COMPOSITEUR
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Antoine DAUVERGNE
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LIBRETTISTE
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Jean-François Marmontel
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Tragédie-opéra en cinq actes, sur un
livret de Jean-François Marmontel (*), d'après
une tragédie de Jean Rotrou de 1634, Hercule mourant ou la
Déjanire.
Représentée à l'Académie
royale de musique, le 3 avril 1761, sans grand succès, avec
Sophie Arnould dans le rôle de Iole.
Grimm écrivit que le poème et la musique
ne valaient pas qu'on en parle.
(*) Jean-François Marmontel (1723 - 1799), historien
et écrivain
Personnages : Hercule, Déjanire, son
épouse, Hilus, leur fils, Philoctète, compagnon
d'Hercule, Iole, princesse captive, Lichas, esclave d'Hercule,
Dircé, confidente de Déjanire, Jupiter, Junon, la
Jalousie
Représentations
:
- Versailles - Opéra
Royal - 19 novembre 2011 - en version de concert - Les
Chantres du Centre de musique baroque de Versailles - Les Talens
Lyriques - dir. Christophe Rousset - avec Véronique Gens
(Déjanire), Jaël Azzaretti (Dircé), Jennifer
Borghi (Iole), Andrew Foster-Williams (Hercule), Emilio
Gonzalez-Toro (Hilus), Edwin Crossley-Mercer (Philoctète),
Romain Champion (le Grand-Prêtre de Jupiter), Alain Buet (la
Jalousie)

"Les Grandes Journées
versaillaises consacrées cet automne à Antoine
Dauvergne (1713-1797) ont donc pris fin sur la grandiose chaconne
d'Hercule mourant. Une tragédie, une vraie en principe, avec
héros vaincu et destin sanglant. Echec jadis, ce bel
oublié accédera-t-il à la gloire posthume? Pas
sûr. Car, en 1761, il faut bien l'avouer, on sait faire des
opéras-ballets, des pastorales, des comédies, des
intermèdes, mais la recette de la tragédie est perdue.
Dauvergne s'applique. Il
honore Campra et Rameau, soigne son orchestre, surveille son
récitatif. En vain. Le livret de Marmontel ne tient ni par la
poésie ni par le théâtre, et tout s'y conte
à l'envers : quelques phrases pour la longue
désespérance de Déjanire, deux actes entiers
pour la mort fulgurante d'Hercule - certes achevée dans un
vigoureux « tonnerre et embrasement du bûcher ».
Comme dirait Rousseau: vivement Gluck !
Dommage, car le plateau touche
au miracle. Emiliano Gonzalez Toro n'est que tendresse dans les
scènes du fils amoureux et son « Alcide expire» est
d'un maître. La prisonnière Iole va comme un gant
à la fraîche Julie Fuchs. Les comparses (Jaël
Azzaretti, Jennifer Borghi, Romain Champion, Alain Buet) ne sont pas
moins heureux. Couple royal : Andrew Foster-Williams en homme de
marbre, Véronique Gens en épouse
déchirée, tous parfaits de couleur et de verbe. Au
sommet, le baryton Edwin CrossleyyMercer triomphe en
Philoctète. Ajoutez un joli chœur (les Chantres du CMBV) :
hormis de pauvres cuivres, pas un vice à déplorer.
Christophe Rousset conduit l'affaire d'une main légère.
Et s'il ne peut rien pour cette non-tragédie, du moins en
exalte-t-il le vrai trésor - ses menuets, ses gavottes, ses
airs gracieux où Dauvergne, sans égaler Rameau,
s'accomplit. Quelques retouches demain et le disque (bientôt
chez Aparté), à dééfaut de sang versera
son miel. Inédit de surcroît."
"Le héros mythologique
qui a pendant tout le Grand Siècle incarné
l'idéal vertueux auquel s'assimile le Roi, se livre sans fard
ici dans sa fragilité fatale. Dès lors, avec Hercule
mourant, Dauvergne exprime les derniers soupirs de l'opéra
royal usé... et pourtant par des accents visionnaires, Hercule
mourant annonce aussi la réforme à venir, celle des
années 1770, sous l'action d'un étranger, invité
par Marie-Antoinette à la Cour de France, Gluck... C'est une
partition tragique qui dévoile cet éclectisme et cette
érudition libre dont l'écriture de Dauvergne regorge;
il faut bien une palette riche voire flamboyante pour articuler une
action compliquée, empruntée aux passions
mythologiques: Déjanire entend reconquérir Hercule /
Alcide qui en aime une autre: Iole, la propre fiancée de son
fils, Hilus. Déjanire offre une robe empoisonnée par le
sang versé du centaure Nessus, à Hercule qui en la
revêtant, expire et meurt...
