COMPOSITEUR
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Henry DESMAREST
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LIBRETTISTE
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Jean-Baptiste Rousseau
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ENREGISTREMENT
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EDITION
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DIRECTION
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EDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DETAILLEE
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2006
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2007
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Christophe Rousset
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Ambroisie
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2
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français
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Tragédie en musique en cinq actes et un
prologue, sur un livret de Jean-Baptiste Rousseau (1670 - 1741).
Desmarest la dédia à Louis XIV.
La création eut lieu à l'Académie
royale de musique, en avril 1697, avec une distribution
réunissant Du Mesny (Adonis), Hardouin (Mars), Marie-Louise
Desmatins (Cydipe), Marthe Le Rochois (Vénus).
L'oeuvre n'eut qu'un faible succès, et ne connut
que douze représentations.
Le mythe d'Adonis est issu des
Métamorphoses d'Ovide, dont s'étaient notamment
inspirés le poète napolitain Marino pour son
Adone, dédié à Louis XIII (1623), puis La
Fontaine pour son Adonis (1658). Rousseau le modifia en
faisant d'Adonis le roi de Chypre et en introduisant le personnage de
Cidippe.
Des reprises eurent lieu à Lunéville, au
théâtre de la cour de Lorraine, le 15 novembre 1707,
à l'occasion de la fête du duc Léopold de
Lorraine, à la cour de Bade-Durlach en 1713, puis à La
Monnaie de Bruxelles le 4 novembre 1714.
L'oeuvre fut reprise à l'Académie royale
le 17 août 1717, devant la duchesse de Berry, avec une
distribution réunissant : Mlle Joubert (Parthenope, Nymphe),
Mlle Poussin (Mélicerte, Nymphe), Le Mire (Palémon,
Pasteur), Mlle Milon (Vénus), Mlles Pasquier et Limbourg
(Bergères) dans le Prologue ; Cochereau (Adonis), Mlle Antier
(Cydipe), Mlle Journet (Vénus), Thévenard (Mars),
Murayre (Suivant de Mars), Dun (la Jalousie), Mlle Poussin
(Bellonne), Guesdon (un Habitant), Muraire (un Plaisir), Mlles
Pasquier et Limbourg (Habitantes), Boulay (Habitant), Mlle Constance
(Habitante).
Les danseurs (dont Dumoulin, Pécourt),
figurèrent les Habitants de l'Isle de Cythère (Acte I),
la Suite de la Jalousie (Acte II), la Fête de Vénus
(Acte III), des Guerriers et des Peuples (Acte IV), les Peuples
d'Amathonte (Acte V).
L'oeuvre fut donnée à Hambourg en 1725,
en français, avec un livret franco-allemand, et avec un
prologue comique en allemand, et à Lyon en 1739.
"La scene du Prolog. est une
plaine bornée par la vue de Marly; deux Nymphes & le
Pasteur Palémon en sont les interlocuteurs. On n'a remis cet
Opéra au Théatre qu'une seule fois, en 1717." (de
Léris)
Personnages : Adonis, fils de Cinyras, roi de Chypre ; Cydipe
(*), princesse du sang des rois de Chypre ; Vénus
; Mars ; la Jalousie ; Bellone
(*) ou Cydippe
Synopsis
Prologue
Une plaine bordée par
la vue de Marly. A l'aube.
Le pasteur Palémon et les
nymphes Mélicerte et Parthenope appellent les bergers à
jouir de leurs plaisirs simples, à l'abri de la guerre,
grâce au "plus grand roi du monde" toujours victorieux, et
à profiter de l'amour. Le ballet des Bergers est interrompu
par Diane sur son char, quiq propose d'illustrer les dangers de
l'amour par l'histoire tragique d'Adonis.
Dans l'île de
Chypre
Acte I
Le côté de la
forêt d'Ida, le plus près d'Amathonte, et au loin un
temple consacré à Vénus
(1) Seule, Cydipe se lamente car
elle aime Adonis en secret, et cet amour n'est pas partagé.
(2) Arrive Adonis, qui s'étonne qu'elle ne se prépare
pas aux fêtes voulues par Vénus qui va nommer le nouveau
roi de Chypre. Adonis comprend que Cydipe souffre d'amour et la
plaint, lui qui y est indifférent. (3) Ils sont rejoints par
le peuple qui vient célébrer Vénus. Les
habitants de l'île témoignent par des danses la joie que
leur donne l'espoir de voir leur déesse. (3) Vénus
annonce qu'elle a choisi Adonis pour roi, et le convie à se
rendre au palais. (4) Vénus avoue sa flamme pour Adonis
à Cydipe. Celle-ci la met en garde contre la colère de
Mars.
Acte II
Le palais des rois de
Chypre
(1) Seuel, Adonis se reproche
l'amour qu'il sent monter pour la divinité. (2) Vénus
le rejoint et devine qu'il est touché par l'amour. Elle
déploie tous ses charmes et lui avoue qu'elle l'aime.
Vénus décide qu'une fête doit faire
connaître leur amour mutuel. (3) Vénus, toute heureuse,
apprend à Cydipe qu'Adonis répond à sa flamme.
