COMPOSITEUR
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Georg Friedrich HAENDEL
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LIBRETTISTE
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Antonio Marchi, d'après L'Arioste
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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2000
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2002
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Alan Hacker
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Arthaus
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Opéra en trois actes
(HWV 34), troisième des opéras de Haendel
inspirés de l'Orlando
furioso (1516) - chants VI et VII -
de L'Arioste (1474 - 1533).
Le livret, dont l'auteur est
inconnu, est issu de l'Alcina delusa
da Ruggiero, écrit en 1725
par Antonio Marchi pour Tomaso Albinoni, représenté au
teatro San Cassiano de Venise, puis repris au teatro San
Moise, en 1732, sous le titre Gli avvenimenti di Ruggiero. Entre-temps, le livret avait été
remanié par Antonio Fanzaglia pour l'Isola d'Alcina de
Riccardo Broschi, représenté à Rome en 1728, et
repris en 1729 à Parme sous le titre Bradamante nell'isola d'Alcina.
L'Arioste s'était
lui-même inspiré de l'Orlando innamorato
de Matteo Maria Boiardo (1441 - 1494).
Terminé le 8 avril 1735,
il fut créé à Londres le 16 avril 1735, pour la
première saison du théâtre de Covent Garden. La
distribution réunissait le castrat mezzo-soprano Giovanni
Carestini, dit Il
Cusanino, dans le rôle de
Ruggiero, la soprano Anna Maria Strada del Po, soprano (Alcina),
Cecilia Young, soprano (Morgana), William Savage, soprano enfant
(Oberto), Maria Caterina Negri, alto (Bradamante), John Beard,
ténor (Oronte), Gustavus Waltz, basse (Melisso).
L'oeuvre connut dix-huit
représentations et clôtura la première saison, le
2 juillet. Carestini, en dépit de son refus initial de chanter
l'aria Verdi prati, reemporta un grand succès. Marie
Sallé fut également très remarquée, mais
son costume fit scandale, et elle quitta définitivement
Londres.
Haendel reprit Alcina pour la
nouvelle saison, après un an d'interruption, le 6 novembre
1736, pour trois représentations, dans une version raccourcie
et sans ballet.
Une nouvelle reprise eut lieu le
10 juin 1737, pour deux représentations.
Reprise à Brunswick en février
1738, en partie en allemand, et en août 1738.
Le manuscrit autographe est conservé
à la British Library de Londres, et il existe des ccopies
manuscrites à Hambourg, Cambridge, Londres et Manchester.
Personnages : Alcina, magicienne (soprano),
Ruggiero, chevalier (castrat alto), Morgana, soeur d'Alcina
(soprano), Bradamante, épouse de Ruggiero, travestie sous le
nom de Ricciardo (contralto), Oronte, général d'Alcina
(ténor), Melisso, gouverneur de Bradamante (basse), Oberto,
fils du paladin Astolfo (sopraniste)
L'enchanteresse Alcina attire les hommes sur son
île magique où elle les transforme en rochers, ruisseaux
ou bêtes sauvages. Elle tient ainsi en son pouvoir le chevalier
Ruggiero, mais pour la première fois, en est tombée
amoureuse. Bradamante, la fiancée de Ruggiero, qui voyage
à sa recherche en se faisant passer pour Ricciardo,
acccompagnée de Melisso, ancien tuteur de Ruggiero,
débarque dans l'île d'Alcina. Elle est accueillie au
palais par Morgana, soeur d'Alcina, promise à Oronte, chef des
armées de la magicienne, qui s'éprend du pseudo
Ricciardo. Oronte s'en aperçoit et convainc Ruggiero qu'Alcina
est amoureuse de Ricciardo. Melisso délivre Ruggiero du
pouvoir où le tient Alcina, et feint d'être toujours
amoureux d'Alcina. Ruggiero prépare sa fuite avec Bradamante,
et Alcina, qui a perdu ses pouvoirs, ne peut s'y opposer. Les hommes
ensorcelés retrouvent leur forme originelle.
Synopsis
détaillé
Acte
I
Un lieu désert, fermé par de hautes
montagnes escarpées, au pied desquelles est creusée une
petite grotte
(1) L'opéra s'ouvre sur l'arrivée de
Bradamante (contralto), vêtue en guerrier,
déguisée en son propre frère "Ricciardo", et de
Melisso (basse), son ancien tuteur, également en tenue de
guerre, qui ont échoué sur le rivage. A l'aide d'un
anneau magique, ils ont l'intention de briser le sortilège qui
lie Ruggiero (castrat) à Alcina (soprano) et de
délivrer tous les autres captifs qui ont subi diverses
transformations. Bradamante et Melisso sont accueillis par la soeur
d'Alcina, Morgana (soprano) (elle aussi magicienne) et font semblant
de s'être égarés. Morgana tombe
immédiatement amoureuse de "Ricciardo" (en fait, Bradamante),
bien qu'elle soit elle-même fiancée à
Oronte(ténor), le commandant des forces d'Alcina (air de
Morgana : O s'apre al riso).
Soudain, sous la foudre et les coups de tonnerre, la
montagne s'écroule et s'ouvre de tous côtés ;
disparaissant, elle fait place au délicieux palais d'Alcina,
où cette dernière, à sa toilette, est assise
près de Ruggiero, lequel lui présente un miroir. Le
jeune Oberto se tient sur le côté, et des pages et des
demoiselles apprêtent pour Alcina divers vêtements. De
jeunes chevaliers et des dames, couronnées de fleurs, foorment
le choeur et dansent
(2) La scène suivante se déroule dans le
palais d'Alcina, où elle règne dans le faste et la
splendeur. Choeur des pages et demoiselles d'Alcina : Questo e il
cielo de'contenti. Elle y accueille ces étrangers et
expose avec exubérance son amour pour Ruggiero, puis le prie
de montrer son palais et ses terres à ses invités (air
d'Alcina : Di', cor mio, quanto t'amai). (3)
Lorsqu'elle est partie, un jeune homme nommé Oberto (soprano
ou castrat) demande à Melisso et à Bradamante de
l'aider à retrouver son père, Astolfo (air d'Oberto :
Chi m'insegna il caro padre) ; bien qu'Oberto l'ignore,
ceux-ci sont persuadés que son père a été
transformé en un animal sauvage, comme bien d'autres captifs.
(4) Lorsque Melisso et Bradamante se retrouvent seuls avec Ruggiero,
ils l'accusent de les avoir abandonnés, mais celui-ci les
traite avec mépris, déclare qu'il ne vit que pour le
retour d'Alcina et s'en va (air de Ruggiero : Di te mi rido).
(5) Entre-temps, Oronte - le fiancé de Morgana - a
découvert la nouvelle passion de celle-ci pour "Ricciardo" et
le provoque en duel. (6) Morgana se précipite pour
s'interposer, repoussant dédaigneusement Oronte et
défendant "Ricciardo" (air de Bradamante : E gelosia).
(7) Morgana confirme à Oronte qu'elle le quitte.
Une chambre donnant dans les appartements
d'Alcina
(8) Oronte rencontre Ruggiero, toujours à la
recherche d'Alcina. D'humeur agressive, il décide de lui
révéler la façon dont Alcina a traité ses
anciens amoureux. Devant le refus de Ruggiero de croire en son
infidélité, Oronte tente de le convaincre en inventant
une passion de la part d'Alcina pour "Ricciardo" (air d'Oronte :
Semplicetto ! a donna credi ?). (9) Lorsqu'il la
retrouve, Ruggiero lui demande des explications, mais elle nie
fermement cette nouvelle passion et réaffirme son amour pour
Ruggiero. (10) Devant l'attitude de Ruggiero, Alcina proteste de sa
fidélité (air d'Alcina : Si, son quella). (11)
Après le départ d'Alcina, Bradamante ne peut
résister à l'envie de révéler sa
véritable identité à Ruggiero, (12) ce que
Melisso s'empresse de nier. Ruggiero choisit de le croire, et
présumant que "Ricciardo" essaie de dissimuler son amour pour
Alcina, s'enorgueillit d'être le seul à
bénéficier de ses faveurs avant de quitter la
scène (air de Ruggiero : La bocca vaga). (13) Morgana
apparaît alors et annonce qu'Alcina a l'intention de prouver
son amour pour Ruggiero en transformant "Ricciardo" en une bête
sauvage. Morgana "le" presse de s'enfuir, mais "Ricciardo"
(Bradamante) lui demande de retourner voir Alcina et de lui dire
qu'il ne peut l'aimer, puisque son coeur appartient à
quelqu'un d'autre. Morgana croit que c'est elle dont il s'agit ;
Bradamante ne l'en dissuade pas et se retire. Le premier acte se
termine, Morgana se réjouissant de l'amour que lui porte
"Ricciardo" (air de Morgana : Tornami a vagheggiar).
Acte II
Riche et majestueuse salle dans le palais
enchanté d'Alcina
(1) Ruggiero s'aperçoit très rapidement
qu'il est victime d'un sortilège. Après s'être
lamenté sur l'absence d'Alcina, il est mis en présence
de Melisso, déguisé en son ancien tuteur, Atlante.
Celui-ci lui rappelle sévèrement son devoir et lui met
l'anneau magique au doigt : l'île apparaît alors telle
qu'elle est réellement, dénuée de splendeur ou
de magnificence. Ruggiero ressent immédiatement le
désir de revoir Bradamante afin de réparer le dommage
causé par Alcina. Reprenant alors sa véritable
apparence, Melisso lui fait par voir de son plan pour
s'échapper : Ruggiero devra revêtir son armure,
prétendre qu'il veut aller chasser dans la forêt et en
profiter pour s'enfuir. (2) Mais bien que le charme que lui a
jeté Alcina n'opère pius, il se méfie encore
d'elle : lorsqu'il rencontre à nouveau Bradamante, il ne peut
être certain qu'il ne s'agit pas d'Alcina
déguisée. Bradamante est
désespérée (air de Bradamante : Vorrei
vendicarmi). (3) Une fois seul Ruggiero craint pour l'avenir si
après tout il s'agissait bien d'elle et qu'il ne l'a crue une
seconde fois (air de Ruggiero : Mi lusinga il dolce affetto).
Lieu conduisant aux appartements royaux. Au centre,
une statue de Circé qui change les hommes en
bêtes
(4) Morgana intervient au moment où Alcina
s'apprête à prononcer la formule magique qui
transformera Bradamante en une bête sauvage; elle est suivie
par Ruggiero : (5) sans révéler à Alcina qu'il
ne l'aime plus, il la persuade qu'il n'est pas nécessaire de
lui prouver son amour d'une façon aussi brutale (air de
Morgana : Ama, sospira). (6) Il arrive alors à la
convaincre de le laisser partir à 1a chasse (air de Ruggiero :
Mio bel tesoro). (7) Oberto apparaît, se
lamentant toujours sur la disparition de son père ; il finit
par émouvoir Alcina qui lui donne un espoir de le retrouver
(air d'Oberto : Tra speme e timore). (8) Oronte annonce alors
à Alcina que Ruggiero, Melisso et Bradamante ont l'intention
de s'enfuir ; elle déplore son destin (air d'Alcina : Ah !
mio cor !). (9) Bien qu'Oronte se moque sarcastiquement de
Morgana, que "Ricciardo" a abandonnée, celle-ci refuse de le
croire. Même délaissé, Oronte ne peut
s'empêcher d'aimer Morgana (air d'Oronte : E un folle).
(11) Bradamante et Ruggiero sont enfin réunis, mais Morgana
surprend leur conversation : elle est outrée de
découvrir que "Ricciardo" n'est autre que Bradamante et que
Ruggiero a trahi Alcina (air de Ruggiero : Verdi prati, selve
amene).
Salle souterraine consacrée à la
magie, où l'on voit divers instruments et figures relevant de
cet art
(12) Le second acte se termine sur imprécations
d'Alcina appelant ses esprits à empêcher la fuite de
Ruggiero, ses efforts restent vains et elle jette sa baguette magique
de désespoir (air d'Alcina : Ombre pallide). Divers
esprits et spectres se manifestent alors et forment une danse.
Ballet.
Acte III
Atrium du palais
(1) Morgana s'efforce de regagner les faveurs d'Oronte
(air de Morgana : Credete al mio dolore), mais celui-ci la
repousse, comme il avait juré de le faire. Pourtant,
lorsqu'elle est partie, il admet qu'il l'aime encore (air d'Oronte :
Un momento di contento). (2) Ruggiero et Alcina se rencontrent
par hasard : elle exige de savoir pourquoi il veut la quitter.
Lorsqu'il lui dit qu'il doit retourner vers ses obligations et sa
fiancée, elle le congédie avec mépris, jurant de
se venger (air d'Alcina : Ma quando tornerai). (3) Melisso,
Bradamante et Ruggiero se préparent alors à mettre les
forces d'Alcina en déroute à l'aide de l'anneau magique
et du bouclier (air de Ruggiero : Sta nell'incarna). (4)
Bradamante jure de ne pas quitter l'île avant que toutes les
victimes d'Alcina n'aient été libérées
(air de Bradamante : All'alma fedel). (5) Oronte informe
Alcina que sa flotte a bel et bien été vaincue par
Ruggiero ; en aparté, il exprime sa satisfaction de voir
qu'elle va enfin payer cher ses cruautés. Celle-ci,
désespérée, souhaite ardemment qu'on l'oublie
(air d'Alcina : Mi restano le lagrime).
Vue sur le merveilleux palais d'Alcina,
entouré d'arbres, de statues, d'obélisques, de
trophées et de cages où l'on voit tourner des
bêtes fauves ; au centre, surélevée, une urne qui
renferme la puissance des enchantements d'Alcina
(6) Lorsqu'Oberto rappelle à Alcina sa promesse
de l'aider à retrouver son père, elle fait vicieusement
sortir un lion de sa cage et donne un poignard à Oberto, lui
ordonnant de le tuer. Mais celui-ci refuse, devinant qu'il doit
s'agir de son père, et se retourne contre Alcina qu'il menace
avant de partir avec son poignard (air d'Oberto : Barbara !).
(7) Alcina tente encore de séduire Ruggiero, mais ni celui-ci,
ni Bradamante ne sont dupes (terzetto : Non e amor, ne
gelosia). (8) Ruggiero et Bradamante s'approchent de l'urne,
source de tous les pouvoirs magiques d'Alcina, décidés
à la détruire. (9) Essayant de les en empêcher,
Alcina nie toute intention mauvaise, jurant qu'elle ne souhaite que
leur bonheur. (10) Melisso incite Ruggiero à détruire
l'urne. Ruggiero la brise. Alcina et Morgana s'enfuient alors
précipitamment, se lamentant sur leur destin. Les pouvoirs
magiques d'Alcina étant détruits, son palais s'effondre
en ruines, submergé par les eaux. Les anciens amoureux qu'elle
avait ensorcelés retrouvent leur forme humaine, Oberto et
Astolfo sont à nouveau réunis et tous chantent leur
soulagement et leur joie (choeur : Dall'orror di notte cieca).
Ballet. Choeur : Dopo tante amare pene).
"Alcina est avec Orlando et
Ariodante le troisième opéra de Haendel inspiré
du Roland furieux de l'Arioste. Le livret, qui est une sorte de
variante du mythe de Circé, est basé sur celui de
L'Isola di Alcina, une oeuvre que Riccardo Broschi (le frère
de Farinelli) fit représenter à Rome en 1728 et dont
Haendel eut vraisemblablement connaissance lors de son voyage en
Italie, l'année suivante. A la différence d'Ariodante,
qui se situe davantage sur un plan humain, Alcina est un opéra
" merveilleux ", qui abonde en transformations magiques et en effets
surnaturels qu'adorait le public de l'opéra baroque. Le choix
d'une oeuvre riche en effets de cette sorte était aussi
dû au fait qu'à l'époque où il
l'écrivit, Haendel, après les saisons au Haymarket et
aux deux Royal Academy of Music, venait de s'installer au
Théâtre Royal de Covent Garden et que ce
théâtre était dirigé par John Rich, un
homme qui accordait un soin particulier à la
réalisation de ses spectacles. Par ailleurs, ce
théâtre disposait d'une machinerie particulière,
qui renforçait l'illusion scénique et faisait
participer le public plus intimement à l'action. Tout
était donc réuni pour offrir un spectacle fastueux et,
de fait, l'oeuvre obtint un accueil triomphal.
Sur le plan musical, Alcina
s'apparente à l'opera seria, c'est-à-dire à un
genre qui fait se succéder des airs reliés par des
récitatifs. A chacun des personnages, Haendel offre des pages
brillantes, destinées à mettre en valeur la
virtuosité vocale des chanteurs et les différentes
facettes de leur talent. Le rôle de Ruggiero, initialement
écrit pour un castrat, est interprété
aujourd'hui par un mezzo-soprano. C'est pour lui que le compositeur
écrivit l'air célèbre " Verdi prati ", que
Giovanni Carestini, le castrat alto qui créa le rôle,
refusa dans un premier temps, parce qu'il le trouvait indigne de son
talent. Quant au rôle-titre, particulièrement riche et
émouvant, il montre une femme dans la splendeur de sa
séduction, mais aussi dans les affres du désespoir
amoureux et de l'abandon.
La création : Alcina a
été créé le 16 avril 1735 au Covent
Garden de Londres.
L'oeuvre à
l'Opéra de Paris : Alcina a fait son entrée au
répertoire de l'Opéra National de Paris en juin 1999,
dans une mise en scène de Robert Carsen, avec Renée
Fleming (Alcina), Susan Graham (Ruggiero), Natalie Dessay (Morgana),
Kathleen Kuhlmann (Bradamante), sous la direction musicale de William
Christie."
(Présentation
Opéra de Paris - 2003)
http://www.dlib.indiana.edu/variations/scores/abu7619/index.html
Représentations :
- Cologne - Palladium
- 16, 20, 22, 24, 27, 29 juin, 3, 5, 7 juillet 2012 -
dir. Peter Neumann - mise en scène Ingo Kerkhof -
décors Anne Neuser - costumes Stephan von Wedel -
lumières Nicol Hungsberg - dramaturgie Tanja Fasching -
avec Claudia Rohrbach (Alcina), Franziska Gottwald (Ruggiero),
Anna Palimina (Morgana), Katrin Wundsam (Bradamante), John
Heuzenroeder (Oronte), Wolf Matthias Friedrich (Melisso), Adriana
Bastidas Gamboa (Oberto) - nouvelle production
- Halle -
Opernhaus - 1er, 3, 8 juin 2012 - dir. Bernhard Forck - mise
en scène Andrej Woron - décors, costumes Andrej
Woron - chef de choeur Tobias Horschke - avec Romelia Lichtenstein
(Alcina), Ines Lex (Morgana), Terry Wey (Ruggiero), Bettina Ranch
(Bradamante), Andreas Karasiak (Oronte), Ki-Hyun Park (Melisso),
Jeffrey Kim (Oberto) - nouvelle production
- Bordeaux -
Grand-Théâtre
- 2, 4, 8, 11, 13 mai 2012 - dir.
Harry Bicket - mise en scène David Alden - décors,
costumes Gideon Davey - lumières Wolfgang Göbbel -
avec Elza van den Heever (Alcina), Anna Christy (Morgana), Isabel
Leonard (Ruggiero), Sonia Prina (Bradamante), Alek Shrader
(Oronte), Wojtek Gierlach (Melisso), Melody Louledjian (Oberto) -
nouvelle production
- Opéra de
Lausanne - 19, 22, 24, 26 février 2012 - Orchestre
de Chambre de Lausanne - Chœur de l'Opéra de Lausanne -
dir. Ottavio Dantone - mise en scène et chorégraphie
Marco Santi - décors Katrin Hieronimus - costumes Katharina
Beth - lumières Guido Petzold - vidéo Kristian
Breitenbach - chef de choeur Véronique Carrot - avec Olga
Peretyatko (Alcina), Brian Asawa (Ruggiero), Sophie Graf
(Morgana), Kristina Hammarström (Bradamante), Juan Francisco
Gatell (Oronte), Giovanni Furlanetto (Melisso), Pablo Lopez
(Oberto)


"Rarement l’on s’égare
en confiant la mise en scène d’un opéra, qui plus est
si on le choisit dans la sphère baroque, à un
chorégraphe. Tout au plus risque-t-on, éventuellement,
l’omniprésence d’un médium sur une scène de
prime abord destinée à un autre ; et encore… De
même que Sasha Walz qui signait, il y a quelques années,
un émouvant et somptueux Dido and Æneas [lire notre
chronique du 12 février 2005], Marco Santi s’empare
adroitement d’Alcina dans une vision sensible qui, pour elle aussi
doubler à la danse les rôles chantés,
n’érige pas en principe une option dont au besoin, sainement,
elle accepte de déroger. Avec les dix corps de la
Tanzkompagnie des Theaters St.Gallen, il abstrait les affects dans
l‘intime respect que met la si particulière distance
händélienne à les distiller. « Corps »,
il s’agit bien de cela, en effet : si densité et
sensualité surprennent dès l’abord, bouscule l’habitude
du mélomane, peut-être, elles résument
avantageusement la corporalité des chanteurs au
phénomène vocal, cédant l’espace
scénique, paradoxalement créé par la voix
elle-même, pourtant, au corps. Et quelle danse ! Plaisir,
passions, brisures et remèdes saisissent l’œil, la conscience
de cet espace dans la localisation de l’écoute. Au jeu des
tensions/détentes de stimuler l’imaginaire par ses
équilibres précaires, ses ruptures abyssales, ses
« habitations alcinaires », souvent au point de chute, bord
du gouffre de l’effondrement.
Encore n’est-il guère
précis de présenter ainsi ce travail au raffinement
sauvage. Avec la complicité de la décoratrice Katrin
Hieronimus, Marco Santi distingue trois lieux à la
représentation. Ainsi le spectacle commence-t-il devant le
rideau fermé. Montant de la salle sur l’avant-scène,
Melisso et Bradamante y rencontrent Morgana, sœur relativement
soumise de la belle Alcina, redoutable magicienne. Et le recours
à cette circulation entre plateau et salle d’opérer
dès qu’il s’agit de tenter la levée des enchantements.
Ce premier terrain de jeu s’impose comme celui du regard porté
par l’extérieur – le public – sur le mythe qu’il s’empressera
de dérespecter. Comme pour une version de concert, les trois
personnages s’expriment partition en main, puis abordent l’île,
révélée par un geste impérieux autant
qu’accueillant de Morgana (qui n’est pas sœur de sa sœur pour rien,
vous l’aurez compris).
La deuxième aire saute
aux yeux : une construction excentrée, structure sans murs,
boîte à plaisirs, pour ne pas dire bordel, posée
devant les images d’un super-écran qui la font flotter dans
l’infini. Un tel labyrinthe a bien de quoi subjuguer ce qu’il garde
prisonnier ! Tels les corps qui s’y jaugent, s’y frôlent,
frottent, caressent, enlacent et mêlent, une vive encre bleue
mélange ses lourdes volutes dans l’écran-aquarium,
dessinant un fond mouvant de séduisante incertitude aux joutes
sensuelles d’hommes-oiseaux, femmes-poissons, hommes-lions et autres
succubes. Entre l’avant-scène, le seuil entre ce qui se donne
pour notre ici-et-maintenant et l’île enchantée, les
maîtres d’œuvre ont ménagé un troisième
champ, arborant table de maquillage, tringle à costumes, banc
de repos et caisses à machines, faisant de la
boîte-à-plaisirs d’Alcina un théâtre dont
il forme les coulisses – ce « bord du gouffre », au fond.
Un incessant voyage fait osciller les danseurs entre créatures
possédés de l’île et identités artistiques
dédramatisées, en leur choséité
même (on se change, se rafraîchit après l’effort,
etc.), ballet des leurres, métamorphoses et autres diableries,
proclamé par un geste « scandaleux » en ce qu’il
paraît en ignorer la portée l’instant d’après.
Peu à peu s’en tarira le frémissement, au fil de la
décision des enjeux, autrement dit de la ruine des
omnipotences, jusqu’à la constitution d’une armée
libératrice, venue dudit seuil – de nous, bien sûr.
Le travail vidéastique
esquissé plus haut se garde d’étouffer le dispositif,
déjà doté d’un ingénieux encombrement
qu’on pourra dire « baroque », si l’on veut. Le signe l’un
des danseurs, le Russe Kristian Breitenbach, dont il faut saluer le
bouleversant solo. Quelques images marquent les rétines, comme
la lente et trouble chute des astres pendant le lamento d’Alcina
« moquée » ou les perles d’encres rouges de la
guerre qui imprime une certaine chinoiserie à
l’esthétique finale.
À cette merveille de
soirée au soufre vertigineusement cordial contribue une
distribution plutôt bien choisie. Il faut un certain temps au
soprano Sophie Graf pour asseoir un aigu moins heurté
qu’à la première scène. De fait, elle campe
bientôt une Morgana d’une souplesse idéale qui
réalise avec grand panache ses airs. L’excellente Delphine
Galou est Bradamante : avec une ligne vocale parfaitement
menée, une couleur attachante et une agilité
remarquable, le mezzo français convainc aisément. Si
l’Opéra de Lausanne fait volontiers honneur à
Händel [lire nos chroniques du 18 avril 2008 et du 27 mai 2011],
encore se montre-t-il fidèle aux jeunes artistes qu’il invite
: ainsi d’Olga Peretyatko, ici applaudie en Desdemona (Rossini) il y
a deux ans [lire notre chronique du 28 février 2010] – puis
dans Rossignol à Aix [lire notre chronique du 4 juillet 2010]
–, Alcina touchante à la vocalité virevoltante.
Rêvera-t-on Ombre palide plus nuancé, par exemple ?
Côté messieurs,
si le Melisso souvent instable de Giovanni Furlanetto enthousiasme
moins, le timbre parfaitement belliqueux du ténor argentin
Juan Francisco Gatell sert favorablement Oronte qui, d’autre part,
affiche un chant vaillant et soigneusement conduit. De même
saluera-t-on l’alto Florin Cezar Ouatu pour son incarnation fort
musicale de Ruggiero. Enfin, le jeune sopraniste sicilien Paolo Lopez
donne la mesure de son talent et de ses moyens dans Barbara !, l’air
d’Oberto (Acte III, Scène 6), offrant une voix magnifiquement
impactée.
Au pupitre, Ottavio Dantone
livre un Händel à l’effervescence
élégamment contrôlée qui dose savamment
les contrastes tout en arguant d’une accentuation expressive. Les
instrumentistes de l’Orchestre de Chambre de Lausanne ménagent
une sonorité relativement « française »
à l’exécution, ciselant les timbres dans l’éclat
du mouvement, toujours dignement porté."
"Deux étages de bois
montés sur pilotis, sorte de squelette d’un appartement
façon Ikea, voilà l’univers poétique et
paradisiaque imaginé par le metteur en scène et
chorégraphe Marco Santi et sa décoratrice Katrin
Hieronimus pour l’île dont Alcina est la reine. A
l’arrière de ce maigre tréteau, un écran
vidéo géant projette des images d’écoulements de
peintures bleues, vertes ou rouges parasitant ce qui
éventuellement pourrait se passer sur la scène.
Pourrait, parce qu’à
l’évidence, si l’argument d’Alcina est celui d’une femme en
constantes amours, une mangeuse d’hommes, la manière de
traiter le propos par Marco Santi est lassante. Visuellement
acceptables, les alanguissements sans cesse
répétés de ses danseurs tout au long de
l’opéra expriment toujours la même chose dans des
redites et des redondances d’attitudes et de gestes. On aimerait
qu’enfin Marco Santi nous raconte l’histoire plutôt que de nous
rabâcher le climat dans lequel elle se déroule. Mais, le
chorégraphe ne sait pas raconter, ni ne sait diriger des
acteurs. Sinon, pour quel message, à quelles fins dramatiques
déplace-t-il ses personnages aux étages de son
échafaudage, qui passant par des escaliers, qui se hissant en
montant sur des chaises de bureau ou des caisses ? Ajouter à
cela des costumes puisés dans l’ère moderne, le plus
souvent laids et mal ajustés, et le tableau de cette
décevante Alcina est complet.
Resterait la musique, mais las
! Dès le premier mouvement de l’ouverture, l’Orchestre de
Chambre de Lausanne montre d’inquiétantes limites techniques
dans les trilles des violons jouées à la
débandade. Et la répétition tout aussi
approximative de ces traits démontre une imprécision
coupable de préparation orchestrale. Tout au long de la
soirée, les fréquents décalages entre la fosse
et le plateau soulignent une direction imprécise du chef
italien Ottavio Dantone, pourtant expérimenté dans
l’exercice de ce répertoire.
Du côté des
chanteurs, on attendait beaucoup de la soprano russe Olga Peretyatko,
vedette montante de l’art lyrique. Annoncée souffrante, sa
prestation n’a heureusement rien laissé paraître de son
malaise, si ce ne sont que de rares et insignifiantes
hésitations. A l’image de son bel « Di, cor mio ».
La voix reste toujours aussi plaisante, aussi bien conduite que celle
qui nous avait charmé lors de son Rossignol de Stravinsky
d’Aix-en-Provence, sa Susanna des Nozze à Paris en 2009 ou
encore sa Gilda de Rigoletto à Avenches en 2011.
Néanmoins une certaine déception habite sa prestation.
L’absence totale de vocalises telles que l’exige l’actuel respect de
la musique lyrique de Haendel dévoile les limites techniques
de la soprano russe.
Des vocalises que lancent les
autres protagonistes de cette aventure souvent avec bonheur,
même si parfois elles divulguent l’inexpérience
liée à leur jeunesse et leur inexpérience. Au
contraire de la jeune soprano vaudoise Sophie Graf (Morgana) qui, de
prestations en prestations, affirme son joli talent et son
évidente volonté de bien faire. Avec le charme de son
timbre vocal et son engagement, elle est l’artiste la plus
convaincante de ce plateau. A l’image de son air « Tornami a
vaggheggiar » qui déclenche les premiers applaudissements
d’un public jusque-là tiède. A ses côtés,
la soprano Delphine Galou (Bradamante) se révèle aussi
capable de vocaliser avec aisance et de se fondre dans l’esprit
musical de Händel.
Chez les messieurs, on reste
plus mitigés. Si la projection vocale du ténor Juan
Francisco Gatell (Oronte) l’inscrit comme la figure vocale la plus
intéressante du plateau masculin, le contre-ténor
Florin Cesar Ouatu (Ruggiero) quoique possédant
l’agilité des vocalises haendéliennes, manque
sensiblement de legato. Tout comme fait défaut le registre
grave de son instrument. Alors que la basse Giovanni Furlanetto
(Melisso) apparaît toujours hésitante et à la
limite de la justesse, la voix pourtant virtuose du
contre-ténor Paolo Lopez (Oberto) révèle une
acidité de timbre parfois dérangeante.
Discret puisque s’exprimant
depuis les coulisses, le Chœur de l’Opéra de Lausanne aurait
peut-être mérité d’être mieux en
vue."
"Même les magiciennes
chez Haendel doivent apprendre la plus dure des lois sur les
sentiments humains, à savoir qu'ils finissent. Carte du Tendre
d'une illusionniste en abus de pouvoir qui s'emmêle les
baguettes à force de lancer des maléfices amoureux,
Alcina déploie tous les visages de l'amour dans ce qui reste
sans doute le plus écrasant des rôles-titres
haendéliens, remis au goût du jour en son temps par la
Sutherland.
Le moins qu'on puisse dire
c'est que, même annoncée grippée le soir
où nous y étions, Olga Peretyatko a toutes les
qualités pour le rôle. Projection impressionnante, chant
ensorcelant développant des trésors de nuances, elle
déborde d'invention mélodique sur les da capo, sans
jamais dénaturer l'oeuvre, avec un art belcantiste
consommé. Plus limitée, la Morgana de Sophie Graf lui
offre néanmoins le contrepoint idéal avec son timbre de
jeune fille et son tempérament taquin, tournoyant joyeusement
sur son « Tornami a vaggheggiar », véritable
anti-dépresseur appelant aux réjouissances
immédiates.
À part l'Oronte
forcé de Juan Francisco Gatell, confondant la subtilité
du bel canto baroque avec l'étalage de décibels, la
distribution est formidablement homogène. En Ruggiero, Florin
Cezar Ouatu fait montre d'une belle intériorité en plus
d'un timbre rappelant James Bowman et Giovanni Furlanetto campe un
Melisso très nuancé (très beau Pensa a chi geme
au deuxième acte).
À la tête d'un
Orchestre de chambre de Lausanne qui pourrait rivaliser avec nombre
de phalanges baroques, Ottavio Dantone livre un Haendel tout en
subtilité, suave à souhait, loin des caricatures
hédonistes, avec un continuo fabuleux de trouvailles
harmoniques quand il s'agit d'accompagner les chanteurs dans des airs
aussi riches en ruptures que le Ombre pallide du deuxième
acte.
Pour sa première mise
en scène, Marco Santi opte pour la chorégraphie
permanente. L'idée a le mérite de la cohérence :
composer une sorte de bal lascif où des couples de figurants
passent leur temps à s'enlacer autour des colonnes du royaume
d'Alcina, au centre de la scène, alors que les coulisses du
spectacle restent apparentes. L'ensemble ne manque pas de
sensualité, mais aurait sans doute gagné à
bénéficier d'un décor un peu plus inspiré
qu'un simple échafaudage et des écrans vidéos
aussi laids qu'inutiles, et d'une chorégraphie un peu plus
structurée, plutôt que d’obliger tout le monde à
danser en permanence. Péché de chorégraphe, qui
fait qu'une fois de plus c'est la musique qui était la plus
ensorcelante."
- Weimar - Grosses Haus
- 18, 23 février, 3, 16, 30 mars, 15 avril, 24
mai, 2 juin 2012 - Staatskapelle Weimar - dir. Lorenzo Ghirlanda -
mise en scène Corinna von Rad - décors Steffi
Wurster - costumes Sabine Blickenstorfer - dramaturgie Michael
Dißmeier - avec Heike Porstein (Alcina), Ulrika
Strömstedt (Ruggiero), Elisabeth Wimmer (Morgana), Margarita
Gritskova (Bradamante), Szabolcs Brickner (Oronte), Philipp
Meierhöfer (Melisso) - nouvelle production

