Le
compositeur
COMPOSITEUR
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Georg Friedrich HAENDEL
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LIBRETTISTE
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Nicola Haym, d'après Giacomo Francesco
Bussani
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1994
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2001
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Charles Mackerras
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Image Entertainment
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1994
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2004
|
Richard Hickox
|
Kultur
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2004
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2006
|
Michael Hofstetter
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TDK
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2005
|
2006
|
William Christie
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BBC Opus Arte
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Opéra (HWV 17) en 3 actes, sur un livret
de Nicola Haym, d'après le livret Giulio Cesare in
Egitto de Giacomo Bussani pour l'opéra de Sartorio
représenté à Venise en 1677, repris en allemand
pour la Cleopatre de Kusser en 1691.
Nicola Haym, arrivé à Londres en 1701,
compositeur et violoncelliste, avait été engagé
comme "secretary" et "stage manager" (metteur en scène) par la
Royal Academy.
Commencé au cours de l'été 1723,
Giulio Cesare fut créé le 20 février 1724
au King's Theatre de Haymarket, lors de la cinquième saison de
la Royal Academy, et joué treize fois jusqu'au 11 avril, avec
une distribution comprenant Francesca Cuzzoni, dite la
Parmigiana, soprano (Cleopatra), Margherita Durastanti,
soprano (Sesto), Francesco Bernardi, dit le Senesino,
alto-castrato (*) (Giulio Cesare), Gaetano Berenstadt, alto-castrato
(Tolomeo), Signor Bigonzi, alto-castrato (Nireno), Anastasia
Robinson, contralto (Cornelia), Giuseppe Maria Boschi, basse
(Achilla), Lagarde, basse (Curio). Cuzzoni et Senesino
remportèrent un triomphe dans les rôles de
Cléopâtre et César.

Haym dédia le livret à Caroline,
princesse de Galles, épouse de Georges II. A partir du livret
de Bussani, il avait développé les personnages de
Cornelia et de son fils Sesto, et au contraire réduit les
rôles secondaires, ainsi ceux de Curio et de Nireno, et
même supprimé le rôle comique de la nourrice
Rodisbe. Afin que les spectateurs puissent suivre le livret
imprimé, l'opéra fut représenté en pleine
lumière.
La troupe de l'Academy, en visite à Paris au
cours de l'été 1724, en donna une version
réduite dans le salon du mécène Pierre
Crozat.
Il fut repris en janvier 1725 pour 10
représentations, du 2 janvier au 9 février, toujours
avec Francesca Cuzzoni (Cleopatra), Senesino (Giulio Cesare)
et Giuseppe Maria Boschi (Achilla), ainsi que le ténor
Francesco Borosini (Sesto), le castrat alto Andrea Pacini (ou Gaetano
Berenstad ?) (Tolomeo) , la contralto Anna Dotti (Cornelia), la
soprano Benedetta Sorosina (Nerina). Pour cette reprise, Haendel
avait apporté des "modifications" : coupures dans les
récitatifs, suppression du rôle de Curio et
réduction de celui de Nireno à un rôle muet. Le
rôle de Sesto, attribué à un ténor au lieu
d'une soprano, avait par ailleurs nécessité la
transposition de deux arias, conservées, et la création
de trois nouvelles. Après quelques représentations,
Haendel réintroduisit le rôle de Nireno sous le nom de
Nirena, suivante de Cléopâtre, dévolu à la
soprano Benedetta Sorosina, pour laquelle il écrivit deux
nouvelles arias.
La même année, Giulio Cesare fut
donné à Brunswick, en août, et à Hambourg,
en allemand, le 21 novembre. Il y eut trente-huit
représentations à Hambourg de 1725 à 1737.
Une nouvelle reprise eut lieu à Brunswick en
1727.
Après l'insuccès de Lotario (2
décembre 1729), une nouvelle reprise eut lieu, avec 9
représentations du 17 janvier au 21 février 1730, ainsi
que les 21 et 31 mars suivants, avec Anna Maria Strada del Pò,
soprano (Cleopatra), pour qui Haendel avait écrit deux
nouveaux airs, Annibale Pio Fabri, dit Balino, ténor
(Sesto), Antonio Maria Bernacchi, alto-castrato (Giulio Cesare),
Francesca Bertolli, contralto (Tolomeo), Antonia Maria Merighi,
contralto (Cornelia), Johann Gottfried Riemschneider, basse
(Achilla).

Une reprise eut lieu à Venise en 1731.
Une nouvelle reprise eut lieu en 1732, avec quatre
représentations du 1er au 12 février, avec
Anna Maria Strada del Pò, soprano (Cleopatra), Giovanni
Battista Pinacci, ténor (Sesto), Francesco Bernardi, dit le
Senesino, alto-castrato (Giulio Cesare), Francesca Bertolli,
contralto (Tolomeo), Anna Bagnolesi, contralto (Cornelia), Antonio
Montagnana, basse (Achilla).
Une reprise eut lieu à Brunswick en 1733, sous
le titre Giulio Cesare e Cleopatra.
La dernière représentation eut lieu
à Hambourg, le 17 octobre 1737.
La partition fut éditée par
Chrysander en 1875, dans le cadre de la Haendel Gesellschaft,
conforme à la création de 1724.
(*) Francesco Bernardi, né à Sienne,
d'où son surnom de Senesino, vers 1685. Haendel alla
l'embaucher à Dresde où il connaissait le
succès. Il chanta dans quatorze opéras de Haendel entre
1720 et 1728, puis rejoignit la troupe rivale de Porpora. Il revint
à Naples en 1738, mais, moins apprécié, se
retira. Mort en 1759.
Synopsis
Acte I
Une grande plaine au bord du Nil. Un vieux pont
enjambe le fleuve. Jules César (contralto), vainqueur de
l'Egypte, passe le pont, acclamé par l'assistance.
Cornélie (contralto), épouse de Pompée, son
rival vaincu, implore sa clémence. César consent
à condition que Pompée dépose les armes. Mais
Achille (basse), général en chef des armées
égyptiennes et conseiller de Ptolémée, annonce
que ce dernier, afin de marquer son allégeance à
César, a fait mettre à mort Pompée et en a fait
apporter la tête dans un vase. Cornélie et son fils
Sextus (soprano) sont atterrés, et César lui-même
est indigné par cet acte lâche et cruel. Tandis que
Curius (basse) , un tribun romain, essaie maladroitement de
déclarer son amour à Cornélie, celle-ci pleure,
et Sextus jure de venger son père.
Cléopâtre (soprano), soeur de
Ptolémée, arrive, suivie de ses serviteurs. Elle
ambitionne d'être reine d'Égypte. Son confident Nirenus
(contralto) lui apprend le meurtre de Pompée par
Ptolémée qui espère grâce à cela
accéder au pouvoir. Mais Cléopâtre est certaine
que, par sa beauté, elle obtiendra de César tout ce
qu'elle voudra. Lorsque Ptolémée (contralto) arrive,
elle lui fait comprendre qu'il n'a aucune chance contre elle. Achille
promet alors à Ptolémée d'assassiner
César à condition d'obtenir Cornélie en
échange.
Dans le camp romain, César rend hommage
aux cendres de Pompée. Une jeune fille qui dit s'appeler Lydia
et avoir été dépouillée de ses biens par
Ptolémée, lui demande assistance. C'est
Cléopâtre, déguisée. César
s'éprend aussitôt d'elle. Curius, de son
côté, éprouve les mêmes sentiments et se
dit prêt à renoncer à Cornélie pour Lydia.
Cléopâtre et Nirenus constatent avec satisfaction que le
subterfuge a pris. Arrivent Cornélie et Sextus, qui viennent
récupérer l'urne avec les cendres de Pompée, et
méditent le meurtre de Prolémée,
Cléopâtre et Nirenus se proposent de les conduire
auprès de lui.
Au palais de Ptolémée, la
première rencontre entre ce dernier et César se passe
dans une hypocrisie réciproque. Lorsque Cornélie et
Sextus surviennent et accusent Ptolémée, il les fait
garder captifs. Achille propose à Cornélie de la
libérer si elle accepte de l'épouser, mais se heurte
à un refus. Cornélie et Sextus sont
séparés et se font leurs adieux.
Acte II
Un bosquet de cèdres à
côté du Parnasse et du palais de la Vertu.
Cléopârre prépare, avec l'assistance de Nirenus,
une mise en scène allégorique qui achèvera de
subjuguer César. Elle lui apparaît sous l'aspect de la
Vertu, entourée des neuf muses, aux sons d'une musique
céleste. César est de plus en plus charmé et
amoureux.
Dans le jardin du sérail de
Ptolémée, Cornélie se
désespère, et repousse les avances d'Achille.
Ptolémée, qui la convoite aussi, promet faussement
à Achille de la lui donner s'il tue César. À son
tour, il essaie de séduire la fière Romaine, avec aussi
peu de succès. Cornélie est prête à se
suicider, mais Sextus réappurait. Il a été
conduit jusqu'à elle par Nirenus. Tous deux vont se cacher
à l'intérieur du sérail en attendant le moment
propice pour accomplir leur vengeance.
Dans un jardin, César retrouve
Cléopâtre-Lydia. Mais Curius arrive, avertissant
César qu'un complot se trame contre lui. César
s'apprête à partir, mais Cléopâtre veut le
suivre, et dans son émotion elle se trahit. Ils se
déclarent leur amour, et elle l'engage à fuir, tandis
qu'elle-même restera, Il disparaît juste avant que les
conjurés ne fassent irruption en clamant "Mort à
César". Cléopâtre supplie les dieux de le
protéger.
Au palais, Ptolémée
s'apprête à emmener Cornélie dans son harem.
Sextus croit avoir trouvé le moment pour le tuer mais il est
intercepté par l'arrivée d'Achille. Celui-ci
révèle à Ptolémée qu'à
l'issue d'un combat Curius et César ont trouvé la mort
(ce qui s'avérera faux), mais que Cléopâtre a
rassemblé ses troupes pour venger César.
Ptolémée et Achille partent au combat Cornélie
et Sextus voient la vengeance leur échapper.
Acte III
Dans une forêt près d'Alexandrie.
Achille, ayant compris qu'il n'avait aucune chance d'obtenir
Cornélie et qu'il a été trompé par
Ptolémée, décide de passer dans le camp de
Cléopâtre. Mais il fait un mauvais choix. La bataille
entre les deux armées tourne à l'avantage de
Ptolémée, et Cléopâtre est
capturée. Ptolémée savoure d'avance les
humiliations qu'il fera subir à sa rivale déchue,
laquelle pour la première fois sembla avoir perdu tout
espoir.
Mais César n'était pas mort au combat, et
il reparaît, fortement éprouvé, inquiet du sort
de son armée et plus encore de celui de
Cléopâtre. Sextus et Niterus surviennent en même
temps, Non loin de là, sur le rivage, Achille gît,
blessé à mort. Ils recueillent ses derniers aveux, et
il leur transmet un sceau auquel se rallieront tous ses guerriers.
C'est César qui s'en empare. Sevras et lui se reconnaissent
alors. César est décidé à libérer
Cléopâtre et Cornélie. Sextus se rallie à
lui, retrouvant l'espoir de se venger de Ptolémée. Au
palais, Cléopâtre fait ses adieux à ses
suivantes, persuadée que sa fin est proche, lorsque
César intervient et la délivre. Ptolémée,
de son côté se croit enfin maître de
Cornélie, mais Sextus arrive, l'épée à la
main, le provoque au combat et le tue. La scène finale unit
les fêtes de la conquête de l'Égypte et consacre
l'amour victorieux de César et de Cléopâtre.
(livret
Astrée)
http://www.librettidopera.it/giulio_ces/giulio_ces.html
http://www.columbia.edu/itc/music/reserves/cd2482/text/act1.html (en italien et en anglais)
http://site.operadatabase.com.site.hmt-pro.com/modules.php?name=Downloads&d_op=viewdownload&cid=68 (en italien et en français)
http://opera.stanford.edu/iu/libretti/giulioces.htm
http://www.haendel.it/composizioni/libretti/pdf/giulio
cesare.pdf
http://www.dicoseunpo.it/dicoseunpo/H_files/Giulio_Cesare.pdf
Représentations :
- Salzbourg, Haus für
Mozart - 25, 27 mai 2012 - dir. Giovanni Antonini -
mise en scène Moshe Leiser, Patrice Caurier - décors
Christian Fenouillat - costumes Agostino Cavalca - lumières
Christophe Forey - avec Andreas Scholl (Giulio Cesare), Cecilia
Bartoli (Cleopatra), Anne Sofie von Otter (Cornelia), Philippe
Jaroussky (Sesto Pompeo), Christophe Dumaux (Tolomeo), Ruben Drole
(Achilla), Péter Kálmán (Curio)
- Stockholm - Folkoperan
- 8, 10, 12, 15, 17, 19, 22, 24, 26 février, 7,
9, 11, 14, 16, 18, 21, 24, 25, 28, 29, 31 mars 2012 - en
suédois - dir. Joakim Unander - mise en scène,
décors, costumes Cisco Aznar - lumières Karl
Svensson - chorégraphie Cisco Aznar - avec Maria Sanner
(Giulio Cesare), Tove Dahlberg (Cleopatra), Karolina Blixt
(Cornelia), Josefine Andersson (Sextus), Daniel Carlsson
(Tolomeo), Håkan Ekenäs (Achilla) - nouvelle production



- Tallin - Rahvusoper -
Estonie - 27, 28 janvier, 9, 19 février, 31
mars, 5 avril, 4 mai 2012 - dir. Andres Mustonen - mise en
scène Georg Rootering - décors, costumes Lukas Noll
- lumières Anton Kulagin - avec Helen Lokuta / Katrin Targo
(Cleopatra), Oliver Kuusik / Helen Lokuta (Sesto), Teele
Jõks / Monika-Evelin Liiv (Giulio), Mart Laur / Priit
Volmer (Tolomeo), Juuli Lill / Triin Ella (Nireno), Monika-Evelin
Liiv / Juuli Lill (Cornelia), Rene Soom / Aare Saal (Achilla),
,Märt Jakobson / Simo Breede (Curio) - nouvelle production

- Opéra d'Helsinki
- 20, 23, 25, 30, 31 janvier, 3, 16, 18, 22, 29
février 2012 - dir. Howard Arman - mise en scène
Ville Saukkonen - décors Patrick Woodroffe - costumes Kalle
Kuusela - lumières Patrick Woodroffe - avec Franco Fagioli
(Julius Caesar), Marko Nykänen (Curius), Claire Meghnagi
(Kleopatra), Melis Jaatinen / Niina Keitel (Sextus), Alon Harari /
Teppo Lampela (Ptolemaios), Jussi Merikanto / Riku Pelo (Achilla),
Arto Hosio (Nirenus)

- Leeds, Grand Theatre
- 14, 25 janvier, 7, 10, 16 février 2012 -
Nottingham, Theatre Royal - 23
février 2012 - Newcastle upon
Tyne, Theatre Royal - 9 mars 2012 - Salford Quays, The Lowry - 1er mars 2012 -
Dublin - 14, 16 mars 2012 -
Opera North - dir. Robert Howarth - mise en scène Tim
Albery - décors, costumes Leslie Travers - lumières
Thomas Hase - avec Pamela Helen Stephen (Cesare), Sarah Tynan
(Cleopatra), Ann Taylor (Cornelia), James Laing (Tolomeo), Paola
Gardina (Sesto), Andrew Radley (Nireno) - nouvelle production


- Théâtre des
Champs Élysées - 25 novembre 2011 -
version de concert - Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis -
avec Marie-Nicole Lemieux (Giulio Cesare), Romina Basso
(Cornelia), Emoke Baráth (Sesto), Karina Gauvin
(Cleopatra), Mary-Ellen Nesi (Tolomeo), Johannes Weisser
(Achilla), Milena Storti (Nireno)
- Forum Opéra - Lemieux fait son
show
"S’il faut en croire
l’applaudimètre et les rappels qui nous ont d’ailleurs valu la
reprise du chœur final, la majorité des spectateurs du
Théâtre des Champs-Elysées ont passé une
excellente soirée. Deviendrions-nous impossibles à
satisfaire ? Nous venions attirés par la distribution car,
avouons-le, d’Alan Curtis, nous n’attendons plus de miracle.
Toutefois, nous conservions l’espoir qu’un tel casting parvienne au
moins à l’arracher à son flegme, pour ne pas dire
à sa torpeur, et l’inspire, ce qui, en fait, n’arriva
qu’après l’entracte et pour de trop brefs moments. Un ouvrage
dramatiquement aussi abouti que Giulio Cesare n’a pas besoin d’une
mise en scène ni même d’une mise en espace : il lui
suffit d’être porté par une vision et incarné. Si
nous n’avons pas entendu un opéra, mais un concert, la
responsabilité en incombe d’abord au chef. A cet égard,
les coupes sombres pratiquées dans la partition retenue pour
cette soirée ne vont pas sans dommage pour la
lisibilité et la cohérence de l’action. La disparition
du tribun Curio ne constitue pas exactement une perte, en revanche,
il nous faut déplorer la suppression – étonnante de la
part d’un haendélien d’ordinaire si scrupuleux – de
scènes entières et d’un certain nombre d’airs, ce dont
souffre en particulier la psychologie de Tolomeo.
Même avec une formation
de poche (adieu paires de cors, harpe, gambe, etc.), à
défaut de grandeur et de variété, un chef qui a
le théâtre dans le sang et de l’imagination à
revendre sait planter le décor, suggérer un climat,
imprimer surtout élan et tensions au drame et galvaniser ses
troupes. Las ! Pour le théâtre, la passion, la puissance
d’évocation, il fallait… revenir deux jours plus tard, le
dimanche 27 novembre. Avec un effectif encore plus réduit que
celui d’Il Complesso Barocco, I Virtuosi delle Muse nous offraient
une extraordinaire leçon de musique vivante, prenant des
risques et les assumant jusqu’au bout. Au programme de cette
matinée : un pilier du répertoire instrumental cette
fois, Les Quatre Saisons de Vivaldi, transformées par ces
démiurges en une fresque dantesque et palpitante. L’audace et
l’investissement, voilà ce qui manquait
précisément à Curtis et à plusieurs
solistes d’une affiche qui est loin d’avoir tenu toutes ses
promesses.
Cléopâtre
apparaît généralement comme la figure centrale de
l’opéra, plus dense et complexe, mieux dessinée et plus
richement dotée musicalement que les autres protagonistes au
point d’ailleurs de voler la vedette à Jules. Rien de tel en
l’occurrence. Le soprano de Karina Gauvin semble, a priori, tout
indiqué pour habiller cette belle intrigante : pulpeux, agile
et brillant, mais tellement séduisant que l’artiste en oublie
justement de séduire, entendez de jouer la séduction,
comme si elle succombait à ses propres charmes. Cette
Cléopâtre garde un maintien, une distance aristocratique
dont ne peuvent s’accommoder la frivolité et la grâce
primesautière de la jeune reine. De surcroît, elle se
montre par trop pudique pour s’épancher vraiment (« Se
pietà », plastiquement irréprochable mais si peu
habité). En outre, Gauvin ne s’approprie aucune des superbes
gemmes qui sertissent sa partie, ses Da Capo frisant l’indigence. Le
duo des amants révèle lui aussi un décalage
frappant entre le son – banal et impersonnel – et l’image –
saturée de minauderies. Cette Cléopâtre trop
belle en son miroir ne peut que s’incliner devant le César
bouillonnant de Marie-Nicole Lemieux. Ses manières, son style
pourront choquer (d’aucuns fustigeront sans doute ce « Presti
omai » outrageusement débraillé, voire bestial),
la Québécoise en fait beaucoup, se promène sur
la corde raide et n’évite pas toujours l’accident (l’attaque
piano d’ « Aure, deh, per pietà »), mais au moins
César vit et respire. C’est la seule qui se lâche
vraiment, la seule aussi qui connaît suffisamment son
rôle pour oser détourner les yeux du pupitre et plonger
dans ceux de sa partenaire. Bien sûr, à force d’entendre
Marie-Nicole Lemieux, nous finissons par la connaître et
même, à travers ses sourires conquérants, ses
airs de défi ou ces ahanements sauvages qui surgissent
à la fin des airs de bravoure, par la reconnaître, car
la cantatrice se fond moins dans son personnage qu’elle n’exprime sa
personnalité. Son show enchantera les uns, horripilera les
autres, mais depuis Sarah Connolly à Glyndebourne
(MacVicar/Christie), summum d’élégance et de fantaisie,
nous n’avions pas entendu de « Se in fiorito » aussi
ludique et jouissif.
Tolomeo carnassier et
vipérin il y a quelques années, Romina Basso
allège son émission, affine couleurs et inflexions pour
brosser un portrait tout en délicatesse, mais peut-être
aussi trop léché, de Cornelia. Un temps annoncée
en Sesto, Julia Lezhneva nous a fait faux bond. Avec Emoke
Baráth, le fils de Pompée régresse à
l’âge tendre, frêle oisillon au bord du nid don les
ardeurs belliqueuses laissent rêveur. Mère et fils se
cherchent vainement dans un « Son nata a lagrimar »
statique et qui jamais ne décolle. L’épée de
bois de ce garçonnet au souffle court suffirait pourtant
à terrasser l’inoffensif Tolomeo de Mary-Ellen Nesi. Qu’est-il
donc arrivé à l’incisive Médée (Teseo)
acclamée ici même en début d’année ? Le
mezzo grec n’est manifestement pas dans un bon soir. L’Achilla de
Johannes Weisser a une autre ampleur, mais manque, lui aussi, de
relief et d’idées. Ce n’est pas un rôle
inépuisable, mais des artistes tels que Luca Pisaroni ou
Christopher Maltman nous ont montré, chacun à sa
façon, qu’il était possible d’en tirer quelque chose."
- Kassel - Staatstheater
- 23 septembre, 8, 16 octobre, 3, 09 novembre 2011 -
dir. Alexander Hannemann - mise en scène Dominique Mentha -
décors Werner Hutterli - costumes Anna Ardelius - avec
Bettina Ranch (Julius Cäsar), Jürgen Appel (Curius),
Stefanie Schaefer / Susanne Schaeffer (Cornelia), Maren Engelhardt
(Sextus Pompejus), Nina Bernsteiner (Kleopatra), Igor Durlovski
(Tolomeus), Tomasz Wija (Achillas), Nirenus Gideon Poppe


