COMPOSITEUR
|
André Cardinal DESTOUCHES
|
LIBRETTISTE
|
Pierre-Charles Roy
|
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
|
NOMBRE
|
LANGUE
|
FICHE
DÉTAILLÉE
|
2006
|
2007
|
Hervé Niquet
|
Glossa
|
2
|
français
|
|
Tragédie-opéra en cinq actes et un
prologue, sur un livret de Pierre-Charles Roy (*),
créée à l'Académie royale de musique le
27 décembre 1712.
L'argument est tiré du livre VII -
Achaïe de la Description de la Grèce de
Pausanias (115 - 180), au chapitre consacré à la petite
ville de Calydon, et avait été utilisé par
Antoine de La Fosse (1654 - 1708) dans une tragédie,
Corésus et Callirhoé, jouée en 1704. Le
livret de Callirhoé était
considéré par les contemporains comme le chef d'oeuvre
de Roy. Ainsi Collé écrit : Callirhoé est un
très beau poëme, très-intéressant,
divinement conduit, et et édnoué avec une force et une
adresse merveilleuses.
(*) Pierre-Charles Roy (1683 - 1764), conseiller au
Châtelet vers 1702, puis trésorier de la Chancellerie
près la Cour des Aides de Clermont, auteur de livrets de
tragédies et de ballets. Collé le décrit : le
plus vil et le plus méprisable des hommes, et le plus
désagréable dans la société...A sa bile
noire et à sa poltronerie, Roy joignoit l'avarice la plus
sordide...
La distribution réunissait Mlle Poussin (La
Victoire) et Mlle Heuzé (Astrée) pour le prologue, Mlle
Françoise Journet (*) (Callirhoé, fille de la
reine de Calydon), Thévenard (Corésus,
Grand-Prêtre de Bacchus), Cochereau (Agenor, Prince
Calydonien), Mlle Mignier (Une Calédonienne), Mlle
Heuzé (Une Bergère).
(*) Destouches décrivait ainsi Mademoiselle
Journet : "Mademoiselle Journet avait une figure admirable ; sa
beauté était touchante ; elle avait les plus beaux yeux
et les plus beaux bras du monde... Il est pourtant vrai que sa voix
était médiocre quoique assez étendue ; d'un son
assez fade... comme celle d'une vieille religieuse. Elle chantait
d'une lenteur à désespérer les gens de bon
goût ; ses cadences étaient chevrotées ; sa
prononciation préciseuse, et son action ... avait un
apprêt qui dégoûtait infiniment les
connaissseurs."
L'oeuvre eut du succès et fut jouée
régulièrement jusqu'à la mi-mars 1713, avec une
reprise, le 16 mars, à l'occasion de laquelle le
cinquième acte fut rendu plus dramatique.
Elle donna lieu à deux éditions en
partition réduite (dessus et basse) chez Ballard.
Des reprises eurent lieu au théâtre du
Palais Royal :
- le 3 janvier 1732, avec des modifications
importantes apportées au dénouement ; avec Mlle
Eremans (La Victoire), Mlle Petitpas (Astrée), et Mlle
Ferret (Suivante d'Astrée) pour le prologue, Mlle
Pélissier (Callirhoé), Mlle Eremans (La Reine),
Chassé (Corésus), Tribou (Agénor), Mlle
Petitpas (Une Calydonienne) ; le Mercure galant
précisa que le succès fut des plus brillants, et
que l'opéra fut fort applaudi, mais un peu moins que dans
sa naissance. Les ballets du Sieur Blondi (Michel Blondy)
étaient variés et exécutés dans la
plus grande perfection. Un pas de trois fut dansé par
le sieur Dumoulin et les demoiselles Camargo et Sallé ;
Camargo fut jugée brillante, et Sallé
ravissante.
- le 22 octobre 1743, avec Mlle Chevalier (La
Victoire), Mlle Bourbonnois (Astrée), Monservin (Suivant de
la Victoire) et Mlle Le Breton (Suivante d'Astrée) pour le
prologue, Mlle Le Maure (Callirhoé), Mlle Chevalier (La
Reine), Chassé (Corésus), Jélyotte
(Agénor), Mlle Fel (Une Calydonienne).
A cette occasion, Destouches
modifia la fin, l'opéra s'achevant non plus avec le mariage de
Callirhoé et Agénor, mais avec la mort de
Corésus demandant à Callirhoé : En mourant que ma main vous unisse ; Souvenez-vous de
Corésus. Le Mercure nota
simplement : Cet opéra a
été reçu favroablement, et il est parfaitement
exécuté. Cette
nouvelle version fut éditée par
Jean-Baptiste-Christophe Ballard, en version complète, mais
manuscrite, ce qui en limita la diffusion.
On relève également
des exécutions à Lyon, en 1715, dans la salle de
l'Hôtel du Gouvernement ; le 4 décembre 1721 au
Grand-Théâtre de la Monnaie, à
Bruxelles.
Callirhoé fut
exécutée régulièrement à partir
d'avril 1730, à l'occasion des Concerts de la reine Marie
Leszczynska à Versailles : le 28 janvier 1732, en 1734, 1735,
tous les ans de 1737 à 1746 (*), puis en 1748 et
1749.
(*) le 25 avril 1746 : le Prologue et
l'acte II, le 27 et 30 avril : les autres actes, avec Jélyotte
(Agenor), Benoit (Coresus)
Antoine Dauvergne reprit la
partition en 1773, substituant au Prologue l'Ouverture qu'il avait
lui-même composée en 1770 pour le Persée de
Lully (représenté lors du mariage du Dauphin et de
Marie-Antoinette), introduisant des instruments à vent, et
ajoutant des ritournelles pour introduire les récitatifs.
