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PIRAME ET THISBÉ
ou Pyrame et Thisbé
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COMPOSITEUR
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François FRANCOEUR et François
REBEL
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LIBRETTISTE
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Jean-Louis-Ignace de la Serre
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ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DÉTAILLÉE
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2007
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2008
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Daniel Cuiller
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Mirare
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2
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français
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Tragédie lyrique en cinq actes et un
prologue, sur un livret de Jean-Louis-Ignace de la Serre, Sieur de
l'Anglade (1662 - 1756), représenté à
l'Académie royale de musique, le 17 octobre 1726.
Musique de François Francoeur et François
Rebel, alors âgés respectivement de vingt-cinq et
vingt-huit ans.
La distribution réunissait : Mlle Lambert (La
Gloire), Mlle Érémans (Vénus), Mlle L. Souris
(une Grâce) dans le prologue, Murayre (Ninus), Mlle Antier
(Zoraïde, fille de Zoroastre), Gabriel Thévenard
(*) (Pirame), Mlle Pélissier
(**) (Thisbé), Chassé (Zoroastre),
Mlle Erémans (une Assyrienne), Dun et Cuvillier (Deux
Africains), Mlle Minier (une Moissonneuse).
(*) Ce fut une des dernières créations de
rôle pour Gabriel-Vincent Thévenard, né le 10
août 1669, qui devait prendre sa retraite en 1730. Les Annales
dramatiques disent de lui : Acteur de l'Opéra, y remplit les
premiers rôles, avec Mlle Lerochois , pendant environ dix ans.
Il possédait une très-belle basse- taille, et chantait
d'une manière aisée, noble et naturelle. Il grasseyait
un peu ; mais ce défaut devint en lui une sorte
d'agrément. Personne , jusqu'alors , n'avait mieux entendu la
déclamation ; il chantait comme un excellent acteur parle, et
aussi bien en société qu'au théâtre. Les
plus grands seigneurs se faisaient un plaisir d'avoir
Thévenard à leur table, parce qu'il réunissait
au talent de chanteur, celui de bon buveur. Après avoir
joué pendant quarante ans et plus, il demanda sa retraite en
1730 ; il l'obtint avec la pension, et mourut en 1741, à l
âge de soixante-douze ans.
(**) Mlle Pélissier (1707 - 1747), âgée
de dix-neuf ans, faisait alors ses débuts. Fille naturelle de
Mlle de Meneton et de Marion de Druix, elle avait
épousé un de ses camarades, Pélissier, dont elle
avait eu un fils, et qu'elle avait suivi à Rouen où il
s'était ruiné. Elle conquit le public dès le
premier soir autant par la beauté de sa voix et l'expression
de son jeu que par l'élégance de sa personne et la
distinction de ses traits. On ne lui reconnaissait en revanche ni
beauté ni esprit. Elle était « la première
pour le jeu du théâtre, mais aussi pour la coquetterie
». Elle arrêta sa carrière en octobre 1741.
Selon le Mercure, la tragédie fut fort
applaudie par la nombreuse assemblée qui s'y trouva. S. A. R.
Madame la duchesse d'Orléans (*), et les deux princesses ses
filles, l'honorèrent de leur présence.
(*) Françoise Marie de Bourbon (1677 - 1749), fille
de Louis XIV et de Madame de Montespan, épouse du
Régent, duchesse d'Orléans en 1701
Les représentations se poursuivirent en novembre
1726, avec grand succès. Selon le Mercure : C'est un
spectacle magnifique. le public goûte de plus en plus la
musique des sieurs Rebel et Francoeur.
On apprécia beaucoup les danses,
composées par Pécour de la manière du monde
la plus variée, la plus noble et la plus propre à
chaque caractère, et les danseurs Moulin, Blondy, ainsi
que Mlle Prévôt (ou Prévost).
A la fin du premier acte, se trouvait un duo sur la
reprise duquel Mlle Camargo (*) faisait dansait un pas fort
applaudi. Le thème en fut repris dans une contredanse
appelée la Camargo.
(*) alors âgée de seize ans, Mlle Camargo avait
fait ses débuts au mois de mai précédent dans
les Caractères de la Danse, et avait fait sensation par sa
facilité à faire cabrioles et entrechats.
Les décors avaient été
confiés à Jean-Nicolas Servandoni qui venait de
succéder à Berain fils comme décorateur à
l'opéra. Servandoni se chargea lui-même de la peinture
des décors, à l'exception des figures, confiées
à Du Mont. Le Palais de Ninus, au premier acte, ainsi que la
chute du Nil avec des cascades mises en mouvement par un
ingénieux mécanisme firent l'admiration
générale.
Le 16 décembre 1726, Mlle Le Maure, à la
demande de La Serre, fit sa rentrée dans le rôle de
Thisbé, et fut très applaudie. Quant à Mlle
Petitpas (*), elle fit ses débuts dans ce
même rôle les 22, 24, 26 janvier 1727. Âgée
de vingt-et-un ans, on la trouva fort bien faite, avec des talents
pour le théâtre et une fort belle voix.
(*) Mlle Petitpas (1706 - 1739) , fille d'un serrurier
parisien, elle joua quatre ans sur les théâtres de la
Foire avant d'entrer à l'Opéra. Le 26 novembre 1732,
elle partit « furtivement » à Londres, et rentra
à Paris l'année suivante, où elle mourut
à trente-trois ans, chez son protecteur Bonnier de la Mosson,
trésorier général des États du
Languedoc.
