DIDO AND AENEAS

COMPOSITEUR

Henry PURCELL
LIBRETTISTE

Nahum Tate
 
ORCHESTRE

Les Arts Florissants
CHOEUR

DIRECTION

William Christie
MISE EN SCÈNE

Deborah Warner
DÉCORS ET COSTUMES

Chloe Obolensky
LUMIÈRES

Jean Kalman

Dido

Malena Ernman

Belinda

Judith Van Walroij

Aeneas

Christopher Maltman

Sorceress

Hilary Summers

First Witch

Ana Quintans

Second Witch

Céline Ricci

Second Woman

Lina Markeby

Sailor

Ben Davies

Spirit

Marc Mauillon

DATE D'ENREGISTREMENT

décembre 2008

LIEU D'ENREGISTREMENT

Opéra Comique

EDITEUR

Fra Musica / Opéra Comique

DISTRIBUTION

DATE DE PRODUCTION

19 novembre 2009

NOMBRE DE DISQUES

1

FORMAT

NTSC - Son PCM Stéréo Dolby - Digital/DTS 5.1

DISPONIBILITE

Toutes zones

SOUS-TITRES EN FRANCAIS

oui

 Critique de cet enregistrement dans :

"En dispersant sur le plateau de la salle Favart, en guise d'avant-prologue, un essaim de jeunes collégiennes BCBG - jupe plissée bleu marine, col claudine, socquettes blanches -, la Britannique Deborah Warner a trouvé son fil d'Ariane pour mettre en scène Didon et Enée, unique opéra de son lointain compatriote du XVIIe siècle, Henry Purcell. Qu'importe si aujour­d'hui historiens et musicologues pensent que cet opéra de poche a été créé à la cour du roi d'Angleterre et non, comme on l'a longtemps cru, dans un pensionnat de jeunes filles de la banlieue londonienne, ce lever de rideau turbulent, plein de joie de vivre et d'innocence, offre à Deborah Warner un tremplin idéal pour remonter le cours du temps et de la tragédie et précipiter son spectacle vers le pôle opposé - un renoncement désespéré à la vie, pour Didon, et à l'amour, pour Enée. « Un carnage », compatit Deborah Warner, rappelant le piège que tendent à Enée les sorcières imaginées par Purcell et son librettiste, envoyant au héros troyen un faux dieu messager pour lui ordonner de quitter Carthage. Ce crime prémédité, sans effusion de sang, se pare à la scène d'une ­décence toute ­racinienne, corseté dans un strict protocole de cour. Seules les machinations des sorcières (fabuleuse Hilary Summers, en chef de pègre chaudronnière !) déportent ce rituel versaillais vers un sabbat grotesque, digne de Disneyland ou de Halloween. William Christie, à la tête d'une équipe étoffée d'instrumentistes, et Deborah Warner avaient résolu, l'an dernier, de monter cet opéra seul, malgré sa briè­veté (mais en le jouant deux fois, à deux heures d'intervalle). Sa concentration et sa force dramatiques n'en éclataient que mieux, notamment à la mort de Didon. L'héroïne virgilienne (la sculpturale Malena Ernman) absorbe un poison qui l'aveugle avant de la faire expirer, effondrée dans les bras de ses dames d'honneur, sur le sublime lamento, « When I am laid in earth » (« Quand je serai portée en terre »)."

« Le livret de Dido fonctionne aussi bien qu'une pièce de Tchekov. L'histoire ne demande qu'à être exploorée, comprise, et jouée pour de vrai. » On croit volontiers Deborah Warner en retrouvant grâce aux caméras de François Roussillon la production admiirée à l'Opéra-Comique par une presse unanime. « Jouée pour de vrai » : entendez de façon crédible, la vraisemblance psychoologique l'emportant ici sur le masque tragique. Crédible, l'attirance de la reine de Carthage pour le prince troyen auquel Christopher Maltman prête une virilité sensuelle - « le courage d'Amphise et les charmes de Vénus », c'est bien cela. Crédibles, les sorcières réunies autour de l'épatante Hilary Summers, clopes au bec, figures stylisées mais familières de la haine. Crédible, un théâtre dont le prologue parlé imaginé pour la géniale Fiona Shaw montre la voie et dont Deborah Warner tire les ficelles en virtuose. Chaque mot, chaque geste articule le flux des passions dans un récit parfaitement continu - une gageure dans ce joyau elliptique. Tout y fait sens, aussi bien le mystérieux masque d'Actéon « Oft she visits », ici pivot du drame) que le « darkness shades me » de l'ultime récitatif : la reine vient d'avaler une fiole de poison qui, avant de la tuer, lui ôte la vue. Il suffisait d'y penser. Et au début de l'œuvre, le voile noir porté par Didon nous rappelle discrètement que ses scrupules sont ceux d'une récente veuve.

