COMPOSITEUR
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Pier Francesco CAVALLI
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LIBRETTISTE
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Giacinto Andrea Cicognini
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Drama musicale, sur un livret en un prologue et trois actes de
Giacinto Andrea Cicognini, adapté des Argonautiques
d'Apollonius Rhodius, et dédié All'Illustriss. e Reverendiss. Sig. Abbate Vittorio
Grimani Calergi.
(*) Giacinto Andrea Cicognini,
né à Florence en 1606, fils du poète et
dramaturge florentin Jacopo Cicognini. Il émigra à
Venise où il se consacra à la littérature
(surtout des comédies) et au théâtre, et
où il mourut vers 1660.
Première
représentation au Teatro San Cassiano, à Venise, le 5
janvier 1649, suivie de dix-sept autres à Venise, puis d'une
vingtaine dans plusieurs villes d'Italie : à Florence et Milan
en 1649, à Lucques en 1650, à Bologne et Naples en
1651, à Plaisance en 1655, à Livourne en 1656, à
Brescia en 1657, à Vicence en 1658, à Ferrare et
Viterbe en 1659, à Milan et Valletri en 1660, à
Gênes et Naples en 1661, à Pérouge en 1663,
à Ancône et Viterbe en 1665, au San Cassiano de Venise
en 1666, à Brescia et Naples en 1667, à Reggio Emilia
en 1668 , à Rome en 1671 sous le nom de Novello Giasone,
dans une adaptation de Stradella, à Naples en 1672, à
Bologne en 1673 , à Rome en 1676, à Gênes en 1681
sous le nom de Il Trionfo d'Amor
delle vendette, à Gênes
en 1685, à Brescia en 1690 sous le nom de Medea in Colco.
Giasone fut l'opéra italien le plus
représenté au XVIIe siècle
(on a recensé 25 productions jusqu'en 1681), et il en existe
une douzaine de manuscrits différents (mais pas celui de la
première représentation), notamment ceux de Venise
(Biblioteca Marciana - collection Contarini), de Vienne et d'Oxford.
L'orchestration y est réduite à trois parties : deux
violons et continuo.
En 1666, l'opéra fut
remanié et Alessandro Stradella lui ajouta un prologue et
trois airs, sur des textes de Giovanni Filippo Apolloni et Filippo
Acciaiuoli . Ainsi modifié, il fut présenté
à Venise, au théâtre Tron di San Cassiano, puis
à nouveau dans divers lieux, dont le Teatro Nuovo di Roma in
Tordinona, en 1671. Le livret correspondant fut édité
par Camillo Bortoli, et dédicacé à Benetto
Zorzi, Giacomo Celsi et Carlo Andrea Tron, protecteurs du théâtre. Il prévoyait un ballet à la fin des
actes I (Ballo di
Spiriti), et II (Ballo de' Marinari).
En 1883, Robert Eitner (1832 - 1905)
réalisa une édition de l'acte I de Giasone.
En 1930, deux extraits furent enregistrés par
Columbia sur un disque 78 tours. Madeleine Leymo, soprano de
l'Opéra Comique chantait l'Invocation de Médée
et la Scène du Sommeil, dans un arrangement de Henry
Prunières, accompagnée par l'Orchestre de
l'Opéra Comique, dirigé par Elie Cohen.
"L'ouvrage lyrique le plus célèbre du
XVIIe siècle. Il y règne une
atmosphère tragique mêlée d'un indéniable
cynisme, et l'écriture de Cavalli atteint une puissance
d'évocation souvent des plus étonnantes" (Diapason -
avril 1995).
"L'intrigue s'inspire de la
légende des Argonautes, en s'attachant en particulier aux
amours de Jason et de Médée. Le texte est plutôt
médiocre, mais assez représentatif du goût
mélodramatique du XVIIe siècle.
Les épisodes inutiles et dénués de sens sont
nombreux, les traits d'esprit souvent vulgaires. Le finale est
très gai et s'éloigne du dénouement traditionnel
de la légende. Jason épouse Hypsipyle, reine de Lemnos,
et calme ainsi la colère de Jupiter, tandis que
Médée, reine de Colchide, revient à un ancien
soupirant qu'elle avait abandonné et méprisé
mais qui, depuis, l'avait sauvée de la mort." (Dictionnaire
chronologique des opéras - Le Livre de Poche)
Personnages : Giasone, chef des Argonautes (alto) ; Medea, reine
de Colchide (soprano) ; Isifile, reine de Lenno (soprano) ; Ercole,
un des Argonautes (basse) ; Besso, capitaine de la garde de Jason
(basse) ; Egeo, roi d'Athènes (ténor) ; Oreste,
confident d'Isifile (basse) ; Demo, serviteur (ténor) ; Delfa,
nourrice (alto) ; Alinda, dame (soprano) ; Rosmina, jardinière
(soprano) ; Giove (basse) ; Eolo (alto) ; Zeffiro (soprano) ; Volano,
esprit (ténor)
Synopsis
détaillé
Prologue
C'est aujourd'hui que Jason, chef
des Argonautes, va vaincre la Toison d'or et épouser
Médée, le destin le veut d'ailleurs ainsi. Apollon
triomphe, il est fier d'être un ancêtre de cette
demi-déesse ! Mais Cupidon, Dieu de l'Amour, faute d'avoir
été consulté, dit-il, avait uni Jason à
la reine Hypsipyle depuis longtemps déjà. Les dieux se
préparent à une franche dispute.
Acte I
Les jardins du château,
à Colchide
La toison d'or du bélier
est consacrée à Jupiter et gardée par un monstre
dans le château de Médée. Mais Jason peut-il
prendre le risque de conquérir cette bête ? Après
une année d'amour sur l'île de Lemnos où il
devint époux de la reine Hypsipyle et père de jumeaux,
puis une seconde année dans ce château de Colchide avec
une femme inconnue qui engendra également des jumeaux, notre
héros s'est ramolli. L'Argonaute Hercule se plaint et le
capitaine Besso déplore la destinée infligée
à Jason. alors que le maître insouciant chante des
louanges aux plaisirs de l'amour.
Médée quitte son
ancien amant Égée, noble roi d'Athènes.
Désespéré, celui-ci la prie de lui transpercer
le coeur mais elle se moque de lui. Arrive Oreste chargé par
la pauvre Hypsipyle de s'informer sur Jason. Il apprend par le
serviteur d'Égée, Demo - un nain, bossu et bègue
- que Jason est amoureux d'une nouvelle femme.