- Dresde - Semperoper
- 29 octobre, 1er, 4, 10 novembre 2011 -
dir. Rainer Mühlbach - mise en scène Jan Philipp
Gloger - décors Ben Baur - costumes Karin Jud -
lumières Fabio Antoci - dramaturgie Sophie Becker - avec
Amanda Majeski (Alcina), Barbara Senator (Ruggiero), Christa Mayer
(Bradamante), Hilke Andersen, Nadja Mchantaf (Morgana), Simeon
Esper (Oronte), Markus Butter (Melisso), Elena Gorshunova, Manuel
Günther, Michael Kranebitter


- Stuttgart - Staatsheater
- 5, 9, 16, 22, 25, 29 octobre, 12, 16 novembre 2011 -
dir. Sébastien Rouland - mise en scène et
dramaturgie Jossi Wieler, Sergio Morabito - décots et
costumes Anna Viebrock - avec Myrtò Papatanasiu (Alcina),
Katarina Karnéus, (Ruggiero), Ana Durlovski (Morgana),
Marina Prudenskaja (Bradamante), Stanley Jackson (Oronte), Michael
Ebbecke (Melisso), Diana Haller (Oberto)


- Vienne - Staatsoper
- 27, 29 septembre, 2, 5 octobre 2011 - dir. Marc
Minkowski - mise en scène Adrian Noble - décors,
costumes Anthony Ward - lumières Jean Kalman -
chorégraphie Sue Lefton - avec Inga Kalna (Alcina),
Veronica Cangemi (Morgana), Vesselina Kasarova (Ruggiero),
Kristina Hammarström (Bradamante), Alois Mühlbacher
(Oberto), Benjamin Bruns (Oronte), Adam Plachetka (Melisso)



- St Gallen Theater - Suisse
- 26 mars, 1er, 3, 9, 13, 28 avril, 3, 10, 15 mai, 8
juin 2011 - dir. Jeremy Carnall - mise en scène Marco Santi
- décors Katrin Hieronimus - costumes Katharina Beth -
video Kristian Breitenbach - chorégraphie Marco Santi -
avec Netta Or (Alcina), Antigone Papoulkas (Ruggiero), Andrea Lang
(Morgana), Delphine Galou (Bradamante), Arthur Espiritu (Oronte),
Wade Kernot (Melisso) - nouvelle production
- Opéra de
Göteborg - 5, 9, 13, 17, 20, 23, 27 février, 4, 9,
12, 16, 19, 24 mars, 14, 16 avril 2011 - dir. Laurence Cummings -
mise en scène Yannis Houvardas - décors
Lars-Åke Thessman - costumes Karin Erskine - lumières
Torkel Blomkvist - avec Agneta Eichenholz (Alcina), Katarina
Karnéus (Ruggiero), Ida Falk Winland (Morgana), Ann-Kristin
Jones (Bradamante), Martin Vanberg (Oronte), Åke
Zetterström (Melisso)
- Schwerin -
Mecklenburgisches Staatstheater -
10 décembre 2010, 9, 29 janvier, 24, 27 février, 16
mars 2011- dir. Martin Schelhaas - mise en scène Arila
Siegert - décors Hans Dieter Schaal - costumes Marie-Luise
Strandt - chef de choeur Ulrich Barthel - avec Hyun-Ju Park
(Alcina), Itziar Lesaka (Ruggiero), Katrin Hübner (Morgana),
Susanne Drexl (Bradamante), Christian Hees (Oronte), Andreas
Lettowsky (Melisso)
.jpg)
- Paris -
Théâtre des Champs Élysées - 29 novembre
2010 - Cracovie - 2 décembre 2010 - Londres - 4
décembre 2010 - version de concert - Les Musiciens du
Louvre-Grenoble - dir. Marc Minkowski - avec Anja Harteros
(Alcina), Vesselina Kassarova (Ruggiero), Veronica Cangemi
(Morgana), Kristina Hämmerstrom (Bradamante), Shintaro
Nakajima (Oberto), Luca Tittoto (Melisso),
Benjamin Bruns (Oronte)
"Que nous offre-t-on ce soir?
Un plateau hétéroclite mais plutôt
équilibré, où chacun offre une palette
honnête de qualités et de défauts. Comme à
son habitude, Veronica Cangemi se chauffe et s'engage progressivement
en cours de soirée. Alternant d'abord sons ampoulés et
sons trop ouverts, cette chanteuse instinctive et touchante
réussit ensuite quelques beaux moments. Anja Harteros rappelle
parfois Soile Isokoski par son émission un peu
empâtée, "dans les joues", ce qui est sans doute un
défaut inhérent à une voix habituée
à un répertoire plus lourd. Très Comtesse des
Noces dans son "Si, son quella", elle appuie beaucoup son
médium, entre la voix de poitrine et une nasalité
postérieure qui semble suscitée par une raideur de la
racine de la langue. Son "Ah, mio cor" est beau et engagé,
avec des sons assez vilains dans la partie centrale plus rapide, mais
un phrasé long et une résonance plus haute dans les
passages lents. Dans "Ombre pallide", c'est peut-être le tempo
étrangement lent qui ne fonctionne pas et donne l'impression
d'une sorte de miaulement au ralenti.
Vesselina Kasarova a tenu
comme ce soir le rôle de Ruggiero lors des deux reprises de la
production de l'Opéra de Paris en 2004 et 2007. Très
familière de ce rôle, elle est la seule à
réellement s'amuser avec. Elle manifeste un incroyable talent
à tirer parti des inégalités de son
émission, qu'elle caricature en une sorte d'auto-parodie qui
touche parfois au délire - ce qui convient parfaitement
à son personnage, ensorcelé par Alcina. Son "Sta
nell'Ircana" devient un monument héroï-comique. On peine
à en comprendre les paroles tant les inégalités
de registre et les déformations vocales sont extrêmes,
avec des sons très ampoulés dans le grave, mais
l'ensemble est tonique, phrasé avec énergie et aussi
jubilatoire que Nina Hagen chantant Frau Peachum. Vesselina Kasarova
grossit moins sa voix dans son bel air avec flûtes. Kristina
Hammarström, l'autre mezzo de la soirée, est plus
"propre" mais moins excitante.
Vienne oblige, le rôle
d'Oberto est tenu par un jeune adolescent issu des Wiener
Sängerknaben, Shintaro Nakajima, qui lui apporte une
fraîcheur et une musicalité sans faille. Benjamin Bruns
présente un bon potentiel, avec un défaut
fréquent chez les voix jeunes : nasaliser pour se rassurer sur
l'accroche de sa voix. Ce qu'il fait assez vilainement dans son air
alla Cosi fan tutte, "Semplicetto, a donna credi?", alors que la
douceur du début de "Un momento di contento" lui convient
mieux. Il nasalise et fausse cependant à nouveau dans cet air
dès qu'il doit vocaliser.
Luca Tittoto a une
émission claire et sombre à la fois, n'est-ce pas
d'ailleurs le propre de l'idéal italien du chiaroscuro? Son
articulation bien déliée lui permet des phrasés
souples, ainsi dans son excellent "Pensa a chi geme"."
"Ce qui nous était
proposé par le Théâtre des Champs-Elysées
était une version de concert suivant cinq
représentations données à l’Opéra de
Vienne dans la mise en scène d’Adrian Noble. Evénement
notable dans l’histoire de la vénérable institution
viennoise puisque l’opéra baroque n’y a toujours pas
trouvé sa place, attendant donc l’arrivée de Dominique
Meyer pour que cette période essentielle de l’histoire de
l’opéra y soit enfin reconnue.
Il faut saluer d’entrée
le remarquable travail accompli par Marc Minkowski, à la
tête de ses Musiciens du Louvre-Grenoble. Lutter contre une
acoustique peu amène, rendre hommage à la consistance
de l’orchestre haendelien, mettre en valeur les soli instrumentaux
dont l’œuvre est parsemée en accompagnement de nombre d’airs,
cette triple gageure fut formidablement remplie, à un rythme
soutenu (avec Minkowski, ça traîne rarement) mais tout
en rendant compte des passages les plus lyriques de la
partition.
Le rôle d’Alcina est
l’un des plus développés de tous les opéras de
Haendel. Le personnage suit une évolution tout le long de
l’action, de l’hédoniste sensuelle du début à la
femme déchirée entre reproches, amour trahi,
fierté injuriée et furie vengeresse (début de
l’acte 2), puis à la magicienne qui en appelle aux puissances
de l’enfer (fin de l’acte 2) faisant d’Alcina une sœur de la
Médée de Charpentier ; enfin, à l’acte 3,
quelques soubresauts mêlant séquelles de son amour pour
Ruggiero et menaces à l’encontre de ce dernier, puis
reconnaissance de sa défaite. C’est dire si Alcina requiert
des qualités diverses, rendant ce personnage si difficile
à interpréter dans toutes ses composantes. Et voici
Anja Harteros, dont on ne sait toujours pas si elle est mozartienne,
verdienne, wagnérienne, reprenant ce rôle après
un enregistrement en direct réalisé au
Prinzregententheater de Munich en 2005.
Comment celle qui est Mimi,
Elisabetta, Desdemona, Alice Ford, Violetta, Amelia, Fiordiligi, la
Comtesse, Donna Anna, Elettra, Micaëla, Eva, Elsa, Elisabeth, et
qui a acquis une réputation de styliste hors pair au travers
de ces rôles, allait-elle pouvoir rendre une Alcina si
fondamentalement baroque ? La réponse fut très simple
et assénée dès le « Di, cor mio »
initial : quand on dispose d’une ligne de chant souveraine, d’une
diction d’une rare noblesse, d’un timbre somptueux sans être
infatué de sa splendeur (cf. Renée Fleming dans la
production calamiteuse de l’Opéra de Paris), et qu’on met tout
cela au service d’une partition rigoureuse, tout devient simple,
naturel, comme coulant de source.
L’air suivant « Si, son
quella » où Alcina expose sa vulnérabilité
et en appelle à l’affection de son amant, fut une merveille
d’expression, avec des pianissimi qui firent fondre la salle et qui
permirent de comprendre d’où vient Mozart. La Comtesse et
Fiordiligi sont aussi issues d’Alcina. Le « Ah ! mio cor »
du deuxième acte fut sans doute le sommet de la soirée,
avec sa première section, longue lamentation
entrecoupée de soupirs où, vers la fin, les mots
semblent manquer, comme pour Pamina dans la coda du « Ach, ich
fühl’s ». Et, brusquement, Alcina Harteros se souvient
qu’elle est reine, qu’elle dispose de pouvoirs redoutables, et se
lance dans une section de vengeance où l’Elettra d’ Idomeneo
resurgit. Le retour à la lamentation initiale se fit dans un
silence de cathédrale, presque malheureusement rompu par le
tonnerre d’applaudissements qu’Anja Harteros vint
recueillir.
Les vocalises du grand air de
l’acte 3, « Ma quando tornerai », montrent une chanteuse
très appliquée, sans doute trop s’il s’agissait d’un
air isolé, mais merveilleusement en place à ce moment
de l’opéra, où Alcina jette ses derniers
sortilèges sans trop y croire elle-même. Ce que viendra
confirmer un « Mi restano le lagrime » anthologique
d’expression intériorisée, sicilienne en fa
dièse mineur, avec des ritournelles de plus en plus courtes
(six mesures, puis trois, puis une seule).
Anja Harteros aurait pu
écraser la soirée par cette performance. Et pourtant !
Il est de ces soirées où même les lacunes, les
petites faiblesses, à force d’être combattues, puis
maîtrisées, puis surmontées, permettent aux
interprètes de « hisser leur niveau de jeu »,
diraient nos tennismen. Ce fut bien le cas du trio de dames qui
essayèrent d’exister face à Anja
Harteros.
Commençons avec
l’amant, Ruggiero. Rôle créé par Carestini,
disposant de huit airs, dont cinq pour le seul Acte 2. On doit
l’avouer humblement, Vesselina Kasarova n’a que rarement
suscité notre enthousiasme. Nous avons, ici même,
été très dubitatif quant à un
récital consacré à Haendel et ses airs
composés pour Carestini. Comme souvent avec cette
interprète, on passe, d’un air à l’autre, d’un relatif
scepticisme à l’enthousiasme le plus débridé. Il
en sera de même en cette soirée. Après un premier
air « Di te mi rido » parfait techniquement (quelle
variété d’expressions dans l’ornementation) mais
manquant un peu d’engagement scénique, la mezzo bulgare nous
délivra un numéro, perçu de façon
très diverse si on lit certaines critiques, formidable
incarnation d’un personnage possédé (car c’est bien ce
qu’est Ruggiero ; même la guérison laisse, ici et
là, percevoir quelques séquelles).
Le deuxième acte est
très lourd pour Ruggiero. Cinq airs, de caractère
très différent. Si le premier démontre que
Vesselina Kasarova peut être autre chose qu’une machine
à vocaliser, le deuxième laisse percer une fatigue,
confirmée dans le « Mi lusinga il dolce affetto »
où la voix bouge. Mais, comme par miracle, « Mio bel
tesoro », avec son merveilleux accompagnement aux deux
flûtes, voit Vesselina Kasarova retrouver une énergie
que le célèbre « Verdi prati » refusé
par Carestini confirmera. Dans ce dernier air, elle fait preuve d’une
tenue de chant qu’on ne lui a pas toujours connue.
Le dernier acte lui offrira un
« Sta nell’Incarna » où elle transcenda ce que le
baroque peut avoir de plus fou et de plus actuel : une gestuelle
héritée de Mickael Jackson, des intonations
critiquables mais totalement personnifiées et, à
l’arrivée, une technique de vocalise surréaliste. A
fuir ou à se pâmer ? Ce soir là, nous nous
pâmâmes.
On sera plus bref sur les deux
dernières drôles de dames. Pfff ! Respectivement 4 et 3
airs pour Morgana et Bradamante, rien à voir avec les 6 et 8
des deux rôles déjà traités. Veronica
Cangemi incarne Morgana, soeur d’Alcina, qui n’est pas une soubrette,
mais qui est pratiquement, avec Oberto, le seul personnage
sincère dans cet opéra fait de tromperies. Elle n’a pas
de pouvoir magique, elle est seulement sincère, un brin
midinette. Et c’est exactement ce que propose Veronica
Cangemi.
Reste (sic !) la voix, qui a
sans doute beaucoup souffert dans des rôles trop lourds
(Comtesse des Noces de Figaro, Fiordiligi), sans compter les
redoutables acrobaties vivaldiennes. Le premier air « O s’apre
il riso » la montre très hésitante, dangereusement
miaulante dans la première partie, bien meilleure dans la
partie centrale et la reprise. Le célèbre «
Tornami a vagheggiar » la trouvera merveilleuse d’expression,
émouvante et folle en même temps, et impeccable
techniquement. Les mêmes remarques peuvent être
adressées à l’air du deuxième acte « Ama,
sospira », avec sa superbe partie de violon obligé. Mais
son engagement la conduira à en faire trop au troisième
acte où son « Credete al mio amore » la retrouvera
en grand danger à la fin de la première partie. Au
total, une très belle incarnation, extrêmement
émouvante mais, reconnaissons-le, pas toujours bien
maîtrisée vocalement.
Kristina Hammarström a
toutes nos faveurs depuis quelques belles représentations
haendeliennes et cavaliennes, notamment sont très beau Xerse
en ce même Théâtre des Champs-Elysées. La
mezzo suédoise, très jolie femme, incarne une
Bradamante/Ricciardo pleine d’énergie, forte de ses
convictions. On aimerait la sentir plus extériorisée
dans son premier air « E gelosia » où la technique
est impeccable à défaut d’être très
expressive. Impression gommée par le magnifique air du
deuxième acte « Vorrei vendicarmi » où elle
fait étalage d’une technique de vocalises très
précise et sans le moindre excès. L’air du
troisième acte confirmera et mettra en valeur un timbre chaud
et une ligne de chant que l’on demande de réentendre à
Paris très prochainement.
Dans ce festival de voix
féminines, les hommes auraient pu disparaître corps et
bien. Que nenni ! Luca Tittoto est un très remarquable
Melisso, au timbre très chaud. Oronte a trois airs,
très différents les uns des autres. Benjamin Bruns est
un peu raide dans le premier « Semplicetto, a donna credi
». La voix s’assouplit dans le très bel air du II «
E un folle », dans lequel Ottavio ou Ferrando pointent leur nez.
Le plus accompli techniquement sera l’air du III, « Un momento
di contento » mais ce n’est pas le plus intéressant des
trois, musicalement parlant.
La totale surprise de la
soirée, sorte de cerise sur le gâteau, vint du
personnage-pièce rapportée non prévu dans le
poème de l’Arioste, le rôle d’Oberto dévolu
à un jeune garçon, en l’occurrence Shintaro Nakajima,
âgé de 14 ans. 3 airs lui aussi, un par acte, allant du
chagrin exprimé pour la disparition de son père,
à la naissance de l’espoir quand Alcina lui laisse
présager une fin heureuse, pour finir dans la rage quand la
magicienne lui ordonne de tuer le lion dans lequel il pressent la
présence de son père. Si le premier air montre les
faiblesses inhérentes à l’utilisation des voix de
jeunes garçons, les deux autres sont absolument
stupéfiants de technique, de qualité de timbre, de
musicalité et même de maturité
théâtrale. Shintaro Nakajima est aujourd’hui membre des
célèbres Wiener Sängerknaben. Nul doute qu’il
faudra suivre avec attention ce potentiel nouveau Bejun
Mehta.
En résumé, une
formidable soirée éclairée par de bien
drôles de dames et un étonnant
garçon."
"Marc Minkowski, nous apprend
la presse locale, a suscité l’enthousiasme du public viennois,
ses Musiciens du Louvre également. Rien de plus normal : ni la
masse sombre des contrebasses ni la rondeur et la chair
dispensée par chaque pupitre n’étaient de nature
à heurter l’oreille des spectateurs habitués au son du
Philharmonique de Vienne. Reste qu’on a connu et l’orchestre et le
chef autrement inspirés (vite ! se précipiter sur leurs
enregistrements de Giulio Cesare ou d’Ariodante pour se rappeler ce
dont ils sont capables), et qu’il y a 3 ans, au Palais Garnier,
Jean-Christophe Spinosi et l’Ensemble Matheus avaient su, avec un
fini musical et un son beaucoup moins sophistiqués, faire
d’Alcina autre chose que la brillante succession d’airs de bravoure
entendue ici.
Viennoise aussi est la
distribution, depuis Oberto, campé (assez brillamment) par un
membre des Wiener Sängerknaben, Shintaro Nakajima, jusqu’aux
premiers rôles. Vesselina Kasarova ressort une fois de plus un
Ruggiero qui a déjà fait plusieurs fois le tour du
monde. La chorégraphie épileptique à laquelle
s’astreint la mezzo bulgare pour parvenir à émettre un
son rappellera aux plus optimistes d’entre nous les meilleurs clips
de Michael Jackson, et aux plus réalistes, les spectacles de
Kamel Ouali. Le chant, plus problématique que jamais,
éclaté entre un aigu étique au vibratello
fragile et un grave poitriné à l’excès,
n’empêche pas « Mi lunsigha in dolce affetto »
d’émouvoir, ni « Sta nell’Ircana » d’enthousiasmer
des admirateurs aussi nombreux que bruyants, et on reste au final
assez fasciné par les miracles de technique et de
virtuosité que Kasarova doit déployer pour se battre
ainsi contre ce qu’est devenu son propre instrument. Moins
contestables, Luca Tittoto et Benjamin Burns déploient, en
Melisso et en Oronte, des voix sonores et des styles impeccables,
allant jusqu’à dominer une Bradamante et une Morgana à
l’opposée l’une de l’autre : Kristina Hammarström,
remarquable musicienne, n’est pas toujours audible, et Veronica
Cangemi, plus puissante, ne peut dissimuler que les exigences
techniques de « Tornami a vagheggiar » ou de « Credete
al mio dolor » la dépassent. Rien, en somme, qui puisse
faire de l’ombre à Anja Harteros. Si on pouvait
légitimement douter de l’adéquation à Haendel
d’une soprano qu’on a plus l’habitude d’entendre dans Verdi et
Wagner, « Di, cor mio » dissipe tous les scepticismes : la
tenue, la rigueur pourraient en remontrer à bien des
baroqueuses aguerries, alors qu’aucune d’entre elles ne saurait
rivaliser avec la somptuosité de ce timbre, la noblesse de
cette diction, la souveraine beauté de ce phrasé.
« Si, son quella » est évidemment peuplé des
pianissimi impalpables qui deviennent peu à peu la marque de
la chanteuse, et « Ah ! mio cor », longue plainte
désolée soutenue par un souffle infini, est de ces
moments suspendus qui coupent la respiration d’une salle
entière. Les vocalises de « Ma quando tornerai » ont
beau être ciselées avec plus d’habileté que
d’ordinaire, elles passeraient presque inaperçues après
ces inoubliables minutes de douleur ineffable : telle est l’Alcina
d’Anja Harteros, plus faible que forte, plus triste que vengeresse,
femme délaissée, en somme, bien davantage que reine
altière. On trouve, émerveillé, tout ce que l’on
peut souhaiter entendre d’une artiste si considérable, et on
perd un peu de ce qui fait le personnage… mais peut-on s’en plaindre
sans indécence ?
Au final, la salle exulte pour
saluer cette soirée en demi-teinte. On la comprend et
même, parfois, on se joint de bonne grâce à cet
enthousiasme débordant qu’ont les vrais amoureux des voix pour
celles qu’ils chérissent entre toutes. Ce baroque
élégant et conventionnel, rempli à ras bords de
stars et de sonorités rutilantes, est peut-être
avant-coureur de ce qu’il faudra désormais se préparer
à entendre dans un répertoire qui, de marginal, est
devenu, en l’espace de quelques décennies, incontournable.
Alors que Dominique Meyer, qui avait fait du Théâtre des
Champs-Elysées le temple du baroque, prend ses fonctions
à Vienne, un échange de bons procédés
nous transporte en plein Staatsoper, là où Alcina, en
somme, est jouée comme le sont tous les piliers du
répertoire : avec faste, avec brio. Et parfois avec routine.
"
"Alcina à la pulpe
sombrée mais encore ductile, Anja Harteros s’accorde
idéalement à cette esthétique. Ni purement
belcantiste, ni tout à fait tragédienne, et donc pas
absolument enchanteresse, la soprano allemande délivre dans
les airs – le récitatif curieusement se débraille – une
leçon de maintien, de contrôle et de maîtrise,
à son apogée dans un Ah ! mio cor tétanisant de
noblesse concentrée, et cependant sans vertige. Comme des
Ombre pallide impavides et lisses, ou le fil de voix de Mi restano le
lagrime, à ce point contenu qu’il tend à laisser de
marbre.
À l’exact
opposé, les étrangetés de Ruggiero
inquiètent autant qu’elles fascinent. Fidèle à
elle-même, c’est-à-dire aux caprices d’une
émission déconstruite, Vesselina Kasarova oscille sans
cesse, parfois au sein d’une même vocalise, entre génie
et ridicule. Allez savoir ce que la mezzo bulgare fait de ces bras,
de ce cou en mouvement perpétuel. Peinture, sculpture, (break)
danse ? Tout cela à la fois, plus ou moins en marge de la
partition.
Mais soudain une phrase, un
son miraculeux se détachent. Et vient enfin Sta nell’Ircana,
accès de jubilation pure : ce rubato intempestif, cette
intonation fantaisiste n’ont-ils pas à voir avec l’abandon
virtuose qui faisait l’art de ce « chien » de Carestini –
c’est Haendel qui mord –, chapon infatué et fanfaron qui
refusa Verdi prati ?
Le chant de Kristina
Hammarström, comme étouffé dans les abysses
vocalisants de Bradamante, est assurément plus orthodoxe, mais
insipide. Tandis que Verónica Cangemi, le timbre
définitivement écorché par ses grands
écarts vivaldiens et surtout d’inutiles Comtesse et
Fiordiligi, a perdu cette insouciance qui faisait le sel de sa
Dalinda dans l’Ariodante historique de Minkowski. Sœur d’Alcina,
Morgana n’est certes pas sa soubrette. Faut-il pour autant la prendre
au tragique ?
Oronte sans histoire de
Benjamin Bruns, qui a certainement bien plus à exprimer
à partir de Mozart, et Melisso opulent, velouté,
stylé de Luca Tittoto, le meilleur en somme qu’on ait entendu,
à l’instar d’un Oberto rendu au garçon soprano
originel. Du haut de ses quatorze ans, Shintaro Nakajima est tout
bonnement renversant."
"A la Staastoper de Vienne
comme au Théâtre des Champs-Elysées, l’Alcina de
Marc Minkowski fut un triomphe. Dès 1735, à sa
création, elle était considérée comme
l’une des œuvres les plus abouties d’Haendel : beauté sensible
des arias, subtilité des récitatifs, complexité
de l’intrigue, chantant la victoire de l’amour humain sur l’amour
sorcier. Alcina fascine, et demeure populaire, à la
scène comme au disque. Comment oublier des
interprétations aussi mémorables que celles, parmi tant
d’autres, de William Christie (Erato, 2000), de Nicholas Mc Gregan
(Göttingen Haendel Society, 2002), ou encore des versions plus
anciennes, restées mythiques pour certains (Rodolphe, 1959)?
Mais la baguette de Marc Minkowski n’a pas encore jeté son
dernier sort…
C’est une version concert qui
nous est présentée ici. Malgré les
réticences premières à l’idée de se voir
encore privés de décors et de mise en scène, les
craintes initiales furent vite dissipées grâce au talent
des chanteurs : libérés des pupitres auxquels ils
auraient pu être condamnés, leurs apparitions
successives au gré des arias, leurs jeux de scène au
cours des récitatifs, le soutien sans faille des musiciens,
ont largement compensé le manque. Sous la main bienveillante
de Marc Minkowski, les Musiciens du Louvre s’animent dans une
respiration commune et répand le charme.
La réussite de la
soirée tenait évidemment à la qualité de
la distribution, présentant des chanteurs dont la
renommé n’est plus à faire, parfaitement investis dans
leurs rôles : la voix ample et feutré d’Anja Harteros
(Alcina) doublée d’une présence scénique
incroyable, toute de suggestion et de sensualité, a
donné à la magicienne la séduction qu’il
fallait, sans pour autant souligner sa cruauté. Elle est
même humaine dans ses arias « Si ; non quella » ou
« O mio cor », soutenue par un orchestre dont les coups
d’archets des violons rendaient parfaitement les battements de cœurs
défaillants. L’extraordinaire Vesselina Kasarova campait
parfaitement le personnage de Ruggiero, avec une voix bien
charpentée, qui soulignait très bien le
côté risible du personnage plein d’orgueil sous l’effet
de l’envoutement. Très appréciée aussi fut
Veronica Cangemi (Morgana), dont l’extrême sensibilité a
beaucoup touché le public, notamment dans « Ama, sospira
». Kristina Hammarström (Bradamante), à la voix
chaudement timbrée, a démontré toute sa
virtuosité dans ses arias « guerriers », tel «
E gelosia ». Sans oublier les qualités vocales et
scéniques de Luca Tittoto (Melisso) et de Benjamin Bruns
(Oronte). Quant au jeune japonais Shintaro Nakajima (Oberto), il a su
éblouir le public du haut de ses quatorze ans a apporté
toute la fraîcheur et la spontanéité de l’enfance
dans le jeu, alliée à une technique vocale sans faille.
Ainsi perdure la magie d’une œuvre. "
"Honneur donc à
Minkowski et ses musiciens, dont les stridences se sont
calmées dès après l’ouverture. Côté
vocal, des déséquilibres forcément. On ne met
pas Mmes Harteros (Alcina) et Kasarova (Ruggiero) sur le même
plateau que Mmes Cangemi (Morgana : et elle, hors l’inévitable
usure, passe encore) et plus encore Hammarström (Bradamante) et
surtout les très minces MM. Tittoto (Melisso) et Bruns
(Oronte) sans créer des disproportions. Mais une de plus est
apparue, inattendue, d’une star à l’autre. Naguère
à Munich, dans cette même Alcina, des deux dames
Kasarova était la plus pleine, charnue, charnelle et
éclatante ; Anja Harteros en pleine ascension,
stupéfiante déjà, cherchait encore ses marques.
La voici au sommet de moyens, les musicaux, les vocaux et les
dramatiques, également sensationnels. Cette combinaison est
rarissime, et aboutit à éclipser, à faire sortir
du même plateau absolument tout ce qui y bouge et chante : et
même Vesselina Kasarova, d’autant que celle-ci, de voix
toujours somptueuse, s’embarrasse aujourd’hui d’attitudes et de
gestes, de tenues aussi, de manières vocales enfin (sur les
voyelles, sur le son en général) qui déparent
sensiblement sa performance. À côté, Harteros
souveraine (inimaginable Ah mio cor, on y a entendu Fleming, oui, et
même Sutherland) vide le plateau. Les collègues, les
instrumentistes, tout. C’est la loi de la présence au
théâtre. Il y a un niveau, et le reste. Total eclipse,
comme dit Samson dans un autre Haendel."
- Wiener Staatsoper - Vienne
- Autriche - 14, 17, 20, 23, 26 novembre 2010 - Les Musiciens
du Louvre – Grenoble - Chor der Wiener Staatsoper (dir. Thomas
Lang) - dir. Marc Minkowski - mise en scène Adrian Noble -
décors, costumes Anthony Ward - lumières Jean Kalman
- chorégraphie Sue Lefton - avec Anja Harteros (Alcina),
Veronica Cangemi (Morgana), Vesselina Kasarova (Ruggiero),
Kristina Hammarström (Bradamante),, Alois Mühlbacher
(Oberto), Benjamin Bruns (Oronte), Adam Plachetka (Melisso) -
nouvelle production