L'oeuvre fut ainsi reprise au Palais Royal le 9 novembre 1773, sans
succès. Le Mercure de
France rapporte : cette musique parut d'un style trop simple. On
soutint difficilement la longueur d'un récitatif monotone, et
l'on écouta sans intérêt et sans plaisir des
chants qui étaient trop lents, trop unis et peut-être
trop connus. A tel point que
Callirhoé fut remplacée
aussitôt par la continuation de L'Union de l'Amour et de
l'Art, ballet héroïque
d'Etienne Floquet (*) sur des paroles de Lemonnier, que les amateurs ne se lassent pas de voir et
d'applaudir. En 1778, le
Mercure de France rappelait qu'il
avait fallu retirer l'oeuvre sur le champ en 1773, la musique
n'en étant plus supportable.
(*) Etienne-Joseph Floquet (1748
- 1785), originaire d'Aix-en-Provence, compositeur d'opéras
ballet
79me Opé. C'est une
Trag. en cinq Ac. dont les paroles sont de M. Roy, & la musi. de
Destouches : elle fut représentée le 27 Décem.
1712, & est imprimée partition in-4°. Le sujet est
tiré des Achaïques de Pausanias, & a
été traité aussi sous le titre de CORESUS. Le
Prologue est formé par la Victoire, qui déclare
renoncer à son inconstance & se fixer au parti de la
France ; Astrée survient qui ramene les plaisirs & annonce
le retour de la Paix. Cet Opéra fut goûté, &
on en fit une reprise avec des changemens, surtout dans le cinquieme
Ac. le 16 Mars 1713, & ensuite deux autres en 1732 & en 1743
; sa musette est un fort joli morceau de musique. (de
Léris - Dictionnaire des Théâtres)
A l'audition de sa pastorale
Issé composée en 1697 par Destouches
(élève de Campra), Louis XIV déclarait qu'aucune
musique ne lui avait procuré autant de plaisir depuis Lully.
L'Académie Royale de Musique accueille alors ses
opéras. En 1712, il triomphe avec Callirhoé,
tragédie lyrique qui sera reprise en 1743. Callirhoé
est construite sur le modèle de la tragédie lyrique
lulliste avec un prologue et cinq actes. L'excellence du livret
écrit par Pierre-Charles Roy participe à son
succès. Alors qu'il s'apprête à épouser
Callirhoé, Corésus apprend qu'elle aime Agénor.
Furieux, il demande vengeance aux dieux. Les prêtres
remplissent alors la ville d'effroi et le peuple entier devient
victime de sa rage. L'oracle réclame, en échange de la
paix, le sang de Callirhoé. Agénor propose sa vie mais
c'est finalement Corésus qui se sacrifiera. Dans cette
Callirhoé, Destouches contribue à l'évolution du
genre de la tragédie lyrique par son sens du
théâtre et du drame. Son écriture annonce
déjà très largement les oeuvres lyriques de
Rameau composées vingt plus tard. Le choeur n'intervient pas
seulement comme témoin du drame mais y participe. La
composition orchestrale, par les couleurs et les effets des climats
créés, accompagne à merveille les descriptions
psychologiques des personnages de la tragédie. (Festival de
Beaune)
Argument
Alors qu'il s'apprête à épouser
Callirhoé, Corésus apprend qu'elle aime Agénor.
Furieux, il demande vengeance aux dieux. Les prêtres
remplissent alors la ville d'effroi et le peuple entier devient
victime de sa rage. L'oracle réclame, en échange de la
paix, le sang de Callirhoé. Agénor propose sa vie mais
c'est finalement Corésus qui se sacrifiera.
Callirhoé est
construite sur le modèle de la tragédie lyrique
lulliste avec un prologue et cinq actes. Alors qu'il s'apprête
à épouser Callirhoé, Corésus apprend
qu'elle aime Agénor. Furieux, il demande vengeance aux dieux.
Les prêtres remplissent alors la ville d'effroi et le peuple
entier devient victime de sa rage. L'oracle réclame, en
échange de la paix, le sang de Callirhoé. Agénor
propose sa vie mais c'est finalement Corésus qui se sacrifie.
Dans cette Callirhoé, Destouches contribue à
l'évolution du genre de la tragédie lyrique par son
sens du théâtre et du drame. Le choeur n'intervient pas
seulement comme témoin du drame mais y participe. La
composition orchestrale, par les couleurs et les effets des climats
créés, accompagne à merveille les descriptions
psychologiques des personnages de la tragédie.
(Présentation - Cityvox)
Après une
carrière ecclésiastique puis militaire, Destouches
décide de se consacrer entièrement à la
composition en 1696. Il suit les cours de Campra et participe
à la composition de "L'Europe Galante" en 1697. A l’audition
de sa pastorale "Issé" (1697), le roi aurait
déclaré qu'aucune musique ne lui avaitprocuré
autant de plaisir depuis Lully. L'Académie Royale de Musique
accueille alors ses opéras : "Amadis de Grèce" et
"Marthésie Reine des Amazones" (1699), "Omphale" (1701) et "Le
Carnaval de la Folie" (1703). Destouches abandonne l’opéra,
mais y revient en 1712 pour triompher avec sa "Callirhoé". Il
signe là une grande tragédie lyrique qui sera reprise
jusqu'en 1743. En 1728, sa carrière est couronnée par
sa nomination au poste prestigieux de directeur de l'Académie
Royale de Musique. Parallèlement, il dirige les Concerts de la
Reine pour Marie Leczinska de 1725 à sa mort. Callirhoé
est construite sur le modèle de la tragédie lulliste
avec un prologue et cinq actes. L'excellence du livret est l’une des
raisons de son succès. L'histoire est forte et les contours
dramatiques bien faits. Alors qu’il s’apprête à
épouser Callirhoé, Corésus apprend qu’elle aime
Agénor. Furieux, il demande vengeance aux Dieux. Les
prêtres remplissent la ville d'effroi et le peuple entier
devient la victime de sa rage. Interrogé par le ministre de
Pan, l’oracle réclame, en échange dela paix, le sang de
Callirhoé ou celui d'un amant qui s'offrira à sa place.
