COMPOSITEUR
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Pier Francesco CAVALLI
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LIBRETTISTE
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Niccolo Minato
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DATE
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DIRECTION
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EDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DETAILLEE
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1985
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René Jacobs
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Harmonia Mundi
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4
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italien
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1998
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Kevin Mallon
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Naxos
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1 (*)
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français
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(*) extraits instrumentaux
seulement
Opéra en trois
actes, sur un livret de Niccolo Minato (? - 1698),
représenté au teatro SS Giovanni e Paolo, le 12 janvier
1654, sous la direction de Cavalli lui-même.
Un des opéras les plus
célèbres de Cavalli, il fut repris à Gênes
en 1656, Bologne et Naples en 1657, Palerme en 1658, Paris en 1660,
Milan et Vérone en 1665, Turin en 1667, et Cortone en
1667.
La version napolitaine fut
adaptée par Francesco Provenzale, sans doute à la
demande de Cavalli lui-même. Prévue en 1655, elle fut
repoussée jusqu'en 1657, à cause d'une
épidémie de peste qui frappa Naples en 1656 et
provoqua l'arrêt des représentations
théâtrales, ainsi que la mort de nombreux musiciens
(dont Andrea Falconieri, maître de la Real Cappella).
Xerse fut le premier opéra représenté
à Naples après cette période d'interruption.
Le livret fut publié par
Benedetto Guasco et semble avoir été le même
à Venise en 1655 et à Naples en 1657.
Toutefois, le livret de la
production de Vérone, en 1665, ne mentionne pas les
représentations à Naples.
Cavalli avait été
invité par Mazarin en vue de représenter un
opéra à l'occasion des fêtes de mariage de Louis
XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche. Il arriva à
Paris en juillet 1660, accompagné de deux chanteurs, le
castrat Giovanni Caliari et le ténor Giovanni Poncelli. Les
noces royales avaient été
célébrées le 9 juin précédent
à Saint-Jean de Luz. Le nouveau théâtre que
Mazarin avait commandé à Gaspare Vigarani aux Tuileries
était loin d'être prêt. Il fut donc
décidé, en attendant, de représenter un autre
opéra. Cavalli choisit Xerse qu'il adapta
au goût français : cinq actes au lieu de trois,
nombreuses scènes de ballet, rôle de Xerse
transposé de la tessiture de castrat à celle de
baryton.
L'opéra fut
représenté, sous le nom de Xerxès (ou
Xercès), le 22 novembre 1660, sur une scène
démontable construite par Carlo Vigarani dans la Cette
comédie fut représentée le 22. novembre dans la
haute gallerie du louvre, où
étoient les plus belles tapisseries de la
couronne. Castil-Blaze, dans
l'Opéra italien de 1548
à 1856, parle de la
Galerie des
Cariatides, en notant
que Quatre membres du conseil des
Seize avaient été pendus en cette galerie le 3
décembre 1591. On
évoque aussi la Salle des Colonnades ou la Grande galerie des
peintures du Louvre.
Le spectacle dura huit heures, de
trois heures de l'après-midi à onze heures du soir, ce
qui fit dire à Loret :
Enfin, il faut que le dise,
Les ballets et la
Comédie
Se pouvaient nommer, ma
foi
Un divertissement de Roy
:
Mais à parler en
conscience,
J'eus bien besoin de patience,
Car moi, qui suis monsieur
Loret,
Fus sur un siège assez
duret,
Sans aliment et sans breuvage
Plus d'huit heures et
davantage.
Il fut loué pour la
beauté des décors, la voix des chanteurs italiens, et
les six entrées de ballets composées par Lully (LWV
12), mais Cavalli fut ignoré.
Le prologue réunit une
Nymphe française et une Nymphe espagnole. Les entrées
mettent en scène successivement : Des Basques à moitié Français
à moitié Espagnoles
(1), Des Paysans et des Paysannes
chantant et dansant à l'espagnole (2), Scaramouche
travesti au milieu de deux Docteurs déguisés est
reconnu par ses compagnons et dépouillé par
eux, avec Lully dans le rôle
de Scaramouche (3), Un Patron de
vaisseau avec des Esclaves portant des singes habillés en
fagotins, et des matelots jouant de la trompette
marine, avec Lully dans le
rôle du Patron (4), Des
Matassins (5), Bacchus accompagné de Sylvains, Bacchantes et
Satyres suivis de Bacchanales jouant de plusieurs
instruments, avec Lully dans le
rôle de Bacchus (6).
La distribution réunissait
(d'après les termes de l'édition Ballard de 1660) : le
castrat soprano Giuseppe Melone, dit le sieur Melone (une Nymphe
espagnole, Adelante), Paolo Bordigone, dit le sieur Bordigan
(Xerxès), le castrat Atto Melani, dit le sieur Atto
(Arsamène), Francesco Tagliavacca, dit le sieur Taillavacca
(Ariodate), Anna Bergerotti, dite Mademoiselle Anna (Romilda, une
Nymphe française), le sieur Zannetto, castrat
(Eumènes), le castrat alto Giuseppe Chiarini, dit le sieur
Chiarino (Elvire), le castrat Francesco Maria dit Filippo Melani, dit
le sieur Filippo, frère du sieur Atto (Amastris), Assalone dit
le sieur Absalon (Ariston), Piccinni, dit le sieur Pichini
(Périarée).
Mazarin se fit donner une
représentation privée à Vincennes, le 11 janvier
1661, huit semaines avant sa mort.
On dispose de trois partitions,
conservées à Venise, Rome et Paris.
La première,
conservée à la Biblioteca Marciana de Venise, faisait
partie de la Collection Contarini, et fut utilisée par
Cavalli. Mêlant manuscrit et copies par plusieurs copistes,
elle fut utilisée pour plusieurs productions. On a
déduit de la partition que la production de Bologne en 1657 ne
fut pas dirigée par Cavalli mais par un claveciniste
anonyme.
Le manuscrit vénitien fut
édité par Matteo Leni, et dédicacé
à All'Illustrissimo, &
Eccellentissimo Signor Marchese Cornelio Bentivoglio.
La seconde partition, en trois
actes et sans prologue, conservée à la
Bibliothèque du Vatican, correspond à la fois à
la production vénitienne et à sa reprise à
Bologne en 1657, mais ne semble pas avoir utilisé pour des
représentations. Les deux partitions italiennes sont
très proches.
Quant au manuscrit
conservé à la Bibliothèque Nationale, il s'agit
d'une copie de la production parisienne de 1660, dans lequel les
rôles de Xerse et Periarco sont transposés pour voix de
basse, et le personnage de Clito manquant. Il inclut le prologue et
les ballets de Lully.
Enfin, l'édition du livret
par Ballard comporte le texte intégral de la composition de
Lully, mais seulement un bref synopsis de l'opéra de Cavalli.
La partition fut copiée
par l'atelier Philidor en 1690.
Une nouvelle copie fut
effectuée par François Fossard en 1695.
La première édition
moderne fut réalisée par Martha Novak Clinkscale, en
1970, et fut utilisée par René Jacobs pour son
enregistrement de 1985.
Castil-Blaze commente ainsi
les intermèdes : Une
entrée de paysans termine le premier acte de l'opéra de
Cavalli. Bordigone, Atto, Mlle Anna Bergerotti : la basse, le
ténor, la prima donna, quittent leurs costumes tragiques pour
venir figurer dans cette fête champêtre. Après le
deuxième acte, Scaramouche travesti, dansant au milieu de deux
docteurs déguisés, est reconnu par ses compagnons les
trivelins et les polichinelles, qui le dépouillent et le
houspillent vivement. Après le troisième acte, un
patron de navire, des esclaves portant des singes habillés en
fagotins, et des matelots jouant de la trompette marine,
exécutent la quatrième entrée de ballet. Une
danse de matassins forme le cinquième intermède. A la
fin de l'opéra, lorsque Xercès vient d'épouser
Amestris, en accordant la belle Romilda au prince Arsamène,
Bacchus, les sylvains, les bacchantes, les satyres s'emparent de la
scène, et terminent le spectacle par un ballet
général.
Le danseur Tartas dirigeait la
bande joyeuse des paysans du deuxième intermède.