(4) Cydipe reste seule, torturée par la jalousie. Elle invoque
la vengeance de Mars. (5) La Jalousie vient répondre à
l'appel de Cydipe. Elle appelle les Soupçons et les Furies
à accomplir leur oeuvre. (6) La Jalousie et sa suite, les
Soupçons, le Dépit, la Fureur, le Désespoir, la
Haine expriment leur joie des ordres reçus d'aller apporter le
trouble.
Acte III
Un jardin que Vénus a
fait orner pour la fête qu'elle prépapre à
Adonis
(1) Mars s'inquiète des
préparatifs de fête. (2) Mars explique à un
Suivant que la descente de Vénus sur terre a
éveillé sa jalousie. Entendant Vénus il se cache
pour essayer de savoir quel est son rival. (3) Vénus et Adonis
arrivent accompagnés de leur suite, et chantent leur amour.
Les Grâces, les Plaisirs, et la jeunesse galante de l'île
viennent leur rendre leurs hommages. Ils s'interrompent et s'enfuient
à la vue de Mars. (4) Mars fait part de sa colère
à Vénus qui feint l'innocence. Puis elle le prend de
haut, et Mars finit par se calmer. Vénus annonce qu'elle va se
rendre à Paphos. (5) Mars est pleinement rassuré. (6)
Cydipe survient et le détrompe. Mars se rend compte qu'il a
été aveuglé. Tous deux préparent leur
vengeance.
Acte IV
La ville
d'Amathonte
(1) Vénus croit avoir
trompé Mars et rassure Adonis. Elle lui annonce qu'elle doit
aller à Paphos pendant une journée pour les fêtes
données en son honneur. (2) Adonis se plaint d'être
abandonné. (3) Mars et Cydipe menacent Adonis. Mars est
prêt à le tuer, mais Cydipe intervient,
préférant se sacrifier à la place d'Adonis. Mars
accepte de surseoir, mais veut étendre sa colère
à l'ensemble des habitants de l'île. (4) Mars appelle
Bellone pour qu'elle apporte la désolation. (5) Bellone
répond à son appel avec empressement. (6) Les suivants
de Bellone, un poignard dans une main, des torches alllumées
dans l'autre, portent le ravage dans Amathonte, et poursuivent les
habitants. Mars leur demande d'épargner Adonis. Il invoque
Diane, pour qu'elle punisse elle-même celui qui a trahi ses
lois, sous les coups d'un monstre furieux.
Acte V
Les ruines d'Amathonte, et les
campagnes voisines
(1) Mars est satisfait : Diane a
préparé le trépas d'Adonis. On entend le choeur
hurler sous les coups du monstre. Mars savoure sa vengeance. (2)
Cydipe demande à Mars d'intervenir, mais celui-ci refuse et
remonte au ciel. (3) Adonis rencontre Cydipe alors qu'il va combattre
le monstre. (4) Restée seule Cydipe est
désespérée. Mais le choeur lui apprend qu'Adonis
a vaincu le monstre. (5) Le peuple d'Amathonte rend grâces
à la bravoure d'Adonis. Vénus, revenue de Paphos,
descend de son char au milieu des danses et des acclamations. (6)
Vénus est impatiente de retrouver Adonis. (7) Cydipe lui
annonce qu'elle est sa rivale, et que c'est elle qui a
réveillé la haine de Mars. Elle lui apprend aussi que
le monstre, réanimé par Diane, a tué Adonis.
Puis Cydipe se tue. (8) Vénus et le choeur se lamentent.
Représentations :
- Opéra de
Nancy - 28, 30 avril, 2, 4, 6 mai
2006 - Les Talens Lyriques - Choeur de l’Opéra de Nancy et
de Lorraine - dir. Christophe Rousset - mise en scène
Ludovic Lagarde - dramaturgie Pierre Kuentz - décors
Bernard Quesniaux - costumes Virginie et Jean-Jacques Weil -
lumières Sébastien Michaud - chorégraphie
Odile Duboc - avec Karine Deshayes (Vénus),
Sébastien Droy (Adonis), Anna-Maria Panzarella (Cidippe),
Henk Neven (Mars), Ingrid Perruche (Bellone), Laure Baert (Une
Habitante de Chypre, Une Voix), Yu Ree Jang (Une Habitante de
Chypre, Une Nymphe), Ryland Angel (Un Suivant de Mars), Anders
Dahlin (Un Habitant, Un Plaisir) Jean Teitgen (La Jalousie, Un
Habitant)

- Opéra Magazine
- juillet/août 2006 - 4 mai
2006
"L'Opéra de Nancy a
produit un événement grâce au Centre de Musique
Baroque de Versailles, Vénus et Adonis a connu sa
première présentation moderne et a surgi, immense,
à notre émerveillement. Ecrit en 1697, cet ouvrage
s’appuie sur le modèle lulliste (cinq actes
précédés d’un prologue, ici étonnamment
omis), pour mieux le transgresser, ne serait-ce que par sa fin
désespérée. Cette transgression rappelle celle
que Monteverdi a imposée au madrigal : l’injection d’une forte
subjectivité, dans chaque rôle ou ligne musicale, fait
imploser la forme. La puissante écriture du compositeur
relève ce défi : Desmarest, figure passionnée et
passionnante, entrelace oreille polyphonique et contrapuntique,
aptitude à projeter un personnage sur la scène et
maîtrise imparable du temps dramatique. Le résultat est
enthousiasmant.