Agénor propose de se donner la mort mais c'est finalement
Corésus qui s'immole.
Dans cette œuvre, Destouches
contribue à l'évolution du genre de la tragédie
lyrique par le sens du théâtre et du drame. Les
récitatifs et dialogues sont d'un réalisme
exceptionnel. Ils sont très émouvants grâce
à une succession d'harmonies subtiles, riches en contrastes,
fabriquées de retards et de dissonances. Les lignes
mélodiques sont faites d'intervalles expressifs, le style est
souple et chantant, proche de l'air, et même souvent de
l'arioso italien. L'emploi du chœur n'intervient pas seulement comme
témoin du drame, mais il y participe. Destouches offre un
emploi élargi de l'orchestre pour créer un climat.
L'orchestre joue un rôle dramatique par sa couleur et l'effet
qu'elle peut produire dans le drame. Le caractère individuel
de chaque instrument est exploité. Lorsque les personnages
interviennent seuls sur scène, l’orchestre accompagne leurs
descriptions psychologiques. Ces effets contrastent avec les
récitatifs, soutenus par la basse continue, et contribuent
à accentuer la gravité et l'intériorité
de ces scènes. L'écriture de Destouches, en ce qui
concerne les récitatifs, l'orchestre et la participation des
chœurs et des instruments, annonce les œuvres lyriques de Rameau,
composées vingt ans plus tard. C'est dire le génie de
Destouches, dont le vocabulaire musical très élargi et
enrichi, a offert la source principale du succès de Rameau."
(Présentation Le Concert Spirituel)
Personnages : Callirhoé, princesse héritière
du trône de Calydon ; la Reine de Calydon, sa mère ;
Corésus, Grand-Prêtre de Bacchus ; Agénor, prince
de Calydon, aimé de Callirhoé ; le Ministre de Pan ;
une Princesse de Calydon ; Peuples de Calyddon, une Calydonienne,
Prêtres de Bacchus, Faunes et Dryades, une Dryade, l'Oracle,
Bergers et Bergères
Synopsis
Acte I
Le palais des rois de Calydon,
orné pour les noces de Corésus et
Callirhoé
(1) Seule dans son palais,
Callirhoé, princesse héritière de Calydon, se
lamente de voir l’aurore se lever en ce jour où elle doit
épouser un homme qu’elle hait. (2) La Reine sa mère
vient lui rappeler que tel est son devoir : épouser
Corésus, grand-prêtre de Bacchus, car le peuple de
Calydon le réclame pour roi. Hélas, Callirhoé
sait ce que lui dicte l’honneur, mais sa peine est cruelle. (3)
Restée seule elle ose pour la première fois s’avouer
son amour pour un autre homme, le prince Agénor, qu’elle croit
mort au combat. (4) Agénor justement apparaît. Il lui
conte comment il a miraculeusement survécu pour finalement
apprendre qu'elle en épouse un autre, et lui rappelle combien
il l’aime, mais Callirhoé le renvoie, implacable et sourde
à ses prières : elle est promise à
Corésus. (5) Ce dernier arrive avec la Reine :
Callirhoé accepte son hommage, et le peuple des Calydoniens,
des Prêtres et des Prêtresses entreprend de
célébrer en grande pompe les noces en chantant les
louanges de l’Amour. Premier air, Menuet, Troisième air,
Passepied. Corésus prend la main de Callirhoé et la
mène à l'autel, et ils commencent à prononcer le
serment du mariage, mais avant d’avoir pu finir, la princesse
aperçoit Agénor et s’évanouit : on l’emporte
inconsciente, l'assemblée se disperse.
Acte II
L'avant-cour d'un palais et,
dans le fond, un temple domestique
(1) Agénor espère
encore en l’amour de Callirhoé. (2) Quand la princesse
paraît, il lui redit combien il l’aime et souffre à
cause d’elle. Callirhoé a beau répéter qu’elle
doit épouser Corésus, elle ne parvient plus à
cacher son amour à Agénor : ils se rejoignent enfin en
un poignant duo, se désespérant du plaisir que les
dieux semblent prendre à leurs larmes. Se voyant ainsi
aimé, Agénor se jette aux pieds de Callirhoé.
(3) Ils sont alors surpris par Corésus qui, furieux de cet
affront et se jugeant trahi par Callirhoé, (4) menace
Agénor, et (5) exhorte les Prêtres sacrificateurs de
Bacchus arrivés à sa suite à le venger, et
à venger le dieu offensé en même temps que lui !
Premier et deuxième airs des Sacrificateurs. Corésus
veut un peuple entier pour victime à sa rage. Les
prêtres forment des danses furieuses et, obéissant
à ses ordres, s’arment de flambeaux et vont mettre le feu dans
Calydon tout entier.
