(*)
(*) frontispice de la première édition du
livret de « La Didone », datée de 1656, soit
postérieure de quinze ans à la première
représentation
COMPOSITEUR
|
Pier Francesco CAVALLI
|
LIBRETTISTE
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Giovanni Francesco Busenello
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
|
ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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2006
|
2007
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Fabio Biondi
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Dynamic
|
|
Opera Rappresentata In Musica en un Prologue et
trois actes, sur un livret de Gian Francesco Busenello (1598 -1659).
La première représentation eut lieu
à Venise, au théâtre Tron di San Cassiano, au
cours du carnaval de 1641, le 1er mars.
Le manuscrit, incomplet, est issu d'une collection
privée de Marco Contarini, conservée à la
Biblioteca Marciana de Venise. Il contient le texte, les parties
chantées, la basse, ainsi que quelques ritournelles.
Reprise en 1650 à Florence (?) et à
Naples (*), en 1652 à Gênes, en 1655 à
Plaisance.
(*) le premier opéra représenté
à Naples date de septembre 1650, et portait le titre "Didone
ovvero L'incendio di Troia". Le livret est le même que celui
utilisé par Cavalli, mais rien ne permet d'assurer que
l'opéra soit bien celui de Cavalli, même si cette
hypothèse est la plus vraisemblable. L'opéra de style
vénitien fut introduit à Naples à l'initiative
du vice-roi espagnol, le comte Oñate, qui avait
rencontré les Febi Armonici à Rome, alors qu'il
était ambassadeur d'Espagne, et les attira à
Naples.
Le livret est inspiré du Livre IV de
l'Énéide, dans la traduction en italien
d'Annibal Caro, ainsi que de deux tragédies italiennes du XVIe
siècle, les Didone de Giraldi Cinthiuo et de Ludovico
Dolce. Il se termine toutefois sur un retournement de situation, le
lieto fine du mariage de Didon et de Iarbe.
Personnages : Didone (soprano), Enea
(ténor), Iarba (alto), Cassandra (soprano), Ecuba (alto), Anna
(soprano), Anchise (ténor), Ascanio (soprano), Creusa
(soprano), Sicheo (ténor), Pirro (ténor), Corebo
(alto), Sinone (basse), Ilioneo (alto), Acate (ténor), deux
Messagers (ténor), un Vieux (basse), Giove (basse), Giunone
(soprano), Mercurio (alto), Venere (soprano), Amore (soprano),
Nettuno (basse), Eolo (ténor), la Fortuna (soprano), les Trois
Grâces (soprano), Iride (soprano)
Synopsis
détaillé
Prologue
La Fortune raconte la chute de Troie, attribuée
à une vengeance de Junon offensée par les propos de
Pâris.
Acte I
(1) Créuse et Ascagne tentent en vain de
dissuader Enée de continuer à combattre pour
défendre la ville. (2) Cassandre nargue Pyrrhos qui la menace.
Corebo intervient pour la défendre et met Pyrrhos en fuite,
mais, lui-même mortellement blessé, expire dans les bras
de Cassandre. (3) Celle-ci se lamente. (4) Vénus ordonne
à Enée de quitter Troie. (5) Enée décide
sa famille - son père Anchise, son épouse Créuse
et son fils Ascagne - à obéir aux dieux. Créuse,
retournant dans la maison pour emporter quelques bijoux est
tuée par des Grecs. (6) Hécube se lamente de la mort de
son époux, le roi Priam, et de la chute de Troie.
Cassandre lui reproche de ne pas l'avoir
écoutée. Hécube décide de mourir avec
elle. (7) Sinon le Grec clame sa satisfaction d'avoir abattu les
Troyens. (8) L'Ombre de Créuse dit adieu à Enée,
en recommandant de prendre soin de leur fils, à qui est
promise la couronne d'Italie. (9) Vénus demande à la
Fortune de favoriser le voyage d'Enée vers l'Italie. Fortune
promet qu'Enée arrivera rapidement les rivages d'Afrique.
Acte II
(1) Junon se déclare encore assoiffée de
vengeance contre les Troyens, et vient demander à Eole de
provoquer le naufrage de la flotte d'Enée. Eole accède
à ses désirs. (2) Neptune intervient pour calmer la
mer. (3) Iarba, roi des Numidiens, se lamente que Didon refuse son
amour. (4) Didon lui réaffirme sa fidélité
à Sychée, son époux défunt, et le
repousse. (5) Didon raconte à sa soeur qu'elle a vu en
rêve Carthage en ruine. (6) Vénus, vêtue en
nymphe, annonce à Amour l'arrivée proche d'Enée
à Carthage, et lui demande de l'aider contre la vengeance de
Junon, en provoquant, déguisé en Ascagne, l'amour de
Didon pour Enée. (7) Enée voit dans la rapidité
de son voyage une main divine. (8) Vénus,
déguisée en nymphe, apprend à Enée qu'il
est arrivé près de Carthage, dont Didon, belle et
veuve, est la reine, puis se fait reconnaître d'Enée.
(9) Amour, déguisé en Ascagne, plante sa flèche
dans la poitrine de Didon. (10) Enée demande asile à
Didon. Didon le lui accorde et Enée l'en remercie. (11) Les
trois dames d'honneur de Didon ont remarqué l'attitude de
Didon, et se considèrent délivrées du voeu de
chasteté. (12) Iarba se considère trahi par Didon, et
sombre dans la folie et déchire ses vêtements. (13) Un
vieillard est témoin de sa folie et philosophe.
Acte III
(1) Didon se demande ce qui a provoqué son amour
pour Enée, et craint les conséquences de son
infidélité à son époux défunt. Sa
soeur Anna lui conseille de céder à l'amour. (2) Les
dames d'honneur de Didon se moquent de Iarba et de sa folie. (3)
Scène de chasse. L'orage menace, et les chasseurs voient
passer Enée et Didon qui vont s'abriter dans une grotte. (4)
Mercure vient rappeler à Enée, de la part de Jupiter,
qu'il doit poursuivre sa route vers l'Italie où un trône
lui est promis. (5) Enée obéit et ordonne le
départ de la flotte troyenne pendant le sommeil de Didon. (6)
Didon se réveille, lui reproche sa lâcheté, mais
le supplie de rester. Enée lui explique qu'il obéit
à regret à Jupiter . Didon laisse éclater sa
colère, renvoie Enée et s'évanouit. (7) L'Ombre
de Sychée vient faire des reproches à Didon. Didon
s'éveille de son évanouissement et s'enfuit. (8) Les
trois dames d'honneur annoncent le départ d'Enée et se
lamentent sur l'inconstance masculine. (9) Mercure sort Iarba de sa
folie, et lui annonce que Didon lui est promise. Iarba exulte. (10)
Didon exhale ses remords et décide de se tuer. (*)
(*) livret Deutsche Harmonia Mundi - Le lieto
fine - le mariage de Didon et Iarbe - n'a pas été
conservé dans la version retenue par Thomas Hengelbrock pour
son enregistrement.