Hélas, Ludovic Lagarde,
intéressant metteur en scène au théâtre,
s’est dès le départ fourvoyé. S’affranchissant
de toute dramaturgie « à l’ancienne », il a
sous-évalué le rigide cadre constitutif de la
tragédie lyrique et a négligé de lui substituer
un équivalent fort. Délaissant l’inscription dans le
temps (politique et artistique) louis-quatorzien au profit d’une
scénographie atemporelle, il a mis en oeuvre une narration
distanciée des passions humaines. Ce faisant, son
écriture dramaturgique a oublié combien Desmarest avait
créé, pour chacun des quatre personnages principaux,
une incandescente tension entre les sentiments qu’il leur
prêtait et l’immense fatum qui les contraignait. Mus en marionnettes
sans fil et sans énergie profonde, les interprètes
(chanteurs et danseurs) ont donc
erré dans un cadre
scénographique (élégant, dans des teintes
claires), chorégraphique (d'Odile Duboc ne surgit que l’aspect
le plus post modern dance) et théâtral dont la
transparence révèle une lassante vacuité de
contenu. Une nouvelle preuve est ici apportée :
représenter une tragédie lyrique - sauf à la
mutiler - nécessite son inscription historique ; après
cela, libre au metteur en scène d’en choisir la
période.
Heureusement, Christophe
Rousset a réalisé un travail musical qui, sous tous ses
aspects, mérite la gravure phonographique. Conduisant le
très mobile Choeur de l’Opéra de Nancy et ses Talens
lyriques (particulièrement affutés et
homogènes), il a été le maître de cette
représentation. La tension dramatique de la partition a ici
trouvé son ardente manifestation, relayée par un choix
impeccable de chanteurs qui, tous, sont parvenus à se frayer
un beau chemin malgré le carcan de la production. Avec sa
longue tessiture bien maîtrisée et son indéniable
sens théâtral, Karmne Deshayes présente une
Vénus amoureuse et manipulatrice, face à la Cidippe
ardente et bouleversante d’Anna-Maria Panzarella. Par sa
fraîcheur juvénile, Sébastien Droy rend plausible
le parcours affectif d’Adonis tandis que Henk Neven campe un subtil
Mars. En l’espace d’une scène, Ingrid Perruche (Bellone)
montre enfin l’ampleur de sa nature vocale et
dramatique."
- Crescendo - mai/juin 2006
"Après Lully, avant
Rameau, Henry Desmarest est injustement resté dans l’ombre. La
représentation de Vénus et Adonis (1697) à
l’Opéra de Nancy a permis d’apprécier sur
pièces, les qualités de cette musique. A commencer par
la vitalité, la fraîcheur et la grande beauté du
texte. Le livret, né de la plume acérée du
poète Jean-Baptiste Rousseau, se place dans la filiation de la
flexible langue de Quinault, relevée d’un zeste de
spontanéité, ce qui donne un résultat percutant
avec un minimum de moyens. Si la structure dramatique n’est pas
exempte de faiblesses (importance des divertissements, statisme des
interventions de certains personnages), elle sert néanmoins
parfaitement la dynamique de l’argument si bien que l’auditeur se
surprend plus d’une fois à partager les ardeurs et les
désespoirs de Vénus, amoureuse du mortel Adonis, ou le
dépit de la princesse Cidippe. La scène des amours de
Vénus et Adonis, la colère de Mars ou encore le suicide
de Cidippe offrent des moments enchanteurs. On regrettera, bien
sûr, la suppression du Prologue. Quant aux décors et
costumes “intemporels”, s’ils ne contredisent pas le contenu musical
et parviennent même à créer des camaïeux de
lumière fort poétiques, ils auraient pu faire l’impasse
sur les habituelles fautes de goût (coprins chevelus
géants, monticules fumants, brigades du GIGN, sans oublier les
allusions sexuelles - Vénus oblige?). La déesse -
Karine Deshayes - au timbre chaud et au phrasé ductile, joue
de la sensualité, de la rouerie, des contrastes, avec beaucoup
de style. Anna Maria Panzarella soutient l’emploi écrasant de
Cidippe, de sa diction impeccable, lui prêtant une
présence émouvante dans le dernier acte, même si
le timbre reste uniforme et, surtout, affecté d’une
émission inégale (trémolos comme des larmes dans
la voix.., ce qui correspond au personnage!).
