de
Priam, est captive en Crète, où elle a du repousser les
assauts amoureux d'Idoménée. Le fils du roi, Idamante,
est promis à Electre, mais il lui préfère la
Troyenne qui s'avoue charmée. Pour lui plaire, il gracie les
prisonniers de Troie. Le Roi et ses équipiers
débarquent enfin. Idamante est le premier homme qu'il voit
après avoir mis pied à terre : il doit donc le
sacrifier à Neptune ; dans un premier temps, lorsqu'il
réalise qui il est, il le fuit. Fêté par les
Crétois, le retour du roi est aussi une garantie pour Electre
: lui mort, Idamante aurait pu choisir Ilione, tandis qu'il est
aujourd'hui tenu à la fois par les projets politiques et les
amours du roi. Idoménée envoie son fils en Grèce
pour escorter Electre, dans l'espoir de lui substituer un animal
consacré sur l'autel de Neptune. Mais le dieu ne renonce pas :
il envoie un monstre marin qui menace de décimer la
population. S'inclinant devant le courage du jeune prince qui
parvient à tuer la créature furieuse, son père
lui accorde la main d'Ilione et renonce à sa couronne en sa
faveur. Mais la double cérémonie est interrompue par
une folie qui s'empare d'Idoménée et, dans ce grand
égarement, il tue son fils. Lorsque l'esprit lui revient et
qu'il réalise son geste, la Troyenne l'empêche de se
tuer - sa punition sera, au contraire, de souffrir longtemps du
souvenir de son crime - et se suicide.
En septembre 2002, nous avions
eu le plaisir d'entendre la tragédie lyrique de Campra lors
d'un concert en l'Abbaye de Royaumont : Jean-Claude Malgoire y
dirigeait La Grande Ecurie et la Chambre du Roy et une équipe
de jeunes chanteurs ; à chaque acte, la distribution
changeait. Le dimanche 14 mars, on retrouvait au Théâtre
Municipal de Tourcoing les mêmes jeunes gens, dans une
distribution mobile, non pas d'acte en acte, et de
représentation en représentation. On aura pu
goûter ainsi la belle vocalité de la Vénus de
Caroline Mutel, et l'élégance du phrasé de
Estelle Kaïque qui campait une Electre hautaine des plus
antipathiques, mais dont la diction n'aura pas permis qu'on jouisse
pleinement de la poésie de Danchet. L'Idoménée
de Olivier Heyte est généreusement sonore, parfois
appuyé, du coup pas toujours très stable, tandis que le
ténor Carl Ghaza-rossian prête à Idamante une
voix agile au timbre léger. Signalons égale-ment la
belle prestation de Alain Bertschy dans le rôle d'Arcas. La
vraie rencontre de cette scène demeure Delphine Gillot qui
offre un timbre d'une délicieuse chaleur au service d'un chant
toujours bien mené : elle présente une Ilione
attachante dont la présence est
évidente."
- Le Monde de la Musique
- mai 2004 - 10 mars
2004
"L'Idoménée de
Campra (1712) éveille la curiosité : y trouverait-on
les prémisses du premier grand chef-d'oeuvre lyrique mozartien
de 1780 ?
Reprenant un principe
déjà testé avec succès, Jean-Claude
Malgoire et Christian Baggen ont enchaîné les deux
oeuvres homonymes de Campra et Mozart à peu de distance. Comme
beaucoup de tragédies lyriques de la fin du règne de
Louis XIV, l'Idoménée de Campra peine à trouver
l'alchimie entre tragédie et divertissement propre au
théâtre lullyste. L'alternance entre des
récitatifs clairement articulés et les passages
lyriques ou dansés y est tranchée, et Campra excelle
dans les deux genres sans trouver de véritable point de
jonction.
Ce ne sont pas les quelques
idées visuelles de la mise en scène qui servent de
trait d'union ni le plateau accidenté imposé aux
chanteurs ni, surtout, la décoration manipulant des
"figures-symboles-qui-n'en-sont-pas "(une statue de soldat de la
Guerre de 14, l'image du Sacré-Coeur) ne trouvent de vraie
résonance avec l'esprit de l'oeuvre. L'Idoménée
de Marc Labonnette mais aussi Idamante (Main Bertschy) et Ilione
(Marina Lodygensky) ont la diction parfaite et portent les
récits avec la tension nécessaire. La direction
animée et théâtrale de Malgoire soutient le texte
avec transparence, même si les danses, souvent rapides et
brouillonnes, ne déploient pas toute la palette dyonisiaque
qu'elles recèlent. Il est vrai que les contor-sions qui
tiennent lieu de chorégraphie n'inspirent aucune sympathie.