Reprises :
- le 26 janvier 1740, dans une version
révisée, avec Mlle Julie (La Gloire) et Mlle
Erémans (Vénus) dans le prologue, Jélyotte
(Ninus), Mlle Antier (Zoraïde), Albert (Pirame), Mlle
Pélissier (Thisbé), Le Page (Zoroastre), Mlle Fel
(Une Assyrienne, une Bergère, une Africaine), Dun (Un
Africain)
- le 22 janvier 1759, avec Poirier (Ninus), Mlle
Chevalier (Zoraïde), Larrivée (Pirame), Mlle Arnould,
alors âgée de dix-neuf ans (Thisbé),
Gélin (Zoroastre), Mlle L. Dubois (une Assyrienne), Muguet
et Desentis (Africains) ;
- le 5 février 1771, dans une version
révisée, éditée en 1779, avec Le Gros
(Ninus), Mlle du Plant (Zoraïde), Larrivée (Pyrame),
Sophie Arnould (Thisbé), Gélin (Zoroastre), Mlle de
Chateauneuf (une Bergère), Durand (un Africain), Mlle
Rosalie (l'Amour)
Dans cette dernière version, la fin tragique est
remplacée une fin heureuse, grâce à
l'intervention de l'Amour qui fait revivre les amants, donnant lieu
à une fête générale.
Des représentations eurent lieu également
: à Lyon, en 1729, dans la salle du Jeu de Paume de la
Raquette Royale ; à Bordeaux en 1729 ; à Lyon, le 15
décembre 1745, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette
Royale, pour l'inauguration de la nouvelle direction par Jean Monnet
; à Montpellier en 1755.
Le livret fut imprimé en 1726 par Veuve
Pierre Ribou, par Jean-Baptiste-Christophe Ballard en 1740, par Veuve
Pierre Delormel, en 1759, puis par Lormel en 1771.
L'opéra inspira quatre parodies :
- Pyrame et Thisbé, jouée le 9
novembre 1726 à la Comédie Italienne,
attribuée à Riccoboni (*) et Romagnesi
(*), qui eut beaucoup de succès et fut
éditée en 1726, en 1738 et en 1759 ; distribution :
Pierre Paghetti (Ninus), Thomaso Antonio Vicentini, dit Thomassin
(Pyrame), Thérèse Lalande (Zoraïde),
François Riccoboni (Zoroastre) ; Gianetta-Rosa Benozzi,
dite Silvia (Thisbé), Pierre-Théveneau
(Thisbé chantante)
- Pyrame et Thisbé, d'un auteur
anonyme, écrite en 1726, soit non
représentée, soit représentée au
théâtre de marionnettes ;
- Pyrame et Thisbé, de Charles-Simon
Favart, représentée le 3 mars 1740 à la Foire
Saint-Germain ;
- Le Quiproquo ou Polichinelle Pyrame,
pièce en vaudevilles pour marionnettes, attribuée
à Adrien-Joseph de Valois d'Orville, jouée à
la Foire Saint-Germain en mars/avril 1740
(*) François Riccoboni, né en Italie en 1707.
Il vint en France en 1716, à la suite de son père Luigi
Riccoboni, fut reçu dans la troupe des Italiens en 1726.
Acteur complet, il prit se retraite définitive en 1759, et
mourut en 1772
(*) Jean-Antoine Romagnesi, né à Namur en
1690. Petit-fils du comédien Antonio Romagnesi dit Cinthio, il
débuta à la Comédie Française en 1718,
mais n'y fut pas reçu, puis entra au Théâtre
Italien en 1725 où il joua jusqu'à sa mort en 1742,
à Fontainebleau
La légende de Pyrame et Thisbé est
racontée par Ovide dans ses Métamorphoses, au
début du Quatrième Livre.
"106me des Opé. Le Poëme, composé
par de La Serre, fut mis en musiq. par Rebel fils & Francoeur le
cadet : la premiere représentation s'en donna le 17 Octob.
1726, & il est gravé in-4°. Venus & la Gloire,
réunis pour rendre les mortels heureux, font le sujet du Prol.
La musi. de cet Opé. fut trouvée si excellente, qu'on
étoit tenté de douter que les deux jeunes Musiciens
l'eussent composée sans l'aide & le secours de grands
Maîtres. La décoration superbe du Palais de Ninus fit
l'admiration de tout Paris : elle étoit du sieur Servandoni,
Italien, arrivé alors en France depuis peu. Il a paru trois
Paro. de cet Opé. sous le même titre; la premiere, au
Thé. Ital. par Dominique, Lelio fils & Romagnesi (...): la
seconde, à l'Op. Comi. par M. Favart (...) & la troisieme,
encore au Thé. Ital. le 5 Mars 1759. (...) On a remis cet
Opéra au mois de Janvier 1759 (...) * Quelques personnes
prétendent encore qu'il n'y a que les symphonies qui soient de
leur façon, & que tous les choeurs & les grands
morceaux sont de feu La Lande, qui étoit oncle de M. Rebel."
(de Léris - 1763)
"De l’antique légende
de deux adolescents qui s’aimaient depuis l’enfance et mouraient
à cause d’une horrible méprise, Jean-Louis Ignace de la
Serre fit un livret de jalousie, de pouvoir et de vengeance qui
permettait aux jeunes Rebel et Francœur de composer une œuvre
tragique qui rompait avec la tradition des opéras classiques
du XVIIe et XVIIIe siècles.
Créé avec
succès en 1726, cet opéra accompagna François
Francœur toute sa vie. Après de multiples retouches et
reprises en 1729, 1755, 1759, il en signa une version
définitive en 1771. Editée en 1779, tombée dans
l’oubli, retrouvée récemment, cette ultime version
connaît aujourd’hui une nouvelle vie. Une nouvelle
création.
La touchante légende de
Pirame et Thisbé, que l’on retrouve sous la plume d’Ovide dans
ses Métamorphoses, ou dans les vers des Filles de Minée
du livre XII des fables de Jean de la Fontaine, s’intéressait
à l’amour pur et malheureux d’un bel adolescent et d’une
ravissante jeune fille de Babylone dont la passion se heurtait
à l’hostilité de leurs parents. Il reste peu de ce
Roméo et Juliette antique dans le livret que Jean-Louis Ignace
de la Serre écrivit pour Rebel et Francœur, sans doute parce
que pour séduire le Prince de Conti auquel l’œuvre fut
dédiée, l’auteur s’intéressa aux intrigues de
cœur et de cour mieux connues de leur public. L’histoire devint celle
de Zoraïde, fille du roi Zoroastre, promise au jeune roi Ninus
qui convoite Thisbé qui, elle-même, n’a d’yeux que pour
Pirame qu’elle aime en secret. Et aux dieux attristés qui
rougirent les baies du mûrier en souvenir de jeunes amants
sacrifiés, le librettiste préféra la
colère d’une Zoraïde déclenchant contre Ninus la
fureur des éléments.