Acte III
Une forêt et le temple
rustique du dieu Pan
(1) Voyant son peuple
ravagé par la fureur de Corésus, la Reine a conduit
Callirhoé jusqu’au temple de Pan, «le dieu qu’adorent les
forêts », afin d’en consulter l’Oracle. (2)
Callirhoé tente de calmer le courroux de Corésus : en
vain, il la tient pour fautive et s’estime puni plus que
vengé. (3) Vient le moment de consulter l’Oracle. (4) La
forêt s'ouvre et laisse voir des Satyres, des Dryades et des
joueurs de flûtes qui célèbrent le dieu Pan. Le
Ministre de Pan interpelle enfin son dieu. Premier et deuxième
airs des Faunes. L’Oracle rend sa sentence terrible : le sang de
Callirhoé doit couler, «ou celui d’un amant qui s’offrira
pour elle ».
Acte IV
Une plaine bordée de
côteaux fleuris
(1) Callirhoé,
fixée sur son sort, s’abandonne au désespoir. (2) Pour
ajouter à son tourment, Agénor la rejoint, qui croit
l’Oracle favorable et pense reconquérir sa princesse.
Apprenant que c’est d’elle dont les dieux ont demandé la mort,
il jure, furieux, de tuer Corésus pour se venger, plutôt
que de laisser s’accomplir un tel sacrifice. Callirhoé,
pourtant résignée à mourir, tremble maintenant
pour Agénor, mais laisse les Bergers et Bergères des
environs (3), ignorant eux aussi les paroles de l’Oracle, lui rendre
hommage dans le plus tendre des divertissements. Premier air des
Bergers, Bourrée, Troisième air. (4) La Reine cependant
intervient, révoltée, tandis qu’apprenant la sentence,
le Peuple de Calydon proteste et clame qu’il affrontera la
colère des dieux plutôt que de perdre sa princesse ! (5)
Agénor se joint à eux : si quelqu’un doit périr
sur l’autel, c’est lui-même qui mourra à la place de
Callirhoé.
Acte V
Le temple de Bacchus,
orné pour le sacrifice de la victime humaine
(1) Corésus, seul dans son
temple, connaît lui aussi les affres du dilemme : s’il sacrifie
son rival, il n’en sera que plus haï de Callirhoé, et
Agénor n’en sera que plus aimé. (2) Callirhoé
arrive, pleine de reproches : immoler Agénor serait la pire
des cruautés, c’est elle qu’il doit sacrifier ! (3)
Agénor et Callirhoé ont beau protester et se
précipiter l’un comme l’autre vers l’autel, Corésus
tire le fer sacré, se frappe et meurt... Il s’immole
lui-même. L’oeuvre s’achève sur les derniers mots qu’il
adresse aux amants : « En mourant que ma main vous unisse.
Souvenez-vous de Corésus ».
(livret Opéra de
Montpellier)
http://www.classiquenews.com/ecouter/lire_article.aspx?article=764&identifiant=2007118RZDCO16IVNWTN8GG6RYSQGW9Q
Représentations :
- Montpellier - Opéra
Comédie - 31 janvier, 2, 5 février 2006
- verssion de 1743 - Le Concert
Spirituel - dir. Hervé Niquet - mise en scène
René Koering - décors et vidéo René
Koering, Jérôme Bosc, Virgile Koering - costumes
Giusti Giustino - lumières Patrick Méeüs - chef
des chœurs Noëlle Geny - avec Stéphanie d'Oustrac
(Callirhoé), Cyril Auvity (Agénor), Joao Fernandes
(Corésus), Ingrid Perruche (La Reine), Renaud Delaigue (Le
Ministre), Stéphanie Révidat (une Princesse de
Calydon, une Bergère)


- Le Monde de la Musique - mars 2006 -
Tragique à la Comédie - 31 janvier 2006
"Callirhoé est une
tragédie lyrique dont l’intrigue est un modèle de
simplicité: la princesse Callirhoé aime Agénor
et en est aimée. Sa mère, la Reine, la destine à
Corésus, Grand Prêtre et ordonnateur des
sacrifices. Corésus surprend les deux amants et
déchaîne sur la ville de Calydon sa colère
vengeresse. Pour rétablir la paix, l’oracle de Pan demande le
sang de la princesse ou de l’un de ses deux amants. Callirhoé
se propose, Agénor veut prendre sa place et Corésus se
suicide, mettant fin à la querelle d’amoureux.
L’oeuvre est un peu
frustrante. Ses faibles qualités sont encore appauvries par la
mise en scène de René Koering. Si elle regorge
d’idées plus ou moins bonnes, celle-ci ne prend jamais le
temps d’en exploiter une seule jusqu’au bout. Le Concert spirituel
déçoit lui aussi. Hervé Niquet insuffle une
telle énergie à la partition que la musique finit par
s’asphyxier. On aimerait des phrasés plus aérés,
une basse continue plus calme, s’engageant avec plus d’emphase dans
le drame.
Le plaisir vient alors des
chanteurs : Stéphanie d’Oustrac en Callirhoé se
prête avec bonheur au jeu de l’opéra français, la
voix profonde de Joào Fernandes donne du diabolique à
Corésus et Ingrid Perruche donne corps, colère et
souffrance à la Reine."