- Brême - Die Glocke,
Großer Saal - 6 septembre 2011 - Accademia
Bizantina - dir. Ottavio Dantone - avec Sonia Prina (Giulio
Cesare), Maria Grazia Schiavo (Cleopatra), Riccardo Novaro
(Achilla), Josè Maria Lo Monaco (Cornelia), Filippo
Mineccia (Tolomeo), Paolo Lopez (Sesto), Floriano D'Auria
(Nireno), Andrea Mastroni (Curio) - coproduction avec Teatro
Comunale di Ferrara
- Düsseldorf
- 25, 30 juin 2011 - Theater
Duisbourg - 9, 15 juillet 2011 - Düsseldorfer
Symphoniker - dir. Rainer Mühlbach - mise en scène
Philipp Himmelmann - costumes Gesine Völlm - dramaturgie
Hella Bartnig - avec Günes Gürle (Cesare), Marta Marquez
(Cornelia), Iryna Vakula (Sextus), Sylvia Hamvasi (Cleopatra),
Matthew Shaw (Ptolemäus), Laimonas Pautienius (Achillas),
Daniel Djambazian (Nireno)

- Fort Worth Opera - Texas
- 28 mai, 5 juin 2011 - dir. Daniel Beckwith - mise en
scène David Gately - décors Ming Cho Lee - costumes
Robert Perdziola - lumières Chad R Jung - avec Randall
Scotting (Cesare), Ava Pine (Cleopatra), Meredith Arwady
(Cornelia), Michael Maniaci (Sesto), José Álvarez
(Tolomeo), Donovan Singletary (Achilla), Lane Johnson (Curio),
Meaghan Deiter (Nireno)


- Grand-Théâtre
de Reims - 6, 8 mai 2011 - Versailles - Opéra Royal - 10,
20, 22 mai 2011 - Brest - Le Quartz
- 11, 12 mai 2011 - Tourcoing
- Théâtre Municipal Raymond Devos
- 26, 27, 29 mai
2011 - La Grande Ecurie et la Chambre du Roy - Musiciens de
l’Orchestre de l’Opéra de Reims - dir. Jean-Claude Malgoire
- mise en scène Christian Schiaretti - costumes Thibault
Welchlin - lumières Rémi El Mahmoud - avec
Christophe Dumaux (Giulio Cesare), Sonya Yoncheva (Cleopatra),
Alessandra Vissentin (Cornelia), Lina Markeby (Sesto),
Valérie Yeng Seng (Nireno), Dominique Visse (Tolomeo), Ugo
Guagliardo (Achilla), Davis Witczak (Curio)


"Cléopâtre
charmeuse en robe blanche, Jules César impérial, pour
n'évoquer que le couple-phare -, mais une scénographie
curieusement statique pour ne pas dire figée qui donne une
étonnante impression de langueur dans un opéra pourtant
fascinant : telles sont les impressions de partage qui émanent
de ce Giulio Cesare in Egitto de Haendel, dernière production
de saison de l'Atelier lyrique de Tourcoing. Impressions d'autant
plus curieuses que les trois représentations de Tourcoing - la
dernière ce dimanche après-midi - arrivent en fin de
tournée après Reims, Brest et le très
prestigieux Opéra royal de Versailles la semaine
dernière.
D'une partition fleuve qu'il
connaît parfaitement pour l'avoir souvent dirigée et
enregistrée il y a une quinzaine d'années (dans une
autre distribution), Jean-Claude Malgoire sait donner à chaque
personnage une identité forte grâce à un casting
exemplaire. Certes le couple-phare on l'a dit, Jules César
(Christophe Dumaux, contre-ténor impeccable) et
Cléopâtre (la toute belle soprano Sonya Yoncheva qu'on
se réjouit de retrouver la saison prochaine à
l'opéra de Lille), mais également les six rôles
qui n'ont rien de secondaires et qu'il faut citer : Dominique Visse
toujours fascinant (Tolomeo), Alessandra Visentin (Cornelia), Lina
Markeby, (touchante dans le rôle masculin de Sesto), Ugo
Guagliardo (solide basse en Achilla), Valérie Yeng Seng
(Nireno), David Witczak (Curio).
Côté mise en
scène, on attendait de Christian Schiaretti, complice
fidèle de Jean-Claude Malgoire, un vent de folie que le
livret, l'histoire et la musique haendelienne peuvent susciter (le
sable chaud et le sang, la bravoure, le sexe et toutes ces sortes de
choses) : l'affaire, semble-t-il, ne l'a pas beaucoup inspiré,
ou alors, les recettes n'ont pas fonctionné. Deux premiers
actes menés plan-plan, un troisième à peine plus
enlevé, des chanteurs laissés sans direction,
statiques, comme pour une version de concert. Heureusement, les airs
fulgurants de Cléopâtre (« Si tu n'as pas
pitié de moi, je mourrai »), heureusement le soin
extrême apporté à la scénographie -
costumes, lumières, maquillages -, viennent contrebalancer ces
manques. En janvier dernier, la mise en scène de Laurent Pelly
du même Giulio Cesare donné à Paris sous la
direction d'Emmanuelle Haïm avait, elle aussi,
déçu. Pour fascinant qu'il soit, Haendel est un univers
terriblement complexe."
"Grâce à cette
production, pourtant peu fortunée (l’Atelier lyrique de
Tourcoing et le Grand Théâtre de Reims s’en partagent la
responsabilité), comment ne pas être
réconcilié avec Giulio Cesare ? En ce début
d’année à l’Opéra Garnier, une production,
musicalement cadenassée et scéniquement tautologique,
avait été une telle douche froide... Jean-Claude
Malgoire et Christian Schiaretti ont appréhendé ce
dramma per musica tel qu’il est, avec ses moments radieux et ses
« tunnels ». Surtout, dans un livret qui, avant tout, vise
à servir des chanteurs, ils ont cueilli les diverses fleurs
qu’il offre et n’ont pas cherché à en faire une
étude sur le pouvoir.
Comme souvent avec Christian
Schiaretti (il n’est pas, en vain, le successeur de Jean Vilar
à la tête du Théâtre National Populaire),
nul décor mais un parquet « savant ». En
l’occurrence, une des quatre pointes de ce parquet carré est
dirigée vers la salle ; son matériau accueille un
très subtil travail d’éclairage, tantôt en sa
teinte naturelle, tantôt selon une vaste palette
colorée, jusqu’au rouge. Et comme toujours avec Christian
Schiaretti, outre des costumes très raffinés, la
direction d’acteurs est engagée et si précise qu’on
l’oublie au profit des deux textes (le livret et la partition).
Chaque personnage important est cerné dans ses
complexités, tandis que les rôles que l’œuvre laisse
incertains (Tolomeo et Achilla) trouvent ici une intéressante
justification dramaturgique. Le droit fil qui est tissé tout
au long de cette représentation tient à cet intelligent
entrelacs de portraits et de situation. Et si le champ politique
demeure central, du moins chaque personnage semble-t-il agir selon
son libre arbitre, et non dans des voies préalablement
fixées. Laisser ainsi parler l’œuvre, plutôt que de
jouer, ricanant, avec elle comme avec un objet méprisé,
laisse, au spectateur, une savoureuse impression de liberté…
Musicalement, la
réussite fut identique. Jean-Claude Malgoire a offert (au sens
d’un don généreux) une matière musicale vivante
: il a établi une exacte complicité avec les chanteurs
(si le soutien est constant et confiant, point n’est besoin
d’indiquer, au chanteur, chacun de ses départs) ; à
l’égard de l’orchestre, il a trouvé la structure
rythmique de chaque numéro et, à l’intérieur de
chacun d’eux, des phrasés qu’ils n’a pas gérés
en expert-géomètre ou en commissaire aux comptes (une
nouvelle fois, notre regard se tourne vers la « grande boutique
» au début de cette année) mais qu’il a conduits
avec la souplesse d’un chat, précis mais bonhomme, qui
jouerait du jazz. Ainsi une partition vit-elle, pleinement et
chaleureusement, servie par musicien-né et par un praticien
d’abord soucieux de faire vivre la musique (de la musique
médiévale au théâtre-musical), avant de la
faire sonner. Parmi les générations
postérieures, un seul suit un chemin similaire : Hugo Reyne.
À quand les suivants ?
Quant au plateau vocal, il fut
de belle tenue. Notamment le couple central : après avoir
maintes fois chanté Tolomeo, Christophe Dumaux effectue
là de remarquables débuts en Giulio Cesare :
théâtralement, il en magnifie les diverses facettes, et
vocalement, il en maîtrise toute la tessiture, pourtant assez
grave. D’emblée, il surgit comme un des meilleurs titulaires
de ce rôle. Les éloges que nous lui adressions dans le
récent Akhmatova, à l’Opéra-Bastille, sont ici
renouvelés et montrent tout le talent de ce jeune chanteur.
À ses côtés, Sonya Yoncheva, dont la
carrière internationale impressionne, n’usurpe pas le soutien
que Placidó Domingo lui apporte : elle allie un timbre dense
et assez sombre mais d’une séduisante douceur. Grâce
à elle, Cleopatra existe dans toute sa complexité et
est autant une femme amoureuse (presque malgré elle) qu’une
souveraine qui, par tout moyen, tente d’enrayer le déclin de
son empire. Elle offre là une de ces compositions
scéniques et vocales qu’il est difficile d’oublier. Soyons
rassurés : Giulio Cesare vit encore ! "
- Opéra Magazine - juillet/août
2011
"L'Atelier Lyrique de
Tourcoing sait ne pas pouvoir rivaliser avec les « grandes
» scènes en termes de moyens mais, une fois encore, il
nous démontre qu'avec peu, on peut faire beaucoup. Il s'agit
donc d'une production minimaliste, non seulement pour des raisons de
coût, mais aussi de mobilité, puisqu'elle a
été donnée à Reims, à Brest et
à Versailles, dans les jours précédant les
représentations tourquennoises.
Pas de réel
décor, mais une scène ouverte sur les
côtés avec des chaises, une toile où l'on peut
projeter quelques images et jouer sur les lumières et, au
milieu du plateau, deux grands triangles de parquet, l'un pointant
vers le fond de scène, l'autre vers la salle, formant ainsi
une sorte de losange coupé en deux. Ce dispositif simple se
révèle particulièrement efficace pour
créer de nombreux espaces dramaturgiques, à
l'intérieur desquels semble même se dégager une
hiérarchie qui sied parfaitement au genre de l'opera seria.
Avec l'appui des éclairages de Rémi El Mahmoud,
Christian Schiaretti utilise souvent très bien les zones de
jeu dont il s'est doté. Souvent, mais pas toujours. D'une
part, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y avait plus encore
à en tirer, notamment dans l'évolution des rapports
entre Cesare et Cleopatra, mais aussi dans l'utilisation de l'espace
séparant les demi triangles. D'autre part, les chanteurs sont
un peu trop souvent plantés là pour chanter leurs airs.
Au crédit encore du metteur en scène, il faut noter que
les Égyptiens ne sont pas tournés en ridicule, du
début à la fin, comme c'est si souvent le cas. À
noter, également, les très beaux costumes d'inspiration
XVIIIe.
La baguette de Jean-Claude
Malgoire cisèle un Haendel élégant, mais pour
qu'un Giulio Cesare soit vraiment réussi, il faut aussi des
chanteurs. Nous attendions avec gourmandise les débuts de
Christophe Dumaux dans le rôle-titre, lui qui est
déjà le meilleur Tolomeo de ces dernières
années. Registres contrastés mais unis, chant incisif
et constamment expressif, aisance dans la vocalise comme dans
l'élégie, trilles ... voici, peut-être, le Cesare
le mieux chantant que nous ayons jamais entendu. Ajoutez à
cela une aisance scénique telle qu'on le croirait né
sur les planches, et ce qu'il nous offre se résume en deux
mots : admirable et exemplaire !
Malhyeureusement, le reste de
la distribution est très loin d'atteindre un tel niveau.
Aigreur du timbre, notes glissées ... on connaît les
défauts de Dominique Visse (Tolomeo), mais on retrouve
toujours avec plaisir son abattage et son sens de l'effet. Achilla,
Nireno et Curio sont correctement campés, mais que de
lourdeurs et d'absence de nuances chez les autres ! Sonya Yoncheva,
aigus forte et manque de souplesse, ne laisse jamais penser qu'elle a
la voix pour Cleopatra. La Cornelia d'Alessandra Visentin est plus
raide encore, avec un chant engorgé à souhait. Quant
à Lina Markeby, dans le rôle travesti de Sesto, on est
vraiment sceptique devant cette respiration haute, cette voix
fragmentée dont l'émission, souvent tendue, semble
nécessiter des prouesses de contorsions.
Un spectacle très bien
conçu, que l'on aurait envie de revoir affiné et,
surtout, mieux distribué."
- Kassel - Staatstheater
- 12, 16, 19, 27, 30 mars 2011 - dir. Alexander
Hannemann - mise en scène Dominique Mentha - décors
Werner Hutterli - costumes Anna Ardelius - avec Inna Kalinina
(Giulio Cesare), Jürgen Appel (Curio), Stefanie Schaefer
(Cornelia), Maren Engelhardt (Sesto), Nina Bernsteiner
(Cleopatra), Igor Durlovski (Tolomeo), Geani Brad (Achilla),
János Ocsovai (Nireno) - nouvelle production
- Ferrare - Teatro Communale
- 11, 13 mars 2011 - Ravenne
- 18, 20 mars 2011 - Modène - Teatro Communale - 8,
10 avril 2011 - Accademia Bizantina - dir. Ottavio Dantone - mise
en scène Alessio Pizzech - décors Michele Ricciarini
- costumes Cristina Aceti - lumières Marco Cazzola - avec
Sonia Prina (Giulio Cesare), Eleonora Buratto (Cleopatra),
Riccardo Novaro (Achilla), Josè Maria Lo Monaco (Cornelia),
Filippo Mineccia (Tolomeo), Paolo Lopez (Sesto), Floriano D'Auria
(Nireno), Andrea Mastroni (Curio) - nouvelle coproduction avec
Teatro Comunale Alighieri di Ravenna; Fondazione Teatro Comunale
Pavarotti di Modena; Händel Festspiele Halle; Teatr Wielki
Poznan; Musiksfests Bremen

- Palais Garnier
- 17, 20, 23, 27, 29 janvier, 1er, 4, 7, 10, 12, 14, 17
février 2011 - Orchestre du Concert d'Astrée et
Choeur de l’Opéra national de Paris - dir. Emmanuelle
Haïm - mise en scène et costumes Laurent Pelly -
décors Chantal Thomas - lumières Joël Adam -
dramaturgie Agathe Mélinand - chef du Choeur Patrick Marie
Aubert - avec Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Varduhi Abrahamyan
(Cornelia), Isabel Leonard (Sesto), Natalie Dessay (17, 20, 23,
27, 29 janvier, 1er, 4, 7 février) / Jane Archibald (10,
12, 14, 17 février) (Cleopatra), Christophe Dumaux
(Tolomeo), Nathan Berg (Achilla), Dominique Visse (Nireno), Aimery
Lefèvre (Curio)