Adonis est incarné par
le jeune ténor Sébastien Droy dont la voix charnue, la
diction ample, la vaillance et l’équilibre laissent
présager de belles prises de rôle. Ingrid Perruche,
vengeresse fugitive, seconde un dieu Mars (Henk Neven) bon acteur
limité par une articulation hasardeuse. Les rôles
secondaires comme les choeurs participent du même engagement
collectif. De leur côté, la chorégraphe Odile
Duboc et ses danseurs parviennent à se fondre dans la musique
sans singer le Grand Siècle. Un tour de force! La direction de
Christophe Rousset architecture solidement l’ensemble : attentif, il
insuffle une ample respiration à la partition. Les Talens
Lyriques bénéficient de l’installation scénique
rehaussée, instaurant ainsi une cohésion acoustique
appréciable entre la scène et la salle. Enfin,
l’ouvrage de présentation dirigé par Jean Duron du
Centre de Musique Baroque de Versailles et Yves Ferraton (Mardaga),
propose un commentaire aussi passionnant qu’exhaustif. C’est dire
qu’on est en présence d’une approche du compositeur
appuyée sur des études approfondies,
exécutée par des interprètes et metteur en
scène, tous, bons connaisseurs et amoureux de ce
répertoire, à l’opposé du sort musical fait
à Donizetti il y a quelques mois. Un succès qui honore
grandement la scène lorraine autant que le Lorrain d’adoption
que fut Desmarets! "
- Classica - juin 2006 - 28 avril 2006 - La mise en scène bien pauvre de Ludovic
Lagarde
"Christophe Rousset avait
redonné en 1999 la Didon de Desmarest, tragédie
à haute teneur émotionnelle. On attendait avec
intérêt cette nouvelle exhumation. Le choc musical est
certain : Desmarest était appelé à devenir le
digne successeur de Lully. Dommage que ses amours sulfureuses l’aient
conduit à l’exil. Un tempérament voluptueux irrigue la
partition riche en duos charnels où Adonis et ses femmes,
la princesse Cidippe, la déesse Vénus, rivalisent
d’assauts. L’acte III, tout entier dévolu à l’amour,
est une variation de danses lascives construites sur un tendre la
mineur. Ce jardin des tentations préfigure presque le
Venusberg de Tannhaüser ou le deuxième acte de Parsifal.
De bout en bout, passacailles enamourées et plaintes
suffocantes de désir chantent l’érotisme. Rousset et
les siens excellent à en restituer les tensions. Une
perfection audible dans les récitatifs aux tempos
appariés à la complexité de chaque personnage,
ou dans la reprise de danses toujours variées mais jamais
répétées. Le plateau est de haute lice. Les
rivales, Vénus (Karine Deshayes) et Cidippe (Anna Maria
Panzarella) s''affrontent de leurs sopranos à la
brûlante couleur mezzo et ravissent la vedette aux hommes, beau
(l’Adonis de Sébastien Droy) ou bien timbré (le Mars de
Henk Neven).
On est plus dubitatif quant
à la mise en scène de Ludovic Lagarde. Si le livret
torride évite le bordel SM, la déclinaison des couleurs
de l'anémone (rouge, lilas, jacinthe, fuchsia, safran, azur),
fleur en laquelle, selon Ovide, Adonis se métamorphosa,
souffre d’une évidente pauvreté de moyens. Etendoirs de
linges baba cool au premier acte, tachisme vaginal au second acte,
phallus au troisième et cubisme infernal au quatrième,
ces visions ne titillent guère l’esprit. Quant au final, un
frère de celui de l’Atys de Lully, il ne rattrape pas l’ennui
visuel."
- Diapason - juin 2006 -
Atmosphère, atmosphère
"Six ans après avoir
exhumé sa Didon, Christophe Rousset revient à Desmarest
avec Vénus et Adonis, cette fois mis en scène, à
Nancy. Le titre suggère une grande pastorale à
mi-chemin entre Blow et Charpentier, mais Desmarest
préfère construire sur le récit d’Ovide une
tragédie lyrique en bonne et due forme. Toute la
singularité de Vénus et Adonis est ici, dans ce
décalage entre la matière et le moule. Le récit
des Métamorphoses est développé avec à la
place du fatal sanglier un couple de jaloux, Mars, amant
légitime de Vénus, et la princesse Ciddipe, confidente
de la déesse et, comme elle, éprise du plus beau des
mortels. Personnage inventé de toutes pièces, elle
devient le moteur du drame, attisant par trois fois la colère
de Mars : il tuera son rival, et Ciddipe, folle d’amour et de haine,
annoncera la nouvelle à Vénus avant de se suicider sous
ses yeux, «Trop heureuse de voir la fin de mes malheurs, /
Tandis que le rang d’immortelle / Te condamne à souffrir une
peine éternelle ». Déploration de l’immortelle et
du choeur. Rideau.
Dans les décors
légers de Bernard Quesniaux (Tissus flottants rouges et
violets au 1, champignons géants et filiformes turquoise au
III, composition glaciale tout en petits carrés rouges sur
fond noir au V), la distribution de Nancy frôle la perfection,
et pourtant Anna Maria Panzarella éclipse tout le monde. Par
son instinct dramatique, tout de noblesse, de droiture, de douleur
contenue, qui va comme un gant à Ciddipe. Aussi parce que
cette princesse discrète, qui explose quand sa carapace se
morcelle, est le seul véritable personnage d’un livret bancal,
démesuré entre deux divinités et cet Adonis
toujours passif. Il fallait du charme pour les rôles-titres :
Sébastien Droy et Karine Deshayes en ont à revendre,
elle somptueuse et capable d’une vraie tendresse en allégeant
un riche mezzo, lui nouveau venu dans le monde baroque et
déjà maître d’une déclamation parfaite.