Si la tragédie lyrique
de François Rebel et François Francœur, ces deux jeunes
compositeurs appartenant à d’illustres familles de violonistes
et déjà directeurs de l’Opéra, se voulait
respectueuse des anciens, elle n’en rompait pas moins avec l’usage
des fins heureuses chères à l’époque. Sans cesse
remanié par Francœur tout au long de sa vie, Pirame et
Thisbé a traversé les querelles des anciens et des
modernes, est porté par les courants qui ont marqué le
XVIIIe siècle, rend hommage appuyé à Lulli et
recèle la moderne influence de Rameau. Ainsi l’ultime version
de 1771, transcrite par Daniel Cuiller, n’est pas qu’une simple
curiosité pour spécialistes, elle est un formidable
témoignage de l’évolution musicale au siècle des
Lumières." (Présentation
Angers-Nantes-Opéra)
Personnages : Ninus, roi d'Assyrie ; Zoraïde, fille de
Zoroastre, destinée à Ninus ; Pirame (ou Pyrame),
prince du sang, général des armées de Ninus ;
Thisbé, princesse assyrienne ; Zoroastre, magicien,
père de Zoraïde ; une Assyrienne ; Premier et second
Africains ; une Moissonneuse ; Choeurs d'Assyriens, d'esclaves
servant l'intérieur du palais de Ninus, de Bergers et
Moissonneurs, d'Esprits aériens et terrestres
Synopsis
Prologue
Le Temple de la Gloire, avec
cette divinité assise sur un trône
Après s'être
opposées, la Gloire et Vénus décident de s'unir
pour rendre heureux les mortels.
Acte I
La façade du superbe
palais de Ninus
(1) Zoraïde se rend compte
que Ninus ne l'aime plus. Thisbé tente de la rassurer. Mais
Zoraïde lui révèle que c'est elle que Ninus a
choisie pour la remplacer. Thisbé se récrie, avouant
son amour pour Pirame. (2) Ninus revient de sa victoire contre les
Mèdes. Il confie à Pirame qu'il aime Thisbé.
Pirame tente de le dissuader : il doit craindre la colère de
Zoroastre, père de Zoraïde. (3) Zoraïde
félicite Ninus. (4) Ninus fait acclamer Pirame par le peuple
comme un héros.
Acte II
Les jardins de
Ninus
(1) Thisbé est heureuse du
retour de Pirame. (2) Celui-ci la rejoint. Mais il est porteur d'une
mauvaise nouvelle : Ninus aime Thisbé et veut
l'épouser. Pirame veut s'effacer et lui demande de l'oublier.
Thisbé s'en offusque. (3) Ninus survient et déclare sa
flamme à Thisbé. Thisbé le repousse, lui
rappelant son engagement vis à vis de Zoraïde. Ninus
ordonne alors à Pirame de le remplacer. (4) Le choeur acclame
Thisbé comme sa souveraine. (5) Zoraïde demande des
explications. Ninus lui avoue son amour pour Thisbé.
Zoraïde le menace de la colère de son père, et lui
révèle que Pirame est son rival. (6) Ninus ne ressent
plus pour son ami que désir de vengeance.
Acte III
Une belle campagne, avec dans
le fond le Temple de Cérès
(1) Zoraïde et Thisbé
arrivent chacune d'un côté. Zoraïde se justifie :
elle espère que Ninus lui revienne et est
décidée à tout pour cela. (2) Thisbé
craint que Pirame l'abandonne par ambition. (3) Pirame vient faire
ses adieux à Thisbé, avant de subir la colère de
Ninus. Ce qui confirme les soupçons de Thisbé. Pirame
se récrie. Tous deux s'accusent de la situation et se
lamentent. On entend une symphonie champêtre. Les habitants
viennent offrir à Cérès des jeux que
Thisbé doit présider. (4) Zoraïde n'est pas
parvenue à voir Ninus. Pirame décide d'aller implorer
la clémence du roi. (5) Les habitants de la campagne, bergers,
moissonneurs, chargés des prémices de la terre,
viennent faire leur offrande à Cérès, sous la
direction de Thisbé. A la fin, ils entrent dans le temple,
Zoraïde reste la dernière. (6) Zoroastre apparaît
dans les airs, puis descend de son char devant Zoraïde. Il lui
fait part de sa colère contre Ninus. Comme Zoraïde
l'aime, il consent à limiter sa vengeance à faire agir
un monstre pour faire peur à Ninus. Zoraïde tente de le
dissuader, mais Zoroastre repousse ses plaintes.
Acte IV
Une Cour d'une architecture
grossière avec dans le fond, un espèce de fort
composé de grosses tours
(1) Zoraïde reproche
à Ninus d'avoir enfermé Pirame, et lui demande de lui
revenir. Ninus refuse. Zoraïde laisse éclater sa
colère et fait valoir que seul Pirame est capable de combattre
le monstre qui ravage le pays. Ninus comprend sa douleur mais ne peut
la soulager. (2) Zoraïde se lamente de n'avoir rien obtenu. (3)
Thisbé l'interroge, et recherche le moyen de libérer
Pirame. Elle se livre au désespoir. (4) Zoroastre
apparaît et réconforte Thisbé. Il invoque les
Esprits des Airs et les convie à détruire le fort et
libérer Pirame. Les Esprits aériens traversent
plusieurs fois le théâtre par des vols
différents, tandis que les Esprits de la terre en sortent et
se mettent à la disposition de Zoroastre. La prison de Pirame
tombe, Pirame apparaît, ses chaînes brisées. (5)
Pirame retrouve Thisbé et manifeste sa reconnaissance à
Zoroastre. (6) Zoroastre se félicite d'avoir
libéré Pirame. Zoraïde lui demande de la venger
à son tour de Ninus.