Cet aspect est peut-être le plus difficile à traiter
dans l'exécution d'une tragédie lyrique, mais on
regrette qu'il ait été ici négligé
à ce point dans les fins d'acte."
- Présentation
Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines - Jean-Claude
Malgoire
"Trop longtemps masqué
par l’ombre des deux géants que furent, avant et après
lui, Lully et Rameau, la figure romanesque d’un compositeur
partagé entre la scène et le sanctuaire suscite
aujourd’hui un intérêt croissant de la part des
interprètes et du public : André Campra (1660-1744).
Au-delà de la vie tumultueuse de celui qui reçoit la
tonsure en 1678 avant d’être renvoyé du chapitre de la
cathédrale pour avoir participé à des
activités théâtrales… et de revenir à la
Chapelle Royale, compositeur désormais célèbre,
protégé du Régent et des jésuites, Campra
a laissé derrière lui une œuvre considérable de
motets religieux, une messe de requiem, des psaumes et des
opéras au nombre desquels Idoménée compte, avec
L’Europe Galante, pour l’un des plus remarquable. Le livret,
librement inspiré d’Homère – la fin tragique notamment
– conte l’histoire d’Idoménée, combattant achéen
de la guerre de Troie qui, pour avoir promis à
Poséïdon de lui sacrifier «la première
personne qu’il rencontrera sur le rivage de Grèce» si par
fortune il le revoit jamais, se verra contraint de sacrifier son
propre fils, Idamante. Rien ne manque à ces cinq actes de
tragédie lyrique «à la française»,
Tempêtes et naufrage, sacrifices, monstres marins et jalousies
amoureuses, vengeance divine… qui ont su réveiller le rythme
et la couleur du meilleur Campra et la baguette baroque et
inspirée."
« Je développe
avec la partition d’Idoménée tout un réseau
d’affinités spirituelles et dramatiques que je ne retrouve pas
chez d’autres compositeurs sacrés du grand siècle. Mais
surtout, il y a le Campra scénique dont la dimension et la
couleur chorégraphique – avec un bonheur tout provençal
dans les sons et les rythmes – touchent au cœur le
méditerranéen que je suis. »
- Saison Musicale de
Royaumont - Réfectoire des Moines - 14 septembre 2002 - La Grande Ecurie et
la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude Malgoire - version de
concert
"La version de concert qu'en a
donné le chef baroqueux Jean Claude Malgoire et son ensemble
"la Grande Ecurie & la Chambre du Roy", ont
démontré cette "modernité" chez Campra, absente
chez les autres chefs, en particulier Christie dont l'enregistrement
paraît à l'inverse affadi : desséché,
linéaire, presque acide, bien moins imaginatif. La signature
de Malgoire tient à cette humanité pulpeuse, cette
tonicité méditerranéenne que l'orchestre s'est
plu à exprimer avec cohérence et détails, en
particulier dans les danses (le talent chorégraphique de
Campra, créateur de l'opéra-ballet, fut ce soir
très présent). Le sens du drame, l'articulation de la
langue (ici les récitatifs accompagnés sont dignes du
théâtre racinien), la saveur irrésistible des
danses donc (sarabandes, rigaudon, menuets, passacaille,
bourrées ou musette), la fureur insatiable des tempêtes
(pas moins de trois dans cet opéra "océanique" dont
l'action se passe en Crête), le génie des effets
contrastés entre la violence des passions tragiques et les
évocations pastorales ou les pauses sentimentales : Malgoire
sait son Campra depuis presque trente ans. depuis un certain
"Tancrède" sur instruments modernes alors, à Copenhague
en 1975. Sa lecture s'est révélée convaincante,
pleine de souffle, perspicace et piquante, tenant son cap,
éclairant un Campra dramatique et poétique, pictural
aussi comme en témoigne le grain spécifique de la
texture instrumentale : clavecin, violons et alto, vents et bois dont
les flûtes angéliques et tendres, surtout les bassons
émergents, sombres et mordants, annoncent directement
là encore Rameau. La prière des prêtres
crétois et d'Idoménée à l'adresse de
l'insatiable Neptune (Acte IV), fut emblématique du concert :
attention jubilatoire aux climats musicaux, ici un seul chœur
d'hommes accentuant la coloration sombre et puissamment
pathétique de l'imploration.