Baptiste (Lulli) représentait Bacchus. Sylvains : Beauchamps,
Lafont, Raynal, Lapierre. Bacchantes : les sieurs Levacher, Dun, Le
Comte, Galant du Désert cadet. Satyres : Bidet, Favier, Tutin,
Ballon, Lestangainé, Lestang cadet. Suivants des bacchantes
jouant de divers instruments : Alais, Brunet, Piesche,
Descôteaux père et fils, Hotteterre (Martin) et ses deux
fils, Nicolas et François, Destouches, Boutet, Paisible, La
Caisse, Marchand, Henry père et ses deux fils, Godon,
Lafeuille, Dubois, Lepeintre, La Rosière. Ces vingt-un
suivants des bacchantes étaient des musiciens de l'orchestre,
figurant sur la scène en habit de théâtre.
(L'Opéra italien de 1548 à 1856)
Voltaire résuma ainsi :
"Mazarin fit venir en 1660 le signor
Cavalli, qui donna, dans la grande galerie du Louvre, l'opéra
de Xerxès, en cinq actes : les Français
baillèrent plus que jamais et se crurent
délivrés de l'opéra italien par la mort de
Mazarin."
L'argument est tiré du
récit du siège de la Grèce par Xerxès
d'après le Livre 7 des Histoires de
Hérodote : en automne 485 av. J.-C., Xerxès, roi de
Perse, voulut déplacer ses armées à Abydos, sur
la rive droire de l'Hellespont. Il décida de jeter un pont sur
le détroit pour pouvoir marcher sur Athènes, et annexer
la Grèce.
Personnages : Giove, Mercurio, Pallade, La Verità, La
Vittoria, Amore, Choro d'Amorini (Prologue) ; Xerse, roi de Perse
(alto), Arsamene, frère de Xerse (alto), Romilda, soeur
d'Adelanta, fille d'Ariodate (soprano), Ariodate, prince d'Abido,
vassal de Xerse (ténor), Amastre, fille du roi de Suse en
habit d'homme, épouse de Xerse (soprano), Elviro, serviteur
d'Arsamene (alto), Eumene, eunuque favori de Xerse, aide de camp
(soprano), Adelanta (soprano), Aristone, père nourricier
d'Amastre, noble de Suse (basse), Periarco, ambassadeur du roi de
Suse Ottane (alto), Clito, page de Romilda (soprano), Sesostre, mage
(ténor), Scitalce, mage (basse), il Capitano della Guardia
(basse). Choro di Persiani della Guardie, Choro di Damigelle, Choro
di Soldati, Choro di Paggi, Choro di Spiriti, Choro di Marinari,
Choro di Indiani, Choro di Greci
Synopsis
détaillé
Acte I
Agréable
village, derrière les murailles de la ville.
Xerse, sur le chemin d'Abydos, voit un platane, le
décore et charge ses mages de veiller sur lui. Ceux-ci
invoquent les esprits.
Arsamene, chantant son amour pour Romilda, entre en
compagnie de son serviteur Elviro. Puis arrive Romilda
elle-même, chantant l'amour stupide de Xerse pour l'arbre. Par
hasard, le sujet de sa moquerie revient, entend sa voix et tombe
aussitôt amoureux d'elle. Arsamene s'empresse de faire
remarquer à son frère que, n'étant qu'une
princesse, elle n'est même pas digne de faire la connaissance
d'un roi. Xerse est néanmoins décidé à
lui parler. Arsamene et Elviro se cachent pour voir la suite, tandis
que Romilda confie à sa soeur Adelanta qu'elle aime vraiment
Arsamene. Les deux amants se déclarent leur flamme, au grand
dépit d'Adelanta. Elviro prévient Arsamene que Xerse
revient.
A la consternation de son eunuque Eumene, Xerse va
trouver Romilda. Il lui déclare tout net son intention de
faire d'elle sa reine. Elle est inquiète et Arsamene, voulant
la rassurer, révèle sa cachette. Xerse est furieux de
trouver son frère ici. Il bannit Arsamene et Elviro, puis
demande à Romilda d'adoucir son coeur. Après son
départ, Adalanta incite Romilda à aimer le roi., et
avoue son amour pour Arsamene. Arsarnene revient faire ses adieux
à Romilda. Il interprète mal le déchirement de
celle-ci et l'accuse d'oublier ses voeux envers lui.
Pendant ce temps, Amastre est arrivée à
Abydos, déguisée en homme, en compagnie d'Aristone, son
vieux précepteur. Tous deux se cachent en entendant les
trompettes d'Ariodate et ses soldats revenant de la bataille. Xerse
vient saluer Ariodate, qui lui décrit le combat et vante le
courage d'Ottane. En récompense. Xerse promet à
Ariodate que sa fille Romilda "aura royal époux de la famille
de Xerse, égal à lui". Amastre l'entend de sa cachette.
Son étonnement se change en horreur quand Xerse décrit
à Eumene son amour pour Romilda. Elle crie et Eumene la
découvre avec Aristone. Mais il ne la reconnaît pas sous
son déguisement. Il croit, comme Xerse, qu'Arnastre et
Aristone ne sont que d'innocents pèlerins. Le roi et son aide
s'en vont assister à des épreuves guerrières
célébrant la victoire.
Aristone et Amastne se retrouvent seuls. Il tente de la
persuader de retourner à Arax, mais elle est
décidée à rester près de Xerse. Elle
l'éloigne, mais lui promet de cacher son identité.
Clito, le page de Romilda, passe par là, et Amastre
réussit à éluder ses questions.
Premièrement, Arsarnene confie à Elviro
une lettre pour Romilda. Ariodate, repensant à ce que Xerse
lui a dit, se persuade que le roi veut marier Romilda à son
frère Arsamene. Adelanta, jalouse, ne parvient pas à le
convaincre que Xerse voulait exprimer son intention d'épouser
Romilda lui-même. Elle dit aussi à Romilda qu'elle
ferait aussi bien d'accepter la proposition du roi puisque, de toute
façon, Arsamene s'est enfui. Elle ajoute qu'elle-même a
l'intention de conquérir Arsamene, mais Romilda jure que son
amour pour lui sera éternel.
Dans le palais d'Abyde
Danse de Clito et ballet des pages.
Acte II
Salle du palais.
Elviro entre, déguisé en marchand de
fleurs. Il marmonne pour lui-même au sujet de la lettre d'amour
d'Arsamene qu'il porte à Romilda. Amastre l'arrête et
lui demande si les rumeurs sur le prochain mariage de Xerse sont
fondées. Elviro répond qu'il veut épouser
Romilda, mais qu'elle aime son frère. Un peu calmée,
Amastre s'en va tandis que Clito arrive et achète une fleur
pour sa bien-aimée. Adelanta entre. Elviro lui
révèle son identité et, imprudemment, lui parle
de la lettre pour Romilda. "Donne la moi et je lui donnerai",
dit-elle, et elle ajoute que Romilda est en train d'écrire une
lettre d'amour à Xerse.
Comme Elviro s'en va, Xerse et Eumene arrivent sur
scène. Xerse demande à voir la lettre que porte
Adelanta. Il la lit, et Adelanta lui dit qu'Arsamene lui a
envoyé la lettre à elle, qu'il aime vraiment, et non
à Romilda, qu'il fait semblant d'aimer. Xerse consent a
annoncer son mariage avec Arsamene. Elle s'en va tandis que Romilda
arrive. Xerse lui montre la lettre et lui demande si Arsamene
mérite son attachement. Romilda jure d'aimer Arsamene
malgré sa trahison, mais, Xerse parti, exhale sa colère
contre Arsamene.
Sur l'Hellespont : le pont constitué par les
navires rapprochés
Aristone trouve Amastre sur le point de se donner la
mort et l'appelle à la raison. Ils partent à la
recherche de Xerse, contre le gré d'Aristone.
Elviro dit à Arsamene que, selon Adelanta,
Romilda aime vraiment Xerse, ce qui le rend furieux. Xerse et Eumene
admirent le pont, célébré par le choeur des
marins. Il accuse son frère de grande trahison. Arsamene
arrive, et à sa grande surprise, Xerse lui
révèle qu'il a lu la lettre et ne deamnde qu'à
le marier à celle qu'il aime (et qu'il croit être
Adelanta). La vérité éclate, et les deux
frères s'opposent. Arsamene part, furieux. Adelanta arrive et
Xerse la plaint d'avoir été trompée par son
frère. Elle chante qu'elle ne peut cesser d'aimer
Arsamene.