Acte V
Un bois épais, avec,
à travers les arbres les tombeaux des rois assyriens. Avant
l'aurore.
(1) Thisbé implore Amour
de protéger Pirame qu'elle attend. On entend sans le voir le
choeur se lamenter des ravages causés par un Monstre furieux.
(2) Pirame voit le Monstre arriver sur lui, le combat et le tue. Il
s'inquiète de ne pas voir Thisbé, puis aperçoit
son voile taché de sang. Désespéré, il se
frappe et tombe sur le gazon. (3) Thisbé aperçoit
Pirame mourant. Pirame se lamente et meurt. Thisbé
décide de le venger. (4) Ninus survient et reproche à
Thisbé de le fuir. Thisbé lui montre le corps de
Pirame, et lui fait de violents reproches avant de se frapper de son
poignard. (5) Zoroastre apparaît dans les airs, et laisse Ninus
à ses remords.
Pour en savoir plus
:
- Pyrame et
Thisbé - Un opéra
au miroir de ses parodies 1726-1779 - Françoise Rubellin -
Editions Espaces 34
Représentations :
- Sablé - Centre
culturel - Festival de Sablé - 22 août 2008 - en version de concert -
Ensemble Stradivaria - Choeur de l'Académie baroque - dir.
Daniel Cuiller - avec Thomas Dolié (Pirame), Judith Van
Wanroij (Thisbé)
- Nantes -
Théâtre Graslin -
25, 27, 29, 31 mai, 1er juin 2007 -
Angers - Grand
Théâtre - 8, 10, 12
juin 2007 - Ensemble Stradivaria - dir. Daniel Cuiller - mise en
scène Mariame Clément - décors et costumes
Julia Hansen - lumières Hervé Audibert - avec Thomas
Dolié (Pirame), Judith Van Wanroij (Thisbé), Jeffrey
Thompson (Ninus), Katia Velletaz (Zoraïde), Jean Teitgen
(Zoroastre), Leonor Leprêtre (la Gloire), Adèle
Carlier (Vénus), Fabrice Maurin et Jean-Sébastien
Nicolas (deux Africains).

- Muse baroque
- 29 mai 2007
http://www.musebaroque.fr/Essais/pyrame.htm
- Altamusica -
Miniature tragique
- 25 mai 2007
"Pour sa recréation par
Stradivaria, Pirame et Thisbé de François Rebel et
François Francœur ne pouvait bénéficier d’un
plus bel écrin que le Théâtre Graslin de Nantes,
où la mise en scène de Mariame Clément et une
distribution vocale d’une idéale jeunesse épousent avec
raffinement les contours sensibles de ce miroir des goûts des
Lumières.
Les destinées musicales
de François Rebel et François Francœur, fils de
musiciens illustres, furent intimement liées jusqu’à ce
que la Querelle des Bouffons mettent fin à leur direction
bicéphale de l’Opéra, dix ans après qu’ils en
eurent obtenu la licence pour trente ans. Première
tragédie lyrique commune, Pirame et Thisbé,
créé le 15 octobre 1726 et plusieurs fois
remanié jusqu’à la version de 1771,
éditée en 1779, et considérée comme
définitive par Francœur, reflète la transformation des
goûts du siècle des Lumières, dès lors que
la sensibilité rousseauiste s’immisce dans les passions
lullystes.
Pour se plier aux lois du
genre – avec prologue, divertissements, et monstres obligés –,
le librettiste Jean-Louis Ignace de la Serre a dû enrober
quatre actes durant une fable qui, chez Ovide, tient en une centaine
de vers, en ajoutant trois personnages qui tissent la toile de la
jalousie et de la vengeance fatale aux jeunes amants : Ninus, roi de
Babylone, épris de Thisbé au grand dam de la princesse
Zoraïde, qui attirera sur son fiancé inconstant les
foudres de son père, le magicien Zoroastre. Par une belle
simplicité que la réforme de Gluck érigera en
principe, le cinquième acte rompt totalement avec la
convention, et s’achève sur un récitatif sec, imposant
une émotion nue.
La mise en scène de
Mariame Clément épouse cette épure progressive
avec invention et raffinement, mais évite l’écueil de
la reconstitution en désamorçant l’esthétisme du
décor de Julia Hansen, qui intègre jusqu’aux
éléments ornementaux de la miniature persane pour
circonscrire l’action des quatre premiers actes à l’espace de
la page, grâce à une appropriation ironique des codes du
théâtre baroque, du prologue, où Vénus et
la Gloire s’invectivent depuis leurs loges, telles deux
abonnées d’un certain âge réfractaires à
la tragédie lyrique, à l’apparition d’un monstre de
carton échappé du théâtre d’ombre
balinais.
Dépouillé de ces
déguisements chatoyants, le cinquième acte renoue avec
les gestes de jeunes gens d’aujourd’hui, de par cette
familière distance déjà mise en œuvre par la
metteuse en scène dans sa Belle Hélène à
l’Opéra du Rhin. Le langage de la tragédie lyrique
avait-il jamais paru aussi naturel, aussi simple, aussi proche que
durant l’attente de Thisbé au pied d’un arbre mort, reflet du
mûrier de la légende originelle ?
Judith Van Wanroij y
déploie son timbre pulpeux et chaud avec une souplesse, un
galbe à l’opposé de la rigidité par laquelle
certains figent les récitatifs, qu’elle sert avec une diction
finement ouvragée, magnifiée par un art subtil de la
double consonne.
Un Pirame qui coule de source
- Chez le Pirame de Thomas Dolié, au baryton à peine
sorti de l’adolescence, les mots et la voix coulent de source, comme
si la déclamation lui était quotidienne, formant un
contraste idéal avec le Ninus de Jeffrey Thompson, que ses
facilités conduisent parfois à déborder le cadre
stylistique, mais dont la ligne tour à tour hystérique
et rêveuse révèle les ambiguïtés d’un
caractère qui doit davantage à l’effemminato de
l’opéra vénitien qu’à l’héroïsme
tendre de la haute-contre à la française.