A ce tableau familial
funèbre, Dauvergne sait apporter sa propre vision musicale,
à la fois puissante et draamtiquement très aboutie. On
y décèle la vitalité éruptive des
symphonistes de Mannheim (en particulier pour l'évocation des
divinités Junon et Jupiter lors de leurs apparitions depuis
les cintres); des trouvailles géniales rehaussant ce
pathétique déchirant qui plut tant au public (marche
initiale au V), y compris dans la musicalité des
récitatifs au dramatisme glaçant et percutant. De fait,
Dauvergne illustre le mieux la quête du sublime
théâtral: sa plume mâle, sombre, noble favorise
l'éclosion d'un pathétique hypnotique, dont
l'intensité annonce Gluck."
"En exhumant en version de
concert cet Hercule mourant (livret de Marmontel) donné
à l'Académie Royale en 1761, Christophe Rousset et Les
Talens Lyriques, assistés des Chantres du CMBV, ont donc eu la
main heureuse. Dauvergne, à 48 ans, est alors dans la
plénitude de ses moyens, compositeur reconnu par ses pairs et
qui s'apprête à prendre en charge la première
société de concerts du temps: le fameux Concert
Spirituel (il y restera en fonction jusqu'en 1773). Au contraire
d'autres auteurs qui, tel Mondonville, ciblent le léger et le
brillant, Dauvergne revendique ici un style noble et dramatique, en
successeur de Rameau. En tout cas, de nombreux contemporains y
entendirent des «accents mâles et vigoureux, un ton
véritablement pathétique et une aspiration au
sublime» dont le XVIIIème siècle cherchait dans le
même temps la définition. Pour autant, à ces
louanges, succéda vite la polémique, les sceptiques
s'étonnant de sortir de l'ouvrage «sans en retenir un
seul air (...) avec une ouverture faible et sans dessin que ne
rachetaient pas quelques trop rares traits vifs et
dansants».
Aujourd'hui, les choses se
sont depuis longtemps décantées et l'ouvrage de
Dauvergne marque une date à la fois dans sa carrière
musicale et dans l'évolution stylistique du concert parisien.
Plus exactement, le compositeur semble y chercher une voie nouvelle
à la tragédie lyrique. A l'heure où les genres
légers et de divertissement prennent le pas sur la grande
tradition dramatique de l'Académie royale, Dauvergne y tente
l'expérience d'un «sublime tragique», avec le
mérite d'anticiper sur le style des drames de Gluck,
précédant, pressentiment qui n'est pas mince, le cours
de l'histoire.
Venons-en à la lecture
de Christophe Rousset qui se soucie toujours du crédible.
Privé des atouts de la représentation
théâtrale, notre chef-claveciniste ne lâche rien
en l'occurrence, trouvant des trésors d'inventivité
dans le «suivi» de la ligne de chant de ses
interprètes et dans le jeu harmonique de l'orchestre. De ce
point de vue, le collectif des Talens Lyriques est une machine
parfaitement rodée et huilée, à travers un
réseau d'affinités dont peu d'ensembles baroques
offrent l'équivalent. Ce faisant, une ligne
émotionnelle se dégage, attentive à l'essentiel
sans ignorer l'accessoire, et toujours propre à élever
ou à ravir l'âme, selon le voeu des
Encyclopédistes.
Aussi bien, tout favorise ici
le dessein du maître d'oeuvre. A l'orchestre d'abord, comme on
vient de l'écrire (la fluidité arcadienne des
flûtes et hautbois, l'éclat olympien des cors,
trompettes et timbales), au choeur ensuite, superbe
d'homogénéité et de ferveur; outre, cerise sur
le gâteau lyrique, un plateau de solistes où il n'y a
que du bonheur à cueillir, avec une Véronique Gens
royale en Déjanire affligée, égarée, un
Emiliano Gonzalez Toro hautement plausible dans l'emploi d'Hilus (le
fils d'Hercule et de Déjanire) et une Jaël Azzaretti
inattaquable dans les seconds rôles. Enfin, mention très
bien à Alain Buet, tour à tour Jalousie insidieuse et
Jupiter glorieux et performance méritoire du baryton-basse
Andrew Foster-William dans le rôle parfois éprouvant
d'Hercule. Nonobstant les inévitables critiques
émanées du clan des baroqueux tristes, voilà le
genre de réveil qui ne peut que servir les causes
conjuguées du répertoire des Lumières et du
dossier lyrique."
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