Autre révélation, le baryton hollandais Henk Neven,
timbre noir et tranchant, à qui l’on souhaite seulement de
vite se perfectionner dans notre langue. Panoplie luxueuse de petits
rôles, avec notamment Ingrid Perruche et Anders Dahlin — que
vient faire ici Ryland Angel, toujours aussi
débraillé?
Rousset façonne des
danses impeccables et savoure les récits accompagnés
dont Desmarest a truffé la partition. Ludovic Lagarde
règle une mise en scène lisible autant que sensible on
regrette seulement qu’il néglige l’opposition des humains et
des dieux, sur laquelle reposent les fragiles premiers actes,
redoutablement dilués — on comprend vite pourquoi la Cour a
failli quitter la salle au troisième acte lors de la
première. Les chorégraphies d’Odile Duboc n’arrangent
rien, lentissimes, comme « dénervées », et
l’on sort de l’Opéra de Nancy heureux d’avoir découvert
l’incroyable Ciddipe et une musique si agréable, en se
demandant toutefois si cet opéra essentiellement «
atmosphérique », malgré quelques scènes et
le dernier acte, gagnait à être mis en
scène."
- Forum
Opéra - 28 avril
2006
"La recréation de
Vénus et Adonis du Lorrain d’adoption Henry Desmarets est l’un
des évènements de la saison nancéenne, et bien
dans la ligne d’une programmation qui sait emprunter des chemins peu
fréquentés. En témoigne l’affluence de «
beau monde » pour la première du 28 avril.
Le premier héros de la
soirée est donc Desmarest, parfois surnommé « le
petit Marais », dont on connaît désormais bien les
grands motets, moins les compositions lyriques. Page de la Chapelle
du Roi, talentueux, Henry Desmarest démarre une
carrière prometteuse sous la bienveillance de Delalande, qui a
remplacé Lully, décédé, à la
musique du Roi. Sont créées Didon, Circé,
Théagène et Cariclée, Les Amours de Momus. Mais
en 1697, à la suite du décès de sa femme,
Desmarest s’entiche sérieusement de l’une de ses
élèves, Marie-Marguerite de Saint-Gobert, au point de
lui promettre le mariage, de l’engrosser d’un fils qui mourra en bas
âge, et, sans attendre le résultat du procès que
lui intente le père, d’enlever la belle – puis l’aventure
devient plus calme, qui voit les amants unis par le mariage jusqu'au
décès de Marie-Marguerite en 1727. Condamnation
à être pendu, en effigie qu’on se rassure, fuite en
Espagne, puis, après la dissolution par Philippe V de la
troupe de musiciens français, en Lorraine, où Stanislas
le nomme surintendant de la musique. Les lorrains d’aujourd’hui ont
tout lieu de chérir Desmarest, qui inaugura en 1709
l’opéra de Nancy (avec Astrée), y créa quelques
opéras ponctuant les musiques de cour de Lunéville, et
mourut dans ce même château de Lunéville,
fidèle à ses hôtes malgré la levée
des condamnations lui interdisant Paris.
Vénus et Adonis est
composé en pleine tourmente due aux amours illicites du jeune
Desmarest, et l’on devine sans peine ce qui l’inspira dans le beau
duo de Vénus et Adonis à l’acte II. C’est à
Christophe Rousset que Laurent Spielmann a confié la
partition, préalablement restituée par Jean Duron. Les
Talens Lyriques sont en plein forme, le continuo très (trop ?)
présent et actif, la direction de Rousset toujours aussi
précise et analytique envers des troupes d’une
ductilité magnifique. L’attention à l’équilibre
interne des timbres, mais aussi à celle du plateau et de la
fosse, est constante. Mais ce pointillisme a ses revers : on aurait
souhaité par moments moins de prudence, plus d’influx, de
dynamiques, de rythme. Quant à la partition, si elle
n’égale pas dans son ensemble les plus belles pages de Lully
ou Rameau, elle recèle des moments magnifiques, comme le duo
de Vénus et Adonis au début de l’acte II, conversation
intime et séductrice parée dans des atours
élégants ; ou encore les cinq airs sur une longue basse
de passacaille du début de l’acte IV ; ou encore le
récitatif accompagné tourmenté de Cidippe,
« Il me fuit ! Dieux ! Quelle rigueur ! » à l’acte
V.
Plateau vocal féminin
superlatif. Karine Deshayes incarne idéalement la pulpeuse
Vénus. Timbre rond, sincérité magnifique, elle
semble un peu contrainte au début, puis se libère
somptueusement à partir de l’acte II. Anna-Maria Panzarella
construit de Cidippe un portrait riche et touchant, agaçante
au départ par ses plaintes mondaines, puis de plus en plus
humaine, violente et tragique, timbre très personnel,
intonation et diction d’une stupéfiante précision.