Un orage éclate. Elviro, recherchant Xerse,
essaie de traverser le pont, mais il tombe à la mer quand le
pont se disloque sous l'assaut des vagues.
Xerse rencontre Amastre déguisée, et tous
deux se lamentent de leur infortune. Xerse croit reconnaître
Amastre, qui affirme que Xerse a oublié de la
récompenser pour un service loyal qu'elle lui avait rendu.
Romilda entre et Xerse lui demande à nouveau d'être sa
reine. Une nouvelle fois, elle évite de répondre
franchement. Amastre crée une petite diversion pour
détourner l'attention du roi. Ce dernier ordonne qu'elle soit
emprisonnée mais, après son départ, Romilda
obtient sa libération du capitaine de la garde. Amastre
explique qu'elle sait que Romilda en aime un autre. Elle se
présente comme son alliée. Clito chante sa joie d'avoir
pu sauver Elviro sur son bateau. Adelanta sa lamente. Periarco,
ambassadeur d'Ottane, le père d'Amastre, arrive au palais pour
arranger son mariage avec Xerse. Il rencontre Aristone qui fait
semblant de ne pas le connaître. Amastr arrive, et feint
également de ne pas le connaître. Periarco croit
rêver, mais apprend d'Amastre que Xerxes se cherche une autre
épouse Periarco rencontre Xerse, et feint de tomber malade
quand Xerse l'interroge sur Amastre. Romilda charge Eumene de
demander à Xerse de ne pas la poursuivre.
Théâtre royal
Clito hâte les préparatifs pour le
défilé des troupes auquel Xerse vient assister en
compagnie de Periarco, et dont il se déclare satisfait.
Ballet.
Acte III
Jardin
Arsamene se glisse dans le jardin pour parler à
Romilda. Chacun affirme sa fidélité inébranlable
et accuse l'autre de trahison. Adelanta entre et leur fait des
reproches à tous les deux. Mais Arsamene vient d'apprendre
à Romilda que la lettre d'Adelanta lui était en fait
destinée. Adelanta essaie de se sortir de cette situation
délicate en disant qu'elle voulait simplement aider sa soeur.
Romilda et Arsamene, réconciliés, se déclarent
à nouveau leur amour. Xerse vient demander à Romilda
pourquoi elle a osé relâcher le prisonnier, mais sans
lui en tenir rigueur. Il lui renouvelle sa volonté de
l'épouser, mais elle répond qu'elle a besoin de
l'accord de son père. Après le départ de Xerse,
Arsamene lui reproche sa soumission au roi, et son silence sur leur
amour. Ils se disputent à nouveau.
Periarco arrête Eumene, qui porte la couronne
pour le mariage de Romilda. Il est abasourdi d'apprendre que Xerse
veut épouser une autre personne que sa princesse Amastre. Il
demande à voir le roi.
Xerse demande à Ariodate la main de Romilda pour
un "mari de même sang que nous". Ariodate, ravi, donne son
accord car il est persuadé qu'il s'agit d'Arsamene.
Eumene veut donner la couronne à Romilda. Cette
dernière hésite, et finit par admettre qu'elle aime
mieux être une amante qu'une reine. Quand Xerse entre, elle lui
avoue qu'Arsamene l'a aimée et embrassée. Xerse
l'accuse de mentir, mais il ne perd pas espoir ; il ordonne tout
simplement l'exécution d'Arsamene. Rien ne peut s'opposer
à son mariage. Il s'en va. Mais Amastre, toujours
déguisée, entre, et Romilda lui demande d'avertir
rapidement Arsamene. Amastre accepte à condition que Romilda
donne au roi une lettre qu'elle lui a écrite. Romilda envoie
son page Clito porter la lettre d'Amastre à Xerse. En chemin,
Clito trouve Elviro en conteemplation devant les ornements d'or du
platane. Ils essaient d'en voler, mais s'enfuient, croyant voir deux
nègres.
Appartements royaux du palais d'Ariodate
Amastre trouve Arsamene et le prévient que Xerse
a envoyé des hommes pour le tuer. Ni Romilda ni Amastre ne
parviennent à le convaincre que c'est la vérité.
Ariodate entre et voit aussitôt Arsamene, qu'il pense
être l'époux promis énigmatiquement par Xerse. Il
s'empresse de lui donner son accord pour épouser Romilda.
Arsamene est pour le moins de la générosité de
Xerse. Arsamene et Romilda sont à nouveau
réconciliés, et Arsamene part remercier Xerse.
Au bord de la mer
Aristone attend en vain Amastre. Xerse explique
à l'ambassadeur Periarco que le Destin interdit son mariage
avec Amastre, et impose son mariage avec Romilda. Ariodate entre et
Xerse lui avoue, tardivement, que c'est lui qui veut Romilda.
Ariodate lui explique qu'il a déjà accompli la mission
confiée par Xerse en donnant Romilda à Arsamene. Xerse
entre dans une violente colère et jure de tuer le deux
époux et lui-même. Clito arrive juste à temps
avec la lettre d'Amastre. Xerse croit qu'il s'agit d'une lettre de
Romilda, et ordonne à Ariodate de la lire à voix haute.
Il commente la lettre avec colère, et découvre à
la fin qu'elle est signée d'Amastre.
Palais d'Abid. Adalanta appris le mariage
prochain d'Arsamene, et se lamente. Alors que Xerse ressasse sa
colèree, Arsamene vient le remercier de lui avoir donné
sa Romilda bien aimée. Xerse répond en lui donnant son
épée pour qu'il tue Romilda, puis se tue
lui-même. Amastre surgit et saisit l'épée, puis
révèle sa véritable identité, en
présence d'Aristone et de Periarco. Xerse demande à
Amastre de le tuer, mais Amastre déclare que c'est à
elle de se donner la mort. Xerse, impressionné, sent revenir
son amour pour Amastre et déclare qu'elle sera sa reine.
Arsamene et Romilda se réjouissent, alors qu'Adelanta envisage
une vie de célibataire. Quatuor final.
(d'après le livret Harmonia
Mundi)
Synopsis des
ballets
Prologue
La Nymphe française
(Mademoiselle Anne) et la Nymphe espagnole (Melone) chantent les
méritent de Thérèse et Louis.
Première
entrée
Des Basques, moitié
Français, moitié Espagnols
Un Basque, habillé
moitié à la Française, moitié à
l'Espagnole (Tartas), des Basques Français (Baptiste - c. à d. Jean-Baptiste Lully - le
Vacher, Beauchamp), des Basques
Espagnols (Des-Airs l'aisné,
Des-Airs le Cadet, Raynal), d'autres
Basques concertants et jouant de plusieurs instruments,
Français et Espagnols
Acte I
Deuxième
entrée
Des Paysans et Paysannes,
chantant et dansant à l'Espagnole
Une Paysanne (Anna Bergerotti),
des Paysans (Atto Melani, Paolo
Bordigone), des Paysans
(Baptiste, Barbot, S. Fré,
Beauchamp, le Comte, la Pierre), une
Paysanne (Des-Airs
l'aisné).
Acte II
Troisième
entrée
Scaramouche travesti au milieu de
deux Docteurs déguisés, et reconnu par ses Compagnons
et dépouillé par eux
Scaramouche (Baptiste), Docteurs
déguisés (Clichamp, du
Moustier), Trivelins (Geoffroy, le Comte), Polichinelles (Barbot, la
Pierre)
Acte III
Quatrième
entrée
Un Patron de vaisseau avec des
Esclaves portant des Singes habillés en fagotins, et des
Matelots jouant de la trompette marine
Patron (Baptiste),
Maître des esclaves (Tartas), Esclaves
(S. Pré, le Vacher, Beauchamp,
Raynal, le Comte, la Fon, la Pierre), Singes (Bidet,
Lestang l'aisné, Lestang le cadet, Faviere), Matelots (Alais,
Paisible, Langlois, Boutet, Royer, Renoufle).