Delfa, la fidèle et
dévouée nourrice de Médée, conseille
à celle-ci d'épouser Jason dès maintenant afin
d'épargner à ses fils le déshonneur de grandir
comme enfants naturels si leur père venait à mourir
aujourd'hui à la bataille. Aussi Médée se
présente-t-elle à la tente de Jason comme visiteur
nocturne ; tranportés de joie, ils échangent leurs
voeux de mariage. Survient Hypsipyle qui cherche refuge : une
révolution l'a contrainte de fuir Lemnos. Esseulée et
démunie, elle espère obtenir des nouvelles de
Jason.
La sorcière
Médée invoque Volano, démon de l'Enfer ; il lui
apporte une bague qui fait recouvrir à Jason sa puissance de
jadis.
Acte II
Oreste trouve sa maîtresse
endormie. Il tente de l'embrasser mais elle se réveille -
simplement pour apprendre l'inconstance de Jason ! Hypsipyle
s'effondre de désespoir.
La cour du
monstre
La bague magique redonne pouvoir
àJason. Il s'empare de la toison; les Argonautes s'enfuient
vers leur navire, Médée les suit. Egée - qui
vient de s'apercevoir que son rival est Jason - prend avec Demo un
petit bateau pour le poursuivre.
La Grotte
d'Eole
Jupiter prie le Dieu du vent de
couler l'Argo pour venger le vol de l'objet sacré. Mais Eole,
par la ruse de Cupidon. fair revenir ie navire vers Hypsipyle.
Au port
Hypsipyle réclame à
Jason son retour mais il prétend qu'elle est folle. Le bateau
de Demo a coulé ; Oreste ramène le serviteur -
plutôt mort que vivant- vers le rivage. Besso tombe amoureux de
la suivante d'Hypsipyle, la joyeuse Alinda, qui accepte volontiers sa
proposition ; leur duo dans le genre "Faites l'amour, pas la guerre"
constitue le final de l'acte II.
Acte III
Dans une
forêt
Hypsipyle réclame le
retour de Jason qui fait mine de le lui concéder. Apprenant
cette nouvelle, Médée lui ordonne de tuer sa rivale, et
Jason répond qu'il en chargera Besso. Il lui confie une phrase
secrète : quiconque arrivera en prononçant ces mots
sera immédiatement noyé. Il envoie alors Hypsipyle
innocente, pourvue de la phrase, auprès du capitaine. Mais
elle est retardée pour avoir d'abord allaité ses
bébés. Folle d'impatience, Médée demande
à Besso si l'ordre de Jason a été
exécuté. Or, cette question est malheureusement la
phrase fatale et Médée est jetée à la
mer. Égée entend ses cns et la sauve ; en signe de
reconnaissance, elle accepte de devenir son épouse.
Jason est
désespéré : tout a mal tourné. Hypsipyle,
qui l'aime, refuse de continuer à vivre dans l'angoisse de le
rendre malheureux et lui demande de la tuer, en ne sauvant que ses
seins pour nourrir encore une fois ses bébés. Honteux
et touché par son émouvant lamento, Jason sent
renaître son amour pour elle.
Ainsi s'achève
l'opéra, par le bonheur de trois couples.
(livret Harmonia
Mundi)
http://www.librettidopera.it/giasone/giasone.html
- Édition du livret
disponible en fac simile chez Edilivre
- Partition :
transcription Marcello Panni - Editions Ricordi - 1970
- Partition :
édition Mannes Camerata - 1987
- Partition : édition Bärenreiter, par Ellen
Rosand - 2010
- Edition critique de la
version remaniée par Stradella, par Nicola Usula et Marco
Beghelli, avec l'aide de Lorenzo Bianconi
Représentations :
- Drottningholms
Slottsteater - Suède
- 27, 30 mai, 1er, 3, 5, 7, 9, 10 juin 2012 - dir. Mark
Tatlow - mise en scène Deda Cristina Colonna -
décors Ottavio Anania - chorégraphie Deda Cristina
Colonna - avec Maria Sanner (Giasone/Spirito 1), Staffan Liljas
(Ercole/Oreste), Jens Persson (Besso/Spirito 4), Randi
Røssaak (Isifile/Amore), Sara P Eriksson (Medea/Sole),
Rickard Hamrin (Delfa), Kristofer Lundin (Egeo/Spirito 2), Conny
Thimander (Demo/Spirito 3) - nouvelle production
- New York - Le Poisson
Rouge - 31 août, 1er, 2, 3, 6, 7 septembre 2011 -
Opera Omnia - en anglais - dir. Avi Stein - mise en scène
Crystal Manich - avec Hai-Ting Chinn (Medea), Cherry Duke (Jason),
Katharine Dain (Hipsipyle), Karim Sulayman (Delfa), Nathan Baer
(Besso)


- Martina Franca - Teatro
Verdi - 29, 31 juillet
2011 - Festival della Valle d'Itria - version remaniée par
Stradella, dit Il Nuove Giasone - OIDI – Festival Baroque
Ensemble - dir. Antonio Greco - mise en scène Juliette
Deschamps - décors Benito Leonori - costumes Vanessa
Sannino - lumières Alessandro Carletti - dramaturgie
Vincenzo De Vivo - avec Borja Quiza (Giasone), Aurora Tirotta
(Medea), Roberta Mameli (Isifile), Mirko Guadagnini (Egeo), Luigi
De Donato (Besso), Paolo Lopez (Delfa), Luca Tittoto (Oreste),
Gaia Petrone (Alinda), Masashi Mori (Ercole), Krystian Adam
(Demo), Pavol Kuban (Volano), Maria Luisa Casali (Sole), Gabriella
Costa (Musica), Giuseppina Bridelli (Poesia), Gaia Petrone
(Pittura), Krystian Adam (Architettura), Pavol Kuban (Satiro),
Giuseppina Bridelli (Amore)


- Opéra Magazine - octobre 2011
"Première reprise, dans
les temps modernes, du Giasone de Cavalli avec les ajouts
d'Alessandro Stradella. Après sa création
vénitienne en 1649, l'ouvrage devient rapidement l'un des plus
populaires de son temps. Le 24 janvier 1671, pour une
représentation au Teatro Tordinona de Rome, Giuseppe Apolloni
et Filippo Acciaiuoli retravaillent le livret original de Cicognini,
revisitant le mythe avec beaucoup d'imagination. Stradella s'attelle,
pour sa part, à la partie musicale. il supprime le choeur,
adapte ou réécrit complètement les lignes
vocales (Giasone, castrat à l'origine, échoit à
un baryton), intègre de nouvelles pages (notamment des
ballets-pantomimes et un intermezzo buffo), l'ouvrage s'appelant
désormais « Il novello Gimone ».