"De l'Egypte ancienne à
nos jours, des ambiances graves aux plus légères, la
nouvelle production de l'opéra de Haendel "Guilio Cesare",
présentée à l'Opéra national de Paris
avec pour vedette la soprano Natalie Dessay, navigue sur un
étrange mélange des genres.
Emmanuelle Haïm assure la
direction musicale de l'oeuvre à la tête de son
orchestre baroque du concert d'Astrée, accompagné des
choeurs de l'Opéra de Paris, dans une mise en scène de
Laurent Pelly....
Pour décor, la remise
d'un musée où s'entassent des bustes sur des
étagères métalliques et où s'activent des
travailleurs en costumes de toutes les époques de
l'Antiquité à nos jours. Pendant les trois actes de
l'opéra, ils ne cesseront d'aller et venir transportant des
colonnes, des caisses, des tableaux de différentes
époques, ou de gigantesques statues.
"Le tragique, l'émotion
viennent surtout de la musique, du rythme aussi, mais la partie
comique n'est pas négligeable", affirme le metteur en
scène qui "évoque le traitement à l'eau de rose
de la grande Histoire" dans cet opéra. "La plupart des
ouvrages que j'ai montés se maintenaient sur le fil entre le
léger et le grave, la mélancolie et l'humour",
assure-t-il.
D'emblée, le ton est
donné quand les bustes installés sur les
étagères du musée se mettent à chanter
comme s'ils étaient des choeurs, alors qu'une tête
monumentale, celle de Pompée, est apportée à
César.
Une autre gigantesque statue
couchée, tel un Toutankhamon, est traînée sur la
scène et c'est sur elle que Cléopâtre,
interprétée par une Natalie Dessay aux cheveux
très courts, vêtue d'une robe en voile blanc
transparent, va évoluer un temps, alliant prouesses vocales et
acrobaties.
Puis, sur un diable
destiné à transporter les marchandises, elle est
amenée devant César, interprété par le
contre-ténor américain Lawrence Zazzo, les rôles
principaux masculins étant traditionnellement joués par
des castrats dans ce type d'opéra. Femme légère
et aguicheuse, Cléopâtre danse, presque nue, devant les
ouvriers du musée et prend des poses langoureuses sur une
caisse où se lit l'inscription "fragile".
La mise en scène a fait
grincer des dents une partie du public. Mais Cléopâtre a
ému par la profondeur de son chant et suscité de
nombreux applaudissements."
"Trois heures et demie de
musique plus deux entractes, soit un spectacle, commencé
à 19 h et terminé à 23 h 25. A l’issue d‘une
telle performance, Natalie Dessay qui chantait pour la
première fois le rôle de Cléopâtre, ne
montrant aucune fatigue, se mit à danser dans sa longue
tunique transparente de vamp d’où jaillissaient un, voire deux
(faux) seins. Aguicheuse, langoureuse, elle s’est bien amusée
notre diva nationale, nous aussi. Courant sur la barbe d’une
gigantesque statue de pharaon allongé, elle s’assit en guise
de trône sur un amoncellement de caisses de bois
marquées "fragile".
Le metteur en scène
Laurent Pelly a situé l’opéra de Haendel (1685-1759)
non pas sur les rives ensoleillées du Nil mais dans les
sombres réserves d’un musée imaginaire,
vraisemblablement celui du Caire. Dans ce lieu un peu terne, des
travailleurs impavides transbahutent des statues, des colonnes et
d’autres antiquités. Les gags se multiplient: au premier acte
les voix des chœurs sortent de bustes en faux marbre, aux bouches
déformées et aux visages animées par le chant.
Tandis que brillent dans ces fameux airs da capo
–répétés plusieurs fois– les héros de
l’Histoire, on voit défiler, portées par des
restaurateurs ou des magasiniers, des peintures qui se rapportent
à Cléopâtre et à Jules César, dont
un temple de l’Amour d’Hubert Robert et un irrésistible
tableau du très pompier Alexandre Cabanel. Tout cela distrait
mais ne diminue jamais l’intérêt du chant et de la
musique. A la tête de sa formation, le Concert d’Astrée,
la chef Emmanuelle Haïm joue joliment mais sans envol et sans
humour une partition qu’elle allonge à plaisir tant
visiblement elle l’aime. On aurait souhaité plus de punch.
Natalie Dessay vocalise avec
délices et même si sa voix n’a pas le charnu
espéré, elle met tant de sensualité dans son jeu
qu’elle est irrésistible. Le contre-ténor Lawrence
Zazzo possède son interprétation de César depuis
longtemps. Formidable, le Ptolémée de Christophe Dumaux
est ambigu à merveille. Dans un petit rôle, celui de
Nireno, le haute-contre Dominique Visse semble sortir d’un
Astérix. Voix splendide et pleine, celle de
l’Arménienne Varrduhi Abrahamyan en Cornélie
(épouse de Pompée). Mais la révélation de
la soirée est Sextus, fils de Cornélie et de
Pompée, qui cherche à venger son père
assassiné par Ptolémée. Il est chanté par
la mezzo américaine Isabel Leonard travestie : un nom à
retenir dans cette belle production d’un opéra baroque qui est
l’un des plus célèbres."
- Forum Opéra - 27 janvier 2011 - Le
grand défi d'Archibald
"Cette nouvelle production de
l’Opéra de Paris pour Giulio Cesare, très attendue,
succède à celle, certes pas toujours parfaite, mais
plutôt efficace et même ludique de Nicholas Hytner,
datant de 1987, qui fut d’ailleurs reprise deux fois sous
l’ère Gall, en 1997 et en 2002, cette dernière avec
Marc Minkowski à la tête des Musiciens du Louvre. De
surcroît, Laurent Pelly a construit sa mise en scène
autour de la personnalité très médiatisée
de Natalie Dessay, la « soprano préférée
des Français » qui chante pour la première fois
sur scène le rôle de
Cléopâtre.
Malgré le succès
rencontré avec ses précédentes mises en
scène, il est vrai dans un registre parfois plus léger
: Platée, La Belle Hélène, La Grande Duchesse de
Gerolstein, l’Elixir d’Amour, il faut bien reconnaître que le
résultat est cette fois décevant. Le «
système Pelly » ne fonctionne pas avec cet opéra
complexe et contrasté – un des plus grands de Haendel – qui,
comme tous les chefs-d’œuvre, résiste à un traitement
trop réducteur.
L’idée de situer
l’action dans un musée n’est pas nouvelle, Robert Carsen s’y
était risqué avec plus ou moins de bonheur pour
"Armide" de Lully au TCE. Certes, les personnages historiques et les
œuvres d’art nous interpellent, certes ils nous renvoient comme un
miroir à notre identité contemporaine, face aux gloires
du passé. Pelly ne va cependant pas jusqu’au bout de son
propos, il s’essoufle dans la surcharge et la
répétition, et finit par se prendre les pieds dans le
tapis. Et Dieu sait s’il y en a, des tapis, dans ce
bric-à-brac muséal teinté d’orientalisme, y
compris celui dans lequel Cléopâtre est «
livrée » à César à la fin. Chez
Mankiewicz, c’était au début, mais qu’importe.
Très vite, tout cela se délite, s’enlise pour finir par
lasser et engendrer un certain ennui.
Côté fosse, on
retrouve un peu le même problème et il est clair que les
langueurs crépusculaires d’Orlando, il y a peu au TCE,
conviennent mieux aux qualités de chambriste et
d’orfèvre d’Emmanuelle Haïm que ce bouillonnant «
théâtre des passions » qu’est Giulio Cesare. Sa
direction trop égale confine souvent à la monotonie,
même si les sons qu’elle tire de l’orchestre sont plutôt
charmeurs, voire capiteux. Elle réussit mieux dans
l’élégie, mais manque de punch dans les pages plus
dramatiques de la partition. Il est clair que la conception de
Minkowski en 2002 était autrement plus vivante, dynamique, et
théâtrale.
Pris dans un tel étau,
les interprètes ont quelque peine à faire exister leur
personnage. Incontestablement, c’est Isabel Leonard – Sesto - et
Varduhi Abrahamyan – Cornelia - qui, ce soir-là, tirent leur
épingle du jeu. L’une, Leonard, pour sa voix fraîche,
vibrante de mezzo clair, son enthousiasme juvénile, presque
adolescent et la pureté de son style. L’autre, Abrahamyan,
remarquée au TCE dans Rinaldo où elle avait brillamment
remplacé Sonia Prina souffrante, pour son timbre sombre
d’authentique contralto, son phrasé irréprochable et la
noblesse de son incarnation. Leur magnifique duo « Son nata per
lacrimar », à la fin de l’acte I, fut un des rares
moments d’émotion de cette longue
soirée.
Le Giulio Cesare de Lawrence
Zazzo, sans démériter, est assez falôt et
plutôt éloigné du conquérant que l’on
attend. Son chant est impeccable, mais sans grand relief. Il est vrai
que ce rôle, prévu pour un castrat, en l’occurrence
à la création, le grand Senesino, Haendel
préférait l’attribuer, quand il n’avait pas de castrat
sous la main, à un contralto féminin, selon lui plus
adéquat qu’un contre-ténor, qu’il utilisait
plutôt pour le répertoire d’oratorio. Christophe Dumaux,
qui possède une voix plus claire, livre cependant une
interprétation de Tolomeo un peu terne, bien loin de
l’ambiguïté perverse et maléfique qu’y mettait
Behjun Mehta dans ce même théâtre il y a quelques
années. Même Dominique Visse, inénarrable et
incontournable en Nireno, qu’il a beaucoup chanté,
paraît amorti. Aimery Lefèvre tient dignement le
rôle de Curio, mais Nathan Berg, qui affiche une méforme
notoire en Achilla est contraint de parler ses dernières
phrases au lieu de les chanter.
Venons au cas de Cleopatra,
chantée ce soir - Natalie Dessay ayant déclaré
forfait pour deux dates - par Jane Archibald, prévue pour lui
succéder à partir du 10 février, et dont
c’était la première représentation «
complète » (elle avait dû terminer celle du 23,
Dessay étant déjà malade ce jour-là.)
Certes, pour elle, le challenge est majeur, toute la production de
Pelly étant conçue pour et autour de Dessay et il est
périlleux pour cette jeune chanteuse de se glisser dans un
costume – très, très, très léger –
prévu pour une autre. Incontestablement, Archibald est une
musicienne accomplie, à la technique vocale
irréprochable. Oui, mais voilà, bien que très en
précise, la voix est petite, le timbre agréable, mais
assez impersonnel, et si elle fait son miel des airs de
virtuosité, elle peine à convaincre et à
émouvoir dans le redoutable « Se pieta di me non senti,
et même dans « Piangero »…
On peut d’ailleurs
s’interroger sur le choix d’un soprano léger pour ce
rôle, ce qui vaut également pour Natalie Dessay.
Rappelons au passage que Sutherland et Caballé l’avaient
à leur répertoire et qu’à Garnier, Valerie
Masterson, Felicity Lott, Maria Bayo et Danielle de Niese s’y sont
illustrées. Beverly Sills, elle aussi le chanta, et avec brio,
mais c’est plutôt l’exception qui confirme la règle.
D’ailleurs il convient de souligner, dans cette version
dirigée par Emmanuelle Haïm, les cadences et
ornementations quasiment stratosphériques qu’on entend dans
certains airs, en particulier dans « Da tempesta », qui
évoquent plutôt une esthétique très «
dix-neuvième siècle », façon «air des
clochettes de Lakmé » que la fin du dix-huitième
siècle. Sutherland et Sills réunies n’auraient pas
osé, même en leur temps, sous peine d’être
taxées de coquetterie excessive."
- ConcertoNet - 17 janvier 2011 - Des
réserves pour Jules César
On attendait beaucoup de la
première production baroque commandée par Nicolas
Joël : ce Jules César n’est guère une
réussite, ni musicalement ni
scéniquement.
Laurent Pelly est victime de
lui-même. De son goût pour la mise à distance
ironique : dans les réserves du Musée du Caire – et du
Louvre – les personnages ressuscitent à travers sculptures
antiques ou tableaux pompiers, manipulés par des magasiniers
très affairés, sinon perpétuellement
agités qui, à la fin, éteignent les
lumières et rentrent chez eux. Mais cette histoire d’amour et
de lutte pour le pouvoir sur fond d’invasion étrangère
et de guerre civile, dont l’actualité de ne se dément
nullement aujourd’hui, ne gagne rien à osciller
perpétuellement entre deux registres. Cela tue la
tragédie, avec une Cléopâtre moins fine politique
et grande amoureuse que soubrette, cocotte ou pensionnaire
délurée travaillée par Eros : l’opéra
flirterait presque, ici, avec le music-hall. On se croirait parfois
chez Astérix, alors que l’intrigue se suffit à
elle-même – Jules César n’est pas Le Roi malgré
lui, où le metteur en scène avait joué beaucoup
plus subtilement sur la mise en abyme. Le tragique n’est pourtant pas
évacué, il est même parfois assumé, comme
si l’on assistait à deux spectacles indépendants, entre
lesquels le lien ne se fait pas. Laurent Pelly est pris cette fois au
piège de sa vieille complicité avec Natalie Dessay pour
qui le spectacle semble conçu et à laquelle il demande
finalement la même chose que dans le répertoire comique.
La sensualité de l’Egyptienne en fait les frais, malgré
ce sein découvert dont on a tant parlé. Sentir que les
autres n’ont pas bénéficié du même
traitement accroît le malaise à la vue de ce Jules
César plutôt fait pour Favart ou Mogador,
hétérogène et éclaté. On se lasse
surtout très vite : l’apparition de Cléopâtre, au
deuxième acte, à travers un tableau crée une
atmosphère très artificielle de fête galante
libertine, le portrait bien connu de Haendel par Hudson y pèse
bien lourd, comme ensuite l’espèce de souk où pendent
des tapis, à la fois prison pour Cornélie et maison
close pour Ptolémée auquel on fait quelques
gâteries. Bref, on n’y croit pas, parce que Jules César
n’est pas une pièce de musée et n’a nul besoin de
ravalement. C’est d’autant plus dommage que la mise en scène,
signée de quelqu’un qui entend la musique, avait le
mérite de contourner la difficulté de l’aria da capo et
de ses reprises.
Les musiciens de
l’Opéra n’avaient pas voulu d’Emmanuelle Haïm pour
Idoménée. La voici avec son ensemble, dans une
situation plus confortable – on se demande d’ailleurs comment un
orchestre symphonique peut comprendre ses gestes. Un Concert
d’Astrée homogène, composé de solistes
remarquables – même le cor naturel résiste à
« Va tacito e nascosto » – et parfaitement
préparés, qui sonne cependant assez monochrome alors
que la partition de Haendel est une des plus colorées qui
soit. Et dont le chef, surtout, manifeste un sens du
théâtre limité, accompagnant – fort bien – les
chanteurs plutôt que de porter le drame et de lui donner le
souffle de la vie. Une complicité lie aussi Emmanuelle
Haïm à Natalie Dessay, notamment pour un disque Haendel
intitulé… « Cléopâtre », dont la
sortie, très médiatiquement orchestrée – le voir
et l’entendre partout finit d’ailleurs par lui nuire – accompagne les
représentations de Garnier. La troisième s’avère
fatale à la soprano française, rappelant les mauvais
souvenirs de sa Somnambule à Bastille : on l’annonce d’abord
malade, avant qu’elle soit remplacée, au troisième
acte, par Jane Archibald, qui n’attendra donc pas les
dernières pour être Cléopâtre. De fait, le
timbre semblait durci, voire aigri, et l’on sentait la voix à
la peine. Quoi qu’il en soit, nous avons toujours douté de la
vocation belcantiste de Natalie Dessay, de sa capacité
à varier les couleurs notamment – question d’école sans
doute, elle chante décidément italien comme elle chante
français. Et elle n’est pas naturellement
Cléopâtre, dont la tessiture, quels que soient les
ornements que l’on peut rajouter dans l’aigu, reste plus longue et
plus centrale qu’il y paraît, jusqu’à faire le bonheur
de certaines mezzos ; rien à faire : le médium, s’il
s’est étoffé, n’a pas encore trouvé son assise.
Du coup, Jane Archibald n’a rien à envier à sa consoeur
: une Zerbinette pourtant, elle aussi, mais dont le médium
tient bien… comme le contre-mi, qui chante un superbe «
Piangerò la sorte mia », avant un vertigineux « Da
tempeste il legno infranto ».
Souffrante également
Isabel Leonard, doublée en Sextus par une Marina Comparato
chantant à l’avant-scène devant un pupitre, ce qui est
assez gênant – mais la mezzo, familière de ce
répertoire, impressionne par sa maîtrise du rôle
et l’émotion qu’elle dégage. A tel fils telle
mère : beau timbre au service d’un style exemplaire, Varduhi
Abrahamyan incarne avec une dignité toute tragique la douleur
de Cornélie. Reste maintenant – passons sur le malcanto de
Nathan Berg en Achillas, auquel nous préférons le
Curion d’Aimery Lefèvre, pourtant réduit à la
portion congrue – à discuter de l’opportunité de
confier à des contre-ténors les rôles de castrat
contralto, à commencer par celui du héros. Il appelle
en effet une vaillance que n’a pas Lawrence Zazzo, dont le
médium, souvent à la limite de l’audible, ne
résiste que lorsque la voix se trouve à
découvert ou presque : si « Empio, dirò tu sei
» l’éprouve terriblement, malgré une aisance
certaine dans les vocalises, « Aure, deh, per pietà
» révèle une maîtrise du souffle, un legato
authentiquement belcantistes. Mais ce César tendrement
amoureux n’atteint pas à l’héroïsme du
conquérant romain. Christophe Dumaux, lui, se tire
plutôt bien d’affaire : un peu coincée dans le nez, la
voix ne s’en projette pas moins aisément et montre de
l’agilité, à défaut de rendre toute la fourberie
venimeuse du pharaon – dont la production fait surtout un
obsédé. Impayable Nirenus de Dominique Visse, un
habitué du rôle, vinaigré de timbre mais
impeccablement chanté."
- Lalibre.be - Emmanuelle
Haïm et Laurent Pelly signent un très décevant
“Giulio Cesare in Egitto”. Débuts mitigés pour la
soprano Natalie Dessay en Cléopâtre, qui n’est pas
à la hauteur de sa réputation.
"On disait que les personnages
de l’opéra étaient des statues qui prennent vie, la
nuit, aujourd’hui, dans les réserves du musée du Caire.
Et que les ouvriers du musée ne les voyaient jamais." Au
sortir du nouveau "Giulio Cesare in Egitto" que propose
l’Opéra de Paris, on a l’impression que la conception
dramaturgique de Laurent Pelly se résume à cette
idée, nullement novatrice au demeurant. Dans ce spectacle,
pourtant un des plus attendus de la saison lyrique, on cherchera en
vain quelque travail psychologique sur les personnages : à
l’éventuelle exception de Cornelia, tous sont peu ou prou
ridiculisés, transformés en archétypes sortis
d’"Astérix et Cléopâtre" et privés de
toute épaisseur. César est un hercule plus
velléitaire qu’impressionnant, Ptolémée une
caricature de méchant de BD et Cléopâtre une
midinette dépourvue de toute dignité royale et qui
frise plus d’une fois la vulgarité. Zizi Jeanmaire menant une
revue plutôt que la reine d’Egypte.
Certes - et David Mc Vicar l’a
prouvé de brillante façon dans sa mise en scène
de Glyndebourne, immortalisée au DVD - on peut rire ça
et là dans le célèbre opéra de Haendel,
mais de là à faire de cet opera seria une
comédie truffée de gags, il y a plus qu’un pas. Or la
mise en scène se réduit ici aux rencontres successives
entre les protagonistes, les ouvriers et la quasi-totalité des
accessoires, statues, colonnes, vitrines et tableaux en tous genres
qu’on peut trouver dans les réserves du musée. Une
agitation scénique permanente qui tente
désespérément de cacher un manque
d’idées, dans des décors sans valeur autre
qu’anecdotique, mis en lumière sans charme ni
originalité.
On aimerait pouvoir dire que
la musique console de cette débâcle
théâtrale. Faut-il incriminer le dispositif
scénique, si vaste que les voix n’ont derrière elle
rien qui puisse les renvoyer vers la salle, un orchestre trop fourni
(ou placé trop haut dans la fosse ?) ou un diapason trop bas ?
Toujours est-il que tous les chanteurs semblent, à un moment
ou à un autre, à la peine pour passer la fosse et se
projeter vers la salle. Lawrence Zazzo, contreténor
stylé et capable d’ornementations raffinées, a parfois
du mal à dominer le rôle-titre. Son collègue
Christophe Dumaux (Ptolémée) est brillant, mais un peu
mécanique. Sans être exceptionnelles, les deux mezzos
(Varduhi Abrahamyan en Cornelia, Isabel Léonard en Sesto) sont
celles qui s’en tirent le mieux, tandis que Nathan Berg (Achille
pathétique) et Dominique Visse (Nireno usé) sombrent
corps et biens.
On espérait beaucoup -
trop, sans doute - de la première Cléopâtre de
Natalie Dessay (son nouveau CD, paru chez Virgin, reprend d’ailleurs
tous les airs du rôle), et on est déçu.
Débuts trop tardifs ? Manque de couleurs, attaques parfois
imprécises, intonation pas toujours irréprochable :
même si la virtuosité reste là, l’extraordinaire
chanteuse n’est pas à la hauteur de sa réputation. Et
l’extraordinaire comédienne se contente de faire des
pitreries, de faire du Dessay, et cela ne fait plus rire. Dommage
car, quand elle cesse de bouger dans tous les sens - "Se pieta di me
non senti" ou le fameux "Piangero" - l’émotion peut
naître.
Emmanuelle Haïm porte sa
part de responsabilité dans le naufrage. Certes, son Concert
d’Astrée sonne superbement, mais les tempi sont trop
réguliers, trop linéaires - et parfois même trop
rapides, comme dans le duo "Son nata a lagrimar" - pour
émouvoir. Le sens musical ne suffit pas à créer
le sens théâtral."
- ResMusica - Haendel remisé dans les caves
!
"Avec le ticket gagnant «
Pelly-Dessay », nombreux étaient les spectateurs à
miser leurs attentes sur une affiche pour le moins prometteuse. Et
pourtant, c’est bien de ces deux stars du monde lyrique qu’est venue
la relative déception occasionnée par cette nouvelle
production de Giulio Cesare, un des opéras les plus accomplis
de Haendel.
Si le concept scénique
retenu par Laurent Pelly aurait peut-être été
original il y a une dizaine d’années, il donne aujourd’hui
l’impression de déjà vu et devient vite lassant
passé l’amusement des premiers instants. L’action se situe
dans les caves d’un musée, sans doute celui du Caire,
où sont amoncelés de toute part des bustes à
l’antique, des statues de marbre ou de granite, et autres vases ou
potiches rescapés de diverses fouilles archéologiques.
Giulio Cesare et Curio s’échappent de leurs vitrines,
Cléopâtre apparaît juchée sur le
gigantesque Ramsès de Memphis, et les personnages sont
régulièrement entreposés sur des diables
manipulés par les magasiniers du musée. Tout ce petit
monde – conservateurs, restaurateurs, autres machinistes – cohabite
avec les personnages du drame. S’agit-il de montrer que ces derniers
ne sont que les marionnettes d’un genre lyrique devenu lui-même
poussiéreux, tout juste bon à hanter les caves d’un
musée ? Nul ne le saura… Au deuxième acte, c’est dans
un défilé de toiles de maître qu’évoluent
les personnages du drame : Cléopâtre apparaît
à l’intérieur d’un tableau baroque au cours de la
scène du Parnasse, Nireno exhibe le portrait de Haendel par
Thomas Hudson au moment où Giulio entonne « Se in fiorito
ameno prato », etc. À quelques rares moments affleure le
parallèle qui permettrait d’identifier le personnel du
musée avec les armées romaines et égyptiennes.
Tout cela est bien peu pour
meubler trois heures et demie de musique ! En sacrifiant la puissance
du drame haendélien, essentiellement suscitée par la
dimension musicale, à l’anecdotique, au luxe gratuit des
reproductions archéologiques (fort belles au demeurant) et
à tout ce qui fait aujourd’hui « tendance », Pelly
ne fait que souligner les réelles difficultés qu’il y a
à faire sortir l’opera seria du poids de ses conventions.
D’autres metteurs en scène ont su pourtant
véritablement animer la succession d’airs qui constitue la
partition, et dégager la véritable
théâtralité d’une œuvre dont les clés
dramatiques ne sont pas, il est vrai, faciles à trouver.
Sur le plan vocal et musical,
heureusement, la soirée offrait davantage de satisfactions.
Lawrence Zazzo, dans le redoutable rôle de Giulio Cesare,
s’affirme aujourd’hui comme un des contreténors les plus
accomplis de sa génération, autant à l’aise dans
la vocalise débridée que dans le chant legato et
spianato : on aura rarement entendu un aussi beau « Aure ».
En début de soirée, pourtant, la relative faiblesse de
son registre grave – une constante pour les contreténors qui
abordent les parties toujours très graves du castrat alto
Senesino – le force à recourir aux notes de poitrine de
façon un peu intempestive. Très à l’aise en
Tolomeo, aussi bien vocalement que scéniquement, Christophe
Dumaux confirme qu’il est sous-employé par les scènes
lyriques françaises actuelles, et Dominique Visse, avec le
brin de voix qui lui reste, livre son habituel numéro comique
en Nireno. Dans les rôles plus tragiques, Varduhi Abrahamyan
déploie son superbe contralto pour les larmes de Cornelia, et
Isabel Leonard offre elle aussi une magnifique prestation dans le
rôle toujours aussi gratifiant, musicalement et
scéniquement, de Sesto. Nathan Berg est lui aussi parfait en
Achilla, même si le concept scénique lui fait accentuer
peut-être exagérément la dimension comique de son
personnage. Aimery Lefèvre, qui n’a pas grand-chose à
faire, se montre un fort compétent Curio.
Reste le cas Natalie Dessay.
La vocalité de la star française n’a jamais vraiment
convenu à la phrase haendélienne, et la tessiture
centrale de Cleopatra, qui convient idéalement à une
voix de mezzo léger (Bartoli, Kozena, autrefois Tatiana
Troyanos), ne met pas en valeur un instrument dont le médium a
toujours été désespérément pauvre
en harmoniques. Si Dessay réussit, grâce à son
jeu habile et toujours aussi fluide, à rendre vifs et
pétillants les airs légers de la première
moitié de l’ouvrage – « Non disperar », « Tutto
può », « Venere bella » –, si elle parvient
également, à force d’intelligence et d’imagination
musicales, à émouvoir dans « Se pietà
» et « Piangerò », elle évite de
justesse le désastre avec « Da tempeste », le
morceau où on l’attendait le plus. Déstabilisée
par une inquiétante panne vocale, terrassée par un trou
de mémoire, elle massacre la première partie de l’air,
mais parvient miraculeusement à se ressaisir et à finir
dignement la soirée.
Au pupitre, Emmanuelle
Haïm fait enfin ses débuts à l’Opéra de
Paris. Sa direction énergique et animée lui a valu les
acclamations du public, même si l’on pouvait déplorer un
certain manque d’imagination dans le choix des tempi et dans la
construction d’une atmosphère théâtrale.
En somme, en dépit de
l’agitation perpétuelle déployée sur
scène, c’est bien le manque de théâtralité
qui aura marqué une soirée décevante à
plus d’un titre. Peut-être la captation vidéo
prévue saura-t-elle apporter, avec la multiplicité des
plans, un peu de variété à un spectacle qui, vu
de la salle, semblait quelque peu tourner en rond."
- Webthea - Cléopâtre au musée
du Caire
"Emmanuelle Haïm et son
Concert d’Astrée, pour la première fois dans la fosse
de la grande maison parisienne – surélevée comme il
convient pour un ensemble baroque –, en font déferler les
arabesques en douceurs pétillantes, Laurent Pelly, metteur en
scène, y apporte sa dose de fantaisie décalée et
la diva Natalie Dessay, superstar des paradis lyriques, appose sa
signature, sa voix, sa présence, au haut d’une affiche dont
les places se sont arrachées jusqu’au dernier strapontin du
dernier rang de balcon.
Entré au
répertoire de l’Opéra de Paris en 1987, le
cinquième opus lyrique de Haendel avait conservé la
mise en scène souriante de l’Anglais Nicholas Hytner de
reprise en reprise jusqu’en 2002. Puis avait quitté la
scène parisienne, tandis qu’ailleurs elle fleurissait sous des
signatures variées Un Giulio Cesare hollywoodien de Peter
Sellars fut découvert à Nanterre, il y a une quinzaine
d’années, à Nancy, Yannis Kokkos en faisait une sorte
de roman photo d’égyptologie, au Théâtre des
Champs Elysées, Irina Brook adoptait un style vacillant entre
Bécassine et les Pieds Nickelés, à Amsterdam
puis à Bruxelles le couple Karl-Ernst et Ursel Hermann en
tirait un spectacle de pure féerie (voir webthea des 30
octobre 2006, 5 mars 2007, 29 janvier 2008). De réussites en
ratages ou dérapages, la sublime musique de Haendel, le livret
subtil de Nicola Francesco Haym déjouaient toutes les ruses,
tous les partis pris.
Pour Laurent Pelly, metteur en
scène voltigeur de quelques jolis triomphes (Platée de
Rameau, Ariane à Naxos, à l’Opéra de Paris, La
belle Hélène et quelques autres Offenbach au
Châtelet, le pari était difficile. Que faire de plus ?
Comment faire autrement ? L’idée lui vint d’un musée
où les personnages, peints ou statufiés, prendraient
vie dans les réserves et remettraient en chair, en os, en
passions et batailles les péripéties de l’Empereur de
Rome tombé raide amoureux de la reine d’Egypte, dont le nez,
comme on sait, aurait pu changer la face du monde. Ce musée
ressemble comme un jumeau à celui du Caire, son
bric-à-brac amplifié dans ses coulisses et ses
réserves où s’entassent bustes de pierres, statues de
marbres, tableaux, tapis, vitrines, caisses de bois brut et plateaux
roulants que manipulent – en musique - une équipe
d’employés-choristes-figurants qui s’agite en salopettes ou
caftan, calottes ou tobis vissés sur le crâne… Le
décor de Chantal Thomas, volontairement en surcharge, manque
d’espaces où respirer librement. Le grand Jules en costume
couleur de pierre grise y est doublé d’une sculpture sur pied,
l’irrésistible Cléopâtre arrive alanguie sur sa
propre effigie, la tête du pauvre Pompée
assassiné s’est raidie dans le marbre et se laisse
traîner en laisse…
C’est enlevé en ironie
avec une sorte de sourire en coin – les bustes chantant du premier
acte sont désopilants -, c’est parfois brouillon ou
éclairé à contre sens, un spot braqué sur
une chaise vide tandis le personnage – Sesto par exemple – chante
dans l’ombre. D’un acte à l’autre, les ambiances alternent les
styles, les costumes – toges à l’antique, crinolines
romantiques, des tableaux défilent, paysages à la
Caspar Friedrich, portrait de Haendel par Thomas Hudson ou imageries
de Cléopâtre par John William Waterhouse, Cabanel ou
autre Bridgeman…
Homme de théâtre,
Pelly est avant tout excellent directeur d’acteur. Avec les lui, les
chanteurs deviennent comédiens et visiblement ils s’en
régalent. Sa connivence avec Natalie Dessay date de 1997 quand
il la dirigea dans Orphée aux Enfers à Lyon et
Genève. Depuis, leur compagnonnage se renouvela une
demi-douzaine de fois à travers Richard Strauss, Claude
Debussy, Donizetti, Verdi et même Michel Legrand… Leur plaisir
de travailler ensemble fait tache d’huile sur l’ensemble de la
distribution. La cohésion, la bonne humeur, sont palpables, au
chant s’ajoute une jubilation des corps qui se joue notamment des
pièges des arias da capo. Reprises et
répétées dans des poses et chorégraphies
ludiques, elles constituent une mosaïque d’intentions,
tantôt loufoques, tantôt dramatiques en accord avec la
musique et les rebondissements du livret.
A mains nues, Emmanuelle
Haïm fait danser les violes, théorbes, clavecin, luths,
harpes et hautbois de son Concert d’Astrée en raffinements
respectueux, presque trop sages. Haendel pétille comme un
Crémant auquel il manque le petit grain d’un Champagne grand
cru, les bulles swinguées d’un René Jacobs quand il
dirige le Freiburger Barockorchester. Les voix sont magnifiques :
Lawrence Zazzo qui connaît son César comme son double
pour l’avoir chanté sur bien des scènes du monde
démarre un peu en roue libre puis peu à peu retrouve
les aigus et les velours de son timbre de contre-ténor, la
Cornelia de la mezzo arménienne Varduhi Abrahamyan allie
à merveille le pathétique de son personnage à la
sensualité de sa voix, Christophe Dumaux/Tolomeo a pris bien
de l’assurance depuis son Giasone de Cavalli au Vlaamse Opera
d’Anvers (voir webthea du 28 mai 2010) et retrouve le mordant de sa
tessiture révélé dans cet autre Haendel, Jephta
de l’Opéra National du Rhin (webthea du 31 mars 2009). Le
Sesto ado rebelle, piaffant et joliment en voix d’Isabel Leonard
constitue une jolie révélation. Pareil à
lui-même, toujours fou-fou, fofolle, Dominique Visse fait son
inusable numéro en Nireno… Enfin celle qu’on attend : «
la » Dessay, coquine, féline, les nichons à l’air,
elle se glisse en Cléopâtre à la façon
d’une gamine en crise, entre naïveté et provocation,
toujours aussi nature et délurée, roucoulant ses
coloratures et poussant ses contre fa, sans effort apparent, aussi
naturelle que quand elle se brosse les dents… Le jeu est intact, la
présence mutine mais sa magie d’autrefois a pris de la patine.
On ne ressent plus le choc, on se contente de subir le
charme."
- L'Humanité - Quoi de neuf entre
César et Cléopâtre ?
"Nous n’en sommes pas encore
aux amours de Marc-Antoine et de la reine d’Égypte, qui ne
seraient peut-être pas grand-chose sans Liz Taylor et Burton
dans le film de Mankiewicz, mais tout juste au début des
aventures de Cléopâtre, soit donc sa rencontre avec
Jules César, sa prise du pouvoir et l’élimination de
son frère Ptolémée, lequel a voulu
lui-même écarter sa sœurette et liquider son Jules.
L’opéra de Haendel, composé en 1724, nous conte donc
l’affaire par le menu, chacun des personnages défilant
à son tour pour tenir sa partie, ce qui donne donc pendant
trois bonnes heures une suite rare de récitatifs, applaudis
comme il se doit et particulièrement quand il s’agit d’une
star comme Natalie Dessay, en séductrice, dont les voiles ne
font que dévoiler les charmes.
Les autres premiers
rôles ne sont pas en reste, quand bien même le goût
de l’époque allait aux voix de castrats, laissant aux seconds
rôles des registres vocaux plus vulgaires, traduits ici en voix
de contre-ténors pour César (Giulio Cesare – Lawrence
Zazzo) et Ptolémée (Toléméo – Christophe
Dumaux). On aura remarqué sinon Isabel Leonard dans les
personnages de Sesto (fils de Pompée que
Ptolémée a fait assassiner), juste et authentique, sans
effets inutiles, et de Cornelia (veuve de Pompée), pour son
timbre. Le tout avec à la direction d’orchestre Emmanuelle
Haïm assurée, rompue au baroque avec son Concert
d’Astrée.
On pourrait en rester
là, ce qui est une option, mais qui implique de ne pas
répondre à une seule question. Que nous disent
aujourd’hui les amours de César et de Cléopâtre??
À cela, semble-t-il, avec tout son savoir-faire, Laurent Pelly
a choisi de ne pas répondre. L’idée de faire
évoluer les personnages dans les réserves
d’antiquités d’un grand musée, qui pourrait être
le Louvre, est d’emblée séduisante mais n’a pas
convaincu. Elle tourne court et parfois trop vite, jusqu’à
détourner l’attention à certains moments des
personnages. Or le problème est là.
S’il y a un sens dans cet
opéra, il ne peut être que dans ce qui a
été écrit par Haendel et par son librettiste, et
c’est ce à quoi il faut donner une véritable chair. Des
astuces de jeu, flirtant parfois avec la BD, n’y suffisent pas. Que
faire, alors?? Peut-être tenter de retrouver la
vérité de Haendel en son temps et ce que disaient, aux
spectateurs du XVIIIe?siècle, les amours des princes, leur
soif de pouvoir, leurs conspirations et leurs artifices. Il ne s’agit
en rien d’en tenir, d’une façon figée, pour la
tradition mais de chercher l’authenticité dramatique dans les
problèmes du temps, de même qu’il faut, pour comprendre
qu’il se passe quelque chose dans un tableau de Poussin ou de David,
approcher ce qu’ils ont dit en leur temps et avec les moyens de son
temps. Ce ne semble, sinon, que de la peinture d’histoire, même
si on en rafraîchit les couleurs. De ce point de vue, les
quelques scènes où Laurent Pelly, pratiquant le
mélange des siècles, fait apparaître des
personnages en costumes du XVIIIe?siècle semblent les plus
vraies et, partant, les plus modernes, ce qui semble la direction la
plus pertinente."
- Classica - mars 2011 - César ou
Astérix
"Laurent Pelly a sans doute
sous-estimé Jules César : l'empereur de Haendel avait
pourtant déjà défait de nombreux metteurs en
scène, certains fort respectés. Réunir ses
troupes dans la réserve du Musée égyptien du
Caire témoigne d'une stratégie astucieuse, mais il faut
ensuite la tenir. Or, à confondre idées et gags
(Natalie Dessay n'est pas toujours crédible en
Cléopâtre), l'inventif Laurent Pelly finit par
détourner le drame vers la comédie. Si son
métier lui perrmet de conserver la maîtrise de l'espace,
il ne peut pas toujours assurer la gestion du temps. Cette
demi-réussite oblige à se demander si l'opera seria et
ses conventions ont leur place dans le (trop) grand Palais Garnier.
Et pourquoi continuer à préférer des
contre-ténors aux épaules trop frêles (Lawrence
Zazzo bien fatigué dans le rôle-titre) à des
mezzo-sopranos qui porteraient mieux l'armure et le casque? Ce sont
d'ailleurs les dames qui retiennent l' attention, telles Varduhi
Abrahaamyan en Cornelia éplorée mais digne, Isabel
Leonard en Sesto belliqueux et impatient, et Emmanuelle Haïm en
vaillante meneuse d'orchestre. Mais cela ne suffit pas à
appporter les lauriers espérés."
- Dresde - Semperoper
- 23, 25, 28, 31 octobre 2010 - dir. Alessandro de
Marchi - mise en scène Jens-Daniel Herzog - décors,
costumes Mathis Neidhardt - lumières Stefan Bolliger -
chorégraphie Ramses Sigl - chef de choeur Christof Bauer -
dramaturgie Stefan Ulrich - avec Anke Vondung (Giulio Cesare),
Tomislav Lucic (Curio), Sofi Lorentzen (Cornelia), Stephanie
Atanasov (Sesto Pompeo), Laura Aikin (Cleopatra), Christophe
Dumaux (Tolomeo), Christoph Pohl (Achilla), Christopher Field
(Nireno)