- Forum Opera - Deux
révolutions et un miracle
"Le public viennois a
vécu en ce mois de novembre, sans le savoir peut-être,
deux révolutions et un miracle. Depuis toujours
imperméable ou presque au répertoire baroque,
l’Opéra d’État a franchi un grand pas en accueillant en
ses murs une nouvelle production d’Alcina de Haendel.
La première
révolution est la brèche ouverte dans le sacrosaint
répertoire de la maison (qui couvrait à peu de choses
près 150 ans de l’histoire lyrique, des grands Mozart
jusqu’aux derniers Strauss). La deuxième – plus
discrète mais peut-être plus significative de la
mutation du Staatsoper depuis l’arrivée de son nouveau
directeur – est celle de l’orchestre. Jamais auparavant n’avait
été donnée une seule représentation par
un autre orchestre que le Philharmonique : entretenant avec son
public une longue histoire passionnelle, il a pourtant laissé
pour quelques soirées la fosse aux Musiciens du Louvre de Marc
Minkowski. Et loin de crier au scandale, la salle a poliment
accompagné le mouvement, se découvrant une passion
nouvelle pour le baroque, répertoire pourtant fièrement
ignoré depuis un siècle et demi. C’est à se
demander si les Viennois ne seraient pas entrés dans
l’ère du « lyriquement correct »…
Le plus important n’est pas de
savoir si oui ou non l’Opéra de Vienne est rentré dans
le rang des maisons d’opéras, si oui ou non il ne sera plus
qu’une étape parmi d’autres dans un monde lyrique
globalisé, accueillant les mêmes mises en scène
et les mêmes artistes. Ce sont des questions qui trouveront
leur réponse dans quelques saisons. Le plus important, c’est
que l’oreille et l’œil aient été comblés, et
qu’un miracle ait pris le nom d’Anja Harteros.
Cela a souvent
été dit dans nos colonnes, mais il n’est pas vain
d’insister : Anja Harteros est l’une des plus précieuses
sopranos actuelles, et elle le sera assurément pendant de
longues années. Si elle est plus habituée à
Verdi (elle a été ovationnée récemment en
Desdémone à Paris ou à Berlin) ou à
Wagner, elle est chez Haendel la plus parfaite des
héroïnes baroques. Furore ou lamenti, voix de lave ou
d’oiseau sauvage : tout est parfait, le souffle
maîtrisé, l’interprétation intelligente, la
virtuosité jamais ostentatoire. Plongée dans la quasi
pénombre pour « Ah ! Mio cor ! », elle touche au
sublime, mais encore une fois dans une apparente simplicité de
moyens. Toute la magie de cette magicienne d’un soir est là :
l’élégance d’être humble.
A contrario, il y a peu
à garder de la prestation de Vesselina Kasarova. On savait ses
graves provenant d’un autre monde (au moins lui procurent-ils une
vocalité masculine bienvenue dans le rôle travesti de
Ruggiero). Mais si le haut-médium est encore à peu
près intact, le reste de la voix est manifestement à la
peine. Doublée d’une émission hasardeuse et
d’expressions faciales plus près de la torture que du charme
haendélien, la partie de la mezzo-soprano bulgare
s’écoute avec inconfort. Veronica Cangemi déçoit
également dans le rôle de Morgana. Dans le (superbe)
premier air « O s’apre al riso », on découvre une
voix très fragile, peu soutenue. Heureusement, le «
Tornami a vagheggiar » est plus séduisant.
Il ne manque que la projection
à Kristina Hammerström pour devenir une très belle
Bradamante : la voix est riche, charnue, mais quel dommage de ne
chanter que pour soi-même ! Les deux rôles masculins sont
très bien tenus par deux membres de la troupe du Staatsoper :
Benjamin Bruns est un solide et honnête Oronte, tandis que Adam
Plachetka force le respect par un « Pensa a chi geme »
d’une belle profondeur. Enfin, mention spéciale à Alois
Mühlbacher, jeune chanteur des Sankt Florianer
Sängerknaben, qui à 12 ou 13 ans assure crânement
les deux airs qui lui sont réservés.
Si Alan Curtis dans un
récent et très valable enregistrement avait
résisté aux langueurs d’Alcina (voir la critique de
Bernard Schreuders), Marc Minkowski y a en comparaison
entièrement succombé. Réaffirmant la place
centrale des Musiciens du Louvre dans le paysage baroque, le chef
français (particulièrement attentif à ses
musiciens et à ses chanteurs) sophistique sans
intellectualiser. Le résultat est brillant : avec de tels
orchestres invités, le public viennois a raison d’acquiescer
et d’applaudir le changement !
Il faut parler enfin de la
mise en scène élégante mais somme toute assez
ennuyeuse d’Adrian Noble. Dans une esthétique « revival
Marie-Antoinette », perruques et robes flashy en renfort, la
direction est malheureusement fort convenue. En
réalité, le plus agaçant est de toujours voir
Haendel traité selon les mêmes codes : de David McVicar
à Robert Carsen, en passant donc aujourd’hui par Adrian Noble,
ce sont toujours les mêmes moulures, les mêmes
lumières descendant en pluie d’étoiles, les mêmes
effets de fumée… Alors, c’est très beau, certes, mais
pour le coup terriblement conformiste."
- Opéra Magazine - janvier 2011
"Bien que l'Opéra de
Vienne se targue de posséder l'un des plus larges
répertoires lyyriques au monde, le baroque n'y a jamais
joué un rôle prédominant. La dernière
producction d'une oeuvre préclassique remonte à 1963,
avec L'incoronazione di Poppea, un choix imposé par Herbert
von Karajan. Et pour Haendel, il faut revenir à... 1959 :
Giulio Cesare, dans un spectacle importé du Theater an der
Wien. Cette première in loco d'Alcina est donc un
événement, d'autant plus que, pour la première
fois de leur histoire également, les musiciens de l'Orchestre
cèdent la place à une autre formation dans le cadre de
leur saison régulière. Marc Minkowski, à la
tête de ses Musiciens du Louvre-Grenoble, a rapidement fait
taire les sceptiques qui ne croyaient pas que des instruments anciens
puissent emplir une salle aussi vaste.
Le pari est tenu de brillante
façon : non seulement chaque pupitre sonne clair, mais la
masse orchestrale ne paraît jamais étriquée ni
confuse, car Minkowski sait l'animer d'un constant mouvement
dynamique. Le public ne s'y trompe pas : à l'issue de la
représentation, il se montre encore plus chaleureux pour le
chef français et ses musiciens que pour les membres d'une
distribution pourtant royale !
La fascinante Anja Harteros ne
fait qu'une bouchée du rôle-titre: la voix, d'une
souplesse phénoménale, au legato parfait, passe des
notes piquées pianissimo à de longues guirlandes de
vocalises. La puissance du timbre se déploie avec une
sauvagerie impressionnante dans les airs de l'amante trahie pour,
l'instant suivant, caresser les moments plus langoureux avec une
ineffable douceur. Vesselina Karasova incarne un spectaculaire
Ruggiero, mais il faut s'habituer à une technique favorisant
l'effet au détriment de l'élégance : cerrtaines
notes grossièrement gonflées, certains aigus
lancés avec hargne défigurent souvent le profil du
personnage. Quant à Kristina Hammarstrom, elle rayonne en
Bradamante ; la longueur du souffle, la précision de
l'intonation et l'aisance dramatique imposent en permanence la
vérité des sentiments. Si Veronica Cangemi, gracieuse
Morgana, se croit obligée de forcer son émission pour
se faire entendre, Shintaro Nakajima, issu des fameux Wiener
Sangerknaben, offre une éblouissante démonstration de
ses talents de chanteur en herbe : il interprète tous les airs
d'Oberto avec da capo, se permet une ornementation audacieuse avec
sauts d'octave et traverse le plateau avec l'aisance d'un
comédien professionnel. La basse emphatique d'Adam Plachetka
et le ténor plutôt aride de Benjamin Bruns
complètent avec efficacité.
La mise en scène
d'Adrian Noble déçoit : l'action se déroule dans
le cadre campagnard d'une grande maison de maître, où
s'est réunie une soociété brillante à
l'occasion d'un anniversaire. Pour tromper leur ennui, les
invités se décident à jouer un opéra et
se partagent les rôles ... sans que l'opposition des deux
époques, celle de la représentation improvisée
et celle des événements relatés dans le livret,
ne donne lieu à un fructueux travail de mise en perspective
historique.De fait, tout se passe comme dans une
représentation « traditionnelle » : les chanteurs
viennent sur le devant de la scène, interprètent leur
air puis repartent dans la coulisse, sous les yeux admiratifs de
figurants en livrée. À la fin, acteurs et serviteurs
esquissent ensemble un pas de danse ... Bref, ce spectacle ne laisse
pas une impression inoubliable. Malgré l'indéniable
beauté des décors, costumes et éclairages ;
quant à la chorégraphie, elle est d'une
puérilité évoquant une soirée de
patronage.
Donné sans coupure, le
chef-d'œuvre de Haendel a suscité un enthousiasme
délirant auprès du public. Cela laisse bien augurer de
l'avenir de la musique baroque sur une scène longtemps
réfractaire aux goùts du temps..."
- Chemnitz -
Allemagne - 9 octobre, 26
déceembre 2010, 16 janvier, 13 février, 18 mars 2011
- dir. Jos van Veldhoven - mise en scène Dominik Wilgenbus
- décors Udo Vollmer - costumes Andrea Fisser -
chorégraphie Catherine Habasque - chef de choeur Mary
Adelyn Kauffman - avec Maria Laura Martorana (Alcina), Tiina
Penttinen (Ruggiero), Guibee Yang (Morgana), Thomas Lichtenecker
(Bradamante), Uwe Stickert (Oronte), Martin Gäbler (Melisso),
Susanne Thielemann (Oberto) - nouvelle production



- Santiago du Chili - Teatro
Municipal - 17, 20, 22,
23, 24, 26, 27, 28 juillet 2010 - dir. Federico Maria Sardelli /
Eduardo Browne - mise en scène Marcelo Lombardero -
décors Enrique Bordolini - costumes Imme Möller -
lumières Enrique Bordolini -avec Birgitte Christensen /
Daniela Ezquerra (Alcina), Maité Beaumont / Josefina Brivio
(Ruggiero), Maija Skille / Kirsten Sollek (Bradamante), Heidi
Stober / Pamela Flores (Morgana), Xavier Mas / Patricio
Sabaté (Melisso), Christian Senn / Andrew Bidlack (Oronte),
Judith Gauthier / Marcela González (Oberto)
- Buxton - Opera
House - 12, 16, 21 juillet 2010 - Opera Theatre Company
- dir. Nicholas Kok - mise en scène Annilese Miskimmon -
décors, costumes Nicky Shaw - lumières Tina MacHugh
- avec Sinead Campbell-Wallace (Alcina), Stephen Wallace
(Ruggiero), Jane Harrington (Morgana), Doreen Curran (Bradamante),
Julian Hubbard (Melisso)
- Londres - Britten
Theatre - 23 octobre 2009 - Malvern - Festival
Theatre - 30 octobre 2009 - Exeter - Northcott
Theatre - 7 novembre 2009 - Bath - Theatre
Royal - 9 novembre 2009 - Cambridge - Arts
Theatre - 20 novembre 2009 - English Topuring
Opera - dir. Robert Howarth - mise en scène James Conway et
Bernadette Iglich - décors, costumes Joanna Parker -
chorégraphie Bernadette Iglich - avec Carolyn Dobbin
(Bradamante), Claire Booth (Morgana), Nathan Vale (Oronte), Neil
Baker (Melissio), Wendy Dawn Thompson (Ruggiero), Natasha Jouhl
(Alcina)

- Schwerin -
Mecklenburgisches Staatstheater - Allemagne - 23, 25, 31
octobre, 14 novembre, 4 décembre 2009, 4 février, 5,
7, 28 mars, 10, 29 avril 2010 - dir. Martin Schelhaas - mise en
scène Arila Siegert - décors Hans Dieter Schaal -
costumes Marie-Luise Strandt - chef de choeur Ulrich Barthel -
avec Hyun-Ju Park / Hyon Lee (Alcina), Itziar Lesaka (Ruggiero),
Katrin Hübner (Morgana), Susanne Drexl (Bradamante),
Christian Hees (Oronte), Andreas Lettowsky (Melisso) - nouvelle
production


- Theater
Lüneburg - 3, 7, 11,
18, 21 octobre, 1, 13, 15, 17, 27 novembre, 10, 19, 25
décembre 2009, 9, 19 janvier 2010 - mise en scène
Holger Pototzki - avec Zdena Furmancokova, Franka Kraneis, Karl
Schneider, Ulrich Kratz, Friedrich von Mansberg - nouvelle
production


- Château de
Suscinio - 5, 7, 9, 11, 12, 14 août 2009 - Les
Créneaux de Suscinio - Le Parlement de Musqiue - dir Martin
Gester - mise en scène Eric Krüger
- Bad Lauchstädt -
Goethe Theater - 10, 11, 13 juin 2009 - Festival
Haendel de Halle- Kammerakademie Potsdam - Neuer Kammerchor
Potsdam - dir. Andrea Marcon - mise en scène Ingo Kerkhof -
décors, costumes Anne Neuser - avec Maria Laura Martorano
(Alcina), Franziska Gottwald (Ruggerio), Melanie Hirsch (Morgana),
Hilke Andersen (Bradamante), Olivia Vermeulen (Oberto), Thomas
Michael Allen (Oronte), Mariln Krejcik (Melisso) - coproduction
avec Kammerakademie Potsdam - Hans Otto Theater, Potsdam
- Milan - Teatro alla
Scala - 10, 13, 15, 17, 20, 25, 27 mars 2009 - dir.
Giovanni Antonini - mise en scène Robert Carsen -
décors, costumes Tobias Hoheisel - lumières Jean
Kalman - avec Anja Harteros (Alcina), Monica Bacelli (Ruggiero),
Patricia Petibon (Morgana), Kristina Hammarström
(Bradamante), Jeremy Ovenden (Oronte), Alastair Miles (Melisso) -
nouvelle production
- Potsdam - Schlosstheater
im Neuen Palais - 30 octobre 2008 - Kammerakademie
Potsdam - Neuer Kammerchor Potsdam - chef de choeur Ud Joffe -
dir. Andrea Marcon - mise en scène Ingo Kerkhof -
décors Anne Neuser - costumes Stephan von Wedel - avec
Maria Laura Martorana (Alcina), Franziska Gottwald (Ruggiero),
Hilke Andersen (Bradamante), Melanie Hirsch (Morgana), Olivia
Vermeulen (Oberto), Thomas Michael Allen (Oronte), Marian Krejcik
(Melisso)
- Opéra de
Kiel - 11, 15 octobre, 2, 15 novembre, 27
décembre 2008, 8, 16 janvier, 22 février, 8, 19
mars, 7, 18 avril 2009 - dir. Eduardo López Banzo / Bettina
Rohrbeck - mise en scène Silvana Schröder -
décors, costumes Andreas Auerbach - avec Heike Wittlieb
(Alcina), Merja Mäkelä (Ruggiero), Tanja Ariane
Baumgartner (Bradamante), Lesia Mackowycz (Morgana), Fred Hoffmann
(Oronte), Kemal Yasar (Melisso) - nouvelle production

- Wolf Trap Opera - The
Barns - Virginie - États Unis - 11, 13, 15
juillet 2008 - dir. Eric Melear - mise en scène Eric
Einhorn - décors Erhard Rom - costumes Mattie Ullrich -
lumières Robert H Grimes - avec Rebekah Camm (Alcina),
Elizabeth DeShong (Ruggiero), Ava Pine (Morgana), Maria Markina
(Bradamante), Steven Sanders (Oronte), Liam Moran (Melisso)

- Théâtre d'Ulm
- 24 avril 2008 - dir. Gordian Teupke - mise en
scène Igor Folwill - décors Igor Folwill, Kathleen
Röber - costumes Angela C. Schuett - avec
Hélène Lindqvist (Alcina), Linda Heins (Morgana),
Gillian Crichton (Ruggiero), Anne-Carolyn Schlüter
(Bradamante), Gerd Jaburek (Oronte), Jie Mei (Melisso)

- Bratislava -
Théâtre National Slovaque - Bâtiment Historique
- 24 janvier, 22 mai 2008 - dir. Jaroslav Kyzlink -
mise en scène Zuzana Gilhuus - décors, costumes
Zuzana Gilhuus - chef de choeur Nada Raková
- Riga - Latvijas
Nacionala Opera - 12, 26 janvier, 19 février
2008 - dir. Andris Veismanis - mise en scène Kristina Wuss
- décors Andris Freibergs - costumes Kristine Pasternaka -
lumières Janis Valle - chorégraphie Jane Gingela -
avec Sonora Vaice / Asmik Grigorian (Alcina), Sergejs Jegers
(Ruggiero), Evija Martinsone / Inga Šlubovska (Morgana), Antra
Bigaca (Bradamante), Viesturs Jansons (Oronto), Juris Adamsons
(Melisso), Eleonora Orlova (Oberto)
- Aix-en-Provence - Grand
Théâtre de Provence - 11 décembre
2007 - version de concert - Ensemble Matheus - dir.
Jean-Christophe Spinosi - avec Inga Kalna (Alcina), Anna
Radziejwska (Ruggiero), Olga Pasichnyk (Morgana), Sonia Prina
(Bradamante), Stéphane Malbec-Garcia (Oronte), Judith
Gauthier (Oberto), François Lis (Melisso)
- Graz - Studiobühne
Grazer Oper - 7, 11, 13, 16 décembre 2007 - dir.
Dirk Kaftan - mise en scène Christiane Lutz - décors
Isabel Toccafondi - costumes Hanna Adlaoui-Mayerl - avec Hyon Lee
(Alcina), Jutta Panzenböck (Ruggiero), Taylan Memioglu
(Oronte), Ivan Orescanin (Melisso)

- Melbourne - Opera
Australia - 1er, 4, 7, 10, 12, 15
décembre 2007 - dir. Antony Walker - mise en scène
Justin Way - décors, costumes Andrew Hays, Kimm Kovac -
lumières Damien Cooper - avec Rachelle Durkin (Alcina),
Catherine Carby (Ruggiero), Natalie Jones (Morgana), Alexandra
Sherman (Bradamante), Henry Choo (Oronte), Richard Alexander
(Melisso), Hye-Seoung Kwon (Oberto)

- Palais Garnier
- 22, 25, 28 novembre, 1er, 3, 5, 9, 13, 16,
19, 23, 26 décembre 2007 - Vienne
- Konzerthaus - 7 décembre 2007 - Aix en Provence - Grand Théâtre de
Provence - 11 décembre 2007 - Ensemble Matheus -
Choeurs de l’Opéra national de Paris (chef des choeurs
Peter Burian) - dir. Jean-Christophe Spinosi - mise en
scène Robert Carsen - décors et costumes Tobias
Hoheisel - lumières Jean Kalman - chorégraphie
Philippe Giraudeau - avec Emma Bell/Inga Kalna (13 au 26
décembre) (Alcina), Vesselina Kasarova (Ruggiero), Olga
Pasichnyk (Morgana), Sonia Prina (Bradamante), Xavier Mas
(Oronte), François Lis (Melisso), Judith Gauthier
(Oberto)

"Les grèves ont
fait tache d’huile. En écho à celles des transports
publics, une partie du personnel de l’Opéra National de Paris
aligne ses revendications sur le régime des retraites.
Après les annulations pures et simples de 20
représentations d’opéras et de ballets, d’autres ont pu
survivre grâce à un « service minimum ». Ainsi
la deuxième reprise de Alcina de Haendel a pu avoir lieu, en
régime minceur côté décors et
lumières, mais heureusement complète, côté
musique.
Les spectateurs qui n’ont
assisté ni à la création de cette production en
1999, ni à sa reprise de 2004 n’auront pas été
vraiment frustrés. Les enfilades de murs couleur crème
percé de larges portes sont toujours là et continuent
de glisser d’une scène à l’autre mais ne s’ouvrent plus
sur les visions en trompe l’œil et en technicolor de jardins
extraordinaires et de chambres douillettes peuplées d’hommes
nus. Exit les chatoiements des lumières de Jean Kalman :
à leur place un noir d’encre plonge les ébats amoureux
de la magicienne dans une sorte de mystère. Une vision qui
trahit forcément le travail de metteur en scène Robert
Carsen, mais donne une profondeur inattendue, voire une esquisse
pudique à l’un des chefs d’œuvre du très prolifique
Haendel qui enfilait les operas seria comme les grains d’un
chapelet.
Tout comme pour Orlando ou
Ariodante, Haendel pêcha le thème d’Alcina dans les eaux
du Roland Furieux de l’Arioste. Il en fit en fit un hymne aux vertus
de l’amour charnel, une mise en garde à ses égarements.
C’est l’érotisme en effet qui est au centre des enchantements
que la magicienne Alcina répand pour s’approprier les hommes
qui lui plaisent. Le baroque jaillit du merveilleux dans cette
île de tous les possibles où les philtres magiques
viennent à bout des résistances. Pour Alcina tout homme
est un corps dont elle s’enivre de caresses, qu’elle abandonne
ensuite, et, pour le garder à sa merci le transforme en objet,
en animal ou végétal. Elle gère sans état
d’âmes son harem de mâles momifiés jusqu’au jour
où elle s’éprend pour de bon, et voilà
l’ensorceleuse ensorcelée. Mais l’élu évidemment
en aime une autre qui débarque, déguisée en
homme, escortée d’un tuteur magicien qui devra sortir le
bien-aimé des envoûtements de la Carabosse de l’amour.
Et les quiproquos de s’enchaîner, comme dans Marivaux, avec
confusion des sexes et jeux de rôles jusqu’au happy end
mélancolique où les vrais amoureux se retrouvent,
où les amants statufiés reprennent vie et où la
vilaine fée perd ses pouvoirs.
Après William Christie
et ses Arts Florissants et John Nelson avec l’Ensemble Orchestral de
Paris, Jean Christophe Spinosi prend la relève à la
tête de l’Ensemble Matheus. Une direction vif argent où
le plaisir du rythme fait pétiller la musique. Des mains, du
menton il danse et chante la partition, s’empare d’un violon au
deuxième acte en tire des soupirs joyeux. La distribution
d’honnête taille ne fait pas oublier les paillettes des
précédentes. Renée Fleming dans le rôle
titre de la première mouture n’est toujours pas
égalée. Emma Bell peine à se débarrasser
des vibratos des premières scènes mais finit par
imposer une ligne de chant homogène à laquelle il
manque pourtant la souplesse virtuose exigée par les
arabesques haendéliennes. La mezzo bulgare Vesselina Kassarova
retrouve le Ruggiero qu’elle interprétait en 2004 mais a perdu
chemin faisant le satiné de ses graves qui cette fois roulent
comme cailloux sur terre sèche. En Morgana coquine, Olga
Pasichnyk, soprano venue d’Ukraine, toute de fraîcheur et
d’aigus roucoulants, s’affirme comme une délicieuse
révélation.
Grève ou pas
grève, en couleurs ou noir et blanc, cette Alcina revue par
Carsen et mise en tempis par Spinosi reste une fameuse
séductrice." (Webthea)
- Théâtre de
Poissy - 29 septembre 2007 - Il Complesso Barocco -
dir. Alan Curtis - avec Joyce Di Donato (Alcina),
Maïté Beaumont (Ruggero), Sonia Prina (Bradamante),
Kobie van Rensburg (Oronte), Vito Priante (Melisso), Laura Cherici
(Morgana)
- Viterbe - Chiesa di Santa
Maria della Verita Viterbo - 22 septembre 2007
- Milan - Conservatorio di Milano - Sala
Verdi - Settembre Musica - 26 septembre 2007 - version
de concert - Il Complesso barocco - dir. Alan Curtis - avec Joyce
Di Donato, soprano (Alcina), Laura Cherici, soprano (Morgana),
Sonia Prina, mezzosoprano (Bradamante), Maite Beaumont, mezzo
soprano (Ruggero), Kobie van Rensburg, tenore (Oronte), Vito
Priante, baritono basso (Melisso)
- Riga - Latvijas
Nacionala Opera - 26 août, 23 septembre, 27
octobre, 1er, 22 décembre 2007 - dir. Andris Veismanis -
mise en scène Kristina Wuss - décors Andris
Freibergs - costumes Kristine Pasternaka - avec Asmik Grigorian
(Alcina), Evija Martinsone (Morgana), Sergejs Jegers (Ruggiero),
Antra Bigaca (Bradamante), Eleonora Orlova (Oberto), Juris
Adamsons (Melisso)
- Munich -
Prinzregententheater - 7,
9, 12 juillet 2007 - dir. Christopher Moulds - mise en
scène Christof Loy - décors, costumes Herbert
Murauer - chorégraphie Beate Vollack - lumières
Reinhard Traub - avec Anja Harteros (Alcina), Vesselina Kasarova
(Ruggiero), Veronica Cangemi (Morgana), Sonia Prina (Bradamante),
John Mark Ainsley (Oronte), Christopher Purves (Melisso), Deborah
York (Oberto) - production de Hamburgische Staatsoper
- Salle de Concert du
Conservatoire National de Paris - 5, 12, 13 mars 2007 -
Orchestre des Étudiants du Conservatoire de paris - dir.
Nicolau de Figueiredo - avec Clémentine Margaine
(Bradamante), Isabelle Druet (Ruggiero), Emmanuele de Negri
(Oberto)
- Opéra de Sydney
- 23 février, 3, 8, 10, 14, 16, 20, 23, 30 mars
2007 - Opera Australia Chorus - Australian Opera and Ballet
Orchestra - dir. Richard Hickox - mise en scène Justin Way
- décors et costumes Kimm Kovac/Andrew Hays -
lumières Damien Cooper - chorégraphie Vivienne
Newport - avec Rachelle Durkin (Alcina), Sarah Castle (Ruggiero),
Natalie Jones (Morgana), Sally-Anne Russell (Bradamante), Henry
Choo (Oronte), Richard Alexander (Melisso), Hye Seoung Kwon /
Sarah Crane (Oberto)

- Bratislava -
Théâtre National Slovaque - 27 octobre,
1er décembre 2006 - dir. Jaroslav Kyzlink - mise
en scène, décors et costumes Zuzana Gilhuus - chef
des choeurs Nada Raková - avec Petra Nôtová
(Alcina), Denisa Hamarová (Ruggiero), Adriana
Kucerová (Morgana), Denisa Šlepkovská (Bradamante),
Marián Pavlovic (Oronte), Gustáv Belácek
(Melisso)
- Munich -
Prinzregententheater - 18
juillet 2006 - dir. Christopher Moulds - mise en scène
Christof Loy - décors, costumes Herbert Murauer -
chorégraphie Beate Vollack - lumières Reinhard Traub
- avec Anja Harteros (Alcina), Vesselina Kasarova (Ruggiero),
Véronica Cangemi (Morgana), John Mark Ainsley (Oronte),
Christopher Purves (Melisso), Deborah York (Oberto)
- Opéra de Lyon
- 14, 16, 18, 20, 22, 24, 28 mai 2006 - dir. Ottavio
Dantone - mise en scène Jossi Wieler, Sergio Morabito -
décors, costumes Anna Viebrock - lumières Dieter
Billino - dramaturgie Jossi Wieler, Sergio Morabito - avec
Catherine Naglestad (Alcina), Stéphanie d'Oustrac
(Ruggiero), Cyndia Sieden (Morgana), Ann Hallenberg (Bradamante),
Mirko Guadagnini (Oronte), Katherine Rohrer (Oberto),
Jean-François Gay (Astolfo) - production du Stuttgart
Staatsoper