Par ailleurs, le livret original prévoyait un
Ballet des Maures Africains à la fin de l'acte II.
http://livretsbaroques.fr/Cavalli/Didone_1641.htm
(en français)
http://www.librettidopera.it/didone/didone.html
(en italien)
http://spfm.unipv.it/girardi/Didone_v3.pdf (livret et exemples musicaux - en
italien)
"Composé en 1641, La
Didone est un opéra (actuellement conservé à la
Biblioteca Marciana de Venise) de la première période.
C’est la troisième oeuvre du compositeur après Le nozze
di Teti e di Peleo (1639), et Gli amori d’Apollo e di Dafne (1640)
déjà construit sur un texte de Busenello. L’influence
de Monteverdi est décelable dans l’écriture et
l’esthétique. Le chant est traité comme
réceptacle de la théâtralité. La voix se
définit comme enivrement : le pouvoir de la langue, de la
rhétorique, de cette voix ‘neuve’ du début de
XVIIe siècle se découvre. Avec les cantar
parsaggiato, cantar sodo, cantar d’affetto ; les contrastes de
dynamiques, de couleurs, de vibrato envahissent l’organe vocal. La
déclamation, l’oratio est le medium des affects : le
théâtre des voix devient physiognomonique et donne lieu
à une imagerie verbale. La musique, pour se donner une figure,
un lieu (au sens topique), puise à même l’énergie
de la langue. Si dans la polyphonie le mot est cassé, ici
c’est la voix glorieuse qui se torsade, se travesti, qui
frémit comme un voile. En effet, véritable ekphrasis
musicale, elle ‘colle’ au verbe. Les idôles-mots et
idôles-images composent une extraordinaire flambée
sauvage et sophistiquée où nature et raffinement jouent
dans une métamorphose omniprésente : entre texte
poétique (inscription littéraire), discours musical
(image rhétorique) et texture de la voix (masque mouvant). Car
il faut souligner la valeur du librettiste, le grand Busenello,
poète occupant une place importante dans le tradition
mariniste qui déploie l’esprit conceptiste. Il écrira
l’année suivant cette Didone, l’Incoronazione di Poppea pour
Monteverdi. Il n’est pas anodin que le créateur du
scénario des passions soit un héritier de Paolo Sarpi
et surtout de Cremonini, véritable maître de tous les
libertins sceptiques européens dans un centre
emblématique pour nombre de sciences : Padoue. Cremonini
(Ferrare 1550-Padoue 1631) est surtout connu pour avoir fondé
l’Académie des Recovrati, transmis Aristote, Galenus et
surtout Pietro Pomponazzi source du scepticisme moderne. "
(ConcertoNet)
Représentations
:
- Théâtre de
Caen - 16, 18 octobre 2011 -
Luxembourg - Grand Théâtre - 26, 28
octobre 2011 - Théâtre des
Champs-Elysées - 12, 14, 16, 18, 20 avril 2012 -
Les Arts Florissants - dir. William Christie - mise en
scène Clément Hervieu-Léger - avec Anna
Bonitatibus (Didone), Krešimir Spicer (Enea), Claire Debono
(Venere, Iride, Damigella III), Tehila Nini Goldstein (Creusa,
Giunone, Damigella II, Dama II), Katherine Watson (Cassandra,
Damigella I, Dama III), Mariana Rewerski (Fortuna, Anna, Dama I),
Xavier Sabata (Iarba), Terry Wey (Ascanio, Amore, Cacciatore),
Valerio Contaldo (Corebo, Eolo, Cacciatore), Joseph Cornwell
(Acate, Sicheo, Pirro), Mathias Vidal (Ilioneo, Mercurio), Maria
Streijffert (Ecuba)




- extrait
vidéo
- Ouest France
"Des applaudissements à
jet continu saluant toute une équipe en fin de spectacle. La
production de La Didone par Les Arts Florissants a magnifiquement
ouvert la saison du théâtre de Caen, dimanche. Avant
Purcell, Francesco Cavalli (1602-1676), qui a eu pour maître
Monteverdi, s'est saisi de cet épisode mythologique de
l'après chute de Troie, où s'entremêlent les
interventions des divinités. Pas simple, même quand on
est un demi-dieu !
D'un décor de
désolation, enveloppé d'un bleu horizon _ bouché
en la circonstance _, on passe à la lumière des rivages
de Lybie. Enée, guerrier défait et veuf, s'est soumis
à l'exil. Il débarque à Carthage. Ça
n'est pas tout à fait la route de l'Hespérie (Italie),
où il doit fonder la nouvelle Troie. De surcroît, se
noue une idylle avec Didon, la reine de Carthage en deuil de
Sichée. Généralement, Énée
étant rappelé à son devoir, ça se termine
mal pour la souveraine. Mais là, le librettiste, Giovanni
Francesco Busenello, lui évite d'être la Didon de la
farce. Il la jette dans les bras de Larbas, son soupirant de
toujours. On doute que ça dure...
Toute la palette dramatique et
tragi-comique se trouve réunie dans cet opéra conduit
par une écriture d'une grande force poétique, dans
laquelle se love la musique. L'oeuvre repose sur les chanteurs, tous
remarquables, bénéficiant de l'accompagnement haute
qualité de William Christie au clavecin et des musiciens des
Arts Flo. Anna Bonitatibus et Kresimir Spicer (photo) justifient leur
place de tête de distribution. Mais c'est sur un même
plan d'égalité qu'il faut apprécier le jeu et
les voix des autres interprètes. Clément Hervieu-Leger,
le metteur en scène, voulait insuffler un esprit de troupe de
théâtre. Il a parfaitement
réussi."
"Plateau vocal de rêve,
donc, pour une intrigue qui se termine mieux que chez Purcell (ici,
Didon épouse Iarbas), avec une Reine de Carthage solidement
incarnée par la vibrante et très présente Anna
Bonitatibus, un Enée héroïque dans la voix de
poigne de Kresimir Spicer. Xavier Sabata, alias Iarbas, au
contre-ténor richement timbré, Claire Debono,
adamantine et limpide dans le rôle de Vénus… Mais le
coup de cœur allait sans conteste au jeune ténor Mathias
Vidal, excellent acteur, charmeur, théâtralisant sa
diction, rayonnant avec humour.