A la tête de l'ensemble
baroque OIDI, Antonio Greco s'attache précisément
à mettre en exergue les nouveautés apportées par
Stradella au style général de l'opéra,
joué dans l'édition critique de Nicola Usula et Marco
Beghelli avec le concours de Lorenzo Bianconi). Scéniquement,
les destinées de la production sont conditionnées par
le choix du Teatro Verdi plutôt que la cour intérieure
du Palazzo Ducale. La musique ancienne sonne évidemment
très bien dans ce petit espace, mais le plateau ne dispose pas
des équipements techniques nécessaires à la
réalisation des effets spéciaux qui, à
l'époque, soulevaient l'admiration du public. Sans merveilleux
ni grand spectacle, un opéra de ce type perd forcément
une part de son essence.
Les décors de Benito
Leonori sont très simples. La vaste coque d'un navire sert,
à la fois, de métaphore des passions et de rappel de la
quête des Argonautes, tandis que les mouvements d'une grande
voile sont censés compenser l'absence de «machines».
Cette solution, pour le moins spartiate, n'a pas manqué de
faire débat, ni de soulever de vives réserves. Le
prinncipal problème, pourtant, reste la mise en scène
de Juliette Deschamps, qui aurait pu raconter l'histoire avec
davantage de clarté et approfondir la psychologie des
personnages.
Solide, la nombreuse
distribution est dominée par Roberta Mameli en Isifile, la
véritable protagoniste d'Il novello Giasone. Son soprano
lvrique, au médium dense et expressif, se plie aisément
aux plaintes de la femme séduite puis abandonnée, ces
douces cantilènes qui constituaient la marque de fabrique de
Cavalli, et que Stradella s'est bien gardé de sacrifier. Quand
il le faut, l'instrument sait également se plier aux exigences
du chant d'agilité.
Remplaçant Daniela
Dessi, blessée, Aurora Tirotta campe une Medea très
crédible, face à l'efficace Giasone de Borja Quiza.
L'Egeo de Mirko Guadagnini s'améliore au fil des
scènes, tandis que Luigi De Donato incarne un sobre Besso.
Comme dans Aureliano in Palmira, Luca Tittoto fait valoir ses
qualités de timbre, Gaia Petrone offrant une
intéressante voix de mezzo-soprano, au grave profond de
contralto et à l'aigu facile.
Accueil très chaleureux
du public, avec de nombreux rappels à la fin."
- Londres - Royal Academy
Opera - Royal Academy of Music - 6, 7 mai 2010 - dir.
Jane Glover - mise en scène John La Bouchardière -
costumes Magali Gerberon - lumières Jake Wiltshire - avec
Kate Symonds-Joy (Medea), Marcus Farnsworth (Oreste), Fu Quian
(Alinda), Nina Lejderman (Isifile), Roderick Morris (Giasone),
Eliot Alderman (Demo), Jonathan McGovern (Delfa)
- Gand - 30
avril, 2, 4, 6 mai 2010 - Anvers - 12, 14, 16, 18, 20 mai 2010 -
De Vlaamse Opera dir. Federico
Maria Sardelli - mise en scène Mariame Clément -
décors, costumes Julia Hansen - avec Christophe Dumaux
(Giasone), Katarina Bradic (Medea), Amanda Forsythe (Isifile),
Josef Wagner (Giove/Besso), Filippo Adami (Demo),Yaniv d'Or
(Delfa/Eolo), Angélique Noldus (Amore/Alinda), Andrew
Ashwin (Ercole/Oreste), Emilio Pns (Egeo, Sole) - Première
nationale


- Forum Opéra -
L’opéra ou la défaite des hommes
"Héros de la mythologie
grecque et des péplums hollywoodiens, Jason fut aussi, au
XVIIe siècle, l’antihéros du plus populaire des
opéras vénitiens. Le livret de Giacinto Andrea
Cicognini s’inspire très librement d’Apollonios de Rhodes et
néglige les aventures qui ont forgé la légende
du fier Argonaute pour nous révéler la duplicité
d’un macho singulièrement lâche et frivole. Les reines
trahies de Lemnos (Hypsipyle) et de Crète
(Médée) sont en fait les véritables
héroïnes de ce Giasone créé au
Théâtre San Cassiano en janvier 1648 ou 1649 sur une
musique de Francesco Cavalli. La fidélité et
l’abnégation de la première, le pardon de la seconde et
leur commune détermination esquissent une autre histoire de
l’opéra, où les femmes ne sont pas interdites de
bonheur et ne meurent pas tragiquement, mais forcent l’admiration et
tiennent la dragée haute aux hommes. Bien sûr, Catherine
Clément nous rétorquerait que cette lecture eût
été impensable à l’époque,
foncièrement patriarcale, et qu’elle ne peut guère
expliquer le succès durable de Giasone. Du reste, des figures
secondaires (Ægeus, Besso) rachètent en partie l’honneur
des hommes et la tragicomédie impose un lieto fine où
les couples légitimes se reforment
(Médée/Æegeus ; Jason/ Hypsipyle), l’indulgence
des compagnes bafouées à l’endroit de Jason autorisant
des interprétations flatteuses pour son ego comme, d’ailleurs,
pour celui des spectateurs qui se seraient identifiés à
l’irrésistible don juan.
L’intrigue ne nous fournit pas
les raisons du triomphe de cet opéra ; elles sont plutôt
à rechercher dans sa construction et sa facture originales.
Giasone représente un bref moment d’équilibre dans
l’histoire de l’opéra : c’est en même temps le point
final du processus de maturation d’un genre, écrit Ellen
Rosand, et le début d’une nouvelle forme de
théâtre dans lequelle, pleinement
légitimée et soutenue par l’influence croissante du
chanteur, la musica pourrait finalement assujettir le drama1.