"Ce salon miteux, avec papier
peint défraîchi et objets rouillés
entreposés, on le dirait tout droit sorti d’une mise en
scène de Christophe Marthaler, genre Kátia
Kabanová ou les Noces. Il ne s’agit pourtant que du
décor unique de l’Alcina lyonnaise, directement
importée de Stuttgart où elle avait été
créée avec succès en 1998. A l’époque,
les presses nationale et anglo-américaine saluèrent
l’originalité, la cohérence et la beauté du
travail de Jossi Wieler et Sergio Morabito, deux noms
emblématiques de cette nouvelle régie qui sévit,
avec plus ou moins de bonheur, sur les scènes allemandes. Dans
la capitale des Gaules, le spectacle n’a convaincu qu’à
moitié critiques et spectateurs, ce qui ne laisse pas
d’étonner tant, à des années lumières des
provocations gratuites et des transpositions ubuesques, il respire
l’intelligence et la sensibilité. Sans doute, les contempteurs
de cette production sont-ils en mesure de citer trois ou quatre mises
en scène réussies d’un opéra de Haendel. Pour
notre part, nous nous sommes remémoré le Giulio Cesare
de David MacVicar et la Théodora de Sellars, quelques
tentatives de Villégier, avant de sécher
lamentablement...
Contrairement à ce qui
a été écrit, Jossi Wielier et Sergio Morabito
(fins connaisseurs de la musique, il faut préciser) ont une
vraie vision de l’œuvre, à la fois forte et originale. Toute
sorcière qu’elle est, Alcina est surtout l’incarnation de la
féminité toute-puissante et solaire ; c’est un esprit
libre, un être immortel condamné à la solitude
par des humains obtus, prisonniers des conventions et de leur esprit
petit-bourgeois. Détracteurs et thuriféraires du
spectacle ont loué l’imposant miroir qui traverse la
scène et reflète les fantasmes, les peurs et les
obsessions secrètes des personnages. Par cette idée
géniale, Wieler et Morabito ont à leur manière
exploité la dimension illusionniste du plus magique des
opéras de Haendel. Plus que Visconti ou Greenaway,
références cités par les critiques, les
atmosphères de ce spectacle nous évoquent Daphné
du Maurier ou Edgar Allan Pœ, et à cette dimension
fantastique, s’ajoute une sensualité de chaque instant, une
intelligence du détail, un sens du rythme et de l’ellipse qui
font tout son prix.
On a lu — et entendu — bien
des choses absurdes sur Alessandro de Marchi, perçu comme
« frigide » et soi-disant « incapable de créer
un lien passionnel avec le plateau ». S’il s’était
appelé Jacobs ou Minkowski, nul n’aurait manqué de
louer la pertinence de sa direction, équilibrée et sans
effets de manche. Ce Haendel n’est pas le plus flamboyant qui soit
(après tout, la retenue sied bien au Caro Sassone), mais il
est toujours soucieux de variété, de rythme, et sait
respirer avec ses chanteurs. On ne s’est pas ennuyé une seule
seconde, ce qui est bon signe, d’autant que l’orchestre de
l’Opéra de Lyon, sans posséder tout à fait les
clefs — et les sonorités — de cette musique-là, a
délivré une prestation assez exaltante.
Avec la grâce
scénique qu’on lui connaît, Catherine Naglestad dessine
une fascinante silhouette de Circé enchanteresse et maudite,
avec un timbre voluptueux dans le bas-médium et le
médium, d’incroyables couleurs fauves dans la voix mais aussi
des duretés dans le haut-médium, et des aigus à
la limite de la stridence. Péchés véniels au
regard d’une prestation qui touche parfois au sublime, et qui n’a
aucun mal à faire oublier la placidité
émolliente de Fleming à Garnier, sous la direction de
Christie. Il a été écrit des choses abominables
sur le Ruggiero de Stéphanie d’Oustrac. D’aucuns jugent la
chanteuse piètre comédienne et mauvaise haendelienne.
Qu’il est doux et bienveillant, ce petit monde des mordus du chant
lyrique où il faudrait être au top tout de suite, alors
qu’on est en début de carrière. On en vient à
comprendre pourquoi certaine Alexia Cousin a raccroché les
patins...
Sans doute le timbre de
Stéphanie d’Oustrac manque un peu d’ambitus pour le
rôle, avec un aigu qui ne percute pas encore et des graves un
peu éteints, assurément la vocalise n’est pas encore
des plus assurées, mais la chanteuse maîtrise son
rôle du début jusqu’à la fin, avec
témérité et sensibilité. Si son
côté « Gavroche » en a agacé plus d’un,
son engagement scénique nous a particulièrement
séduit. Etourdissante d’aisance, Ann Hallenberg impose un
Bradamante idéal de virtuosité et d’amplitude vocale.
Sans doute The best aujourd’hui. Excellente Morgana de Cyndia Sieden,
un peu incertaine au début mais somptueuse dans Tornami a
vagheggiar avec de très beaux sons filés. Rien à
(re)dire du reste de la distribution, de l’Oberto un peu vert mais
vocalement luxueux de Katherine Rohrer à l’Oronte, nasal mais
bien chantant, de Mirko Guadagnini sans oublier le Melisso
impérial de Tomas Tomasson. Superbe moment haendélien,
qui restera dans les annales."
- Goldberg - août 2006 - 14 mai 2006
"A l’opéra de Lyon,
Alessandro de Marchi dirigeait l’orchestre maison sans le moindre
sens belcantiste, malgré sa réputation de
spéclialiste, dans une Alcina vocalement
débraillée et scéniquement dévoyée
par Jossi Wieler et Sergio Morabito, dont le théâtre
fort, et parfaitement servi par d’authentiques acteurs, se
révèle définitivement exaspérant, et en
total contresens avec la musique de Haendel et le livret
inspiré de L'Arioste. Malgré un concept jouant
intelligemment des pièges de l’apparence et des
ambiguïtés propre à l’esthétique baroque,
le palais de la magicienne devient, par accumulation de poncifs et
d’éléments esthétiquement indéfendables,
un lieu de perdition d’où l’on ne cherche qu’à fuir, et
dont ne surnage tant bien que mal que l’ardente et virtuose Ann
Hallenberg, quand Stéphanie d’Oustrac, quoi qu’il en soit un
peu juste pour jouer les castrats, se perd en gesticulations inutiles
pour se délivrer des enchantements démesurément
straussiens de Catherine Naglestad."
- Opéra Magazine - juillet/août
2006 - 16 mai 2006
"Filmée en 1999
et parue en DVD en 2000 chez Arthaus, cette production de
l’Opéra de Stuttgart n’avait pas laissé un souvenir
impérissable. La retrouver à Lyon, pratiquement
identique, se révèle encore moins satisfaisant. D’une
part, la captation vidéo autorisait une variété
de plans et une proximité avec les chanteurs qui permettait
d’échapper à certains errements de la mise en
scène. D’autre part, la distribution, déjà peu
adéquate à Stuttgart, l’est encore moins
ici.
Avec une voix qui n’est pas
idéale pour Alcina, Catherine Naglestad fait entendre un chant
plus raide qu’il y a sept ans, une émission fatiguée et
une diction pauvre en consonnes. Son engagement et sa présence
scénique, mise en valeur par ses nombreux
déshabillés, ne rachètent pas ces insuffisances.
Stéphanie d’Oustrac manque d’ampleur en Ruggiero,
malgré une belle prestation vocale, et son personnage,
privé de finesse dans sa lutte contre la magie d’Alcina et
contre ses propres faiblesses, est plus près de Gavroche que
de l’Arioste. La pauvre Morgana, blonde et niaise, est une fois de
plus dénaturée, peu aidée par une Cyndia Sieden
souvent approximative. Mirko Guadagnini n’est pas dans son emploi en
Oronte, aux côtés d’un Tomas Tomasson et d’un
Jean-François Gay simplement corrects en Melisso et Astolfo.
L’Oberto bien chantant de Katherine Rohrer et, surtout, la Bradamante
vocalement à l’aise et bien caractérisée d’Ann
Hallenberg, sauvent heureusement la mise.
La direction d’Alessandro De
Marchi n’est pas dépourvue de théâtralité
ni de finesse, mais encore faudrait-il que l’orchestre suive le chef.
L’engagement des musiciens semble inégal et les
imprécisions sont nombreuses. Dommage, car la mise en
scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito comporte quelques
très bonnes idées. Les costumes sont contemporains,
mais le cadre évoque une sorte de palace en rénovation
qui pourrait faire passer la magie d’Alcina pour une
résurgence des temps anciens. La dimension surnaturelle de
l’ouvrage est malheureusement atténuée et les
changements de décor sont comme souvent
négligés, alors qu’ils constituent un
élément fondamental de l’action psychologique et
sentimentale. Quel dommage de ne pas avoir complètement
joué le jeu de la magie (comme avec cet immense cadre
utilisé avec beaucoup d’efficacité comme fenêtre,
miroir ou écran où se matérialisent les
cauchemars des protagonistes), en cédant aux lieux communs de
quelques gags inutiles, voire vulgaires!
Par-delà ces
réserves, la soirée passe sans trop d’ennui et le
public lyonnais n’a pas boudé son plaisir en découvrant
ce sublime opéra pour la première fois."
- Altamusica - 14 mai 2006 - Du mauvais
côté du miroir
"Peu de spectacles
d’opéra donnent l’envie irrépressible de fuir en
hurlant à la mort, avant de sombrer dans l’ennui le plus
affligé. L’Alcina importée de Stuttgart à
l’Opéra de Lyon est de ceux-là, qui dévoie la
plus sublime des musiques, fort passablement servie par Alessandro de
Marchi et un plateau vocal souvent inadéquat, par son
goût du sordide. La grande et belle idée de Jossi Wieler
et Sergio Morabito pour Alcina est un miroir où se
succèdent au rythme des inconscients visions
fantasmées, cauchemardesques, ou simples reflets. Car
l’opéra le plus magique de Haendel se nourrit des tours et
détours de l’apparence, en travestissements et
ambiguïtés sexuelles, sur lesquelles les deux metteurs
n’en finissent pas d’insister, jusqu’à basculer du mauvais
côté du miroir.
Sordide est en effet le palais
de la magicienne, avec son papier peint crasseux – Anna Viebrock
oblige – et ses accessoires épiques entassés dans un
coin. Et plutôt que de retenir l’amoureux transi comme le
spectateur par ses charmes, lieu de beauté et de
délices, ses éclairages indiscrets, son
insécurité palpable les invitent à la fuite.
Ici, on règle ses comptes, on tire à bout portant –
mains gantées, pour ne point laisser de traces, c’est
là la sagesse de Melisso, tuteur de Bradamante –, on fait
l’amour sans restriction ni pudeur, puisque sans cesse on se
déshabille. Et, poncif ultime de la mise en scène
soi-disant moderne, Alcina abandonnée boit ! Voici donc la
femme fatale, qui par chaque tenue, toujours noire, dévoile
une parcelle de son anatomie, alors que chacun peut satisfaire ses
fétichismes, avec une prédisposition marquée
pour les pieds, les escarpins même, qu’on les lèche ou
les déchiquette.
C’est insupportable,
exécrable d’agitation gratuite, mais surtout que de talents,
d’énergies gâchés. Car dans ce cloaque, les
tensions sont violentes, les passions vécues par des acteurs
convaincus et formidablement dirigés, à tel point que
le chant s’en trouve parfois sacrifié. Ceci vaut surtout pour
le Ruggiero de Stéphanie d’Oustrac, abîmé dans
ses névroses, dont la ligne insuffisamment sereine menace
à chaque instant de rompre, d’autant que, virtuose et
galbée, sinon variée dans ses couleurs, la voix accuse
plus que des faiblesses aux extrêmes. Et dire qu’Ann
Hallenberg, le plus formidable Ruggiero de sa
génération, doit se contenter ici des ardeurs
vengeresses de Bradamante, moins évidente de tessiture, mais
dont elle ne fait qu’une bouchée, de son chant
irréprochable et toujours opulent. Plastique avantageuse,
tempérament incendiaire, format démesuré,
Catherine Naglestad est une Alcina hors norme, qui se doit de
composer avec une pâte vocale souvent épaisse sans y
parvenir tout à fait. Elle n’en déploie pas moins des
ressources dynamiques et chromatiques étonnantes,
couronnées par un aigu tranchant, où le bel canto
cède la place à l’expressionnisme de cette future
Salomé.
La Morgana geignarde, à
l’agilité aléatoire et au suraigu écorché
de Cyndia Sieden, l’Oronte seulement nasal de Mirko Guadagnini,
l’Oberto encore très vert de Katherine Rohrer, et le Melisso
pesant de Tómas Tómasson n’en font que plus pâle
figure, si peu animés par la direction aride d’Alessandro de
Marchi, ennemi de la respiration et de la courbe belcantiste. Il est
vrai que le chef italien doit sans cesse veiller sur un Orchestre de
l’Opéra de Lyon plus inapproprié que rebelle, auquel sa
raideur chronique et ses défaillances d’intonation interdisent
l’entrée du palais des délices haendéliens. Une
Alcina à oublier, pour peu que l’on tienne à ne pas
l’éviter."
- Trèves -
Théâtre - 30 avril, 6, 12, 21, 27, 30 mai
2006 - dir. Franz Brochhagen - mise en scène Marcus Lobbes
- décors Pia Markert - costumes Nina Reichmann - chef des
choeurs Norbert Schmitz - dramaturgie Peter Larsen - avec Annette
Johansen (Alcina), Oliver May, Eva-Maria Gunschmann, Evelyn
Czesla, - nouvelle production

- Berlin - Komische Oper
- 3, 12, 18 février, 4 mars 2006 - dir. Paul
McCreesh - mise en scène David Alden - décors,
costumes Gideon Davey - avec Geraldine McGreevy (Alcina), Annette
Markert (Ruggiero), Brigitte Geller (Morgana), Ewa Wolak
(Bradamante), Markus Schäfer (Oronte), Elisabeth Starzinger
(Oberto), Nanco de Vries (Melisso)
- Hambourg - Staatsoper
- 11, 19, 27, 31 janvier, 3 février 2006 - dir.
Martin Haselböck - mise en scène Christof Loy -
décors, costumes Herbert Murauer - chorégraphie
Paula Lansley - lumières Reinhard Traub - avec Inga Kalna
(Alcina), Maite Beaumont (Ruggiero), Deborah Humble (Bradamante),
Gabriele Rossmanith (Morgana), Olga Peretyatko (Oberto), Benjamin
Hulett (Oronte), Wilhelm Schwinghammer (Melisso)

- Bratislava -
Théâtre National
- 28 décembre 2005, 30 janvier, 24 février
2006 - dir. Jaroslav Kyzlink - mise en scène,
décors, costumes Zuzana Gilhuus - avec Denisa
Šlepkovská (Bradamante), Adriana Kucerová (Morgana),
Petra Nôtová (Alcina), Gustáv Belácek
(Melisso), Denisa Hamarova (Ruggiero), Marian Pavlovic
(Oronte)
- Perth - Australian Opera
Studio - novembre 2005 - mise en scène Gregory
Yurisich - décors et costumes Stephanie Blake -
lumières Matthew Marshall
- Théâtre du
Châtelet - 13 novembre 2005 - en version de
concert - Les Talens Lyriques - Choeur du Nederlandse Opera - dir.
Christophe Rousset - avec Christine Schäfer (Alcina), Ingela
Bohlin (Morgana), Silvia Tro Santafé (Ruggiero), Marijana
Mijanovic (Bradamante), Olivier Lallouette (Melisso), Jeremy
Ovenden (Oronte)
- Altamusica - La fêlure d’Alcina
"Deux heures à peine
après le suicide de Bajazet retentissaient les premiers
accords, comme détachés par une fatigue bien excusable,
de l’ouverture d’Alcina. Mais à partir de "Vorrei vendicarmi",
l’île de l’enchanteresse livre sa palette infinie de couleurs
à ses ardents explorateurs. Et si la réussite
s’avère finalement moindre que dans Tamerlano, c’est que la
distribution ne s’impose pas avec la même
évidence.
D’Alcina, Christine
Schäfer ne peut exprimer que la fêlure, dans un "Ah ! mio
cor", un "Mi restano le lagrime", de suprême musicienne.
Ailleurs, le manque d’italianità et l’absence de couleurs de
ce timbre voilé interdisent toute séduction à la
magicienne. Voix sans réelle beauté, Silvia Tro
Santafé affiche en Ruggiero une santé confondante.
D’une virtuosité débridée – le tempo intenable
de "Sta nell’ircana" ne l’effraie guère –, la mezzo espagnole
se montre également capable d’infinies subtilités dans
un "Verdi prati" quasi-murmuré. De plus en plus
étrange, de plus en plus instable, la voix de Marijana
Mijanovic traduit toute la fragilité de Bradamante, tandis
qu’Ingela Bohlin sait parer le timbre exquis de sa Morgana des ombres
du violoncelle, dans "Credete al mio dolor".
"Malgré les coupures
(le ballet des songes, le da capo du second air d'Astolfo et celui du
trio du dernier acte, Bramo di trionfar comme d'hab', et le choeur du
lieto fine, ça c'est pas trop grave!), Rousset nous a encore
démontré tout son talent avec quelques passages
contestables tout de même mais c'était
compréhensible étant donné sa folle
journée : "Ombre pallide" et "Non e amor ne gelosia"
étaient bien trop rapides à mon goût. Je ne
saurai dire si c'était déjà le cas à
Montpellier puisque j'étais alors totalement néophyte,
mais là cela m'a plutôt gêné, surtout pour
l'air d'Alcina qui est sans doute mon préféré de
la partition. Les solistes furent brillants : bravo au premier violon
pour "Alma sospira", aux violoncelles pour "Credete al mio dolore" et
aux flautini pour "Mio ben tesoro".
Christine Schäfer ne m'a
pas accroché (si ce n'est par le magnifique rideau rose de la
maison de Candy qui lui servait de robe!) : elle n'est pas magicienne
c'est certain, mais à jouer dès le départ la
carte de la femme blessée, le personnage ne connait plus
aucune évolution et y perd en épaisseur. De plus elle
s'attachait surtout à chanter plus qu'à jouer son
rôle : elle avait des aigus bien sonnants et très beaux,
mais son medium était avare de couleurs et de contrastes. Le
tout était donc assez inégal, de la fadeur à
l'intermittence de la beauté. Son "Ah mio cor" était
son plus beau moment, car mise à nu par une partition
minimaliste et très réduite pour l'orchestre, elle
était obligée de s'investir. Alice Coote
défaillante, Silvia Tro Santafé la remplaçait :
FIOU!!! Alors c'est vrai que le timbre est assez commun et que les
vocalises sont amenées de façon assez heurtées
mais alors! C'est la plus beau Ruggiero que je connaisse avec Della
Jones! Je ne regrette pas de n'avoir pas entendu Coote qui à
Dresde était bien commune, mais alors pas du tout ! Tro
Santafé m'a foutu par terre! Sa voix remplissait le
théâtre plus que toutes les autres, son jeu était
parfait jusque dans ses airs, ses variations belles et intelligentes.
Son "Verdi prati" était sublime, fin et délicat ; quant
à son "Sta nell'ircana" je ne tenais plus sur mon
siège! De plus les cors, même s'ils ont mal
commencé, étaient assez justes. Bref c'est LA
révélation pour moi! J'ajouterai simplement que dans
d'autres conditions, c'est à dire suite à un travail
avec le chef que ne permet pas le remplacement, elle pourrait devenir
un Ruggiero idéal en polissant les quelques imperfections
vocales qui accompagnent son enthousiasme diabolique.
Inghela Bohlin : pour une
fois, Morgana est elle aussi magicienne! J'aime passionnément
la tendresse de Dessay dans ce rôle, mais la prestance de
Bohlin m'a enthousiasmé ! Son "Tornami a vageghiar", de
prière devient ordre au da capo (voilà qui vient
justifier ces da capo dramatiquement justement pour ceux qui trouvent
encore que ce sont d'inutiles répétitions), son "Alma
sospira" respirait l'impériosité blessée, son
"Credete al mio dolor" était enfin la souffrance d'une reine
et non d'une soubrette ou de la pâle petite soeur d'Alcina.
Pour le coup Morgana était ce soir le grande soeur d'Alcina!
Voilà donc une Morgana qui n'est pas un personnage secondaire:
Ingela campe une magicienne "méchante"(je le met entre
guillemets car la partition de Handel est suffisamment intelligente
pour écarter les distinctions manichéennes du livret)
mais tout aussi touchante que sa soeur. Il faut entendre Marijana
Mijanovic au moins une fois sur scène ! D'une parce que sa
voix de contralto est sans doute la plus particulière et la
plus belle que je connaisse dans son étrangeté, mais
aussi parce que c'est une très belle femme qui a de grands
talents d'actrices. Fort des commentaires de certains j'avais des
craintes sur sa projection : eh bien force est de constater que du
fond du second balcon, on l'entend parfaitement (sonorisation? j'ai
fait attention et cela n'avait pas l'air, mais je peux me tromper).
Cela dit, sa Bradamante ne m'a pas plus convaincu qu'à Beaune
: seul son dernier air est vraiment à la hauteur de son
génie, les deux premiers la trouvent en peine de
virtuosité : ses vocalises sont très engorgées,
mais ses aigus sont puissants. Là encore donc résultat
inégal.
Cassandre Berthon : eh bien on
le tient notre Oberto!! Enfin une chanteuse qui n'arrive pas
là comme un cheveux sur la soupe dans ce rôle et qui
justifie qu'on le garde. Si son premier air était un peu trop
volumineux pour une complainte, son second air respirait la joie
à pleins poumons (mais pas de da capo) et son "Barbaraaa!" a
évité le syndrome Katherine Fuge tout en restant
très dramatique et puissant! Comme quoi l'intelligence cela
sert même pour ces petits roles. Tout y était, la
candeur, le ravissement enfantin puis la rage, on voyait grandir le
fils à son papa sous nos yeux. Je lui pardone même ses
petites scories et son contre-mi crié à la fin
puisqu'il venait après tant de beauté dans la bravoure
et que cela collait parfaitement au personnage. Par contre Cassandre,
les chaussures XVIIIème, c'était pas terrible. Jeremy
Ovenden: mauvais et nasillard dans son premier air, honnête
dans le second et très bon dans le dernier. Il marche au
diesel ?? Plus sérieusement ce monsieur détimbre dans
les vocalises (syndrome Veronica Cangemi), or comme ses deux premiers
airs sont virtuoses, ça ne passe pas. Pas terrible donc mais
peut sans doute mieux faire dans des rôles de ténor plus
timorés vocalement. Olivier Lalouette fut assez bon, mais je
n'ai jamais adoré l'air de Melisso, vaine réprimande
moraliste et assez ennuyeuse."
- Amsterdam - De Nederlandse
Opera -
Staadsschouwburg - 22, 25,
28, 30 octobre, 1er, 3, 5, 8 novembre 2005 - Les Talens
Lyriques - Choeur du Nederlandse Opera - dir. Christophe Rousset -
mise en scène Pierre Audi - costumes Patrick Kinmonth -
lumières Peter van Praet - avec Christine Schäfer
(Alcina), Ingela Bohlin (Morgana), Alicia Coote (Ruggiereo),
Cassandre Berthon (Oberto), Marijana Mijanovic (Bradamante),
Olivier Lallouette (Melisso), Jeremy Ovenden (Oronte), Istvan
Kisch (Astolfo) - production de Drottningholm 2003



- Londres - English Touring
Opera - 14 octobre 2005 -
Lincoln Theatre Royal - 18 octobre 2005 - Wycombe Swan - 21 octobre 2005 -
Canterbury - The Marlowe Theatre
- 26, 29 octobre 2005 -
Tunbridge - Wells Assembly Hall Theatre - 1er novembre
2005 - Snape Maltings Concert Hall
- 4 novembre 2005 - Cheltenham
- The Everyman Theatre - 9, 12 novembre 2005 - Exeter - Northcott Theatre - 16, 19
novembre 2005 - Cambridge - Arts Theatre
- 23, 24, 26 novembre 2005 -
Bath - Theatre Royal - 29 novembre 2005 - Ulverston - Coronation Hall - 3
décembre 2005 - mise en scène James Conway -
avec Amanda Echalaz (Alcina) , Tamsin Coombs (Morgana)

- Opéra Magazine - décembre 2005
- 22 octobre 2005
"Quelle passionnante aventure
que d’assister à ces deux productions conçues par
Pierre Audi comme un diptyque sur les thèmes du pouvoir, de
l’amour et de la mort ! Plus de dix années séparent le
tragique Tamerlano (1724) de la magique Alcina (1735), mais le
traitement commun appliqué à ces deux chefs-d’oeuvre ne
se fait en aucun cas au détriment de leurs natures
divergentes. Créés il y a quelques années dans
le théâtre de cour de Drottningholm, ces spectacles
avaient bénéficié des décors à
perspective de ce petit bijou du XVIIIe siècle.
Pour le Stadsshouwburg, dont la scène est sensiblement plus
grande, les toiles peintes ont été remplacées
par des panneaux du même style, mais plus sobres. La
scénographie reste minimaliste, avec de très rares
changements de décors (forêts, colonnades, nuages) et
des accessoires peu nombreux : essentiellement une chaise, à
la fois symbole du pouvoir et espace de mort, et de petites fioles de
poison permettant à Bajazet et à Alcina de se
suicider.
Ce cadre
dépouillé crée un espace multiple, notamment
grâce aux perspectives, mais surtout un espace modelé
par les chanteurs, leurs mouvements et leurs déplacements,
parfaitement mis en relief par les éclairages latéraux
de Peter van Praet et Matthew Richardson. Car c’est sur les
héros, leurs sentiments exacerbés et leurs rapports,
que le metteur en scène se focalise. Il prend de nombreuses
libertés avec les livrets — Bajazet ne devrait pas mourir sur
scène et Alcina ne devrait pas mourir... du tout—, et ne suit
pas à la lettre ce qui est prévu quant à la
présence des personnages sur le plateau. Ces derniers se
trouvent ainsi plus souvent face à face, créant
d’innombrables lignes par le jeu des distances maintenues ou abolies,
des regards échangés ou évités. Servie
par deux distributions étonnantes, cette approche nous offre
des moments de théâtre d’une force
exceptionnelle.
Nombre de vedettes se sont
égarées dans ces opéras. Rien de tel ici,
où la cohérence et la qualité sont reines.
Certes, on peut regretter quelques imprécisions chez l’Alcina
de Christine Schäfer, mais celles-ci ne font que rajouter au
pathos d’« Ombre,piante ».
Les aigus de Marijana
Mijanovic souffrent d’une émission tendue, si sa Bradamante
reste solide. Alice Coote, souffrante, est remplacée en
scène par Jacqueline Poppelaars, assistante de Pierre Audi,
qui mime le rôle de Ruggiero tandis que SilviaTro
Santafé le chante depuis la fosse d’orchestre. On imaginait
bien la voix d’acier de la mezzo espagnole taillée sur mesure
pour l’héroïque « Sta nell'ircana », mais toute
son incarnation se révèle phénoménale.
Loin des Morgana soubrettes, Ingela Bohlin donne un portrait vocal et
dramatique à la fois riche et nuancé de la soeur
d’Alcina. Les rôles secondaires ne sont pas moins bien servis,
Jeremy Ovenden et Olivier Lallouette campant d’impeccables Oronte et
Melisso. Quant à Cassandre Berthon, son physique et son
soprano clair sont simplement parfaits pour Oberto.
... Quel soulagement et quel
bonheur de voir Haendel porté à la scène sans
les approches plus ou moins divagatrices, bouffonnes, vulgaires et /
ou emplies de contresens et de non-sens que l'on nous inflige trop
souvent! Des entrailles des personnages, Pierre Audi fait sourdre ce
qu’il y a de plus sombre et de plus tragique. Quelques points
pourraient être ouverts à discussion, mais ici, texte,
musique, orchestre, chef, chanteurs, décors, costumes,
lumières, direction d’acteurs, tout est porté à
son paroxysme, tout est théâtre des
passions."
- Oviedo - Teatro Campoamor
- 21, 23, 25 septembre 2005 - Orquesta Sinfonica Ciudad
Oviedo - Coro Leon del Oro - dir. Paul Dombrecht - mise en
scène David McVicar - scénographie Michael Vane -
costumes Sue Blane - lumières Paule Constable -
chorégraphie Michael Keegan-Dolan - avec Anna Chierichetti
(Alcina), Ofelia Sala (Morgana), Jennifer Larmore (Ruggiero),
Chiara Chialli (Bradamante), Eliana Bayon (Oberto), Francisco Vas
(Oronte), David Menendez (Melisso) - production English National
Opera

- Munich -
Prinzregententheater - Bayerische Staatsoper - 17, 20, 24, 27, 30 juillet 2005 - dir.
Ivor Bolton - mise en scène Christof Loy - décors,
costumes Herbert Murauer - chorégraphie Beate Vollack -
lumières Reinhard Traub - avec Anja Harteros (Alcina),
Vesselina Kasarova (Ruggiero), Veronica Cangemi (Morgana), Sonia
Prina (Bradamante), John Mark Ainsley (Oronte), Christopher Purves
(Melisso), Deborah York (Oberto) - nouvelle production

- Opéra Magazine - novembre 2005 - 30
juillet 2005
"A l'instar de Robert Carsen
au Palais Garnier en 1999, Christof Loy se détourne de la
dimension féerique d’Alcina, préférant une
vision humaine et psychologique aux effets plus ou moins
spectaculaires attendus dans un opéra dit «
héroïco-magique ». Le parti pris de l’épure,
s’il est parfaitement concevable et même bien souvent salvateur
pour ce type d’ouvrage, se doit néanmoins, pour fonctionner et
capter l’attention, d’être nourri par de vraies idées,
fortes, suggestives, visuelles sinon troublantes. Le moins que l’on
puisse dire est que cette luxueuse production munichoise ne se jette
ni dans l’artifice, ni dans le subversif
Cloîtrés dans une
sorte de palais dix-huitiémiste, mi-musée d’histoire
naturelle, mi-cabinet de taxidermie (le décor se résume
à une vitrine remplie de spécimens animaliers tels
qu’un flamant rose, un iguane, quelques oiseaux, un squelette...),
les protagonistes sont d’entrée de jeu soumis à des
déplacements latéraux convenus sans réel
intérêt. Le dispositif scénique gris pâle
du décorateur et costumier Herbert Murauer, avec ses multiples
doubles portes disposées de part et d’autre du plateau, offre,
il est vrai, peu de possibilités et peu de perspectives.
D’emblée, l’impression de linéarité est totale,
l’imaginaire bridé. Chacun entre et sort au rythme d’un
récitatif, d’une aria, d’une ritournelle, point final On
frôle d’ailleurs plus d’une fois l’exaspération par ces
allées et venues incessantes, lesquelles font penser à
du mauvais théâtre de boulevard. En dehors des
jolies robes d’Alcina qu’Anja Harteros enlève avec classe,
rien, visuellement ou scéniquement parlant, ne parvient
à soustraire de l’ennui.
Par bonheur, les chanteurs, le
chef Ivor Bolton et l’excellent orchestre de l’Opéra de
Bavière dispensent ce qu’il faut de vie pour que ce spectacle
frileux ne sombre pas tout entier dans la banalité. Les
interprètes sont dans l’ensemble de haute volée. Avec
Vesselina Kasarova et Anja Harteros (remplaçant Dorothea
Röschmann, initialement prévue), le succès est au
rendez-vous. La première n’en est évidemment pas
à son coup d’essai dans le lyrisme haendélien, et le
rôle de Ruggiero lui colle même à la peau. Le
timbre est toujours aussi androgyne et frondeur, et l’émotion
inonde chaque phrase, chaque ligne. Si la diction (nébuleuse)
demeure le point faible de cette artiste, cela semble ici presque
secondaire, tant son chant est pétri de
générosité. L’Alcina d’Anja Harteros n’est pas
en reste. En dépit d’une virtuosité moins
éclatante et d’une science plus mesurée du da capo que
sa consoeur bulgare, la soprano allemande parvient à imposer
une incarnation mémorable. La voix est sensuelle et
frémissante, l’aigu aisé et lumineux, la ligne
voluptueuse et ample. Belle femme de surcroît, il lui suffit
d’esquisser un sourire, un geste, ou de battre des cils pour que la
magie opère.
Le reste de la distribution,
sans être irréprochable, n’appelle aucune remarque
désobligeante. Veronica Cangemi, en dépit d’une voix un
rien forcée et encore un peu verte, est une malicieuse
Morgana, John Mark Ainsley un Oronte sensible et délicat.
IiOberto de Deborah York est, quant à lui, un rien
chétif. Seuls, en définitive, la Bradamante nerveuse de
Sonia Prina et le Melisso monolithique de Christopher Purves restent
en deçà. Un spectacle sauvé par le chant et la
musique."
- Beaune - Basilique
Notre-Dame - 23e Festival
d'Opéra Baroque - 1er juillet 2005 -
version de concert - Gabrieli Consort - dir. Paul McCreesh - avec
Karina Gauvin (Alcina), Carolyn Sampson (Morgana), Marijana
Mijanovic (Bradamante), Ann Hallenberg (Ruggiero), Mark Le Brocq
(Oberto), Roderick William (Melisso)
"Si les Gabrieli Consort and
Players de Paul McCreesh restent très en deçà du
merveilleux haendélien, le plateau féminin de leur
Alcina est le plus envoûtant des sortilèges. Lexquise
Morgana de Carolyn Sampson, comme le bronze androgyne jusqu à
l’étrange de Marijana Mijanovic y rivalisent d’ardeur avec le
Ruggiero insolent de facilité d’Ann Hallenberg, incarnation
héroïque et malicieuse de Carestini trop narcissique pour
se satisfaire de la simplicité de "Verdi prati". Et miracle
absolu, l’Alcina de Karina Gauvin, sensualité de diamant pur,
cisèle une vibration hallucinée dans
l’imprécation comme le désespoir."
- Classica - septembre 2005
"...une Alcina donnée
par paul McCreesh et ses Gabrieli Consort & Players dont le petit
effectif (seize musiciens) a transcendé les dons
haendéliens. En vedette la charnelle Karina Gauvin dans le
rôle-titre."
- Altamusica -
Alcina sous les étoiles
"Un ciel hésitant a
refusé à Paul McCreesh d’ouvrir la
vingt-troisième édition du Festival de Beaune dans la
cour des Hospices. Les étoiles n’en ont brillé qu’avec
plus d’éclat dans le chœur de la Basilique Notre-Dame,
restituant l’ensorcelante Alcina aux enchantements de la
vocalité, divin écrin pour la magicienne miraculeuse de
Karina Gauvin.
Malgré le succès
d’estime d’Ariodante, Haendel l’opiniâtre ne pouvait s’avouer
vaincu face à la concurrence pour le moins déloyale de
l’Opéra de la Noblesse. Sans doute fallait-il rompre avec
l’atmosphère trop sombre du précédent opus pour
renouer avec le retentissant succès d’Arianna in Creta,
notamment dû aux prouesses de Giovanni Carestini, successeur de
Senesino, et surtout le plus sérieux rival de Farinelli. Ce
défi offre à Haendel l’occasion de parachever une
trilogie inspirée du Roland furieux de l’Arioste et de
composer son dernier opéra magique, destinant à la
fidèle Anna Maria Strada son rôle le plus
envoûtant. Et Alcina marque le triomphe d’une vocalité
spécifiquement haendélienne en ce qu’elle transcende le
bel canto purement décoratif pratiqué par la compagnie
rivale.
Dans cette œuvre où il
s’agit plus pour le chef de planter le décor que de propager
le drame, le manque d’affinités de Paul McCreesh avec le
répertoire théâtral ne constitue pas un handicap
majeur. Malheureusement, le merveilleux, la galanterie,
l’héroïsme, l’ironie échappent à l’effectif
minimal d’un Gabrieli Consort and Players avare de couleur, de galbe
et de précision, alors que le manque de complicité
entre le chef et ses chanteuses interdit à la phrase de
s’assouplir, aux cadences de s’épancher entres les assauts
répétés du clavecin volubile de Timothy Roberts.
Que de miracles, pourtant,
à accomplir avec une distribution féminine
insurpassable. La voix gracieuse, la musicalité exquise de
Carolyn Sampson sont bien d’une enchanteresse sœur d’Alcina, se
délectant des pouvoirs d’un aigu rond et chaud, sachant
s’assombrir dans un Credete al mio dolor d’une bouleversante
pureté. Bronze flexible, androgyne jusqu’à
l’étrange, corps vibrant et regard enfiévré par
la vengeance de la femme abandonnée, Marijana Mijanovic
traduit idéalement les fragilités, les
ambiguïtés de Bradamante.
D’une ampleur égale, le
Ruggiero d’Ann Hallenberg frôle l’idéal. Si Sta
nell’Ircana est plus vertigineux de facilité que d’abandon
purement virtuose, le récitatif plastronnant, le legato
cultivé et la malicieuse ironie de la mezzo suédoise
révèlent toute la vanité du chevalier, et
peut-être plus encore du castrat narcissique refusant de
chanter Verdi prati, aria trop simple pour ses talents exorbitants,
à tel point que Siroe, Ariodante, Serse et bien d’autres
encore devraient être le privilège exclusif de cette
voix rare et stylée.
Et plus évidente
encore, l’Alcina de Karina Gauvin s’inscrit dans l’inaccessible
lignée de Joan Sutherland et Arleen Auger. Alors qu’une Simone
Kermes tend, sans génie, à monopoliser la discographie
haendélienne, la soprano québécoise
déploie avec des trésors de subtilité une
vibration hallucinée, du grave velouté, sensuel,
à l’aigu incandescent, l’intensité de
l’imprécation comme de la douleur transcendées par les
infinies modulations d’un timbre adamantin.
Consacré par ce
miraculeux carré d’étoiles qu’une maison de disques
digne de ce nom serait bien inspirée de réunir, le
triomphe purement belcantiste de cette Alcina parvient à
créer l’illusion que les déchaînements de
couleurs, de contrastes, et de fantaisie osés par des chefs
tels que René Jacobs ou Marc Minkowski, ne constitue plus la
seule planche pour un opéra haendélien en mal de
gosiers rayonnants."
- Hanovre -
Niedersächsische Staatstheater - 25, 30 juin, 2,
6, 10 juillet , 16, 21 septembre, 20 décembre 2005 - dir.
Enrique Mazzola - mise en scène Herbert Wernicke -
décors, costumes Herbert Wernicke - dramaturgie Albrecht
Puhlmann - avec Simone Schneider (Alcina), Annette Markert
(Ruggiero), Cordula Berner (Morgana), Hilke Andersen (Bradamante),
Christoph Rosenbaum (Oronte), Frank Schneiders (Melisso) -
Production du Théâtre de Bâle
- Bergen (Norvège) -
Grieghallen - Bergen
International Festival - 29, 30 mai 2005 - Gabrieli Consort &
Players - Komische Oper Berlin - dir. Paul McCreesh - mise en
scène David Alden - avec Geraldine Mc Greevy, Annette
Markert, Brigitte Benz-Geller, Caren van Oijen, Markus
Schäfer, Elisabeth Starzinger, Nanco de Vries
- Berlin - Komische Oper
- 19, 25, 30 mars, 8 avril 2005 - Orchestre du Komische
Oper Berlin - dir. Paul McCreesh - en allemand - mise en
scène David Alden - décors, costumes Gideon Davey -
dramaturgie Antje Kaiser - lumières Franck Evin - avec
Noëmi Nadelmann / Emma Bell (Alcina), Annette Markert /
Christiane Oertel (Ruggiero), Brigitte Geller / Mojca Erdmann
(Morgana), Caren van Oijen / Ewa Wolak (Bradamante), Markus
Schäfer / Kerem Kurk (Oronte), Johannette Zomer / Elisabeth
Starzinger (Oberto), Nanco de Vries / Olivier Zwarg (Melisso)