Crédible ... et merveilleux. La force du spectacle tient à son équilibre entre cette clairvoyance doublée d'une direction d'acteurs magistrale, et le pouvoir d'évocation des images : déjeuner sur l'herbe aux douceurs arcadiennes (lumières de Jean Kalman... ), haute façade d'un palais derrière un écran de perles, ballet des acrobates sur les voiles, silhouettes empathiques de Belinda (Judith Van Wanroij, superbe) et de la deuxième dame, maintien statuaire de Malena Ernman dans sa robe jaune d'or, jusqu'au lamento, immmobile, sculpté. Tableau sublime de pietà, scène à la fois monumentale et pudique - avouons pourtant qu'elle ne nous a noué la gorge ni à la scène ni à l'écran, quand Janet Baker nous terrasse en quelques notes. Voilà bien notre seule réserve pour un spectacle nourri également d'humour, de candeur, et du charme que William Christie a toujours exalté chez Purcell - son cinquième (!) Dido est le meilleur."

  "Premier volume de l'élégante collection DVD lancée par l'Opéra Comique, voici la Didon triomphatrice de la saison dernière, mise en théâtre par Deborah Warner et en sons par les Arts Florissants et son chef William Christie. Saluons d'abord la qualité graphique de l'objet avec ses gravures animalières de Granville détournées et coloriées. Le spectacle, court et percutant, reste de bout en bout éblouissant d'intelligence et d'énergie. Commençant par un préambule poétique joué par Fiona Shaw, s'achevant par une mort de Didon, somptueuse comme une toile de Van Dyck, la captation de François Roussillon permet d'apprécier avec plus d'attention les multiples clins d'œil de la représentation : les collégiennes d'Harry Potter, référence moderne au pensionnat de Chelsea où l' œuvre fut (peut -être) créée ; le décor carthaginois, l'acte bucolique, les athlètes marins dans les cordages, la moire des costumes somptueux, les sorcières déjantées et irrésistibles. Cette heure de très grand théâtre joue avec les idées, les suggérant sans jamais les assener. Dans la fosse William Christie cisèle et réenchante William Purcell. On retrouve son plateau sans reproche : la noble Malena Ernman (Didon), la Belinda de Judith van Wanroij, plus délicate de saison en saison, la sorcière caverneuse d'Hilary Surnmers, sorte de bâtarde gothique de la Famille Adams, sans omettre le mâle Christopher Maltrnan, Énée veule et viril. Cette heure éblouissante est assortie d'entretiens avec Deborah Warner et William Christie.

Intéressante confrontation : William Christie estime la musique antérieure à sa création reconnue. Il pense Didon comme un opéra de cour. D'où la palette orchestrale étoffée, calquée sur la composition des orchestres à la française, dont la densité de cordes et de bois était alors en vogue à Londres, et qui perdura jusqu'aux premiers Haendel anglais (Amadigi, Teseo). Deborah Warner revendique son prologue tout en poèmes déclamés, « féminise » l'œuvre et insiste sur les jeux d'anachronismes donnant à sa vision une stupéfiante actualité. Opéra de cour ou divertissement de collège : la polémique entre spécialistes a surtout l'intérêt d'avoir galvanisé les intervenants.

Le Purcell de William Christie est délicat et ciselé, le compositeur anglais restant, avec Claudio Monteverdi ; la « passion prédominante » de William Christie. Deborah Warner, de la trempe d'un Adrian Noble, apporte l'indéniable « english touch », mélange d'érudition et de modernité, d'humour et de bon goût. Ses images percutent notre imaginaire tout en évitant l'égocentrisme du créateur. En servant l' œuvre et plus encore son spectateur, cette Didon et Énée restera comme un moment de grâce, une leçon de « bien faire » scénographique, ni musée, ni pied-de-nez, mais l'accord parfait de la jouissance et de la lisibilité."

 

 

retour page d'accueil