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BALLET DE LA PROSPÉRITÉ DES
ARMES DE LA FRANCE
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NB. cette page a été réalisée
avec l'aimable et active participation de David Escarpit
COMPOSITEUR
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François de CHANCY
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LIBRETTISTE
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Jean Desmarest de Saint-Sorlin
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ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DÉTAILLÉE
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2008
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2008
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Hugo Reyne
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Musiques à la Chabotterie
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2
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français
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Ballet de cour, en cinq actes, comportant trente-six
entrées, représenté, au Palais Cardinal, le 7
février 1641, devant le roi Louis XIII, la reine Anne
d'Autriche, et le dauphin Louis Dieudonné, futur Louis XIV,
alors âgé de deux ans et demi.
Le ballet se présente comme une "comédie
muette", mais comporte une musique vocale sous la forme de cinq
récits, composés par François de Chancy.
Les entrées sont attribuables entre autres au
jeune Louis de Mollier (1614-1688),
à Pierre Chabanceau de La Barre (*), et au violoniste
Michel Verpré, qui figuraient tous les trois parmi les
chanteurs et danseurs, aux côtés de Lalun, Fresnoy,
Robichon, Souville, Jacquier, Henaut, Le Goys, Brotin,
Saint-André, Des Airs l'Aîné (**), tous
musiciens de la Chambre du Roi.
(*) Pierre Chabanceau de La Barre (1592 - 1656) fait partie
d'une famille d'artistes des XVIe et XVIIe siècles. Il fut
organiste de la chapelle du roi, joueur d'épinette d'Anne
d'Autriche. Sa fille Anne fut une cantatrice renommée.
(**) Des Airs fera carrière sous le règne
suivant, passant à la postérité sous le nom de
"Des Airs l'Aîné", nom dû à
l'arrivée, à la fin des années 1650, du "Des
Airs le Cadet", sans doute un parent proche (un jeune frère
?). Des Airs semble avoir arrêté de paraître sur
scène après le Ballet des Arts de Lully (1663),
où il fait une brève apparition.
Le livret est attribué à Jean Desmarest
de Saint-Sorlin, né en 1595 et mort en 1676 à Paris,
conseiller de Louis XIII, chancelier de l'Académie
française. Il écrivit des tragédies, des
tragi-comédies, et surtout des comédies, puis des
ouvrages à caractère religieux.
Le ballet fut commandé par Richelieu (les
contemporains l'appelaient d'ailleurs Ballet du Cardinal de
Richelieu) pour célébrer officiellement les
victoires d'Arras et de Casal sur les Espagnols, en
réalité le mariage du duc d'Enghien, futur Grand
Condé, avec la nièce du Cardinal,
Claire-Clémence de Maillé-Brézé
(*). Condé, qui paraît en Jupiter à l'acte
IV, est d'ailleurs le véritable héros du ballet, ce qui
ne fut pas du goût de Louis XIII : on rapporta que le Roi
n'avait pas pris plaisir à voir le jeune prince si
lumineux, et qu'il avait froncé le sourcil en disant :
C'est bien de la grandeur !
(*) Claire-Clémence de
Maillé-Brézé, alors âgée de treize
ans, avait été promise à monsieur le Duc, futur
Grand Condé, dès l'âge de cinq ans. Le mariage
eut lieu le 7 février 1641 au Louvre, et la messe de mariage
fut célébrée le 11 février par
l'archevêque de Gondi. Au total on estime le coût des
festivités à un million de livres.
A cette occasion fut inaugurée la salle des
machines du Palais Cardinal (futur Palais Royal), salle à
l'italienne commandée par Richelieu via Mazarin (son agent
d'affaires en Italie) au décorateur et ingénieur romain
Giovanni Maria Mariani, mandé exprès de Rome. Le Bernin
avait été sollicité, en vain. Mariani
était arrivé à Paris dans le courant de 1640,
accompagné du peintre et paysagiste flamand Manciola, du
stucateur Matteo Sassi, et de deux menuisiers, dits Tiberio et
Francesco. La salle est la copie de la salle qui avait
été édifiée à Rome en 1639 pour
les Barberini au palais des Quatre Fontaines, et venait d'être
inaugurée, le 14 janvier, avec la tragédie
Mirame coécrite par Desmarets et par Richelieu, qui
n'avait guère eu de succès. La salle aurait
coûté au cardinal deux cents mille écus. Louis
XIII, déjà mourant, ne dansa pas : c'était la
première fois.
Le ballet représente les
prospérités de cette année par mer et par terre
: au moins une partie, car il serait difficile de représenter
en un soir ce qui a occupé durant tant de mois les veilles et
les travaux de tant d’hommes, et l’attention de toute l’Europe
.
La rivalité entre la France et l'Espagne occupe
une place importante. Ainsi les sièges de Casal (*), et
d'Arras, en 1640, sont dépeints dans les première et
quatrième entrées de l'acte III ; et, dans la
troisième entrée de l'acte III, si l'Amérique et
les Amériquains viennent présenter leurs trésors
à l'Espagne. Mais, dans la cinquième, les galions
français paraissent, combattent et brûlent ceux
d'Espagne (**).