- Bratislava -
Théâtre National
- 18 février, 8 avril, 12 mai 2005 - dir. Jaroslav
Kyzlink - mise en scène Zuzana Gilhuus - décors
Zuzana Gilhuus - costumes Zuzana Gilhuus - avec Denisa
Šlepkovská (Bradamante), Adriana Kucerová (Morgana),
Petra Nôtová (Alcina), Gustáv Belácek
(Melisso), Denisa Hamarova (Ruggiero), Marian Pavlovic
(Oronte)
- Athènes -
Opéra National - 30
janvier, 4, 9, 13, 19 février 2005 - dir. Miltos Logiadis -
mise en scène Panagis Pagoulatos - décors, costumes
Paris Mexis - éclairages Spyros Rassidakis -
chorégraphie Efi Karakosta - avec Mata Katsouli (Alcina),
Mary-Ellen Nesi (Ruggiero), Maria Mitsopoulou / Elpiniki Zervou
(Morgana), Irene Karayanni (Bradamante), Nikos Stefanou (Oronte),
Petros Magoulas / Yorgos Kanaris (Melisso), Mina Polichronou
(Oberto) - nouvelle production, première
représentation en Grèce
- Opéra International - mars/avril 2005
- 30 janvier 2005
"Face à un
public encore peu accoutumé aux épanchements intimistes
du lyrisme baroque, l'Opéra national de Grèce aura su
faire preuve d'une bonne dose de témérité en
inscrivant dans sa programmation un opéra magique de Haendel.
Si le vénérable théâtre qui a vu
débuter sur ses planches l'icône Maria Callas n'en est
pas vraiment à un coup d'essai dans le répertoire
dix-huitiémiste (un Orlando furioso de Vivaldi et un Serse de
Haendel y ont récemment remporté un vif succès),
son pari de capterl'attention de spectateurs plus enclins à
venir entendre Madama Butterfly ou Il Trovatore que Giulio Cesare
restait à tenir. Il lui aura doncfallu se résoudre,
pour les premiers pas de l'enchanteresse en terre hellénique,
à quelques aménagements, autrement dit quelques
remaniements. A commencer par la partition, trop longue à bien
des égards pour une " première fois ". Raccourcie
intelligemment, sans exagération (juste ce qu'il faut pour ne
pas obscurcir l'intrigue de toute façon chimérique],
cette version allégée en da capo,, airs, danses et
autres récitatifs ne manque en définitive ni de
prestance ni d'impact.
Sous la tutelle perspicace du
sopraniste Aris Christofellis, installé désormais dans
sa ville natale comme conseiller stylistique, les chanteurs, tous
grecs, se révèlent dans l'ensemble parfaitement
à l'aise avec les affetti haendeliens. Citons sans attendre
l'Alcina ensorcelante de Mata Katsouli. Timbre somptueux,
sensibilité frémissante, respiration ample
admirablement tenue, vocalises d'une infinie souplesse,
présence irréelle, cette incarnation magistrale
déclenche des tonnerres d'applaudissements. Son "Ah ! mio cor"
hypnotique au centre de l'acte II de même que son "Ombre
pallide" aussi déchirant qu'inflexible, feraient à coup
sûr blémir de jalousie bon nombre de chanteuses
célèbres titulaires du rôle.Tout aussi
stupéfiante est la virtuose Morgana de la jeune Elpiniki
Zervou. D'une agilité à couper le souffle (renversant
"Tornamia vagheggiar"), d'une délicatesse rare ("Credete al
mio dolore"), d'une mélancolie contagieuse ("Ama, sospira"),
elle s'impose sans fléchir aux côtés de son
écrasante collègue.
Bradarnante (Irene Karayanni)
et Ruggiero (Marty-Ellen Nesi) ne sont pas en reste. Voix de velours,
les deux mezzos instaurent un
climat sentimental rassurant face aux effusions enjôleuses des
deux soeurs magiciennes. Respectivement, "Mia bel tesoro" et "Verdi
prati" brisent le coeur par leur confondante
spontanéité. Le petit (et néanmoins essentiel)
rôle d'Oberto ne pose aucun problème au soprano
aérien de Mina Polichronou. Son charmant "Tra speme e timore"
dénué de fioritures se révèle des plus
toniques. Melisso tombe plutôt bien dans la voix de basse
sévère et patriarcale de Petros Magoulas. Son moraliste
"Pensa a chi geme" nous ballotte entre remords, stupeur et nostalgie.
Seul point noir dans cette belle galerie de héros,
l'impossible Oronte du ténor NikosStefanou. Ses vocalises
heurtées et son attitude dejeune premier mielleux ("Un momento
di contenta"), doublées d'un timbre métallique ingrat,
ont vite fait de le reléguer aux oubliettes.
Les décors et les
costumes (Paris Mexis) restent simples mais très
colorés,trop peut-être. L'oeil sature vite sur cette
débauche chromatique en perpétuel renouvellement. Le
repaire d'Alcina se limite à une plate-forme blancbe sur
piLotis, surmontée de deux yeux géants que l'on
aimerait croire en fer forgé noirci, en fait du vulgaire
plastique. En revanche, les rétro-éclairages (Spyros
Rassidakis) qui habillent et structurent le plateau induisent
à merveillel'effet de mirage voulu par la mise en scène
épurée de Panagis Pagoulatos. La gentille
chorégraphie d'Efi Karakosta indiffère, montrant bien
vite ses limites au jeu du mimétisme animalier (les
amants-danseurs transformés en coq, chien, chat ou taureau)
sont toujours dans les mêmes postures
stéréotypées). L'orchestre enfin, placé
sous la direction alerte de Miltos Logiadis, sonne un rien
chétif mais son désir de convaincre, de jouer, de
porter la musique le plus haut possible, soulève
l'enthousiasme d'absolument tout le monde, ce qui en soi est
déjà un petit miracle."
- Stuttgart -
Staatstheater - 30 janvier, 2, 5, 10, 12, 16, 19, 24
février 2005 - dir. Julian Kovatchev - mise en scène
Jossi Wieler, Sergio Morabito - décors, costumes Anna
Viebrock - dramaturgie Jossi Wieler, Sergio Morabito - avec
Catherine Naglestad (Alcina), Alice Coote (Ruggiero), Catriona
Smith (Morgana), Helene Schneiderman (Bradamante), Bernhard
Schneider (Oronte), Michael Ebbecke (Melisso), Claudia Mahnke
(Oberto)
- Bielefeld -
Allemagne - 29 janvier, 1er, 18, 24
février, 6, 20 mars, 20 avril, 1er, 6 mai 2005 - dir.
Michael Schneider - mise en scène Gregor Horres -
décors, costumes Kirsten Dephoff - dramaturgie Roland Quitt
- avec Michael Bachtadze, Simeon Esper, Victoria Granlund,
Cornelie Isenbürger, Melanie Kreuter, Kaja Plessing

- Curtis Institute
- 2005 - mise en scène Chas Rader-Shieber -
décors et costumes David Zimm - lumières Lenore
Doxsee
- Riga - Latvijas Nacionala
Opera - 6 novembre 2004 - dir. Andris Veismanis - mise
en scène Kristina Wuss - décors Andris Freibergs -
costumes Kristine Pasternaka - chorégraphie Jane Gingela -
avec Sonora Vaice (Alcina), Antra Bigaca, Nauris Puntulis,
Krisjanis Norvelis
- Amsterdam - Stadsschouberg
- octobre 2004 - Drottningholms Slottsteater Choir -
Drottningholms Slottsteater Orchestra - dir. Christophe
Rousset
- Berlin - Komische Oper
- 17, 29, 31 octobre, 23 novembre 2004 - Orchestre du
Komische Oper Berlin - dir. Paul McCreesh - en allemand - mise en
scène David Alden - décors, costumes Gideon Davey -
dramaturgie Antje Kaiser - lumières Franck Evin - avec
Noëmi Nadelmann / Emma Bell (Alcina), Annette Markert /
Christiane Oertel (Ruggiero), Brigitte Geller / Mojca Erdmann
(Morgana), Caren van Oijen / Ewa Wolak (Bradamante), Markus
Schäfer / Kerem Kurk (Oronte), Johannette Zomer / Elisabeth
Starzinger (Oberto), Nanco de Vries / Olivier Zwarg (Melisso)
- Bratislava - 28
septembre 2004 - dir. Pavol Selecký - mise en scène
Zuzana Gilhuus - décors Zuzana Gilhuus - costumes Zuzana
Gilhuus - avec Denisa Šlepkovská (Bradamante), Adriana
Kucerová (Morgana), Petra Nôtová (Alcina),
Gustáv Belácek (Melisso)
- Festival de Halle - Hof
der Moritzburg - 11, 13 juin 2004 - dir. Steffen
Leißner - mise en scène Axel Köhler -
décors Heinz Balthes - costumes José-Manuel Vazquez
- chef de choeur Helmut E Sonne - avec Romelia Lichtenstein
(Alcina), Anke Herrmann (Angelica), Lorena Espina (Bradamante),
Annette Reinhold (Medoro), Christian Zenker (Ruggiero), Daniel
Blumenschein (Atalanta)
- Bratislava -
Théâtre National Slovaque - 4 juin 2004 -
dir. Jaroslav Kyzlink / Pavol Selecký - mise en
scène, décors et costumes Zuzana Lacková -
chef des choeurs Nada Raková - avec Petra Notová,
Denisa Hamarová, Adriana Kucerová, Terézia
Babjaková, Marián Pavlovic, Gustáv
Belácek
- Opéra
Garnier - 13, 16, 19, 22,
25, 28, 31 mai, 3 juin 2004 - Ensemble Orchestral de Paris -
Choeurs de l'Opéra National de Paris - avec le soutien des
"American Friends of the Paris Opera & Ballet" et de la
"Florence Gould Foundation" - dir. John Nelson - mise en
scène Robert Carsen - décors, costumes Tobias
Hoheisel - lumières Jean Kalman - chorégraphie
Philippe Giraudeau - dramaturgie Ian Burton - chef de choeur Peter
Burian - avec Luba Orgonasova (Alcina), Vesselina Kasarova
(Ruggiero), Patrizia Ciofi (Morgana), Vivica Genaux (Bradamante),
Toby Spence (Oronte), Luca Pisaroni (Melisso)

- Opéra International - juin 2004
"Avec la reprise de ce
spectacle de Robert Carsen, créé en 1999 avec
Renée Fleming et William Christie, reviennent aussi
d’excellentes solutions scéniques, et divers contresens qui
dénaturent l’oeuvre. Sans compter quelques coupures
supplémentaires — le rôle d’Oberto disparaît ! Une
fois de plus, cette représentation illustre la
difficulté de distribuer correctement cet opéra. Les
petits rôles sont bien servis par le baryton Luca Pisaroni
(Melisso) et le ténor Toby Spence (Oronte). Ou
côté des voix aiguës, la qualité du jeu de
scène ne rattrape pas les faiblesses vocales. Seule Vivica
Genaux tire vraiment son épingle du jeu : colorature, diction,
égalité de la voix, elle campe une Bradamante
juvénile, décidée et attachante. En
méforme, Patrizia Ciofi (Morgana) chante toute la
soirée avec une émission serrée et un
léger voile sur le timbre. Malgré de belles vocalises,
Vesselina Kasarova (Ruggiero) se bat avec un rôle qui fait
particulièrement ressortir l’inégalité de sa
voix, des graves engorgés ou outrageusement poitrinés
et une diction pâteuse. Ouant à Luba Orgonasova, son
Alcina trop monochrome est loin des gouffres d’émotion dans
lesquels Renée Fleming avait su nous précipiter,
même si son chant se détend au cours du deuxième
acte. Sous la direction de John Nelson, l’Ensemble Orchestral de
Paris — moins sec que les Arts Florissants — est un accompagnateur
toujours attentif mais imprécis et manquant
d’âpreté au plus fort du drame."
- Concerto Net - 13 mai 2004 - Une
brillante reprise !
Monter un opéra de
Haendel aujourd’hui n’est pas une tâche facile car si le
metteur en scène décide de placer l’histoire dans notre
monde contemporain, il pervertit l’oeuvre du compositeur et s’il
montre une magicienne avec des animaux, pour Alcina, et beaucoup
d’accessoires décoratifs, il risque de se limiter à la
narration. Cette production a donc choisi le juste milieu et propose
des pistes de lecture plus qu’elle ne dicte une vision. La musique
est laissée, cette fois, aux soins de John Nelson et de
l’Ensemble Orchestral de Paris qui se défendent
honnêtement, même si cela ne sonne pas aussi bien qu’un
orchestre baroque traditionnel.
Lors de sa création en
1999, la mise en scène de Robert Carsen avait suscité
beaucoup de réactions sceptiques. Certes la scène est
assez vide et les mouvements sont lents, ce qui rend les
protagonistes quelque peu statiques. Mais il a su avec talent
délimiter le monde d’Alcina, calme, un peu au ralenti, et
celui de l’extérieur, donc de Bradamante et de Mélisso
par des gestes plus vifs et habités. La scène s’ouvre
sur de grands panneaux blancs, avec des portes, qui encadrent le
plateau de Garnier, puis celui du fond et celui du haut s’ouvrent
pour laisser place à des toiles avec des arbres verts clairs:
Alcina et Ruggiero sont au centre, tendrement enlacés. Les
portes jouent un rôle essentiel dans cette mise en scène
car lors de l’air “Col celarvi”, Ruggiero voit, comme une sorte
d’image volée puisque les deux battants se referment juste
après, Alcina entourée de ses amants puis Bradamante
vêtue en femme et richement parée. Cette production
gomme quelque peu l’aspect magique avec les animaux, les rochers,
etc… mais la féerie est rendue par le choeur, très
souvent sur scène malgré le peu de musique qu’ils ont
à chanter, composé d’hommes et de femmes à
moitié-habillés, voire nus. Certes Robert Carsen ne
s’est pas encore débarrassé de certains objets qui
commencent à devenir récurrents dans les productions de
ces dernières années : la cigarette et le costume pour
les hommes. Ruggiero est-il vraiment obligé d’allumer une
cigarette pour calmer sa jalousie? Est-il obligé de
l’éteindre si vigoureusement ?
Luba Orgonasova
présente une Alcina noble, digne et elle fait évoluer
son personnage au cours de la représentation, tout en gardant
sans cesse à l’esprit que la reine est réellement
amoureuse de Ruggiero, d’où son désespoir qui se
transforme en furie. Comme dans Agrippine Haendel offre deux superbes
scènes à l’héroïne qui peut exprimer sa
colère, voire la crier: le passage “oh mio cor” est
particulièrement impressionnant et émouvant non
seulement par l’interprétation engagée et
énergique de la chanteuse mais aussi par les jeux de
lumière car Alcina apparaît en ombre chinoise et on
croit voir deux personnages, tels le Bien et le Mal. Vocalement la
prestation est plus que convaincante mais assez
irrégulière car si Luba Orgonasova sait trouver des
accents légers et éperdus dans le trio final, elle
semble avoir trop de puissance pour des airs aussi doux que “si son
quella” ou “mi restano le lagrime”. Petits détails car elle
dépasse facilement ses contraintes en jouant sur des
pianissimo qu’elle rend de plus en plus forts ensuite notamment dans
le premier air “Di cor mio”.
Vesselina Kasarova remporte un
véritable triomphe dans le rôle de Ruggiero et à
juste titre. Elle assume et la partition et le rôle assez
ingrat avec brio et elle se joue de toutes les difficultés
vocales exigeantes. Mais surtout la chanteuse sait mettre une vie
dans les vocalises, ce qui est assez rare de la part
d’interprètes. Elle apporte une énergie et un
enthousiasme incroyables qu’elle chante un air mélancolique
d’adieux aux vertes prairies (quand on pense que le fameux “Verdi
prati” avait été refusé par le créateur
du rôle!) ou un chant de guerre, ou bien encore un hymne
amoureux. Elle apporte aussi de l’humour, voire une certaine folie,
à l’air “La bocca vagha”. Ruggiero deviendrait presque un
personnage sympathique grâce à son
interprétation…
Patrizia Ciofi a la lourde
tâche de succéder à Natalie Dessay et elle
relève le défi avec succès. Certes la voix n’est
pas aussi agile dans le suraigu mais la chanteuse apporte une
certaine épaisseur au personnage, une vie à Morgana,
qui remplace bien des prouesses vocales. Mais ces minces
réserves s’éteignent dès son troisième
air “alma, sospira” où à l’intensité dramatique
très forte s’ajoute un parfaite ligne de chant. La chanteuse
avait sûrement besoin de se chauffer car elle se montre
magnifique dans son dernier air, dans lequel elle essaie de
reconquérir Oronte “credete al mio dolore” à l’aide de
sons filés et tenus. Patrizia Ciofi propose une Morgana vive,
certes, mais également sensible et à l’amour et
à la perte du monde dans lequel elle vit puisque Robert Carsen
a décidé d’en faire une soubrette, jupe courte et
manchettes blanches, une sorte de double d’Alcina qui prend les
amants les uns après les autres.
Vivica Genaux est égale
à elle-même, c’est-à-dire qu’elle est toujours
autant impressionnante par la qualité spectaculaire de ses
vocalises qui sont conduites dans un tempo très rapide et avec
une exactitude méticuleuse. Toutefois si ses graves restent
assez laids, son aigu ne cesse de s’illuminer et les rares vocalises
situées dans le haut de sa tessiture sont des rayons de
soleil. Elle campe un Ricciardo un peu gauche, un peu effacé
par rapport aux autres chanteurs pour finalement trouver tout son
poids dramatique quand elle se transforme en femme et qu’elle
détient la vie d’Alcina par le bras de Ruggiero.
Toby Spence est toujours aussi
excellent qu’il chante du Wagner, du Monteverdi ou du Haendel. Il
apporte la douceur de sa voix de ténor léger au
personnage d’Oronte et il parvient à lui donner une
consistance alors que l’amoureux de Morgana est un peu marginal dans
cette intrigue.
Luca Pisaroni impose son
autorité vocale en accord avec le rôle de
précepteur qu’il tient. Son air “pensa a chi geme” est
magnifiquement chanté et interprété et si l’on
retrouve ça-et-là quelques intonations de Laurent
Naouri dans les aigus, ce jeune chanteur possède un instrument
de très grande qualité: il fait monter la tension avec
habileté grâce à un souffle parfaitement
maîtrisé et une sorte de distanciation parfaite pour le
personnage. Un nom à suivre !
L’orchestre est très
attentif à la musique de Haendel mais tout cela reste bien
poussif et même si John Nelson est pétri de bonnes
intentions, on se prend à rêver d’un William Christie ou
bien d’un Marc Minkowski qui donnerait un autre tempo, une autre
envergure à ce superbe opéra. Toutefois le chef semble
diriger différemment les chanteurs selon qu’ils sont rompus ou
pas avec cette musique car on le sent beaucoup plus à l’aise
quand il accompagne Vivica Genaux, haendelienne avérée,
ou bien Vesselina Kasarova. Il convient toutefois de saluer
l’excellence de Pascal Monteilhet à la théorbe et de
Guillaume Paoletti au violoncelle qui soutiennent le “si son quella”
avec beaucoup de douceur et de fermeté. Les choeurs sont
meilleurs que d’habitude et le dernier choeur est murmuré avec
délicatesse.
De beaux atouts pour cette
première reprise qui ne demandent qu’à
s’épanouir au cours des représentations. Les
personnages sont bien distribués et tous les chanteurs
apportent leur conviction pour rendre crédible l’histoire
qu’ils sont censés présenter et il faut dire qu’ils
sont aidés pour cela par des décors éclairants
et une mise en scène inventive."
- Forum Opéra - 13 mai 2004
"Alcina est une dame bien
patiente pour avoir attendu, sans broncher, deux cent soixante quatre
ans avant de faire son entrée au répertoire de
l'Opéra National de Paris. C'était en juin 1999 : sous
les traits de Renée Fleming, entourée de Susan Graham
(Ruggiero), Natalie Dessay (Morgana), dirigée par William
Christie et mise en scène par Robert Carsen, elle
démontrait alors qu'elle était la plus prodigieuse des
enchanteresses.
Cinq ans plus tard, on ne
prend pas les mêmes, mais on recommence. De l'affiche initiale,
seul subsiste le metteur en scène. La distribution a
été entièrement renouvelée et Les Arts
Florissants remplacés par l'Ensemble Orchestral de Paris sous
la baguette romantique de John Nelson. La donne est donc radicalement
différente. La comparaison pourrait être passionnante si
elle était possible. Hélas, en 1999, les billets
étaient distillés au compte-goutte et bien
qu'abonné (M. Mortier n'avait pas encore
découragé ma meilleure volonté), je passai
à côté de la pipette. Cependant, l'enregistrement
paru dans la foulée chez Erato, une certaine expérience
de la musique baroque en général et de Sir William
Christie en particulier, permettent d'imaginer la mesure et la
couleur données alors à la partition de Haendel. Il est
certain que l'utilisation d'instruments modernes plutôt
qu'anciens, les cordes surtout, contribue à estomper cette
musique, à en gommer le relief, et à lui donner
paradoxalement un coup de vieux. Il y a, en revanche, plus
d'intensité chez John Nelson. Le chef prouve qu'il est
davantage homme de théâtre. Il force l'orchestre
à respirer au rythme de l'action, étire les moments
élégiaques sans les plomber, impulse le mouvement dans
les passages plus animés, accompagne avec précaution,
paternalisme presque, ses chanteurs.
Ceux-ci le lui rendent bien,
car la distribution est sans faille. Même le dernier de la
liste, Luca Pisaroni, juvénile et noble, parvient en un seul
air à arracher les applaudissements du public. Vivica Genaux
l'a confié à Forum Opera, elle adore à la fois
les rôles travestis et les talons aiguilles. Elle assume donc
avec bonheur l'ambiguïté de Bradamante, amoureuse
déguisée en chevalier. La virtuosité surtout
impressionne. Son "Vorrei vendicarmi" pourrait s'insérer dans
l'hommage discographique qu'elle rendit à Farinelli. Le timbre
joue sur du velours sans confusion possible avec celui de son amant,
l'inconstant Ruggiero incarné par Vesselina Kasarova. Plus
corsé, plus fauve, plus opulent, le mezzo bulgare est
consacré par l'applaudimètre. Attaques précises,
vocalises impétueuses, graves imparables, "Sta nell'Ircana"
devient un courant dévastateur qui emporte la salle. Mais ce
triomphe n'occulte pas les airs qui l'ont
précédé. Chacun d'entre eux est habité
par une juste expression, de la cinglante ironie de "Mio bel tesoro"
à la déploration, écologique avant l'heure, du
"Verdi prati". Les méchants ne sont pas en reste. Toby Spence,
d'abord, est un Oronte élégant dont la jeunesse
explique et excuse le comportement. La voix souple, homogène,
contribue à tracer ce portrait convaincant d'un jeune homme
irrémédiablement amoureux. Et comment ne le serait-on
pas de Patricia Ciofi ? Le soprano italien est
décidément étonnant. On venait de la quitter
dans ce même Palais Garnier en Lauretta Schicchi plus vraie que
nature, elle se glisse dans les habits de Morgana avec une aisance
confondante. Fragile, gracieuse sur toute la ligne, sa voix caresse
l'aigu, monte encore, sans écorcher, sans vriller, flotte,
suspend le temps et dans "Credete al mio dolore" au 3ème acte
bouleverse carrément. La comédienne séduit
aussi, espiègle, touchante, piquante sans vulgarité.
Reste Alcina. Luga Orgonasava incarne plus la femme que la
magicienne. Conduit sur le souffle, son chant est celui d'un
être brisé, vaincu dès la première note.
La coquetterie, la sensualité, la fureur même
disparaissent alors au profit d'une sincérité
passionnée, éperdue, puis d'une résignation
désespérée. Chacune de ses interventions est un
pur moment de magie que ne parvient pas à briser une allure
empruntée. En cela, elle est ensorceleuse.
Ces interprétations ne
nous convaincraient pas autant sans le fabuleux travail
réalisé par Robert Carsen. Certains lui ont
reproché d'avoir occulté la dimension féerique
de l'opéra, dimension légitimée par le lieu de
la création, ce nouveau théâtre de Covent Garden
aux machineries performantes que tenait à utiliser Haendel
pour impressionner le public londonien. Il est vrai qu'ici le
décor s'apparente plus à un sage palais
néo-classique qu'aux ondulations spectaculaires de l'île
magique d'Alcina. La présence d'hommes plus ou moins
dévêtus participe à la controverse. Pourtant, ils
nous aident à mieux réaliser la sensualité
sauvage de la magicienne. Au delà de ces
considérations, il reste l'esthétisme incontestable du
spectacle et surtout l'incroyable humanité insufflée
aux personnages. La convention est brisée. Il n'y a plus de
fées, de guerriers, de princesses mais des êtres de
chair qui s'aiment et se déchirent, comme vous, comme moi,
hier, maintenant, toujours... Le metteur en scène se met ainsi
au diapason du compositeur qui sut, en son temps, s'affranchir des
artifices de l'opera seria pour composer une musique infiniment
vraie."
- Res Musica - 22 mai 2004 - Alcina, cinq
ans après
"L’Alcina de Haendel a fait
son entrée à l’Opéra de Paris, au Palais
Garnier, en juin 1999, avec un quatuor de stars et dans une mise en
scène très « mode » de Robert Carsen. Elle y
revient cinq ans après avec une distribution
complètement renouvelée ainsi que la réalisation
orchestrale et dans une version simplifiée,
légèrement plus courte. On est revenu à la
version originale en supprimant le secondaire rôle travesti
d’Oberto ajouté par Haendel lors de représentations
ultérieures. Cela reste avec ses quatre heures de musique un
spectacle long et monotone car Haendel n’y va pas au-delà du
duo et l’alternance airs da cappo - récitatifs ne donne pas
une dramaturgie très palpitante.
La mise en scène «
branchée » des opéras de Haendel se résume
aujourd’hui à deux options. Soit du type «
Opération Tonnerre » avec militaires américains
sur fond de guerre obligé, soit de celui « Fête
dans la Grande Bourgeoisie », de préférence dans
une esthétique fascisante. C’est cette dernière qu’ont
choisi Robert Carsen et son décorateur costumier Tobias
Hoheisel avec cependant une variante nouvelle : la présence
d’hommes nus sur la scène. La reine Alcina, dont les aventures
sont inspirées d’Orlando furioso de l’Arisote, est une
nymphomane grand style, sa sœur Morgana transformée en
soubrette délurée et la malheureuse Bradamante,
épouse de Ruggiero, travestie en Ricciardo pour arracher ce
dernier aux griffes d’Alcina, un triste bidasse ridiculement
costumé. Le tout se passe dans le palais d’Alcina dont les
élégants murs à lambris ouvrent un espace
démesuré, un vrai gouffre à voix. Car la
perversité de la mise en scène de Carsen ne se
résume pas à ces transpositions temporo-spatiales qui
sont devenues des procédés éculés dont le
principal effet est que personne ne peut rien comprendre à
l’action sans avoir les yeux rivés au surtitrage, c’est
à dire ne regardant plus la scène que par
intermittences, mais impose aux chanteurs de se placer le plus loin
possible de la rampe et du public, donc de moins bien entendre
l’orchestre et de chanter en force pour finir (après quatre
heures de spectacle) dans une fatigue vocale évidente.
Pour cette reprise,
succédaient à Renée Fleming, Susan Graham,
Natalie Dessay et Kathleen Kuhlmann, quatre dames à la
carrière moins médiatisée. Le soprano slovaque
Luba Organasova, magnifique d’autorité et de dramatisme,
était une Alcina très convaincante tout comme le
Ruggiero de Vesselina Kasarova au timbre somptueux et bien riche dans
le grave. On est resté plus réservé devant les
voix, débutant dans ces deux rôles, de Vivica Genaux,
Bradamante assez irrégulière autant dans
l’émission que dans l’expression et surtout Patricia Ciofi qui
a du mal à satisfaire vocalement le rôle de Morgana,
surtout que le metteur en scène lui demande de faire beaucoup
de pitreries. L’Ensemble Orchestral de Paris sonne plus riche que Les
Arts Florissants à l’origine de ce spectacle, mais son chef
John Nelson n’est pas homme à faire passer en douceur la
pilule d’un spectacle aussi long et monotone dans sa
réalisation."
- Concert Classic - 16 avril 2004
"Avec ses Contes d’Hoffmann,
cette Alcina de 1999 (déjà) demeure ce que Carsen aura
produit de plus constamment inspiré pour le
théâtre lyrique. Le royaume enchanté de la
magicienne devient un vaste appartement qui semble tout droit sorti
d’une toile de Hammershmoi, et ses transformations architecturales,
dégagement de perspectives où enfermement des
personnages sur le proscenium, sont aussi sobres qu’efficaces, le
reste n’est que jeux de lumière et direction d’acteur. Ces
espaces neutres qui avec une simple modification d’éclairage
peuvent produire des ombres immenses, comme lorsque au II Alcina se
voit à jamais privée de Ruggiero ("Ombre pallide")
forcent les chanteurs à dessiner leurs personnages. Les
amateurs du premier bel canto étaient à la fête
en cette matinée du 16 avril, sauf avec Vivica Genaux, Horne
de poche, et Bradamante malhabile avec une vocalise mitraillette, une
couleur assez laide, un émission des plus bizarre et fort peu
d’expression. Même à Garnier on sent la voix rapidement
au taquet de ses possibilités.
Orgonasova enterrait à
jamais les minauderies pénibles de Fleming mais elle ne
présentait qu’une face de l’enchanteresse : la
dépossédée. Son personnage évolue peu,
dés le I elle porte en elle la certitude de son malheur final,
et elle prendra soin de gommer les tentations de révolte et
les instants de fureur qu’Haendel lui impose. Alcina sans pouvoirs,
prisonnière de l’amour, vouée à sa perte, elle
prenait une cohérence dramatique saisissante, et son chant fut
divin, montrant une science vocale consommée. Mais pour ceux
qui avaient encore devant les yeux et dans l’oreille le personnage
flamboyant qu’y dessina Arleen Auger, elle risquait de paraître
un rien pâle.
Devant autant d’art, le
Ruggiero de Kasarova s’essayait lui aussi à un festival de
chant pianissimo, mais il faudra rapidement que la mezzo bulgare
parvienne à homogénéiser ses trois voix en une :
le passage est encore délicat, l’intonation souvent perdue,
mais là voix est belle, et l’artiste racée, capable
d’un chant héroïque assez époustouflant (son "Sta
nell’Ircana pietrosa tana" au III dont les vocalises en pleine chaire
faisaient encore pâlir celles de Genaux). Ciofi est simplement
idéale en Morgana, stylistiquement impeccable dans un
rôle où Dessay avait failli, et son duo du III avec
l’Oronte beau gosse de Toby Spence enchantait, surtout lorsque l’on
se souvenait de l’humeur mutine qu’elle avait mise à son
"Tornami a vagheggiar" du I. Pour compléter le tout le Melisso
de Luca Pisaroni, au chant sobre et à l’autorité
magistrale se révéla étonnant de présence
dramatique lorsqu’il dévoile à Ruggiero la vraie nature
d’Alcina.
Nelson, se parant des belles
couleurs de son Ensemble Orchestral, joua le jeu de
l’élégiaque, optant pour des tempos lentissimes
laissant tout le génie mélodique de Haendel
s’épandre à loisir. Sa battue nostalgique enchanta
toute la représentation d’une tristesse que voulut
certainement le compositeur. Alcina ne serait-il pas son opéra
le plus mélancolique ?"
- Altamusica - 13 mai 2004 - L'ombre
d'Alcina - Reprise d’Alcina de Haendel au Palais Garnier, dans
la si poétique production de Robert Carsen. Les chanteurs
doivent se mesurer au souvenir d’un quatuor vocal magique
(Fleming, Dessay, Graham et Kuhlmann) qu’ils n’égalent que
partiellement. Sans parler d’un Ensemble Orchestral de Paris qui
succède aux Arts Florissants, choix qui n’a pas
manqué de susciter quelques interrogations
"Autant pour une
éventuelle polémique « modernes versus anciens
» : si l’on perd quelque peu en transparence, les cordes en
métal de l’Ensemble Orchestral de Paris ont au moins le
mérite d’apporter un surcroît de présence sonore
– les Arts Florissants avaient paru, à la création en
1999, quelque peu étriqués. Le problème est plus
spécifiquement stylistique : dès l’ouverture, on se
prend à rêver à des articulations plus
saillantes, à un continuo plus bondissant, ou tout simplement
et pour être franc, moins lourd. Et surtout, on se dit que,
malgré le soutien attentif de John Nelson, le diapason
à 415 aurait peut-être rendu le chant moins «
sportif » pour certaines des protagonistes du drame,
déjà confrontées à des souvenirs
illustres, Luba Orgonasova en tête. Ses moyens en Alcina
correspondent sur le papier aux exigences d’un rôle qu’elle
connaît bien, mais la perplexité s’installe à
l’écoute de la tension qui affecte ses aigus, et à
l’imprécision générale de l’intonation. Faute de
sérénité vocale, l’incarnation reste
prosaïque, la chanteuse ne retrouvant une certaine
dignité qu’à partir d’un "O mio cor, Ombre pallide"
déployant pour sa part des vocalises assurées. Fleming,
stylistiquement exotique, imposait une tout autre somptuosité
de timbre et de présence.
Peut-être soucieuse de
se plier à une certaine idée du bel canto baroque,
Veselina Kasarova semble lutter constamment contre sa nature
volcanique, et s’avère rythmiquement très incertaine,
quelconque dans "Verdi prati "– certes guère facilité
par la justesse douteuse de l’orchestre – n’ouvrant les vannes que
pour un dévastateur "Sta nell’Ircana". Si Graham était
débordée par la virtuosité du rôle, du
moins son chant galbé rendait-il justice à un Ruggiero
très largement élégiaque.
Bradamante est un rôle
psychologiquement monochrome, et les exercices pyrotechniques
n’effraient guère Vivica Genaux – "Vorrei vendicarmi"
enlevé avec un aplomb époustouflant – mais le timbre
est glacial. Du moins porte-t-elle le travesti avec une
élégance rare. Kathleen Kuhlmann était moins
impressionnante, sa Bradamante frémissait cependant d’une
toute autre vie. Toby Spence en Oronte et Luca Pisaroni en Melisso
apportent quant à eux une contribution honorable au plateau.
Au final, seule Patrizia Ciofi en Morgana lutte avec un certain
succès contre l’ombre de Natalie Dessay. Elle aussi soumise
à rude épreuve dans les aigus, la soprano italienne
aura toutefois parfaitement réussi à
différencier ses airs, espiègle dans Tornami a
vagheggiar, tendrement suppliante dans "Ama, sospira" – où
elle réussit, dans la cadence, à peu près le
seul trille bien exécuté de la soirée –
ensorcelante de demi-teintes dans "Credete al mio dolor". C’est bien
elle la grande triomphatrice de la soirée.
Reste la mise en scène
de Robert Carsen, dont certaines options sont discutables, comme
celle qui relègue Morgana au rang de soubrette, elle qui est
tout de même la sœur d’Alcina – au passage, notons qu’Oberto
est passé à la trappe – ou même le suicide
d’Alcina, qui contredit un peu brutalement la féerie
générale. Mais comment rester insensible à la
simple beauté plastique de certains tableaux – l’apparition
d’Alcina sur fond de forêt verdoyante, la cour de ses
soupirants subjugués se mouvant comme au ralenti – ou à
l’efficacité dans la chute progressive de la magicienne –
lumières sinistrement annonciatrices de Jean Kalman ? On a
souvent reproché à Robert Carsen d’être plus
scénographe que metteur en scène – il peine d’ailleurs
un peu à dompter le grand plateau de Garnier – mais on baisse
ici les armes devant son instinct esthétique. Cette magie que
le chant n’a pas su transmettre, la mise en scène l’a
parfaitement restituée."
"L'Alcina de Haendel,
proposée en 1999, est donc reprise ce soir à
l'Opéra Garnier, avec une affiche particulièrement
prometteuse. On se souvient de cette production, excellente du point
de vue musical, mais très controversée, à
l'époque. En effet, le metteur en scène Robert Carsen
n'avait pas craint de choquer son public en laissant
découvrir, à plusieurs reprises, un nombre important de
figurants complètements nus, ne laissant rien ignorer de leur
anatomie…Ces personnages, en smoking débraillé ou en
nudité totale, étaient censés représenter
les amants de la magicienne Alcina qui les avait changés en
animaux, après les avoir séduits. Ils constituent son
harem et sa garde rapprochée, vers lesquels elle revient sans
cesse. Provocation inutile ou non, il n'en demeure pas moins que la
vision de Carsen reste passionnante. Prisonniers du carcan que
constituent d'immenses murs blancs, les protagonistes, en tenue de
soirée, errent dans une demeure bourgeoise complètement
vide de mobilier, sauf quand l'action le réclame. Le contraste
est saisissant quand Alcina apparaît : les murs coulissent et
laissent deviner un parc aux somptueuses forêts
d'été. C'est au même système de murs
coulissants que Carsen fait appel pour les fantasmes de Ruggiero. Les
chanteurs ne sont pas livrés à eux-mêmes :
tragiques ou facétieux, ils obéissent à
l'action. Le metteur en scène canadien n'est jamais à
court de trouvailles pour illustrer les nombreux airs fameux que
compte la partition de Haendel. En 1999, il disposait, de plus, d'un
plateau de rêves : Renée Fleming en Alcina, Susan Graham
en Ruggiero et Nathalie Dessay pour Morgana, avec Les Arts
Florissants, pour les accompagner, témoin, l'enregistrement de
référence réalisé par Erato, pendant ces
représentations.
La reprise de 2004 nous
propose Luba Organasova en Alcina. Autant le dire, c'est elle qui
nous pose problèmes. S'il n' y a rien à redire sur son
chant et sa justesse, il en va autrement de son incarnation du
rôle-titre. La soprano slovaque s'ennuie, n'a rien à
dire et traverse, impavide, ses appartements, au milieu de son harem
hagard. Le somptueux "Ombre pallide", air dramatique tant attendu
où Alcina comprend qu'elle est trahie, est
exécuté avec une totale indifférence et sans
passion. De plus, le tempo choisi est vraiment trop rapide, comme si
elle voulait s'en débarrasser au plus vite…Heureusement, le
reste de la distribution est exceptionnel. Tous les chanteurs, y
compris les seconds rôles, chantent aussi bien qu'ils jouent.
En tête, Vesselina Kassarova nous propose un Ruggiero
idéal : timbre de bronze et de velours aux graves naturels
incroyables, vocalisant à la per-fection, elle porte un
somptueux smoking qui la rend androgyne en diable. Vivica Genaux,
jeune espoir américain, remarquée dans la Rosine du
Barbier à Bastille et dans la Cenerentola du
Théâtre des Champs-Elysées, ne
déçoit pas en Bradamante. La voix, certes plus petite
que celle de sa consoeur bulgare, a un fruité et un mordant
inoubliables qu'elle sait mettre en valeur par un jeu charmeur et
passionné. La grande triomphatrice de la soirée reste
Patrizia Ciofi. La soprano italienne, adulée du public
parisien, a pourtant la lourde tâche de remplacer Dessay,
exemplaire et truculente en Morgana. Soubrette en minijupe
très sexy, elle nous livre une performance vocale d'une
pyrotechnie extraordinaire. Son air virtuose "Tornami a vagheggiar"
lui a valu un triomphe bien mérité. Toby Spence est un
bien séduisant Oronte que Ciofi-Morgana, cousine avant l'heure
de Zerline, sait enjôler dans leur scène de l'Acte III.
Quant à Luca Pisaroni en Melisso, la beauté de son
timbre et l'élégance de son jeu nous promettent une
basse exceptionnelle pour demain.
Pas d'Oberto pour cette
reprise, le chef John Nelson s'étant
référé à la partition originale de 1735
qui ne mettait pas en scène le jeune chevalier soupirant
d'Alcina. Honnêtement défendue par un Ensemble
Orchestral de Paris au meilleur de sa forme, son Alcina
apparaît cependant trop sage et bien désuète, en
contraste avec le style des chanteurs, tous rompus aux habitudes
baroques. Le choix du chef relance la problématique de
l'utilisation des instruments modernes pour l'interprétation
des opéras de Händel. Il tente d'assimiler les
avancées de ses collègues baroqueux, en adjoignant un
luth et une basse continue d'époque et en laissant les
chanteurs ornementer leurs airs. En revanche, l'utilisation de deux
clarinettes, instruments mis au point plus de vingt ans après
la mort de Haendel reste une aberration. Comparé à ses
collègues des Arts Florissants, l'Ensemble Orchestral a bien
du mal à s'imposer à un public habitué, à
présent, à des interprétations nettement
baroques de ces partitions et aux sonorités voluptueuses des
instruments anciens."
- Montreal - Pollack
Hall - 5 et 7 mai 2004 -
version de concert - Les Violons du Roy - dir. Bernard Labadie -
avec Karina Gauvin (Alcina), Krisztina Szabo (Ruggiero), Christine
Brandes (Morgana), Marie-Nicole Lemieux (Bradamante), Benjamin
Butterfield (Oronte), Shannon Mercer (Oberto), Nathaniel Watson
(Melisso)
"Les grands opéras de
Handel (l’opéra antérieur à Mozart, globalement)
ayant souffert d’une absence quasi-totale de nos scènes depuis
nombre d’années, cette production vient en quelque sorte
marquer un tournant. Il nous fallait un chef dévoué,
amoureux de Handel : nous l’avons. Il nous fallait un orchestre rompu
à l’esthétique et à la rhétorique de
l’époque : nous l’avons. Il nous fallait par-dessus tout des
chanteurs capables de transcender les exigences et de rendre les
fruits d’un certain bel canto avant la lettre : nous les avons, plus
que jamais. Au surplus, il nous fallait un public suffisamment
curieux et renseigné pour apprécier à sa juste
valeur un tel produit : nous l’avons aussi, plus que
jamais.
Le chef et son orchestre,
d’abord. Les Violons sont en extraordinaire forme, magnifiant cette
partition d’une inextinguible richesse de texture, répondant
brillamment à l’énergie et la vitalité rythmique
que commande Labadie. Ce dernier dirige avec une vigueur, une
vivacité et une intelligence toujours aussi remarquables,
privilégiant comme à l’habitude des tempi plus rapides
que trop lents (à l’opposé d’un Christie, par exemple,
dans cette même œuvre), se permettant quand même ici et
là quelques fraîches largeurs de respiration,
contribuant également au dessin psychologique des personnages,
le "Di, cor mio" devenant à ce titre l’expression
contemplative somme toute redoutable d’une femme en position de
force, et non quelque épanchement extatique. Une seule
réserve, s’il devait y en avoir une : pris à cette
vitesse, l’air de vengeance de Bradamante au second acte, en plus
d’être tronqué de sa reprise, perd pratiquement tout son
impact. Dans ce cas précis, un peu trop vite,
simplement.
Si la distribution fut
globalement de très haut vol, la palme revient
incontestablement à Gauvin et Lemieux, la première
livrant une interprétation anthologique d’un de ses plus
grands rôles, la seconde éblouissant par la
virtuosité confondante de sa colorature et l’opulence d’un
grave largement sollicité dans son premier air (et quel tour
de force aurait pu être le "Vorrei vendicarmi" ! Enfin…) Ici,
version concert ne signifie pas absence de théâtre, au
contraire. Par d’admirables jeux de posture, de regard et
d’expression faciale, les protagonistes authentifient
merveilleusement leurs personnages, Brandes campant une Morgana
mutine à souhait, Mercer se révélant sous les
traits juvéniles et innocents d’Oberto, Szabo ne manquant ni
de fougue, ni d’ardeur. Chacun ornemente les da capo de
manière juste et fort probablement inédite, prenant le
parti d’une vocalisation (très) florissante sur l’abattage de
cadences conclusives vertigineuses. Ici encore une petite
réserve, s’il devait y en avoir une : bien que fort
impressionnante dans "Sta nell’Ircana", Szabo ne s’y montre pas
vraiment engageante. Un peu trop de notes ici, simplement." (Concert
Net - 5 mai 2004)
- Hambourg Staatsoper
- 21, 23, 26, 30 mai, 3 juin 2004 - dir. Michael
Hofstetter - metteur en scène Christof Loy - décors,
costumes Herbert Murauer - chorégraphie Paula Lansley -
lumières Reinhard Traub - avec Inga Kalna (Alcina), Maite
Beaumont (Ruggiero), Antigone Papoulkas (Bradamante), Gabriele
Rossmanith (Morgana), Sabine Ritterbusch (Oberto), Christoph Genz
(Oronte), Jörn Schümann (Melisso)