Signée par
Clément Hervieu-Léger de la
Comédie-Française, la mise en scène reposait sur
une magnifique direction d’acteur, pleine de regards et de gestes qui
“humanisaient” un livret où les rapports entre les personnages
sont assez factices (succession de grands monologues à valeur
de dialogues).
Dans la fosse, les musiciens
soutenaient le chant sans faille, menés par un William
Christie toujours aussi inventif au clavecin, mais qui gagnerait
peut-être, au moins dans ce répertoire-là,
à desserrer un brin sa rigueur au profit d’une plus grande
fantaisie…"
"Dans Troie en ruines,
Enée, brillamment interprété par le ténor
croate Kresimir Spicer, pleure sa femme Créüse (Tehila
Nini Goldstein), qui vient de périr. Pour représenter
Troie, un rempart monumental et sa porte, barrée par des
poutres pour empêcher l'ennemi de pénétrer. Sur
le rempart, Vénus (Claire Debono), la mère
d'Enée, le protège afin qu'il accomplisse son destin et
parte vers l'Italie pour fonder Rome, comme dans l'Enéide de
Virgile.
Après
d'épouvantables tempêtes, Enée aborde à
Carthage où la reine Didon dédaigne l'amour du roi
Iarba (Xavier Sabata). Enée et Didon,
interprétée avec un talent sans faille par la
mezzo-soprano italienne Anna Bonitatibus, s'éprennent l'un de
l'autre grâce à un stratagème d'Amour (Terry
Wey), au service de Vénus.
Cette oeuvre riche où
s'entrelacent tragique et comique sur un livret de Busenello vif,
poétique, aux accents modernes, est chantée en italien
surtitré par une équipe artistique d'une grande
cohérence, où chacun a le physique de
l'emploi.
Mêlant son jeu à
celui des chanteurs, l'orchestre des Arts Florissants déploie
sa palette toute en nuance et finesse. "Aucun des artistes n'avait
jamais chanté cette oeuvre", assure à l'AFP
Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la
Comédie-Française qui réalise avec "La Didone"
sa première mise en scène à l'opéra. "Les
chanteurs sont arrivés complètement vierges aux
répétitions" pour s'approprier leur rôle,
ajoute-t-il.
"Ce sont les tout
débuts de l'opéra", précise le metteur en
scène. "La frontière entre le théâtre et
la musique est extrêmement ténue. Il est impossible de
détricoter l'un de l'autre".
Ainsi, William Christie a
cherché "à donner à entendre les états
d'âme, les couleurs des personnages mais d'une manière
théâtrale", selon Clément Hervieu Léger.
Pour lui, "l'important était de raconter une histoire". "Le
parcours de Didon est émotionnellement extraordinaire. C'est
un vrai parcours d'actrice et la force du théâtre est
renforcée par la puissance et la magie de la musique",
relève-t-il. Pour lui, "l'impression de voyage est surtout
dans les départs et les arrivées". "On est dans une
thématique des adieux renouvelés continuellement par
Enée qui laisse derrière lui Créüse
à Troie et Didon, comme morte, à Carthage".
Alors que les mortels sont
vêtus de robes intemporelles, les dieux sont habillées
de tenues contemporaines, Vénus toujours une valise de cuir
à la main. "C'est qu'ils descendent dans ce terrain de jeu
formidable qu'est le monde des hommes", assure le metteur en
scène. Dans des harmonies de couleur grenat, ocre, vert, et
dans des clairs-obscurs, les chanteurs prennent aux moments les plus
intenses des postures identiques à celles des peintures
italiennes et religieuses du XVIIe siècle. Créüse
dans les bras d'Enée rappelle ainsi une
Pietà."
"Récit de voyage et
d'amours contrariées, "La Didone" de Cavalli, aux
prémices de l'opéra baroque, déroule ses
lamentations sous la baguette du pionnier de cet art William
Christie, dans une distribution d'une rare perfection au
Théâtre de Caen. Dans Troie en ruines, Enée,
brillamment interprété par le ténor croate
Kresimir Spicer, pleure sa femme Créüse (Tehila Nini
Goldstein), qui vient de périr.
Pour représenter Troie,
un rempart monumental et sa porte, barrée par des poutres pour
empêcher l'ennemi de pénétrer. Sur le rempart,
Vénus (Claire Debono), la mère d'Enée, le
protège afin qu'il accomplisse son destin et parte vers
l'Italie pour fonder Rome, comme dans l'Enéide de Virgile.
Après d'épouvantables tempêtes, Enée
aborde à Carthage où la reine Didon dédaigne
l'amour du roi Iarba (Xavier Sabata). Enée et Didon,
interprétée avec un talent sans faille par la
mezzo-soprano italienne Anna Bonitatibus, s'éprennent l'un de
l'autre grâce à un stratagème d'Amour (Terry
Wey), au service de Vénus.
Cette oeuvre riche où
s'entrelacent tragique et comique sur un livret de Busenello vif,
poétique, aux accents modernes, est chantée en italien
surtitré par une équipe artistique d'une grande
cohérence, où chacun a le physique de l'emploi.
Mêlant son jeu à celui des chanteurs, l'orchestre des
Arts Florissants déploie sa palette toute en nuance et
finesse.
"Aucun des artistes n'avait
jamais chanté cette oeuvre", assure à l'AFP
Clément Hervieu-Léger, pensionnaire de la
Comédie-Française qui réalise avec "La Didone"
sa première mise en scène à l'opéra. "Les
chanteurs sont arrivés complètement vierges aux
répétitions" pour s'approprier leur rôle,
ajoute-t-il. "Ce sont les tout débuts de l'opéra",
précise le metteur en scène. "La frontière entre
le théâtre et la musique est extrêmement
ténue. Il est impossible de détricoter l'un de
l'autre".
Ainsi, William Christie a
cherché "à donner à entendre les états
d'âme, les couleurs des personnages mais d'une manière
théâtrale", selon Clément Hervieu Léger.
Pour lui, "l'important était de raconter une histoire". "Le
parcours de Didon est émotionnellement extraordinaire. C'est
un vrai parcours d'actrice et la force du théâtre est
renforcée par la puissance et la magie de la musique",
relève-t-il. Pour lui, "l'impression de voyage est surtout
dans les départs et les arrivées". "On est dans une
thématique des adieux renouvelés continuellement par
Enée qui laisse derrière lui Créüse
à Troie et Didon, comme morte, à Carthage". Alors que
les mortels sont vêtus de robes intemporelles, les dieux sont
habillées de tenues contemporaines, Vénus toujours une
valise de cuir à la main. "C'est qu'ils descendent dans ce
terrain de jeu formidable qu'est le monde des hommes", assure le
metteur en scène.