Grâce à l’étroite collaboration du poète
et du musicien, l’air se distingue enfin clairement du
récitatif et ses fonctions dramatiques se précisent, le
musicien s’émancipe et ose jouer la séduction, mais
sans jamais mettre en péril la balance subtile du chant et du
discours. Dans Giasone, toutes les conventions du
théâtre musical vénitien concourent à ce
miracle rarement reproduit au cours de l’histoire de l’opéra,
des airs comiques aux sommeils, en passant par les duos amoureux, qui
rivalisent de volupté, les lamenti, où Cavalli demeure
inégalé, ou encore l’invocation des Esprits Infernaux
par Médée, d’une exceptionnelle puissance dramatique,
et dans laquelle Ellen Rosand voit le prototype des scènes
d’incantation à venir2. Le mélange des genres, si
prisé des Vénitiens, n’est pas non plus étranger
à la réussite de l’entreprise: comique, tragique et
surnaturel se côtoient et s’interpénètrent avec
un naturel déconcertant, opposant à une galerie de
personnages extrêmement typés et proches de la commedia
dell’arte, unidimensionnels mais très efficaces, la figure
plus dense et crédible de la reine de Lemnos, une Hypsipyle
tendre et combative, dont le dernier lamento représente le
climax de l’opéra.
Federico Maria Sardelli et
Mariame Clément ont choisi la version de Giasone
conservée dans le manuscrit de Vienne, le plus complet des
neuf qui nous sont parvenus. Ils ont procédé à
quelques coupures pour la réduire à des proportions
acceptables par le public actuel – la jardinière Rosmina et
ses deux airs passent ainsi à la trappe –, bien qu’elle dure
encore près de trois heures et demie ! Ces interventions ne
semblent en tout cas pas affecter sa lisibilité ni sa
cohérence. Comme toutes les partitions italiennes de cette
période, celle de Giasone n’offre qu’un canevas : plusieurs
parties instrumentales ne sont pas notées, il manque des
sinfonie et ritornelli et, pour reprendre l’image de Federico Maria
Sardelli, elle nécessite un délicat travail de
restauration. Devant ces lacunes, les musiciens empruntent
généralement à d’autres ouvrages du même
compositeur (Christophe Rousset) ou à ses contemporains
(René Jacobs). Sardelli a opté pour une
troisième voie, plus aventureuse: il a écrit
lui-même des morceaux alla Cavalli, convaincu que ces pages
s’intégreront d’autant mieux à la partition qu’elles
serviront la même dramaturgie. Le chef affirme qu’il est
impossible de distinguer ses ajouts de l’original cavallien. Une
oreille experte pourrait sans doute le contredire, la nôtre n’a
relevé aucune disparité.
Si Jason est une figure
burlesque et n’a plus rien de mythique, comme le note Mariame
Clément, gommer ses origines héroïques et toute
référence à la mythologie constituerait un
appauvrissement considérable. La tentation est grande,
pourtant, car ces éléments, bien que constitutifs de
l’opéra, posent un réel défi aux metteurs en
scène. La réponse de Mariame Clément est
plurielle et féconde : Nous avons créé une
mythologie propre. Quelque chose entre le grandiose, le banal et le
pitoyable. Le décor unique, entre champ de fouilles
archéologiques et paysage industriel, semble au premier regard
plutôt trivial avec son hangar, ses placards, ses bouches
d’égout et son escalier en colimaçon, mais il se
révèle très vite un formidable espace modulable,
propice aux surprises en tout genre. Impossible de ne pas mentionner
l’entrée de Jason, premier et mémorable tableau de
l’opéra : le panneau coulissant d’un placard dévoile le
bourreau des cœurs endormi, le torse nu dépassant de draps
immaculés, lorsque une, deux, puis trois et bientôt six
mains inconnues jaillissent du fond du lit, l’enlacent et le caresse
alors qu’il chante en rêvant les délices de l’amour
(« Delizie contente », un bijou dont s’est notamment
éprise Cecilia Bartoli). Autre image forte, éminemment
poétique: Hypsipyle apparaît dans une niche
géante, telle une madone sculpturale sur fond d’azur, ses
jumeaux sur les genoux. Mariame Clément assume pleinement la
charge comique de Giasone et joue habilement des codes, entre clins
d’œil à la machinerie baroque et dérision. Elle signe
un travail inventif et coloré, ludique, rythmé et sans
la moindre baisse de régime – un exploit pour un spectacle
d’une telle longueur ! Bien sûr, rien n’est aussi personnel que
l’humour, sinon le rapport au corps et au sexe… La
scénographie suscite, dès l’entracte, des commentaires
contrastés. Les héros sont fatigués mais ivres
de désirs, Cicognini et Cavalli l’ont voulu ainsi, certes,
d’aucuns font pourtant la moue devant Le Choc des Tétons
chorégraphié par Mariame Clément: poitrail
maigre et juvénile (Jason) ou charnu et velu (Ægeus),
musculeux et moulé sous un maillot de footballeur
américain (Hercule), obus gorgés de lait (Hypsipyle) ou
seins flasques et pendants, agités comme d’improbables
appâts (Delfa), c’est le triomphe de la poitrine !
Federico Maria Sardelli et
Mariame Clément disposent d’un plateau idéal: les
jeunes chanteurs rassemblés par le Vlaamse Opera non seulement
savent jouer et se donnent sans compter, mais ils débutent
également tous dans leurs rôles, un atout inestimable
pour fédérer les artistes autour d’une même
vision et développer un véritable esprit de troupe.
Christophe Dumaux, qui ne cesse de bonifier, incarne un Giasone
cabotin à souhait, à la fois séduisant et
détestable, et se tire avec
panache d’une tessiture
périlleuse pour un contre-ténor. Tout oppose la sombre
Medea de Katarina Bradic, vamp au port de reine et aux regards
incendiaires, et la douce, l’aérienne Isilfe (Hypsipyle) de
Robin Johannsen, si touchante dans ses lamenti. Si sa partie est la
plus gratifiante vocalement parlant, sur le plan
théâtral, Demo, le bègue bossu et affublé
ici d’oreilles de lapin, est un rôle fabuleux dont Filipo Adami
exploite avec génie tout le potentiel drolatique. La nourrice
de service (Delfa), campée par Yaniv d’Or, inquiète
autant qu’elle amuse : le jeune contre-ténor possède un
grain de voix corsé et le grimage étrange
imaginé par Julia Hansen l’apparente aux créatures
hybrides du plasticien et vidéaste Matthew Barney (Cremaster).
Il n’y a pas de seconds couteaux ni le moindre maillon faible chez
leurs partenaires: Angélique Noldus (Alinda), Emilio Pons
(Egeo/Sole), Andrew Ashwin (Ercole/Oreste) et Josef Wagner
(Giove/Besso), tous, sans exception, sont parfaitement
distribués et convaincants. Dans la fosse, à des
années lumières de ses Vivaldi fougueux et
débridés, Federico Maria Sardelli réalise un
travail d’orfèvre et dirige, la flûte au bec dans les
ritornelli, une phalange mixte où des continuistes
chevronnés (deux luths, deux clavecins et une gambe)
côtoient une petite quinzaine d’instrumentistes issus de
l’orchestre maison. Si l’intonation et le style ne sont pas
irréprochables, l’émulation est bien réelle et
les chanteurs bénéficient, dans l’ensemble, d’un
excellent soutien.
