L'ARTEMISIA

COMPOSITEUR

Pier Francesco CAVALLI
LIBRETTISTE

Niccolo Minato
     

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLÉE
2010
2011
Claudio Cavina
Glossa
3
italien

 

  Dramma per musica, sur un livret en un prologue et trois actes, de Niccolo Minato, représenté, avec succès, au SS Giovanni e Paolo de Venise, le 10 janvier 1657, sous la direction du compositeur.

Il fut repris au teatro San Bartolomeo à Naples en 1658, dans une adaptation de Francesco Provenzale, dont le livret et la partition sont perdus. Puis à Palerme en 1659 (on a conservé le livret), à Milan en 1663, à Gênes en 1665.

Le manuscrit est conservé à la Biblioteca Marciana dans la Collection Contarini. Les deux premiers actes sont de la main de Cavalli, et furent utilisés par Cavalli pour la production vénitienne ; le troisième n'est qu'une copie, et aurait été utilisée par un autre claveciniste - qui pourrait être Giovanni Battista Volpe - pour une autre représentation.

Le livret fut édité par Andrea Giuliani, avec une dédicace, datée du 16 janvier 1656, de Minato Alla Ser: Real Altezza Di Ferdinando Carlo Arciduca D'Austria. Il comporte aussi un avis au lecteur et un argomento.

La production vénitienne comporte deux ballets à la fin de l'acte I (Otto Arcieri formano il Ballo) et de l'acte II (Otto Paggi formano il Ballo).

 Personnages : Melpomene, Talìa, Apollo, Due Raggi d'Apollo, La Fortuna, La Virtù, La Cortesia, Le tre Gratie (Prologue) ; Artemisia, reine de Carie (soprano) ; Meraspe, prince de Cappadoce, déguisé en Clitarco (alto) ; Alindo, prince de Bythinie (alto) ; Artemia (soprano) ; Ramiro (soprano) ; Oronta, princesse de Chypre, sous le nom d'Aldimiro (soprano) ; Eurillo (soprano) ; Erisbe (ténor) ; Indamoro (basse) ; Niso (alto) ; Ombra di Mausolo (basse) ; Echo I (sorpano) ; Echo II (soprano) ; Choro di Damiglielle d'Artemisia, Choro di Soldati d'Artemisia, Choro di Soldati d'Alindo, Choro di Paggi d'Alindo, Choro di Paggi di Ramiro, Choro di Damiglielle d'Artemia, Choro di Servi d'Oronta, Choro di Intagliatori del Mausoleo, Choro di Arcieri (Primo ballo), Choro di Paggi (Secondo ballo)

 

 

 

 Le livret s'inspire de l'histoire de la reine de Carie, Artémise II (morte en 351 av. JC), qui ordonna la construction de l’une des sept merveilles du monde, le fameux Mausolée d'Halicarnasse, dédié à son époux défunt, Mausole. Elle était réputer mêler journellement dans sa boisson les cendres de son défunt époux.

Reconstitution du Mausolée d'Halicarnasse

 

Synopsis

  Meraspe, pour se rapprocher d'Artemisia, reine de Carie, qu'il adore à l'insu de cette dernière, s'est déguisé en un page (nommé Clitarco). Artemisia en tombe éperdument amoureux, mais de nombreux obstacles s'opposent à eux.

D'abord l'apparente différence de classes rend impossible toute cour explicite de la part de Meraspe/Clitarco. Alindo, noble et général de l'armée d'Artemisia, constitue un prétendant bien plus respectable.

Par ailleurs,Artemisia voue à son défunt mari, Mausole, une dévotion qui la fait culpabiliser d'aimer à nouveau.

Enfin, Meraspe est en réalité le prince de Cappadoce, responsable de la mort de Mausole, l'ayant accidentellement tué lors d'une bataille entre leurs deux royaumes. Or Artemisia avait juré d'épouser celui qui vengerait son mari.

À cela s'ajoute l'amour non-réciproque de Ramiro pour Artemia, et d'Artemia pour Meraspe, triangle amoureux qui poussera Ramiro à révéler la véritable identité de Meraspe. Enfin Oronta, la femme abandonnée d'Alindo, cherche à récupérer la flamme de son mari en s'introduisant dans sa garde, déguisée en soldat.

 

Représentations :

  "Montpellier poursuit la vague cavalienne, en programmant en juillet 2010: la belle Artemisia, drame musical en un prologue et 3 actes de 1657 d'après le livret de Niccolo Minato. C'est un événement et une création française! Dans le rôle titre Francesca Lombardi Mazzuli (soprano) soutenue et certainement mise en confiance musicale par une équipe de complices, les instrumentistes de La Venexiana (direction: Claudio Cavina).

Le maître de l'écriture lyrique, qui composa pas moins de 40 ans opéras, pour Venise dès 1639, soit 2 années après l'ouverture du premier théâtre public, collabore à nouveau avec Minato, après leur Serse de 1655. D'après un sujet historique et non plus mythologique, la reine Artémise II (décédée en 351 avant JC. cf son portrait ci contre par Francesco Furini) doit la célébrité post mortem pour avoir honoré comme peu le souvenir de son défunt mari (Mausole): elle fait édifier le fameux Mausolée d'Halicarnasse, l'une des 7 merveilles du monde antique. Minato fusionne épopée historique et petite histoire sentimentale: Artémise qui avait juré de venger l'honneur de son époux assassiné, en condamnant son meurtrier, s'éprend de Clitarco... qui est l'assassin du regretté Mausole. Autour de ce couple principal, 3 autres se mêlent et s'entrechoquent, créant des quiproquos savoureux, pourtant chacun promis à une heureuse issue. Cavalli et Minato poursuivent leur travail qui réorganise et clarifie les genres comiques et héroïques, badins et sérieux; comme le compositeur réalise nettement la caractérisation des arias et des récitativos, bientôt promis à une alternance si mécanisée dans l'école napolitaine au siècle suivant."