Acte IV
Cinquième
entrée
Des Matassins
Matassins (Parque, Barbot, Baptiste, Geoffroy, S. Fré,
le Comte, Des-Airs l'aisné, la Pierre).
Acte V
Dernière
entrée
Bacchus accompagné de
Sylvains, Bacchantes et Satyres, suivis de Bacchanales jouant de
plusieurs instruments
Bacchus (Baptiste),
Sylvains (Beauchamp, la Fon, Raynal,
la Pierre), Bacchantes
(le Vacher, Dom, le Comte, Des-Airs
le cadet), Satyres (Bidet, Favier, Tutin, Ballon, Lestang
l'aisné, Lestang le cadet)
http://www.librettidopera.it:80/xerse/xerse.html
- Baroque
libretto - argument, distribution, synopsis
détaillé
http://baroquelibretto.free.fr/xerxes_cavalli.htm
- Opéra
International - septembre 1985 -
Xerse - René Jacobs, l'art
de l'adaptation
"Triomphe du génie
italien, mêlant le charme, la sensibilité et
l'humour, Xerse est un pur divertissement dont la
représentation en concert au Mai Musical de Bordeaux a
connu un succès inattendu. Voici maintenant le disque et
l'occasion pour René Jacobs - artisan de cette
résurrection - de s'expliquer sur une réalisation
qui lui a demandé deux ans de travail.
Prenez un opéra
vénitien du XVIIe siècle, d'un compositeur mal connu
(ou inconnu) du public mélomane ; faites-le chanter pendant
quatre heures d'horloge, sans décors, sans mise en
scène, et attendez le résultat. Le voici. La salle
est comble. Le public est attentif à la première
scène, séduit à la seconde, il interrompt
dès la fin de la troisième pour applaudir, il
persévère de scène en scène, manifeste
son plaisir de plus en plus clairement, et il ovationne à
minuit et demi. - Vrai? Juré. Qui l'aurait cru? Personne,
pas même ceux qu'une affection secrète avait
convaincus que la musique de Cavalli est de la très grande
musique, mais qui pensaient être les seuls à le
croire. Et peut-être pas les organisateurs qui avaient eu
l'intelligente audace de programmer un tel concert au Mai Musical
de Bordeaux. Décidément, il se passe quelque chose
en musique ancienne : mille personnes de plus, en tout cas, en
sont convaincues.
Pourquoi ce succès?
Pour trois raisons au moins. La première tient au choix de
l'œuvre. Il est vrai que l'opéra vénitien du XVIIe
siècle, dans la foulée du Couronneement de
Poppée, a engendré des merveilles, que nous
commençons tout juste à découvrir. Cet art,
baroque au plus fort sens du mot, a su mettre tous les atouts dans
son jeu. Il a su capter et exalter ce que le génie italien
peut avoir de plus harrmonieusement mélodique, et laisser
ce plaisir du chant s'épanouir en liberté, plus
simplement et je dirais plus naïvement qu'il ne le fera plus
tard, à l'époque de Vivaldi, de Haendel. Il a su par
ailleurs mêler ce que le génie baroque de
l'époque lui offrait dans deux registres de
sensibilité : une certaine sentimentalité - mais au
second degré, déjà distanciée, ce qui
permet d'être touchant, émouvant parfois sans
être jamais pesant. Et à l'opposé une
gaîté franche qui le conduit jusqu'aux confins du
burlesque sans qu'il s'y engage tout à fait. On retrouve
dans une œuvre comme le Xerse de Cavalli cette double palette
qu'avec d'autres moyens un Shakespeare a présentée
sur la scène élizabétaine, et à
laquelle une musique simple, directe, savante sans être
pédante, riche sans être complexe, populaire sans
être fruste, donne un charme et une séduction
incessamment renouvelés.
La deuxième raison
de ce succès tient aux interprètes. On sait
aujourd'hui le secret de l'interprétation de cette musique.
On peut lui donner sa légèreté de touche, son
humour, sa tendresse. C'est là qu'il faut tirer un grand
coup de chapeau à un musicien tel que René Jacobs.
Il ne se contente pas de réussir cette performance qui
consiste à être à la fois chef d'orchestre et
chanteur. Tantôt tournant le dos au public, tantôt lui
faisant face, dirigeant son orchestre avec une simplicité
et une efficacité parfaites, tout en déroulant les
récitatifs et les airs du rôle-titre, il fait preuve
d'une maîtrise absolue du style et surtout de l'esprit de
l'œuvre. Il est vrai que c'est son répertoire de
prédilection. Mais convenons-en ; Xerse, chanté sans
esprit, avec un peu trop de lourdeur, même avec de belles
voix, aurait pu être mortellement ennuyeux. Tout est dans la
manière. Mais aujourd'hui, un René Jacobs peut la
rendre vivante, chaleureuse, émouvante, gaie, et même
par moments profonde. Son art tient à sa voix, à sa
culture, et au sens particuulier qui est le sien de réunir
autour de lui l'équipe de jeunes chanteurs qui pourra le
mieux servir l'œuvre. Judith Nelson émouvante, Jeffrey Gall
souple et charmeur, même dans la jalousie, Isabelle
Poulenard brillante et séduisante, Jill Feldmann
profondément touchante dans son rôle
perpéétuellement éploré, Guy de Mey
éblouissant dans un rôle virtuose, Agnès
Mellon et Dominique Visse espiègles et pétillants :
il n'y avait pas une faute dans le choix. Plus encore : c'est la
cohésion de cette distribution qui frappait ; chose rare,
car c'est souvent par là que pèche trop souvent la
prooduction des opéras anciens. Orchestre réduit
mais brillant comme il convient pour ce type d'œuvre ; enfin,
dernière initiative heureuse, pour nous conduire dans les
méandres d'un livret agréablement mais
inextricablement rocambolesque une récitante pleine de
bonne grâce, Robina Saïdkhanian, qui n'était pas
étrangère à l'attention du public.
La troisième raison
de ce succès, c'est justement lui : le public. Il y a un
public mamtenant pour cette musique, et il est beaucoup plus
nombreux et divers qu'on ne le pense. Certains ne le savent pas
encore, et lui-même ne s'en doute pas toujours. A Bordeaux,
il l'a su, puisqu'il est venu en foule. Il n'a pas regretté
de l'avoir fait, si l'on en juge par le plaisir qu'il a
manifesté avec évidence." (Philippe
Beaussant)
« J'ai tout fait pour
vous amuser. Si j'ai réussi, j'en suis heureux. Si j'ai
échoué, soyez compréhensifs.... » Martha
N ovak Clinkscale, auteur de la transcription de la partition
utilisée par René Jacobs cite cette requête de
Minato, le librettiste de Xerse. Eh ! bien, il peut être
heureux : cet enregistrement est l'un des plus beaux, l'un des
plus vivants que le disque nous ait donnés à ce jour
dans sa redécouverte du répertoire baroque
oublié.
Cavalli, nous pensions le
connaître depuis les enregistrements de La Calisto (avec
Janet Baker) et de L'Ormindo chez Argo sous la direction de
Leppard, avant de le découvrir tout différent avec
l'Ercole amante publié par Erato sous la direction de
Corboz il y a quatre ans. Avec Jacobs, l'éclairage à
nouveau change et aussi radicalement qu'il avait changé
entre Leppard et Corboz. On est confondu, non seulement par la
beauté de la partition, ou plutôt de l'œuvre (car le
livret de Minato, pour compliqué qu'il soit, est excellent
et il est vivement recommandé à ceux qui ne
connaissent pas suffisamment l'italien d'en suivre la lecture
pendant l'écoute) mais aussi par l'intelligence de la
réalisation et la qualité de
l'interprétation.