Notable Ingrid Perruche, chichement distribuée, dans le court
rôle de Bellone, élocution d’un naturel confondant. Du
côté masculin, on est plus convaincu par la Jalousie
diabolique de Jean Teitgen que par le Mars construit mais peu
puissant du baryton Henk Neven. Mais c’est le – beau – ténor
Sébastien Droy qui, fidèle à son rôle,
séduit le plus, et pas seulement par sa plastique : le timbre
est d’une belle richesse. Mention particulière pour des
seconds rôles investis et remarquablement
caractérisés, notamment le duo féminin de Laure
Baert et Yu Ree Jang (quelle qualité de diction pour cette
dernière !). Très sollicités, les danseurs
évoluent sur une chorégraphie intemporelle de Odile
Duboc, toute de frôlements et d’enroulements
sensuels.
On sera moins enclin à
la louange pour la mise en scène. Les longs moments
d’intermèdes laissent les chanteurs un peu esseulés,
les chœurs notamment à qui, dans leurs longs voiles (ou
pyjamas ?), il ne manquerait guère qu’un joint pour rejoindre
illico un sérail hippie. D’autant plus dommage que leurs
interventions sont particulièrement réussies
vocalement. Ludovic Lagarde crée des ambiances
colorées, soigne l’allusif, ouvre le plateau sur une penderie
aux tons indiens (mauve, rose) soigneusement dégradés.
Problème : ça ramollit la musique ; ça noie
l’ouvrage dans une eau de roses alanguie que vient contredire le
rouge Betty Boop de Vénus. Puis – Hollywood oblige – arrive
Groucho Marx, je veux dire la Jalousie, et sa troupe d’automates aux
sourcils épais, et costards de mafieux. Que viennent
contredire à leur tour les costards blancs immaculés de
Mars et de ses séides. Champignons et méduses que l’on
suppose venimeuses, chiches paillettes tombant du ciel, Vénus
jouant à la pin-up Canal+ sur un champignon bleu-vert, caillou
crachant un pet de vapeur… Commando cagoulé d’un goût
douteux, ralenti cinématographique sur fond de karaté….
Deux gros yeux globuleux façon Tex Avery… Dans tout ce kitsch
au mieux drôle, au pire ridicule, on ne voit pas très
bien où veut en venir Lagarde : Distanciation ou pas ? L’œuvre
se prête-t-elle vraiment à la parodie ? On en doute, en
tout cas la partition lutte constamment contre ce choix. Et le simple
fait de se poser la question y répond : si parodie il y a,
elle ne fait pas rire, si premier degré il y a, il est
grotesque. La sensualité des chanteurs et de l’orchestre nous
semble une meilleure lecture. "
"Totalement baroque avec des
résonances étonnamment modernes. La tragédie
lyrique « Vénus et Adonis », composée par
Henry Desmarest en 1697 et présentée actuellement
à l'Opéra national de Lorraine à Nancy
bénéficie de l'efficace direction de Christophe
Rousset, à la tête de son ensemble les « Talens
lyriques » et d'une mise en scène joyeuse et
colorée de Ludovic Lagarde.
Le livret de Jean-Baptiste
Rousseau s'inspirant des Métamorphoses d'Ovide raconte comment
Vénus réussit à séduire Adonis qui avait
pourtant promis à Diane de rester insensible aux charmes
féminins. La drague divine s'opère sous les yeux de
Cidippe qui en pince pour le bel Adonis. Pour se venger, celle-ci
attise la jalousie de Mars, l'époux de Vénus. La
déesse de la beauté évite temporairement la
scène de ménage, en assurant à son mari qu'elle
n'est qu'une allumeuse et qu'elle a agi pour exciter l'amour de son
unique dieu. Quand Mars se rend compte qu'il a été
roulé dans la farine, il déchaîne les
armées de Bellone. Il appelle aussi Diane à la
rescousse, qui dépêche un monstre pour croquer tout cru
l'aventureux Adonis. De douleur, Cidippe se fait
hara-kiri.
Un drame servi dans une
magnifique langue du XVIIe siècle, avec un traitement de la
psychologie des personnages qui le rend intemporel. C'est ce qu'a
voulu faire ressortir Ludovic Lagarde en habillant
les protagonistes en vêtements de notre
époque, tout en les plaçant dans un décor
poétique de tissus subtilement colorés dans des tons
pastels et d'éléments dessinés et peints par
Bernard Quesniaux. A l'acte 3, dans le jardin où Vénus
s'apprête à recevoir son amant, se dresse un immense
coprin dont la symbolique n'a pas besoin d'explication. Un curieux
autel appelle à la célébration du culte de
l'amour, tandis que des confessionnaux faits de toiles vaporeuses
laissent deviner de charnels péchés. Il faut saluer le
très beau travail de lumière.
Musicalement, la partition qui
ménage une majestueuse ouverture à la française,
et de beaux airs de charme (Vénus et Adonis), de douleur
(Cidippe) et de colère (Mars et Bellone) fait l'objet d'un
remarquable traitement, tant de l'orchestre des Talens Lyriques
dirigé par Christophe Rousset que du plateau très
homogène. Karine Deshayes campe une Vénus vocalement
séduisante. Anna-Maria Panzarella donne au désespoir de
Cidippe beaucoup d'émotion. Adonis a trouvé en
Sébastien Droy un interprète parfaitement convaincant.