- Opéra de
Baugé - Maine et Loire - Opéra
champêtre dans le Pays de la Loire - 30 juillet, 2, 4
août 2010 - dir. John K. Andrew - mise en scène
Bernadette Grimmett - avec Susan Jiwey (Cleopatra), Claudio Girard
(Tolomeo), Monika-Evelin Liiv (Cornelia)
- La Plata - Teatro
Argentino - Argentine - 25, 29 juillet, 1er août
2010 - dir. Facundo Agudín - mise en scène Gustavo
Tambascio - décors Daniel Bianco - costumes Graciela
Galán - avec Evelyn Ramírez / Vanesa Mautner (Giulio
Cesare), Fabrice di Falco / Damián Ramírez
(Tolomeo), Paula Almerares / Marisú Pavon (Cleopatra),
Cecilia Diaz / Mónica Sardi (Cornelia), Adriana
Mastrángelo / Gabriela Cipriani Zec (Sesto),
Sebastián Sorarrain / Mariano Fernández Bustinza
(Achilla), Damián Ramírez / Joaquín Sofredini
(Nireno), Mariano Fernández Bustinza / Ricardo Crampt
(Curio)
- Melbourne - Melbourne
Recital Centre - Elisabeth Murdoch Hall - 20, 22, 24,
26, 28, 30 juillet 2010 - dir. Richard Gill - mise en scène
Steven Heathcote - décors Stephen Curtis - costumes Alexis
George - avec Jessica Aszodi (Sesto Pompeo), Tobias Cole
(Tolomeo), Tania Ferris (Cornelia), Steven Gallop (Achilla), David
Hansen (Giulio Cesare), Anthony Mackey (Curio), Dimity Shepherd
(Nireno), Tiffany Speight (Cleopatra)

- Duisbourg - Theater der
Stadt - 20, 26 juin 2010 - Düsseldorfer
Symphoniker - dir. Rainer Mühlbach - mise en scène
Philipp Himmelmann - costumes Gesine Völlm - avec Günes
Gürle (Cesare), Marta Marquez (Cornelia), Theresa Kronthaler
(Sextus), Sylvia Hamvasi (Cleopatra), Gunther Schmid
(Ptolemäus), Laimonas Pautienius (Achillas), Daniel
Djambazian (Nireno)

- Salle Pleyel -
9, 12 février 2010 - version de concert - Les Arts
Florissants - dir. William Christie - avec Cecilia Bartoli
(Cleopatra), Andreas Scholl (Giulio Cesare), Nathalie Stutzmann
(Cornelia), Philippe Jaroussky (Sesto), Christophe Dumaux
(Tolomeo), Rachid Ben Abdeslam (Nireno), Umberto Chiummo
(Achilla), Andreas Wolf (Curio)
"Une soirée majuscule.
Ne serait-ce que par la durée : près de 5 heures,
entracte compris. Pourtant, à la fin du concert, largement
passé minuit, le public refuse de partir pour laisser
éclater sa joie. Une soirée majuscule aussi par
l’affiche qui, dans Giulio Cesare, réunit Salle Pleyel une
poignée de nos étoiles actuelles : William Christie,
Cecilia Bartoli, Philippe Jaroussky, Andreas Scholl, Nathalie
Stutzmann, etc. Raison pour laquelle, à peine ouvertes
à la vente, les deux dates annoncées (les 9 et 12
février) étaient déjà complètes.
Il a fallu, pour faire face à la demande, en ajouter une
troisième (le 14 février) dont les places se sont
arrachées aussi vite. Une affiche prestigieuse donc mais aussi
originale car essentiellement masculine quand le disque nous a
habitué à des distributions plus féminines :
Jennifer Larmore, Marijana Mijanovic dans le rôle de
César ; Marianne, Rørholm, Anne-Sophie Von Otter dans
le rôle de Sesto si l’on s’en tient aux deux versions de
référence, René Jacobs (Harmonia Mundi 1991) et
Marc Minkowski (Archiv 2001).
Le sexe des chanteurs conforme
à celui de leur personnage, voilà qui n’est pas
très baroque et qui, surtout, modifie les rapports auxquels
nous sommes habitué. C’est évident dès la
première scène où Cornelia – Nathalie Stutzmann
– se montre plus impériale, et impérieuse, que
César lui-même : Andreas Scholl dont le
tempérament vocal s’accommode mal d’héroïsme.
Question d’affinité plutôt que de virtuosité. Le
souffle reste long, la vocalise souple mais un timbre que le temps a
feutré et une projection limitée achèvent de
faire de cet empereur un contemplatif qui ne se réalise
vraiment que dans le recueillement (« Alma del gran Pompeo
») ou dans la poésie (« Aure, deh, per pieta »
avec, dans ce dernier air, quelques notes suspendues du meilleur
effet). William Christie lui épargne d’ailleurs le redoutable
« Quel torrente, che cade dal monte», seule coupure
relevée dans une version quasi intégrale au point
d'inclure l’air de Nireno « Chi perde un momento ». Rachid
Ben Abdeslam y laisse entrevoir un talent affûté.
Ce parti-pris de tessiture
donne aussi un autre relief au rôle de Tolomeo qui, de fait,
n’est plus le seul contre-ténor – ou presque - de l’histoire.
Moins différent, moins inquiétant, moins pervers.
D’autant que le timbre de Christophe Dumaux ne présente pas
cette étrangeté qui fait du frère de
Cléopâtre un personnage malsain en plus d’être
malfaisant. Au contraire, la voix est franche, l’émission
naturelle. La présence du chanteur parachève un
portrait qui, dans ces conditions, présente autant de noblesse
que celui de César.
Même changement
d'équilibre entre Cornelia et Sesto dont le rapport
mère-fils perd de sa tendresse vocale avec un duo moins
céleste que lorsque deux voix de femme l’interprètent.
Nathalie Stutzmann, grande figure tragique dans son arioso « deh
piangete », s’y montre moins sonore que Philippe Jaroussky.
Difficile, à vrai dire, de rivaliser ce soir avec le
contre-ténor français dont le chant, varié dans
les reprises, magnifié par un legato infini, envoûte
autant qu’il transporte, provoquant parmi les spectateurs des
débordements d’enthousiasme, malgré la demande faite de
ne pas applaudir durant le spectacle afin de ne pas en allonger la
durée.
L’autre triomphatrice de la
soirée, c’est évidemment Cecilia Bartoli qui trouve en
Cléopâtre matière à faire scintiller
toutes les facettes de son art. Une fois reconnue l’intelligence de
la caractérisation, frappe la maîtrise absolue de la
syntaxe belcantiste : l’imagination dans les variations et la science
de l’ornementation qui donne son sens à chaque note. Dans la
première partie, le « Non disperar » avec ses «
Chi sa » impertinents prend une dimension qu’on ne lui
soupçonnait pas. L’interprétation culmine dans un
« se pietà di me non senti » à fleur de
lèvres, qui submerge d’émotion la salle mais aussi la
cantatrice, en larmes à la fin de l’aria. Est-ce l'ordre du
Mérite remis par l'écrivain Dominique Fernandez durant
l'entracte ? La deuxième partie laisse un sentiment plus
mitigé comme si Cecilia Bartoli avait oublié
Cléopâtre pour redevenir La Bartoli. Défaut
particulièrement flagrant dans l’agitato de « Piangero la
sorte mia » et plus encore dans « Da tempeste il legno
infanto » où l’écriture plus centrale et les
difficultés accumulées poussent la cantatrice dans ses
retranchements, à la limite de l’autocaricature.
A chacun son Haendel. Qu’il
nous soit permis de le préférer latin quand la
direction de William Christie le drape d’une majesté toute
britannique. De la grandeur mais aussi de la froideur dans une
partition où une orchestration inventive donne plusieurs fois
aux instruments solistes l’occasion de briller. Dommage que le cor
dans « Va tacito e nascosto », comme le premier violon dans
« Se in fiorito ameno prato » ne sachent pas la
saisir."
- Opéra Magazine - mars 2010 - 9
février 2010
"Imagine-t-on un opéra
de Haendel autrement que comme une fête vocale ? Même si
le livret de Giulio Cesare, concocté par Nicola Francesco
Haym, est dramatiquement d'une solidité à toute
épreuve, et si sa perspicacité psychologique ne faiblit
jamais, ce sont les chanteurs que l'on attend. Leurs rôles
exigent une technique irréprochable et une justesse expressive
infaillible, surtout lorsque l'ouvrage est donné en concert,
l'absence de mise en scène focalisant encore davantage
l'attention sur les interprètes, qui deviennent eux-même
objet de spectacle.
Mais imagine-t-on un Giulio
Cesare sans Cesare ? La classe, l'allure d'Andreas Scholl, la
séduction de son médium et de son aigu, ne cachent pas
l'inexistence de ses notes graves ; l'acoustique de la Salle Pleyel
ne favorisant pas les voix, il peine à se faire entendre dans
un rôle dont la tessiture est trop basse pour lui (comme pour
beaucoup de contre-ténors). Sombre et prenant, le timbre de
Nathalic Stutzmann confère à Cornelia noblesse et
dignité ; mais la projection yocale est
irrégulière, et le registre inféricur sonne
très mat.
On ne peut dire que du bien
d'Andreas Wolf, jeune baryton plein d'assurance, d'Umberto Chiummo,
solide et stylé, et de Rachid Ben Abdeslam, dont l'humour fait
mouche. Christophe Dumaux a désormais gagné ses galons
de vedette ; de Tolomeo, qu'il a chanté à Chicago,
à Vienne, à Glyndebourne avant de s'attaquer, l'an
prochain, à Cesare, il traduit ayec esprit les humeurs
changeantes, l'instabilité, les instincts criminels. Qu'il
s'effondre sur le sol après sa mort ... et le fou rire menace
ses partenaires !
Place aux étoiles du
jour, Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli. De Sesto, le premier
possède l'ardeur juvénile, la fraîcheur
d'âme; comme toujours, la vélocité, la
musicalité sont irréprochables, et la
variété des couuleurs est exquise. Ses airs,
délivrés avec une facilité déconcertante,
sont autant de moments de bonheur. Et que dire de Bartoli !
Fantastique bête de scène, elle met le public dans sa
poche en quelques secondes. De la jeune reine d'Égypte, elle
n'ignore rien, la rouerie, la légèreté, le
charme envoûtant ; vocalises vertigineuses, legato parfait,
nuances enchanteresses, jusqu'à des pianissimi impalpables,
rien ne l'arrête, sans oublier ces mots italiens auxquels le
naturel de sa diction confère rondeur et chaleur. On attend le
fameux «Piangero la sorte mia» du troisième acte,
ses contrastes, son émotion : il est tel qu'on
l'espérait, instant de grâce dans une soirée qui,
en dépit de sa longueur (plus de quatre heures et demie),
paraît trop courte. À l'entracte, Dominique Fernandez
remet à cette amoureuse de la France (sa culture et,
précise-t-elle, sa cuisine !) la médaille d'officier de
l'Ordre national du Mérite, qu'elle accepte ayec sa
spontanéité coutumière.
William Christie est au
pupitre de ses Arts Florissants, joyeux trentenaires en pleine forme.
À quelques bribes près, il donne l'ouvrage sans
coupures, et le dirige ayec une verve, un entrain, un sens de la
progression du discours, qui font que le théâtre n'est
jamais très loin. Royalement fêté, Haendel ne
peut que se réjouir."
- Diapason
- avril 2010 - Sans regret
"Tout était
prévu, séances photos comprises, pour que le Giulio
Cesare donné en (trois) concert(s) salle Pleyel soit
publié cet automne par Decca, avec Bartoli et Scholl en
couverture. Disque d'or assuré, avec Christie à la
baguette et surtout Jaroussky en Sextus, mais projet annulé
après la générale, décision clairvoyante
si l'on en juge par la soirée du vendredi. La première
demi-heure laissait tous les espoirs : Ouverture flamboyante,
Cornelia trop virile mais noble et tragique (et demie) de Stutzmann,
Jaroussky en grande voix, Scholl plus retenu mais fort d'une
autorité subtile ... qui part en fumée dès que
la diva croise son chemin. Un astre si puissant laisse
forcément dans l'ombre cet art supérieur de la
demi-teinte. Quelle idée, quand on y pense - idée de la
diva. Et quel danger supplémentaire pour le César de
Scholl, de se mesurer à ce Sextus formidablement
juvénile et fier.
Mais la déception
véritable, car imprévisible, vient de Bartoli
elle-même, moins épanouie et libre qu'hier à
Zurich, avec Minkowski. Christie l'oriente vers un personnage plus
sensuel, insinuant, léger, bref, sur les pas de sa
Cléopâtre de Glyndebourne, Danielle de Niese. En
admirable pro, l'Italienne joue un jeu qui la déstabilise dans
les deux premiers airs, et finalement la porte au triomphe dans
«Da tempeste». Entre-temps, un «Se Pietà»
poignant mais loin des verrtiges de 2005, et un
«Piangerà» commplaisant dans son extase ... et tout
de même fascinant.
On ne s'ennuie pas en telle
compaagnie, mais quatre heures et demie durant, on suit la ribambelle
des airs sans être porté par l'urgence humaine du
théâtre. Défaut inhérent à une
version de concert ? Minkowski, dirigeant la même œuvre
à Poissy avec un plateau de rêve, a prouvé que
non. Christie lui oppose une élégance, parfois une
ironie savoureuse, mais s'essouffle dès le milieu du 1 puis
s'économise par intermittence, ou distrait l'attention avec
quelques pincées de poudre aux yeux à défaut de
la soutenir (doublures agrestes de pipeau, reprise
indéfendable du «Se pietà» au violon solo).
On regrette le disque pour un seul moment : le terrible duo
Cornelia-Sextus, dans lequel Stutzmann et Jaroussky portent à
la fois toute la douleur du monde et toute sa tendresse."
- Theater Dortmund -
Opernhaus - 24, 31 janvier, 3, 19 février, 10,
18 mars, 15 avril, 22 mai, 11 juin 2010 - dir. Motonori Kobayashi
- mise en scène Lukas Hemleb - décors Roland
Aeschlimann - costumes Andrea Schmidt-Futterer - chef de choeur
Granville Walker - avec Matthew Shaw (Cesare), Ji-Young Michel
(Cornelia), Maria Hilmes / Vera Semieniuk (Sesto), Christina
Rümann (Cleopatra), Alon Harari (Tolomeo), Brian Dore
(Achilla), Marko Spehar (Curio) - nouvelle production