Dans des harmonies de couleur
grenat, ocre, vert, et dans des clairs-obscurs, les chanteurs
prennent aux moments les plus intenses des postures identiques
à celles des peintures italiennes et religieuses du XVIIe
siècle. Créüse dans les bras d'Enée
rappelle ainsi une Pietà."
"Rares sont les opéras
vénitiens dont la tonalité est aussi sombre que celle
de La Didone de Cavalli. La langue de Busenello, auteur du livret du
Couronnement de Poppée de Monteverdi, n'en est pas moins
variée, à l'instar de la musique de Cavalli qui en
épouse les moindres images. L'opposition entre la nuit de
Troie et le soleil de Carthage qu'y décèle
Clément Hervieu-Léger, ancien assistant de Patrice
Chéreau, en reste cependant au stade des intentions
dramaturgiques, au mieux scénographiques. Sur Ilion
dévastée, brumeuse citation d'une façade en
ruines, planent les ombres de Chéreau et de Richard Peduzzi,
son fidèle décorateur. Mais le palais de Didon,
barré par un échafaudage où s'ébrouent
des dieux en costumes contemporains, n'en est que le piètre
revers. Les ombres, hélas, sont fugitives. Et si les corps en
portent l'empreinte, ils ne brûlent pas d'un feu sacré,
tragique, dans les décombres du premier acte. A peine si les
rives africaines s'animent, d'une légèreté terne
ou forcée.
Dès lors, la fosse
contredit absolument la scène. Pour leur premier Cavalli, Les
Arts Florissants, aux sonorités parfois trop uniment
hédonistes, retrouvent sous la conduite de William Christie
des contrastes, des impulsions, sans sacrifier les galbes d'un
continuo savamment dosé, entre profusion et rareté des
timbres.
Le plateau vocal s'y
reflète, où l'expression et le sens priment sur le beau
son. Katherine Watson (Cassandra) et Valerio Contaldo (Corebo)
bouleversent, jusque dans la résignation de l'au-delà.
Car aucun ne survivra au massacre des Troyens. Vénus
idéale d'ammbivalence de Claire Debono, larbas tragi-comique,
profondément humain de Xavier Sabata. Et dans le
rôle-titre, Anna Bonitatibus incarne sa douleur jusqu'à
tarir une étoffe fuligineuse, un vibrato haletant. L'Enea de
Kresimir Spicer domine tout, par l'évidence dynamique d'un
matériau brut, cuirassé, qui porte dans ses ruptures la
blesssure virile des adieux répétés, des terres,
des femmes abandonnées."
- Opéra Magazine - décembre
2011
"Combien de larmes la reine de
Carthage a-t-elle fait couler? Purcell, Berlioz, entre autres, ont
été les hérauts de son funeste destin. Francesco
Busenello, librettiste de cette Didone mise en musique par Francesco
Cavalli , imagine pour son héroïne un sort peu enviable :
loin de rendre l'âme, elle épouse le roi Iarba, des
épousailles qui ne sont rien d'autre qu'une mort lente
consentie, un suicide à petit feu dont personne n'est dupe.
L'écrivain est adroit, pour ne pas dire génial - on lui
doit le poème de L'incoronazione di Poppea, chef-d'œuvre
absolu : il construit une intrigue qui met à profit contrastes
et mélange des genres.
Jeune pensionnaire de la
Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger
signe, awc cette nouvelle production créée au
Théâtre de Caen, son premier spectacle lyrique.
Collaborateur de Patrice Chéreau pour Cosi fan tutte et
Tristan und Isolde, il avoue ayoir beaucoup appris de son
maître, dont il a bien retenu la leçon. Sa direction
d'acteurs, proche de la stylisation, est précise, fine,
intelligente ; aucun geste, aucun mouvement n'est inutile, chaque
frémissement des corps est d'une rare éloquence et,
sous nos yeux, les personnages vivent et souffrent. Cette
épure a son revers : on aimerait des ruptures de ton plus
affirmées, et surtout une distinction plus nette des dieux et
des hommes, pour éviter toute confusion.
La tragédie inspire
Hervieu-Léger ; le comique semble encore l'intimider. Mais une
chose est sûre : son travail est à suivre. La
scénographie d'Éric Ruf évoque, au premier acte,
la chute de Troie ; le palais de la reine de Carthage, où se
déroulent les deux actes suivants, est moins réussi,
l'échafaudage et ses bâches en plastique qui en
recouvrent une partie ayant un fâcheux air de déja-vu.
Le meneur en scène faisait penser à Chéreau, le
décorateur a d'évidentes affinités avec
l'univers de Richard Peduzzi.
Musicalement, le bilan est
positif : Les Arts Florissants - à peine une quinzaine
d'instrumentistes - sont en grande forme et sonnent glorieusement,
leur résidence à Caen leur porte bonheur. William
Christie dirige et touche le clavecin ; son discours est
varié, émouvant, raffiné, on sent son amour
profond pour cette musique et il retrouve là les sommets
atteints avec ses Monteverdi, son Ritorno d'Ulisse aixois en
particulier. D'une équipe de chanteurs solide et
stylée, on retiendra le Sinone de Francisco Javier Borda, fort
tempérament, la Venere au timbre charnu de Claire Debono, le
Iarba halluciné de Xavier Sabata, et surtout le Mercurio
épatant et vire-voltant de Mathias Vidal, dont l'impact vocal
n'a d'égal que l'impétuosité
théâtrale. Tous doivent toutefois s'incliner devant le
couple que forment Didone et Enea. La stature de Kresimir Spicer (on
se rappelle son bouillant Ulisse), son chant souple et musclé,
capable des nuances les plus affectueuses, sont ceux d'un
conquérant prêt à s'abandonner à l'amour.
On le comprend : Anna Bonitatibus illumine chaque note de sa
tendresse et transfigure les mots. Douloureux, poignant. leur duo du
troisième acte ne laisse aucun auditeur indemne. Souhaitons
qu'en avril prochain, les habitués du Théâtre des
Champs-Élysées, coproducteur avec le Grand
Théâtre de Luxembourg, soient conquis."