Car René Jacobs ne
s'est pas contenté d'exhumer une œuvre pour l'offrir aux
musées. Il l'a reconstruite, et en cela il est totalement
fidèle à l'esprit de l'époque : c'est en fait
là, quand on agit avec son scrupule et sa connaissance du
style d'exéécution de l'époque, la
véritable fidélité hisstorique et
musicologique. Admettant qu'en ajoutant deux flûtes à
bec et en confiant la réalisation de la base
chiffrée à cinq instruments (deux clavecins,
théorbe, guitare baroque et orgue) son ensemble
d'instruments est devenu plus polychrome que l'ensemble que
Cavalli utilisait à Venise, il rappelle que les partitions
d'opéra baroque « n'offrent en quelque sorte que
l'esquisse de ce qui doit être joué » : c'est
donc à une véritable mise en scène sonore
qu'il s'est livré, et on admire l'équilibre et la
pertinence de l'accompagnement instrumental par une équipe
où l'on note la présence de la violoniste Chiara
Bianchini et au clavecin de William Christie.
Dans cette œuvre où,
en dehors du Prologue, on ne compte pas moins de quatre sopranos
et quatre haute-contre, les timbres très
différenciés permettent d'individualiser les
personnages pour que, même au disque, on puisse les
distinguer. L'homogénéité de style qui
faisait si cruellement défaut à l'Orfeo d'Aix est la
marque de cette équipe où les chanteurs donnent
à la musicalité et au naturel la priorité
(avec des récitatifs très vivants) là ou un
certain nombre d'interprètes semblent uniquement soucieux
d'épater l'auditeur. René Jacobs est un
Général Xerse d'une fabuleuse aisance, mais il
faudrait citer aussi la merveilleuse couleur de timbre d'Isabelle
Poulenard (Romilda), la pureté vocale de Judith Nelson
(Amastre), le lyrisme de Jill Feldman avec son émouvant
recitativo accompagnato « Luci miei », à l'Acte
II et, parmi une excellente équipe d'hommes, l'apparition
d'un nouveau venu, prometteur, le jeune contre-ténor
américain Jefffrey Gall. Avec une prise de son exemplaire
de clarté, voilà une réalisation qui se pose
déjà en grand prétendant aux divers grands
prix du disque de la rentrée." (Alain
Fantapié)
"René Jacobs - l'art
de l'adaptation
L'auditeur qui entend
aujourd'hui l'un des opéras de Cavalli ne se rend pas
toujours compte de l'immensité du travail de reconstruction
nécessaire pour réaliser, à trois
siècles de distance, une édition de traavail de
l'œuvre, avant d'envisager de l'exécuter. Ni de
l'enchaînement de choix succcessifs jusqu'au moment
où l'œuvre est jouée, sur scène ou pour le
disque. Avec René Jacobs, nous avons tenté une
radioscopie de la résurrection du Xerse de Cavalli.
Puisqu'il faut parler de
choix, il y a un choix initial, celui de l'œuvre. Pourquoi Il
Xerse de Cavalli ?
Je voulais, après
avoir avoir réalisé l'Orontea de Cesti, m'occuper
d'un opéra de Cavalli et j'avais pensé à Il
Giasone parce que le librettiste, Cicognini, est le même.
Mais il y a neuf manuscrits à comparer et une trentaine de
versions pour le livret. Pour les manuscrits, c'était plus
simple. Il existe deux manuscrits italiens et un manuscrit
parisien. Jusqu'ici, il n'y avait guère de disponible
qu'une édition rudimentaire de Martha Clinckscale
fondée sur les deux manuscrits italiens avec en appendice
des airs ajoutés pour les représentations
parisiennes par Lully ou Cavalli.
Version italienne en trois
actes, version parisienne, que fait-on? Un choix exclusif, un
amalgame ?
J'ai choisi la version
italienne en trois actes. A Paris, le rôle de Xerse, que je
souhaitais chanter tout en dirigeant l'ensemmble, ce qui n'est
possible qu'au disque, était chanté par un baryton.
A cette raison purement égoïste s'en ajoutaient
d'autres ! La musique de Lully est belle en soi, mais elle n'a pas
de rapport organique avec le Xerse de Cavali. Et surtout le livret
de Ballard n'a rien d'un livret : il propose un bref synopsis de
l'œuvre de Minato et Cavalli, mais en revanche le texte de tout ce
qui avait été écrit par Lully figurait in
extenso à la fois en français et en italien. C'est
d'ailleurs là l'une des manifestations du boycottage
organisé par Lully et Ballard contre Cavalli. J'ai
toutefois ajouté à la version vénitienne un
duo Romilda-Arsamène et un air de basse parce qu'ils
étaient très beaux.
Comment se présentent
les manuscrits ?
Dans le cas d'Il Xerse, ils
donnent la voix et la basse continue et deux portées pour
les parties de violon dans les ritournelles. Et c'est tout. Pour
cinq airs, j'ai écrit un accompagnement pour cordes. Pour
deux autres, un accompagnement de guitare baroque, avec un
résultat qui évoque Rossini. Recomposer est une
tâche dangereuse, mais il faut en avoir le courage. J'ai
choisi aussi d'inclure les ballets comme le prévoyaient les
livrets, par exemple au deuxième acte qui se termine avec
un grand défilé militaire, et j'ai choisi un ballet
d'un musicien allemand contemporain.
Vous avez donc pu penser
l'instrumentation ?
Il y a ce problème
dont on parle souvent, qui est la dimension des orchestres pour
les opéras vénitiens. A l'époque, les salles
à Venise étaient très petites, on pouvait
difficilement y installer deux clavecins. Les orchestres aussi
étaient petits. Pour l'enregistrement de Xerse j'ai choisi
un continuo fourni : deux clavecins, un luth baroque, une guitare
baroque, copie d'une guitare Stradivarius. Outre les violons, un
violonncelle, une contrebasse, deux violes de gambe. Deux
flûtes à becs, ce qui est déjà trop
pour l'orchestre vénitien, et deux trompettes, ce qui, en
revanche, est historique. Elles sont employées notamment
dans les scènes militaires. Réaliser un opéra
du XVII ou du XVIIIe siècle, c'est un art d'adaptation. Un
art de compromis. Je crois fondamentalement à notre
liberté devant l'œuvre. Si demain une Teresa Berrganza
chante dans un opéra baroque, je rajouterai un air pour
elle parce que c'est ce qu'on aurait fait à
l'époque.
Il Xerse n'a pas de prologue ?
Avec Bianconi, j'ai
pensé que Cavalli avait pu employer le prologue d'Il Ciro,
une autre de ses œuvres, composée en 1654, prologue
très court et très comique. La Curiosité
entre en scène et se demande si l'opéra sera un
fiasco ou un succès. Puis la Musique, la Peinture, la
Poésie et l'Arrchitecture arrivent et discutent entre elles
pour savoir laquelle est la plus importante dans l'opéra.
L'architecture montre fièrement une grande machine. Las!
Elle ne fonctionne pas. C'est le même gag sans doute que le
gigantesque pont construit dans Xerse pour joindre l'Asie et la
Grèce et qui s'écroule.
Et pour la distribution
vocale, quels problèmes avez-vous eu à
résoudre ?
Celui du nombre très
élevé des personnages. Dans la version italienne il
faut cinq sopranos, trois femmes et deux hommes, l'un, un page
comme Cherubino, qu'on peut donner à une femme en travesti.
L'autre, le grand
rôle difficile d'Eumène, l'eunuque favori de Xerse,
je l'ai donné à un ténor : au disque tout
particulièrement, il est difficile de reconnaître
toutes ces voix de soprano, et en outre il y a de nombreux
exemples dans les opéras de l'époque de rôles
d'eunuques joués par des ténors. J'ai donc choisi un
interprète dont le timbre peut évoquer ce
caractère asexué, Guy de Mey.
Il y a aussi quatre
rôles d'altos masculins, tous dans une tessiture grave, trop
grave pour que l'on puisse faire appel à des contraltos. Je
ne crois pas que par principe les femmes doivent être
interdites pour des rôles prévus pour des castrats.
Marylin Horne est l'exemple d'une interprète qui pourrait
les chanter à la perfection. Pour Arsamène, qui est
un grand rôle, j'ai recherché - et j'ai trouvé
avec un américain encore peu connu, Jeffrey Gall - un
chanteur qui utilise son registre de poitrine dans le grave. On
sait que les castrats avaient un répertoire de poitrine
très brillant.
Vous choisissez
nécessairement des chanteurs spécialisé dans
ce répertoire ?