En Mars, Henk Neven a une belle prestance, même si le terrible
dieu de la guerre manque un peu de coffre et l'apparition d'Ingrid
Perruche dans le rôle de Bellone fait regretter que le
compositeur n'ait pas réservé un rôle plus
important à la partenaire de Mars. Les seconds rôles et
le choeur méritent de chaleureux applaudissements, tout comme
les danseurs d'Odile Duboc. La chorégraphe a réussi
à couler des mouvements modernes dans le moule de la musique
baroque.
Tout concourt à la
réussite de cet ouvrage et, pourtant, les divines langueurs
ont l'éternité devant elle, alors que les mortels
auditeurs, eux, se prennent parfois à mesurer le
temps."
- Concertclassic
- 2 mai 2006 - Ménage à trois chez les dieux
"Décédé
à Lunéville le 7 septembre 1741, il était normal
que l’Opéra National de Lorraine rende hommage à Henry
Desmarest, compositeur qui, avec Le Temple d’Astrée, inaugure
le nouvel Opéra de Nancy en 1709. Crée en 1697
Vénus et Adonis retrouve une nouvelle jeunesse grâce
à la complicité de Christophe Rousset. La musique fort
belle louche du côté de Monsieur de Lully, avec
peut-être ce manque de concision qui fait le charme du
surintendant de Louis XIV. Le spectacle mis en scène par
Ludovic Lagarde est des plus convenu. Rien de spectaculaire dans
cette conception, un peu de magie et de machinerie auraient
animées un spectacle fort beau plastiquement mais sur lequel
plane un ennui certain. Heureusement pour nous le plateau
réuni pour la circonstance est de haut niveau.
Sébastien Droy que l’on
avait pu applaudir « in loco » dans le comte Almaviva, nous
gratifie dans le personnage d’Adonis d’une prestation exemplaire.
Voix souple sur toute la tessiture, phrasé baroque impeccable
et diction irréprochable. Karine Deshayes, dans une superbe
robe rouge, campe une Vénus envoûtante et l’on comprend
les émois d’Adonis en la voyant paraître. La voix
pulpeuse est bien conduite et le charme opère à chacune
de ses interventions. C’est à Anna-Maria Panzarella que
revient la tache ingrate de donner vie à Cydippe, la rivale
par qui le drame arrive. Avec un joli timbre fruité, un art
consommé de la prosodie, elle forme avec les deux
précédents un trio de choc ! Rien à dire sur le
Mars de Henk Neven, non pas que la voix manque de charme, mais on
n’adhère aucunement à ses emportements, et nuls
frissons ne nous parcourt lors de ses imprécations à
Bellone, fort bien chantée d’ailleurs par Ingrid Perruche
malgré un costume fort laid.
Les nombreux personnages qui
composent cette tragédie sont excellemment
interprétés, avec une mention spéciale pour
Anders Dallin, qui, dans « Un Plaisir et un Habitant »,
irradie la salle avec une voix souple et bien timbrée. Ballet
superbement réglé par Odile Duboc, qui, avec une
chorégraphie moderne, intègre admirablement la gestique
Baroque insufflée par l’Orchestre. Christophe Rousset,
à la tête des Talens Lyriques, donne de cette partition
une interprétation juste, avec des violons charmeurs, auxquels
on aurait souhaité des cordes graves plus présentes.
Superbe travail réalisé avec les chanteurs, dont tous
chantent dans un français impeccable, ainsi qu’un respect de
la prosodie baroque qui force l’admiration. Une création qui
reste avant tout un charme pour les oreilles. "
- Les Échos
- Résurrection
divine
"L'histoire de la musique est
jalonnée de retours en grâce que nul n'aurait
imaginés. Celui de Marin Marais, par exemple. Henry Desmarest
(1661-1741), son exact contemporain, bénéficiera-t-il
du même regain d'attention ? Si l'on entendait parfois ses
superbes motets, ses ouvrages lyriques avaient disparu depuis des
lustres. Il appartenait à l'Opéra de Nancy de faire
revivre celui qui, condamné à mort pour avoir
séduit et enlevé l'une de ses élèves,
avait fui la France en 1699 pour se réfugier à
Bruxelles puis en Espagne, et enfin en Lorraine, où il occupa
les fonctions de surintendant de la musique - il mourut à
Lunéville.
« Vénus et Adonis
» s'ouvrait, comme il se doit, sur un prologue en hommage au
dédicataire, Louis XIV, supprimé pour ces
représentations. Les cinq actes, lointainement inspirés
d'Ovide, content un drame de la jalousie. Cidippe est amoureuse
d'Adonis, Vénus aussi, à la grande fureur de Mars. Des
amours tumultueuses qui se terminent mal et que Ludovic Lagarde met
en scène en obtenant de ses interprètes un jeu subtil
et fin, sans pose ni emphase, assurant la fluidité du
récit. La chorégraphie d'Odile Duboc, sans
prétention ni recours à un modernisme incongru,
s'intègre tout naturellement à la trame dramatique,
qu'elle illumine avec fraîcheur.