Giasone n’avait encore jamais
été monté en Belgique et on ne peut que se
réjouir de voir le Vlaamse Opera impliquer directement ses
musiciens dans un tel projet. La saison prochaine affiche une
nouvelle production d’Il Ritorno d’Ulisse in Patria confiée
à Michael Hampe et Federico Maria Sardelli. Gageons que les
théâtres de Gand et d’Anvers accueilleront d’autres
ouvrages de Cavalli dans les années à venir.
Après La Calisto, La Didone ou Eliogabalo, Giasone
démontre que les opéras du Vénitien peuvent
aujourd’hui encore plaire et toucher."
- Opéra Magazine - juin 2010
"Créé
à Venise en 1649, Giasone offre bien des rapprochements avec
L'Incoronazione di Poppea (on sait que Monteverdi et Cavalli se
fréquentaient souvent. En interprétant avec fantaisie
Apollonios de Rhodes, le librettiste Cicognini agit comme Busenello.
Des lignes dramaturgiques entrelacées, chacune attachée
à un personnage, structurent un livret où la mythologie
est prétexte et où se joue une astringente
comédie de mœurs politiques qui, au présent, parle du
présent. Après coupures et suppressions (deux
rôles secondaires) opérées dans cette magistrale
partition, Giasone passe de quatre à trois heures, tandis que
le chef d'orchestre a instrumenté (voire écrit)
sinfonie et ritournelles.
Mariame Clément a
placé l'action de ce piquant livret dans un actuel chantier de
fouilles archéologiques. Ce choix est judicieux : divers temps
historiques jouent entre eux, que singularise une joyeuse
pluralité de niveaux (joints par des escaliers et des pentes)
et de boîtes à surprises (conteneurs aux formes diverses
et aux couleurs clinquantes). Mais si les accès à la
scène, les mouvements sur le plateau et l'esthétique
hétéroclite créent amusements et surprises, leur
charme s'émousse à mesure que leur usage se
répète et que les chanteurs manquent d'espace dans ce
cadre saturé. La direction d'acteurs, inspirée du
burlesque, est opportune, même si elle peine, ça et
là, à matérialiser les multiples registres
expressifs dont regorge ce touffu livret. Peu de réserves, en
définitive, au regard de cette montagne que Mariame
Clément vainc avec gourmandise.
Sans doute fébrile en
cette première, l'équipe de chanteurs tarde à
révéler sa cohérence. UN seul se montre
constant, au point d'être le droit fil de la
représentation: Christophe Dumaux. Acteur habaile, il fait du
rôle-titre un héros certes dilettante, mais probe et
naïf : le travail vocal est d'une indéniable
qualité, y compris dam le grave qui, chez les falsettistes,
est souvent peu projeté.
A ses côtés, en
Isifile (seul personnage féminin immuable en ses sentiments),
Robin Johannsen réalise une belle composition : son timbre
assez léger sait se faire plus corsé pour exprimer les
sentiments les plus intenses, notamment lors de l'ultime
scène. Pour incarner :Medea (ce serait une Poppea plus ample),
Katarina Bradic n'a pas toute la densité requise, mais
l'actrice sait construire un caractère convaincant.
Le reste de la distribution
offre de bons compromis entre le chant et le théâtre,
avec de l'excellence (Emilio Pons, impérial Egeo, et Filippo
Adami, subtil dans le bégayant Demo), mais aussi une maldonne
: Delfa, l'un de ces rôles ancillaires travestis dont regorge
le naissant opéra italien, D'abor,. il convient à un
ténor et pas à un falsettiste : ensuite, Yaniv d'Or ne
maitrise pas les fréquents changements registraux (en cet
exercice, n'est pas Dominique Visse qui veut!). Rythmiquement
indolent, Federico Maria Sardelli accompagne les chanteurs davantage
qu'il les conduit à l'ubris qui est le sel de l'art
cavallien."
"La réalisation
co-signée par le chef d’orchestre Federico Maria Sardelli et
Mariame Clément, metteur en scène, est un régal
d’humour musical dont on sort souriant et léger au terme de
trois heures trente de joyeuses mises en boîte visuelles et
délicates dentelles musicales.
En cette première
mi-temps du 17ème siècle, fin Renaissance, début
baroque, où les archétypes de l’antiquité
étaient volontiers cuisinés à la sauce carnaval,
la popularité de ce Jason plus comique que tragique ne tenait
pas uniquement à sa musique. L’écriture et
l’imagination de son librettiste Giacinto Andrea Cicognini, auteur en
vogue d’une série de pièces de théâtre
souvent apparentées à la commedia dell’arte en occupait
une part égale. C’est lui qui, en dialogues vif argent,
détourna l’épopée de Jason, conquérant de
la Toison d’Or tirée de la saga des Argonautes d’ Appollonios
de Rhodes, en une love story sentimentale et burlesque avec happy end
à la clé. L’amant de Médée y est
traité comme un héros de papier mâché.
Tout joli, tout mignon mais lâche et menteur, il séduit
à tout va, baise plus vite que son ombre, fait des enfants et
complote en mafieux de bazar pour échapper à ses
responsabilités. Deux reines sur les bras, l’une de Corinthe,
l’autre de Lemnos, l’une vamp, l’autre grisette, Médée
impériale et glacée d’un côté,
Isifile/Hypsipyle, maternelle et ardente de l’autre, comment va-t-il
s’en sortir ? Oreste, Egée, Hercule, Jupiter, Amour, Cupidon,
Demo le nain bègue, Besso, le capitaine va-t-en-guerre, sont
appelés en renfort pour nouer, dénouer, pimenter ses
aventures « romanbolesques ».
A l’époque de leur
création, les opéras étaient, on le sait,
élaborés à partir de canevas à la fois au
niveau musical qu’à celui des textes. On improvisait des
heures durant devant un public qui entrait, sortait, jouait aux
cartes, buvait, mangeait. De ces moules flexibles dont on a
retrouvé des partitions inachevées il faut aujourd’hui
tirer des formes définies. « S’approprier puis diriger ce
type d’œuvre s’apparente à la restauration d’un tableau de
maître », dit Federico Maria Sardelli, chef italien,
spécialiste du répertoire baroque pour lequel il
créa l’ensemble Modo Antiquo, auteur notamment d’une Edition
Vivaldi gravée chez Naïve qui remporta de nombreux prix.