"un Cavalli — Artemisia — laborieux avec un ensemble Venexiana décoloré, sans mise en scène, ni surtitres, dans un Opéra Comédie étouffant."

"L'opéra de Francesco Cavalli Artemisia, son 23 e , créé en 1657, a toutes les séductions d'une généreuse débauche vocale. Cette fois, il faut s'accrocher vraiment (*) pour suivre une intrigue pleine de rebondissements. Huit personnages, trois couples et des péripéties amoureuses où les liens se défont plus qu'ils ne se nouent, créant une action dramatique construite sur feintes et faux semblants. Il n'y manque aucun indispensable accessoire : fleur, portrait, collier, lettre, aveu, travesti, funeste lame. Cela s'enchaîne avec une facilité médusante .

On prend plaisir à la galanterie, jouée avec conviction par les chanteurs, qu'accompagne l'ensemble La Venexiana dirigé au clavecin par Claudio Cavina. Les interprètes et musiciens sont rompus à ce style, à l'aise pour négocier les difficultés et donner du bouffant aux scènes bouffes.

Francesca Lombardi Mazzulli est une Artemisia puissante, veuve du roi Mausole rouée et un brin garce, expressive et royale dans l'ornementation. Remplaçant Roberta Mameli, souffrante, la soprano Sakiko Abe est Artemia et tient dignement tête à la galanterie de Ramiro chanté par Marina Bartoli. Valentina Coladonato campe une guerrière Oronta aux nobles inflexions. Sans faute pour Silvia Frigato et Salvo Vitale. Quant aux deux contre-ténors, on ne saurait les comparer : Maarten Engeltjes (Méraspe) et Roberto Balconi (Alindo) ont des timbres intéressants, bien différents, le premier plus droit mais plus linéaire, le second plus nuancé, mais pas toujours audible.

L'heureux et prévisible dénouement est précédé de fort beaux airs : évocation du sommeil, scène de fureur. C'est fantasque parfois, maniéré souvent. Il n'y faut pas attendre l'art de Monteverdi..."

  "Pour sa première présentation en France, trois siècles et demi après sa création à Venise (1657), l'Artemisia de Francesco Cavalli ne pouvait rêver meilleurs interprètes. Il s'agit certes là d'une version de concert, mais pour qui veut suivre d'un peu près les paroles, le théâtre reste toujours présent au cours de ccs trois actes. Même si les scènes bouffes présentant Niso et Erisbe ont été supprimées dans cette révision de la partition, rien n'est perdu pour autant de la vivacité qui marque tout l'ouvrage.

Car nous sommes bien loin ici de certains aspects empesés que connaîtra l'opéra italien par la suite. Bien qu'il se réfère à un sujet antique (Artemisia, veuve de Mausole, entend se venger de l'assassin de son époux, sans savoir qu'il s'agit de Meraspe, qu'elle aime et qui l'aime, le livret de Nicolo Minato repose sur des personnages proches de la vie quotidienne, qui n'en finissent pas de se livrer aux jeux compliqués de la politique et de l'amour. Travestissements, méprises, mensonges, stratégies foireuses : cette intrigue qui dès le départ, pouvait paraître complexe s'embrouille cncore un peu plus, avant de se dénouer avec la plus grande légèreté et la plus rare élégance.

Une musique en continuel renouvellement épouse le flux brillant des paroles, réservant au passage quelques fort beaux airs, qui témoignent de la science extrême de Cavalli : «Aure, tacete» (chanté par Meraspe) ou « Ardo, sospira e piango » (confié à Artemia) apparaissent ainsi comme les fleurons d'un art vocal qui atteint là son apogée. À côté de ces moments de grâce, il en est d'autres plus vifs, moins pathétiques, qui ajoutent une pointe indispensable d'humour à ce tableau des passions humaines.

Maître d'œuvre de cette résurrection bienvenue, Claudio Cavina, à la tête de son ensemble La Venexiana, trouve d'emblée le ton chaleureux qui convient à ce «drame musical» sans déclarations ampoulées, ni interminables morceaux de bravouure. Avec lui, nous sommes loin de la componction et de la raideur rythmique que certains associent toujours au répertoire baroque !

La distribution bénéficie d'interprètes familiers de ce type d'ouvrage. Parce que la partition lui réserve ses plus beaux morceaux, on remarque tout d'abord le Meraspe de très grande classe incarné par Maarten Engeltjes, contre-ténor néerlandais, au timbre onctueux et à la musicalité souveraine. La soprano japonaise Sakiko Abe offre à Artemia une technique sûre, bien qu'un peu trop froide dans son expression. Roberto Balconi fait ressortir de manière exquise le caractère ampoulé d'Alinco. Francesca Lombardi Mazzulli et Valentina Coladonato rivalisent d'intensité et de fougue dans des emplois plus dramatiques. Enfin, Marina Bartoli, Silvia Frigato et Salvo Vitale apportent à leurs rôles une même justesse de ton.

Souhaitons donc qu'ainsi sortie des mausolées de l'histoire, Artemisia ne retombe pas aussitôt dans un injuste oubli. Comme on s'en est rendu compte, à Montpellier, plus de trois siècles n'ont en rien altére sa modernité."

 

 

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