(*) Le siège de Casal fait référence
à la victoire, en septembre 1640, d'Henri de Lorraine, comte
d'Harcourt (1601-1666) dit "Cadet la Perle", sur les Espagnols
à Casal et à Turin. Le comte était d'ailleurs
présent sur scène pour rappeler cet exploit. Le but (ou
plutôt le prétexte) de l'expédition était
de soutenir les prétentions au duché de Savoie de
Christine de France, duchesse régente et soeur de Louis
XIII.
(**) il s'agit ici de la victoire de Jean-Armand de
Maillé-Brézé (1619-1646) au large de Cadix le 27
juillet 1640, sur la flotte espagnole de retour du Mexique, au large
de Cadix. Le jeune maréchal, grand-maître des
galères, était le neveu de Richelieu (le fils de sa
soeur, mariée au maréchal de Brézé).
C'est à cette victoire navale que fait allusion
l'entrée des Américains présentant leurs
trésors à l'Espagne, les gallions coulés
étant chargés d'or des Amériques. Par la
même occasion, Richelieu célèbrait les glorieuses
unions de sa famille : sa nièce avec un Bourbon (le duc
d'Enghien, futur prince de Condé) et sa soeur avec un
maréchal de France, mariage ayant donné naissance
à un héros !
On exploita les machines au maximum : les Alpes
s'ouvrent pour révéler Cazale au loin ; la terre fait
place aux enfers. Le ciel est rempli de nuages portant tantôt
l'Harmonie, tantôt les neuf Muses, tantôt la Gloire ; des
chars volants passent en l'air. Sur la mer, des galions
français combattent une flotte espagnole et la brûlent.
Vers la fin, le duc d'Enghien lui-même, représentant
Jupiter, descend sur son trône lumineux, et remet sa massue
à l'Hercule gaulois, puis, ayant dansé, remonte au
ciel.
Le ballet faisait appel à huit changements
de décors. Le rôle de la Victoire était tenu par
un acrobate, Cardelin, qui dansait sur une corde, environné de
nuages, et suscita l'admiration de Michel de Marolles : Ce qu'il y
a de plus exquis, furent les sauts périlleux d'un certain
Italien (*) appelé Cardelin qui représentait la
victoire dansant sur une corde cachée dans un nuage et parut
s'envoler au ciel.
(*) en fait Cardelin n'était pas italien. C'est une
erreur de Marolles, sans doute trompé par la sonorité
de son nom. Cardelin s'appelait en réalité Philippe
Campès, et il était en effet "voltigeur du roi",
danseur et acrobate.
La musique du ballet est connue grâce à
une copie effectuée en 1690 par l'atelier d'André
Danican-Philidor, sous le titre de Ballet de M. le Cardinal
Richelieu. Mais celle-ci s'arrête à la
quatrième entrée de l'acte IV, et toute la fin du
ballet est perdue, à l'exception des récits de
Chancy. D'autre part, elle ne contient que les parties hautes
et basses, sans les trois parties intermédiaires.
L'éditeur Robert Ballard ayant renoncé
à imprimer des recueils avec la tablature de luth, les airs de
Chancy pour le ballet ne furent publiés, chez Ballard, que
trois ans après, en 1644, et sous forme d'airs polyphoniques
à quatre parties (*), dans le 2e Livre d'airs de
cour à 4 parties de François de Chancy.
(*) c'est cette version qui a été retenue par
Hugo Reyne dans son enregistrement du Ballet
Synopsis
Compte-rendu imprimé dans la Gazette de
Renaudot, sous forme d’un cahier séparé in-4° de
seize pages
Après avoir reçeu cette année tant
de victoires du Ciel, ce n’est pas assez de l’avoir remercié
dans les temples ; il faut encore que le ressentiment de nos
cœurs esclatte par des réjouissances publiques. C’est ainsi
que l’on célèbre les grandes festes. Une partie du jour
s’emploie à loüer Dieu, et l’autre aux passe-temps
honnestes. Cet hyver doit estre comme une longue feste après
de longs travaux. Non-seulement le Roy et son grand Ministre, qui ont
tant veillé et travaillé pour l’agrandissement de
l’Estat, et tous ces vaillans guerriers qui ont si valeureusement
executé ses nobles desseins, doivent prendre du repos et du
divertissement ; mais encore tout le peuple se doit
réjouir, qui après ses inquiétudes dans
l’attente des grands succès, ressent un plaisir aussi grand
des avantages de son Prince, que ceux mesmes qui ont le plus
contribué pour son service et pour sa gloire.
Les Ballets sont des comédies muettes, et
doivent estre divisés de mesme par actes et par scènes.