- Opéra Magazine - mars 2006 - 31
janvier 2006
"Hervé Niquet explique,
dans le programme de salle, pourquoi il a choisi Callirhoé
pour inaugurer la résidence de son Concert Spirituel à
l’Opéra National de Montpellier : « Du
théâtre en musique, une épure violente,
voilà ce que je cherchais » On ne le remerciera jamais
assez — ainsi que l’Opéra lui-même et son surintendant
René Koering — de leur choix, tant cette partition nous a
impressionnés. Nous n’étions pas au Festival de Beaune
lors de sa résurrection en juillet 2005, dans le cadre d’un
concert redonné àVersailles en décembre. Mais
nous doutons qu’elle ait produit alors autant d’effet une
tragédie lyrique, surtout aussi forte sur le plan dramatique,
a besoin de la scène pour s’exprimer.
Quand il propose
Callirhoé à l’Académie Royale de Musique, en
1712, André Cardinal Destouches (1672-1749) se plie aux règles du genre un
prologue allégorique, cinq actes, des danses, tout en
réduisant le nombre des personnages pour se concentrer sur le
drame des trois principaux (Callirhoé et ses deux
prétendants, le prince Agénor qu’elle aime et dont elle
est aimée, et le grand prêtre Corésus qui se
sacrifie par amour pour elle). En 1743, il révise sa
partition, supprime le divertissement final de tradition et conclut
sur un récitatif aussi bref que saisissant : Corésus se
poignarde, unit de sa main Agénor et Callirhoé, et
expire en demandant aux amants de se souvenir de lui. L’orchestre se
tait. Le noir se fait. Prodigieux!
Pour resserrer la
tragédie encore davantage, Hervé Niquet et René
Koering n’ont pas hésité à couper le prologue
à la gloire du roi de France et certaines danses, parvenant
ainsi à un spectacle d’à peine deux heures, entracte
compris. Comme souvent en pareil cas, le théâtre y gagne
ce que l’authenticité musicologique y perd, vaste débat
dans lequel nous n’entrerons pas ici. Ce qui reste, c’est un texte
simple mais fort, écrit dans une belle langue (Pierre-Charles
Roy), et une musique d’une formidable puissance expressive. Les
récitatifs occupent une place prépondérante,
mais ils sont orchestrés avec une telle variété
que le spectateur ne ressent aucune impression de lassitude ou
d’ennui. Les choeurs sont impressionnants et les airs parcourent une
gamme d’émotions stupéfiante, avec une mention pour
ceux d’Agénor et de Corésus à l’acte II,
à l’instrumentation particulièrement
audacieuse.
La direction d’Hervé
Niquet exacerbe le climat de tragédie par ses attaques
nerveuses et ses accents fortement marqués. Faut-il lui
reprocher de se montrer un peu avare de souplesse et de nuances ? Son
parti pris colle admirablement au propos dramaturgique du
compositeur, et à celui du metteur en
scène.
René Koering a en effet
choisi d’aller à l’essentiel peu d’éléments de
décor, quelques projections abstraites à
l’arrière-plan, une direction d’acteurs sans raffinements
superflus... tout concourt à accélérer le drame
et à précipiter sa conclusion, dans une
esthétique composite empruntant aussi bien au Japon
médiéval qu’au Grand Siècle et à la
science-fiction (les longs sabres rouges phosphorescents des
moines-soldats entourant Corésus, le trône
étincelant et aux formes bizarres du grand
prêtre).
La distribution est à
la fois jeune et homogène, jusque dans les personnages
secondaires : Ingrid Perruche, Renaud Delaigue et Stéphanie
Revidat tirent le meilleur parti de leurs brèves
interventions. Stéphanie d’Oustrac déploie son timbre
superbe et sa sensibilité infaillible dans le
rôle-titre, au point de nous faire oublier une diction pas
toujours compréhensible. Joao Fernandes, dans une tessiture
convenant idéalement à ses moyens de baryton-basse,
confère un bouleversant relief aux tourments de
Corésus. Cyril Auvity enfin, éblouit par sa science du
chant, la précision de ses attaques, la clarté de son
élocution et, surtout, la couleur très
particulière de son timbre, typique du ténor
haute-contre dont raffolaient les compositeurs d’opéras
français au XVIIIe siècle. La France, qui a
laissé disparaître des pans entiers de son école
de chant, semble au moins avoir retrouve cette
tradition-là."
- Diapason - mars 2006 - Souvenez-vous de
Corésus - 31 janvier 2006
"1712. Destouches donne la
première de sa nouvelle tragédie lyrique, variations en
cinq actes sur des amours contrariées. Le grand prêtre
Corésus doit s'unir à la princesse Callirhoé qui
lui préfère le bel Agénor.
Péripéties en rafale, on s’aime, on se déchire.
Callirhoé consulte l’Oracle : son sang devra couler pour
sauver son peuple, « ou celui d’un amant qui s’offrira pour elle
». Ce sera finalement Corésus, généreux et
lucide. Happy end avec mariage et divertissement de circonstance,
beau succès à l’Académie royale.
1743. Comment faire aimer la
tragédie lyrique à un public de moins en moins sensible
au genre et à ses conventions ? Jouer la carte du grand
spectacle ? Attendrir le drame ? Surtout pas ! Destouches
élaague, concentre l’action de CaIlirhoé. Il ose
même un coup de génie : le rideau tombe sur le suicide
de Corésus entouré des deux amants : « De vos
malheurs, des miens, je termine le cours. Vous pleurez, se peut-il
que ce coeur s’attendrisse ? Approchez : en mourant que ma main vous
unisse. Souvenez-vous de Corésus. » Alexandrin suspendu
au-dessus de l’abîme, quintessence de la tragédie. Happy
end, encore, mais la gorge nouée.