- Bremen - Theater am
Goetheplatz - 20 mars 2009 et sq. - Bremer Barock
Consort - dir. et clavecin Detlef Bratschke - mise en scène
Andreas Bode - dcors et costumes Bente Mathiessen, -
chorégraphie Dorothea Ratzel - dramaturgie Hans-Georg
Wegner - avec Tanya Aspelmeier (Didone), Michael Hanisch (Aeneas),
Moritz von Cube (Jarbas), Juliane Koll (Iride), Michael Lieb
(Ascanasius, Amor, Mercur), Jan Hübner (Coroebus, Aeolus, 1.
Jäger)
- Milan - Teatro alla Scala
- 20, 22 septembre 2008 - Europa Galante - dir. Fabio
Biondi - production Facoltà di Design e Arti dell
Università IUAV di Venezia - mise en scène Francesca
Cabrini, Davide Ortelli - décors Alberto Nonnato - costumes
Valentina Ricci - lumières Fabio Barettin - avec Claron
McFadden (Didone), Magnus Staveland (Enea), Jordi Domenech (Iarba,
Corebo), Manuela Custer (Cassandra, Giunone, Damigella), Marina De
Liso (Ecuba, Mercurio, Ilioneo), Donatella Lombardi (Creusa, Anna,
Damigella), Isabel Alvarez (Ascanio, Amore, Fortuna), Antonio
Lozano (Anchise, Sicheo, Eolo), Gian-Luca Zoccatelli (Acate,
Pirro), Filippo Morace (Sinon greco, un vecchio), Maria Grazia
Schiavo (Venere, Iride, Damigella), Roberto Abbondanza (Giove,
Nettuno, un cacciatore)
- Bruxelles, Kaaitheater
- 19, 20, 22, 23, 24 mai 2007 - Edimbourg - Royal Lyceum Theatre - 18,
19, 21, 22 août 2007 - The Wooster Group - dir. Bruce Odland
- décors Elizabeth LeCompte, Ruud van den Akker -
lumières Jennifer Tipton, Gabe Maxson

- Venise - Teatro Malibran
- 13, 15, 17, 19 septembre 2006 - Turin - Teatro Gobetti - 6 novembre
2006 - Europa Galante - dir. Fabio Biondi - production
Facoltà di Design e Arti dell Università IUAV di
Venezia - mise en scène Francesca Cabrini, Davide Ortelli -
décors Alberto Nonnato - costumes Valentina Ricci -
lumières Fabio Barettin - avec Claron McFadden (Didone),
Magnus Staveland (Enea), Jordi Domenech (Iarba, Corebo), Manuela
Custer (Cassandra, Giunone, Damigella), Marina De Liso (Ecuba,
Mercurio, Ilioneo), Donatella Lombardi (Creusa, Anna, Damigella),
Isabel Alvarez (Ascanio, Amore, Fortuna), Antonio Lozano (Anchise,
Sicheo, Eolo), Gian-Luca Zoccatelli (Acate, Pirro), Filippo Morace
(Sinon greco, un vecchio), Maria Grazia Schiavo (Venere, Iride,
Damigella), Roberto Abbondanza (Giove, Nettuno, un cacciatore) -
nouvelle production


- Washington -
juin 2006 - Ignoti Dei Opera - dir. Timothy Nelson -
clavecin Adam Pearl - mise en scène, décors et
costumes Timothy Nelson - lumières Kel Millionie - avec
Scott Elliot, Emily Noel (Creusa, Anna), Aaron Sheehan (Enea),
Rebecca Duren (Ascanio, Amore), Bonnie McNaughton, (Cassandra,
Didone), Brian Cummings, Kristen Dubenion-Smith (Hecuba), Jeffrey
Rich (Anchise, Cacciatoro, Sicheo), Elizabeth Baber (Fortuna,
Juno)

- Amsterdam - 8
mai 2004 - Ensemble Elyma - dir. Gabriel Garrido - avec Emanuela
Galli (Didone), Rebecca Ockengen, Olga Pitarch, Betsabée
Haas, Blandine Staskiewicz, Alicia Berri, Philippe Jaroussky,
Furio Zanasi, Mario Cecchetti, Stephan van Dyck, François
Nicolas Geslot, Fabian Schofrin, Joe Schlessinger, Ivan Garcia,
Stephan Imboden
- Munich,
Prinzregententheater - 2003 - dir. Christoph Hammer -
mise en scène Alexander Nerlich - avec Giulio Alvise
Caselli (Anchise), Christian Sturm (Enea), Sophia Brommer
(Ascanio), Stefanie Dietrich (Creusa)
- Opéra de
Montpellier - 18, 20 et 21 janvier 2002 - Opéra
Comédie - Production de l'Opéra de Lausanne -
Orchestre Les Talens Lyriques - Choeurs des Opéras de
Montpellier - dir. Christophe Rousset - chef des choeurs
Noëlle Geny - mise en scène et décors Eric
Vigner - costumes Paul Quenson - lumières Christophe
Delarue - avec Ivan Ludlow (Iarba), Katalin Varkonyi (Anna,
Cassandra), Anne-Lise Sollied (Venere, Una Damigella),
Valérie Gabail (Ascanio, Amore), Monique Simon (Juno, una
damigella), Elisabeth Calleo (Fortuna, una Damigella), Philipp
Sheffield (Eole, Cacciatore II et III), Daniel Salas (Anchise),
Ivan Garcia ( Nettuno, un cacciator , ombra di Sicheo),
Christopher Gillett (Hecube, Mercurio, Cacciator I)
- Opéra de
Lausanne - 31 décembre
2000, 2, 3, 5, 7, et 9 janvier 2001 - direction Christophe Rousset
- mise en scène Eric Vigner - assistant scénographie
Bruno Graziani - costumes Paul Quenson - lumières
Christophe Delarue - collaboration artistique Tamar Sebok -
assistant musical Jean-Marc Aymes - dramaturgie Rita de Letteriis
- chef de choeur Véronique Carrot - avec Juanita Lascarro
(Didone, Creusa), Topi Lehtipuu (Enea), Ivan Ludlow (Iarba),
Katalin Varkoyi (Anna, Cassandra), Hélène Le Corre
(Ascanio, Amore), Anne-Lise Sollied (Venere, Una damigella),
Monique Simon (Giunone, Una damigella), Jaël Azzaretti
(Fortuna, Una damigella), John Bowen (Eole, Un cacciator), Daniel
Salas (Anchise), Gudjon Oscarsson (Nettuno, Un cacciator, Ombra di
Sicheo), Christopher Gillett (Hecube, Mercurio, Un
cacciator)
- Altamusica - La Didone en habit de rhinocéros
"La nouvelle production de la
scène romande révèle un spectacle
déroutant, attachant et d’une grande sensibilité. Le
cheval de Troie s’africanise pour se transformer en rhinocéros
alors que dieux et humains se livrent un combat d’une grande douceur.