Il y a toujours deux
possibilités, et dans un enregistrement comme l'Orontea je
les avais utilisées parallèlement : travailler avec
des chanteurs spécialisés dans la musique ancienne
qui n'ont pas nécessaireement le volume de voix de grands
théâtres. Ou des chanteurs de répertoire bel
canto, Bellini, Donizetti, Rossini. Ce sont des voix
idéales pour le baroque. Ils ont, en plus, ces mezze di
voce qui étaient alors populaires. Et l'expérience,
celle d'Orontea par exemple, m'a souvent montré que les
channteurs du répertoire belcantiste ont un sens beaucoup
plus naturel du récitatif d'opéra. Et ces œuvres de
Cavalli vont de plus en plus vers le naturel de l'expression.
En tout cas, dans ses
choix, il faut éviter d'être dogmatique. Il y a bien
sûr un style à respecter, donc à
connaître ou à apprendre, et il est nécessaire
de guider les chanteurs qui ne seraient pas baroquistes. Mais la
notion de spécialiste peut être inquiétante.
Je serais toujours inquiet si un chanteur qui se considère
comme un spécialiste du baroque n'est pas capable de
chanter Mozart..." (Propos recueillis par Alain Fantapié).
"Cavalli -
Presqu'oublié aujourd'hui, cet élève de
Monteverdi fut pourtant - bien avant Verdi et Rossini - le premier
compositeur italien véritablement populaire.
Raymond Leppard
s'était déjà attaché à
l'édition de L'Ormindo et de La Calisto, Jane Glover de
L'Eritrea, Luciano Sgrizzi d'Ercole Amante. Avec Il Xerse,
René Jacobs vient de faire un pas de plus dans la lente, la
trop lente redécouverte de Francesco Cavalli. Comment,
pourquoi Cavalli est-il tombé dans l'oubli? Le fameux Kobbe
qui servit de bible aux amateurs d'opéra, malgré son
titre The Complete Opera Book, l'ignore totalement, même
dans l'index des compositeurs mentionnés. Le professeur
Bianconi, spécialiste de Cavalli, rappelle pourtant
volontiers que « Cavalli fut l'un des seuls musiciens
italiens véritablement populaires avant Rossini et Verdi
... Vers la moitié du XVIIe siècle, les
opéras de Cavalli figuraient sans exception en tête
du répertoire des entreeprises théâtrales
publiques qui se créaient. »
La vie de Pietro Francesco
Caletti, né à Crema en 1602, nous est connue. Nous
savons que son père, maître de chapelle à la
cathédrale, lui donna sa première formation. Que
Federico Cavalli, recteur vénitien à Crema,
séduit par la voix de l'enfant, l'emmena et lui assura une
éducation, et qu'en reconnaissance, l'enfant prit le nom de
son bienfaiteur. Qu'il entra à la chapelle Saint-Marc comme
soprano, puis en fut second organiste avant de devenir
maître de chapelle. Mais si sa production sacrée est
importante, Cavalli devient à partir de sa trente
huitième année et jusqu'en 1673 un compositeur
d'opéra extrêmement prolifique : trente-deux ouvrages
en trente-trois ans. Et la figure majeure parmi les compositeurs
lyriques de l'époque.
Sa gloire fut telle que
lorsque Mazarin décida d'organiser de somptueuses
maniifestations de réjouissances pour
célébrer le mariage de Louis XIV avec l'Infante
d'Espagne et de faire construire un nouveau théâtre
aux Tuileries, il commanda à Cavalli un opéra, une
grande œuvre barooque à machines. Mazarin confie la
consstruction du théâtre à l'architecte de
Modène, Gaspare Vigarini et à ses deux fils, le
livret à l'abbé Francesco Buti. Cavalli se fait
prier puis, soit que la somme d'argent promise ait
été suffisamment auggmentée, soit qu'il ait
eu peur qu'on ne fit appel à son concurrent Cesti,
finit par accepter.
Le voilà qui
entreprend le voyage de Paris via Innsbrück et
peut-être Munich, accompagné de deux chanteurs, le
castrat Giovanni Caliari et le ténor Giovanni Ponncelli.
Ils arrivent à Paris en juillet 1660. Mais si les noces
royales ont été célébrées le 9
juin à Saint-Jean-de-Luz, le nouveau théâtre
est loin d'être achevé. Pour les
célébrations on cherche un autre lieu, on demande
à Cavalli d'y faire exécuter une de ses œuvres
précédentes, réservant la nouvelle pour le
nouveau théâtre. C'est Il Xerse, que choisit Cavalli.
Pour le mettre au goût des parisiens, il remplace les trois
actes traditionnels de l'opéra vénitien par une
redistribution en cinq actes avec, intercalés, des ballets
nouveaux, dont Lully écrira la musique. Le rôle de
Xerxès, attribué initialement à un castrat,
est donné à un baryton. L'opéra, joué
dans la salle des colonnades du Louvre le 22 novembre connut un
certain succès, moindre assurément que les ballets
de Lully.
Pour la petite histoire, le
nouvel opéra, Ercole Amante, ne devait être
donné qu'en 1662, au Théâtre des Tuileries
construit par Vigarini qui pouvait accueillir des milliers de
spectateurs avec une fabuleuse machinerie mais une acoustique
déplorable. On vit le Roi et la famille royale y danser sur
des ballets intercalés de Lully. Les ballets eurent un
succès fracassant. L'opéra passa inaperçu, ni
écouté, ni même entendu.
Les mérites de Il
Xerse ne sont pas minces. Le livret de Minato est excellent. Il
s'agit d'un sujet historique au moment où, face aux sujets
de fiction pure, les livrets fondés sur l'histoire, ou sur
des personnages de l'histoire, commencent à acquérir
un nouveau statut dans l'opéra. C'est le livret
qu'utilisera Haendel, et les deux œuvres commencent par le
célèbre « Ombra mai fu », scène un
peu mystéérieuse du platane dont Xerxès, qui
s'appprête à aller détruire Athènes,
est amoureux. La musique en est typique de la dernière
période de la vie de Cavalli. L'évolution vers le
bel canto y est manifeste. Face aux personnages sérieux
dont chacun a au moins un lamento, les personnages comiques sont
excellemment caractérisés. L'esprit léger de
la comédie domine mais avec aussi des moments de pure
émotion, destinés à faire couler des larmes,
comme Adelanta au deuxième acte, qui aime Arsamène,
mais n'en est pas aimée et qui ne participera pas au
dénouement final où chacun retrouve sa chacune :
« Et pour moi qui n'ai pas de chance, bonjour le
célibat. .. ». Dans ces sujets où même
les personnages de l'histoire les plus politiques ou les plus
martiaux n'agissent qu'en fonction d'intrigues amoureuses (que
l'on complique tout le temps qu'il faudra pour différer le
dénouement), on trouve déjà, René
Jacobs me l'a fait remarquer, tous les éléments de
Dallas ou de Dynasty. On pourrait les monter en épisodes
télévisés. Peut être serait-ce
même en cette fin de XXe siècle une autre
manière d'être vraiment fidèle à
l'esprit de ces opéras vénitiens..." (Alain
Fantapié)
Représentations
:
- Théâtre des
Champs Élysées - 29 septembre 2009 - en
version de concert - Les Paladins - dir. Jérôme
Corréas - avec Kristina Hammarstroem (Xerse), Guillemette
Laurens (Arsamene), Isabelle Philippe (Romilda), Magali
Léger (Adelanta), Anna-Maria Panzarella (Amastris),
Isabelle Druet (Eumène), Jean-Paul Fouchécourt
(Ariodate), Arnaud Marzorati (Ariston), Jean-François
Lombard (Elviro), Eugénie Warnier (Clito)
- Muse
baroque - "Ah, qu'il fait bon d'entendre un Cavalli de la
seconde manière !"
"Voilà ce que l'on
serait tenté d'écrire, en guise de prologue et
d'épilogue, sans chercher à combler le vide des pages
par des mots inutiles. Inutiles car il est bien difficile de
résumer un livret virevoltant et confus, où abondent
les quiproquos et les déguisements, où les couples
s'amants se croisent et s'entrecroisent, s'échangent billets
doux et menaces, où les second-rôles élaborent
des stratagèmes, où le librettiste lui-même
s'égare de digression charmante en parenthèse comique.