Les récits séparent les actes, et les entrées de
danseurs sont autant de scènes. Celuy-cy représente les
prospérités de cette année par mer et par
terre : au moins une partie, car il seroit difficile de
représenter en un soir ce qui a occupé durant tant de
mois les veilles et les travaux de tant d’hommes, et l’attention de
toute l’Europe.
Acte I
La grande toile qui cache le theatre,
représentant un beau palais, s’ouvre peu à peu et
découvre tout le theatre. Le theatre représente la
terre ornée de bocages, et l’Harmonie paroist sur un
siège soutenu par quantité de nuages,
accompagnés d’oyseaux.
Récit de l'Harmonie (Je suis
l'agréable Harmonie)
L’Harmonie s’estant retirée, le theatre s’ouvre,
et l’Enfer paroist dans l’enfoncement.
Première entrée : Monsieur le
duc d’Anguien (d'Enghien), Messieurs de Brion, de Colligny (*)
et de Roussillon (**), et les sieurs de Verpré et de St
André, représentans six Démons : l’Orgueil,
l’Artifice, le Meurtre, le Désir de régner, la Tyrannie
et le Désordre.
(*) Monsieur de Colligny : Maurice de
Coligny (1618-1644), frère du célèbre duc de
Châtillon (1620-1649), qui fut tué en défendant
le parti de la reine et de Mazarin pendant la Fronde. Il fut
tué dans un duel sur la Place Royale par le duc de Guise, duel
pour les faveurs de Mme de Longueville, soeur du prince de
Condé.
(**) comte de Roussillon :
François-Antoine de Clermont-Chaste, mort en 1694,
était capitaine sous-lieutenant des gendarmes de la maison
d'Orléans, dont le chef, Gaston d'Orléans, frère
du roi, était alors en exil en Flandres
Entrée 2 : le sieur des Airs et
quatre petits garçons representans Pluton et quatre petits
Démons.
Entrée 3 : Les sieurs de
Mémont (*), Gondreville (**), Molier
(***) et Lalun, représentans Proserpine accompagnée
de trois Parques.
(*) sieur de Mémont : gentilhomme
normand de Franqueville, près du Havre, qui fut complice dans
la Cabale des Malcontents, puisqu'il hébergea la duc de
Beaufort en fuite vers l'Angleterre. En 1641, le sieur de
Mémont était sans doute de l'entourage de Gaston
d'Orléans, ou de la maison de Vendôme, deux pôles
ennemis de Richelieu.
(**) Monsieur de Gondreville était
l'écuyer d'Henri II d'Orléans, duc de Longueville,
prince et pair de France, qui sera plus tard un des plus
enragés frondeurs contre Mazarin. En attendant, il conspire
également contre Richelieu, avec les Vendôme, les
Elbeuf, Gaston d'Orléans, etc.
(***) Molier : Louis de Mollier, dit plus tard le Petit Molière
Entrée 4 : Les sieurs de Looze
(*), Montau et La Barre (**), representans les Furies
tenans des serpens en leurs mains. Un aigle descend d’une
nuée, et deux lions sortent de leurs cavernes. Les Furies
touchent de leurs serpens l’aigle et les lions pour leur inspirer la
fureur. L’Enfer se referme et la Terre paroist comme auparavant.
(*) le sieur de Looze : Charles de Hannique
de Benjamin, seigneur de Looze, Beaumont et autres lieux,
était le premier écuyer de Gaston
d'Orléans
(**) La Barre : Pierre Chabanceau de La
Barre (1592 - 1656)
Entrée 5 : Les sieurs Le Goys et
Souville, représentans Mars et Bellone.
Entrée 6 : Les sieurs Fresnoy et
Robichon (*) représentans la Renommée et la
Victoire qui suivent Mars et Bellone.
(*) le sieur Robichon : danseur de corde
(comme Cardelin), originaire de la ville de Mantes. Il était
très apprécié à
l'époque.
Entrée 7 : Le comte d’Harcourt,
représentant Hercule gaulois, acompagné de Mars,
Bellone, la Renommée et la Victoire. D’une flesche il fait
fuir l’aigle et de sa massue il fait fuir les lions ; il se
retire avec Pallas et Bellone.
Acte II
Le theatre représente les Alpes couvertes de
neige, et l’Italie sur une montagne vient faire le
récit.
Récit de l'Italie (A mon secours, Monarque
des François)
Première entrée : Messieurs
le marquis de Brezé, comte de la Rocheguyon (*), Genlis
et Marsan, représentans quatre principaux fleuves d’Italie,
qui appellent les François.
(*) comte de La Rocheguyon : sans doute
Roger du Plessis de Liancourt (1609-1674), parent de Richelieu,
premier gentilhomme de la Chambre et excellent danseur. La maison de
La Rocheguyon, rattachée plus tard aux La Rochefoucault -
Liancourt, était alors une branche de la famille de
Rohan-Chabot, parents de Richelieu.
Entrée 2 : Les sieurs de Looze,
Montau, La Barre et Souville, représentans quatre
François qui viennent à leur secours.