On attendait le metteur en
scène de théâtre Eric Vigner dans sa
première intervention à l’opéra. Les
débuts lyriques du Français se révèlent
prometteurs. La " Didone " de Francesco Cavalli qu’il vient de
proposer à Lausanne est à décrypter comme un
palimpseste: les différentes couches de lectures
dégagées au fil de l’œuvre finissent par former un
tableau d’une étrange et séduisante
décomposition. L’oeuvre s’efface en effet au fur et à
mesure qu’elle se construit, à travers des images qui
s’impriment pourtant dans la mémoire de façon
indéfectible. A priori, rien n’invite le spectateur à
reconnaître visuellement ce que le livret (les très
beaux textes de Busenello) et l’histoire tirée de
l’Enéide de Virgile racontent. Complètement sortie de
son contexte historique ou mythique, cette Didone navigue en terres
d’onirisme. Un gigantesque rhinocéros couché de dos
dans une excavation demeure le seul lien qui tient les
éléments entre eux, sorte de vestige animal remontant
du passé et représentation de l’anéantissement
d’une vie originelle retournant à la terre. Point de cheval de
Troie donc, ni de baroqueries d’époque, mais le souci constant
de traverser les continents et les époques en restant
accroché à l’humanité seule. Entre une Venise
symbolisée par les musiciens et chanteurs masqués, une
Afrique et une Asie dont les costumes dépareillés
suggèrent les décadences et un temps qui plane entre
ses trois états, Eric Vigner joue avec les
références comme avec des pinceaux. Par touches
délicates. Remarquable travail de mise en perspective, cette
lecture souligne l’errance (des départs, des arrivées,
toujours lents, en silence), la douleur (les mises au tombeau et
toilettes des morts du début sont d’une terrible
beauté) et le renouveau (couleurs vives, jeux amoureux d’une
grande sensualité). On reste sans cesse dans un rapport
étroit entre transparence et opacité grâce
à des rideaux de plastique transparent qui coulissent sur
l’action pour la révéler et la dissimuler tout à
la fois. Subtil et hypersensible, le procédé finit par
dégager un charme que l’originalité parfois abrupte ne
détruit pas. C’est que la musique est toujours
respectée, les chanteurs n’étant jamais poussés
à utiliser leur corps contre leur voix.
Dans la fosse, Christophe
Rousset et ses Talens lyriques compensent la déstabilisation
scénique par une interprétation toute en
délicatesse qui sait conserver l’équilibre entre ton de
danse et lamentations poignantes. Sonorités fruitées,
articulation fine, énergie idéalement dosée : la
musique est limpide et coule comme une source. Quant à la
distribution, elle est un délice: la Colombienne Juanita
Lascarro (Didone, Creusa) se révèle aussi belle actrice
que bonne musicienne, le Finlandais Topi Lehtipuu, un Enée
touchant, le britannique Ivan Ludlow un formidable Iarba et tout leur
cortège de dieux et déesses d’une santé vocale
à toute épreuve. Bénis du ciel." (15 janvier
2001)
- L'avis de Bernard
Schreuders, chroniqueur musical
"Le
théâtre musical de Cavalli - Affublés de loups et
de chapeaux, les musiciens s'installent dans la fosse, mais le
silence se prolonge…lorsque surgissent des quatre coins de la
scène, où trône une sombre carcasse de
rhinocéros, des silhouettes accablées et chancelantes.
Les première notes de l'ouverture s'élèvent sur
cette Troie ravagée et glacée, sous des néons
blafards. Et l'évidence s'impose : nous sommes au
théâtre, la déclamation fiévreuse, mais
sans fioriture, de Creuse (Juanita Lascarro) nous prend, nous captive
et ne nous lâchera plus. Christophe Rousset et son complice
Éric Vigner ont recentré l'intrigue foisonnante de
Busenello sur la trajectoire d'Enée, le drame gagne en
densité et en cohérence, mais l'esprit baroque de
l'opéra vénitien est préservé,
grâce à quelques tableaux hauts en couleurs, notamment
celui où Iarba, éconduit par Didon, perd la tête
et provoque les suivantes de la Reine, émoustillées
comme les nonnes de Boccace devant les appâts d'un faux muet,
mais vrai jardinier.
Au-delà de ses
qualités picturales - variété des
éclairages, tons lumineux et acides qui rappellent Poussin (le
corps étendu d'Enée évoquant, lui, La mort
d'Orphée) - la mise en scène sert admirablement le
texte, souverain. Plutôt que parler d'habillage musical, il
faudrait inventer un mot qui traduise cette fusion miraculeuse de la
poésie et de la musique, sœurs et non rivales. Cavalli signe
des lamenti sublimes, un duo plus lascif que ceux du Couronnement de
Poppée, mais le fluide vital qui irrigue ce corps magnifique,
c'est le recitar cantando. Cette déclamation musicale exige
des artistes le don le plus rare : la vérité. Chaque
mot doit être vécu, senti, pour que la phrase
libère son pouvoir envoûtant et cathartique.
Terriblement exposés,
les chanteurs portent littéralement le spectacle. Autour de la
Didon brûlante et racée de Juanita Lascarro, de blonds
et robustes jumeaux incarnent ses amants vulnérables : Ivan
Ludlow (Iarba) et Topi Lehtipuu (Énée). Retenez ce nom
! Un timbre clair et chaud de ténor, tendre et mâle, la
grâce de Keenlyside, le magnétisme de Rolfe-Johnson et,
déjà, un Évangéliste de premier ordre
(Saint Matthieu à Genève). Parmi un plateau exemplaire,
il faut épingler le nom de Christopher Gillett, ténor
à l'émission fragile et singulière, tour
à tour écorché (Hécube pleurant la mort
de Priam) ou incisif (Mercure, " divin scalpel qui enfonce mes fautes
", celles d'Énée) : un choix audacieux et un coup de
génie. A l'image de cette Didone."
- Opéra International - février 2001
"Cette production, à
tous points de vue, permet la découverte d'une merveille.
Grâces en soient d'abord rendues à Christophe Rousset,
auteur d'une réalisation scrupuleuse, mais réduite
à des dimensions supportables (deux heures trente au lieu des
quatre heures d'origine). Sa direction est admirable de vie. Quand
bien même l'essentiel de l'ouvrage repose sur le recitar
cantando, souvent susceptible d'engendrer la monotonie, l'ensemble
des Talens lyriques déploie une sensualité, une
générosité, un naturel qui ne laissent jamais
l'ennui s'installer, et qui rendent la partition plus
séductrice encore que celles de Monteverdi, dont Cavalli fut
le disciple.