- Dresde - Semperoper
- 13, 16, 19, 23, 26, 28 décembre 2009, 2
janvier, 6, 13, 19, 20 mai 2010 - dir. Alessandro de Marchi - mise
en scène Jens-Daniel Herzog - décors, costumes
Mathis Neidhardt - lumières Stefan Bolliger - chef de
choeur Christof Bauer - dramaturgie Stefan Ulrich - avec Anke
Vondung / Hadar Halevi (Giulio Cesare), Michael Eder / Tomislav
Lucic (Curio), Christa Mayer (Cornelia), Janja Vuletic / Antigone
Papoulkas Sesto (Pompeo), Laura Aikin / Cornelia Götz
(Cleopatra), Max Emanuel Cencic / David DQ Lee (Tolomeo),
Christoph Pohl /Simon Schnorr (Achilla), Christopher Field
(Nireno) - nouvelle production


- Lodz - Teatr Wielki -
Pologne - 12, 13 décembre 2009, 10 janvier 2010
- dir. Paul Esswood / Lilianna Stawiarz - mise en scène
Artur Stefanowicz - décors Ewa Bloom-Kwiatkowska -
lumières Wojciech Pus - chorégraphie Edyta Waslowska
- chef de choeur Anna Domanska - avec Anna Werecka / Olga Maroszek
(Giulio Cesare), Patrycja Kujawa / Anna Terlecka (Cleopatra),
Malgorzata Domagala / Malgorzata Domagala (Cornelia), Kinga
Borowska / Martyna Kasprzyk (Sesto), Bartek Rajpold / Grzegorz
Hardej (Tolomeo), Pawel Erdman / Mateusz Cieslak (Achilla), Damian
Ganclarski / Damian Ganclarski (Nireno), Bartosz Szulc / Andrzej
Mankowski (Curio) - nouvelle production
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 23, 27 octobre, 2 novembre 2009, 8, 13,
18, 22, 25, 29 avril 2010 - Düsseldorfer Symphoniker - dir.
Rainer Mühlbach - mise en scène Philipp Himmelmann -
costumes Gesine Völlm - avec Günes Gürle (Cesare),
Marta Marquez (Cornelia), Theresa Kronthaler (Sesto), Sylvia
Hamvasi (Cleopatra), Gunther Schmid (Tolomeo), Laimonas Pautienius
(Achilla), Daniel Djambazian (Nireno)
- Varsovie - Warszawska
Opera Kameralna - 15, 17, 19, 21 octobre 2009 -
Soloists Ensemble of the Warsaw Chamber Opera - Early Instruments
Ensemble of the Warsaw Chamber Opera - Musicae Antiquae Collegium
Varsoviense - dir. Wladyslaw Klosiewicz - mise en scène
Marek Weiss - scénographie Marlena Skoneczko - avec Anna
Radziejewska (Giulio Cesare), Slawomir Jurczak (Curio), Dorota
Lachowicz (Cornelia), Jacek Laszczkowski (Sesto), Olga Pasiecznik
(Cleopatra), Jan Monowid (Tolomeo), Jaroslaw Brek (Achilla), Karol
Bartosinski (Nireno)

- Théâtre de
Kiel - 10, 17, 30 octobre, 15 novembre, 5, 27
décembre 2009, 10 février, 11 mars, 9 avril, 11 mai,
10 juin 2010 - dir. Rubén Dubrovsky - mise en scène
Silvana Schröder - décors, costumes Andreas Auerbach -
avec Antonio Giovannini / Flavio Ferri-Benedetti (Cesare), Eleni
Voudouraki (Cornelia), Amira Elmadfa (Sesto), Heike Wittlieb / Sen
Acar (Cleopatra), Tomohiro Takada (Tolomeo), Kyung-Sik Woo
(Achilla) - nouvelle production

- Beaune - Cour des Hospices
- 11 juillet 2009 - en version de concert - Al Ayre
Espanol - dir. Eduardo Lopez Banzo - avec Lawrence Zazzo (Giulio
Cesare), Juliette Galstian (Cornelia), Maria Riccarda Wesseling
(Sesto), Marita Solberg (Cleopatra), Antonio Giovannini (Tolomeo),
Riccardo Novaro (Achilla)
- Diapason
- septembre 2009
"13 juillet 1991 : miracle
dans la basilique Notre-Dame de Beaune, (presque) pas une note ne
manque au Giulio Cesare in Egitto de Handel que dirige René
Jacobs dans l'élan de l'enregistreement réalisé
à Cologne, référence toujours,
égaalée peut-être, mais non surpassée. 11
juillet 2009 : même lieu, même œuvre, substantiellement
racccourcie cependant, jusqu'à rompre le fil des
péripéties en un dénouement parfaitement
incongru. Mais Eduardo Lopez Banzo sait réinsuffler du drame
à travers la vaste palette chromatique d'Al Ayre Espanol, tant
au continuo, qu'il mène d'un clavecin fantasque, qu'à
l'orchestre, qui respire large sur ses assises graves, même aux
tempos les plus prestes - et ils le sont souvent.
Surtout, Lawrence Zazzo,
César ailleurs plus véloce, impose d'emblée un
théâtre, tant par la pose, le regard, que par ce
contre-ténor conquérant et conséquent, car
authentiquement alto. Si le mezzo grand teint, un peu bon à
tout faire de Juliette Galstian assèche Cornelia de larmes
conveenues, le timbre courroucé de Maria Riccarda Wesseling
projette idéalement l'obsession vindicative de Sesto. Et c'est
avec une plénitude nouvellement conquise que Thomas
Dolié forge le métal chauffé à blanc
d'Achilla, alors que le falsetto fielleux d'Antonio Giovannini se
contente de batifoler ostensiblement dans l'aigu. Vraie
révélation enfin, la Cleopatra en velours de soie de
Marita Solberg. Sans doute l'accent, où pointent les
proomesses d'un tempérament, porte-t-il la marque d'une
fraîcheur encore univoque. Pourtant les ressources vocales
semblent infinies, matière charnue et ductile, lumineuse mais
pertinemment ambrée, agilité grisante de
facilité, de naturel cultivé. Vite d'autres Handel, des
Mozart. .. tout ce qu'elle voudra! "
"Ce concert enthousiasmant ne
cherche pas à rivaliser avec la version très
complète dirigée in loco par René Jacobs en
1991. Les coupes, assez larges, sont comme toujours discutables.
Elles permettent ainsi l’économie de deux rôles : Curio
et Nireno qui disparaissent. Certains da capo ont été
coupés et bien des airs omis. C’est à ce prix que cette
version a avancé sans répits et sans trop
d’incohérences, dirigée de main de fer dans un gant de
velours par un Eduardo Lopez Banzo survolté.
Il est rare d’entendre un
orchestre si puissamment décidé à porter
l’action. Les tempi très allants en général ont
permis dans les moments élégiaques de laisser
l’émotion s’imposer. L’orchestre a apporté à la
partition un feu latin à la chaleur communicative. La
distribution, sans faille, a associé de grands habitués
de cet opéra et des prises de rôles toutes
réussies. On ne présente plus Lawrance Zazzo en
Haendelien confirmé. Son César a été
chroniqué sur scène à plusieurs reprises
(Bruxelles et Paris), et ses interprétations haendeliennes au
disque sont toutes réussies, en duo ou en intégrale.
Pourtant à Beaune il n’a pas toujours tenu ses promesses en
début de soirée avec des vocalises peu sures (trop
molles ou même brutales), certains trilles non
réalisés et la fabrication d’un son grave caverneux qui
peut paraître trop artificiel. Il a retrouvé sa superbe
par la suite. Reste la taille d’une voix confortable et une relation
charmeuse avec le public, qui ainsi lui a tout pardonné...
À ses cotés Marita Solberg a fait des débuts
remarqués avec sa première Cléopâtre. La
voix essentiellement lyrique est d’une grande beauté avec une
quinte aigue resplendissante. Elle s’est pliée avec
grâce aux exigences du rôle sachant orner les da capo
avec aisance. C’est elle qui a été victime du plus
grand nombre de coupes avec quatre airs en moins. Le maestro Lopez
Banzo aurait pu lui faire d’avantage confiance car elle a tout pour
incarner la superbe reine d’Egypte. Obligée de se
réserver pour ces airs les plus sublimes elle termine
l’opéra en tirant la lumière à elle.
Après l’intense émotion de « Se pieta » et
« Piangero », l’aria « Da tempeste » pris dans un
tempo rapide a été tout à fait sidérant.
Le timbre est crémeux, la sûreté de la technique
subjugue, le vibrato est parfaitement maîtrisé, les
attaques sont précises, les vocalises subtiles et les aigus
victorieux. Les variations dans le bas médium signalent un
registre grave timbré sans poitrinage excessif. Une voix
à suivre qui a été heureusement
distribuée dans Haendel. Cette première
interprétation encore un peu appliquée ne demande
qu’à évoluer sur scène pour devenir incarnation
car la cantatrice norvégienne est ravissante.
À côté de
cette voix splendide Maria Riccarda Wesseling ne pâlit pas et
son timbre fruité et son énergie font merveille dans
les airs de Sesto. La technique est parfaite avec des trilles
subtilement préparés et des vocalises souples et
précises à la fois, avec une belle
homogénéité sur toute la tessiture, et quels
beaux aigus ! La sensualité de sa voix lui permettrait de
chanter Cléopâtre. En fait la grande
féminité de cette voix de mezzo, qu’elle avait
subtilement déployée dans un CD Haendel
chroniqué par notre confrère Jacques Schmitt, ne
convient pas vraiment au rôle de Sesto. C’est le seul petit
accroc dans la distribution. Mais l’énergie et l’abattage
contribuent à le faire oublier. Autre sacrifié, Thomas
Dolié n’a que quelques airs et récitatifs pour donner
tout son poids au personnage d’Achillas. Le timbre est superbe,
l’autorité naturelle de la voix et la maîtrise parfaite
des vocalises lui permettent d’envisager d’autres personnages de
Haendel. Ce jeune baryton aborde ce rôle avec beaucoup
d’aplomb. Le timbre somptueux de Juliette Galstian, sa noblesse et
son aisance lui permettent de s’emparer du rôle de
Cornélia dont les plaintes et la grandeur romaine sont
parfaitement rendues. La sensibilité douloureuse et
aristocratique dans le duo avec Sesto a été magnifique.
Pltolomée est un rôle délicat car il
nécessite une précision dans les vocalises qui doivent
démontrer la violence et la cruauté du personnage tout
en restant fougueux et jeune. Le choix du contre-ténor Antonio
Giovannini est excellent. La voix est projetée comme un dard
sur toute la tessiture, condensée dans le masque et sans
faiblesse. Le timbre n’est pas très riche en harmoniques mais
comme concentré. Il rend parfaitement justice à ce
rôle avec des vocalises précises comme des coups de
poignard. Un nom à retenir.
L’orchestre a
été de bonne tenue avec une énergie que rien
n’arrête. Le premier violon est sorti vainqueur de l’aria avec
César qui n’est pas arrivé à répondre
à ses superbes trilles. Hautbois, harpe et basson dans les
arias obligés sont d’excellents partenaires, seul le cor solo
a un peu déçu. Ce millésime du festival de
Beaune en son deuxième week-end est excellent, dominé
par un chef très énergique et une
Cléopâtre dont il conviendra de suivre le parcours tant
la voix de Marita Solberg est belle et ductile."
- Glyndebourne -
22, 26, 29, 31 mai, 4, 07, 10, 14, 19, 23, 26, 28 juin, 3 juillet
2009 - Glyndebourne Festival Opera - Orchestra of the Age of
Enlightenment - dir. Laurence Cummings - mise en scène
David McVicar - décors Robert Jones - costumes Brigitte
Reiffenstuel - lumières Paule Constable -
chorégraphie Andrew George - avec Sarah Connolly (Giulio
Cesare), Patricia Bardon (Cornelia), Stéphanie d'Oustrac
(Sesto), Danielle de Niese (Cleopatra), Christophe Dumaux
(Tolomeo), Guido Loconsolo (Achilla), Rachid Ben Abdeslam
(Nireno)


- Duisbourg - Theater der
Stadt - 9, 13, 18 avril, 12 juin 2009 - Duisburger
Philharmoniker - dir. Andreas Stoehr - mise en scène
Philipp Himmelmann - costumes Gesine Völlm - avec Günes
Gürle (Cesare), Marta Marquez (Cornelia), Kristen Leich
(Sextus), Alexandra von der Weth (Cleopatra), Heikki
Kilpeläinen (Achillas), Gunther Schmid (Ptolemäus),
Daniel Djambazian (Nireno)
- Bloomington - Indiana
University Opera - États Unis - 27, 28
février, 6, 7 mars 2009 - dir. Gary Thor Wedow - mise en
scène Stefano Vizioli - décors Robert O'Hearn

- Schwerin -
Mecklenburgisches Staatstheater - Allemagne - 31
janvier, 13, 27 février, 9 décembre 2009 - dir.
Matthias Foremny / Martin Schelhaas - mise en scène Roland
Velte - décors Michael Engel - costumes Dorothea Jaumann -
chef de choeur Ulrich Barthel - avec Steve Wächter (Giulio
Cesare), Frank Blees (Curio), Dshamilja Kaiser (Cornelia), Sarah
van der Kemp (Sesto), Ulrike Maria Maier (Cleopatra), Roman
Grübner (Tolomeo), Andreas Lettowsky (Achilla), Christian
Hees (Nireno)
- Bilbao - Abao -
17, 19, 21, 23 janvier 2009 - Al Ayre Español - dir.
Eduardo López Banzo - mise en scène Yannis Kokkos -
avec Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Patricia Ciofi (Cleopatra),
María Riccarda Wesseling (Sesto Pompeo), Christianne
Stotijn (Cornelia), Christophe Dumaux (Tolomeo), Marife Nogales
(Nireno), Gezim Myshketa (Achilla), Alberto Arrabal (Curio)

- Séville - Teatro de
la Maestranza - 22, 24, 26, 28 novembre 2008 - version
de concert - Orquesta Barroca de Sevilla - dir. Andreas Spering -
mise en scène Herbert Wernicke et Bjorn Jensen -
décors, costumes Herbert Wernicke - lumières Hermann
Münzer - avec Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Pau Bordas
(Curio), Marina Rodriguez-Cusí (Cornelia), Tuva Semmingsen
(Sesto), Elena de la Merced (Cleopatra), David Hansen (Tolomeo),
José Julián Frontal (Achilla), David Sagastume
(Nireno) - production de Gran Teatre del Liceu de Barcelona -
Theater Basel
- Kansas City - Lyric
Theatre - 8, 10, 12, 14, 16 novembre 2008 - dir. Ward
Holmquist - décors Ming Cho Lee - costumes Mary Traylor -
lumières Michael Baumgarten - avec David Walker (Giulio
Cesare), Scott Conner (Curio), Gloria Parker (Cornelia), Christine
Brandes (Cleopatra), Andrew Harris (Achilla), James Plante
(Nireno), José Lemos (Tolomeo)
- Opéra de
Göteborg - 13, 17, 21, 25, 28 septembre, 1er, 4,
10, 19, 25 octobre 2008 - dir. Laurence Cummings - mise en
scène David Radok - décors Ivan Theimer - costumes
Ann-Mari Anttila - lumières Torkel Blomkvist --
chorégraphie Håkan Mayer - avec William Towers
(Giulio Cesare), Markus Schwartz (Curio), Charlotte Hellekant
(Cornelia), Ann-Kristin Jones (Sesto), Ida Falk Winland
(Cleopatra), Yaniv d'Or (Tolomeo), Åke Zetterström
(Achilla), Marianne Schell (Nireno)
- Glimmerglass -
6, 12, 14, 20 juillet, 1er, 5, 9, 17, 21, 23 août 2008 -
dir. David Stern - mise en scène Robin Guarino -
décors John Conklin - costumes Gabriel Berry -
lumières Robert Wierzel - avec Laura Vlasak Nolen (Cesare),
Lyubov Petrova (Cleopatra), Aurhelia Varak (Sesto), Gerald
Thompson (Tolomeo), Lucia Cervoni (Cornelia), Jonathan Lasch
(Achilla), Anthony Roth Costanzo (Nireno) - nouvelle production

- Opéra Magazine - novembre 2008 - 9
août 2008
"Situé par Robin
Guarino à l’époque coloniale, pendant
l’entre-deux-guerres, Giulio Cesare est, sur le plan visuel, le
spectacle le plus réjouissant de l’été à
Cooperstown. Laura Vlasak Nolen campe un Cesare fanfaron, à la
voix sûre et puissante (parfois trop) même <s'l lui
faut encore apprendre à ne pas reprendre sa respiration de
manière aussi audible dans les roulades, pour s’affirmer comme
une authentique haendélienne.
Malgré quelques
stridences dans l’aigu à pleine voix, Lvubov Petrova chante
somptueusement en Cleopatra, avec un timbre rayonnant et des
embellissements aussi imaginatifs que pertinents. Physiquement, elle
possède en plus le sex-appeal du personnage imaginé par
le metteur en scène, mélange de Rhonda Fleming et Linda
Darnell.
Lucia Cervoni est
également une belle Cornelia, Aurhelia Varak apportant
à Sesto, en plus d’une vraie allure d’adolescent, une couleur
de voix idéalement androgyne et un style très
sûr. Gerald Thompson évoque curieusement Elena Souliotis
quand il chante Tolomeo, l’autre contre-ténor Anthony Roth
Costanzo, n’ayant que peu d’opportunités de faire valoir unu
talent prometteur, en raison de l’absence de l’air de
Nireno.
David Stern a, de toute
manière, largement coupé dans la partition : manquent,
entre autres, trois airs de Cleopatra « Tutto pus donna vezzosa
», « Tu la mia stella sei » et « Venere bella
» , tout en essayant de respecter les da capo. L’orchestre joue
bien mais, à certains moments (« Aure, deh, per
pietà »), par exemple, on aurait souhaité des
tempi moins nerveux."
- Salle Pleyel -
14 juin 2008 - Freiburger
Barockorchester - dir René Jacobs - version de concert -
avec Christophe Dumaux (Tolomeo), Malena Erman (Sesto), Nicolas
Rivenq (Achilla), Kristina Hammarström (Cornelia), Sandrine
Piau (Cleopatra), Lawrence Zazzo (Giulio Cesare)
- Miami - Carnival Center
- 26, 30 avril, 3, 6, 9, 11 mai 2008 - Fort Lauderdale - Broward Center - 15,
17 mai 2008 - mise en scène Mark Lamos - décors Paul
Steinberg - costumes Constance Hoffman - chef de choeur Douglas
Kinney Frost - avec Leah Partridge (Cleopatra), John Gaston
(Giulio Cesare), Brian Asawa (Tolomeo), Katherine Calcamuggio
(Sesto)

