ALESSANDRO

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

Paolo Antonio Rolli

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
1984
1990
Sigiswald Kuijken
Deutsche Harmonia Mundi
3
italien

-
1994
Mieczyslaw Nowakowski
Studios Schwan
3
italien

 Opéra (HWV 21) en trois actes, sur un livret adapté par Paolo Antonio Rolli de La Superbia d'Alessandro, d'Ortensio Mauro, mis en musique par Agostino Steffani pour Hanovre en 1690, et repris l'année suivante sous le titre de Il Zelo di Leonato.

Alessandro fut le premier des cinq opéras de Haendel composés pour les deux plus illustres prime donne de l'époque, Francesca Cuzzoni et Faustina Bordoni. La Cuzzoni était depuis trois ans membre de la Royal Academy Company de Londres, où elle avait interprété avec le castrat Senesino les rôles principaux de toute une série des plus grands opéras de Haendel - Ottone, Flavio, Giulio Cesare, Tamerlano et Rodelinda - entre les mois de janvier 1723 et de juin 1725. Au cours de l'été de l'année 1725, les directeurs de l'Academy entrèrent également en pourparlers avec Faustina. La presse londonienne ne cessait de faire circuler les bruits les plus divers, déclarant qu'on avait offert à la cantatrice la somme considérable de 2.500 livres pour la saison. Son salaire fut probablement de 1.500 livres, mais soit qu'elle ait débattu le montant de ses gages, soit qu'elle ait été retenue pour d'autres raisons, la cantatrice mit un temps inconcevable à arriver. Il se peut que Haendel ait commencé Alessandro à l'automne ; le rôle de Leonato, chanté par le ténor Antinori, qui arriva à Londres en novembre, était écrit pour un alto ainsi que le coro à la scène 5 de l'acte I (Haendel inscrivit alors dans l'autographe la mention "Leonato au ténor"). Faustina n'arrivant toujours pas, il composa à la hâte, comme bouche-trou, Scipione, qu'il monta le 12 mars 1726. Une grande partie d'Alessandro était certainement écrite à cette date ; pour gagner du temps, Haendel emprunta une importante sinfonia au deuxième acte de cette oeuvre (II, VI) après que Smith l'eut copiée pour la partition de direction, et s en servit pour ouvrir l'acte II de Scipione. Il la remplaça par le Grave de quatre mesures figurant à la page 87 de l'édition Chrysander. Faustina arriva probablement en avril. Après avoir opéré de nombreux changements dans l'autographe, Haendel le data du 11 avril 1726.

La première représentation eut lieu au Haymarket de Londres, le 5 mai 1726, pour treize représentations jusqu'au 7 juin, avec Faustina Bordoni, soprano (Rossane), Francesca Cuzzoni, soprano (Lisaura), Francesco Bernardi dit Il Senesino, castrat alto (Alessandro), Anna Dotti, alto (Cleone), Antonio Baldi, castrat alto (Tassile), Luigi Antinori, ténor (Leonato), Giuseppe Maria Boschi, basse (Clito).

C'est le 6 juin que les deux cantatrices se prirent aux cheveux et battirent en scsène, au moilieu des hurlements de la salle, sous les yeux de la princesse de Galles.

Faustina BordoniFrancesca Cuzzoni

Dans L'Opéra Italien de 1548 à 1856, Castil-Blaze commente ainsi la rivalité entre les deux chanteuses : Hændel avait engagé pour son théâtre, au prix de 50,000 fr. par an, la célèbre Faustina Bordoni. Elle y débuta, le 5 mai 1726, dans l'Alessandro de son directeur. Le talent de cette virtuose justifia sa grande renommée; elle surpassa toutes les femmes que l'on avait entendues jusqu'alors en Angleterre, sans en excepter la fameuse Cuzzoni qui figurait sur la même scène. Une ardente, furieuse rivalité s'établit alors entre ces deux cantatrices, dont les prétentions excitèrent la mauvaise humeur de Hœndel, et préparèrent les chagrins amers qui lui vinrent ensuite de ses entreprises théatrales. Beaucoup de personnes de distinction se rangèrent sous la bannière de Faustina ou de la Cuzzoni, et les disputes durèrent près de deux ans avec le même acharnement que l'on a vu plus tard en France à l'occasion de Gluck et de Piccinni, de M"" Mara et de M^'Todi, à Londres, au sujet de M0"» Billinglon et Mara. Ces deux dernières virtuoses, à voix agile et brillante, pouvaient raisonnablement se disputer le prix : elles suivaient la même carrière. Le talent de Faustina consistait dans une extraordinaire, habileté pour l'exécution des traits d'une prestesse étonnante, d'une éblouissante difficulté, tandis que la Cuzzoni se distinguait surtout dans le chant pathétique, d'une expression large et suave. En des genres différents, ces deux femmes étaient supérieures à toutes les antres cantatrices : entre elles il ne pouvait exister de rivalité précise et motivée.