2005. A Beaune, Hervé
Niquet et son Concert Spirituel exhument Callirhoé en version
de concert et suppriment le Prologue. L’Ouverture
«guerrière » détone, enchaînée
à la plainte qui ouvre le premier acte, mais la distribution
est superbe et le public reconnaît un chef-d’oeuvre :
triomphe.
2006. Pour inaugurer sa
résidence à l’Opéra de Montpellier, le Concert
Spirituel emporte dans ses bagages la partition de Destouches. D’un
surintendant à l’autre, René Koering prend en charge la
mise en scène et les décors, entre stylisation
japonisante revue et corrigée façon Star Wars (les
coiffures, les robes, l’apothéose-harakiri, les panneaux
coulissants) et revival disco (lumières fractionnées du
plus bel effet pour l’imprécation infernale du II, bottes
argentées et semelles compensées). Curieux mais pas
désagréable — à l’exception des projections
vidéo, franchement mauvaises. Comme à Beaune, Cyril
Auvity déclame un Agénor ardent. Alain Buet a
cédé sa place à Joâo Fernandes,
Corésus troublant, et Blandine Staskiewicz à
Stéphanie d’Oustrac, Callirhoé à fleur de peau
mais moins noble, toujours agitée — et moins libre
vocalement.
En bientôt trois
siècles, l’oeuvre n’a pas cessé de «
réduire ». Près de trois heures en 1712, la
moitié aujourd’hui, qui dit mieux ? Elektra ? Salomé ?
Justement, la fin est encore trop happy au goût de René
Koering, pas assez Atrides : « J’aime à penser que
Destouches m’a laissé le soin de conclure autrement cette
tragédie. » Ah... Et voilà Callirhoé si
touchée par le sacrifice de Corésus qu’elle s’en
éprend post mortem et renonce à Agénor !
Prétexte à une jolie image, puits de lumière
glacée sur le héros solitaire, la licence de Koering
neutralise le trait de génie de Destouches, si ambigu, si
dérangeant, qui scellait en un seul geste l’horreur (du
suicide) et la satisfaction (le mariage). A la place, une fin
conventionnelle : noir c’est noir, t’échappes pas à ton
destin... On connaît la chanson.
La battue de Niquet fait
écho à cette lecture efficace et univoque, son clavecin
pétarade sous les récitatifs, et finalement, son
énergie farouche frôle plusieurs fois ce qu’elle fuit,
la monotonie. Mais l’orchestre, décidément somptueux
depuis qu’Alice Piérot mène les violons, lui apporte
une vraie subtilité (seule réserve pour les
flûtes, raides, et les bassons, tonitruants), et chacun quitte
la salle convaincu d’avoir découvert un chef-d’oeuvre. Le
disque suivra (chez Glossa), d’autres révélations
aussi, toujours à Montpellier."
- Classica - mars 2006 - 31 janvier 2006
"René Koering et
Hervé Niquet ont fait choix de la Callirhoé de
Destouches, révélée au Festival de Beaune en
2005. Comment rendre aujourd’hui séduisante la si
codifiée tragédie lyrique française? Le parti
adopté est ici radical : couper! Exit prologue, danses et
divertissement. La nudité des récitatifs et le
resserrement de l’action en deux fois 45 minutes cherchent à
densifier une intrigue qui n’a plus, comparée à Lully
ou Marais, le baroquisme du théâtre dans le
théâtre.
Le drame de la jalousie entre
l’épouse, l’époux et l’amant trouve dans le superbe
plateau — Stéphanie d’Oustrac, Cyril Auvity, Joao Femandes —
des interprètes à la mesure de leur histoire avide de
sacrifices humains et de suicide. Mais les costumes saugrenus,
hésitant entre les derniers épisodes de Star Wars et un
Japon de carte postale, ne peuvent faire oublier l’indigence du
travail scénique. Alors remercions les coupes
effectuées dans la partition : elles ont évité
à Callirhoé l’écueil d’un complet
ridicule."
- Res Musica - 2 février 2006 -
Callirhoé sans émotion
" Le sujet de Callirhoé
provient des Archaïques de Pausanias. Callirhoé est la
fille de la reine de Calydon. Elle aime Agénor, qu’elle croit
mort au combat et se prépare à épouser
Corésus, grand-prêtre de Bacchus. Mais Agénor est
de retour. Callirhoé veut tout de même accomplir son
devoir mais s’évanouit au cours de la cérémonie
du mariage, lorsqu’elle aperçoit son amant. Lorsque
Corésus démasque les amants il fait mettre la ville
à feu et à sang. La reine consulte l’oracle pour savoir
comment rétablir la paix. La paix ne pourra revenir qu’au prix
du sang de Callirhoé ou de celui d’un amant qui s’offrira
à sa place. Agénor et Callirhoé veulent mourir,
chacun pour sauver l’autre. Voyant cela c’est Corésus qui
s’immole.