Entrée 3 : Messieurs le Vidame
(*), St Agnan (**), Chanvallon et Baptiste
(***), représentans quatre Espagnols, qui après
avoir dansé se mettent dans leurs retranchemens. Les
François viennent les attaquer et les forcent.
(*) Monsieur le Vidame : on appelait ainsi
Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon (1607-1693), Grand Louvetier de
France, Grand Ecuyer, vidame de Chartres, mais il était en
disgrâce en 1641. Il pourrait s'agir, sinon, d'un membre de la
famille de Luynes, ou de la famille de La
Rochefoucault.
(**) François Honorat de
Beauvilliers, comte puis duc de Saint-Aignan, né à
Paris le 30 octobre 1607 et mort à Paris le le 16 juin 1687.
Après une carrière militaire, il devint le protecteur
des arts et des lettres, entra à l'Académie en 1663.
Danseur passionné, c'est à lui que Louis XIV confia, en
1664, l'organisation des Plaisirs de l'Île enchantée. En
1684, âgé de 77 ans, il assista, en spectateur, au
Ballet du Temple de la Paix.
(***) Baptiste : il ne s'agit
évidemment pas de Lully, qui ne devait arriver en France qu'en
1646. Il pourrait s'agir de Jean-Baptiste Boësset (1614 - 1685),
fils d'Antoine Boësset.
Entrée 4 : Le sieur de St
André, représentant la Fortune, qui porte les armes de
la France.
Le theatre se change et représente
Arras.
Entrée 5 : Monsieur d’Henrichemont
(*), et les sieurs Jacquier et Hénaut,
représentans trois Flamans avec des pots de bière, qui
viennent recevoir les François.
(*) M. d'Henrichemont : Maximilien
François (1615 - 1662), duc de Sully, petit-fils du "grand"
Sully
Entrée 6 : Messieurs de Colligny, de
Roussillon, de Toulongeon (*) et de Canolles (**),
représentans quatre François qui entrent avec eux dans
la ville.
(*) Monsieur de Toulongeon :
demi-frère d'Antoine IV de Gramont, comte de Guiche
(1604-1678) alors sous les armes en Catalogne. Ce dernier avait
épousé une nièce de Richelieu, Mlle de
Chivray
(**) Monsieur de Canolles : gentilhomme
huguenot, officier dans le régiment de Navailles, de
l'armée royale. Il fut fait prisonnier par les Bordelais,
révoltés contre Mazarin (l'Ormée), à
l'été 1650, puis pendu sur ordre du duc de Bouillon, et
son corps mis en pièces par la populace.
Entrée 7 : Messieurs le duc de
Luynes (*), de Coislin (**), de Chivray (***) et
le chevalier de Chanforest, représentans des Espagnols et
leurs partisans.
(*) duc de Luynes : Louis Charles d'Albert
de Luynes (1620-1699), second duc de Luynes, fils de Charles
d'Albert, ancien favori de Louis XIII, mort en 1621. Il
s'était distingué à la tête de son
régiment attaqué par les Espagnols, devant Arras, le 2
août 1640.
(**) Monsieur de Coislin :
Pierre-César de Camboust, marquis de Coislin, était
cousin germain de Richelieu. Il fut colonel-général des
Suisses. Sous les ordres du duc de Nemours et du maréchal de
Schomberg, il s'illustra en Catalogne. Sa soeur - petite cousine du
Cardinal - fut mariée au sieur de Puylaurens qui conspira
contre Richelieu et mourut en 1635, puis au comte d'Harcourt en 1639.
(**) Monsieur de Chivray : parent de
Mademoiselle de Chivray, nièce de Richelieu, qui avait
épousé le comte de Guiche.
Entrée 8 : Monsieur le comte
d’Harcourt, le sieur de Genlis et Des Airs, représentans trois
François.
Entrée 9 : Monsieur le comte de
Brion (*), représentant Pallas, déesse de la
Prudence, qui vient dans un char retirer quelques partisans
d’Espagne, et leur faire prendre le party des François.
(*) comte de Brion :
François-Christophe de Levis-Ventadour, comte de Brion (mort
en 1661), était le fils et le frère du lieutenant
général de Languedoc. Il était premier
écuyer de Gaston d'Orléans, et devint en 1645 duc de
Damville, puis pair de France
Acte III
Le theatre représente la Mer
environnée de rochers, et les Syrènes viennent sur le
bord faire le récit.
Récit de Trois Sirènes (Autrefois nos
trompeuses voix)
Première entrée : Messieurs
de Coislin, d’Henrichemont, de Roussillon, du Plessis de Chivray, de
St Agnan, et le chevalier de Chanforest, représentans six
Tritons.
Entrée 2 : Les sieurs de Charny,
Dannemarie, Gondreville et du Gast, représentans quatre
Néréïdes.
Les gallions d’Espagne paroissent sur la mer.
Entrée 3 : Monsieur le duc de Luynes
et les sieurs Le Goys, Brotin et Jacquier, représentans
l’Amérique et trois Amériquains, qui viennent
présenter leurs trésors à l’Espagne.