Une reprise eut lieu le 26 décembre 1727, pour au moins quatre représentations à partir du 30 décembre 1727, avec la même distribution, puis en 1732, pour six représentations du 25 novembre au 30 décembre, avec une distribution réunissant le castrat alto Francesco Bernardi, dit Senesino (Alessandro), la soprano Anna Maria Strada del Pò (Rossane), la soprano Celeste Giamondi (Lisaura), la contralto Francesca Bertolli (Tassile), la basse Antonio Montagnana (Clito), les rôles de Leonato et Cleone étant coupés.

L'oeuvre fut montée à Hambourg, dans un arrangement de C. G. Wendt, les récitatifs étant traduits en allemand, vraisemblablement repris de l'opéra de Steffani.

Arrangée par Lampugnani, l'oeuvre fut reprise, sous le nom de Rossane, au Haymarket, le 8 ou 9 novembre 1743 par la Middlesex Opera Company, ainsi que les 24 février 1747 et 20 février 1748, avec rétablissement du rôle de Cleone.

 

Personnages : Alessandro Magno (alto), Tassile, roi de l'Inde (alto), Clito, un capitaine macédonien (basse), Cleone, un capitaine macédonien (contralto), Leonato, un capitaine macédonien (ténor), Rossane, princesse perse prisonnière d'Alessandro (soprano), Lisaura, princesse scythe (soprano)

 

Synopsis

Acte I

Sur le chemin de ses victoires à travers l'Asie, Alexandre le Grand, pendant la conquête de la ville de Sidrach des murs de laquelle il triompha, se trouve acculé dans une situation au plus haut point désastreuse ; il sera cependant délivré par ses fidèles combattants à la tête desquels se trouve le courageux général en chef Clytus, un prince macédonien.

Au camp tremblent Lisaura, princesse du pays de Scythie, ainsi que la princesse perse Roxane - qui est prisonnière d'Alexandre - craignant pour la vie du glorieux héros. Elles sont rivales : toutes les deux aiment Alexandre et la jalousie les tourmente, car Alexandre se comporte pareillement et avec la même affection envers l'une qu'envers l'autre et ne semble pas encore avoir fait son choix définitif. Taxiles, le roi de l'Inde qui doit son trône et sa vie à Alexandre, rapporte que celui-ci est sorti sain et sauf du danger. Les deux princesses sont comblées de joie, au plus grand chagrin de Taxiles, qui lui, aime la princesse Lisaura. La gloire d'un vainqueur et d'un conquérant du monde invincible a aveuglé Alexandre. Dans le temple de Jupiter, il se laisse vénérer en tant que fils du père des dieux. Seul Clytus, de caractère droit, ose contredire Alexandre ; néanmoins, Alexandre se laisse apaiser par les supplications de tous ceux qui l'entourent.

Acte II

Alexandre hésite toujours, pour laquelle des deux princesses qui le poursuivent de leur amour, il doit se décider. Dès qu'il rencontre l'une des deux, il semble lui donner de l'espoir mais les princesses comprennent son jeu. Roxane, la belle prisonnière perse, lui rappelle sa gloire et son grand courage et le supplie de lui rendre sa liberté. Peut-être pourra-t-elle le gagner de cette manière pour elle. Alexandre a peur de perdre Roxane et lui rend seulement contre son gré la liberté. Le général en chef, Leonatus, et ses amis sont indignés par l'immense orgueil d'Alexandre. Ils veulent écarter le tyran.

Dans ses quartiers, Alexandre annonce à ses géneraux rassemblés qu'il désire partager les pays conquis entre eux. Lui-même, le fils de Jupiter, se contentera de sa gloire immortelle. De nouveau, le courageux Clytus s'oppose à Alexandre. Avec des mots violents, il met en doute la descendance divine de ce fou. Alexandre, fou de rage, veut transpercer cet audacieux d'un coup de lance. A ce moment, sur un signal convenu des conspirateurs, s'effondre la maison. Personne n'est blessé, pas même Alexandre qui est convaincu que son père Jupiter - la Providence! - l'a protégé et sauvé de la mort certaine, Il donne l'ordre au flatteur Cléon de faire prisonnier Clytus.

Roxane a appris l'attentat contre Alexandre. Désespérée, elle pleure son amour qu'elle croit mort. Alexandre qui a entendu secrètement ses lamentations, est touché ; il reconnaît son grand amour et se décide pour Roxane. Hors de souffle, le conspirateur Leonatus se précipite sur la scène sous prétexte que les peuples soumis se sont soulevés. Alexandre veut rejoindre ses troupes et doit abandonner Roxane dans une nouvelle incertitude.