C’est Hervé Niquet qui
a exhumé la pièce et l’a jouée l’an dernier
à Beaune, puis à Versailles, en version de concert. On
apprécie son choix de reprendre la version de 1743 (et non
celle de 1712). En effet, Destouches avait alors retouché sa
pièce en supprimant des couplets et des airs, en
écourtant les récitatifs pour éviter des
longueurs. Enfin, il avait retravaillé les enchaînements
harmoniques afin d’obtenir cette plus grande harmonie tonale qu’aime
cette période, dans l’esprit de Rameau. Hervé Niquet ne
joue pas le prologue ni les danses des intermèdes et
opère encore quelques coupes mais sans sacrifier la
compréhension ni l’enchaînement logique des
scènes. Il s’agit donc d’un beau travail de
réhabilitation d’une pièce de premier
intérêt par le Concert Spirituel, qui a permis ces
dernières années de redécouvrir des partitions
peu connues de Desmarets, Charpentier et de nombreuses autres œuvres
baroques. Le livret se démarque de ceux par trop
conventionnels et mièvres de nombreuses œuvres de cette
période, le traitement de l’intrigue est alerte et la fin
très efficace sur le plan théâtral.
Malgré des attaques pas
toujours très homogènes, l’orchestre n’a plus à
faire la preuve de sa maîtrise des instruments anciens, on
remarque en particulier le théorbe de Bruno Helstroffer ou le
clavecin, avec Elisabeth Geiger en continuo et Hervé Niquet
lorsqu’il ne dirige pas. Egalement remarquables étaient les
instruments à vent, en particulier lorsqu’ils viennent
souligner le monologue de Callirhoé à l’acte IV.
La distribution est un peu
différente de celle du Festival de Beaune. Stéphanie
d’Oustrac reprend le rôle de Callirhoé, Cyril Auvity
reste Agénor et João Fernandes passe du rôle du
ministre à celui de Corésus. Stéphanie d’Oustrac
s’affirme dans une tessiture pourtant difficile, avec en particulier
ses monologues « O nuit témoin de mes soupirs secrets
» et « Coulez mes pleurs » où se manifestent sa
très belle diction et sa puissance d’émission –
même si on a pu préférer la jeune chanteuse en
Phèdre, en Didon ou en Périchole. Comme dans la
recréation en version de concert, Cyril Auvity se sort
admirablement d’un rôle aigu et offre un très beau
« Espoir, revenez dans mon âme ». João
Fernandes est un très solide Corésus, au phrasé
de baryton clair et élégant, tout au long de la
soirée. Il triomphe à la plupart de ses apparitions,
citons seulement la scène de sa vengeance ou la scène
finale qu’il conclut presque a capella. Les chœurs,
gâtés par Destouches, sont très bons. Et c’est
Stéphanie Revidat qui offre un des plus jolis moments de la
soirée, avec ses deux petits rôles de Princesse de
Calydon et de bergère. Sa voix peut-être moins puissante
que l’ensemble des chanteurs, mais se dégage par sa
fraîcheur, la subtilité avec laquelle elle chante chaque
note. Son timbre chaud et doux apporte un peu de paix parmi une mise
en scène glauque et violente. Elle pousse le tour de force
jusqu’à parvenir à être la seule de la
distribution à ne pas être affublée de costumes
ridicules !
Car on en vient à se
demander s’il était bien nécessaire de monter
l’opéra après sa version de concert. La mise en
scène, pseudo-intellectuelle, affirme vouloir retrouver «
une certaine dignité ». On se demande laquelle. La
violence le dispute à la bêtise. La fureur de
Corésus est illustrée (quel didactisme ! au moins le
spectateur aura bien compris…) lorsqu’il lacère une femme sous
les éclairs des stroboscopes (oui, on pense à une
chanson mais ce n’est pas un air d’opéra mais de la
variété des années 90). Les costumes
hésitent entre Tigre et Dragon (pour ne pas dire Bioman) et
Star Wars : mais pourquoi les prêtres de Corésus
ressemblent-ils à Dark Maul ? Callirhoé à
Padmé Amidala ? et que dire du pauvre Agénor, avec ses
habits fluos de samouraï et ses semelles compensées ?
Cette mise en scène confère à l’œuvre une
désespérante froideur. Froideur que peine à
conjurer la scène champêtre du quatrième acte. On
attend donc plutôt l’enregistrement et la suite du programme
baroque concocté par Hervé Niquet."
- Les Echos - 2 février 2006
"L'équilibre de la
distribution, son souci d'une déclamation
élégante et sans emphase, contribuent à la
réussite de la soirée. La tessiture du rôle-titre
semble un peu haute pour Stéphanie d'Oustrac, mais la
musicienne est merveilleuse, et son timbre charnu et émouvant.
Joao Fernandes parcourt avec noblesse la gamme de sentiments qui
agitent Corésus, de la fureur au sacrifice. Cyril Auvity met
au service d'Agénor la franchise de son émission, la
clarté de sa voix de vrai ténor aigu, la projection des
mots allant de pair avec la distinction de sa ligne vocale. Plus
restreintes, les interventions d'Ingrid Perruche (La Reine), Renaud
Delaigue (Le ministre de Pan) et Stéphanie Révidat (Une
Princesse/Une Bergère) n'en sont pas moins pertinentes.
Très droite et vigoureuse, la direction de Niquet pourrait
être plus nuancée et variée ; mais son orchestre
sonne fièrement.
Metteur en scène et
décorateur (avec Jérôme Bosc et Virgile Koering),
René Koering a pris le parti de supprimer le prologue, outil
de propagande royale, et de couper dans les danses. Dans une
scénographie qui use discrètement de la vidéo,
et des costumes fantaisistes (Giusti Giustino) qui se souviennent de
« La Guerre des étoiles », il signe un spectacle qui
n'a d'autre prétention que de servir cette «
tragédie en musique » aux accents
étreignants."