Du personnage peu gratifiant
de la princesse Zoraïde, Katia Velletaz sait tirer parti
grâce à sa clarté d’élocution, et si
l’autorité vient parfois à lui manquer, faute de grave,
sa robe éventail y supplée dans l’invocation à
Zoroastre, auquel Jean Teitgen prête sa vigoureuse basse de
velours.
Recruté pour
l’occasion, le chœur de l’Académie baroque est d’une belle
verdeur, mais le geste souvent instable de Daniel Cuiller, aussi
artiste soit-il dans le soin qu’il apporte à la
variété de la phrase, n’évite pas les
décalages, d’autant que pour son baptême de la fosse,
l’ensemble Stradivaria apparaît en ordre dispersé durant
la première partie, accumulant les incertitudes, avant de se
rassembler au troisième acte pour dévoiler ses
arêtes les plus vives dans cet écrin acoustique
idéal qu’est le Théâtre Graslin."
- Isola
disabitata - Attention, chef-d’œuvre - 12 juin 2007
"... il convient de saluer
l’option de la production nantaise : prologue intact, divertissements
abrégés (d’où des déséquilibres
dans la temporalité du spectacle) mais interpolation de danses
supprimées en guise d’interlude entre les actes. Certes, on
perd parfois une des caractéristiques les plus
séduisantes de la tragédie en musique, à savoir
ses fins d’acte tranchantes, mais on moins on regagne les danses
perdues. Dans ce Pyrame & Thisbé, la magnifique chaconne
(qui fait tant penser à celles de Rameau) est ainsi
donnée entre les actes III et IV, lequel se clôt par une
danse de furie apparemment empruntée au divertissement
précédent, celui où les esprits des airs
détruisent la prison de Pyrame. Précisément, il
s’agit là, comme dans les futures Boréades, d’un
divertissement organiquement lié à l’action dont il
modifie le cours, si bien qu’on peut regretter que l’absence de
danseurs n’ait pas permis d’intégrer cette page tumultueuse,
splendide, à la séquence spectaculaire à
l’intérieur même de l’acte.
La forte séduction de
la soirée vient d’abord de la qualité extraordinaire de
la musique, étonnamment proche de celle de Rameau, dès
l’ouverture qui, avec ses notes frénétiquement
répétées, rappelle celles de Castor ou mieux de
Platée. Il faudrait savoir précisément ce qui,
dans la musique jouée à Angers, était
déjà présent dans la version de 1726 : j’imagine
que la partition d’origine n’aura pas été
remaniée de fond en comble en 1771, mais je me trompe
peut-être. Car 1726, c’est 7 ans avant Hippolyte, le premier
opéra composé par Rameau. Les couleurs (des bassons par
exemple), les raffinements de l’harmonie, la science des danses et
des séquences chorales, la poésie suggestive des
monologues, un certain climat sourdement mélancolique enfin,
tout cela captive en permanence. Et on atteint au dernier acte
à une concentration musicale et émotionnelle qui marque
la mémoire. J’avoue que par goût je suis beaucoup plus
touché par cette esthétique que par celle de Lully et
de ses continuateurs immédiats.
La partition utilisée
est celle de l’ultime état de l’opéra, dont la
longévité même est étonnante. À une
époque où les créations l’emportaient sur le peu
d’ouvrages inscrits durablement au répertoire, trouver un
opéra de 1726 qui résiste encore aux aléas du
goût dans les années 1770, voilà qui est
remarquable et qui atteste sans aucun doute la force de la musique.
Même si le génie absolu de Rameau est incomparable, ce
Pyrame & Thisbé soutient dignement la comparaison, et on
se dit qu’il se trouve peut-être d’autres opéras du
XVIIIe siècle ainsi ensevelis qui nous étonneraient, et
nous feraient mieux comprendre que Rameau n'est pas sorti tout
armé de sa tour.
Il me semble également
clair que le succès durable de cet opéra repose sur le
livret, admirablement composé. Après le bricolage
malencontreux de l’Ulysse de 1703, voilà une vraie construction
dramatique graduée, des personnages consistants, vraiment
intéressants, conçus et développés avec
finesse. Le difficulté n’était pas moindre : comment
remplir 5 actes de tragédie avec un sujet si réduit ?
Car que narrent les
Métamorphoses d’Ovide (l. IV) ? Que Pyrame et Thisbé,
jeunes Babyloniens unis non seulement par les liens du voisinage mais
par ceux de l’amour, furent empêchés par leurs parents
de se voir : ils s’aimaient cependant même
séparés par un mur qu’ils couvraient de baisers et au
travers du quel ils se parlaient. Une nuit pourtant, n’y tenant plus,
ils décident de se retrouver hors de la ville, près du
tombeau du roi Ninus (l’époux de Sémiramis). La suite
est connue, et Shakespeare ne l’oubliera pas : Thisbé
arrivée la première est mise en fuite par une lionne
à la gueule ensanglantée (elle avait
dévorée une proie), laquelle se jette sur le voile que
la jeune fille a perdu dans sa fuite ; Pyrame survient alors, ne
trouve de Thisbé que ce vêtement souillé, en
déduit le pire, se tue
de désespoir ; et quand
Thisbé le retrouve mourant, elle se tue à son tour avec
la même épée.
Autrement dit, la
légende fournissait un sujet de tableau pathétique, ou
encore un dénouement, et de fait ce sera le dernier acte de
l’opéra. Mais comment nourrir les précédents ?
Astucieusement, le librettiste La Serre a
réaménagé les rares éléments de la
légende en s’inspirant librement, semble-t-il, d’un livret
antérieur, celui de Roy pour la Sémiramis de Destouches
(créée sous la Régence en 1718). Dans le livret
de Roy, l’amour de la reine pour le général vainqueur
Arsame se heurte à celui qui le lie à la jeune
Amestris, tandis que le magicien Zoroastre nourrit une passion
jalouse et sans espoir pour Sémiramis.
