Tragedia per musica,
écrite sur un livret en prose française de
Frédéric II, le roi-philosophe, inspiré de
l'Alzire de Voltaire, versifié en italien par le
poète Giampietro Tagliazucchi. L'opéra fut
représenté au Hofoper de Berlin, le 6 janvier 1755,
sous la direction du compositeur, dans une mise en scène de la
baronne von Weerts.
La distribution réunissait
notamment la soprano Giovanna Astrua (Eupaforice), le castrat alto
Porporino (Ferdinando Cortès), le castrat mezzo-soprano
Giovanni Amadori (Montezuma).
Le livret relate la fin du
dernier roi aztèque, assassiné en 1520 par le
conquérant espagnol Cortès.
Personnages : Montezuma, empereur du Mexique (soprano),
Eupaforice, reine de Tlascala, épouse de Montezuma (soprano),
Tezeuco, serviteur imperial (ténor), Pilpatoè, general
imperial (soprano), Erissena, confident de la reine (soprano),
Narvès, commandant espagnol (soprano), Ferdinando
Cortés, condottiere espagnol (soprano)
Représentations :
Versailles - Opéra
Royal - 10, 11 février 2011 - Concerto Elyma -
dir. Gabriel Garrido - mise en scène Claudio Valdès
Kuri - représentations
annulées
Berlin - Schiller Theater
- 26, 28 janvier 2012 - version de concert - dir.
Michael Hofstetter - chef de choeur Eberhard Friedrich - avec
Vesselina Kasarova (Montezuma), Anna Prohaska (Eupaforice), Pavol
Breslik (Tezeuco), Florian Hoffmann (Pilpatoè), Adriane
Queiroz (Erissena), Michael Maniaci (Ferdinando Cortes), Ann
Hallenberg (Narvès)
Potsdam - Neues Palais von
Sanssouci - Schlosstheater - 21, 22 janvier 2012 -
Kammerakademie Potsdam - dir. Sergio Azzolini - mise en
scène Geoffrey Layton - décors, costumes Anna
Eiermann - dramaturgie Micaela von Marcard - avec Florin Cezar
Ouatu (Montezuma), Laila Salome Fischer (Erissena), Makoto
Sakurada (Tezeuco), Mark Chambers (Pilpatoè), Paolo Lopez
(Cortes), Gerald Thompson (Narvès)
Edimbourg - King's Theatre
- 14, 15, 17 août 2010 - Madrid - Teatro del Canal - 15, 17, 18,
20, 21 septembre 2010 - Concerto Elyma - Coro de Ciertos
Habitantes - dir. Gabriel Garrido - mise en scène Claudio
Valdés Kuri - décors Herman Sorgeloos -
lumières Carsten Sander - costumes Ximena Fernández
- avec Flavio Oliver (Montezuma), Lourdes Ambriz (Eupaforice),
Rogelio Marín (Tezeuco), Lucía Salas
(Pilpatoé), Lina López (Erissena), Adrián
George Popescu (Fernando, Cortes), Christophe Carré
(Navrès) - nouvelle coproduction avec Theater der Welt ;
Teatro Real de Madrid ; Instituto Nacional de Bellas Artes ;
Festival Internacional Cervantino
Opéra
Magazine - novembre 2010 - 20 septembre 2010
L'oeuvre, qui se
réfère à une des pages les plus noires de la
conquête du Mexique, n'a pas été choisie par
hasard : en 2010, on célèbre le 200e anniversaire du
début du processus d'indépendance des
républiques ibéro-américaines.
D'emblée, force est de
constater que le public ne s'est pas bousculé dans la Sala
Roja du récent Teatros del Canal d'une capacité
d'environ huit cent cinquante places, choisie pour accueillir le
spcctacle. La production ingénieuse et fluide du metteur en
scène mexicain Claudio Yaldes Kuri, tour de force de
clarté et d'intuition dramatique, méritait pourtant un
meilleur et plus large accueil. L'œuvre aussi, peut-être si
l'on se passionne pour la période... Le livret porte la
signature de Frédéric II de Prusse, qui l'avait
écrit en français, avant de le faire traduire en
italien par Giampietro Tagliazucchi. L'ambition du monarque
était d'élever l'opéra au rang des
tragédies de Corneille, Racine et Voltaire. Graun, quant
à lui, savait alterner arie, ensembles, chœurs, duos, trios,
et il livre une partition expressive, mouvementée, moins
statique que nombre d'œuvres de l'époque. Dans cet
affrontement entre civilisation et barbarie, la dualité de la
structure opppose le récitatif chargé de narrer
l'action, aux airs, qui exposent la contemplation et résolvent
le discours dramatique.
Montezuma et Herman Cortes,
les deux adversaires, sont confiés à des artistes
à la voix et au physique étonnnants : le
contre-ténor italo-espagnol Flavio Oliver et le sopraniste
roumain Adrian-George Popeseu, tous deux parfaitement à l'aise
dans ces tessitures diaboliques. Sans grands noms, le reste de la
distribution offre plusieurs surprises agréables, telle
l'émouvante Eupafolice (promise de Montezuma) de la soprano
mexicaine Lourdes Ambriz, saisissante dans la scène finale du
suicide. Les costumes de Ximena Fernandez, quant à eux,
constitués de capsules de boissons gazeuses
écrasées, sont fort originaux.