- Opéra de Lausanne -
Métropole - 18, 20, 23, 25 avril 2008 -
Orchestre de Chambre de Lausanne - dir. Ottavio Dantone - mise en
scène Emilio Sagi et Curro Carreres - décors et
costumes Jesús Ruiz Moreno - lumières Eduardo Bravo
- avec Andreas Scholl (Giulio Cesare), Elena de la Merced
(Cleopatra), Stéphanie d’Oustrac (Cornelia), Max Emanuel
Cencic (Sesto), Christophe Dumaux (Tolomeo), Riccardo Novaro
(Achilla), Florin Cezar-Ouatu (Nireno)


- Res
Musica - Andreas Scholl, César en miel - 20 avril
2008
"Quelles voix ! Quelle voix
d’abord ! Celle d’Andreas Scholl. Des couleurs de miel, des ocres
clair-obscurs, une rondeur si confortable qu’on se dit qu’aucun
effort n’est plus nécessaire à rien. Il berce, il
enchante, il s’envole. Sa technique irréprochable lui autorise
toutes les folies. Il monte, il monte, il monte comme si ses aigus ne
devaient jamais s’éteindre. Ses vocalises sont d’une
agilité stupéfiante et d’une intelligence musicale
remarquable. Cette aisance, ce talent ont tout naturellement
forgé la notoriété du contreténor
allemand. Une notoriété amplement justifiée qui
s’avère pourtant un handicap certain. Et parce qu’Andreas
Scholl est une star, on ne peut lui offrir d’autres rôles que
les premiers. A Lausanne, il est donc Jules César.
Malheureusement, une voix si belle, si douce, si
délicieusement ouatée n’est pas à l’image du
conquérant romain qui vient d’envahir l’Egypte. Mais comme on
accepterait de boire un cru exceptionnel dans de mauvais verres, on
se prend au jeu vocal de ce trop bon César. L’entendre est si
doux, si agréable qu’on oublie l’acteur emprunté,
incapable d’extérioriser ses colères ou ses sentiments
amoureux pour Cléopâtre. Quelle voix encore ! Celle de
la radieuse Cléopâtre de la soprano Elena de la Merced.
Même si son chant est plus lyrique que baroque, sa brillante
vocalité, sans stridence, parfaitement conduite, habite son
personnage avec ce qu’il faut de féminité pour jouer la
mutine Lydie cachant sa personnalité royale de
Cléopâtre avant de laisser s’épanouir la femme
amoureuse avouant sa passion pour César. Deux timbres superbes
dans une même femme. Quelle voix toujours ! Celle de la mezzo
Charlotte Hellekant offrant la grâce vocale de Cornélie.
Déjà interprète du rôle dans
l’enregistrement de Mark Minkowski avec Les Musiciens du Louvre, son
interprétation scénique de l’émouvante veuve de
Pompée ajoute à la chaleur profonde de sa voix.
Troublante, elle touche à l’essentiel lorsqu’elle demande
justice devant l’assassinat de son mari. Elle bouleverse aux larmes
dans le duo Je suis née pour pleurer qu’elle chante avec son
fils Sextus avant leur séparation. Quelle voix aussi ! Celle
du contreténor Max Emanuel Cencic, véritable
phénomène vocal récemment découvert sur
les scènes de nos théâtres. Il projette son
énergie dans ses violences et ses désirs de venger sa
mère et la mort de son père. Une énergie qui le
porte à une interprétation où la fougue se
mélange à l’excès. Mais qu’importe si parfois sa
ferveur l’entraîne au-delà de ses limites techniques, il
s’engage dans son personnage sans retenue. Quelle voix enfin ! Celle
du Ptolémée de cet autre contreténor, Christophe
Dumaux. Typée, pouvant passer de la douceur extrême
à la fureur la plus totale, Christophe Dumaux module son
instrument au fil du texte peignant son personnage aux couleurs de la
traîtrise, de la vilenie et du meurtre. Méchant de la
fable, marginal de la société, s’il possède le
rôle le plus caractérisé du drame, le
contreténor français en offre un aspect
théâtral très convaincant.
Avec la liberté
qu’Emilio Sagi s’octroie en coupant trois scènes du dernier
acte, privant ainsi le spectacle de sa raison d’être, à
savoir la disparition de Ptolémée, sa mise en
scène et sa direction d’acteurs restent le maillon faible de
cette production. Seuls les protagonistes les plus habitués de
la scène crédibilisent leurs personnages. Pour
d’autres, le manque de travail théâtral de leurs
personnages les dépeint sans enjeux. C’est ainsi que
malgré leurs voix exceptionnelles, Jules César est
souvent ridicule, Cléopâtre ondule comme une danseuse de
night-club pour touristes et Sextus s’identifie plus à un
malade hystérique qu’à un fils conscient de devoir
venger son père. Pourtant, les décors et les
éclairages sont remarquablement travaillés dans leur
dessein de soigner les ambiances et les lieux alors que le
décor ne change pas tout au long de l’opéra. De
même les costumes, le noir des Romains contrastant avec la
blancheur des costumes des Egyptiens, font l’objet d’un très
beau travail de caractérisation. En particulier la vaporeuse
robe de tulle blanc ceinte d’un large ceinturon de métal
doré que porte Ptolémée soulignant à
travers son dessin bisexué l’ambiguïté du
personnage. Dommage qu’Emilio Sagi n’a pas su raconter l’intrigue en
se servant du fil rouge de l’action, voire d’empoigner un parti pris
scénique cohérent, pour présenter un spectacle
parfait.
Peut-être à cause
de l’acoustique de la salle (ou de la place d’où votre
serviteur suivait le spectacle), l’Orchestre de Chambre de Lausanne
sous la direction d’Ottavio Dantone est apparu bien timide et souvent
étouffé. Reste qu’avec une pareille performance vocale,
presque tout est pardonnable. Le public ne s’y est pas trompé.
Il a ovationné les chanteurs avec une ferveur rarement
entendue à l’Opéra de Lausanne."
- Duisbourg - 20,
22 mars, 5, 12, 20, 22 avril, 4 mai 2008 - dir. Andreas Stoehr -
mise en scène Philipp Himmelmann - décors, costumes
Gesine Völlm - avec Günes Gürle (Cesare), Marta
Marquez (Cornelia), Kristen Leich (Sesto), Alexandra von der Weth
(Cleopatra), Heikki Kilpeläinen (Achillas) Gunther Schmid
(Tolomeo)

- Théâtre de
Caen - 6, 8 mars 2008 - dir. François-Xavier
Roth - Les Siècles - dir. François-Xavier Roth -
mise en scène Yannis Kokkos, Stephan Grögler -
décors, costumes Yannis Kokkos - lumières Patrice
Trottier - chorégraphie Richild Springer - dramaturgie Anne
Blancard - avec Delphine Galou (Jules César), Ingrid
Perruche (Cléopâtre), Elodie Méchain
(Cornélie), Stéphanie d'Oustrac (Sextus), Damien
Guillon (Ptolémée), Riccardo Novaro (Achillas),
Artur Stefanowicz (Nireno), Xavier Szymczak (Curio)
- Karlsruhe - 22,
24, 26, 28 février 2008 - dir. Michael Hofstetter - mise en
scène, décors, costumes Peer Boysen - chef de choeur
Carl Robert Helg - avec Franco Fagioli (Cesare), Ewa Wolak
(Cornelia), Tamara Gura (Sesto), Kirsten Blaise (Cleopatra),
Martin Wölfel (Tolomeo), Armin Kolarczyk (Achilla), Barbara
de Koy (Nireno / Curio) - nouvelle production


"En opposition totale
avec les raretés programmées d’ordinaire, le Festival
Haendel organisé par le Badisches Staatstheater de Karlsruhe
n'a pu miser que sur l’originalité de l’équipe Peer
Boysen/Michael Hofstetter pour créer l’événement
dans un ouvrage aussi connu que Giulio Cesare. Mais ce chef-d’oeuvre
impeccablement taillé aura paru, en définitive, moins
bien supporter l’interventionnisme de ces grands imaginatifs que les
ouvrages imparfaits qu’on leur avait livrés en pâture
lors des éditions précédentes (dont un
désopilant Giustino). Cette fois, une scénographie
étonnante et une mise en place musicale pleine de surprises
n’ont malheureusement pas fait oublier de nombreuses lacunes. On
apprécie par exemple assez peu le charcutage des
récitatifs, en vue de créer de toutes pièces un
personnage de clown triste/commentateur/accessoiriste
omniprésent, qui finit par paraître envahissant. De
même, l’accumulation sur scène d’objets improbables,
même s’ils sont souvent utilisés avec d’excellentes
intuitions comiques, fatigue à force de
répétitivité. Quant au dispositif unique
partiellement tournant, il ne varie pas assez les ambiances d’un
ouvrage très long (et encore plus long sous la direction
subtile, mais terriblement flâneuse, de Michael Hofstetter).
Enfin, même après quatre heures d’observation attentive,
on ne comprend toujours pas pourquoi tous les personnages romains
sont accoutrés en chasseurs tyroliens. Mais finalement, peu
importe...
Car, malgré
l’exubérance amusante de la direction d’acteurs, ce sont bien
ici les voix qui font la différence, le niveau de la
soirée montant et descendant en fonction du magnétisme
des solistes mis en vedette. Un palmarès où,
indiscutablement, le fascinant Cesare de Franco Fagioli l’emporte,
avec des moyens d’une aisance et d’une pertinence musicale
époustouflantes. Ni les vocalises escarpées du
rôle ni ses exigences d’ornementation ne lui posent le moindre
problème : il n’y a plus qu’à se laisser griser et
attendre avec gourmandise le da capo, principe qui, pour une fois,
n’est jamais vécu comme fastidieux. La différence avec
l’autre falsettiste de la distribution, Martin Wôlfel, qui
flotte un peu dans le personnage de Tolomeo, est malheureusement
patente.
Autres voix remarquables la
Cornelia d’Ewa Wolak, aux graves profonds toujours aussi
émouvants, et le superbe Achilla du jeune Armin Kolarczyk.
Dommage que Tamara Gura ait été souffrante :
scéniquement crédible, son Sesto turbulent souffle
d’une émission trop perceptiblement enrhumée. On
apprécierait aussi chez la Cleopatra piquante de Kirsten
Blaise un peu plus de rondeur dans l’aigu, l’émission restant
légèrement pincée dans cette zone de la
tessiture. Mais l’incarnation est convaincante, même quand le
metteur en scène l’enveloppe occasionnellement d’un costume de
Bibendum rose, aux rondeurs adipeuses certes hilarantes mais quand
même difficiles à porter !
Une soirée
inégale, qui fait parfois étinceler la musique de
Haendel avec une fraîcheur et un bonheur rarement vécus
à ce point d’intensité."
- Amsterdam -
Stadsschouwburg - 16, 17, 19, 20, 22, 23 février
2008 - Freiburger Barockorchester - dir. René Jacobs - mise
en scène Ursel Herrmann, Karl-Ernst Herrmann -
décors, costumes Karl-Ernst Herrmann - lumières
Karl-Ernst Herrmann - dramaturgie Klaus Bertisch - avec (16, 19,
22 février) Lawrence Zazzo (Giulio Cesare), Lionel Lhote
(Curio), Charlotte Hellekant (Cornelia), Monica Bacelli (Sesto),
Rosemary Joshua (Cleopatra), David Hansen (Tolomeo), Luca Pisaroni
(Achilla), Dominique Visse (Nireno) - (17, 20, 23 février)
Marijana Mijanovic (Giulio Cesare), Lionel Lhote (Curio),
Christianne Stotijn (Cornelia), Anna Bonitatibus (Sesto), Sandrine
Piau (Cleopatra), Tania Kross (Tolomeo), Luca Pisaroni (Achilla),
Dominique Visse (Nireno)
"Comme pour toutes
leurs productions d'opéra, Ursel et Karl-Ernst travaillent en
binome dans une optique organique, particulièrement exigeante
car l'un apporte à l'autre, une vision critique et formule des
propositions qui peuvent s'avérer décisives dans la
démarche particulière sur le geste et l'attitude des
corps, élément souvent fondamental et
emlématique de leur démarche. Le mouvement corporel
signifie autant que le chant. "L’attitude traduit toujours
l’état d’esprit du personnage, elle doit être
motivée." La ligne et la silhouette des figures chantantes
sont d'autant plus signifiantes qu'elles expriment sur un
décor relativement discret. La recherche du sens concerne
aussi la reprise des da capo: "Souvent, c’est très difficile,
parce qu’ils sont issus des conventions de l’époque. Le
metteur en scène d’aujourd’hui est tenu de les définir
et de les interpréter. Ce n’est pas une tâche
aisée, notamment parce que ce type d’aria est une forme
dérivée de la rhétorique. Quelqu’un exprime ses
idées ou sentiments, suivent alors des variantes, questions,
variations et objections, pour en revenir finalement à
confirmer ce qui était énoncé au départ.
Mais mis en texte et en musique, cela n’apparaît plus aussi
clairement. " L'apport des Hermmann se réalise dans la
perception des da capo dont il envisage un surcroît de sens et
donc l'approfondissement de l'évolution psychologique des
personnages: "Dans Giulio Cesare, il y a un seul cas où la
partie B apporte quelque chose de tout à fait nouveau : c’est
le largo de la première aria de Sesto, qui est très
éloigné de la partie A, le da capo. Dans ses œuvres
ultérieures, comme Semele, Haendel a nettement plus
accentué les différences entre partie A et partie B.
Là, il allait contre les conventions, tandis qu’ici, toutes
les arias obéissent plus ou moins au même schéma
formel. Il en va de même chez Mozart. Dans ses œuvres de
jeunesse, lui aussi est resté fidèle aux conventions,
dans Mitridate par exemple." Contre l'héroïsme cynique
souvent de mise dans notre perception actuelle du
théâtre baroque, les Herrmann souligne combien dans
Giulio Cesare, la courbe des climats psychologiques est justement
contrastée: Haendel y dépeint en de confondants
vertiges, le basculement fugace, la versatilité
émotionnelles de tous ses héros: chacun, y compris
Cesare, est capable de désespoir et d'angoisse fulgurante.
Haendel ne reproduit plus des types vocaux et musicaux, mais brosse
des portraits individuels, loin des caricatures dont on parle souvent
à l'encontre du genre conventionnel de l'opera seria."
(Classique.news)
- Opéra de Marseille
- 1er, 3, 5, 7 février 2008 - dir.
Kenneth Montgomery - mise en scène Yannis Kokkos -
décors, costumes Yannis Kokkos - lumières Patrice
Trottier - chorégraphie Richild Springer - avec Beth
Clayton (Giulio Cesare), Jane Archibald (Cleopatra),
Stéphanie d'Oustrac (Sesto), Marie-Ange Todorovitch
(Cornelia), Christophe Dumaux (Tolomeo), Marc-Olivier Oetterli
(Achilla), Lucie Roche (Nireno), Jean Teitgen (Curio) -
coproduction avec Opéra National de Nancy ;
Théâtre de Caen


"Disons-le d’emblée :
mise en scène, costumes, scénographie de Yannis Kokkos
sont d’un rare beauté, le décor, d’une exceptionnelle
et efficace intelligence... Ceci dit pour une déontologie
culturelle, on savoure en esthète la proposition de Kokkos :
l’Antiquité égyptienne ramenée aux années
20 coloniales. Le vaste hall d’hôtel ou de palais l’Art
Déco, décoré de monumentales frises
égyptiennes et grecques archaïques dans des teintes,
rousses, rousseâtres, pain d’épice, semble émaner
de la décoration même de l’Opéra de Marseille, du
cadre de scène en stuc beige veiné de marron et de son
haut-relief ocre. Un immense lustre à lames plates translucide
se hisse comme un salut au drapeau. Deux fauteuils club meublent le
plateau. Deux escaliers latéraux rouges, dont la
géométrie du profil des marches est soulignée de
blanc et de lumière dans la nuit, changeant de place selon les
scènes, seront tour à tour degrés et podium du
triomphe, descente du spectacle magique offert à César,
affrontés en pyramide anguleuse du défi, machines de
guerre. Des panneaux mobiles coulissants, dessinent avec
fluidité des espaces divers, publics ou intimes, avec des
fonds bleus étoilés de tombeau égyptien, dans
des lumières, du jour à l’ombre, d’un grand raffinement
(Patrice Trottier).
Élégante
soldatesque avec quelques smokings, les Romains sont en costumes
coloniaux, vareuse et casque blancs sur bottes et pantalons cavaliers
noirs, sauf Jules César, tête couronnée de
lauriers, qui arbore, en long manteau noir, la dignité de la
pourpre symbolisée par une longue écharpe rouge
à l’épaule. Une chorégraphie subtile (Rachild
Springer) synthétise et stylise leurs déplacements
d’automates militaires pliés aux défilés, aux
gestes saccadés. La cour égyptienne a des signes
d’Égypte ancienne, bras nus, coiffures, colliers, aux
attitudes de profil, aux gestes calqués sur le graphisme
schématique des bas-reliefs ; Cléopâtre est
escortée de deux superbes figures sombres de dieux gardiens,
Anubis, tête de chacal, et de Thot, tête d’ibis. De
grands vases canopes, à oreilles pointues de chien,
symbolisent avec humour le zoo de Ptolémée et, à
la fin, la triomphante Cléopâtre, en robe lamée
or et perruque, portera le pschent, la double couronne de
pharaon.
Le ramage est à la
hauteur de l’image, ainsi que la direction d’acteurs : enfantin jeu
de balle-boule du pouvoir entre Cléopâtre et son
frère, mais enjeu mortel ; jeu de dupes, du chasseur et de la
proie, gravissant ou descendant les marches entre César et
Ptolémée. Tout semble couler de source, tel
l’écoulement flottant de la cape bleue dont est drapé
César sortant de l’onde sains et sauf. L’orchestre mené
par Kenneth Montgomery réussit le prodige d’alléger
l’effectif orchestral et de le plier à la souplesse et au
phrasé baroques, sans solution de continuité entre aria
et récitatif, coulés dans un grand naturel. Le continuo
(Ivon Repérant, clavecin, Mauricio Buraglia, théorbe et
Anne-Garance Fabre Garrus, viole de gambe, est vif, inventif et le
corniste ironise et poétise son instrument dans l’air du
chasseur et l’apothéose.
Pour alléger le
spectacle, on a coupé quelques da capo (de Cornélie, un
de Sextus, un autre d’Achille) mais ces reprises, terreur des
metteurs en scène, sont habilement jouées
(César, sortant dans son air de l’oiseau, est ramené
sur scène par le trille du violon-ailé et se reprend
à jouer avec lui) et font sens par les variations et
confirmant avec vigueur la passion exprimée par les chanteurs.
Pour deux seuls «
baroqueux » (d’Oustrac et Dumaux), six prises de rôles,
des réussites. Si Jane Archibald, belle, aguicheuse,
provocante, coquette, cocotante, brodant et enfilant en virtuose les
vocalises voluptueuses comme des perles, émouvante dans ses
lamentations, est une Cléopâtre royale, Marie-Ange
Todorovitch, est impériale en Cornélie, noble
phrasé, dignité de la ligne et de la douleur, elle rend
plausible l’amour brouillon et immédiat, impatient, de ses
trois amants. Blottie comme un enfant dans le fauteuil club, s’y
dressant comme une juvénile statue de la vengeance, visage
convulsé, regard halluciné, affûtant ses aigus
comme des lames, émettant des graves brûlants comme une
lave révoltée dans ses airs de fureur, Stéphanie
d’Oustrac, frémissante, délirante, fait vivre Sesto
avec une rare intensité tragique. Ptolémée
hirsute, hystérique, insolite, destructuré et
décadent, le contre-ténor Christophe Dumaux, hoquette,
crache ses vocalises comme un aspic venimeux. En amoureux transi,
Marc-Olivier Oetterli, donne à Achilla une expressive rudesse
militaire dans sa déclaration amour à la veuve. Lucie
Roche et Jean Teitgen, sans aucun air, réussissent à
s’imposer dans les récitatifs. Avec une technique
impressionnante, un timbre rond et sans faille dans une tessiture
grave redoutable et des vocalises hallucinantes, dans le rôle
titre, Beth Clayton est desservie par ce vaste opéra. Triomphe
romain à Marseille pour César."
- Opéra Magazine - mars 2008
"Marseille n’étant pas
vraiment réputée pour son attachement à
l'opéra baroque, il y avait quelque audace à programmer
Giulio Cesare. Audace tempérée par le fait que le
chef-d’oeuvre de Haendel, regorgeant d’airs d’une virtuosité
ébouriffante, de sentiments amoureux contrariés et
d’actes héroïques en tout genre, cristallise une
très large palette d'émotions propre à soutenir
l’attention des spectateurs pendant un peu plus de trois
heures.
Créé l'an
dernier à Nancy avec une distribution presque
entièrement différente, le spectacle de Yannis Kokkos
s'autorise une transposition coloniale bien pensée, sans pour
autant faire preuve d’une originalité fracassante. Le grand
hall d’un hypothétique hôtel de luxe aux lignes chics et
épurées, un imposant lustre central tombant des
cintres, deux fauteuils lumineux cernés par de grands
escaliers lumineux amovibles, délimitent une fois pour toutes
l'espace dévolu aux protagonistes. Dans son genre, et
malgré d’indéniables atouts visuels, un rien frileuse.
Surtout, aussi réussies soient certaines trouvailles
scénographiques, relevées à l’époque par
mon confrère Philippe Geinaud, la direction d’acteurs
rencontre vite ses propres limites. Outre les mouvements
stéréotypés des figurants, les solistes semblent
trop souvent livrés à eux-mêmes au moment
où ils auraient besoin d’un surcroît de
crédibilité.
Fort heureusement, la plupart
font preuve d’un authentique charisme à défaut de
toujours posséder les moyens requis. C’est notamment le cas de
la mezzo américaine Beth Clayton, Cesare scéniquement
pleine d'aplomb et au timbre attachant, mais privé de la
puissance dans l’invective et de la vraie vélocité
nécessaires pour convaincre pleinement.
A ses côtés, la
Cleopatra de la soprano canadienne Jane Archibald fait figure de
torche vivante. Non que la voix soit immense ou volcanique, tant en
faut, mais la précision fuselée des vocalises, la
projection habile, l'abattage digne d’une meneuse de revue ainsi
qu’une plastique avantageuse suffisent à emporter
l’adhésion.
Marie-AngeTodorovitch campe
une Comelia aussi touchante qu’incorruptible face aux avances du
Tolomeo sec et fébrile de Cliristophe Dumaux. Stéphanie
d’Oustrac, en revanche, déconcerte avec un Sesto moins
persuasif qu’on aurait pu l’espérer, surtout après sa
prestation nancéienne de l’an dernier. Quelques vocalises
précipitées, doublées de tiraillements dans le
haut médium, trahissent une fatigue que l’on espère
passagère. L’Achilla monolithique mais franc de Marc Olivier
Oetterli n'apelle aucune remarque
désobligeante.
Les pupitres de l’Orchestre de
l’Opéra de Marseille, peu rompus aux dynamiques de
l’écriture haendélienne, se montrent d’une
réelle docilité, ce qui ne les empêche pas de
noyer les trois quarts de la partition dans des profondeurs
abyssales. La battue indolente et dénuée de tout relief
du chef britannique KennethMontgomery, est en grande partie
responsable du sinistre. Mention très spéciale,
néanmoins, pour la sûreté d’intonation du
corniste dans le célèbre et périlleux "Va
tacito".
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 20, 22, 23, 25,
26, 27, 29, 30, 31 janvier, 1er, 3, 5, 6, 7 février 2008
- Amsterdam - 16, 17, 19, 20,
22, 23 février 2008 - Freiburger Barockorchester - dir
René Jacobs - mise en scène Karl-Ernst & Ursel
Herrmann - décors, costumes et éclairages Karl-Ernst
Herrmann - avec (20, 23, 26, 29, 31 janvier / 3, 6 février)
Lawrence Zazzo, contre-ténor (Giulio Cesare), Danielle De
Niese (Cleopatra), Tania Kross (Tolomeo), Christianne Stotijn
(Cornelia), Anna Bonitatibus (Sesto), Luca Pisaroni (Achilla),
Dominique Visse (Nireno), Lionel Lhote (Curio) - avec (22, 25, 27,
30 janvier / 1er, 5, 7 février) Marijana Mijanovic,
mezzo-soprano (Giulio Cesare), Sandrine Piau (Cleopatra), Brian
Asawa (Tolomeo), Charlotte Hellekant (Cornelia), Monica Bacelli
(Sesto), Luca Pisaroni (Achilla), Dominique Visse (Nireno), Lionel
Lhote (Curio)