Entrée 4 : Monsieur le Vidame,
représentant l’Espagne, et les sieurs de Verpré, St
André et Baptiste, représentans trois Espagnols.
Entrée 5 : Les sieurs Hénaut,
Lalun et Cotte, représentans trois Espagnolles qui viennent
trouver les trois Espagnols, et dansent ensemble. Les gallions
françois paroissent, combattent et brûlent ceux
d’Espagne.
Entrée 6 : Monsieur le marquis de
Brezé et les sieurs des Airs, Molier, Robichon et Fresnoy,
représentans le général victorieux avec quatre
capitaines qui descendent sur le bord.
Entrée 7 : Messieurs le comte de
Brion, de Toulongeon et de la Rocheguyon, Marsan (*) et St
Germain, représentais cinq Mores esclaves.
(*) les Marsan étaient une branche de
la maison d'Harcourt.
Acte IV
Le théatre représente le Ciel ouvert
d’où descendent les neuf Muses.
Récit des Muses (Poursuivez, ô grand
Roi, d'étonner l'univers)
Première entrée : Les sieurs
Jacquier, Sallenauve (*), Robichon, Fresnoy et Molier,
représentans Vénus, Amour et les trois
Grâces.
(*) sieur Sallenauve : gentilhomme
champenois
Entrée 2 : Le sieur de La Barre,
représentant Mercure.
Entrée 3 : Le sieur Baptiste et huit
petits garçons, représentans Bacchus et huit petits
Satyres.
Entrée 4 : Le sieur Verpré,
représentant Apollon.
Entrée 5 : Les sieurs Hénaut,
Brotin, Lalun, Le Goys et des Airs, représentans Mome et
quatre joueurs de tambour de Biscaye.
L’aigle et les lions reviennent.
Entrée 6 : Monsieur le comte
d’Harcourt, représentant Hercule, sort du fond du
théatre pour les combattre encore.
Entrée 7 : Monsieur le duc
d’Anguien, representant Jupiter, descend du ciel dans un trosne
lumineux, environné et soustenu de nuages, touche l’aigle et
les lions de sa main pour les apaiser, et leur oster la fureur que
les Furies leur avoient inspirée, et remet la massüe sur
l’espaule d’Hercule, comme s’il le prioit de se contenter se ses
exploits. Jupiter demeurant seul danse, puis remonte au ciel.
Acte V
Le theatre représente la Terre pleine de
fleurs et de fruits, et la Concorde paroist sur un char doré,
orné d’une abondance de fleurs et de fruits, soustenu par des
nuës.
Récit de la Concorde (Après tant de
malheurs que la guerre a fait naître)
Première entrée : Les sieurs
Jacquier, Mémont, Molier, Robichon et Souville,
représentans l’Abondance, la Bonne Chère, les Jeux et
les Plaisirs.
Entrée 2 : Les sieurs Hénaut,
Le Goys, Brotin et des Airs représentans les
Réjouissances par des danses, sauts et postures ridicules.
Entrée 3 : Le sieur Cardelin avec
ses compagnons vient au milieu des précédens faire des
sauts périlleux et admirables, lesquels ceux-là veulent
imiter, mais espouvantés par le dernier saut du sieur
Cardelin, ils se retirent tout confus.
Entrée 4 : Messieurs le marquis de
St Germain, de Chanvallon (*), de Dannemarie, du Gast et
Augustin, représentans les Adresses et les Exercices par
toutes sortes de tours, et dispositions sur des
rhinocéros.
(*) Chanvallon est un membre de la grande
famille des Harlay de Champvallon, branche de la famille de Harlay,
qui donna plusieurs grands personnages à l'Etat, dont le futur
archevêque de Paris François de Harlay de Champvallon
(1625-1693).
Entrée 5 : Les sieurs Jourdain, de
Laure, le Vacher et Perichon, représentans quatre admirateurs
de la Gloire du Roy, et par leurs postures et caprioles
témoignent leurs transports.
Entrée 6 : Le sieur La Force,
représentant la Gloire, après voir dansé parmy
les admirations, s’eslève dans les nues et se perd dans le
ciel, ce qui fait une admirable confusion de toutes les
entrées.
La grande toile de devant le theatre se rebaisse peu
à peu et le cache.
Quelque temps après on rehausse la toile, et au
lieu des theatres qui avoient paru, il se voit une grande salle
dorée et ornée de toutes sortes de peintures et
d’embellissemens, esclairée de quantité de chandeliers
de cristal, au fond de laquelle est un trosne pour le Roy et pour la
Reyne, et à costé des sièges pour les dames qui
doivent danser au bal, et des petits bancs pour mettre les seigneurs
à leurs pieds.
De dessous le theatre il sort un pont,
imperceptiblement, qui va s’appuyer sur l’eschaffaut du Roy et de la
Reyne, pour les faire passer dans la salle de bal : où
tous les spectateurs peuvent voir à plaisir leurs
Majestés, les Princes et les Princesses et les seigneurs et
les dames ; et là les beautés, les richesses et
les danses en leur pompe, remplissent tous les yeux de plaisir et
d’estonnement.