Bien défendu par la
direction enlevée du chef argentin Gabriel Garrido, à
la tête de l'excellent Concerto Elyma sur instruments originaux
et du Coro de Ciertos Habitantes, Montezuma reste pourtant, avant
tout, une curiosité. Il semble peu probable qu'il puisse de
nouveau s'imposer au répertoire, hors commémorations
historiques de ce type."
ConcertoNet
"Montezuma est un petit bijou
(très petit, d’accord, mais un bijou, quand même). Si
l'on pense à Haendel, la déception ne se fait pas
attendre, au détour d'une aria, pendant un duo, ou pendant les
ensembles. D’ailleurs, il y a l’histoire. Un roi,
Frédéric de Prusse, illustre, cultivé et
inventeur de l’impérialisme et du militarisme prussiens donne
des leçons au monde contre Machiavel… en devenant un de ses
meilleurs disciples, le Machiavel du Prince, pas celui des Discours.
On peut mépriser l’histoire que le librettiste
Frédéric raconte, mais il faut accepter qu’un
thème comme celui-ci ait été impossible quelques
années plus tôt dans les théâtres
européens. C’est déjà un progrès, on est
au milieu du XVIIIe siècle. Mais, en musique, cela veut dire
que le langage de Graun est un peu en retard. En philosophie, cela
veut dire que les nouveaux thèmes du siècle qui finira
comme on sait sont déjà sur la table. Le despotisme
illustré existe partout en Europe, et ce n’est pas la
même chose que l’Illustration. Bon, on n’est ici pour discourir
sur l’histoire. Un dernier mot: mettre en scène le Montezuma
de Graun a provoqué une petite polémique chez quelques
uns de mes compatriotes à la peau trop délicate: la
légende noire, une histoire sur la méchanceté
des Espagnols pendant la conquête de l’Amérique! Tout
ceci est un peu ridicule, mais la petite polémique a
existé (très petite, mais polémique, quand
même). Heureusement, le Teatro Real a produit ce spectacle,
avec pas mal de partenaires internationaux allemands, britanniques et
mexicains.
Il est important de voir un
petit bijou, inconnu ou méconnu, comme celui-ci; j’avoue que
je ne connaissais que les petits extraits enregistrés par
Bonynge il y a quarante ans, ou plus, et les critères à
l’époque n’étaient pas du tout semblables à ceux
de Garrido. L’opportunité de faire une production avec un
ensemble comme l’Elyma s'est présentée, dirigée
par un Argentin et où participent de nombreux musiciens
d’Amérique Latine. Et cela est important pour un
théâtre espagnol de premier rang comme le Real. Mais on
a vu également la collaboration avec une troupe
théâtrale mexicaine d’un très haut niveau,
dirigée par Claudio Valdés Kuri, et cela est tout aussi
important pour un théâtre comme le Real. À part
les qualités indiscutables des artistes, cette collaboration a
tout son impact, et cela doit être le point culminant qui
devrait conduire à des collaborations plus
régulières avec l’Amérique latine, un monde
bouillonnant, fascinant, et le partenaire naturel de l’Espagne, mais
aussi du Portugal.
L’ambition et les desseins de
cette production sont un peu à l’écart de ceux d'un
théâtre d’opéra. D’abord, la mise en scène
a été adaptée pour un autre
théâtre, la salle Rouge des Teatros del Canal et non
dans le la grande salle du Teatro Real. Cette grande salle
n’était pas la plus adéquate pour un ensemble
constitué d’instruments anciens comme l’Elyma, dont les
sonorités sont subtiles, délicates, même dans les
ensembles évoquant les mouvements, voire la violence (la
méchanceté des Espagnols en action, par exemple). Le
Canal convenait mieux, donc. Ce qu’on a entendu n’est pas une des
meilleures prestations de l’Elyma et Garrido, très
admirés partout, et dont le Monteverdi est insurpassable.
C’est vrai que certains instruments donnent l’impression de jouer
faux, comme le cor naturel, mais c’est un niveau de conscience sonore
différent qu’on nous propose. Tout comme l’histoire du livret,
qui sonne encore plus faux que cela.
Le quatuor vocal protagoniste
est d’un niveau qui frôle l’excellence. C'est indiscutable pour
les deux personnages principaux. Le contre-tenor italien Flavio
Oliver compose un Montezuma à la ligne noble, et
réussit dans les ambigüités ou les doubles sens
proposés par Valdés. Un chant beau, celui d'un
falsétiste qui ressemble parfois au contralto, avec des graves
qui n’ont rien du falsetto. La soprano mexicaine Lourdes Ambriz
obtient un succès très mérité avec son
rôle riche en vocalises, agilités, bravoures même;
Ambriz est une soprano lyrique et parfois tout à fait soprano
légère; elle a une expérience de l'opéra
large et profonde et aussi dans un groupe vocal comme Ars Nova. Avec
Oliver et Ambriz, la soprano Lucía Salas, elle aussi
mexicaine, et le contre-tenor roumain Adrian-George Popescu
complètent une distribution très digne, avec des
rôles secondaires d’un bon niveau, même si parfois ce ne
sont encore que des débutants.