Peintre à ses heures et surtout flûtiste virtuose il
prend manifestement un plaisir gourmand à diriger ce Giasone
qu’il a aménagé et réduit à la taille
d’un opéra de répertoire. Un travail
d’archéologue du son qu’il exécuta en complicité
avec Mariame Clément, jeune metteur en scène
débordante de ressources et d’imaginations
décalées dont on a récemment
apprécié, à l’Opéra du Rhin de
Strasbourg, une Platée se jouant avec délectation des
anachronismes les plus farfelus.
C’est la même
inspiration loufoque, ce petit air d’irrévérence qui
fut autrefois le label du Grand Magic Circus, qui guide sa mise en
scène de Giasone dans les décors de brocante
fourre-tout de Julia Hansen : une sorte de décharge portuaire
où trône un container numéroté en
ferraille rouge, des citernes renversées, un escalier en
colimaçon, des palettes de marchandises, un cric à roue
dentée pour actionner en grinçant les levers et
baissers de rideau. Les costumes sont du même jus
hétéroclite, nippes ramassées aux Puces, du kilt
à la robe de lamé or en passant l’habit de
toréador ou la panoplie de rugbyman, aucun grain de folie
vestimentaire ne manque à l’inventaire. Certains comme Demo le
nain transformé en âne, ou Hercule devenu bouc arborent
des maquillages de cirque, faux nez, perruques en broussaille,
sourcils en pétard. La direction d’acteurs est tracée
au millimètre des gags, tous jouent le jeu de la
comédie charge comme s’ils étaient des pros du
vaudeville. Mais aussi et surtout – ils chantent ! L’ensemble est
d’une belle homogénéité, sans éclat
renversant mais aussi sans fausses notes.
Si dans le rôle titre le
contre-ténor français Christophe Dumont se situe loin
de la taille d’un Philippe Jaroussky, la veulerie affichée de
son personnage, son côté ventre mou, s’accorde à
la projection timide de son timbre. La Médée de
Katarina Bradic, mezzo-soprano serbe, brune incendiaire à la
taille mannequin pour défilés de mode (elle change de
tenue sexy à chaque scène), se sert de sa voix un rien
sèche pour pimenter ses faux air de méchante reine
façon de Blanche-Neige. Emilio Pons/Egée, Andrew
Ashwin/Oreste, Filippo Adami/Demo l’âne bègue, Joseph
Wagner/Jupiter, Yanivd’Or, l’autre contre-ténor en nourrice
burlesque, tous fonctionnent en mécaniques huilées de
la farce sans pour autant négliger les plages émotives
qui s’insèrent comme des bouffées de chaleur. Pour
celles-ci, la soprano américaine Robin Johannsen, en
Isifile/Hypsipyle, midinette énamourée déploie
des aigus célestes et des graves à labourer les cœurs.
En robe de fée à trois sous, avec ses jumeaux autour
des seins, elle est magnifique.
Federico Maria Sardelli dirige
en expert joyeux les excellents instrumentistes réunis par et
pour l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Flandre/Vlaamse
Opera, taquine ses trois flûtes piccolo, soprano et alto,
prend, entre deux envolées guillerettes, le temps de
respirations romantiques, quand les arias ou les duos, souvent
sublimes, se font d’amour et de passion."
"Si "Giasone" de Francesco
Cavalli (1602-1676) n’a jamais été monté en
Belgique, le public de la Monnaie garde encore le souvenir
enchanté de "La Calisto", dans la version Wernicke-Jacobs,
découverte absolue à l’époque (1993) de
l’opéra vénitien du XVIIe siècle. Tout y
était rassemblé : le rêve, la mythologie, le
burlesque, les feux d’Eros, projetés dans les sublimes
constellations de la villa Caprarole. Avec "Giasone" tel que
présenté dans une nouvelle production du Vlaamse Opera
- on y raconte les tribulations amoureuses du chef des Argonautes,
tiraillé entre Isifile, la reine de Lemnos, et la
mystérieuse amante rencontrée à la cour de
Médée (qui se révélera être
Médée elle-même) -, nous voilà dans les
fouilles ! C’est en contrebas d’un site historique - que l’on peut
situer au large de le la mer Egée - que, dans le traditionnel
prologue, Cupidon et Apollon (deux archéologues besogneux)
s’écharperont, qui tenant pour Isifile, qui tenant pour
Médée, avant de ranger leurs attributs (ailes et
rayons) dans la cantine du chantier. A partir du deuxième
acte, c’est en contrebas d’un autre, que se feront les
échanges - hilarants - avec la mer, ses algues et ses
poissons.
Si saugrenu qu’il soit, ce
thème des fouilles, dû à la Parisienne Mariame
Clément, qui signe la mise en scène, offrira une foule
de possibilités, généralement bouffonnes, mais
intégrant souvent le merveilleux - telle la première
apparition d’Isifile, dans sa "conque" (une cheminée
d’évacuation) - et offrant pleine liberté à
l’imagination (sans borne) de la jeune metteuse en scène. Sans
compromettre la séduction de la musique, ni des personnages,
Mariame Clément ne se fait pas faute de souligner le
côté vaudeville ou feuilleton (genre "Les feux de
l’amour") du livret, où, à force de tromper ses
maîtresses, et même ses compagnons, ce séducteur
de Jason finit par se prendre les pieds dans la jupe, doit s’incliner
devant les faits et, convaincu, contre toute attente par
Médée elle-même, retourne vers la tendre Isifile
(et les jumeaux nés de ses œuvres, baby-sittés dans
l’intervalle par Oreste). Pour mener à bien les
péripéties du livret (traité de bout en bout sur
le mode burlesque, ce qui n’empêche pas des moments
d’émotion, comme le premier air de Giasone, les airs de
sommeil ou le lamento final d’Isifile), la production peut compter
sur une distribution particulièrement crédible, jeune,
engagée, pour qui le théâtre et le chant ne font
qu’un, le contre-ténor français Christophe Dumaux
(Giasone) y représentant la quadrature du cercle. A ses
côtés, l’incandescente Katarina Bradic (qui fut Olga
dans le récent Eugène Onéguine) chante
Médée, et Robin Johannsen, soprano raffinée,
Isifile. Angélique Noldus, (Cupidon, Alinda), Andrew Ashwin
(Hercule, Oreste), Filippo Adami (Demo), Josef Wagner (Jupiter,
Besso), Yaniv d’or (Delfa, rôle traversti) et Emilio Pons
(Apollon, Egée) semblent chacun l’interprète
idéal pour leur rôle. Pas de grande voix (quoique
certaines fort belles), mais une homogénéité
musicale et théâtrale remarquable.