Après le grand branle dansé par
dix-huix danseurs et danseuses à la suite du ballet, la
duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal Richelieu, avait
imaginé une "galanterie" : chaque cavalier porta à sa
dame une petite corbeille garnie d'excellents gants d'Espagne, de
frangepani, de jasmin, d'éventails, de fioles d'essence, le
tout accomodé de petits rubans. Le duc d'Enghien
présenta sa corbeille à la reine, le comte de Brion la
sienne à Mlle de Brézé, et le marquis de
Brézé à Marthe Du Vigean. (Le Grand Condé
- Henri Malo)
"Le ballet de la Prosperité des armes de la France,
à 36. entrées, divisé en 5. actes,
représenté devant leurs majestés, au Palais
Cardinal, le 7. fevrier & le 14. au même endroit, pour le
faire voir au duc Charles de Lorraine. Gaz. 1641. pages 68, 148. "On
employa pour ce ballet les mêmes machines qui avoient servi au
même lieu le 14. janvier 1641. pour la représentation de
Mirame, T. du sieur Desmarets, avec de nouvelles inventions, pour
faire paroître tantôt les campagnes d'Arras, & la
plaine de Casal, & tantôt les Alpes couvertes de neiges,
puis la mer agitée, le gouffre des enfers, & enfin le ciel
ouvert. M. de Mar. t. I. p. 126. Si l'on en croit Monglat, p. 374. de
ses Mémoires. Les sieges d'Arras & de / Turin
étoient représentés avec des machines : Marolles
ne parle point de cette circonstance, quoiqu'il eût
été présent audit ballet, il ajoute que
l'invention n'en fut pas exactement suivie, que les habits & les
actions de plusieurs danseurs ne se trouverent pas convenables au
sujet, outre que les chars de triomphe n'étoient
traînés par rien, contre la vraisemblance. Après
avoir loüé les recits de l'Harmonie, de l'Italie,
d'Apollon, & des Muses, ce qu'il y eu de plus exquis, dit-il,
"furent les saults périlleux d'un certain italien,
appellé Cardelin, qui représentoit la Victoire, en
dansant sur une corde cachée d'un nuage, & parut s'envoler
au ciel, (Pierre François Godard de Beauchamps )
L'hiver de 1640-1641 fut célèbre
à la Cour par les magnificences du Palais-Cardinal. On y donna
la grande comédie de Mirame, « qui fut
représentée devant le Roi et la Reine, avec des
machines qui faisoient lever le soleil et la lune, et paroître
la mer dans l'éloignement, chargée de vaisseaux. »
Quelque temps après, au même lieu, on dansa le Ballet de
la prospérité des Armes de France, où les
mêmes machines de la comédie furent employées,
avec de nouvelles inventions, pour faire paraître tantôt
les campagnes d'Arras et la plaine de Casal et tantôt les Alpes
couvertes de neiges, puis la mer agitée, le gouffre des
Enfers, et enfin le Ciel ouvert, d'où Jupiter, ayant paru dans
son trône, descendit sur la terre. L'abbé de Marolles,
le Dangeau de la chose, qui nous raconte cela de point en point, n'a
garde d'oublier certaine civilité que lui fit le Cardinal;
« de sorte, ajoute-t-il, que je vis encore ce Ballet
commodément, où il y avoit des places pour les
Évêques, pour les Abbés, et même pour les
Confesseurs-et pour les Aumôniers de M. le Cardinal. Les
nôtres se trouvèrent à deux loges de celles qui
furent occupées par Jean de Wert et Ekenfort que l'on avoit
fait venir exprès du Bois de Vincennes, où ils
étoient prisonniers.» Le Cardinal les voulait
éblouir; on s'inquiétait surtout de l'effet produit sur
Jean de Wert, ce général fameux par ses succès
d'avant-garde, par sa pointe redoutable à Corbie quatre ans
auparavant, et dont le nom, souvent chansonné des Parisiens,
était devenu populaire comme une espèce de Marlborough
du temps. Il était à la veille d'un échange et,
plus heureux que d'Ekenfort, il n'avait en effet que quelques jours
à rester. Interrogé sur la beauté du spectacle,
Jean de Wert répondit qu'il trouvait tout cela très-
beau, mais que ce qu'il trouvait le plus étonnant,
c'était, dans le royaume très-chrétien, de voir
les Êvêques à la Comédie, et les Saints en
prison. Le mot courut. Le Cardinal fit semblant de ne pas
entendre.
