COMPOSITEUR
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Pascal COLASSE
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LIBRETTISTE
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Ballet en une ouverture et quatre parties, servant
d'intermèdes à une tragédie latine (perdue)
Polymestor, du Père Jouvancy (*),
représenté au Collège jésuite
Louis-le-Grand, le 17 août 1689.
(*) Père Joseph de Jouvancy (1643 - 1719), auteur
d'une « Histoire de la Société de Jésus
», et de tragédies, toutes perdues
Ce spectacle était destiné à
être représenté devant un public choisi,
composé des familles, de dignitaires civils et
ecclésiastiques, parfois même de membres de la famille
royale, lors de la solennelle remise des prix qui venait clore
l’année scolaire.
La tragédie elle-même n'a pas
été conservée, mais un résumé de
l'intrigue est connu par deux programmes, un en latin, un en
français.
La musique de Sigalion fut copiée dans un
grand in-folio aujourd’hui conservé à la
Bibliothèque nationale de France, dans la collection Philidor,
intitulé Les Ballets des Jesuistes, Composé par
Messieurs Beauchant, Desmatins et Collasse, Recueillie par Philidor
Laisné. Elle contient cinquante et une danses. Une
ouverture instrumentale et quatre danses constituent le prologue ;
suivent quatre parties – La Naissance de Sigalion, On fait
la guere à Sigalion, Sigalion se prépare
à la guerre, Sigalion se venge et triomphe de ses
ennemis –, constituées de quatre à cinq
entrées, elles-mêmes composées d’une à
quatre danses. Un ballet général, joué en
principe après la distribution des prix, venait clore le
spectacle.
La chorégraphie avait été
préparée par Pécour.
- Partition :
édition Marie Demeillez - Versailles - CMBV
"Je ne vous pareleray point de
la Tragedie, & vous diray seulement que leBalet estoit
divisé en quatre parties. D’abord la Nuit accompagnée
des Ombres donnoit la naissance à Sigalion, Dieu du Silence,
qui represente le secret, & il estoit mis entre les mains des
Sybilles, pour estre nourri par des Fées, avec ordre de ne le
faire voir à personne. Des Curieux, des Chymistes souffleurs
& des Sorciers venoient lesuns après les autres pour
tâcher de luy reparler ; mais les premiers n’obtenoient quedes
feüilles que leur jettoient les Sybilles, & dans lesquelles
ils cherchoient inutilementce qu’ils avoient envie de sçavoir.
Les seconds vouloient corrompre ses Gardes en leur promettant de
l’or, & ne remportoient que de la fumée, & les
derniers qui croyoient le découvrir en employant leurs
Ceremonies Magiques, estoient effrayez par des Lutins qui les
obligeoient à prendre la suite. Ensuite la Renommée
ennemie du Secret, venoit declarer la guerre à Sigalion au son
des Tambours & des Trompettes ; & aussitost on voyoit
paroistre les Ecrivains, Gazetiers, & Colporteurs, qui
s’enroloient sous ses étendards. Bacchus qui hait mortellement
le Secret, amenoit une bande d’Ivrognes pour combattre Sigalion. Les
Enfans, à qui l’indiscretion est naturelle, se mettoient de la
partie, & Momus & les Foux qui vouloient aussi en estre,
paroissoient accompagnez d’une recruë de Bohemiens, qui se
vantoient de venir à bout de penetrer les avantures les plus
secretes. Sigalion se voyant ainsi attaqué de toutes parts, se
prepara à la défense, après avoir
assemblé son Conseil, composé d’Areopagites & de
Pythagoriciens. En même temps les plus grands Capitaines
vinrent luy jurer fidelité, & le firent reverer à
leurs Soldats sous la figure du Minautore, ancien symbole du Secret
parmy les Romains. On donna le soin de l’Hospital de l’Armée
aux Empiriques feudataires du Secret, qui vinrent luy offrir leur
service,& qui en firent l’experience en faisant marcher droit des
Estropiez. Les Vieillards Confidens du Secret, s’estant aussi
presentez pour défendre Sigalion, on les destina à
garder le bagage, & les Plaideurs & les Orateurs qui
amenerent des Troupes de Mensonges, furent mis au Corps de reserve
pour le besoin. Alors Sigalion se vangea différemment de ses
Ennemis. Il fit déchirer Penthée par le Bacchantes pour
avoir voulu découvrir les secrets misteres de Bacchus. Tantale
fut plongé dans un étang par les Furies pour punition
d’avoir revelé les secrets des Dieux. Mercure changea le
Berger Battus en statuë de pierre en presence de quelques
Bergers, afin de les instruire par ce châtiment à estre
plus reservez à garder le secret, & la Boete de Pandore
ayant esté ouverte, on en vit sortir le Demon de la geurre, la
Discorde, la Fuir, & le Desespoir.Vous pouvez juger par tout ce
que je vous dis de la beauté des Entrées. Il s’en fit
une generation dans laquelle Sigalion parut sur un Trône au
milieu de ses Officiers. Tous ses Ennemis chargez de chaînes
relevoient l’éclat de son triomphe. Ce Balet, dont l’ouverture
se fit par les plus illustres Nations de l’Univers, qui
établissant leur politique sur le secret, se preparent
à rendre hommage à Sigalion, ne pouvoit manquer de
plaire en toutes ses parties, puis que le sujet en estoit agreable
& attachant, & que MrColasse, l’un des Maistres de Musique de
la Chapelle du Roy, en avoit fait tous lesAirs. C’est luy qui depuis
la mort de Mr de Lully a fait la Musique des Opera avec le
succés dont je vous ay déjà parlé. Les
Entrées estoient de Mr Pecour, qui depuis deux ou trois ans
travaille aux Entrées de l’Opera, & qui fit le Balet de
Chantilly, lors que Monseigneur le Dauphin y fut regalé avec
la magnificence digne du Prince qui lereçût. On ne peut
dancer de meilleure grace que firent à ce Balet du Secret le
fils deMr le Duc de Villeroy, & celuy de Mr de Saint Vallier. Les
grands applaudissemensqu’on leur donna en furent des marques."