L’autre bonne surprise de la
production est d’y découvrir l’orchestre de la maison en
version baroque : allégé d’une partie de ses effectifs
et rehaussé (hérissé) de luths, d’un clavecin,
d’une viole de gambe et, semble-t-il, d’instruments à vents
adaptés. Il y manque sans doute de la profondeur - ou est-on
trop habitué aux continuos symphoniques de Jacobs ? - mais,
sous la direction de Frederico Maria Sardelli (un des artisans de la
série Vivaldi, de Naïve), les musiciens, visiblement
à la fête, offrent à la musique de Cavalli des
couleurs, une dynamique et des accents inédits, propres
à créer l’illusion."
- Chicago Opera Theater
- 24, 28, 30 avril, 2 mai
2010 - dir. Christian Curnyn - mise en scène Justin Way -
décors Anka Lupes - costumes Kimm Kovac - lumières
Keith Parham - avec Julius Ahn (Demo), Evan Boyer (Oreste),
Andriana Chuchman (Alinda), Sasha Cooke (Medea), Grazia Doronzio
(Isifile), Franco Fagioli (Giasone), Andrew Funk (Besso), Tyler
Nelson (Delfa), Vale Rideout (Egeo) - première
exécution d'après la partition éditée
par Bärenreiter




- Los Angeles - UCLA Opera,
Schoenberg Hall - 14 février 2010 - dir. Stephen
Stubbs - mise en scène Peter Kazaras - avec Aubrey James
(Hypsipyle), Andrea Fuentes (Medea), Nick Zammit (Jason), Bryce
Nicastro (Demo), Brian Vu (Hercules), Julian Arsenault (Besso),
Abigail Villalta (Delfa), Mario Chae (Orestes), Griffith Frank
(Aegeus), Katy Tang (Alinda).

- Université de Yale
- University Theater - 1er, 2 mai 2009 - Yale Baroque
Opera Project - production Ellen Rosand, Richard Lalli - dir.
Grant Herreid - mise en scène Toni Dorfman - décors
Jenifer Price Fick - costumes Valerie Webster - lumières
William Warfel - vidéo Burke Brown - avec les
étudiants de l'Université


- Iford -
Iford Manor Cloister
- 11, 12, 15, 16, 19 juillet 2008
- Bath Festival - en anglais (traduction Ronald Eyre) - Early
Opera Company - dir. Christian Curnyn - mise en scène
Martin Constantine - avec Joanne Boag, Jonathan Brown, Sinead
Campbell, Nicholas Sharratt, Madeleine Shaw, and Stephen
Wallace.

- Opéra de Francfort
- 21, 24, 26, 28, 31 janvier, 2, 4 février 2007
- dir. Andrea Marcon - mise en scène Anouk Nicklisch -
décors Roland Aeschlimann - costumes Andrea Aeschlimann -
avec Nicola Marchesini (Giasone), Stella Grigorian (Medea),
Soon-Won Kang (Ercole, Jupiter), Juanita Lascarro (Isifile),
Florian Plock (Oreste), Britta Stallmeister (Alinda, Amor), Martin
Wölfel (Delfa), Jussi Myllys (Egeo, Sole), Christian Dietz
(Demo) - nouvelle production


- Aspen (Etats Unis) -
Wheeler Opera House - Aspen Music Festival - 15, 18, 20 août
2005 - dir. Harry Bicket - mise en scène Edward Berkeley -
avec Emma Curtis (Giasone), Gemma Coma-Alabert (Medea), Ariana
Wyatt (Isifile), David Keck (Ercole), Kyle Albertson (Besso),
Jason Badger (Delfa)

- Staatstheater
Klagenfurt - Autriche - 8,
14, 17, 23, 27, 29 avril, 2, 5, 7, 11, 14, 18 mai 2004 - dir.
Nicholas Kok - mise en scène Anouk Nicklisch -
décors Roland Aeschlimann - costumes Andrea Aeschlimann -
avec Nicola Marchesini (Giasone), Helene Gjerris (Medea), Eva
Liebau (Amor), Christian Sist (Ercole), Robert Ogden
(Delfa)

- Hanovre -
Niedersächsische Staatstheater - 12, 14, 15, 29,
30 septembre, 8, 11, 12, 15 octobre, 12, 13 novembre, 28, 29
décembre 2002 - Ensemble Musica Alta Ripa - dir. Bernward
Lohr - mise en scène Aurelia Eggers - décors,
costumes Gesine Völlm - dramaturgie Dominica Volkert - avec
Hans Sojer (Sole), Yuko Kakuta (Amore), Kai Wessel (Giasone),
Cordula Berner (Medea), Michaela Schneider (Isifile), Xiaoliang Li
/ Randall Jakobsch/Jacek Janiszewski (Ercole), Daniel Henriks
(Besso), Ulrike Spengler (Alinda), Helga Schmidt (Delfa), Rickard
Söderberg (Egeo/Volano), Frank Schneiders (Oreste,Giove),
Volker Thies Egeo/Volano (Demo, Eolo)

- Harvard Early Music
Society - The Agassiz Theatre - 4, 6, 11, 13 novembre
1999 - Harvard Baroque Chamber Orchestra - dir. Edward Jones -
mise en scène Ken Pierce - avec Amanda Forsythe (Apollo),
Karoun Demirjian (Cupid), Matthew Burt (Hercules), Dennis Clark
(Besso), Verdis Robinson (Jason), Eliza Clark (Medea), Daniel
Roihl (Aegeus), Neil Davidson (Orestes), Bob Allard (Demo),
Kathryn Wink (Delfa), Kathryn Wink, Matthew Burt, Dennis Clark,
Neil Davidson, Bob Allard (Ombres), Karoun Demirjian (Hypsipyle),
Amanda Forsythe (Alinda)
- Athènes - Concert
Hall - 30 et 31 octobre 1996, 2 et 3 novembre 1996 -
dir. Amaury du Closel - mise en scène Maria Gyparaki - avec
Brua, Herper, G. Davies, Varnier
- Rouen - 23
octobre 1990 - Paris -
Théâtre des Champs Elysées -
28, 30 et 31 octobre 1990 - Ensemble instrumental I Febi
Armonici - dir. René Jacobs - mise en scène
Christian Gangneron - avec Jeffrey Gall (Giasone), Gloria
Banditelli (Médée), Catherine Dubosc (Hypsipyle),
Christophe Einhorn (Égée), Gian Paolo Fagotto,
Gilles Ragon, Michaël Schopper, Maria Cristina Kiehr, Harry
Van der Kamp
- Le Monde de la Musique - décembre
1990 - Ticket chic, toison toc
Au départ,
l'idée d'Alain Durel était bonne. Faire
découvrir aux Parisiens l'admirable Giasone de Cavalli,
opéra fétiche au XVIIe siècle. Et, pour
prêter coeurs et gosiers à ces
chassés-croisés sentimentaux teintés de
bouffonnerie, une équipe réunie autour de René
Jacobs qui en a déjà réalisé un
magnifique enregistrement, après avoir déjà
monté ce spectacle àInnsbruck (été 1988).