- Trieste - Teatro Lirico
Giuseppe Verdi - 17, 21, 23, 28, 30 avril 2004 -
coproduction avec Opéra National de Montpellier, Den Norsk
Opera, Oslo - dir. Filippo Maria Bressan - mise en scène
Marco Arturo Marelli - décors , costumes Marco Arturo
Marelli, Andreas Kanellopoulos - avec Elisabeth Smytka (Alcina),
Patricia Bardon (Ruggiero), Ewa Wolak (Bradamante), Gregory
Reinhardt (Melisso), Raquel Lojendio (Morgana), Marina De Liso
(Oberto), Mirko Guadagnini (Oronte)

"Cette production avait
déjà suscité la polémique lors de sa
création l’an dernier à Montpellier. La
perplexité reste de mise : cette vision très Desert
Storm du metteur en scène Marco Arturo Marelli, pour
suggestive qu’elle soit (l’île enchantée est
représentée comme un désert de sexe, en forme de
gigantesque femme étendue, avec mamelons pointés vers
le ciel et mains tendues), cette vision, donc, focalise surtout
l’action sur l’alcôve d’Alcina, centre de
l’ambiguïté des sens. Mais les excès successifs
gâchent ces préliminaires, et glissent vers le grotesque
d’une armée de libération qui finit surtout par
attaquer— au secours —la beauté musicale de l’opéra
haendelien. Parfaitement calibré, mais
scabreux.
Plateau vocal de
qualité, au demeurant, d’où se détachent les
interprètes féminines. Elzbieta Szmytka est
héroïque (en meilleure forme que la saison passée
?) dans un rôle-titre à l’étendue terrifiante et
pour lequel elle n’a pas intrinsèquement la voix
adéquate ; pourtant, elle assure admirablement une progression
du drame musical et se montre techniquement impeccable dans
l’articulation la plus virtuose. Le Ruggiero de Patricia Bardon est
presque parfait, maître du style et de la scène. Ewa
Wolak (Bradamante) et Raquel Lojendio (Morgana) se jettent avec un
généreux élan dans leur airs de furore, la
première avec un souffle parfois court, la seconde avec une
émission souvent aigre. Marina De Liso est un Oberto
convaincant. A l’insistante verve transgressive du metteur en
scène s’oppose l’honnête direction de Filippo Maria
Bressan, qui n’est guère plus à l’aise ici que ne
l’était Christophe Rousset à Montpellier."
(Opéra International - juin 2004)
- Berlin - Komische Oper
- 6, 12, 17, 20, 23, 30 mars, 16, 24 avril 2004 - dir.
Paul McCreesh - en allemand - mise en scène David Alden -
décors, costumes Gideon Davey - dramaturgie Antje Kaiser -
lumières Franck Evin - avec Noëmi Nadelmann, Emma Bell
(Alcina), Annette Markert / Christiane Oertel (Ruggiero), Brigitte
Geller / Mojca Erdmann (Morgana), Caren van Oijen / Ewa Wolak
(Bradamante), Markus Schäfer (Oronte), Johannette Zomer /
Elisabeth Starzinger (Oberto), Nanco de Vries / Luciano Batinic
(Melisso)

"...David Alden conçoit
en Ruggiero un jeune homme qui a fui ses fiançailles pour un
univers de rêve où le personnage d'Alcina peut aussi
bien être une magicienne qu'une femme moderne et forte, qu'il
compare à Glenn Close dans "Les Liaisons dangereuses". Les
références cinématographiques ne
s'arrêtent pas là, puisqu'il évoque
également un parallèle avec le sujet du film de Woody
Allen "La Rose pourpre du Caire". Bien que le décor de Gideon
Davey représente effectivement une salle de cinéma (ou
de théâtre ?) délabrée, le spectateur voit
une fois de plus ce "concept" prolixement commenté se
réduire à une succession de gags dont le comique
répétitif s'avère au plus haut point lassant et
stérile. Le plateau, où des machi-nistes ne cessent de
faire rouler des animaux géants tels que lion, hippopotame,
girafe et crocodile, suggère cependant difficilement la magie
exotique, même si des figurants, appelés en renfort, le
traversent en portant des régimes de bananes. Qu'Alcina soit
montrée en conclusion comme une SDF n'est pas non plus
l'aboutissement d'une évolution logiquement
élaborée et concluante.
Le résultat est
d'autant plus décevant que Paul McCreesh réussit, par
sa direction précise, traduisant aussi bien la
sensibilité que l'ironie et même la causticité,
à façonner les instrumentistes en un ensemble
doté d'une fine réactivité aux exigences du
discours musical baroque. Et les solistes défendent avec
compétence leurs rôles : Annette Markert (Ruggierol se
montre un rien essoufflée par la performance physique, qui
handicape aussi la Bradamante intensément projetée
d'Ewa Wolak. Brigitte Geller trahit une pointe d'acidité dans
l'aigu, Morgana stylée au demeurant. Johannette Zomer a de la
fraîcheur en Oberto, tandis que Markus Schäfer est assez
routinier en Oronte. Le désistement d'Emma Bell permet en tout
cas à Geraldine McGreevy (Alcina), arrivée quelques
jours avant la première, de réaliser le tour de force
d'apprendre les récitatifs en allemand et de chanter les airs
en italien avec une maîtrise vocale et stylistique qui est
l'élément majeur de la production."
- New York City Opera
- 9, 13, 18, 21 24, 26 septembre 2003 - nouvelle
production - dir. Daniel Beckwith - mise en scène Francesca
Zambello - décors Neil Patel - costumes Martin Pakledinaz -
lumières Mark McCullough - chorégraphie Seán
Curran - avec Christine Goerke (Alcina), Lauren Skuce (Morgana),
Katharine Goeldner (Ruggiero), Jennifer Dudley (Bradamante), Keith
Jameson (Oronte), Joshua Winograde (Melisso)