"Ce Giulio Cesare in Eggito -
Jules César en Egypte qui ouvre l’année 2008 à
La Monnaie de Bruxelles fait partie de ces spectacles rares qui
tracent des ondes dans les mémoires et ne vieillissent pas.
C’est l’opéra le plus joué du très prolifique
Haendel qui en composa une quarantaine et l’on a pu ces
dernières années le voir et le revoir dans toutes les
formes et sous toutes les couleurs. L’américain Peter Sellars
fut le premier, il y a près de vingt ans, à le remettre
en selle dans un irrésistible rafraîchissement
hollywoodien qui fit école. On ne compte plus depuis les
transpositions tous azimuts via le cinéma ou la politique avec
quelques réussites et pas mal de flops sur l’air de n’importe
quoi. C’est ce qui différencie radicalement le point de vue du
couple Karl-Ernst et Ursel Herrmann, metteurs en scène et
décorateur de la version présentée à La
Monnaie de Bruxelles. Présentée en 2001 à
l’Opéra d’Amsterdam, revisitée sept ans plus tard pour
La Monnaie, leur vision reste un délice de fantaisie
poétique. Avec eux les rives du Nil sont
métamorphosées en labyrinthes de roseaux
frémissants qui escamotent les personnages ou les font surgir
comme lapins d’un chapeau de magicien. Tout est blanc et noir avec
ici ou là les taches rouges du sang versé. Les jeux du
pouvoir et de la séduction s’y déroulent au trot
ludique des vocalises. De l’humour et du rêve, un brin de
dérision met en féerie cet opera seria qui commence et
s’achève sur une décapitation. La mort
omniprésente glisse dans les airs sa faux à la main,
des chars volants et des drôles de chapeau, des parasols
baladeurs et des batailles d’éventails, tout est mis en œuvre
pour traverser les miroirs des songes …
Dans le parti pris de stricte
fidélité du maestro René Jacobs à la
tête du Freiburger Barockorchester ces allègements ne
sont pas superflus. La version originale du cinquième opus
lyrique (1723-1724) de Haendel est respectée à la
lettre, toutes les arias da capo (répétées
à nouveau) y sont exécutées intégralement
à l’exception de quelques discrètes coupures
concédées dans les récitatifs. A
l’arrivée plus de trois heures et trente minutes de marathon
musical qui se laisse voir, revoir, entendre et réentendre
sans une seconde d’ennui. Car les deux distributions à
l’affiche méritent chacune le
déplacement.
Le rôle titre balance
entre la tessiture du contre ténor américain Lawrence
Zazzo et celle de la contralto serbe Marijana Mijanovic. Si le timbre
de cette dernière a d’incontestables qualités de
chaleur et de couleurs, elle manque cependant d’ampleur et de
projection. Avec ses déhanchements de style rouleur de
mécaniques elle incarne le travesti par excellence. Ce qui de
toute évidence n’est pas le cas du haute contre, homme
à part entière mais doté d’une voix aux aigus de
soprano. Celle de Zazzo est toute force et tout velours, il chante
avec esprit et joue avec grâce. La belle Cléopâtre
a l’embarras du choix : même si la très sensuelle
Danielle De Niese, sexy à mettre en péché mortel
tous les adeptes de la chasteté, tient la vedette
médiatique de la production, Sandrine Piau ne
démérite en rien de sa rivale, ni par l’allure, ni par
le chant. Toutes deux sont parfaites comédiennes et danseuses
à l’occasion sachant faire parler leurs corps, toutes deux
connaissent l’art des broderies vocales qui ornementent les arias
haendéliennes. L’Américaine est plus pulpeuse, la
Française plus délurée, la première est
chatte ravageuse, la seconde souris finaude. Toutes deux
séductrices manipulant les hommes et les contre fa avec le
même brio.
De Cornelia Charlotte
Hellekant a l’élégance aristocratique et Christianne
Stotijn le pathétique. Aléas récurrents des
fines distributions vocales : certains soirs, l’un ou l’autre des
interprètes déclare forfait pour raisons de
santé. Ainsi, deux fois à la suite, Brian Asawa
s’acquitta avec la même énergie du rôle de Tolomeo
alors que celui de Sesto, d’abord incarné en gamin ombrageux
par Monica Bacelli, fut le lendemain carrément laissé
vacant et remplacé au pied levé par une duo inattendu :
sur scène, Rogier Hardeman, l’assistant des Hermann, mimant un
Sesto muet, et, dans la fosse, la mezzo suédoise Malena
Ernman, le chantant, tout simplement sublime de justesse et
d’émotion… Dans les rôles à distribution fixe
Luca Pisaroni incarne sans faille vocale ni de prestance un Achille
roublard et malheureux, Lionel Lhote un solide Curio et Dominique
Visse, une fois de plus, impayable de drolerie musicale en Nireno,
suivante/nounou sur le qui vive, toujours aux petits soins de sa
royale maîtresse.
Dans la fosse
traditionnellement surélevée des baroqueux, et parfois
sur scène, les instrumentistes du Freiburger Barockorchester,
du théorbe au positif, des clavecins à la harpe, aux
bassons, à la viole et jusqu’au duo de violons qui dialoguent
malicieusement avec César, tous sans exception font corps,
esprit, et cadence avec René Jacobs. Ici, les yeux et les
oreilles sont à la fête."
"Certains soirs à
l’Opéra, la grâce vous prend, le temps est suspendu.
Tout s’harmonise pour vous transporter dans un au-delà de
beauté, d’intelligence, d’harmonie. Le “Giulio Cesare in
Egitto” de Haendel, dirigé par René Jacobs offre un tel
moment de rare bonheur. Dans les deux distributions, les chanteurs
nous ravissent, jouant avec humour et gravité sur
l’ambiguïté des sexes propre à l’art baroque du
trompe-l’oeil et de l’artifice. Karl-Ernst et Ursel Herrmann, depuis
vingt déjà, nous enchantent comme toujours par leur
rigueur et leur fantaisie mêlées. Pas un temps mort dans
cette représentation qui dure presque 4 heures 20. A chaque
instant il se passe quelque chose de magique sur la scène :
les éclairages sans cesse mouvants - sur un décor
simplissime de roseaux - accompagnent les mouvements de l’âme
des personnages. Toutes les nuances des émotions humaines sont
palpables : de la gravité la plus sombre à la
légéreté la plus ludique. La mort et la
séduction, la soif de pouvoir, la vengeance, l’envie, la
douleur, mais aussi la tendresse, l’amour et la dignité.
L’extraordinaire Dominique Visse dans le personnage de Nireno apporte
cette distance amusée qui nous permet à nous
spectateurs de jeter un oeil complice mais pas dupe de ce qui se joue
sur scène. Epurée - sur fond de noir et blanc, quelques
taches de couleur pour les costumes ou les accessoires - la mise en
scène est un écrin pour cette histoire
éternellement humaine de l’amour et de la mort, du couple
jaloux frère-soeur (Ptolémée et
Cléopâtre se disputent, se chamaillent même, la
couronne d’Egypte auprès de César, le vainqueur), du
couple fils vengeur-père mort, des ruses et stratagèmes
de la séduction d’une femme pour gagner l’amour d’un homme
mais aussi le trône d’Egypte."
"Créé à
Amsterdam en 2001 et invitée à Bruxelles, par Peter de
Caluwé, le directeur du théâtre de La Monnaie, ce
spectacle montre encore une fois le génie illimité de
Karl-Ernst et Ursel Herrmann, ce couple hors de commun et virtuose de
la mise en scène. Certes, à l’image de Robert Wilson,
leur vocabulaire scénique est connu : espace blanc, longs
manteaux doubles faces, contrastes noirs-blancs,
références à l’histoire de l’art,
subtilité des éclairages, mais à chaque fois la
magie opère et plonge l’œil dans une rêverie
éperdue. Dans un décor unique blanc d’où
émergent une sorte de champs de plumes blanches, les Herrmann
imposent une vérité scénique absolument
confondante de simplicité et d’évocations. Les
personnages sont caractérisés avec naturel et
simplicité alors que certains accessoires stylisent
intelligemment une Egypte moderne essentiellement à travers
les masques des figurants. L’humour n’est pas absent de cette vision
à travers certaines scènes entre Tolemeo et Achilla ou
avec les interventions décalées de Nireno. A tout
moment, et pour notre plus grand bonheur, le second degré
flirte avec le premier degré, dans cette vision que l’on peut
qualifier de légendaire."
- Opéra Magazine - mars 2008
Selon une formule chère
à René Jacobs, la reprise bruxelloise de cette p
créée à Amsterdam en 2001 affichait deux
distributions parallèles, pas seulement par
nécessité de substitution mais pour confronter des
formules différentes avec des chanteurs également de
premier plan. La maladie a failli faire voler ce dispositif en
éclats jusqu’au 30 janvier, où aucun Sesto ne s’est
plus trouvé disponible, à l’instar du chef,
également absent le lendemain ! Le résultat a pourtant
comblé nos attentes, et même
au-delà.
L’alternance principale
portait sur le rôle-titre, avec une comparaison attendue entre
un alto féminin et un contre-ténor. Marijana Mijanovic
ne rallie pas tous les suffrages. La voix porte relativement peu et,
sans qu’il y ait aigus forcés ni graves poitrinés,
change de couleur dans la tessiture, ce qui peut gêner. Pour
autant, la mezzo serbe assume sans faiblesse la totalité d’un
rôle écrasant, impeccable dans les vocalises, avec ce
timbre étrange, véritablement androgyne, qui fascine,
et une vibrante présence. Souvent émouvante, toujours
passionnante, elle nous a davantage convaincus que Lawrence Zazzo,
pourtant plus parfait vocalement. L’homogénéité,
la puissance et l’aigu éclatant sont là mais
l’intériorité fait défaut au contre-ténor
américain, Cesare finalement moins empereur que
petit-bourgeois. Le récital est admirable, la prestation
scénique l’est moins.
Le face-à-face entre
les deux Cleopatra s’est avéré tout aussi stimulant.
Sandrine Piau est vraiment éblouissante. Dans la conception
particulière de la production, le personnage réclame
une fougue et un abattage qui sont ici au rendez-vous, et l’actrice
est étincelante, des déhanchements du show aux lents
mouvements de la tragédie. Lincarnation vocale est non moins
étourdissante, pour l’agilité mais aussi pour un legato
et une subtilité dans les nuances confondants. Après
avoir été souffrante, Danielle de Niese est revenue le
31 en bonne forme, pour un rôle qu’elle a déjà
interprété à Arnsterdam, Paris et Glyndebourne.
Plus grande, plus en chair (les costumes ne laissent rien ignorer des
anatomies...), également d’une très grande
beauté en scène, et d’un charme peut-être plus
pénétrant, elle n'a pas moins de tempérament et
séduit tout autant. La voix, richement timbrée, est
plus large, la virtuosité équivalente, l’aigu
s’envolant avec force (extraordinaire « Da tempeste »
final).
Le 30, Sesto a
été mimé sur le plateau par un assistant,
donnant l’occasion de découvrir en fosse la jeune et
très brillante Regina Richter, dans un emploi qu’elle a tenu
à Cologne, où elle est en troupe. De retour le
lendemain, Anna Bonitatibus (en principe en alternance avec Montca
Bacelli, elle aussi malade) a tenu à faire une annonce. Elle a
pourtant transporté l’assistance par la rondeur de son
instrument, la qualité de son phrasé, avec des
pianissimi et des sons filés irrésistibles. La
différence est nette entre la Cornelia irréprochable
mais un peu effacée de Charlotte Hellekant et celle, plus
émouvante, de Christianne Stotijn, aux graves également
plus séduisants. Dans une autre confrontation
contre-ténor/mezzo, Brian Asawa, un habitué de Tolomeo,
s’en sort mieux vocalement que Tania Kross. Celle-ci, en revanche,
est époustouflante scéniquement. À
côté d’un solide Lionel Lhote et d’un Dominique Visse
toujours irrésistible, Luca Pisaroni dessine un Achilla
impressionnant.
À la tête du
merveilleux Freiburger Barockorchester (les cors ont rattrapé,
le second soir, quelques accidents excusables dans l’extraordinaire
« Va tacito »), Piers Maxim, chef des choeurs de la Monnaie
et depuis longtemps assistant de René Jacobs, assure beaucoup
plus qu’un remplacement impeccable d’efficacité et de
précision, il est absolument enthousiasmant dans la mise en
valeur des formidables contrastes de la partition.
Reste la production de
Karl-Ernst et Ursel Herrmann. Soigneusement révisée par
ses auteurs et donnée dans de bien meilleures conditions
qu’à Amsterdam il y a sept ans, elle nous paraît
appartenir au meilleur de leurs réalisations. On ne
s’arrêtera pas aux accessoires usuels, au demeurant peu
nombreux (flèche au mur, paire de chaussures à
l’avant-scène, ombrelles...), qui irritent certains : ce
serait regarder par le mauvais bout de la lorgnette. Dans sa
boîte blanche impeccablement réalisée, avec ses
panneaux latéraux s’ouvrant rapidement pour les
différentes entrées et, surtout, son fabuleux
système de rangées de plantes aquatiques recouvrant le
plateau et glissant latéralement pour moduler des espaces
variables ou accompagner les personnages dans leurs mouvements, le
spectacle assure une qualité plastique exceptionnelle. Il
confère également une puissante unité à
un ensemble ouvert et refermé (entre autres leitmotive) par
l’image saisissante d’une Mort à la torche enflammée et
rend justice aux différentes facettes de cette oeuvre
shakespearienne, du bouffe le plus débridé au
pathétique le plus déchirant.
Tout ceci fait que l’on suit
sans un instant de distraction ou de fatigue ces trois heures trente
de musique constamment sublime (outre les coupes dans les
récitatifs, cinq arie ont été
supprimées). On peut certainement monter Giulio Cesare
différemment. Mais pour nous, cette production, telle que nous
l’avons découverte à Bruxelles, représente un
moment de perfection dans l’histoire des représentations de
l’oeuvre que nous ne sommes pas près
d’oublier."
- Passau - 27
janvier, 9 février, 23 mars, 13, 24 avril 2008 - Landshut - 18, 19 janvier 2008 -
Straubing - 22 janvier 2008 -
dir. Basil H. E. Coleman - mise en scène et
chorégraphie Jonathan Lunn - décors Dorothee
Schumacher - costumes Lutz Kemper - avec: Thomas Diestler (Giulio
Cesare), Oscar Imhoff (Curio), Karla Bytnarová (Cornelia),
Anna Janiszewski (Sesto), Wiebke Renner / Elizabeth Immelman
(Cleopatra), Samuel Jaime Santana (Tolomeo), Peter Tilch
(Achilla), Kyung Chun Kim (Nireno) - nouvelle production
- Théâtre de
Hagen - Allemagne - 12, 15, 25 janvier, 10, 21, 29
février, 20, 26 mars, 6, 23 avril , 4, 16, 31 mai 2008 -
dir. Gwennolé Rufet - mise en scène Gregor Horres -
décors, costumes Jan Bammes - costumes Christiane Luz -
nouvelle production
- Oslo - Den Norske Opera
- 3, 5, 7, 13, 15, 19, 21, 23 novembre 2007 - dir.
Rinaldo Alessandrini - mise en scène Stefan Herheim -
décors, costumes Heike Scheele - lumières Gretar
Sveinbjørnsson - dramaturgie Alexander
Meier-Dörzenbach - chef de choeur Steffen Kammler - avec
Franco Fagioli (Giulio Cesare), Birgitte Christensen (Cleopatra),
Ingebjørg Kosmo (Sextus), David Hansen (Ptolemaios), Hege
Høisæter (Cornelia), Johan Rydh (Akillas), Robert
Ogden (Nirenos), Gregg Santa (Curio)
- Opera de Chicago
- 2, 6, 11, 15, 19, 24, 28 novembre, 1er
décembre 2007 - dir. Emmanuelle Haïm - mise en
scène David McVicar - décors Robert Jones - costumes
Brigitte Reiffenstuel - lumières Paule Constable -
chorégraphie Andrew George - avec David Daniels (Cesare),
Danielle de Niese (Cleopatra), Christophe Dumaux (Tolomeo),
Maité Beaumont (Sesto), Patricia Bardon (Cornelia), Wayne
Tigges (Achilla), Gerald Thompson (Nireno) - production de
Glyndebourne Festival Opera

- Cologne - Oper der Stadt -
26, 28 mai, 2, 7, 10, 14, 16, 17 juin 2007 - dir.
Christopher Moulds - mise en scène Karoline Gruber -
décors Thilo Reuther - costumes Henrike Bromber - chef de
choeur Andrew Ollivant - avec Kristina Wahlin (Giulio Cesare),
Susanne Schaeffer (Cornelia), Viola Zimmermann (Sesto), Iride
Martinez (Cleopatra), Martin Wölfel (Tolomeo), Leandro
Fischetti (Achilla), Alexandra Thomas (Nirena)

- Stadthalle Göttingen-
Händel Festspiele - 24, 27, 29 mai 2007 -
FestspielOrchester Göttingen - Opernkammerchor Hannover (chef
des choeurs Ralf Popken) - dir. Nicholas McGegan - mise en
scsène Igor Folwill - décors Manfred Kaderk -
costumes: Andreas Meyer - lumières Peter Sandvoss - avec
Gerald Thompson, alto (Giulio Cesare), Cécile van de Sant,
alto (Cornelia), Diana Moore, soprano (Sesto), Sophie Daneman,
soprano (Cleopatra), José Lemos, alto (Tolomeo), Yosemeh
Adjei, alto (Nireno), Konstantin Wolff, basse (Achilla), Thomas
Bonni, basse (Curio)
- Opéra de Lille
- 15, 18, 21, 24, 26 mai 2007 - Le Concert
d'Astrée - dir. Emmanuelle Haïm - mise en scène
David McVicar - chef de choeur Yves Parmentier - avec Sonia Prina
(Giulio Cesare), Anna Christy (Cleopatra), Charlotte Hellekant
(Cornelia), Tuva Semmingsen (Sesto), Christophe Dumaux (Tolomeo),
Simon Bailey (Achilla), Rachid Ben Abdeslam (Nireno), Alexander
Ashworth (Curio) - production de Glyndebourne Festival Opera,
Lyric Opera of Chicago