Ce qui donne dans le livret de
La Serre l’action théâtrale suivante. Le prince Pyrame,
général des armées et vainqueur des
Mèdes, revient à Babylone, où il espère
épouser la princesse Thisbé, promise à lui
naguère par Sémiramis ; or le roi Ninus, lui-même
engagé auprès de Zoraïde, fille de Zoroastre,
est tombé violemment amoureux de Thisbé et cherche
conquérir sa main. Confident du roi, Pyrame n’ose pas lui
avouer la passion réciproque qui le lie à
Thisbé, et c’est Zoraïde, exaspérée par les
atermoiements du roi, et instruite par Thisbé, qui lui
révèle le secret. Ninus est furieux, et il emprisonne
Pyrame (voilà la version new look du mur qui sépare les
amants). Cependant Zoroastre est décidé de lever
l’injure faite à sa fille : il commence par envoyer un monstre
ravager les campagnes, puis conjure les esprits de l’air et de la
terre pour détruire la prison de Pyrame. Favoriser l’union des
deux amants est pour lui le moyen de se venger de Ninus. Mais Pyrame
et Thisbé doivent se soustraire à la colère du
roi et fuir. Rendez-vous est pris la nuit même auprès du
tombeau des rois d’Assyrie, et en route pour le dénouement,
à ceci près que le suicide de Thisbé a lieu
devant Ninus accouru sur les lieux : « J’abhorre, Roi cruel, ta
flamme criminelle / Celle de mon amant était pure &
fidèle, / Il meurt pour moi, je meurs pour lui. FIN*
»
C'est donc un exemple
caractéristique de composition d’un livret par amplification
de la source à rebours, à partir d’un point de
départ (Ovide) qui fixe le point d’arrivée de la
tragédie. La succession des actes déploie ainsi un
crescendo dans le jeu des passions, en particulier par une sorte de
variation sur le modèle de l’Atys de Quinault :
Atys-Sangaride-Célénus et Pyrame-Thisbé-Ninus
illustrent une même situation dramatique (le roi
découvre avec colère que son confident chéri et
la femme qu’il convoite s’aiment déjà en secret).
L’introduction de Zoroastre à l’acte III permettait en outre
d’amener des scènes magiques spectaculaires qui renouvellent
l’intérêt du spectacle en même temps que
l’animosité du magicien contre le roi cristallise
différemment le conflit des passions, enrichi par les rapports
contradictoires qui lient Zoraïde à son père :
elle implore son secours, mais répugne à causer le
malheur de Ninus qu’elle aime. Les scènes du père et de
la fille sont particulièrement belles.
Ce caractère de
Zoraïde est très réussi d’ailleurs : amoureuse
déçue mais généreuse, elle ne nourrit
aucune haine pour Thisbé, de même que le personnage
répugne au stéréotype de la furie vindicative
auquel son père veut la conformer à l’égard de
Ninus. On remarque d’ailleurs dans le livret de La Serre des
fragments sentencieux sur ce que doit être le roi idéal
: docile aux dieux plutôt qu’à ses désirs qu’il
se doit de régler. Car l’infidélité de Ninus
n’est pas seulement d’ordre sentimental, elle constitue une faute
éthique et politique. C’est pourquoi Zoraïde et Zoroastre
concluent l’acte IV par le duo suivant : Dieux tous puissants, les
Rois sont votre image. Ils doivent aux Mortels l’exemple des vertus.
Un Roi parjure vous outrage, Trop fier de son pouvoir il ne se
connaît plus ; Tournez, Dieux immortels, lancez sur lui la
foudre Et réduisez son Trône en poudre.
La scénographie
surmonte de façon remarquable les contraintes
matérielles de la
production. L’espace scénique
réduit à un carré fermé d’une bordure et
fermé en fond de scène par une grand panneau
rectangulaire vertical suggérant l’univers des miniatures
persanes ; il fournit l’ancrage commun au prologue et aux actes
successifs, jusqu’au dernier où le dispositif est
modifié ou plutôt radicalement simplifié, avec un
plateau quasiment nu. Les costumes procèdent d’un orientalisme
stylisé, élégant quoique composite : Pyrame est
persan, Thisbé fait plus penser à une princesse
indienne, la Gloire paraît sortir d’une scène de
nô, les chœurs sont plus sinophiles. Les jeux chromatiques sont
très harmonieux.
Mais surtout cette
scénographie sert de cadre à une mise en scène
remarquable : on assiste à une vraie direction d’acteurs,
exploitant intelligemment l’inscription mobile des corps dans cet
espace réduit : la dramaturgie est ainsi à la fois
très concentrée et toujours évolutive, en accord
intime avec celle du livret. L’ensemble est d’une économie
mais aussi d’une variété et d’une justesse qui forcent
l’admiration. Et cela vaut non seulement pour les acteurs de la
tragédie, mais aussi pour la régie des chœurs dans les
divertissements.
Le prologue où
l’accorte Vénus et la Gloire sévère se disputent
le cœur des sujets, donné intégralement, est
d’emblée exemplaire du souci de Mariame Clément de
donner consistance et vie théâtrale à des
scènes fortement conventionnelles : elle y parvient
remarquablement, avec juste ce qu’il faut de second degré dans
le maniement des allégories. Certes, les très jeunes
artistes du chœur sont parfois un peu verts scéniquement, un
peu scolaires dans leur geste, mais l’intelligence de la conception
d’ensemble, son mélange d’unité et de mobilité
l’emportent. Zoroastre est également traité avec un peu
d’ironie, comme le démiurge fier de ses pouvoirs : pour le
spectacle comme pour l’esprit, on songe tellement à ce que
Laurent Pelly faisait du Jupiter de Platée qu’on
soupçonne qu’il a inspiré ce Zoroastre
poétiquement faraud.
Le dernier acte laisse un peu
sceptique cependant. Dès la fin de l’acte IV, Pyrame sort de
sa prison en jeans et t-shirt, et tout l’acte V sera joué en
costumes « week-end relax ». Cet abandon des ornements
orientalisants veut-il signifier qu’on entre alors dans la
tragédie où s’approfondit la souffrance intemporelle ?