La Didone, c'est aussi le
fabuleux livret de Francesco Busenello, avec sa verve
poétique, son humour qui vient transpercer la tragédie,
son sarcasme éminemment moderne, son pessimisme
mâtiné de tendresse. "Mille et mille vies seraient un
petit prix pour acheter une heure à t'admirer", chante
Enée, parvenu à Carthage, devant Didon pour qui son
coeur chavire. Comme le veut Virgile, le fier héros troyen
repartira à la nuit, abandonnant la reine africaine à
son désespoir. Mais, contrairement à la légende
et à l'histoire, Busenello décide de sauver la
souveraine qui, par un retournement de sort sidérant,
épousera son prétendant Iarbas, scellant un lieto fine
plein de malice. Chef-d'oeuvre, oui, où les lamenti sont
à se damner, et que Christophe Rousset conduit sans pathos,
mais encore faut-il un spectacle qui en traverse les
difficultés. Or, pour sa première mise en scène
lyrique, Eric Vigner tape dans le mille. On craint le
maniérisme en découvrant la scène remplie de
guerriers troyens massés, à demi nus, sur les sols de
marbre d'un palais vénitien, mais ces afféteries
disparaissent rapidement au profit d'un spectacle très
charpenté, qui montre à la fois la Grèce de la
tragédie, la Venise de Cavalli et notre époque moderne,
en un bal chatoyant de costumes, de masques, de
tête-à-queue visuels toujours porteurs de fantaisie
poétique et de sens symbolique.
La première partie,
à Troie, se déroule ainsi sous les lumières
blafardes de néons qui disent la guerre et la mort, alors que
des rideaux de plexi développent d'inquiétants
labyrinthes, où les hommes comme les dieux semblent se perdre.
Carthage apparaît ensuite dans la simplicité ocre d'une
divinité totémique, énorme rhinocéros
à moitié enterré. C'est l'heure de l'amour, de
la renaissance, et pour accuser les liens entre les deux univers, le
spectacle joue les ambiguïtés : la même Juanita
Lascarro chante Créùse, la femme d'Enée, et
Didon, la reine convoitée, et avec quelle autorité,
quel fruité vocal, quelle variété dans la
diction ! Quant à Enée (le ténor finlandais Topi
Lehtipuu, au très joli timbre, vigoureux et juvénile)
et à Iarbas (le baryton Ivan Ludlow, extraverti, solaire), ils
paraissent comme jumeaux, également beaux, également
blonds. L'ensemble de la distribution est à l'avenant, avec
deux mentions pour la mezzo Katalyn Varkonyi, au grain particulier et
très attachant, et à la soprano Hélène Le
Corre, impeccable dans le double emploi d'Ascagne et d'Amour. La
fantaisie, la discipline, une passion perceptible à
défendre un choix courageux, et des chanteurs que le
théâtre n'abandonne jamais à eux-mêmes,
mais qu'il guide et qu'il porte cette Didone est une magnifique
réussite, qui mériterait de voyager".
- Besançon -
Opéra-Théâtre - 7 décembre
1997 - Opéra d'Avignon
- 10 décembre 1997 -
Opéra Comique de Paris -
13, 14, 15 décembre 1997 - Orchestre de l’Académie
Baroque Européenne d’Ambronay - dir. (et clavecin et orgue)
Christophe Rousset - mise en scène Pascal Paul-Harang,
François Prodromidès (assistant), Gilles Taschet
(scénographie), Sylvie Skinazi (costumes), Laurent
Castaingt - avec Claire Brua (Didon), Stuart Patterson
(Enée), Evgueniy Alexiev (Iarbas), Olga Pitarch (Iris,
Fortune, Amour et une suivante carthaginoise), Béatrice di
Carlo (Créüse et une suivante carthaginoise), Delphine
Duport-Butique (Ascanio et Amour), Jean-Louis Georgel (Anchise, un
vieillard et un chasseur), Valérie Gabail (Cassandre),
Pierre Evreux (Pirrhus, Mercure, un messager et un chasseur), Mark
McFayden (Corèbe, Eole et un chasseur), Sandrine Rondot
(Vénus), Renaud Delaigue (Simon, Neptune, Jupiter), Karine
Deshayes (Anne), Nathalie Cloutier (Junon et une suivante
carthaginoise), Nicolas Obermann, Ludovic Gauthier,
François Prodromidès (comédiens).
"...La grande unité
stylistique était soulignée par la mise en scène
éclairée de Pascal Paul-Harang qui prend le parti de
rester fidèle à l’exigence de compréhension,
même si le déroulement narratif est discontinu. Les
quatre familles en présence sont par exemple bien
distinguées parmi les trois moments que constituent l’acte I
(plusieurs chemins narratifs liés à Mars - prise de
Troie), l’acte II (amour et voyage, arrivée à Carthage)
et l’acte III (Enée appelé par son destin,
départ de Carthage) : Grecs, Troyens, Carthaginois, les Dieux.
Cette cohérence est
soutenue par l’engagement de jeunes musiciens
fédérés avec talent par Christophe Rousset. Car
il s’agit d’étudiants de haut niveau spécifiquement
recrutés (par le Festival d’Ambronay) pour cet opéra.
Les musiciens faisaient montre d’une belle couleur d’ensemble. Le
continuo était attentif, virtuose et inventif -Christophe
Rousset participe des claviers au bouillonnement des cordes
pincées. Une véritable implication dramatique se
dégageait - parfaite Claire Brua en Didon - même si
l’orchestre ne développe pas assez un ‘flux’ narratif : les
enchaînements tardent parfois, dans un opéra qui n’est
pas composé par numéros. Tous les mouvements lents et
les lamentos en particulier sont rendus avec une rare
intensité. Le timbre de Stuart Petterson peut manquer de
charme, toutefois, du côté des voix féminines, la
texture vocale était agréable, variée, et
correspondait bien à une salle à la mesure de l’ouvrage
présenté.
Avec ses nombreuses
qualités, cette Didone est un stade correspondant à une
recherche qui est loin d’être terminée, comme veulent le
faire croire certains ensembles ‘baroques’ institutionnalisés,
où l’approche qui prime est singulièrement identique
à l’esprit ‘académique’ des orchestres symphoniques.