- Festival de Drottningholm
- 26, 29, 31 juillet, 2, 4, 7, 8, 10 août 2003 -
dir. Christophe Rousset - mise en scène Pierre Audi -
costumes Patrick Kinmonth - lumières Peter van Praet - avec
Christine Schäfer (Alcina), Anne Sofie von Otter (Ruggiero),
Patricia Bardon (Bradamante), Ingela Bohlin (Morgana), Rickard
Söderberg (Oronte), Thomas Lander (Melisso), Gaële Le
Roi (Oberto)
"Comme Robert Carsen à
Garnier, Pierre Audi a choisi de tourner le dos à la
féerie en privilégiant la psychologie au
détriment de l'anecdote, en accentuant l'humanité des
personnages, comme s'il refusait d'utiliser ces admirables toiles
peintes et ces machineries uniques en leur genre afin de ne pas
céder à la "facilité" qui peut en
découler. Cette optique assez déroutante, mais non
dépourvue de qualités, tire plus l'oeuvre vers Marivaux
que vers l'Arioste, en particulier par un travail d'acteurs
raffiné, fouillé - jeux de regards, de
frôlements, d'attouchements - et aboutit à un
théâtre de la cruauté amoureuse,
profondément sensuel et pervers, presque bergmanien, et assez
éloigné de l'original du drame composé par le
"caro Sassone". De ce fait, le dispositif scénique se trouve
réduit à sa plus simple expression, voire à une
épure : c'est à peine si quelques toiles peintes
subsistent encore - la forêt du début et les nuages
bleutés de la fin - et si l'on recourt à quelques
effets - Alcina apparaissant et disparaissant par une trappe. Le
dépouillement est de rigueur, et lorsque le charme qui lie
Ruggiero à Alcina est rompu, c'est l'arrière du
décor qui apparaît... Il y a dans cette
austérité quelque chose d'assez frustrant, surtout dans
ce lieu, mais il est vrai que les éclairages de Peter van
Praert, souvent assez sombres, sont néanmoins somptueux et les
costumes de Patrice Kinmonth sublimes, tant par leurs coloris subtils
et la qualité des matières utilisées que par la
façon quasiment picturale - on pense à Watteau et
Nattier - dont ils réfléchissent la lumière. De
plus, atout non négligeable, Pierre Audi fait la part belle
aux chanteurs, ce qui, par les temps qui courent, n'est pas si
fréquent.
On pourra regretter cependant
qu'il ait choisi, comme Carsen (décidément !), de faire
mourir Alcina qui, cette fois, s'empoisonne, mais il faut aussi lui
savoir gré de ne pas être allé jusqu'à la
faire abattre d'un coup de revolver par son amant comme dans un polar
des années cinquante, ce qui, hélas, était le
cas à Paris. Par contre, la malheureuse Morgana, sa soeur, est
passée au fil de l'épée par Oronte, lequel, peu
de temps auparavant, lui clamait son amour. De nos jours, de par la
volonté des metteurs en scène, il semble que la
Magicienne ne puisse que rejoindre la triste cohorte des
suicidées, étranglées, poignardées,
mortes de folie, de maladie ou de désespoir, décrite
par Catherine Clément ("L'Opéra ou la défaite
des femmes"), comme si la liberté au féminin ne pouvait
qu'être punie de mort par la société des hommes.
C'est pourquoi la lecture de Pierre Audi, intéressante, fine
et riche de très bonnes idées, trouve cependant ses
limites dans la conception du personnage d'Alcina. Ce dernier
constitue sans conteste une des plus fascinantes et extraordinaires
figures de femmes de l'histoire de l'Opéra, tous genres
confondus : extrêmement forte, quasiment "virile", la
magicienne règne en maîtresse absolue sur un royaume
enchanté et des amants ou prétendants qu' elle
transforme à sa guise en animaux, végétaux, ou
même minéraux. Elle est libre de ses plaisirs et de ses
désirs, en un mot, c'est une féministe avant l'heure,
et, à cet égard, elle est en tous points conforme au
mythe qui a traversé bien des époques, jusqu'à
nos jours (voir La Sorcière de Michelet) : celui de la
séduisante et sensuelle enchanteresse, dotée autant -
sinon plus que les hommes - de pouvoirs qui se révèlent
aussi bien bénéfiques que maléfiques, selon les
circonstances. Et si l'amour qu'elle éprouve pour Ruggiero, le
seul parmi ses malheureux amants à être miraculeusement
épargné, lui fait perdre sa puissance à la fin
de l'opéra, elle ne meurt pas, mais disparaît pour
renaître ailleurs de ses cendres, tel un phénix, comme
sa soeur Morgana. Alcina est immortelle, c'est une femme fatale,
peut-être, certainement pas une victime fragile et larmoyante.
N'oublions pas que Haendel
avait choisi pour la création des artistes éblouissants
: Anna-Maria Strada, l'un des sopranos les plus
célèbres de l'époque - cité par Capek et
Janacek dans L'Affaire Makropoulos comme exemple de voix et de
longévité (et ce n'est certainement pas un choix
innocent au regard de cette autre femme hors du commun qu'est Emilia
Marty) -, chantait le rôle-titre et le castrat Giovanni
Carestini, créateur de Serse et d'Ariodante, qui triomphait
tous les soirs en Ruggiero avec, entre autres, "Verdi prati". Le
rôle d'Alcina, écrasant, demande des moyens vocaux
exceptionnels et force est de constater que le choix de Christine
Schäfer s'avère on ne peut plus discutable et
relève même de l'erreur de casting. Certes, la voix a
pris de la rondeur et du fruité, le timbre est joli,
très musical et le chant irréprochable et stylé,
mais cette bonne chanteuse, parfaite en Servilia ou dans l'oratorio,
ne possède tout bonnement pas l'envergure du personnage.
Là où Sutherland et Fleming brillèrent par la
splendeur du timbre et l'autorité du chant, Christiane
Eda-Pierre, Arleen Auger et, tout récemment, Karina Gauvin
à la Cité de la Musique également avec
Christophe Rousset, par la luminosité, l'incandescence et le
désespoir de leur incarnation, nous entendons un charmant
soprano, délicat, fragile, presque une poupée, qui
chante très bien, mais avec une certaine froideur, ces pages
sublimes et redoutables, littéralement crucifiantes parfois,
et s'acquitte très proprement d'un rôle aux antipodes de
la "propreté". Même le déchirant "Ah mio cor
Schernito sei", dont elle se tire pourtant fort honorablement, ne
parvient pas à nous émouvoir. Il est clair que
Schäfer eût été infiniment plus à sa
place dans le rôle de Morgana ; c'est d'autant plus regrettable
que le reste de la distribution est, dans l'ensemble, de haute
volée.
On était en droit
d'attendre beaucoup du premier Ruggiero d'Anne-Sofie von Otter : elle
fut, au-delà de nos espérances, tant dans
l'élégie que dans la bravoure, la meilleure depuis
Berganza, qu'elle parvint même parfois à
dépasser. Il semble que ce rôle lui colle à la
peau, qu'elle s'y meuve avec aisance et délices, surtout aussi
parce qu'il lui permet, grâce à la diversité de
ses arie, de mettre en valeur son incomparable art du chant, des
nuances et des couleurs. Ayant désormais pris l'habitude,
depuis "Scherza infida", de faire son miel des "airs de temps
suspendu", elle mit la salle à genoux avec un "Verdi parti"
extatique, quasiment céleste, pendant lequel on sentit le
public retenir son souffle. Scéniquement, sa grâce, sa
beauté juvénile et androgyne, son
élégance, en font un Ruggiero plus proche de
Chérubin et d'Octavian que d'un homme fait : adolescent,
presque enfantin, qui voit sans doute en Alcina une sorte de
mère cruelle, mais nécessaire, un personnage ambigu,
quasiment féminin, comme étourdi,
anesthésié, presque impuissant, perpétuellement
tiraillé entre le désir qui le pousse vers Alcina et le
devoir qui l'oblige à retourner vers son épouse
légitime. On ne peut qu'espérer l'entendre à
nouveau très bientôt dans ce rôle qui semble
écrit sur mesure pour elle.
Patricia Bardon en Bradamante
est l'autre grande triomphatrice de la soirée. Un
tempérament de feu, un abattage à toute épreuve,
une présence scénique passionnante, une vocalità
époustouflante, en font la terrible rivale d'Alcina, dont
l'audace et la rouerie ne peuvent que vaincre, surtout face à
une magicienne aussi pâle. Le timbre est sombre, corsé -
elle chante par ailleurs Carmen et Azucena du Trovatore - et
possède quelque chose d'émouvant, de quasiment
envoûtant. Son interprétation permit de déplacer
l'attention sur le couple Ruggiero-Bradamante en l'éclairant
d'un jour nouveau. La magie n'étant plus de mise, c'est la
foi, la passion et l'obstination de l'épouse Bradamante,
gardienne de la morale, qui parviennent à arracher Ruggiero
aux bras de la magicienne vaincue, défaite et presque
pitoyable. D'ailleurs, à cet égard, l'image finale de
l'opéra, celle du couple légitime reconstitué,
avec une Bradamante à la fois dominatrice et modeste, debout
derrière un Ruggiero assis, apaisé, mais
mélancolique, d'une mélancolie un peu ambiguë, en
dit long sur la paix retrouvée du foyer conjugal, tranquille
peut-être, mais sans doute ennuyeux. Il y a là un
arrière-goût d'amertume et de perte qui n'est pas sans
faire penser au faux happy end de Così fan Tutte. Et là
encore, la belle direction d'acteurs de Pierre Audi,
concentrée sur les jeux de regards, fait merveille.
Le reste de la distribution
est de belle tenue : Ingela Bohlin, malgré une voix assez
légère et un peu "verte", est très stylée
et campe une Morgana fascinante et perverse, Gaële le Roi est
très crédible et touchante en Oberto, en dépit,
chez elle aussi, d'une certaine légèreté vocale
; bons comédiens, Thomas Lander (Melisso) et Rickard
Söderberg (Oronte), sont parfaits de timbre comme de style.
Il semble que depuis la
Cité de la Musique, le travail accompli par Christophe
Rousset, cette fois à la tête des excellents choeurs et
orchestre du Théâtre de Drottningholm, ait encore
mûri et que sa lecture ait gagné en profondeur et en
sensualité. On retrouve les mêmes qualités et
défauts que ceux observés précédemment :
des tempi trop rapides parfois, une tendance à trop charger
l'ornementation des da capo, au risque de nuire à la
pureté de la ligne de chant, mais de belles couleurs à
l'orchestre, surtout parmi les cordes, d'une sonorité
quasiment voluptueuse. Les deux flûtes qui accompagnent l'air
de Ruggiero, "Mio bel tesoro", et le violoncelle solo qui
répond au déchirant "Credete al mio dolore" de Morgana,
sont à compter parmi les grands moments de la soirée.
Par contre, les vents du grand air de Ruggiero au troisième
acte, "Sta nell'ircana pietosa tana", sonnent assez faux, surtout le
soir de la première, mais s'améliorèrent
nettement lors des deux représentations suivantes. " (Forum
Opéra )
- Moscou - Bolchoï
- 28, 30 mai 2003
- Londres - English National
Opera - 16, 19, 24, 26 avril 2003, 1er, 3,
07, 9, 15, 17, 22 mai 2003 - dir. Richard Hickox / Anthony Legge -
mise en scène David McVicar - décors Michael Vane -
costumes Sue Blane - avec Lisa Milne (Alcina), Sarah
Connolly/Deanne Meek (Ruggiero), Laura Claycomb (Morgana),
Charlotte Hellekant (Bradamante), Fredrik Strid (Oronte), Mark
Richardson (Melisso), Gail Pearson (Oberto)
"Quel plaisir de
retrouverla reprise de l'Alcina de David McVicar, datant de 1999,
l'une des plus belles productions jamais réalisées par
l'ENO. Grâce aux décors de Michael Vale évoquant
le Teatro Climpico de Vicence, et aux costumes de Sue Blanc, tout
n'est que charme et beauté : McVicar nous prouve que les opere
serie de Haendel ne sont pas juste une suite d'arie, mais qu'ils
réunissent des situations dramatiques passionnées et de
brillants interludes. Le plateau rassemble d'excellents
chanteurs-acteurs. Lisa Milne, qui incarnait
précédemment l'inconstante Morgana, endosse ici le
rôle-titre et, dès les premières mesures, exhibe
ses meilleurs atouts, dans l'une des partitions les plus complexes de
Haendel. En provenance du New Yorl City Cpera, la jeune et
prometteuse mezzo Deanne Meek, Ruggiero, est aussi jolie que son
chant est agréable. Charlotte Hellekant, à la voix de
velours, incarne Bradamante et l'amusante Laura Claycomb,
Morgana."
- Montpellier - Opéra
Comédie - 6, 8, 10,
13 avril 2003 - Les Talens Lyriques - dir. Christophe Rousset -
mise en scène et décors Marco Arturo Marelli - dir.
des choeurs Christophe Talmont - avec Elzbieta Szmytka (Alcina),
Patricia Bardon (Ruggiero), Ewa Wolak (Bradamante), Elizabeth
Calleo (Morgana), Topi Lehtipuu (Oronte), Brindley Sherratt
(Melisso), Linda Kitchen (Oberto)
- Opéra International - juin 2003
"Marco Arturo Marelli joue le
jeu de l'île enchantée et nous propose une
scénographie d'abord dominée par les bleus, où
les panneaux peints évoquent un luxuriant palais aux
nombreuses fenêtres et doté d'un jardin merveilleux.
Dans ce cadre aquatique, les costumes chatoyants des insulaires -
évoquant un exotisme hybride mélangeant
références asia-iques et océaniques - et les
tenues militaires contemporaines des étrangers remplissent
idéalement leurs fonctions. Un panneau disparaît
rapidement pour découvrir le "relief" de cette île
extraordinaire : une main géante et une poitrine non moins
imposante, chaque sein devant mesurer environ deux mètres de
diamètre. Au milieu de ces deux mamelons fermes pointant vers
le ciel, un long palmier se dresse fièrement. Tout ceci n'est
ni particulièrement fin, ni très original, mais tout de
même d'une certaine efficacité : oui, nous sommes bien
sur une île dédiée au plaisir. Nous pouvons
cependant nous interroger sur le sens de ce symbole phallique,
attaqué à la hache par les hommes de Melisso avant
l'entracte, alors que le rôle de ce mentor consiste
essentiellement à soustraire Ruggiero à un pouvoir
féminin - Alcina - et efféminé - l'Amour -, pour
le ramener dans le droit chemin de la virilité. De même
devant les ridicules sautillements des personnages qui courent en
tout sens autour de Ruggiero pendant son air "Stà
nell'Ircana", où l'évocation de la tigresse dans sa
tanière a pu faire sourire certains commentateurs, mais n'est
pourtant que le retour logique et inévitable du fier chevalier
à son statut de héros et de chanteur virtuose. Pour
faire décoller un tel spectacle, il faudrait une distribution
de premier plan, et celle-ci n'est qu'honorable. Elle est avant tout
dominée par l'aisance du Ruggiero de Patricia Bardon, à
la voix égale et au chant stylé. Seul le
célèbre "Verdi prati", larghetto que Christophe Rousset
semble vouloir étirer jusqu'au lento, lui pose quelques
problèmes. Malgré quelques notes
légèrement voilées et engorgées, Ewa
Wolak est une Bradamante satisfaisante, et l'on n'a pas grand
reproche à faire aux rôles secondaires. Par contre, en
dépit de leur indéniable engagement, la
déception vient des deux soeurs magiciennes. La
suractivité de la mâchoire d'Elizaheth Calleo ne peut
qu'avoir les conséquences fâcheuses entendues :
registres inégaux, ligne malmenée et texte peu
intelligible. Quant à Elzbieta Szmytka, sa faible
présence, le manque de netteté de certaines consonnes
et des voyelles trop appuyées semblent simplement signifier
qu'Alcina ne correspond pas à sa vocalité. Les "Talens
Lyriques" sont précis, sensibles et efficaces, mais Christophe
Rousset semble rester élégamment en dehors du drame,
dont seules les magnifiques lumières de Robert Cremer essaient
de nous montrer la profondeur."
"Quatrième opéra
de Haendel monté par Les Talens Lyriques dans le cadre de leur
résidence à Montpellier, cette Alcina prouve que le
baroque sait fidéliser un public ravi. Public qui, tout de
même, rappelle à l'ordre un metteur en scène
(Marco Arturo Marelli) tenté par la facilité : lorsque,
à l'instar des infirmières envoyées en Irak,
Bradamante transfuse un blessé sanguinolent, les protestations
fusent. Ne pouvait-on faire moins laid, moins populiste avec des
moyens tout aussi modestes ? L'idée scénographique -
cette île faussement paradisiaque, inspirée des photos
du Club Med, peuplée de babas cool fumeurs de shit -, a priori
intéressante, se voit polluée par une direction
d'acteurs qui confond gesticulation et efficacité dramatique.
N'est pas Peter Sellars qui veut ; il serait temps que les
scénographes d'opéra admettent que chanter est, en soi,
un acte, signifiant, efficace, qui n'a pas besoin d'être
animé par des comportements plus triviaux les uns que les
autres (plier un vêtement, dérouler une corde, partir et
revenir, se rouler à plat ventre). D'ailleurs, les grands
moments de la soirée, sont aussi ceux durant lesquels les
chanteurs se calment : "Mi lusinga" de Ruggiero ou "Ombre pallide"
d'Alcina reposent les yeux comme ils enchantent l'oreille. Patricia
Bardon et Elzbieta Szmytka y sont à leur meilleur, la
première grave et marmoréenne, la seconde souple et
sensuelle. Le reste de l'interprétation musicale ne
réserve pas les mêmes plaisirs, à commencer par
la direction miniaturisée de Rousset. Tout est "petit"dans
cette conception : le geste, le souffle, la dynamique, le sentiment
esquissent une interminable cantate de chambre en trois actes.
Où, pourtant, les coupures sont aussi nombreuses que peu
équilibrées : presque rien d'Oberto, guère
d'Oronte, mais conservation du ballet (une parade de soldats en
treillis particulièrement grotesque) et des " choix
interprétatifs qui font s'enchaîner "Ah, mia cor" et
"Verdi prati", tous deux dirigés larghississimo (battu, le "
Largo de Xerxès !). On a su donner aux Montpelliérains
le goût de Haendel, évitons maintenant de le leur
gâcher avec de si pauvres "intentions" !
"Christophe Rousset
présentait ici une Alcina d'une grande clarté,
peut-être moins effervescente que ce qu'il a pu proposer dans
d'autres ouvrages de Händel par le passé. Sa lecture se
montra à la hauteur de sa précision coutumière,
bien que moins tendue. On l'aura remarqué très
attentive au travail des chanteurs, particulièrement soucieuse
de soigner les équilibres entre plateau et fosse. Signalons un
solo de hautbois joliment réussi par Patrick Beaugiraud, ainsi
que la figure de flûte à bec sur les toutes
dernières mesures de l'opéra, par Jacques-Antoine
Bresch. Nous retrouvions donc des Talens Lyriques plus en forme
qu'avec La Capricciosa Corretta ; un réel bonheur.
Quant à ce qui se passe
sur scène…Couleurs criardes, géographie insulaire en
femme nue, plateau tournant en miroir ; bref : un décor
clinquant, lourdaud, vulgaire. Et souvent mal utilisé : par
exemple, l'aria " ombre palide… " montrant une Alcina
désemparée tournant lentement avec son lit forme une
image assez jolie, mais les gênants bruits du mécanisme
actionnant le plateau mobile viennent complètement annuler
l'effet désolé procuré par des phrases
d'orchestre fragmentées, d'une tristesse infinie. Ce passage
se transforme malheureu-sement en concert de grincements, et
l'émotion autant que le plaisir qu'il eut su nous offrir s'en
trouvent altérés. Voilà pour l'espace, qui,
avouons-le, ne sert à rien. Et l'action ? C'est bien là
le problème : Marco Arturo Marelli s'est guère
inquiété des questions de jeu, des relations à
construire entre les personnages, de tout ce qui rend possible le
représentation. On demeure surpris : nous avons pu
apprécier quelques autres de ses travaux qui ne souffraient
pas du tout c'une telle carence. Cet automne, par exemple, son
Eugène Onéguine à Strasbourg offrait de toutes
autres possibilités, ainsi que l' Ariadne auf Naxos qu'il
monta pour le Semperoper de Dresde. Ici, pas de direction d'acteurs,
et des choix qui ne brillent pas de subtilité ou de finesse de
vue. Certes, Alcina amène une guerre, un siège, une
lutte, comme souvent dans le répertoire haendelien, et nous
retrouvons les thèmes chers au compositeur : le pouvoir de
l'amour, l'amour du pouvoir, l'amour du pouvoir qui aide à se
faire aimer, le pouvoir de l'amour qui se refuse à celui qui
détient le pouvoir, les limites d'un pouvoir de
posséder sans amour, et ainsi de suite. De là à
forcer la dose, réduire l'imagination du public, et lui
imposer une interprétation facile, lourde et myope, il y avit
un fossé que Marelli enjamba sans crainte de sombrer dans le
mauvais goût ; de fait, il s'y précipite de bon cœur,
cédant aussi à une certaine mode dont on a pu constater
les essais l'été dernier ici même avec un Rinaldo
à faire fuir les estomacs les mieux accrochés, et
à bien d'autres reprises. Nous espérons retrouver
bientôt ce metteur en scène dans un travail plus
scrupuleux, plus réfléchi, moins capricieux ni
complaisant.
Montpellier offrait un plateau
vocal honorable. On aurait peut-être attendu plus de l' Alcina
de Elzbieta Szmytka qui reste très contenue. Nous retrouvions,
avec un plaisir toujours croissant, Elizabeth Calleo en Morgana d'une
grande douceur aimante ; cette artiste aura montré une belle
capacité à incarner des rôles très
différents, puisque nous avons pu l'apprécier dans
Cadmus et Hermione (Lully) ou encore Idoménée (Campra)
qui partageaient peu de points communs, tant sur le plan
psychologique qu'en ce qui concerne le style vocal, avec Morgana.
Attention toutefois à quelques attaques pianissimo un peu
basses. L'Oronte de Topi Lehtipuu s'est montré vaillant,
frappant toujours droit au but, avec des phrases plutôt bien
menées. Enfin, remercions Ewa Wolak pour sa Bradamante
avantageusement sonore, très présente vocalement, au
timbre parfois violent qui soulignait justement la difficulté
de la lutte qu'entreprend le personnage pour retrouver son
amour."
- Paris - Cité de la
Musique - 27 février 2003 - version de concert -
Les Talens Lyriques - dir. Christophe Rousset - avec Karina Gauvin
(Alcina), Kristina Hammarström (Ruggiero), Elisabeth Calleo
(Morgana), Ewa Wolak (Bradamante), Brindley Sherratt (Melisso),
Timothy Robinson (Oronte)
"Le plaisir fut assez
mitigé : à son arrivée, le spectateur pouvait
découvrir par voie d'affichage l'annulation de la prestation
très attendue de Sandrine Piau en Morgana, sans motif
officiel. La même affichette stipulait que "Pour des raisons
dramatiques, Christophe Rousset a choisi de modifier le livret et
d'en supprimer le rôle d'Oberto". C'est donc une Alcina
tronquée qui nous a été présentée.
Quelle version alors ? Supprimer Oberto c'est occulter toute une
facette du personnage-titre, principalement sa cruauté
(rappelons qu'Oberto est en quête de son père,
changé en fauve par Alcina, et que celle-ci lui tend le glaive
pour tuer l'animal au troisième acte). Musicalement, c'est
aussi priver l'auditeur de trois airs pour soprano dont le
très beau " Barbara ", un air de bravoure au troisième
acte qui offre un excellent point d'équilibre entre le
désespoir d'Alcina "Mi restano le lacrime", et la fin de
l'ouvrage. Ce ne sont malheureusement pas les seules coupures
opérées par le chef : le premier air de Ruggiero "Di te
mi rido" passe sans raisons à la trappe ainsi que plusieurs da
capo, dont le plus flagrant fut celui du trio final, assez
vilainement tronqué. A contrario, pourquoi présenter
l'intégralité du ballet du premier acte, qui est
dramatiquement plus facile à détacher du reste d'un
opera seria qu'un personnage ou que certains airs ? On s'attendait
presque à entendre la totalité des danses
clôturant les actes ! Les choix musicaux demeurent donc
très discutables, surtout après que l'Opéra
national de Paris, pourtant réputé pour ses
découpages, a proposé une Alcina au Palais Garnier dont
il ne manquait que les ballets.
En contrepartie, Christophe
Rousset a offert au public une excellente prestation à l'aide
des vingt musiciens des Talens Lyriques : malgré certains
tempi contestables, l'ensemble demeure d'une qualité
stylistique exemplaire et le maestro a progressivement et savamment
distillé le tumulte des passions pour atteindre des sommets
d'intensité dramatique. À ses côtés, les
solistes se sont chargés ensemble des parties chorales et ont
interprété leurs rôles respectifs avec plus au
moins de bonheur. Timothy Robinson a mûri avec sagesse son
Oronte, déjà entendu au Palais Garnier et figurant sur
l'enregistrement qui en a fait suite. Ses trois airs ont allié
le comique et les souffrances du personnage (il fut d'ailleurs le
seul de la soirée à enrichir le chant de gestes et de
mimiques) avec une remarquable maîtrise musicale. Brindley
Sheratt a déployé les mêmes qualités en
Melisso, soulignant toute la gravité et le cynisme requis par
le tuteur. Kristina Hammarström n'a été qu'un
Ruggiero sans saveur : malgré des qualités stylistiques
et vocales indéniables, elle n'a pas su faire vivre le
chevalier amoureux, désenchanté et qui doit assumer la
dure réalité de ses actes. Aucune émotion ne
s'est dégagée du "Verdi Prati", reflet de l'intense
"Caro sposa" de Rinaldo, ouvrage également inspiré de
L'Orlando furioso. Il a fallu attendre " Sta nell'Incarna ", le
dernier air de Ruggiero, pour obtenir un minimum de vigueur et de
tonicité ! Elle était peut-être stimulée
par l'éclat de la partition et la vaillance des cors qui
l'accompagnaient...
Ce fut presque le contraire
pour sa compagne Bradamante, la polonaise Ewa Wolak : une incarnation
brûlante, mais des attaques constamment prises en dessous, des
sons poitrinés, détestables, et un manque de
stabilité. Il faut en revanche la féliciter pour des
vocalises impressionnantes de rigueur, parfaitement synchrones avec
la battue quasi-diabolique du chef. Avec un aussi beau timbre de
contralto et des possibilités bien réelles, il faut
espérer qu'avec la maturité, elle saura atteindre le
niveau de sa compatriote Ewa Podles auprès de qui elle
pourrait, en plus de partager le prénom, prendre exemple,
possédant la même tessiture et le même
répertoire. Elisabeth Calleo possède les moyens et
l'ambitus requis pour Morgana, mais elle a été
incapable de se défaire d'une crispation continuelle, tout au
long de la représentation, et terriblement flagrante vue de
près et de profil. Comment amplifier ses sons en gardant la
tête baissée ? Elle a créé ainsi des
fausses et laides résonances nasales et mentonnières.
Karina Gauvin fut la
révélation et le triomphe de la soirée
grâce à une interprétation du rôle-titre
bouleversante et même exceptionnelle. Dans aucun de ses airs,
elle n'a manqué de souffle, d'aigus, de tenue, de ligne, de
justesse, de vocalises bien maîtrisées, et tout cela
avec un joli timbre et un bel engagement dramatique. L'investissement
qu'elle a montré dans le si connu et difficile "Ah mio cor"
tout comme ses choix stylistiques dans "Ombre pallide"
révèlent une maîtrise technique, un goût et
une musicalité superbes. (Forum Opéra)
- Bilbao - Palacio de Congresos y de la Musica -
15, 18, 21, 24 février 2003 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - mise en scène David McVicar -
décors Michael Vale - chorégraphie Michael
Keegan-Dolan - costumes Sue Blane - avec Anna Chierichetti
(Alcina), Jennifer Larmore, Sara Fulgoni, Maria José
Moreno, Luis Damaso, Tatiana Davidova, Alfonso Etcheverria
- Duisbourg - Deutsche Oper
am Rhein - 9, 11 janvier, 16, 22 et 28 février,
23 juillet 2003
- Opéra de Hambourg
- 8, 11, 17 et 19 janvier 2003 - dir. Hofstetter - mise
en scène Christof Loy - avec Anna Chierichetti (Alcina),
Gabriele Rossmanith (Morgana), Maité Beaumont (Ruggiero),
Antigone Papoulkas (Bradamante), Kurzak, Christof Genz (Oronte),
Jörn Schümann (Melisso)
- Opéra de San
Francisco - 19, 22, 26, 29 novembre, 1er, 4,
7 décembre 2002 - Production de l'Opéra de Stuttgart
- dir. Roy Goodman - mise en scène Jossi Wieler -
décors, costumes Anna Viebrock - lumières David Finn
- avec Catherine Naglestad (Alcina), Alice Coote (Ruggiero),
Catriona Smith (Morgana), Helene Schneiderman (Bradamante), Sarah
Castle (Oberto), Toby Spence (Oronte), David Pittsinger
(Melisso)
- Düsseldorf
- 5, 12, 18, 27 octobre 2002, 24 mars, 3, 6 avril 2003
- dir. Günter Albers - mise en scène, décors et
costumes Herbert Wernicke - avec Alexandra von der Weth (Alcina),
Marta Marquez (Ruggiero), Caren van Oyen (Bradamante), Lisa
Griffith (Morgana), Markus Müller (Oronte), Markus Butter
(Melisso)
- Opéra de San
Francisco - 19, 22, 26, 29 novembre, 1er, 4,
7 décembre 2002 - dir. Roy Goodman - mise en scène
Jossi Wieler - décors Anna Viebrock - lumières David
Finn - dramaturgie Sergio Morabito - avec Catherine Naglestad
(Alcina), Alice Coote (Ruggiero), Catriona Smith (Morgana), Helene
Schneiderman (Bradamante), Toby Spence (Oronte), David Pittsinger
(Melisso), Sarah Castle (Oberto)
- Wigmore Hall -
5 juillet 2002 - Early Opera Company - dir. Christian Curnyn -
avec Diana Moore (Bradamante), Geraldine McGreevy (Alcina), Mhairi
Lawson (Morgana), Andrew Foster -Williams (Melisso)
- Göttingen
- Philharmonia Baroque
Orchestra - 16, 18, 20, 21 mai 2002 - New York Baroque Dance
Company - dir. Nicholas McGegan - mise en scène Catherine
Turocy - décors Scott Blake - costumes Bonnie Kruger -
lumières Pierre Dupouey - avec Yvonne Kenny (Alcina),
Cyndia Sieden (Morgana), Wilke Te Brummelstroete (Ruggiero), Ewa
Wolak (Bradamante), Iain Paton (Oronte), Andrew Foster-Williams
(Melisso)


"Les héros de l'Arioste
sont présentés dans une vision du Moyen Age
passée au kaléidoscope du XVIIIe
siècle. Etoffes, broderies, armures et plumes sont des plus
chatoyantes. Les décors font appel à des toiles
peintes et sont changées à vue...Il faut
déplorer une direction d'acteurs déficiente...Les
sonorités métalliques de la voix d'Yvonne Kenny,
chanteuse et actrice de talent, n'évoquent que trop bien la
magicienne...belles prestations d'Ewa Wolak et de Wilke te
Brummelstroete." (Opéra International - octobre
2002)
- Opéra de Hambourg
- 24, 27 février, 2, 6, 13, 16, 22, 26 mars, 29,
31 mai 2002 - dir. Ivor Bolton - mise en scène Christof Loy
- décors et costumes Hernert Murauser - chorégraphie
Paula Lansley - avec Véronique Gens (Alcina), Gabriele
Rossmanith (Morgana), Maité Beaumont (Ruggiero), Antigone
Papoulkas (Bradamante), Sabine Rittersbuch (Oberto), Christoph
Genz (Oronte), Jörn Schümann (Melisso)
"Ivor Bolton a
insufflé, voire inculqué, à un orchestre peu
expérimenté dans ce domaine, la technique, le style
et surtout l'esprit de l'exécution baroque...Le plaisir
musical demeure pratiquement sans nuages grâce à la
direction d'Ivor Bolton, d'une impeccable finesse
d'articulation...Véronique Gens domine la distribution par
le potentiel émotionnel d'un chant toujours en situation,
au phrasé ample et éloquent...L'excellent Ruggiero
de Maité Beaumont apporte la révélation d'une
jeune artiste à la formation accomplie, exécutant
avec une totale maîtrise du souffle les vocalises les plus
éprouvantes...Gabriele Rossmanith met au service de Morgana
une technique sans faille...Antigone Papoulkas, dont la figure
adolescente a conquis le public, mais à la voix mate et peu
volumineuse." (Opéra International - avril
2002)
- Stuttgart - Staatstheater
- 8, 10, 14 février, 17 mars, 8, 11 avril, 2 mai
2002 - dir. Wentzel - mise en scène Morabito - avec
Catherine Naglestad (Alcina), Alice Coote (Ruggiero), Catriona
Smith (Morgana), Helene Schneiderman (Bradamante), Rolf Romei
(Oronte), Michael Ebbecke (Melisso), Claudia Mahnke (Oberto),
Heinz Greger (Astolfo)
- Düsseldorf - Deutsche
Oper - 21, 23, 26, 28, 30 décembre 2000, 3, 7,
11, 14, 17, 30 janvier 2001
- Festival de Montreux
- 26 août 2000 -
Théâtre de Poissy - 22 septembre 2000 -
version de concert - The Academy of Ancient Music - Choeur des
Musiciens du Louvre - dir. Paul Goodwin - avec Joan Rodgers
(Alcina), Lisa Larsson (Morgana), Monica Groop (Ruggiero),
Patricia Bardon (Bradamante), Gail Pearson (Oberto), Rufus
Müller (Oronte), Lorenzo Regazzo (Melisso)
- Stuttgart - Staatstheater
- 1er, 4, 23 juin, 18 juillet 2000 -
Edimbourg - International Festival
- 14, 16, 17 août 2000 - dir. Alan Hacker - mise en
scène Jossi Wieler - décors, costumes Anna Viebrock
- avec Catherine Naglestad (Alcina), Alice Coote (Ruggiero),
Catriona Smith (Morgana), Helene Schneiderman (Bradamante), Rolf
Romei (Oronte), Michael Ebbecke (Melisso), Claudia Mahnke
(Oberto), Heinz Greger (Astolfo)
- Halle - Goethe-Theater Bad
Lauchstädt - Händel Festspiele - juin 2000 -
coproduction avec Hans-Otto-Theater Potsdam - dir. Andreas Spering
- mise en scène Paul Stern - avec Katharina Warken
(Alcina), Johnny Maldonado (Ruggiero), Annette Reinhold
(Bradamante), Angela Gilbert (Morgana), Johanna Stojkovic
(Oberto), Kobie van Rensburg (Oronte), Ingolf Seidel (Melisso)
- Bloomington Early Music
Festival - 27 mai 2000
- Londres - Coliseum
- 29 novembre, 1, 4, 6, 9, 11 décembre 1999, 17,
19, 22, 25, 27 janvier 2000
- dir. Charles Mackerras/Noel
Davies - mise en scène David McVicar - décors
Michael Vale - costumes Sue Blane - avec Joan Rodgers/Janis Kelly
(Alcina), Lisa Milne (Morgana), Sarah Connolly (Ruggiero),
Christine Rice (Bradamante), Gail Pearson (Oberto), Toby Spence
(Oronte), Paul Napier-Burrows.