Le pari était du
côté des chanteurs : l'ambition de la tragédie
lyrique, création de Lully pour Louis XIV, est certes la
création d'un "théâtre total", rivalisant en cela
avec l'Italie plus précoce, mais surtout, le perfectionnement
d'un genre musical et lyrique aussi "digne" que le
théâtre de Corneille et de Racine. Telle est l'ambition
des compositeurs et de leurs librettistes : surpasser les dramaturges
du Grand Siècle sur leur territoire, celui du
théâtre parlé. La musique et le chant permettent
tout autant le dévoilement des passions humaines. En
particulier, cette déclamation si française du texte,
dont l'économie, la concision, l'articulation, le débit
et l'abattage, accentués et "polis" par la musique, rivalisent
sans honte avec les vertiges du tourment racinien. A Royaumont, pas
moins de 15 jeunes voix professionnelles se sont
succédées sans décors, sur une "scène"
des plus réduites. Le concert était l'aboutissement de
sessions de travail sur la déclamation baroque pendant
l'été. Expérience d'autant plus formatrice pour
certains qui ne sont pas français. Ici, plusieurs chanteurs
pour un rôle : le principe a permis de comparer les timbres et
les tempéraments vocaux pour un personnage. D'un collectif aux
talents variés, plusieurs solistes se sont distingués
tant sur le plan vocal que dramatique. On aura ainsi remarqué
l'autorité vocale, aussi puissante qu'articulée du
baryton orléanais Marc Labonnette qui incarnait
Idoménée. Riche en promesses aussi, l'italienne
Elisabeth Calleo, fragile et subtile Ilione, inspirée par une
belle ivresse amoureuse dans le duo "Ah quel bonheur de vous revoir"
accompagnée par le ténor Carl Ghazarossian, complice et
tendre Idamante. La soprano a entamé ensuite l'air d'une
Crêtoise, "Gloire brillante", - évidente concession de
la partition au style italien -, dont les vocalises auront
démontré ses dispositions techniques. La
révélation, s'il en fallait une, au risque de
paraître injuste envers les autres interprètes, fut la
seule mezzo du plateau, la nancéenne Estelle Kaique.
Familière des productions baroques dirigées par
Christie (Thésée, Psyché), la chanteuses
française a porté la complexité haineuse du
rôle d'Electre en particulier dans son dernier air, à
l'acte V, "il est donc vray , seigneur" avec une aisance
scénique rare : intelligibilité et musicalité du
timbre sombre, évidente qualité de comédienne,
projection expressive sans excès. Au service du texte qui
plonge ici dans l'ombre racinienne, Estelle Kaique, dans sa robe
rouge, a permis de comprendre ce qui gêna les auditeurs du
XVIIe siècle et qui nous plaît tant aujourd'hui : cette
grandeur noire et "odieuse" du personnage.
Orchestre
électrisé, sensibilité communicante de son chef,
Jean Claude Malgoire, mosaïque de jeunes tempéraments
vocaux, cet opéra en concert à Royaumont, a
dévoilé les qualités multiples d'une partition
qui mériterait d'être remontée sur scène.
Vœu qui devrait être exaucé puisque cet
"Idoménée" de Campra sera représenté par
le même chef lors d'une tournée 2003. Rendez-vous d'ores
et déjà pris. (Concertclassic)
- Théâtre du
Châtelet - 5 octobre 1991 - Abbatiale d'Ambronay - 6 octobre 1991 -
Utrecht - Muziek Centrum Vredenburg
- 8 octobre 1991 -
Gelsennkirchen - Musiktheater - 10 octobre 1991
- Duisburg - Theater - 11
octobre 1991 - Dortmund - Städtliche
Bühne - 12 octobre 1991 -
Caen - Théâtre - 18 octobre 1991 - version
de concert - dir. William Christie - avec Monique Zanetti
(Ilione), Bernard Deletré (Idoménée),
Jean-Paul Fouchécourt (Idamante), Sandrine Piau (Electre),
Jérôme Corréas (Éole), Marie Boyer,
Maryse Bahurlet, Charles Daniels,
Nicolas Ischerwood, Anne
Mopin
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