La troupe de Valdés
mérite une «mention spéciale». Ce n’est pas
une troupe comme les autres, une compagnie plus ou moins
aléatoire, mais un groupe d’acteurs et de chanteurs avec une
grande cohésion, une consistance intérieure
considérable pour un travail d’équipe où, par
exemple, les chanteurs déplacent eux-mêmes les
décors. Et cela signifie une vision différente, un
éthique opposée à celle de l’opéra.
D’ailleurs, Valdés Kuri propose de nombreuses images, enrichit
le texte-partition naïf-pervers, et se moque un peu de
l’idéologie de Frédéric (idéologie en ce
qu'elle est une fausse conscience qui justifie les faits, les
«bienfaits» et les «méfaits» de son
royaume: lui, Frédéric, c'est Montezuma, mais il n'est
la dupe de personne, il envahit la Silésie avant que cela soit
trop tard). La deuxième partie (acte III) mêle
l’ensemble Elyma et le martyre de Montezuma avec des personnages du
Mexique d’aujourd’hui, pittoresques, redoutables, tendres, sensuels,
dangereux, y compris une espèce de jeune-mort, parce que la
Mort comme squelette est une des icônes obligées de
l’imaginaire mexicain. Il fallait voir le très sérieux
Garrido en train de disputer son petit espace aux acteurs-chanteurs
qui faisaient semblant de ne pas trop le respecter. Il y avait, donc,
une complicité entre les desseins très
différents personnifiés par Garrido et par
Valdés. L’opéra original dure plus de quatre heures.
Heureusement, le spectacle proposé ne dépasse pas,
interlude mis à part, deux heures et demie. Je ne sais pas si
c’est Valdés ou Garrido qui a emprunté un très
beau morceau de Manuel de Sumaya, musicien mexicain du XVIIIe
siècle, un canon, une petite fugue pour illustrer les
personnages du Mexique d’aujourd’hui. Mais le choix est une
réussite: avec Sumaya on assiste à un beau finale, pas
héroïque, pas idéologique, pas faux comme dans la
Hofoper de Berlin en 1755.
Un beau spectacle, une
approche tout à fait différente pour un titre
méconnu du répertoire (nous espérons que Garrido
et l’Ensemble Elyma réaliseront un enregistrement, l’avenir du
titre lui-même étant un peu incertain). Quatre bons
chanteurs, un ensemble musical sérieux et une foule d’images
théâtrales riches, même dans les moments les plus
complexes."
Montpellier - Salle
Pasteur - 17 juillet 1990 - dir. Jan Latham-Koenig -
avec Jennifer Larmore (Montezuma), Ewa Malas-Godlewska, Jean-Luc
Viala (Teseuco), Maria Bayo (Pilpatoe), Catherine Napoli, Isabelle
Vernet (Ferdinand Cortes), Anne-Sophie Schmidt
"On aurait volontiers
ajouté quelques éléments, vrais ou faux, de
couleur locale. L'opéra pourtant superbe de Graun avait
grand-peine à trouver sa vraie dimension
théâtrale. A cette longue succession d'airs
isolés, il manquait des couleurs et de la chaleur. la faute en
revient-elle à la direction impersonnelle de Jan Latham-Koenig
ou à des interprètes trop soucieux de bien faire et par
là rarement épanouis au sein d'une partition qu'ils
découvraient avec une extrême prudence. Là
où on attendait des héros, on ne rencontrait que de
bons élèves. On salue néanmoins la performance
très séduisante, très contrôlée, de
Jennifer Larmore. D'Ewas Malas-Godlewska, on retiendra la
précision des vocalises et des aigus, tout en regrettant une
dimension vocale sensiblemnt insuffisante." (Opéra
International - septembre 1990)
Berlin - 7, 8,
11 et 12 septembre 1989 - dir. Hans Hilsdorf - mise en
scène Herbert Wernicke - avec Iris Vermillion, Denning,
Sieber, Gayer, Vogel, Grönross, Mercker
Festival de Spolète
- 1987 - dir. Hubert Soudant - mise en scène
Winfried Bauernfeind - scénographie Martin Ruprecht -
coproduction Westdeutscher Rundfunk - Cologne
Opéra de
Berlin-Ouest - 6 novembre 1981 -
direction Hans Hilsdorf - mise en scène Herbert Wernicke -
avec Alexandra Papadjiakou (Montezuma, mezzo), Sophie Boulin
(Eupaforice, soprano)
"Spectacle d'un raffinement
extrême et d'une grâce inouïe. La musique...est d'un
charme prenant et constant, sinfonie alertes, magnifiques
arie"..."éblouissant spectacle"..."Alexandra Papadjiakou,
jeune mezzo grec au timbre d'ambre"..."et Sophie Boulin qui a
emporté un véritable triomphe. Cette jeune soprano
colorature...a littéralement enthousisamé le public par
sa belle technique". (Opéra International- janvier
1982)