Acte III

Leonatus réussit à délivrer l'honnête Clytus et à enfermer Cléon, le geôlier, mais qui sera de nouveau libéré de sa détention par ses propres gens. Avec les Macédoniens qui leur sont dévoués, les conspirateurs veulent maintenant anéantir Alexandre sur le champ de bataille.

Alexandre rencontre Lisaura encore une fois. Non sans malignité et avec des propos flatteurs, il sait lui faire comprendre qu'il doit renoncer à son amour et qu'il ne peut pas faire obstacle à Taxiles, le roi de l'Inde et son ami les plus fidèle, qui aime la princesse scythique. Taxiles est heureux de la décision d'Alexandre.

Entre-temps, les conspirateurs se sont rassemblés pour lutter contre Alexandre. Taxiles, avec ses troupes d'appui, se tient aux côtés d'Alexandre. Les conspirateurs sont battus. Tous demandent grâce au grand Alexandre, qu'il leur accorde généreusement.

(livret DHM)

 

Représentations :

 

 

 

"Certainement, l’opéra le plus rarement donné, Alessandro connut pourtant un grand succès à sa création notamment grâce à l’arrivée d’une nouvelle star italienne : Faustina Bordoni. A l’occasion de la 28e édition du festival international d’opéra baroque de Beaune, le chef espagnol Eduardo Lopez Banzo a choisi une version tardive et plus resserrée de l’œuvre (qui écarte 2 petits rôles) datant d’une reprise révisée de 1732. Il est vrai que l’œuvre n’est pas franchement à la hauteur des chefs d’œuvres composés précédemment par Haendel (Giulio Cesare, Rodelinda, Tamerlano…) mais il s’agissait pour le compositeur de faire briller les 3 stars de l’époque : Senesino, La Cuzzoni et La Bordoni et ainsi faire sensation à Londres en mettant en parallèle les deux prime donne, rivalité qui allait bientôt culminer dans une légendaire empoignade en pleine représentation ! Contre toute attente, Haendel compose une musique peu héroïque pour Alexandre Le Grand, orientant davantage le personnage vers un conquérant des cœurs et concentrant tout le drame autour de ses amours indécises pour les deux princesses qui se le disputent.

Dans le rôle titre, la mezzo-soprano française Delphine Galou (déjà à Beaune l’an passé dans le rôle de Rinaldo) excelle dans l’art du castrat avec sa voix androgyne, son timbre velouté, son caractère tendre et viril à la fois, couplés à une technique exemplaire qui culmine dans son air hautement virtuose « Vano amore, lusinga, diletto » de l’acte II, décochant les vocalises avec un aplomb déconcertant. Ses da capo sont inventifs et osés, et ses cadences confèrent panache et prestance à son personnage. Passionnante, Delphine Galou est sans nul doute promise à une grande carrière baroque !

Dans les rôles de ses deux prétendantes, les sopranos Marita Solberg et Ann Helen Mœn rivalisent d’innocence, de désespoir et de rageuse jalousie dans pas moins de douze airs (dont un duo). Toutes deux vocalisent et chantent comme des rossignols et ont su séduire le public chacune à sa manière en agrémentant les airs de difficultés pyrotechniques comme dans : « No, più soffrir non voglio » ou « Tempesta e calma »…, et savent trouver des ressources inattendues quand nécessaire. Le choix des rivales est particulièrement réussi car elles sont presque interchangeables : toutes deux norvégiennes et blondes, dotées de voix claires et pures (celle de Solberg un peu plus corsée) avec des aigus faciles et bien ronds. Cette « gémellité » attise encore plus leur rivalité et contribue à rendre crédible l’indécision d’Alessandro. Malgré ces qualités elles n’ont pu cacher une interprétation parfois trop placide : on aurait aimé encore plus d’engagement.

Reste les deux rôles secondaires. Le contre-ténor italien Antonio Giovannini incarne un Tassile affecté, à la voix poussive ce qui le rend peu crédible en concurrent d’Alessandro et prétendant de Lisaura (il s’était montré plus convainquant dans le rôle de Tolomeo l’an passé). En revanche, Andreas Wolf campe un Clito de luxe et ne fait qu’une bouchée du rôle ! Timbre somptueux, voix solide comme un roc et flexible à souhait il est tout bonnement excellent !

L’ensemble de la distribution est soutenu avec efficacité par l’orchestre Al Ayre Español. Déjà apprécié l’année dernière dans Giulio Cesare du même compositeur, Eduardo Lopez Banzo et son ensemble confirment avec Alessandro, il est désormais l’un des meilleurs spécialistes de cette musique, favorisant des tempi modérés et créant la surprise par des effets de « mise en attente musicale » (cf. les pauses dans les airs « Che tirannia » et « L’amor che per te sento »). Enfin la (re)découverte heureuse de l’œuvre a bénéficié du cadre exceptionnel de la cour des hospices dont l’acoustique y est bien meilleure que dans la basilique, le tout au son des chants et cris des oiseaux !"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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