Comme si tout ne devait être que contraste,
l'auteur du Ballet représenté était ce Des
Marestz qui, plus tard converti, se mit k la chasse des solitaires et
des confesseurs de Port-Royal, et, par ses pamphlets comme par ses
espions, ne cessa de les relancer." ( Port-Royal - Charles Augustin
Sainte-Beuve)
"Quoi qu'il en soit, le mariage du duc d'Enghien et
de Claire-Clémence de Maillé-Brézé fut
célébré au palais-cardinal, où se donna
« le plus beau ballet dont on ait o mémoire,
composé de trente-six entrées, et » ayant pour
sujet la prospérité des armes de la » France.
» Ce fut peu de jours avant cette cérémonie qu'on
inaugura la grande salle de spectacle construite dans l'aile droite
de cet hôtel, et qui avait coûté plusieurs
années de travail avec une dépense énorme. Un
des soins confiés au sieur Mazarini, dans son ambassade
extraordinaire en Italie, était d'y faire construire et
d'expédier en France les machinee qui devaient manœuvrer sur
ce théâtre. Une salle provisoire avait suffi pour les
pièces des cinq auteurs et pour le Cid. Sur la scène
magnifique qui venait ,. 11Ilïicr d'être
élevée à grands frais et avec tout le luxe
d'illusion théâtrale que l'Italie pouvait fournir. parut
la tragédie de Mirame, l'œuvre chérie du cardinal de
Richelieu." (Histoire de France sous Louis XIII - Anaïs
Bazin)
Je ne sçai s'il m'eschappa de dire quelque
chose de l'employ de Mons. de Chartres mais quelque temps apres,
lorsqu'au mesme lieu on dança le Balet de la Le Balec de
Prosperité des Armes de la France, où les mesmes
machines de la Comédie furent employées, avec de
nouvelles inventions, pour faire paroistre tantost les campagnes
d'Arras, & la plaine de Casal, & tantost les Alpes couvertes
de neiges, puis la Mer agitée le goufre des Enfers, &
enfin le Ciel ouvert, d'où Jupiter ayant paru dans son Trosne,
descendit sur la terre comme, dis-je, ce Prélat qui estoit
capable de tout ce qu'il vouloit, se donnoit la peine avec Mons.
d'Auxerre de faire les honneurs de la sale, m'eut dit que cette
tournée là, il ne presenteroit pas la collation, je luy
repondis qu'il feroit tousjours bien toutes choses & me fit
civilité ; de sorte que je vis encore ce Ballet
commodément, où il y avoit des places pour les Evesques
pour les Abbez, & mesmes pour les Confesseurs, & pour les
Aumosniers de Mons. le Cardinal. Les nostres se trouverent à
deux loges de celles qui furent occupées par Jean de Vverth
& Ekensort que l'on avoit fait venir exprès du Bois de
Vinccnncs où ils estoient prisonniers.
Ce Ballet auec toutes ces machines & toute sa
magnificence, ne fut pourtant pas une chose aussi ravissante qu'on se
le pourroit imaginer parce que l'invention n'en fut pas exactement
suivie, & que les habits & les actions de plusieurs danceurs
ne se trouverent pas assez convenables au sujet, outre que les chars
de triomphe qui s'y présentèrent, n'estoient
traînés de rien contre la vraysemblance, bien que cela
se pûst faire fort aisément. Les récits de
l'Harmonie de l'Italie d'Apollon & des Muses, furent assez
agréables ; mais ce qu'il y eut de plus exquis, furent les
saults-perillcux d'un certain Italien appelle Cardelin, qui
reprefsntoit la Victoire en dansant sur une corde cachée d'un
nuage, & parut s'envoler au Ciel. (Mémoires de Michel de
Marolles)
"Le Ballet du Cardinal
En 2008, le département célèbre
Richelieu : c'est qu'âgé de 23 ans, en 1608, le futur
grand homme politique faisait son arrivée dans
l'archevêché de Luçon. Le Conseil
général a commandé un cycle de
célébrations dont cette résurrection du ballet
de la Prospérité des armes de France, donné par
Richelieu en 1641 à Paris, en son Palais Cardinal,
première salle italienne construite en France, ancêtre
de notre Académie Royale de musique, futur opéra
national. Richelieu, acteur-fondateur de notre scène
française et prince mélomane ? L'information
relève d'une révélation... La
(re)découverte de la partition, donnée en
"recréation mondiale", en ouverture du festival Musiques
à la Chabotterie, était donc un
événement.
La tentative tient du défi :
réécriture des parties manquantes du manuscrit original
(conservé à la BN à Paris), restitution des
bandes d'instruments, bandes des hautbois en particulier, bandes des
cordes et aussi des luths, autant d'éléments
désormais mieux connus de l'orchestre français du
premier baroque (règne de Louis XIII), qui comprend cinq
parties. Tout l'intérêt de l'approche d'Hugo Reyne
réside dans l'option, arbitraire mais passionnante, du
dialogue, tout au moins du jeu simultané, des deux bandes qui
ne se mêlaient jamais : les hautbois et les cordes.