Sont-ils plus proches de nous,
ces dieux et ces déesses, parce qu'ils sont en complet veston
et robe du soir, ce qui n'est pas vraiment original ? C'est à
voir ! Les décors sont signés du peintre Bernard
Quesniaux ; ces loques qui pendillent sur un étendoir
géant, au premier acte, ne sont guère heureuses. Ces
associations de couleurs - framboise, rose, fuchsia... -, on les a
vues cent fois ; elle réussissent pourtant à
créer une atmosphère de fête, toute comme la
vision abstraite en rouge et noir de l'acte IV impose un climat
inquiétant. Quant aux costumes de Virginie et Jean-Jacques
Weill, ils sont amusants mais n'ont rien de particulièrement
flatteur.
Toute cela importe peu.
L'essentiel, c'est la musique. Une partition de toute beauté
(Jean Duron, du Centre de musique baroque de Versailles, en a
magistralement réalisé l'édition, et son travail
s'est concrétisé par un livre publié chez
Mardaga), riche, variée, délivrée du carcan qui
pèse parfois sur la tragédie lyrique. Une musique
libérée et fantasque, dont Christophe Rousset, à
la tête de ses Talens lyriques, exalte la fantaisie et fait
vibrer chaque mesure, tout en restant attentif à son lyrisme
et à sa tendresse. Un Rousset à son meilleur,
élégiaque et raffiné dans les moments
d'émotion, alliant dynamisme et rigueur dans les
danses.
L'équilibre de la
distribution est un précieux atout, le soin apporté par
les chanteurs à la clarté de leur élocution
aussi - il est reposant de comprendre chaque mot et de ne pas avoir
à se décortiquer le cou pour lire les surtitres.
L'émouvante musicalité d'Anna-Maria Panzarella
(Cidippe), le chant incisif de Henk Neven, remarquable pour une
première incursion dans ce répertoire, même si
Mars mérite un registre inférieur plus corsé, la
ligne vocale scrupuleuse de Sébastien Droy sont dignes
d'éloges. Karine Deshayes l'emporte par sa présence,
son aisance, l'éclat sensuel de son timbre, la facilité
de son style - une étoile du chant français à
l'aube d'une carrière qui s'annonce
exceptionnelle."
- Anaclase.com
- 28 avril 2006
"Le livret de
Jean-Baptiste Rousseau emprunte aux Métamorphoses d'Ovide son
couple principal : le mortel Adonis a promis à Diane de
renoncer à l'amour, mais ne peut rester indifférent
à l'intérêt que lui porte Vénus ; Cidippe,
qui souffre d'être ignorée, déclenche la jalousie
de Mars, compagnon trahie par la déesse. Diane intervenant
elle aussi, il ne reste plus aucun espoir de survie pour Adonis, ni
de raison de vivre pour Cidippe, qui se donne la mort. Deux ans plus
tard, les amours contrariées de cette fiction seront le
quotidien du compositeur, forcé à l'exil jusqu'en 1721,
après avoir enlevé une de ses jeunes
élèves, enceinte de lui, qu'on ne lui laissait pas
épouser.
Pour rendre compte de ces cinq
actes qui n'évoquent que des tensions amoureuses, la mise en
scène de Ludovic Lagarde a privilégié des
ambiances. Peu sollicités par l'action, les solistes et
l'appréciable Chœur de l'Opéra de Nancy et de Lorraine,
tels les doux membres d'une secte pacifiste, déambulent le
plus souvent sous des voiles vaporeux de couleur parme, saumon et
rosâtre. A l'Acte III, le décor de Bernard Quesniaux
offre à Vénus un jardin verdoyant mais toujours
composé de matières souples, de formes molles. La
chorégraphie d'Odile Duboc répond également
à cette volonté générale de langueur, en
favorisant le frôlement des corps habillés de blanc.
Esthétiquement, tout n'est pas convainquant, comme ces
carrés colorés, suspendus à l'Acte IV, ou les
deux globes oculaires du dernier acte, qui évoquent un monstre
vengeur de façon distanciée et ridicule. Bref :
l'intérêt de cette nouvelle production réside
avant tout dans les voix.
Karine Deshayes, Vénus
de rouge vêtue, possède un chant évident, clair
et sonore qui installe immédiatement son personnage. Sa rivale
est incarnée par Anna-Maria Panzarella, soprano aux aigus
fiables, au timbre typé, qui séduit moins, cependant,
par un jeu plus extérieur. Henk Neven - Mars - est un baryton
aux graves solides, Jean Teitgen - La Jalousie - une basse vaillante
à l'émission maîtrisée un peu raide sur
les ornements. Pour sa souplesse et un timbre discrètement
épicé, notre préférence va à
Sébastien Droy, trop peu applaudi pour sa tendre
interprétation d'Adonis. Autre ténor à nous
enthousiasmer : Anders Jerker Dahlin, à la belle pâte
sonore utilisée avec nuances. Enfin, regrettons la trop courte
apparition d'Ingrid Perruche, Bellone à la diction
irréprochable, souple autant que saine, qu'on aurait
souhaité autrement distribuée. Après une
ouverture à l'articulation soignée, Christophe Rousset,
met beaucoup de délicatesse à soutenir les chanteurs,
de vivacité pour les ballets et, plus
généralement, de sensualité dans la lecture
qu'il signe à la tête des Talens
Lyriques."
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