- Beaune - Basilique -
23e Festival d'Opéra Baroque - 9 juillet 2005 - Versailles - 13 décembre 2005
- Arsenal de Metz - 11 février 2006 - en version de concert
- version de 1743 - Le Concert Spirituel - dir. Hervé
Niquet - avec Blandine Staskiewiecz (Callirhoé),
Ingrid Perruche (La Reine), Cyril Auvity (Agenor), Alain Buet
(Corésus), Joao Fernandes (Le Ministre) - Edition du Centre de Musique Baroque de
Versailles
"Hervé Niquet rend vie
à un opéra d'André-C. Destouches oublié
depuis 1773. Livret dense et poignant, où l'homme et le
«deus ex machina» inversent les rôles. Troupes du
Concert Spirituel chauffées à blanc, distribution
convaincante.
Chaque année, sous
l'impulsion d'Anne Blanchard, la passionnée, la
découverte est au rendez-vous du Festival International
d'Opéra Baroque de Beaune. Découverte de
répertoire, découverte d'interprètes: la
«Callirhoé» d'André-Cardinal Destouches
(1672-1749), dans la «recréation mondiale» qui en
fut donnée samedi dernier, s'inscrit dans la meilleure veine
du genre. On s'explique difficilement qu'un opéra au livret si
bien tourné et à la musique aussi dense, soit
tombé dans l'oubli total depuis 1773 mais, si l'on songe que
l'oeuvre fut créée à la cour de Louis XV en
1712, qu'elle fut remaniée par son auteur en 1743, et
donnée encore trente ans, notamment dans une version revue par
Antoine Dauvergne, on observe déjà là les signes
d'une longévité exceptionnelle.
Une course à
l'abîme... Composé sur le livret dense et visionnaire de
Pierre-Charles Roy, l'opéra entre dans les passions
croisées de trois personnages: la princesse Callirhoé,
son fiancé, Coresus, et Agenor, l'homme qu'elle aime et dont
elle se sait aimée. A la veille des noces, Callirhoé et
Agenor sont surpris par Coresus qui fait éclater sa
colère et en appelle aux dieux : Callirhoé devra payer
de sa vie le salut de la cité. Agenor se propose en victime
expiatoire, Callirhoé s'en défend. Contre toute
attente, c'est Coresus lui-même qui se sacrifiera. Selon un
processus inexorable et tragique, un opéra ouvert sur une
apologie du Roy, et rythmé par les ballets et les
divertissements, prendra fin sur un cri d'amour, de souffrance et de
pardon, quasi a cappella, un cri si humain, si
dépouillé, qu'on en reste pantois et tout
bouleversé.
Aucun répit - Pour
cause d'intempérie, la représentation de samedi avait
migré de la cour des célèbres Hospices à
la Basilique voisine, modifiant donc les conditions d'écoute.
Mais il ne fait pas de doute qu'à la tête de ses troupes
du Concert Spirituel, Hervé Niquet avait opté pour une
version essentiellement dynamique et «agogique», zappant
même, pour arriver plus vite au but ?, tout le prologue et ses
fastes conventionnels (une habitude chez lui). Après la
sinfonia d'ouverture - au départ chaotique -, ce fut
l'entrée directe dans les affres de Callirhoé : une
complainte lunaire et désolée après laquelle il
ne sera laissé à l'auditeur aucun répit... La
force de Niquet est d'instaurer et de maintenir la tension dramatique
d'un bout à l'autre de l'opéra (écourté
toutefois...), le prix payé étant le désordre
des attaques, les flottements planant à chaque changement
d'allure et quelques disparités rythmiques entre les solistes
et l'orchestre - la tragédie lyrique, calquée sur
l'expression orale parlée, étant comme on sait
très complexe à cet égard. Enfin, et on en
restera là pour les réserves, le choeur,
piégé par des tempos effrénés,
était peu compréhensible : sans importance pour les
aimables pastorales (survenant au beau milieu du thriller...), plus
gênant lorsqu'il lui revient d'énoncer la sentence de
l'oracle.
Elaborée en
étroite collaboration avec le festival, la distribution
était pratiquement idéale, réunissant cinq
chanteurs en perceptible complicité, dont deux issus du fameux
«Jardin des Voix», la super master classe baroque de
William Christie, grand ami du festival : dans le rôle-titre,
la jeune mezzo française Blandine Stakiewicz, également
lauréate du Concours de Chimay, apporta à
Callirhoé ses qualités de noblesse et de
sensibilité, portées par un timbre chaud et lumineux,
une excellente justesse et une diction parfaite (on rêverait
d'un peu plus de liberté mais la version concert est peu
porteuse); l'autre ancien du «Jardin» étant la jeune
basse portugaise Joao Fernandes, dont la courte intervention en
Ministre de Pan lui valut une ovation du public !
Enregistrement - Exemple rare
de la voix de haute contre «à la française»,
le Lillois Cyril Auvity offrit du rôle d'Agénor une
version toute de naturel, de feu et de jeunesse, allure et
personnalité en rapport, un artiste à suivre de
près. Dans le rôle de la Reine de Calydon, mère
de Callirhoé, la soprano Ingrid Perruche était en marge
de ses possibilités, trop jeune pour le personnage et
piégée par une tessiture mixte, peu
caractérisée, sauf vers la fin... Alain Buet, enfin,
héros tragique de toute l'affaire, nous a totalement convaincu
par une présence dramatique à couper le souffle, un
talent musical relevant de l'évidence, et une maîtrise
vocale attestée dans un deuxième acte d'anthologie,
là où explose la colère de l'amoureux trahi,
apocalypse musicale avec laquelle seul Rameau pourra
rivaliser."
Retour à
la page d'accueil