Ici, c’est bien dans un mouvement de nouveauté que l’on est
conduit : les musiques médiévales et renaissantes ne
sont pas les seules à poser des difficultés. Si l’on se
souvient des premiers disques Rameau d’Harnoncourt, l’ " esprit " de
la langue musicale faisait cruellement défaut. Depuis, une
interprétation est parvenue à une maîtrise
satisfaisante. Un travail similaire a été engagé
par René Jacobs pour l’opéra italien du début du
XVIIe siècle. Ce même chef, aidé par ses
qualités diverses de chanteur, continuiste et chef, a
apporté de nombreuses réponses convaincantes par ses
réussites indéniables. La loi de la diversité
étant primordiale, c’est avec un grand plaisir que l’on peut
écouter d’autres musiciens s’aventurer dans ces chemins. En
effet, le problème est bien de retrouver l’énergie
propre à cette musique qui se modèle sur le langage (la
musique se fait parole). A partir de deux simples parties musicales
notées, se déploient tout un monde avec ses
règles propres de perceptions (microcosme de la
rhétorique). C’est donc véritablement une langue qu’il
faut retrouver, avec sa grammaire, ses inflexions, son rythme, son
élocution, son évidence. Autant d’interlocuteurs,
autant de réponses, autant d’inventions possibles et
indispensables." (ConcertoNet - 13 décembre
1997)
- Festival d'Ambronay -
Théâtre de Villefranche - 3, 5 octobre 1997 - dir. Christophe Rousset -
mise en scène Pascal Paul-Harang - avec Claire Brua
(Didone), Stuart Patterson (Enea), Evgueniy Alexiev (Iarba), Serge
Goubioud (Ecuba, Ilioneo), Renaud Delaigue (Giove), Régine
Orlik (Venere), Olga Pitarch (Iride), Imma Einsingbach
(Cassandra), Pierre Evreux (Mercurio)
"Claire Brua, Didon pudique et
intense"..."Le ténor Stuart Petterson campe un Enée
solide, scéniquement crédible. Acteur un peu plus
timide, Evgueniy Alexiev prête à Iarba son beau timbre
de baryton, son chant sain et émouvant très prometteur.
Les seconds rôles féminins se montrent
décevants"..."Bravo au travail en commun qui a
été mené au niveau de la diction, du rendu du
texte, de l'expression poétique, sous la houlette de la
conseillère linguistique, Rita de Letteriis"..."La mise en
scène assez indigente de Pascal Paul-Harang, se situant
à mi-chemin de Mad Max et de Bob Wilson, n'aide guère
de jeunes artistes timides à habiter cette pièce
polychrome, les livrant à eux-mêmes dans les moments
pathétiques." (Opéra International)
- Festival de Schwetzingen
- 26, 27, 29, 30 avril 1997 - Berlin - Deutsche Staatsoper - 7, 9 et 10 juin 1997 - dir. Thomas
Hengelbrock - mise en scène Jakob Peters-Messer -
décors Roland Aeschlimann - costumes Jutta Delorme -
coproduction - avec Yvonne Kenny (Didone, Cassandra), Judith
Howarth (Creusa, Giunone), Hilary Summers (Ecuba), Alexander Plust
(Iarba), Katharina Kammerloher (Anna), Uta Schwabe (Ascanio,
Amore), Laurence Dale (Enea), Hermann Oswald (Pirro, Ombra di
Sicheo), Hans Jörg Mammel (Corebo, Eolo), Wessela Zlateva
(Venere), Peter-Jürgen Schmidt (Anchise), Kwangchul Youn
(Sinon, Nettuno), Leonore von Falkenshausen (Fortuna), Bernhard
Landauer (Mercurio)

"Par sa date et son lieu de
création (Venise, 1641), par ses au-teurs aussi (Cavalli,
élève et collaborateur privilégié de
Monteverdi, et le librettiste Francesco Busenello), cette Didon doit
être naturellement rapprochée du Couronnement de
Poppée, dont la version vénitienne fut
créée à l'initiative de Cavalli, un ou deux ans
plus tard. Et il est vrai que l'exceptionnel travail de
reconstitution musicale effectué par Thomas Hengelbrock, aura
réussi à nous convaincre qu'il s'agit là de deux
réussites d'une importance comparable. Ramenée à
deux heures quarante de durée au prix de coupures sans doute
nécessaires, très délicatement orchestrée
pour un petit ensemble riche en couleurs, où les cordes
pincées jouent un rôle important, subtilement enrichie
par une ornementation qui s'intègre aux lignes vocales sans
jamais paraître stéréotypée ou
artificiellement plaquée sur le discours chanté, cette
Didon ainsi rafraîchie affiche une constante richesse
d'inspiration.
Dirigeant depuis son pupitre
de premier violon, Hengelbrock devient l'âme même du
spectacle, suscitant de tous les protagonistes un exceptionnel
engagement dans une action musicale qui semble naître
naturellement, presque comme une improvisation collective. Il est
vrai aussi que l'excellent livret de Busenello, très flexible,
qui fait s'entrecroiser, sans aucun formalisme, le drame historique
humain et les interventions des dieux, constitue un support
dramatique idéal, que la scénographie exploite
judicieusement : un décor très simple, à deux
niveaux, l'un fixe pour les hommes, l'autre mobile pour les dieux,
des costumes de prime abord déconcertants mais en
définitive homogènes, et parfois fort beaux, des
éclairages initialement jaunâtres et cuivrés
(à Troie), qui s'égaient ensuite progressivement pour
les scènes de Carthage... l'ensemble apparaît d'une
cohérence exceptionnelle. Quelques défaillances vocales
ne parviennent pas à minimiser l'intérêt de la
soirée : l'Enée de Laurence Dale n'est pas au sommet de
sa forme, et certains seconds rôles sont franchement
calamiteux. En revanche, Yvonne Kenny réussit un remarquable
doublé dans les deux rôles de Cassandre et Didon, et on
n'oubliera pas de sitôt l'Hécube bouleversante de
Hillary Summers."
- Glasgow - Tramway
- 1997 - Glasgow International Early Music Festival -
The Scottish Early Music Consort - mise en scène Kate Brown
- Augsbourg -
Stättissche Bühnen - 10
juin 1990
- 1972 - I Virtuosi di Roma -
dir. Renato Fasano (?)
- RAI -
Milan - 4 novembre 1958 - Orchestra Sinfonica di Milano
della RAI - dir. Alfredo Simonetto- avec Clara Petrella (Didone),
Londi, Italo Tajo, Francesco Albanese (Enea), Giulia
Tavolacini
- Florence - Maggio Musicale - 1952 - dir. Carlo Maria
Giulini - avec Clara Petrella (Didone), Teresa Stich-Randall
(Venere) - première exécution moderne d'un
opéra de Cavalli - version reconstituée par Riccardo
Nielsen (compositeur italien - 1908 - 1982)
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