Alors, non, nous n'en dirons guère plus sur l'intrigue
échevelée, d'une complexité toute
vénitienne, où sur un vague substrat historique
(l'invasion de la Grèce par Xerse qui construit son fameux
pont suspendu sur l'Hellespont) se déroulent les amours
contrariées de Xerse, fiancé d'Amastris, épris
de Romilda éprise et aimée du frère de Xerse
Arsamène, lui-même aimé d'Adelanta fille
d'Ariodate. Et les lecteurs curieux prendront connaissance du fleuve
à sa source, en lisant directement les maximes et les
métaphores pleines d'inventivité de Minato. Disons
simplement que la mise en espace réduite à sa plus
simple expression, avec les entrées et sorties des
personnages, a été essentielle afin de suivre les
péripéties des protagonistes tout au long des 3 heures
de cette version déjà abrégée.
Musicalement, et pour nous
répéter "qu'il fait bon d'entendre un Cavalli de la
seconde manière !". C'est-à-dire un opéra encore
en pleine mutation, trait d'union entre le recitar cantando
montéverdien du Couronnement de Poppée et le futur
opéra à numéro de Scarlatti, le récitatif
est encore musical, mais plus standardisé, les formes closes
plébiscitées par le public se multiplient avec des
airs, ariettes, duos encore relativement brefs. Et à
l'écoute de cette œuvre multiforme, plus tardive que La
Calisto ou Il Giasone, plus accessible aussi (et avec des coupes), on
ne peut que regretter d'avoir attendu si longtemps (depuis 1985 et la
révélation de Jacobs avec l'enregistrement
épuisé) pour en redécouvrir la vitalité
et l'humour omniprésent.
Côté vocal,
Jérôme Correas a su rassembler une équipe
homogène et inspirée, qui tient dramatiquement la route
avec brio et jubilation. Certes, le monarque persan de Kristina
Hammarstöm a commencé la soirée en petite forme.
On admire un timbre cuivré et mat, mais les récitatifs
sont monotones, la projection et le timbre aplatis, le style un peu
trop moderne et large pour du Cavalli. Et l'on se dit que la soliste
ne parvient pas réellement à cerner la psychologie du
tyran instable, soit en insistant sur sa rage
incontrôlée, soit en en faisant un monarque de
carton-pâte ridiculisé dès son fameaux "Ombra mai
fu", chant d'amour dressé à un platane. La mezzo se
révèle toutefois nettement plus épanouie dans le
3ème acte, où elle devient presque touchante dans son
dépit amoureux.
L'objet de son attention, la
Romilda d'Isabelle Philippe laisse voir un timbre dynamique et
très transparent dans les aigus. Si l'extrême-aigu
s'avère quelquefois acide, la musicalité du
phrasé, la noblesse élancée de la mélodie
traduisent à merveille la princesse raffinée. Toujours
dans les rôles sérieux, l'Amastre d'Anna-Maria
Panzarella est le pendant plus sanguin de Romilda. Avec un
tempérament digne d'une Armide ou d'une Phèdre, la
soprano brosse le portrait de l'amante courroucée, trahie et
furieuse avec conviction et force. L'émission est fière
et puissante, les coloratures véloces, les ornements bien
sentis.
On goûte
également les seconds rôles d'une verve comique
rafraîchissante. Il y a d'abord l'Arsamene de Guillemette
Laurens, rieuse et tempérée, surjouant parfois
l'espièglerie coquine. L'on rétorquera que
l'émission est assez confidentielle, les airs peu
enlevés. Mais l'inspiration est bien là, de même
que des récitatifs plaisants et très
théâtraux. Même constat pour l'excellent Elviro de
Jean-François Lombard, où la beauté du timbre le
dispute au naturel d'un cabotinage à la manière
vénitienne avec ses glissandos, ses bâillements, ses
syncopes, sa fausse nonchalance qui confine à une
décontraction rigolarde où la technique est pourtant
parfaite. Son galimatias du "A chi voler fiora de bella giardina" a
entraîné l'hilarité générale du
public, soutenu par des batteries de guitare. L'on passera enfin plus
rapidement sur le général bougon de Jean-Paul
Fouchécourt, arborant la bonhomie discrète de l'homme
qui ne saisit pas ce qui lui arrive (ce qui convient à ce
pauvre militaire abusé qui constitue la clef de voûte du
livret à quiproquo), et sur Eugénie Warnier et Isabelle
Druet d'une spontanéité enjôleuse et charmante
avec un chant mutin très "William Christies 80's". Enfin,
l'Ariston d'Arnaud Marzorati, peu présent, mais aux
interventions justes et à la voix riche.
Jérôme Correas a
suréquipé ses Paladins afin d'enrichir la pâte
orchestrale, avec notamment l'adjonction d'un violoncelle et d'une
contrebasse, et la présence de deux violes de gambe. Ces
ajustements musicologiquement discutables sont musicalement les
bienvenus, permettant sur presque 3 heures de mieux scander le
discours, d'éclairer de couleurs variées les
saynètes où les protagonistes se disputent et se
réconcilient, se maudissent et s'adorent sur une ligne de
récitatif encore chantante. On apprécie en particulier
le théorbe de Rémi Cassaigne et la harpe de Nanja
Breedijk, dont les arpèges perlés ont été
bien audibles, apportant une tendre délicatesse à
l'ensemble. L'orchestre s'est avéré d'une
élégante souplesse, avec une cohésion des cordes
et un effet d'opulence étonnant au regard d'un effectif si
réduit."
"Plusieurs années
après la sortie de l'enregistrement de René Jacobs,
Jerôme Corréas s'attelle à faire revivre cette
oeuvre peu après avoir contribué à la
discographie de son auteur (Ormindo). Le pari est réussi, et
ce malgré une partition qui n'est vraiment pas la meilleure de
Cavalli. On apprend dans le programme que l'oeuvre fut
créée pour un théâtre "public" (par
opposition au théâtre de cour), donc pas de riche
mécène ici, juste un impressario soucieux de la
rentabilité de sa production (et oui déjà !);
résultat: 12 musiciens seulement, basse continue comprise, et
pas de choeur. Pour pallier ce rachitisme musical, Cavalli joue donc
à fond la carte du drame, et avec succès à
l'époque : la partition originale de 1654 est perdue mais
celle d'une reprise en 1657, avec des modifications dont la
disparition du prologue, subsiste. (Il existe aussi une version
à la Bibliothèque Nationale de l'Opera de Paris
témoignant d'une reprise avec de nombreux ajouts et
modifications de Lully.) La version jouée ce soir semble donc
être celle de 1657, sans que le programme précise si
Corréas a corrigé celle-ci à rebours pour
revenir au plus près de l'original. En suivant le livret on
peut cependant trouver des coupures bien compréhensibles pour
une version de concert. Ont souffert de ces coupures les intrigues
amoureuses secondaires des nombreux adjuvants. Car impresario radin
ou pas, ce théâtre reste très vénitien,
enchevêtrement d'amourettes, déguisements et quiproquos
dans tous les sens, tournant résolument cette histoire de
Mèdes vers la farce plus que la grande fresque historique.
Xerse c'est un peu un argument de plus contre la privatisation de la
Poste : Haendel ne s'y trompera d'ailleurs pas, en composant son
célèbre et archaïsant Serse, dont le livret
reprend l'essentiel de celui utilisé par Cavalli (en se
séparant de nombreux personnages secondaires), avec une ironie
plus fournie encore, grace au gonflement dramatique du
rôle-titre. Chez Cavalli, notre Perse a finalement peu d'airs
et l'on reste presque sur notre faim quand ces superbes
récitatifs ne débouchent pas sur les airs bien connus
ajoutés par Haendel ("Se bramate" après le
récitatif avec Romilda incluant les très beaux
"L'amerete? L'amero"; "Crude furie" après le récitatif
rageur).
Pour faire vivre cet
opéra, il nous fallait donc des acteurs hors pairs
doublés de chanteurs parfaitement au fait du style de cette
musique, tout y est bien trop facilement chantable, c'est justement
le piège. Kristina Hammarstroem et Isabelle Philippe sont sans
doute celles qui osent le moins se jeter dans la
variété du drame et chantent trop uniformément
seria : la première est comme toujours irréprochable,
l'italien est parfaitement accentué, la voix bien
placée, mais la composition manque de contraste et de vie, on
a guère que la rage finale à se mettre sous la dent. A
sa décharge, comme je le disais plus haut, le rôle n'est
pas très fourni ni varié.