Inimaginable métissage des timbres, les premiers, aigus,
étant propres à la Grande Ecurie, les seconds jouant
plus bas, réservés à la Chambre, que Lully
"osera" réunir dans son orchestre, pour Louis XIV, à
partir des années 1660. Du premier baroque, nous étions
passés au Grand Siècle... Le fait de tenter
l'expérience avec 20 ans d'avance, relève d'une
incongruité qui cependant fait tout le sel de la
soirée. Interprètes et historiens ont pu
préciser l'ampleur de la recherche préliminaire,
l'importance de l'oeuvre qui dévoile un aspect méconnu
du goût de Richelieu, au cours des "Confidences baroques",
explications offertes aux festivaliers, dès 18h15, en
préambule au concert de 21h.
En l'absence des chorégraphies et des
danseurs prévus à l'origine, l'engagement des
instrumentistes de la Simphonie du Marais, portés par leur
chef, facétieux autant qu'argumenté, et même
pédagogue, a exprimé ce ballet naissant, voulu par le
Cardinal en 1641 et qui sonne comme la récapitulation de sa
politique militaire, vis-à-vis des puissances ennemies,
Autriche et Espagne: victoires des armées françaises
sur terre (Cazal et Arras), sur mer également (acte III). Des
cinq actes, les interprètes ne jouent que les quatre premiers
: Philidor, copiste inspiré mais incomplet, n'a
malheureusement pas transmis la dernière partie. Qu'importe:
du tableau initial de l'Harmonie, au triomphe d'Apollon (pour lequel
le chef joue son instrument, la flûte, comme à
l'époque où il participait aux gravures
pionnières de Leonhardt puis de Christie), la partition
ressuscitée donne la mesure d'un ouvrage certes politique,
mais aussi musical, et même "poétique", comme s'est plu
à le souligner Hugo Reyne pendant les Confidences
Baroques.
Si le Roi ne danse pas encore dans un ballet qui
célèbre sa puissance, les "grands" du royaume sont
invités à assurer chaque entrée, tous (marquis
de Brézé, comte de la Rocheguyon, duc de Lyunes...),
paraîssant selon son rang, et surtout ses mérites: au
plus loyaux, serviteurs de la gloire monarchique, l'honneur des
rôles éclatants. Art et politique sont ainsi
indissociables: le ballet est un acte d'allégeance, le miroir
d'une société organisée, dansant autour d'un
Souverain vainqueur... "Déjà avant Lully, tous les
éléments sont réunis: le premier musicien de
Louis XIV n'aura plus qu'à se servir...", ajoute aussi Hugo
Reyne.
Sur le plan musical, l'esprit d'exhumation s'associe
au plaisir de l'expérimentation. La bandes des hautbois,
située derrière les cordes, a fait entendre ses timbres
verts, mordants conférant à la soirée, la saveur
unique des "premières" où s'imposent l'audace et le
risque: chant bucolique d'une vitalité conquérante,
parfaitement en place, (en caractère comme en gouaille) pour
les Flamands et leur "pots de bière", comme en noblesse et
solennité, dès l'ouverture... Ambassadrices du livret
signé Jean Desmaret de Saint-Sorlin, les quatre voix
soulignent l'allégorie, moins l'action. Pas encore
individualisés, comme le seront les personnages de
l'opéra français à venir (1673), les solistes
déclament à la façon des madrigalistes italiens,
images allégoriques et vers laudatifs du texte de
Saint-Sorlin.
Nous sommes bien face à une oeuvre de
commande et même de propagande. Chaque début d'acte,
après l'ouverture, est ponctué par un "récit":
ceux de l'Italie, laquelle implore l'aide des Français ; des
Trois sirènes pour l'acte II, celui des victoires navales;
récit des muses enfin, au début de l'acte IV, de loin
le plus poétique : déjà le père de Louis
XIV, y est invité à continuer les effets de sa
grandeur: "poursuivez, ô grand Roi, d'étonner
l'univers/Par tant de beaux exploits, doux sujets de nos vers"...
l'acte s'achève sur l'entrée d'Apollon, figure
désormais emblématique des Bourbons français
à l'âge baroque. Avant les ors du Grand Siècle,
tout le vocabulaire et les références
esthétiques sont présents. Louis XIV et Lully les
magnifieront encore davantage. L'on ne saurait oublier la plainte,
entre langueur et tendresse, des cinq maures esclaves à la fin
de l'acte III: les compositeurs de Richelieu dont le luthiste
François de Chancy (qui fut aussi son professeur), y
soulignent l'humaine douleur des vaincus... subtile nuance d'un
ouvrage orfèvré, plus profond qu'il n'y paraît,
et dont la redécouverte se révèle
légitime. Serait-ce l'effet de cette poésie à la
françoise, qui affleure en maints endroits, et dont nous
parlait Hugo Reyne ? (Classique.news - 26 juillet 2008)
Représentations
:
- Cour d'honneur de La
Chabotterie - Vendée - mars 2008 - Musiques
à la Chabotterie - Festival Vendéen de Musique
Baroque - 23 juillet 2008 - La Simphonie et le Choeur du Marais -
avec 4 chanteurs solistes
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