Hélas! ni l'oreille, ni l'oeil n'ont été
satisfaits. Si Jeffrey Gall a endossé avec naturel le
rôle titre, si Bernard Delétré et Gian Paolo
Fagotto se sont affirmés comme d'excellents chanteurs-acteurs,
si Gilles Ragon a été vocalement éblouissant,
que dire des personnages féminins ? Gloria Banditelli incarna
une Médée caricaturale, Catherine Dubosc a paru
éteinte et Maria Cristina Kiehr est demeurée
méconnaissable. L'orchestre, moins fourni qu'au disque,
malgré de très bon musiciens, aurait
mérité une direction plus alerte et plus lyrique, plus
passionnée.
Mais le pire est ailleurs...
La mise en scène (?) de Christian Gangneron se résume
à des index comminatoires, des mains levées au ciel et
des chanteurs raides comme des piquets. Sans oublier l'assaut
figé du château après lequel Giasone
reparaît brandissant une vague peau de mouton
peinturlurée en doré. Effet comique garanti
!"
- Opéra International - décembre
1990
"Il faut déjà
souligner le travail remarquable de René Jacobs sur
l'orchestre, toujours fin, coloré, dynamique et d'une
présence peu ordinaire. Côté solistes, Gloria
Banditelli impose vocalement sa Médée sans trop de
problèmes, avec l'insolence et l'éclat
nécessaires, mais manque un peu d'aisance physique. Sa rivale
Hypsipyle est incarnée par Catherine Dubosc, autre excellente
voix, de plus parfaite scéniquement en éplorée
chronique. Le contre-ténor Jeffrey Gall, dans le
rôle-titre, est un excellent musicien, doublé d'un bon
comédien, mais face à ces dames, la voix ne passe pas.
Egée est interpété par Christophe Einhorn, un
peu juste techniquement...Dans un décor peut-être un peu
impersonnel, Christian Gangneron a choisi une réalisation
scénique légère sans effets appuyés,
préférant travailler sur le jeu des comédiens.
Ainis la parole reste toujours à la musique et au
texte..."
- Innsbruck - Festival de
Musique Ancienne - 25 août 1988 - dir.
René Jacobs - mise en scène Christian Gangneron -
décos Eric Chevalier - costumes Claude Masson - avec Gloria
Banditelli (Médea), Catherine Dubosc (Isifile), Maria
Cristina Kiehr (Alinda, Amore), Michael Chance (Giasone), Guy de
Mey (Egeo, Sole), Gianpaolo Fagotto (Demo), Dominique Visse
(Delfa, Eole), Bernard Deletré (Oreste), Harry van der Kamp
(Ercole, Giove), Michael Schopper (Besso, Volano)
"René Jacobs a
fait valoir la vitalité d'un style d'exécution
ressuscitant l'esprit de la musique baroque avec son
inépuisable palette sonore et dynamique, embrassant les
sentiments les plus divers, les climats affectifs les plus
contradictoires...Le traitement des récitatifs dont la
spontanéité semble relever de l'improvisation, a
grandement contribué au pouvoir de fascination du
spectacle...Si Gloria Banditelli fut une Médée aux
nobles accents, Catherine Dubosc s'avéra un peu terne et
monotone en Isifile. Michael Chance fit preuve de distinction et
d'humour dans le rôle-titre, mais on aurait souhaité une
voix ce contre-ténor plue percutante. Guy de Mey eut en Egeo
d'admirables inflesxions élégiaques. Dominique Visse
remporta un vif succès personnel, mérité par la
drôlerie de son incarnation. Dans les décors imaginatifs
d'Eric Chevalier et les somptueux costumes de Claude Masson, la mise
en scène de Christian Gangneron épousait avec une
totale affinité un concept musical magistralement
réalisé." (Opéra International - octobre
1988)
- New York - Mannes College
of Music - 16 mai 1987 (5 représentations) -
Mannes Camerata - dir. - Paul C. Echols et Dongsok Shin -
décors Jennifer Gallagher - costumes Emelle Holmes - en
anglais (traduction Paul C. Echols et Martin Morell) -
transcription Mannes Camerata - avec Paul Rowe (Aegeus), Karen
Spotts (Alinda), Catherine Schwartzman (Apollo, Medea), Jeffrey
Dooley (Jason), Martin Gonzales (Delfa), Charlotte Bacon (Cupid,
Hypsipyle), Paul Guttry, Paul Shipper, Daryl Kroken, Jonathan
Kline
- 1986 - Berliner Kammeroper
- 6e Festival de
Buxton - 3 août 1984 - dir. Anthony Hose - mise
en scène Ronald Eyre - avec Michael Chance, Eirian James,
Lesley Garrett, Robin Martin-Oliver, Francis Egerton, Paul Hudson,
Nuala Willis
"La traduction anglaise pleine
de verve et la mise en scène, toutes deux de Ronald Eyre, ont
fait de cet ouvrage un divertissement délicieux...La mezzo
Eirian James prête à Médée des allures
voluptueuses à la Carmen, et Lesley Garrett incarne une
Hypsipile tendre et lyrique. Le Jason du contre-ténor Robin
Martin-Oliver est tour à tour furieux, généreux,
drôle et fou. Une performance de virtuose.L'excellent chef
Anthony Hose est aussi l'auteur de la réalisation musicale de
la partition originale." (Opéra International - octobre 1984)
- New York - 1976
- Jenkins
- Gênes -
1972 - dir. Marcello Panni
- Naples - RAI - 25 septembre 1969 - dir.
Marcello Panni - avec Szirmay, Deller, Buoso, Romero
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