Isabelle Philippe jouit d'une
voix ample et très sonore, mais l'émission est bien
trop raide pour rendre le tout parfaitement séduisant, et
surtout pour traduire les intentions qu'elle essaye de faire passer,
comme si elle voulait pallier son manque de confiance dramatique par
une opulence musicale qui ne prend jamais ici, faute de partition
adaptée à cet éclat.
C'est le même
problème qui entache la performance d'Anna-Maria Panzarella :
le timbre est toujours aussi anodin et la chanteuse aussi energique,
mais elle se repose trop sur sa projection (certes impressionnante),
et son tourment est finalement plus bruyant que touchant, se
réfugiant derrière un certains stéréotype
de la douleur lyrique. Il a donc manqué à ces trois
rôles une vraie dimension théâtrale, même si
musicalement le résultat fut tout à fait à la
hauteur.
Je suis d'habitude peu
sensible aux charmes de Magali Léger : je ne l'ai jamais
trouvée bonne technicienne ni particulièrement bonne
actrice. Ici la voix est parfaitement posée, jamais
sollicitée hors du medium ou par des vocalises (sauf dans son
dernier air, bien raté du coup), l'actrice est parfaite pour
le personnage dont elle a la pétulance et la rouerie. Une
vraie réussite.
Eugénie Warnier semble
en comparaison bien meilleure technicienne malgré un aigu
très dur et s'attache avec succès à jouer son
rôle bouffe. Jean-François Lombard jouit des mêmes
qualités: présenté comme ténor, il chante
ici en voix mixte avec une aisance certaine, le timbre est assez
disgracieux mais l'acteur impayable sans jamais être excessif.
Arnaud Marzorati est par contre moins marquant, il faut dire que le
rôle est anecdotique. Jean-Paul Fouchécourt dispose
encore d'une émission superbe et d'un jeu attirant
immédiatement la sympathie qui le rendent formidable dans ce
répertoire où l'on n'entend jamais le "chanteur en fin
de carrière", comme certains critiques le prétendent.
Mais la plus grande ce fut
sans conteste Guillemette Laurens: quelle fougue, quelle jeunesse,
quel naturel dans les récitatifs ! Et ce sans aucun artifice
musical, du jeu pur et simple, des intentions parfaitement lisibles
et cohérentes. Ils sont peu nombreux ces artistes capables de
faire rire une salle sur un seul "Respiro !" de soulagement. C'est
tout bonnement bluffant.
Les Paladins dirigés
par Jérôme Corréas soutinrent avec brio le rythme
à cette soirée, on a pu par moment les trouver un peu
trop timide, surtout au regard de leur effectif très
réduit, et le tout gagnerait certainement à tourner
encore un peu, mais ce Xerse là a su soutenir notre attention
pendant presque 3 heures, ce qui était loin d'être
évident."
"Lorsqu’est
évoqué le nom du roi de Perse, le mélomane pense
tout naturellement à l’œuvre éponyme de Haendel, bien
connue et très souvent représentée, tant
à la scène qu’au concert. Cavalli, figure pourtant
majeure dans l’histoire de l’opéra italien, semble davantage
célèbre aujourd’hui pour sa Calisto que pour son Xerse,
qui fut pourtant en son temps son œuvre la plus
célèbre. Vraisemblablement créée en 1655,
cette œuvre, à l’écoute, semble tenir à la fois
du recitar cantando – dont Monteverdi sut tirer la quintessence – et
de ce qui peut se concevoir comme les prémices de l’opera
seria tel qu’il se développera quelques décennies plus
tard, dans la période plus tardive de la musique dite «
baroque ».
Les récitatifs,
très fournis – bien que raccourcis ici – se laissent
écouter avec plaisir, très incarnés qu’ils sont
par les interprètes. Ils sont souvent coupés par de
courts ariosi, très proches encore de l’esthétique
monteverdienne. Dans la seconde partie du concert, cependant, la
construction de l’œuvre fait place à de véritables airs
dont l’élaboration se rapproche de la forme da capo qui fera
le triomphe de l’opéra italien. L’effectif instrumental
utilisé ici est très réduit, selon les habitudes
probables du compositeur, mais très équilibré,
et possède, malgré le petit nombre de musiciens, une
belle rondeur sonore.
Les chanteurs, contrairement
aux habitudes encore trop souvent rencontrées dans ce
répertoire, possèdent tous de vraies voix, grandes et
sonores. Le Xerse de la mezzo-soprano norvégienne Kristina
Hammarström est parfaitement crédible, tant physiquement
que vocalement. Très grande, elle fait montre d’une voix
à la fois profonde et lumineuse, sans gutturalité,
toute en souplesse et en délicatesse, rappelant parfois celle
de Christa Ludwig. Sa biographie indique qu’elle a déjà
chanté le rôle d’Octavian de Richard Strauss, rôle
dans lequel elle doit faire merveille.
Son frère, le bouillant
Arsamene, prend vie avec flamme sous l’énergie
débordante manifestée par la française
Guillemette Laurens. Le timbre est beau, le grave sonore, la
caractérisation théâtrale – bien qu’en concert –
épatante de réalisme et de fougue. Rarement travesti
amoureux aura été aussi crédible.
Voilà bien longtemps
qu’on attendait le retour d’Isabelle Philippe sur une scène
parisienne. C’est chose faite, et avec quelle réussite ! Elle
met audiblement toute sa science du chant, éprouvée
à travers le beau chant français et l’opéra
romantique italien – Violetta, Lakmé, Thaïs, Zerlina de
Fra Diavolo –, au service de la belle Romilda. La technique vocale
est remarquable de précision et d’élégance – la
tenue de souffle et les pianissimi sont dignes des plus grandes – et
la voix remarquablement projetée, cristalline et sonore.
Espérons la revoir vite dans la capitale, dans un grand
rôle du répertoire cette fois.
Magali Léger, avec
finesse et pudeur, par sa grâce mutine et la rondeur
délicate de sa voix, réussit à rendre attachante
cette peste d’Adelanta, amoureuse décidée et
têtue, puis résignée au célibat. La
fulminante Amastre, Anna-Maria Panzarella lui offre son timbre
corsé, sa puissance vocale et la grandeur de son incarnation.
Isabelle Druet croque avec art son personnage d’Eumene, commentant
l’action de ses propos philosophiques et moqueurs. Le
magnétisme scénique fonctionne parfaitement, et sa
belle voix de mezzo-soprano colle parfaitement au
rôle.
Confié à une
basse chez Haendel, le rôle d’Ariodate prend un relief
différent sous les couleurs délicates du ténor
léger de Jean-Paul Fouchécourt, plus naïf, plus
pleutre aussi. Les serviteurs sont merveilleusement campés, de
la basse rocailleuse d’Arnaud Marzorati au soprano rieur
d’Eugénie Warnier. Mention spéciale à l’Elviro
de Jean-François Lombard, hilarant, d’une présence
scénique et vocale irrésistible, notamment dans sa
scène de travestissement en jardinier
étranger.
Avec passion et rigueur,
Jérôme Corréas conduit toute son équipe
vers le succès, un succès mérité, tant
pour la beauté de cette œuvre finalement peu connue de Cavalli
que pour le talent de ses interprètes."
- Mai de
Bordeaux - 22 mai 1985 -
première reprise en version de concert en France - dir.
René Jacobs - avec René Jacobs (Xerse), Judith
Nelson (Amastris), Jeffrey Gall (Arsamene), Isabelle Poulenard
(Romilda), Jill Feldman (Adelanta), John Elwes (Ariodate),
Dominique Visse (Elviro), Agnès Mellon (Clito), Jean
Nirouet (Periarco) - édition Martha Novak
Clinkscale
- Conservatoire de Paris
- 14 avril 1832 - larges extraits en concert - à
l'initiative de François-Joseph Fétis - Membres du
Conservatoire dirigés par François Habeneck
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