(Mercure galant, août 1689)
Les bons et Reverends peres jesuites viennent de
donner une tragedie et un ballet à Paris. Voicy le titre de
l’un et de l’autre, imprimée : “Polymestor, Tragedie sera
representée sur le theatre du College de Louis le Grand des
peres de la compagnie de Jesus pour la distribution des prix
fondés par sa Majesté, le XVII aout à une
heureaprés midy. Sigalion ou le secret, ballet qui sera
dansé à la tragedie de Polymestor sur lethéatre
du College de Louis le Grand des peres de la compagnie de Jesus,
à Parischez Martin, etc.
Les acteurs de la tragedie ont des noms assés
obscurs, mais les noms qualifiez pourtant en petit nombre sont
reservés au ballet. Entre les six Ecoliers qui y dansent vous
y remarquerés Louis de Villeroy. Ce jour privilegié
hommes, femmes, filles,garçons, abbés, abbesses, moynes
et moynesses, tout y entrera pesle mesle sur le billet de leur
Reverences. Cette confusion donne je ne scay quelle idée de
leur theologie sur tout morale et probabiliste, et de leurs
absolutions precipitées sur toute sorte de cas. Les fenetres
des pensionnaires estoint remplies de petits amphitheatres de femmes
et de filles perchées comme elles pouvoient. La cour
semée de theatres couverts de chaizes de paille que les femmes
et filles meslées avec abbés et moynes et gens detoute
espece louoient vingt sols piece, c’est-à-dire plus cher
qu’aux sermons des bons peres. Quelques jesuites estoint
entremeslés à telle fin que de raison. Tous les
personnages y furent representés au naturel. La Nuict parut
d’abord avec une espece d’habit de benedictins, et on y en railla sur
le theatre des benedictins secrets ou non, car il s’agissoit du
secret, qui est un idole aussy reveré dans la compagnie que
jamais. Certains heretiques percurseurs de equivoques qui disoient
jura perjura secretum pordere noli l’ont pu cultiver. Les Sybilles,
les Phées, les curieux vienent ensuite tout vestus des
livrées propres à leur profession, puis les chimistes
et les sorciers paroissent en ce lieu auguste où l’eau benite
ne leur auroit pas fait peur. Dans la seconde partie les ecrivains,
les gazetiers et les colporteurs se montrent avec des robes de palais
et des sacs de papiers en main. Les yvrognes suivent en habit de
paysans, leur bouteille à la main d’un costé et le
verre de l’autre, à peu pres comme chés le pere
Morophile d’Orléans. On ne pouvoit pas mieux contrefaire
l’yvrogne qu’ils faisoient, tantot beuvant en effet et tantot
bronchant en aparence. Tous ces honnetes gens, disciples et eleves de
la compagnie de Jésus, avoient des masques de careme prenant
à leur visage, en depit de la lettre pastorale du grand de
Gondrin, archeveque de Sens. Aussy estoit-il ennemi juré ou
plutôt chrestien de la Société quand elle
paganizoit pour la remettre dans son devoir. Les enfans, Momus, les
Bohemiens finissent la seconde partie. Dans la troisieme le conseil
de Sigalion, autrement secret, est composé d’Areopagites et de
Pithagoriciens. Les grands capitaines y enseignent l’idolatrie
à leurs soldats, faisant reverer Minotaure. Les Empyriques
feodataires du secret prenent soin de l’hopital del’armée. Les
Vieillards confiden[ts] du secret gardent le bagage. Les playdeurs et
les orateurs emmenent des troupes de mensonges que l’on met au corps
de reserve encas de besoin. La quatrieme [partie] merite d’estre
descrite toute entiere, tant elle est conforme à la profession
religieuse et à l’education de la jeunesse. 1ere entrée
: Sigalion déchaine les Bacchantes contre Penthée, qui
le dechirent pour avoir voulu decouvrir les secrets mysteres de
Bacchus. 2e entrée : par son ordre, des furies plongent dans
un estang Tantale, coupable d’avoir revelé les secrets des
dieux. En vain les amis de ce malheureux prince s’arment pour le
defendre. 3e entrée : il fait sortir de la boëte de
Pandore, ouverte indiscretement, le demon de la guerre, la discorde,
la fureur et le desespoir. 4e entrée : il fait changer le
berger Battus en statue de pierre par Mercure, en presence de
quelques Bergers, qu’il instruit ainsy à estre plus
reservés à garder le secret. La conclusion est par un
Ballet general qui sera dansé aprés la distribution des
prix. Sigalion paroit elevé sur un Trône au milieu de
ses officiers. La Renommée, Bacchus, et Momus et ses autres
ennemis enchainez relevent l’eclat de son Triomphe. (Nouvelles
Écclésiastiques)
Représentations :
- Paris - Grand Auditorium
de la Bibliothèque nationale de France - 19
novembre 2005 - extraits - Étudiants du département
de musique ancienne du Conservatoire national de musique -
Compagnie de danse L'Éclat des Muses -
réécriture des parties intermédiaires et
instrumentation Marie Demeilliez- chorégraphie Christine
Bayle.
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