- Altamusica - 2 décembre 1999
"Une Alcina de belle tradition
- La nouvelle production d'Alcina de David Mc Vicar pour l'ENO se
situe dans cette tradition : un beau décor (dessiné par
Michael Vale) qui combine architecture palladienne toute classique et
fantaisie (des piles de livres scolaires et tout un appareillage
scientifique), invoquant la magie de l’île d’Alcina avec une
variété de procédés imaginatifs et
amusants. Sa thèse se révèle être la
suivante : le royaume magique d’Alcina est le bastion de l’art et de
la culture, menacé par des forces maraudeuses en uniforme. On
voit à un certain instant, Alcina elle-même jouer du
clavecin, et peut-être même compose-t-elle pour cet
instrument qui est plus tard renversé, lorsque les pouvoirs de
cette anti-héroïne sont anéantis. Une
interprétation allégorique de ce type est induite par
la nature fantastique même de l’intrigue, et l’on
éprouve sans peine de la sympathie pour Alcina, suite à
son étonnante série d’airs qui parcourt
l’intégralité du spectre émotionnel. Joan
Rodgers traverse ce large éventail avec des ressources vocales
impressionnantes, et une éloquence bouleversante. Sa plus
récente proie, le chevalier Ruggiero, est Sarah Connolly, tout
aussi remarquable ; ses deux airs du début du second acte
marquent l’envol d’une soirée qui, sous la direction de
Charles Mackerras, a connu un début laborieux. Lisa Milne,
soprano adulée par à peu près tout le monde, est
étincelante en Morgana, pendant que Toby Spence, Christine
Rice et Mark Richardson, sont excellents dans les rôles
secondaires. Le jeu de l’orchestre de l’ENO manque du raffinement et
des nuances qu’une formation sur instruments d’époque, aurait
pu apporter, et trop souvent, Charles Mackerras opte pour un
accompagnement fade et indifférencié. Mais cette
lecture de la partition apporte toujours un fidèle soutien, et
se révèle parfois mieux que cela."
(Altamusica)
- Opéra International - février
2000
"A l'ENO, où
l'opéra était donné dans une traduction anglaise
d'Amanda Holden, Chartes Mackerras a opté pour une execution
quasiment intégrale (près de quatre heures !), avec les
sonorités riches et vibrantes des instruments modernes -
moyennant l'adjonction de flûtes à bec -, se
dé-ployant dans le cadre immense du Coliseum. Sa direction se
caractérise à la fois par sa vitalité et sa
tendresse, en particulier dans la conduite des adagios. Mais Sir
Charles n'a pas été l'unique vedette de la
soirée, la distribution s'avérant l'une des plus belles
réunies à l'ENO depuis longtemps. Débutant dans
le rôle-titre, Joan Rodgers est une Alcina au timbre riche et
brillant. Sarah Connolly, en Ruggiero, s'impose par la chaleur de ses
accents et la générosité de son phrasé,
Christine Rice (Bradamante), la lumineuse Lisa Milne (Morgana) et
Gail Pearson (Oberto) affrontant l'écriture virtuose de
Haendel avec aplomb. Remplaçant au pied levé Mark
Richardson, Paul Napier-Burrows chante Melisso avec beaucoup
d'esprit, Toby Spence paraissant en revanche un peu mince de voix
pour Oronte.
La production de David McVicar
avec le concours des somptueux costumes de Sue Blane, est un
scénario compliqué, où les gens s'agitent
beaucoup, où les gags fusent, sans que, par chance, cette
débauche d'activité ne fasse obstacle au voir
d'évocation des arie. La partition comprend de nombreux
passages dansés, cconçus pour la ballerine
française Marie Sallé. Ici Alcina est constamment
entourée de dix danseurs, moitié garçons,
moitié filles, certains en costumes modernes, d'autres en
habits XVIIIe, sans oublier un punk et un homme en armure Ils
incarnent à la fois l'armée de la magicienne et le
cortège de ses anciens amants... Cette production
déborde d'idées, pas toutes abouties sans doute, mais
qui ont le mérite de créer une intéressante
succession d'atmosphères. Les spectateurs de I'ENO, en tout
cas, ne sont habitués à pareil luxe."
- Duisbourg - 25,
27 novembre, 3, 12, 15, 27 décembre 1999 - Duisburger
Sinfoniker - dir. Jonathan Darlington - mise en scène,
décors et costumes Herbert Wernicke - avec Alexandra von
der Weth (Alcina), Annette Seiltgen (Ruggiero), Laura Nykanen
(Bradamante), Marlis Petersen (Morgana), Markus Müller
(Oronte), Tuomas Melisso (Pursio)
- Opéra de Chicago
- 30 octobre, 3, 6, 8, 13, 17, 19, 23, 26, 29 novembre
1999 - dir. John Nelson - mise en scène Robert Carsen -
décors, costumes Tobias Hoheisel - avec Renée
Fleming (Alcina), Kathleen Kuhlmann (Bradamante), Natalie Dessay
(Morgana), Jennifer Larmore (Ruggiero) Stephen Morscheck
(Melisso), Robin Blitch (Oberto), Rockwell Blake (Oronte)
- Festival International de
Musique Baroque de Beaune - Cour des Hospices - 3
juillet 1999 - version de concert - dir. William Christie - avec
Sarah Connolly, Stéphanie d'Oustrac, Timothy Robinson,
Laurent Naouri
- Palais Garnier
- 7, 10, 13, 16, 22, 25 juin, 1er juillet
1999 - Orchestre et choeur des Arts Florissants - dir. William
Christie - mise en scène Robert Carsen - décors et
costumes Tobias Hoheisel, lumières Jean Kalman - avec
Renée Fleming (Alcina), Natalie Dessay (Morgana), Kathleen
Kuhlmann (Bradamante), Susan Graham (Ruggiero), Juanita Lascarro
(Oberto), Timothy Robinson (Oronte), Laurent Naouri (Melisso)
- Opéra International -
juillet/août 1999
"Alcina n'avait jamais
été représentée à l'Opéra
National. Les Parisiens gardaient seulement le souvenir d'un
médiocre spectacle venu de Lisbonne, en 1969 au
Théâtre des Nations - d'où émergeaient
Teresa Stich Randall dans le rôle-titre et Mady Mesplé
en Morgana -, et de la production de 1990 au Châtelet,
conçue par Jean-Marie Villégier. Pour donner tout son
éclat à l'événement, la direction de
l'Opéra a fait appel au tandem Robert Carsen / William
Christie qui, chez Haendel, avait déjà fait ses preuves
à Aix, dans Orlando et Semele. D'emblée, Carsen refuse
la fête et la magie baroques, composantes pourtant essentielles
d'un univers que Haendel illustre admirablement dans sa
musique...Renée Fleming est habillée d'une belle robe
du soir verte et déambule dans des salons à
l'architecture austère, entre deux parois d'un blanc
aveuglant. Elle s'entretient avec Ruggiero et Bradamante à la
manière d'une Comtesse de Capriccio en proie au plus vif ennui
et, pour meubler un temps qui s'écoule trop lentement,
reçoit des hommes aux muscles complaisamment exhibés et
à la nudité plus ou moins cachée. La magicienne
imaginée par l'Arioste dans son Roland furieux se transforme
ainsi en une sorte de mante religieuse, endurant avec
résignation un destin écrit à l'avance. Morgana,
de son côté, est une bonne en mini-jupe et talons
aiguilles, à la fois pétulante et vulgaire, qui se
livre à une joute amoureuse avec Oronte, devenu un majordome
fort guindé. Melisso, enfin, en complet veston, ne trouve
jamais son identité, ni sa véritable
place.
A cette succession d'images
uniformes, à cette mise en scène plate, à cette
direction d'acteurs sans surprises qui souligne même, à
plus d'une reprise, toutes les conventions du genre, William
Christie, déjà au pupitre des représentations du
Châtelet en 1990, répond par une lecture musicale
rigoureuse et précise, mais terriblement sèche, presque
aride, aux tempi dépourvus de la chatoyance et de la folie
baroques. Dirigée comme une tragédie lyrique de Lully
ou comme le King Arthur de Purcell, Alcina perd toute dimension
théâtrale et devient un simple oratorio, souvent
répétitif. Renée Fleming réussira-t-elle
un jour à conférer une identité affirmée
à ses personnages? Elle a certes appris le rôle, mais en
surface, sans se donner le temps d'approfondir le texte (dont on ne
comprend pas un traître mot !), ni la spécificité
d'une musique aux exigences stylistiques très
particulières. Par exemple, comment la soprano
américaine peut-elle songer à interpréter
Haendel sans jamais exécuter un trille ? Rien n'est
réellement mauvais dans son chant, mais rien ne dépasse
non plus le niveau de l'acceptable, quand on est en droit d'attendre
autre chose d'une cantatrice de cette envergure, sur laquelle nous
avions fondé des espoirs...Chez Susan Graham, on admire
seulement la richesse du médium. Pour le reste font totalement
défaut l'agressivité dans les vocalises,
l'autorité dans les attaques et la virtuosité dans les
cadences de l'alto haendelien, dont Berganza, pourtant un contraltino
par nature, a offert une admirable illustration. Déjà
présente au Châtelet, il y a neuf ans, Kathleen Kuhlmann
accuse une certaine usure en Bradamante et son chant, aussi
aseptisé que la mise en scène et la direction musicale,
manque de projection et d'allure...Natalie Dessay a amusé le
public. Elle est drôle, vulgaire, aguicheuse, s'abandonnant
à tous les effets, même les plus faciles...Le timbre de
Timothy Robinson est fort désagréable et sa
façon d'émettre les sons, bien peu orthodoxe...L'Oberto
de Juanita Lascarro est modeste, mais sans problème majeur.
Enfin, jetons un voile sur la prestation de Laurent Naouri qui,
après Platée il y a quelques semaines, confirme son
malcanto absolu dans Melisso, avec des problèmes techniques
qui paraissent insurmontables. Et dire que cette Alcina avait
été confiée à des "spécialistes"
du baroque !"
- Opéra International - juin 1999 - "Les
Sortilèges d'Alcina"
- Concerto.net - 7 juin 1999
"Les magiciennes meurent
aussi. En clôturant son Alcina par un détournement aussi
spectaculaire qu’inattendu (la protagoniste poignardée par
Ruggiero), Robert Carsen résume d’un geste toutes les
contradictions conceptuelles et la cohérence formelle de sa
vision. Contradictions mineures dans l’esthétique (il faudra
un jour nous expliquer en quoi les costumes guindés et les
tables à roulettes de nos arrières grands-parents sont
moins inactuels que l’habit dix-huitième), plus gênantes
dans la dramaturgie. Cette Enchanteresse, qui s’étiole telle
une Maréchale entre sa soubrette et son Quinquin,
incarne-t-elle l’ivresse d’un amour suspendu dans l’éternel,
d’un érotisme destructeur, d’une fuite hors des canons
étriqués de la bourgeoisie – lorsque ses petits
souliers ne sont plus au fond très différents de ceux
que retrouve avec soulagement Bradamante ? Cohérence
néanmoins de la réalisation jusqu’à cette
conclusion parfaitement assumée, et amputée du lieto
fine le plus improbable imaginé par Haendel (outre les ballets
et l’ultime choeur, la partition ne souffre d’ailleurs que de
coupures anecdotiques). Car la production est d’une beauté
à couper le souffle, effaçant très rapidement
l’impression initiale de déjà-vu par des effets
théâtraux saisissants (les apparitions d’Alcina au
faîte de sa gloire), des éclairages et des jeux d’ombres
subtils, une direction d’acteurs admirable de vitalité et de
finesse. Intelligence et émotion se conjuguent dans ce climat
d’érotisme doux-amer où le metteur en scène
excelle ("Ama, sospira", "Un momento di contento") comme dans ce
portrait de femme qui privée d’amour voit s’évaporer
ses charmes – même si ces derniers ont toujours paru
très humains...Quel dommage alors que les propositions de
Christie n’égalent pas en originalité celles de son
partenaire ! S’appuyant sur ses merveilleux instrumentistes (Hiro
Kurosaki, formidablement délié partout et
éblouissant dans son solo, Emmanuelle Haïm, continuiste
à la fois rigoureuse et fantasque, agitant "Si, son quella"
d’inquiets frémissements), le chef leur renvoie son infinie
musicalité dans la conduite de la phrase, son sens de
l’étagement dynamique mettant tour à tour en valeur les
beautés de chaque pupitre – et quels reflets de lune chez les
vents ! Mais la pulsation rythmique paraît obéir au
caprice, le choix de certains tempos laisse songeur (que se
passe-t-il donc dans ce trio ?), les transitions, toujours
négociées au prix d’un savant virage sur l’aile,
n’offrent guère de contrastes dramatiques et semblent peu
soucieuses des nécessités expressives. Le contact n’est
pas non plus idéal entre fosse et plateau (peu de
décalages, mais des reprises de souffle qui paraissent parfois
réglées au petit bonheur). Du trio de dames, ceux qui
ne comptent pas au nombre de ses inconditionnels attendaient Fleming
avec curiosité et méfiance. Elle se montre remarquable,
tant par la beauté vocale – sans souci d’une tessiture assez
basse – que par la qualité du style, l’implication du geste et
des mots qu’on a connus plus flous. "Ombre pallide", à la
vocalise molle et approximative, trahit sans doute le manque de
familiarité avec ce répertoire et l’inadéquation
d’une technique prédisposée à
l’élégie lyrique. Mais les récitatifs
frissonnent de sève, "Si son quella" trouve une nostalgie
étreignante, et le bouleversant "Ah, mio cor" supporte la
comparaison avec celui d’Arleen Auger, ample et déchiré
jusque dans l’appui du grave, enflant et amenuisant le texte sur la
vague d’une dynamique souveraine, rétractant la main et les
traits du visage dans les replis d’une intime souffrance.
Idéale opposition avec la Morgana – Suzanne de Natalie Dessay,
carnassière espiègle sur ses pattes d’insecte, voix
d’opale aux inflexions manquant un peu de chair (la tessiture encore)
et à l’italien avare de consonnes, mais au phrasé
admirablement fin et précis, s’offrant avec une insolence
réjouissante des variations qui ne sont probablement pas
d’appellation contrôlée, mais affichent une
irréprochable tenue théâtrale et musicale. Que
manque-t-il à Susan Graham ? De la présence d’abord,
tant elle paraît constamment engoncée et anonyme, de
l’aisance ensuite. Ce timbre si beau et limpide s’applique à
conserver son égalité dans des registres qui lui sont
interdits et ne dispose guère dans le grave d’une marge de
manoeuvre pour l’expression et le drame. La phrase est souple en
dépit d’un souffle trop court, la vocalise bien plus facile
qu’à Fleming ("Sta nell’iracana" est son meilleur moment),
mais le sang n’y est pas, et "Verdi prati" passe presque
inaperçu. Kuhlmann, avec quelques lambeaux de voix, rend
à Bradamante la vigueur de ses attaques et de ses rythmes,
Naouri est comme toujours parfait dans le second degré du
vieux précepteur, la jeune Juanita Lascarro incarnant un
Oberto plutôt corsé et Timothy Robinson un Oronte
scéniquement brillant."
- Halle -
Händelfestspiel - Goethe-Theater - 5, 6 juin 1999
- dir. Spering - mise en scène Stern
- Opéra de Barcelone
- Teatre Nacional de Catalunyia -
10, 12, 14, 17, 19, 21 mars 1999 - Production du Deutsche
Oper am Rhein - Orchestre Symphonique du Grand
Théâtre del Liceu - dir. Rinaldo Alessandrini - mise
en scène Herbert Wernicke - avec Luba Orgonasova (Alcina),
Vesselina Karasova (Ruggiero), Ewa Podles (Bradamante), Maria
José Moreno (Morgana), Francisco Vas (Oronte), Felipe Bou
(Melisso)
"Installé pour
l'occasion dans le magnifique Teatre Nacional de Catalunya, construit
par Bofill à la périphérie de Barcelone, le
Liceu a repris une A!cina conçue par Herbert Wernicke à
l'Opéra de Bâle, dans une esthétique davantage
adaptée au théâtre parlé qu'aux exigences
d'un public d'opéra. Ainsi, les puristes ont eu toute latitude
de hurler - avec raison - devant les transformations imposées
à la partition par un metteur en scène qui s'est servi
de l'intrigue inspirée de l'Arioste comme d'un simple
prétexte. Bouleversant l'ordre des numéros, changeant
le finale, modifiant le texte des récitatifs (en en inventant
parfois de nouveaux !), raccourcissant la durée de l'ouvrage
et supprimant carrément le rôle d'Oberto, Wernicke a
systématiquement arraché Alcina au Settecento, pour en
faire une sorte d'aventure théâtrale sur fond musical.
Dans un décor unique - une espèce de rideau orné
de curieux hiéroglyphes, dont les larges plis évoquent
une mer agitée par la tempête - les spectateurs voient
arriver une barque, portant quelques aventuriers à la Indiana
Jones, partis à la recherche d'on ne sait quel trésor
perdu! L'un d'eux, en débarquant, quitte ses vêtements
et s'habille en Bradamante. Alcina apparaît vêtue d'une
superbe robe de soirée, digne d'une Reine de la Nuit des temps
modernes et, à la manière d'une meneuse de revue
d'avant-spectacle, se met à exécuter ses da capo avec
bravoure, mais en parfait décalage avec le rythme, le style et
l'allure de la musique. De fait, tout serait prodigieusement
intéressant, si nous assistions à la
représentation d'une pièce de Tchekhov et non d'un
opéra baroque ! Le rajeunissement imposé à l'art
lyrique par les nouveaux enfants terribles de la mise en scène
doit-il s'opérer dans un tel chaos, en perdant de vue les plus
élémentaires valeurs culturelles? Le public est-il
devenu un enfant qu'il faut distraire à n'importe quel prix,
avec n'importe quel jouet? Dans le cas d'AIcina, sans évoquer
le souvenir du Zeffirelli de l'âge d'or, avec Joan Sutherland
à Venise, Jorge Lavelli, dans sa mer-veilleuse production
aixoise réunissant Christiane Eda-Pierre et Teresa Berganza, a
démontré que relecture n'était pas
forcément synonyme d'incohérence.
Par chance, quelques chanteurs
de rang ont su remettre les pendules à l'heure et restituer sa
dignité à Haendel. En premier chef, Vesselina Kasarova,
dont la silhouette androgyne donne une rare crédibilité
au travesti de Ruggiero. Dans AIcina, la voix sonne chatoyante et
virtuose, et la musicienne se montre scrupuleuse et précise.
Avec certaines couleurs dans le timbre qui font parfois songer
à un soprano, la mezzo bulgare paraît très
à l'aise quand elle respecte son identité de
contraltino. En revanche, quand elle cherche à donner
davantage de caractère et de virilité à son
personnage, elle est obligée de se réfugier dans des
graves désagréablement engorgés. Imposant
contralto, Ewa Podles confère à Bradamante une
fière allure vocale, soutenue par une technique parfaitement
appropriée son "Vorrei vendicarmi" a tiré de sa torpeur
un public pourtant particulièrement avare d'applaudissements
jusque-là. Maria José Moreno, tout en se passant
constamment du rouge à lèvres, chante une Morgana
gracieuse et charmeuse, aux côtés de l'Oronte de
Francisco Vas, en difficulté dans l'aigu, et du sympathique
Melisso de Felipe Bou.
Très fêtée
au rideau final d'un spectacle d'1 h 45 (!), donné sans
en-racte, Luba Orgonasova est une Alcina solide mais trop
monolithique, souvent incapable de passer de la colère au
pathétisme, de la jubilation à la prostration,
sentiments que Haendel transcende dans des airs d'une
variété d'émotions inouïe. Dans la fosse,
l'orchestre du Liceu a offert une bien triste image de ses
possibilités, sous la baguette d'un Rinaldo Alessandrini qui
semblait réellement perdu." (Opéra International - mai
1999)
- Stuttgart - Staatstheater
- 19, 25, 28 novembre, 4, 12 décembre 1998, 7,
17 janvier 1999
- Opéra de
Nancy - 3, 5, 8, 10, 13 novembre
1998 - Orchestre de Nancy, solistes du Concert Spirituel - dir.
Hervé Niquet - mise en scène Carlos Barcena -
décors Jean-Jacques Le Corre - costumes Dominique
Burté - avec Yvonne Kenny (Alcina), Sophie Pondjiclis
(Ruggiero), Christine Brandes (Morgana), Annelise Théodoloz
(Bradamante), Simon Edwards (Oronte), Gregory Reinhart (Melisso),
Hélène Le Corre (Oberto)
"Ouvrage difficile s'il en
est, Alcina est un défi : à chaque scène, le
lieu change. Est donc bien loin l'influence de la tragédie
française, avec son unité de temps et de lieu, qui
structure certains des opere serie de Haendel. Pour relever ce
défi, le metteur en scène, Carlos Barcena, a
alterné les images de synthèse projetées en
avant-scène et le travail sur le plateau. Dans une
esthétique généra1e toute nourrie de
métaphores, les images de synthèse hésitent
entre l'expression imitative du sens textuel et la distanciation par
rapport à ce dernier, tandis que les décors sont
constitués d'éléments à forte puissance
symbolique. Pour ceux-ci, règne un omnipotent réseau de
significations symboliques plus gouverné par le lieu commun
(dans le palais de la reine, le fond de scène et le plafond
réfléchissants représentent les mirages, les
miroirs du pou-voir) ou de l'objet trouvé (des défenses
de pachyderme sont entre-croisées an guise de dossier de
siège) que par un goût artistique unifié. Le
moment le plus réussi est, sans conteste, le labyrinthe
végétal au deuxième acte. Mais, ce qui devrait
être une alternance serrée et virtuose entre les images
de synthèse et le plateau, se révèle lent et
lourd : à tel point que l'on finit par se demander si ces
images de synthèse n'ont pas d'autre but que s'effectuent,
derrière le rideau de scène, les amples changements de
décor sur le plateau.
Les musiciens de l'Orchestre
de Nancy vivent, pour cette produc-ion, une expérience
intéressante : ils apprivoisent, par la pratique
instantanée, des gestes techniques et des pratiques
collectives qui sont le pain quotidien des "baroqueux", grâce
à la présence "pédagogique" des solistes du
Concert Spirituel. En ce domaine, Hervé Niquet se
révèle un tuteur efficace. Il réussit à
créer l'écoute latérale entre musiciens - sans
que le directeur musical soit le point de passage obligé - et
incite chaque musicien à guider son oreille à partir de
ce qu'il perçoit du plateau. Et si, au moins pendant les deux
premiers actes, l'orchestre semblait contracté devant le
défi qu'il avait à relever, le plein régime
trouvé ultérieurement a rassuré. Dans son
ensemble, la distribution vocale a, elle aussi, semblé
contractée : pendant les deux premiers actes, on a
perçu des difficultés quasi générales
à assumer les vocalises jusqu'à leur terme, sans
respirer, et à soutenir des lignes de chant. Ces deux
écueils ont rejoint le manque de fluidité rythmique de
la production scénique énoncé plus
haut.
Parmi les quatre rôles
principaux, un seul élément avait réellement la
stature du rôle : Yvonne Kenny. Mais sa prestation
nancéienne arrive trop tard dans sa carrière : le haut
médium est souvent métallique, l'aigu crié, et
le soutien défaillant. Heureusement, la moitié grave de
la voix rachète cas défaillances...Parmi les autres
titulaires des rôles principaux, mais dans des formats vocaux
plus modestes, Christine Brandes s'est montrée
intéressante, quoique son timbre ait paru plus épais et
plus tendu que dans ses récents disques. Se pose maintenant le
problème de ces rôles conçus pour des castrats
altos, actuellement distribués à des mezzo-sopranos,
faute de contraltos féminines. Tout se joue alors sur la
capacité de cas cantatrices à faire sonner le registre
de contralto. En ce domaine, comme an celui de l'assurance
scénique, Sophia Pondjiclis (Ruggiaro) s'en tire mieux que
Annelise Théodoloz (Bradamante), dont la projection vocale est
assez faible. Les trois autres personnages, moins conséquents,
sont solidement tenus. Le ténor Simon Edwards (Oronte) offre
une prestation volontaire, sachant transmuer en héroïsme
un timbre quelque peu ingrat, la basse Gregory Reinhart (Melisso)
dessinant un soldat d'une réelle présence vocale et
scénique, même si, dans sa seule aria, au début
de l'acte II, il choisit de mettre en valeur davantage la bravoure
que la poésie du bel canto. Hélène Le Corre,
enfin, séduit par sa vocalité limpide et son charme en
Oberto." (Opéra International
- décembre
1998)
http://www.concertonet.com/exec/review.asp?IndexReview=620
- Stuttgart - Staatstheater
- 16, 19, 22, 26 et 29 mai, 5,
11, 16, 20 juin, 10 juillet 1998 - Staatsorchester
Stuttgart - dir. Alan Hacker - mise en
scène J. Wieler - avec Catherine Naglestad (Alcina), Alice
Coote (Ruggiero), Helene Schneidermann (Bradamante), Catriona
Smith (Morgana), Rolf Romei (Oronte), Michael Ebbecke (Melisso),
Claudia Mahnke
- Festival de Vienne -
Theater an der Wien - 9, 11, 13
juin 1997 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en scène
Jürgen Flimm - avec Eva Mei, Isabel Rey, Magnuson, Ann
Murray, Naef, Roberto Sacca, Skohvus
- Darmstadt, Staatstheater
- juin 1997 - dir. Ian Watson - mise en scène
Friedrich Meyer-Oertel - avec Mary Anne Kruger (Alcina), Arno
Raunig (Ruggiero), Maya Boog (Morgana), Yanyu Guo (Bradamante),
Thomas Ströckens (Oronte), Barbara Meszaros (Oberto),
Francesch Chico-Bonet (Melisso)
- Cambridge Handel Opera
Group - 1997
- Zürich -
Opernhaus - 7, 12, 15, 19, 22
février, 4 mars 1997 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en
scène Jürgen Flimm - décors Erich Wonder -
costumes Florence von Gerkan - avec Eva Mei, Isabel Rey, Roberto
Sacca, Ann Murray, Naef, Magnuson, Sharinger
- Théâtre de
Bâle - 1er, 5, 9, 11,
18, 21, 26 et 29 janvier 1997
- Théâtre de
Bâle - 1996 - dir. Michael Hofstetter - mise en
scène, décors et costumes Herbert Wernicke - avec
Sonia Theodoridou (Alcina)
- Zürich -
Opernhaus - 5, 9, 11, 13 et 16
février, 2 et 5 mars 1994 - dir. Nikolaus Harnoncourt -
mise en scène Jürgen Flimm - décors Erich
Wonder - costumes Florence von Gerkan - avec Eva Mei, Arno Raunig,
Isabel Rey, Kathleen McKellar Ferguson, Rodney Gilktry, Roberto
Sacca, Elena Mosuc
"Par souci de raccourcir la
soirée, Nikolaus Harnoncourt a décidé de
resserrer la tension dramatique en coupant une bonne partie des
reprises dans les airs, privant ainsi l'opéra d'un de ses
ressorts scéniques les plus forts que constitue
l'ornementation. Si le spectacle y gagne en urgence
théâtrale, il y perd en équilibre avec sa longue
chaîne d'arie débouchant sur une courte section
antithétique, suivie elle-même d'une ritournelle
orchestrale tournant court. On se serait cru transporté dans
les années 50... Le chef a beau doter l'accompagnement
orchestral de cette vie, de cette mouvance dont il a le secret, la
démarche de l'opéra évoque celle d'un
éclopé plutôt que le déroulement royal de
la grande tragédie baroque. La distribution, en revanche,
n'appelle aucune restriction. Eva Mei a su faire sien ce type de
répertoire par la grâce d'un timbre où la
fluidité et le moelleux de l'attaque le disputent à
l'impétuosité du débit et à la justesse
de l'intonation. lsabel Rey (Morgana) ne lui cède en rien en
brio, en élégance et en aplomb vocal. La clarté
du timbre forme avec celui d'Alcina un contraste bienvenu car il est
aussi limpide et aérien que l'autre paraît sensuel et
capiteux. Le Bradamante de Kathleen McKellar Ferguson n'est pas de la
même trempe : son chant large et pathétique a quelque
chose d'appliqué qui empêche l'émotion de passer
la rampe. Elena Mosuc dans le rôle d'Oberto a beaucoup plus de
présence et profite de son bref air pour donner la dimension
réelle de ses étonnants moyens de soprano léger
qui devraient bientôt lui permettre d'aborder des emplois plus
en vue. Arno Raunig a créé la sensation avec sa voix de
haute-contre qui se targue de rivaliser en puissance et en
éclat avec celle d'un soprano féminin. S'il est vrai
que son Ruggiero allie les qualités d'une voix mâle
à la faconde aiguë d'une voix de femme parfaitement
placée, il ne parvient pas dans le grave à garder la
couleur claire qui devrait être la sienne...Rodney Gilfry campe
un Melisso subtil, à l'aise dans le chant orné, et le
jeune ténor Roberto Sacca, capable de vocaliser sans
alléger à outrance son timbre clair et
frémissant, complète avec bonheur un ensemble sans
défaut majeur. La mise en scène de Jùrgen Flimm,
dans le vaste décor impersonnel d'Erich Wonder, cultive
systématiquement la métaphore visuelle et se refuse la
logique d'une narration suivie." (Opéra International - avril
1994)
- Londres - Covent
Garden - 18 décembre 1992
- nouvelle production - dir. John Fisher - mise en scène
Stephen Wadsworth - décors Thomas P. Lynch - costumes Dunya
Ramicova - avec Yvonne Kenny (Alcina), Ann Murray (Ruggiero),
Kathleen Kuhlmann (Bradamante), Judith Howarth (Morgana), Anthony
Rolfe-Johnson (Oronte), Stafford Dean (Melisso)
"La mise en
sscène se caractérise par un manque d'imagination
absolument sidérant, le décor unique se bornant
à planter un arbre et un champ entouré de bosquets,
derrière lesquels se dissimulent les protagonistes pour
surprendre le déroulemrent de l'intrigue...Le spectacle tombe
inévitablement à plat, malgré un louable souci
de scrupule musicologique chez le chef John Fisher...La voix douce et
flexible d'Yvonne Kenny ne possède pas l'éclat et le
tranchant exigés par le rôle-titre, même si la
cantatrice chante avec une grande pureté de timbre et une
scrupuleuse tenue du phrasé. Ann Murray semble
idéalement distribuée dans Ruggiero...La voix sombre et
riche de Kathleen Kuhlmann paraît tout aussi indiquée
dans Bradamante, tandis que Judith Howarth a tendance à
exagérer la frivolité de Morgana. Rolfe Johnson campe
un Oronte convaincant et Stafford Dean impose un Melisso d'une belle
autorité." (Opéra International - février
1993)
- Sydney - Australian
Opera - 2, 6, 10, 14, 17, 24
octobre 1992 - dir. Divall - mise en scène Helpmann - avec
Kenny, Nakajima, Maconaghie, Campbell, Pushee
- Curtis Institute of Music
- 1992 - mise en scène Chas Rader-Shiebe
- Halle - Festival
Haendel - Goethes Theater - 1992
- Ensemble Sol La Sol - dir. Howard Arman - mise en scène
Paul Stern - décors Heidrun Schmelzer - chorégraphie
Klaus Abomeit
- Anvers - Opéra de
Flandres - 21, 23, 25, 27, 29
juin, 2 juillet 1991 - Concerto Köln - dir. René
Jacobs - mise en scène Geoffrey Layton - avec Nelly
Miricioiu, Jennifer Larmore, Lena Lootens, Jane Bunnell, Guy de
Mey, Dale Duesing - production du Grand Théâtre de
Genève
- Genève - Grand
Théâtre - 10, 13,
15, 18, 21 et 24 mai 1990 - Théâtre du
Châtelet - 18, 20, 22, 24
juin 1990 - Orchestre de la Suisse Romande - Choeurs du Grand
Théâtre de Genève (chef des choeurs Jean
Laforge) - dir. William Christie - mise en scène Philippe
Berling - conception dramaturgique Jean-Marie Villégier -
décors Carlo Tommasini - costumes Patrice Cauchetier -
lumières Michel Schaffter - avec Arleen Auger (Alcina),
Della Jones (Ruggiero), Donna Brown (Morgana), Kathleen Kuhlmann
(Bradamante), Martina Musacchio (Oberto), Jorge Lopez-Yanez
(Oronte), Natale De Carolis / Gregory Reinhart
(Melisso)

"En choisissant de
transposer l'action dans le parc d'un manoir anglais du XVIIIe
siècle, Jean-Marie Villégier prive de sa dimension
magique une des intrigues les plus oniriques que le compositeur ait
jamais mis en musique...Le metteur en scène Philippe Berling
transforme cet opéra en un divertissement raffiné que
se donne une société désoeuvrée au cours
d'une soirée un brin licencieuse...D'un esthétisme
gratuit, cette longue fête pastorale laise le spectateur sur sa
faim...Le décor superbe au premier lever de rideau,
s'avère peu pratique avec son escalier monumental...Les
chanteurs sont d'une homogénéité
impressionnante. Dans une belle forme vocale, Arleen Auger trouve en
Alcina un rôle dont elle exploite avec aplomb les
inépuisables facettes...Della Jones a déjà perdu
l'onctueuse suavité d'un timbre que les années ont
asséché...Kathleen Kuhlmann prête à
Bradamante sa voix agile et chaleureuse...Donna Brown campe une
Morgana non moins convaincante...Dans la fosse, William Christie fait
des merveilles avec l'Orchestre de la Suisse romande...Les airs sont
traités comme des miniatures dont chaque reflet est
délicatement rendu." (Opéra International - juin
1990)
- Halle - Festival Haendel
- 1989 - Opéra de Tallin - Esthonie - dir. Paul
Mögi - mise en scène Anne Mikk - décors Uno
Körbis
- Opéra de Sydney
- 1987 - dir. R. Divall - mise en scène Robert
Helpmann - décors J. Pascoe - avec Yvonne Kenny (Alcina),
R. Gunn (Ruggiero), Russell, W. Dixon (Morgana), E. Campbell
(Bradamante), G. Winslade (Oronte), S. Bennett(Melisso), A.M.
McDonald (Oberto)
- Los Angeles - Music Center
Opera - Wiltern Theatre - 4 au 8
novembre 1986 - reprise de la production de Londres de juillet
1985 - dir. Richard Hickox- avec Arleen Auger (Alcina), Della
Jones (Ruggiero), Eidwenn Harrhy (Bradamante), J. Mack
(Melisso)
- City of London and
Spitalfields Festivals - Christ Church
Spitalfields - 15 au 18 juillet
1985 - Cheltenham International
Festival of Music - Cheltenham Town Hall - 24 au 26 juillet 1985 - Production de l'Opera
Stage en collaboration avec le Los Angeles Music Center Opera
Association - dir. Richard Hickox - avec Arleen Auger (Alcina),
Eiddwen Harrhy (Morgana), Della Jones (Ruggiero), Kathleen
Kuhlmann/M. Zakai (Bradamante), Patrizia Kwella (Oberto), Maldwyn
Davies (Oronte), John Tomlinson (Melisso)
- Milan - Teatro Alla
Scala - 17, 19, 21, 24 et 28
avril 1985 - version de concert - dir. Andrew Parrott - avec
Luciana Serra (Alcina), Bernadette Manca di Nissa (Bradamante),
Mimi Lerner (Ruggiero), Antonella Bandelli (Morgana), Gina
Longobardo Fiodaliso (Oberto), Dimitri Karvakos (Melisso), Kurtis
Rayan (Oronte)
- Berlin - Komishe
Oper - 18 février 1985 -
dir. Peter Schreier - mise en scène Christian
Pöppelreiter - décors Heilein - avec Magdalena
Hajossyova (Alcina), Carola Nossek (Morgana), Peter-Jürgen
Schmidt (Ruggiero), Violetta Madjarowa (Bradamante), Bernd
Zettisch (Oronte), Horst Gebhardt (Melisso), Andreas Schmidt
(Oberto)
"La production est
fondée sur l'alternance d'un décor baroque rococo
allemand, le monde officiel d'Alcina...et celui de la magicienne,
noir et désolé...L'exceptionnelle Alcina de Magdalena
Hajossyova, impressionnante dans les coloratures..." (Opéra
International - avril 1985)
- Opéra de Lyon
- saison 1983/1984 - extraits en
version de concert - dir. John Eliot Gardiner
- New York City
Opera - 5, 9, 14 octobre 1983 -
dir. Raymond Leppard - mise en scène Andrei Serban -
décors B. Montesor - avec Carol Vaness (Alcina), D'Anna
Fortunato (Ruggiero), E. Mills (Morgana), M. Lerner (Bradamante),
N. Palle (Oberto)
- Grand auditorium
de Radio France - 2
novembre 1983 - dir. Friedemann Layer - avec Carol Vaness
(Alcina), Linda Finnie (Ruggiero), Britt-Marie Aruhn (Morgana),
Patricia Payne (Bradamante), Keith Lewis (Oronte), Jan Hendrik
Rootering (Melisso)
- Australian Opera -
Sydney - 5 février 1983 -
dir. Richard Bonynge - mise en scène Robert Helpmann -
décors et costumes John Pascoe - avec Joan Sutherland / J.
Carden (Alcina), Margreta Elkins (Ruggiero), Lauris Elms / H. Begg
(Bradamante), John Wegner, Jennifer McGregor (Morgana), Narelle
Davidson, P. Ferris (Oronte)
- Hanovre - Herrenhausen
Theater - 1981 - dir. S. Strohbach - mise en scène
R. Rüdiger - décors U. Hüstebeck - avec S. Gesty
(Alcina), K. Markus (Ruggiero), M. Frimmer (Morgana), G. Pohl
(Bradamante), A. Senger (Oronte), G. Faulstich
(Melisso)
- Opéra de
Graz - 1980 - dir. W. Rot - mise
en scène H. Kupfer - décors W. Gussmann - avec N.
Ailakowa (Alcina), D. Sundqvist (Ruggiero), S. Moore (Bradamante),
J. Johnson (Melisso)
- Karlsruhe - Festival
Haendel - 3 au 18 juin 1978 -
dir. Roderick Brydon - mise en scène Hans Hartleb -
décors Heinz Balthes - costumes Maria-Luise Walek - choeurs
Albert Limbach
- Festival d'Aix en
Provence - 1978 - dir. Raymond
Leppard - mise en scène Jorge Lavelli - décors K.
Zachwatowicz - avec Teresa Berganza (Ruggiero), Valerie Masterson
(Morgana), Ann Murray (Bradamante), Christiane Eda-Pierre
(Alcina), Philip Landgridge (Oronte), F. Loup (Melisso), C.
Chateau (Oberto)

- Londres - Sadlers'Wells
- 1975 - dir. Charles Farncombe - mise en scène
D. Thompson - décors, costumes B. Santini - avec Eidween
Harrhy (Alcina), James Bowman (Ruggiero), H. Francis (Morgana),
Della Jones (Bradamante), D. Cusick (Oronte), B. Drake
(Melisso)
- Stockholm - Opéra
Royal - 1971 - dir. Charles Farncombe - mise en
scène B. Peterson - décors K. Hedeby - avec M.
Hallin / L. Andersson (Alcina), K. Meyer / M. Rödin
(Ruggiero), B. Nordin / H. Blylods (Morgana), E. Thallaug / B.
Ericson (Bradamante), K. Jehrlander / T. Slättegard (Oronte),
R. Jupithers / B. Asker (Melisso), G. Hallbers / L. Wallen
(Oberto)
- Halle - Landestheater -
Festival Haendel - 1970 -
dir. H.P. Frank - mise en scène G. De Bosio - décors
E. Luzzati - avec I. Zobel (Alcina), G. Neumann (Ruggiero), G.
Fischer (Morgana), A. Queck (Bradamante)
- Paris -
Théâtre des Nations
- 17 juin 1969 - Fondation Gulbenkian - dir. Rivoli - mise en
scène G. De Bosio - décors E. Luzzati - avec Teresa
Stich-Randall (Alcina), Mady Mesplé (Morgana), A. Reynolds
(Ruggiero), C. Gonzalès
- Halle - Landestheater -
Festival Haendel - 1967 -
Orchestre du Landestheater Halle - dir. Horst Tanu Margraf - mise
en scène Heinz Rückert - costumes Wilfried Werz - avec
P. Fischer (Alcina), H. Garduhn (Ruggiero), H. Theis (Margana), E.
Hinze (Bradamante), J. Krasmann (Oronte), S. Joachim
(Melisso)
- Halle - Landestheater -
Festival Haendel - 1966 -
Orchestre du Landestheater Halle - dir. Horst Tanu Margraf - mise
en scène Heinz Rückert - costumes Wilfried Werz - avec
P. Fischer (Alcina), H. Garduhn (Ruggiero), H. Theis (Margana), E.
Hinze (Bradamante), J. Krasmann (Oronte), S. Joachim
(Melisso)
- New York - Carnegie
Hall - version de concert - dir. Richard Bonynge - avec
Joan Sutherland (Alcina), M. Margreta Elkins (Ruggiero), L. Hurley
(Morgana), Monica Sinclair (Bradamante), V. Tyler (Oronte)
- Londres - Covent Garden
- 1er mars 1962 - London Symphonic
Orchestra - dir. Richard Bonynge - mise en scène et
décors Franco Zeffirelli - avec Joan Sutherland (Alcina),
Margreta Elkins (Ruggieero), E. Vaughan (Morgana), Monica Sinclair
(Bradamante), K. McDonald (Oronte), F. Robinson (Melisso) -
production de La Fenice
- Dallas - Civic Opera
- 1961 - dir. Nicola Rescigno - mise en scène et
décors Franco Zeffirelli - costumes Anna Anni - - avec Joan
Sutherland (Alcina), B. Thebom (Ruggiero), J.M. Moynagh (Morgana),
Monica Sinclair (Bradamante), Luigi Alva (Oronte) - production de
La Fenice
- Londres - Covent
Garden - 1960 - Opéra
Royal de Stockholm - 1960 - dir. L. af Malmborg - mise
en scène B. Peterson - décors K. Hedeby - avec
Margreta Hallin (Alcina), Elisabeth Söderström
(Morgana), K. Meyer (Bradamante), Ingvar Wixell (Ruggiero)
- Venise - Teatro La Fenice -
février 1960 - dir. Nicola Rescigno - mise en scène
et décors Franco Zeffirelli - costumes Anna Anni - - avec
Joan Sutherland (Alcina), Monica Sinclair (Ruggiero), Cecilia
Fusco (Morgana), Oralia Dominguez (Bradamante), Nicola Monti
(Oronte), Plinio Clabassi (Melisso)
- Cologne - 1959
- Londres - BBC - version de
concert - dir. Ferdinand Leitner - avec Joan Sutherland (Alcina),
Fritz Wunderlich (Ruggiero), Jeannette van Dijck (Morgana), Norma
Procter (Bradamante), Nicola Monti (Oronte), Thomas Hemsley
(Oberto)
- Londres - St Pancras Town
Hall - 1959 - Handel Opera Society - dir. Charles
Farncombe - mise en scène A. Besch - décors et
costumes Yexley - avec H. Harper (Alcina), Margreta Elkins
(Bradamante), J. Veasey (Ruggiero), M. Studholme (Morgana), J.
Kentish (Oronte), J. Noble (Melisso)
- Londres - St Pancras Town
Hall - 1957 - Handel Opera Society - dir. Charles
Farncombe - mise en scène A. Besch - décors et
costumes Yexley - avec Joan Sutherland (Alcina), Monica Sinclair
(Bradamante), John Carvalho (Ruggiero), E. Sheepers (Morgana), J.
Kentish (Oronte), J. Noble (Melisso), M. Amherst (Oberto)
- Halle - Festival Haendel
- 1952 - Orchestre du Landestheater Halle - dir. Horst
Tanu Margraf - mise en scène Heinz Rückert -
décors et costumes Rudolf Heinrich - chorégraphie
Margot Kirmse
- Leipzig - 14 juin 1928 - version
allemande de H. Roth - avec Fanny Cleve (Alcina)
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