Ce n’est guère convaincant, et c’est plutôt
téléphoné.Le fait est que le
dépouillement soudain du plateau (en fait de tombeau des rois,
on a une sorte d’arbre mort estropié assez moche) ne produit
pas forcément d’effet heureux. Pourquoi d’ailleurs, alors que
tout cet acte est censé se passer la nuit (c’est
souligné dans les vers des personnages), maintenir un
éclairage sans ombres ni mystère ?
Le plus troublant est que le
monstre qui surgit et met Thisbé en fuite devient ici un
double de Ninus, et que tout l’épisode apparaît comme
une sorte de stratagème dont le chœur est l’agent, qui leurre
à la fois Thisbé et Pyrame pour les conduire à
la mort. Je veux bien qu’on ait voulu ne pas mettre un monstre
d’opéra sur scène à ce moment-là, comme
si le spectaculaire gênait forcément le
pathétique (c’est un a priori ordinaire mais assez discutable,
je trouve : pourquoi associer systématiquement la profondeur
de l’émotion au dépouillement ?). Mais d’une part, tuer
le monstre après avoir gagné la guerre contre l’ennemi
asseoit définitivement Pyrame dans une posture
héroïque, et non pas seulement élégiaque ;
et d’autre part le voir tuer Ninus comme le monstre à abattre,
alors que Ninus reparaît en scène face à
Thisbé à la fin rend la lisibilité de l’acte
hasardeuse. C’est entendu : pour ce dénouement connu de tous,
Mariame Clément a voulu faire autre chose — mais quoi
exactement ? Cette bifurcation inopinée dans
l’esthétique du spectacle m’a parue plus bancale que
suggestive.
Musicalement, c’est un
régal. Il est temps de se ressouvenir de Stradivaria ! J’avoue
franchement que je ne m’attendais pas à une telle
qualité orchestrale : le soutien, le sens du
théâtre, la conduite des danses et des ensembles, tout
cela est remarquable, et Daniel Cuiller manifeste une intelligence de
la tension que Christophe Rousset pourrait lui envier. L’arc
dramatique de l’œuvre est constamment soutenu, et peu importe
certains détails instrumentaux qui manquent parfois de «
fini ». L’orchestre (28 musiciens) sonne d’ailleurs
remarquablement dans ce théâtre aux proportions
idéales et à l’acoustique jouissive.
Les chœurs (occasionnels)
soutiennent leur partie avec un engagement et un zèle
constant. Sorties de leurs rangs, la Gloire et Vénus sont
excellentes, avec autant d’aisance que d’esprit.
Jean Teitgen (découvert
en Draco du Cadmus & Hermione que Rousset avait dirigé
dans le cadre de l’Académie d’Ambronay) est parfaitement en
place pour Zoroastre : timbre noir et saillant mais chant
élégant, du relief et du style, jeu très juste.
En Ninus (partie notablement aiguë), Jeffrey Thompson est le
seul à laisser sceptique : la voix est sonore, l’engagement
notable dans le jeu comme dans le chant, mais on a l’impression
d’entendre Platée au lieu du roi d’Assyrie. Le chant est
entortillé, sans fluidité, avec des effets de
couinements bizarre, des appoggiatures disgracieuses. Il finit par
fatiguer malgré une présence scénique
réelle.
Thomas Dolié, pour sa
part, confirme des vertus éminentes dans ce répertoire,
déjà illustrées avec Sémélé
mais magnifiées ici par la beauté singulière du
rôle : chant ferme et souple, élégant, avec un
mélange de noblesse et de retenue qui rendent sa voix, aussi
séduisante de couleur que de texture, particulièrement
pénétrante. La diction est magnifique et qui serait
assez mesquin pour lui reprocher une diérèse
oubliée sur « justifier » ? Scéniquement, il
en impose même lorsqu’il ne bouge pas, par le port, l’œil,
force et délicatesse parfaitement balancées. La
scène de sa mort, soutenue par des bassons, est un grand
moment.
Sa Thisbé, Judith van
Wanroij, me laisse assez partagé. Le timbre est magnifique, la
voix est ample, caressante, mais la diction reste assez floue (les
consonnes sont souvent défaillantes), et son chant souffre de
respirations plus ou moins bien contrôlées et d’un
manque de soutien des fins de phrases, qui donne
régulièrement lieu à des « euh »
parasites en fin de vers, comme si elle peinait à lâcher
le son strictement sur la syllabe. L’interprétation
paraît parfois un peu terne aussi. Mais cette artiste encore
très jeune peut faire bien mieux,
assurément.
Face à elle en
Zoraïde, Katia Velletaz dispose d’un matériau vocal moins
typé et plus frêle, avec un grave assez faible. Mais
l’art et la sensibilité sont admirables : pas une phrase n’est
indifférente ou banale ou négligée, l’expression
est fine et nuancée, ce qui ne l’empêche pas de briller
dans une magnifique invocation à Cérès à
l’acte III, tenue, concentrée, frémissante. Et
l’élégance du geste vocal est à la mesure de
l’incarnation scénique, aisée, profondément
sentie, et qui sert un rôle très attachant (plus
à mon sens que celui de Thisbé, plus
générique). L’ensemble donne une impression
d’évidence et d’adéquation intime avec cette musique.
Une heureuse découverte.
Cette interprétation
est d’ores et déjà enregistrée et sera
bientôt publiée en CD chez Mirare. Cette production,
c’est vraiment à souligner, a été
programmée dans le cadre du Printemps des Arts de Nantes,
accompagnée de diverses manifestations autour de Pyrame et
Thisbé : lecture de la tragédie homonyme de
Théophile de Viau par Benjamin Lazar, conférences sur
la fortune picturale du thème, initiation du public scolaire,
etc.
Enfin, les éditions
Espaces 34, sises à Montpellier et qui se consacrent à
l’édition de pièces rares du XVIIIe siècle, ont
fait paraître un volume consistant sous la direction de
Françoise Rubellin : Pyrame et Thisbé : un opéra
au miroir de ses parodies. Il propose le livret de l’opéra
avec toutes les variantes, accompagné d’une étude
littéraire et musicologique, complétée par le
texte de diverses parodies de Pyrame & Thisbé
jouées au Théâtre de la Foire entre 1726 et 1757
(l’existence de ces parodies est un signe sûr du succès
des opéras ainsi parodiés). Voilà bien des
conditions exemplaires pour l’exhumation d’une œuvre marquante.
Bravo."
- ResMusica - Un maillon fort
du baroque français
"Au terme d’un prologue
allégorique, pendant lequel Vénus et la Gloire
débattent de la compatibilité de l’amour et du devoir
pour finalement proclamer « Régnons d’intelligence
», nous sommes plongés dans la tragédie de Pirame
et Thisbé, deux jeunes gens qui s’aiment depuis toujours.
Ninus, roi de Babylone et fils de Sémiramis, tombe
malheureusement amoureux de Thisbé et délaisse
Zoraïde. Celle-ci n’est autre que la fille du grand magicien
Zoroastre, qui déchaîne ses pouvoirs par mesure de
rétorsion. Ninus, l’inconstant, sera-t-il puni ? Non, ce sont
nos amoureux qui, victimes d’une méprise qui les reli si
étroitement aux amants véronais de Shakespeare,
s’immolent sur l’autel de l’amour et de l’honneur. L’intrigue
paraît cousue de fil blanc, et pourtant les personnages
existent, souffrent, luttent et s’interrogent ; le librettiste
Jean-Louis Ignace de la Serre, censeur royal et biographe de
Molière, ne s’est très heureusement autorisé
aucune fadeur dans la peinture des caractères.
Pirame et Thisbé est le
premier opéra né de la collaboration de François
Rebel et François Francœur, pas même trentenaires lors
de sa création à l’Académie Royale de Musique en
1726. Un demi-siècle plus tard, après que les deux amis
eurent assumé de concert la direction de l’Opéra, c’est
Francœur seul qui assure la réalisation de la version
définitive, jouée en 1771 et éditée en
1779. C’est cette ultime mouture, redécouverte par Daniel
Cuiller, que proposent aujourd’hui Angers Nantes Opéra et
l’ensemble Stradivaria, au moment même où est
porté sur les fonts baptismaux un nouveau pôle de
coopération culturelle, « Scènes Baroques »,
associant sous l’égide d’A. N. O. et de l’ARIA
(Académie de recherches sur l’interprétation ancienne)
de Rezé, les différentes structures culturelles œuvrant
localement dans le champ des musiques anciennes.
Tout au long des cinq actes
qui constituent cette tragédie lyrique, les deux musiciens
font preuve d’une qualité d’instrumentation, d’une
maîtrise de l’écriture chorale et d’une fraîcheur
mélodique qui forcent le respect. Bien sûr, l’œuvre a
connu une longue maturation, mais nous pouvons imaginer que les
jalons de sa séduction avaient été posés
d’emblée, ce qui explique son succès immédiat
comme les commentaires malveillants d’observateurs doutant que les
deux jeunes musiciens aient pu composer des pages d’un souffle et
d’une couleur aussi soutenus sans l’appui de maîtres
renommés. Etrangers à ces controverses, nous nous
laissons porter par la grâce des lignes mélodiques, la
fluidité du commentaire orchestral, le naturel des vocalises
et la délicatesse des contre-chants instrumentaux. Cette
partition témoigne d’un goût très sûr et
d’un généreux élan juvénile, ne
tolérant aucun alanguissement, de même que d’un
réel pouvoir d’évocation, en particulier lorsque
Zoraïde décrit les sortilèges de son père.
La très prometteuse
Mariame Clément signe une mise en scène qui conjugue
simplicité et imagination espiègle. Evitant le
piège de l’actualisation comme les périls de la
reconstitution (en dépit d’un clin d’œil très bien venu
aux machineries baroques à l’occasion de l’apparition de
Zoroastre au troisième acte), elle nous entraîne dans un
Orient rêvé, où Ali Baba s’invite chez les Ming
et Schéhérazade parcourt les rizières. Des
palais ottomans aux jardins zen, c’est toute l’Asie qui est ainsi
élégamment suggérée. Dans cette
scénographie astucieuse, Mariame Clément opte pour une
charmante distanciation (en particulier pour le triomphe de Pirame au
premier acte), avec malice mais sans ironie. Toutefois, lorsque
l’étau du drame se resserre autour des deux protagonistes,
l’espace scénique (jusque là confiné dans un
quadrilatère étroit) s’élargit et les costumes
s’actualisent : la couleur locale s’éteint pour laisser le
drame à cru jusqu’au dénouement tragique, d’une
poignante sobriété.
Il faut saluer la
préparation technique du chœur, composé de jeunes
chanteurs recrutés sur audition à l’automne et qui ont
bénéficié de quatre sessions de formation
professionnelle avec des intervenants aussi prestigieux
qu’Agnès Mellon et Isabelle Poulenard. L’ensemble Stradivaria,
qui fête ses vingt ans cette année, se coule
parfaitement dans ce répertoire qui lui est familier, sous la
direction souple et précise de Daniel Cuiller, dont la lecture
pratique l’alacrité sans acidité.
La distribution est plus
inégale. Jeffrey Thompson, ténor de caractère,
peine dans la partie meurtière de Ninus, auquel il ne parvient
pas à conférer la noblesse souhaitable. Son engagement
dramatique sans retenue le conduit même à la limite de
l’incident dans son air de bravoure à la fin du
deuxième acte. De même, le soprano court de Katia
Velletaz ne peut traduire toutes les facettes de Zoraïde. En
revanche, Jean Teitgen fait belle impression dans Zoroastre avec une
voix qui a trouvé toute son assise, un timbre profond, une
réelle adéquation stylistique et une indéniable
présence scénique. Ce sont toutefois les deux
interprètes principaux qui enlèvent la mise. Dans la
partie pourtant peu démonstrative de Pirame, Thomas
Dolié, très concentré, confirme brillamment ses
qualités vocales et sa maîtrise technique.
Interprète de Thisbé, Judith Van Wanroij est une
véritable révélation : timbre captivant, format
prometteur et bonne école. Une artiste à suivre
!"
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