- Les Échos - Le Triomphe de l'humour -
Impertinent et spirituel, un spectacle « very british ».
"Fruit d'une union entre
l'Opéra de Chicago et le Festival de Glyndebourne, ce «
Giulio Cesare » avait, deux saisons durant, enchanté les
vertes collines du Sussex. Heureux Lillois, qui ont eu le
privilège de voir ce spectacle, même si, musicalement,
il n'apporte pas toujours le plaisir escompté. Ensemble en
résidence à l'Opéra de Lille, le Concert
d'Astrée, en dépit de cors naturels qui ont parfois
tendance à faire l'école buissonnière, fait
preuve d'une réjouissante verdeur sonore. Mais la direction
d'Emmanuelle Haïm est loin de susciter l'enthousiasme et ne
correspond guère à l'idée que donnent ses
enregistrements : disparate et inégale dans un premier acte
qui peine à trouver son unité, elle se reprend dans les
actes suivants, sans pour autant atteindre la fluidité et
l'aisance narrative que l'on attend. L'équipe a de la tenue,
à l'exception de Simon Bailey (Achillo), qui se croit dans un
opéra vériste. Rachid Ben Abdeslam (Nireno) est
irrésistible de drôlerie, la réserve et la
noblesse de Charlotte Hellekant (Cornelia) sont dignes de la veuve de
Pompée ; et si sa voix pointue n'a guère de charme, si
sa vocalisation est quelquefois hasardeuse, l'abattage d'Anna Christy
en fait une piquante Cleopatra. Christophe Dumaux campe avec
drôlerie un Tolemeo incestueux, efféminé et
agressif, dont le chant, à la hauteur du comédien,
s'affirme avec aplomb. Mezzo chaleureux et musicienne
généreuse, Tuva Semmigsen n'a aucune peine à
dessiner un Sesto ardent et juvénile. Bejun Mehta,
contre-ténor, souffrant, c'est Sonia Prina, prévue au
départ comme Cornélia, qui incarne Giulio Cesare ;
l'empereur ne perd rien à ce changement de sexe, tant le
timbre de la contralto est ambigu et androgyne.
Une mise en scène
vivante, prenant ses distances avec l'intrigue sans jamais la
dénaturer, et donnant aux personnages toute l'épaisseur
possible dans le cadre des conventions du « dramma per musica
» : la mise en scène de David McVicar est une fois encore
une réussite, parce qu'elle respecte le spectateur et
l'auteur. Aidé de son décorateur, Robert Jones, il joue
avec les époques, se référant au
théâtre à machines de l'âge baroque, aux
conquêtes coloniales anglaises, aux guerres du XXe
siècle avec un humour qui n'exclut pas l'émotion
nécessaire dans cet univers où politique et passions
s'entremêlent. Du coup, Haendel nous parle comme il l'a
rarement fait. Il est quand même étonnant qu'un metteur
en scène de cette trempe n'ait pas encore travaillé
à l'Opéra de Paris."
"Le forfait de Bejun Mehta
aurait pu compromettre cette reprise du Giulio Cesare de
Glyndebourne, mais il n’en fut rien. A toute chose malheur est bon :
le remaniement partiel de la distribution nous a même
réservé une bonne surprise, là où on ne
l’attendait vraiment pas, avec la Cornelia de Charlotte Hellekant.
Créée en 2005 par le tandem McVicar/Christie, cette
production a beaucoup fait parler d’elle, non seulement pour ses
qualités intrinsèques, mais aussi parce qu’elle a
propulsé sous les feux de la rampe une jeune cantatrice de
vingt-cinq ans : Danielle de Niese, bien vite surnommée «
la soprano qui danse » par un grand quotidien français.
Chacun sait que vocalement Cleopatra est le premier rôle de cet
opéra, le plus richement doté par Haendel. Si
l’incarnation de Danielle de Niese est entrée dans la
légende, ce n’est pas pour ses prouesses belcantistes, mais
parce qu’au-delà d’une sensualité ravageuse et d’une
apparente frivolité, elle a également su traduire la
fascinante complexité de cette prédatrice hors pair. Le
mérite en revient aussi, bien évidemment, au metteur en
scène. David McVicar sait révéler un acteur
à lui-même, l’aider à libérer son
potentiel et à l’explorer. C’est d’ailleurs l’une des
clés de son succès et du triomphe remporté par
ce Giulio Cesare. Aucun personnage n’est laissé au hasard, ils
sont tous investis et acquièrent ainsi une épaisseur,
une vérité trop souvent négligées dans
l’opera seria.
Les commentateurs ont
souligné, à juste titre, la fantaisie et la
vitalité du spectacle qui se déroule à un rythme
soutenu et sans le moindre temps mort, mais le plus remarquable,
c’est qu’il réussit à divertir le public sans escamoter
les enjeux dramatiques, la noirceur et même la cruauté
que recèle cet ouvrage et qui nous vaut ici des tableaux d’un
réalisme sans concession. A cet égard, la reprise
lilloise est marquée par la performance exceptionnelle de
Charlotte Hellekant. Appelée à la rescousse quelques
jours avant la première, la chanteuse a endossé le
rôle de Cornelia qui devait être tenu par Sonia Prina.
Est-ce la pression, le challenge ? Elle lui confère un relief
saisissant et approfondit le portrait brossé par Patricia
Bardon voici deux ans. Hellekant apparaît littéralement
habitée – d’ordinaire, le terme est volontiers
galvaudé, mais il retrouve ici toute sa force et sa pertinence
– et son duo avec Sesto est sans conteste le climax de la
soirée.
Pour ceux qui ont vu Danielle
de Niese, retrouver sa Cléopâtre, mais sans elle, est un
cadeau empoisonné. L’interprète et sa composition sont
indissociables ; vous avez beau vous dire que comparaison n’est pas
raison, il est impossible de chasser le souvenir de cette
orchidée au parfum entêtant. Il faut dire aussi que
c’est une gageure que de lui succéder et d’arriver à se
distinguer, a fortiori quand on possède une vocina
citronnée faite pour Oscar ou Papagena… Cleopatra ne demande
pas forcément une voix large et capiteuse, mais
malléable et expressive. Anna Christy peine à trouver
ses marques dans le cantabile (Se pietà, Piangerò) et
si son soprano léger flirte avec la virtuosité, c’est
pour mieux l’éconduire, livrant un Je t’aime moi non plus qui
laisse l’auditeur sur sa faim. En revanche, l’actrice est nettement
plus dégourdie et donne une réplique brillante au
Tolomeo de Christophe Dumaux, à la fois sportif et très
camp, et qui agrémente aujourd’hui son numéro d’un clin
d’œil à Matrix.
C’est donc Sonia Prina qui
s’est collée à Cesare. Heureusement, elle connaissait
déjà le rôle pour l’avoir incarné en mars
dernier au Teatro Carlo Felice de Gênes sous la direction de
Diego Fasolis. D’allure comme de ligne, ce Romain gominé et
débonnaire n’a plus rien de commun avec
l’élégant général aux tempes grisonnantes
que Sarah Connolly campait à Glyndebourne, même s’il lui
emprunte quelques ornements et jusqu’au sifflement dans Se in
fiorito. Avec le grain mat et terrien de ce contralto, César
redevient l’homme de toutes les femmes : un macho qui leur en jette
plein la vue avec ses vocalises martiales et ses tempi d’enfer.
Dommage que la dynamique et l’ambitus soient
réduits.
Sesto connaît aussi une
cure de jouvence en héritant du mezzo clair et joufflu de Tuva
Semmingsen, moins fougueuse que Kirchschlager mais plus fine et
personnelle dans un Cara Speme anthologique. En revanche, Simon
Bailey est loin de posséder le magnétisme ambigu de
Christopher Maltman et impose un Achilla brut de décoffrage.
En traversant la Manche, la production a décidément
perdu en glamour et en sex-appeal. Ce n’est d’ailleurs pas pour ce
colosse, mais pour le moins tonitruant Curio (Alexander Ashworth) que
Nireno en pince. Comme ses maîtres, l’eunuque (excellent Rachid
Ben Abdeslam) a le diable au corps et nous régale dans son
unique air, très habilement chorégraphié par
Andrew George.
De fait, la danse et une
gestuelle élaborée sont les éléments les
plus originaux, le sel même de cette mise scène qui
privilégie un jeu très physique. Elles prolongent et
suivent le mouvement de la voix ou imagent le sens d’un air tel que
Va Tacito e nascosto, sur lequel Tolomeo et Cesare se jaugent et se
narguent, longuement, en se tournant autour. On l’aura compris, la
direction d’acteurs prime sur les machines : un décor unique
délimite l’espace, fait de colonnes antiques et de rouleaux de
mer en fond de scène, envahi par des soieries des mille et une
nuit tombées des cintres pour habiller les appartements de
Cleopatra et quelques accessoires parfois rehaussés d’humour
(les zeppelins dans l’azur d’Alexandrie) pour évoquer la
colonie britannique. Une transposition sans réelle importance,
car l’essentiel, répétons-le, est ailleurs.
Aujourd’hui adolescent, le
Concert d’Astrée change, se cherche, tour à
appliqué et rebelle (les cors), mais dans l’ensemble, il
bonifie et se découvre des forces nouvelles ; son endurance,
malgré quelques baisses de régime, fait d’ailleurs
plaisir à entendre. Avec le temps et en poursuivant le travail
accompli sous la conduite d’Emmanuelle Haïm, il devrait gagner
en galbe, en couleurs et affirmer son identité. C’est tout le
mal qu’on lui souhaite !"
- New York - Metropolitan
Opera - 6, 10, 13, 17, 21, 24, 27 avril 2007 - dir.
Harry Bicket - mise en scène John Copley - décors
John Pascoe - costumes Michael Stennett - avec Ruth Ann Swenson (6
au 21 avril) / Danielle de Niese (24-27 avril) (Cleopatra), Alice
Coote (Sesto), Patricia Bardon (Cornelia), David Daniels (Giulio
Cesare), Lawrence Zazzo (Tolomeo)


- Vienne - Theater an der
Wien - 3, 5, 11, 13, 15, 17 avril 2007 - Freiburger
Barockorchester - dir. René Jacobs - mise en scène
Christof Loy - décors Johannes Leiacker - costumes Judith
Weihrauch - lumières Olaf Winter - avec Marijana Mijanovic
(Giulio Cesare), Veronica Cangemi (Cleopatra), Kristina
Hammarström (Cornelia), Malena Ernman (Sesto), Christophe
Dumaux (Tolomeo),Nicolas Rivenq (Achilla), David Hansen (Nireno),
Klemens Sander (Curio)

- Gênes - Teatro Carlo
Felice - 23, 25, 27, 30 mars, 1er avril 2007
- dir. Diego Fasolis - mise en scène Björn Jensen
d'après Herbert Wernicke - décors, costumes Herbert
Wernicke - lumières Hermann Münzer - avec Sonia Prina
(Giulio Cesare), Vittorio Prato (Curio), Marina De Liso
(Cornelia), Laura Polverelli (Sesto), Carmela Remigio (Cleopatra),
Max Emanuel Cencic (Tolomeo), Mirco Palazzi (Achilla), José
Maria Lo Monaco (Nireno)

"Attention: OVNI! La partition
a été entièrement tripatouillée (et vu le
dramatisme foireux de cet opéra, je ne m'en plains pas!),
l'instrumentation aussi visiblement (sorte de corne de brume
bouchée dans les récitatifs!) et Prina en Cesare on
pouvait craindre le gros plantage! Finalement c'est une très
belle réussite pour elle que j'ai rarement entendu aussi en
forme (du coté de ses modifications: son "Qual torrente" lui
est ravi par Nireno et elle récupère le "Se tu
consenti" d'Orlando): vocalisation à toute épreuve
("L'empio diro" est le plus rapide que j'ai jamais entendu!), souffle
long, niaque dramatique, timbre charmeur ça dépote !
"
- Opéra de Nancy
- 2, 4, 4, 6, 8, 10 mars 2007 - Orchestre symphonique
et lyrique de Nancy - dir. Kenneth Montgomery - mise en
scène, décors et costumes Yannis Kokkos -
dramaturgie Anne Blancard - chorégraphie Richild Springer -
lumières Patrice Trottier - avec Marie-Nicole Lemieux
(Jules César), Ingrid Perruche (Cléopâtre),
Elodie Méchain (Cornélie), Stéphanie d'
Oustrac (Sextus), Philippe Jaroussky (Ptolémée),
Riccardo Novaro (Achille), Artur Stefanowicz (Nireno), Xavier
Szymczak (Curio) - nouvelle coproduction avec Théâtre
de Caen

- Opéra Magazine - avril 2007 - 6 mars
2007
"Cinq mois après le
Giulio Cesare donné au Théâtre des
Champs-Elysées, celui de Nancy, fort prometteur
également sur le papier, a à peine moins
déçu. La salle offre pourtant au chef-d’oeuvre de
Haendel un écrin infiniment supérieur et, même si
l’Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy sonne de manière
très présente — en termes de volume sonore du moins
—,les chanteurs se font entendre sans problème. En plus, pour
une fois, la fin de l’acte II n’est ni coupée ni
déplacée. Hélas, c’est encore du
côté de la mise en scène que le bât blesse
ne faisant confiance ni au livret, ni à la partition, elle
passe à côté de tout ce que Giulio Cesare
recèle de théâtre, d’émotion, d’esprit et
de plaisir. Pour traiter les airs da capo et les
répétitions qu’ils impliquent, Yannis Kokkos entend
« réduire au maximum» la suspension de l’action et
« construire au même moment un arrière-plan qui
soit l’écho de la dynamique particulière de chaque air
et permette de toujours montrer une passion en action ». Comme
d’autres avant lui, il fait donc du remplissage à base de
chorégraphies ridicules et de mouvements de scène sans
intérêt ou, quand il ne sait vraiment plus quoi
faire, abandonne le chanteur à
lui-même. Ne serait-il pas temps de laisser tomber cette vision
de l’opera seria et d’arrêter de se référer
à des cinq mois après le lieux communs tels que la
« suspension de l’action » durant les airs ? Et si l’opera
seria était construit non pas sur une action avançant,
s'arrêtant ou se suspendant, mais sur la combinaison de deux
actions ? L'une que l’on pourrait qualifier de « dynamique»
(l’action physique), l’autre, la principale, de « sentimentale
» (les affects, les passions). 'opera seria n’est pas une action
dynamique interrompue régulièrement par des passions,
c’est un théâtre des passions agrémenté
d’une dose d’action dynamique Il suffirait donc d’un infime
glissement de perspective pour que les metteurs en scène
actuels changent leur perception du genre. Ce qu’ils voient
aujourd’hui comme une difficulté n’est en
réalité que l’essence de ce théâtre, la
source dans laquelle il puise son énergie.
Il y a pourtant quelques
jolies idées dans la conception de Yannis Kokkos. La
transposition à l’époque coloniale, dans le hall d’un
grand hôtel, se défend et s’avère une authentique
réussite sur le plan visuel. Mais le principe si courant du
décor unique, même modulable, aboutit là encore
à un appauvrissement considérable du traitement des
passions. Car un décor n’est pas seulement un fond de
scène : il fait sens dans son rapport aux affects
traités. Les moyens techniques en termes d’éclairages
sont évidemment supérieurs aujourd’hui à ce
qu’ils étaient au XVIIIe siècle, mais leur utilisation
ne compense que de manière très relative les
insuffisances de la scénographie. On portera quand même
au crédit de cette production le recours à de grands
escaliers mobiles, tantôt éloignés, tantôt
rapprochés, par exemple pour l’air avec cor de Cesare, le
sublime duo entre Sesto et Comelia à la fin du premier acte ou
la bataille du troisième.
La partie musicale apporte
certes quelques compensations, mais pas suffisamment. La direction de
Kenneth Montgomery d’abord, est sans relief et l’orchestre joue sans
engagement, avec même quelques approximations. Passons
rapidement sur le Curio aboyant de Xavier Szymczak et sur le Nireno
d’Artur Stefanovicz, parfait dans les récitatifs mais
médiocre dans son air. Le baryton Riccardo Novaro est, en
revanche, un Achilla très bien chantant bien que manquant un
peu de grave, et Élodie Méchain une Cornelia sensible
et intelligente. Mais les vedettes de la soirée sont
incontestablement PhilippeJaroussky et Stéphanie d’Oustrac.
Qualité du timbre, physique d’adolescent, précision des
attaques, coloratures, cadences réalisées sur le
souffle, le jeune contre-ténor est un Tolomeo parfait durant
le premier acte, légèrement moins à l’aise par
la suite. La mezzo, quant à elle, est un Sesto idéal de
juvénilité, avec une technique solide, une voix longue
et égale, un beau sens des nuances et une réelle
présence.
Quid du couple
Cleopatra-Cesare ? Ingrid Perruche n’est qu’agréable en reine
d’Egypte, jolie incarnation servie par un timbre parfois un peu
métallique et une émission manquant de souplesse dans
certaines vocalises. Quant à Marie-Nicole Lemieux, ses
duretés dans l’émission, ses fins de phrases ne
laissant pratiquement jamais vivre le son, ses graves appuyés
ou détimbrés, ses nombreuses respirations dans les
traits de virtuosité ou les cadences, conduisent à une
seule conclusion un chant à ce point dénué de
morbidezza et de virtuosité est totalement hors propos dans
Cesare."
"Yannis Kokkos a su
merveilleusement en diriger les interprètes, ajoutant à
leurs qualités vocales la finesse et l’efficacité du
jeu dramatique. Ainsi, l’alto québécoise Marie-Nicole
Lemieux, lauréate du Concours Reine Elisabeth de Belgique qui
lui ouvrit les portes d’une carrière désormais
internationale, prit sur elle avec un aplomb et une autorité
sans faille, toutes les facettes du personnage de Jules César,
tel que le réinventa Haendel, homme de guerre certes mais
surtout de clémence et de passion amoureuse. Une tessiture
chaleureuse capable de descendre vers des graves de nuit noire et des
vocalises grimpant au sommet sans vibrato. En Sextus, adolescent
rebelle, Stéphanie d’Oustrac apporta une fougue à fleur
de nerfs et un timbre clair comme un matin de printemps tandis
qu’Elodie Méchain à la ligne de chant somptueuse fut
parfaite en Cornélia digne et pathétique. Quelques
petites réserves sur la Cléopâtre d’Ingrid
Perruche, rousse flamboyante à la Gilda, aguicheuse et
sensuelle mais au legato parfois en montagnes russes. De même
le Ptolémée de Philippe Jaroussky, malgré son
auréole toute fraîche du prix «
révélation lyrique » des dernières
Victoires de la Musique, n’était pas au mieux de sa forme,
plus gamin fatigué que tyran sanguinaire.
Les décors et costumes
du même Yannis Kokkos, rompant avec son élégance
naturelle, cette fois déroutent. Lui, l’homme des
épures et des transparences, joue ici la charge et le
mélange des genres, entre Hollywood sur Nil et les Cigares du
Pharaon façon Tintin. L’Angleterre coloniale des années
20 du dernier siècle flirte avec les dieux, Horus, Anubis et
autre Thot, et l’imagerie des bas reliefs est mise en ballets
stylisés BD. Des escaliers de music hall glissent,
s’emboîtent et s’illuminent. Cela pourrait être
drôle mais apparaît en porte à faux avec le parti
pris tragique de la direction d’acteurs et surtout la lenteur et la
mollesse de la direction d’orchestre. Là où un
René Jacobs injecte du swing, Kenneth Montgomery, mozartien
reconnu, applique une pommade inodore. Il n’est manifestement pas
à l’aise dans ce répertoire si bien que les musiciens
de l’Orchestre symphonique et lyrique de Lorraine semblaient un peu
largués, à l’exception des quatre continuos sur
instruments anciens qui apportèrent les justes couleurs
à cette musique à la fois impétueuse et
aristocratique. Dont la découverte soutenue par une formidable
distribution reste un atout majeur."
"...On avoue ne voir ni
légèreté ni humour dans le décor sans
poésie d'un hall d'hôtel à la déco
années trente et l'envahissement signalétique d'une
Egypte hollywoodienne. En guise de dérision, les danseurs sont
affublés de poses ridicules style fresques tombales,
ccoiffures pyramidales, tatouages hiéroglyphiques, et
emmenés dans uen chorégraphie inepte par Richild
Springer et les dieux Horus et Anubis en maîtres de ballet.
...La belle voix chaude de
Marie-Nicole Lemieux, quiq manque de projection, compense en
César amoureux le déficit d'un César
héroïque. Philippe Jaroussky campe un Ptoléme
enfant dont la cruaté enchante tandis que la Cornelia d'Elodie
Mechain est une veuve éplorée qui tient son rang et son
rôle. mais la révélation est le sesto de
Stéphanie d'Oustrac, qui porte la vengeance paternelle avec
autant d'engagement, de beauté et d'élégance que
les cheveux courts à la garçonne et le costume de
scène masculin."
Pour la nouvelle production de
Jules César de Haendel à l’Opéra national de
Lorraine, Laurent Spielmann a réuni une distribution dont la
jeunesse n’entame en rien le prestige. Mais plus que la mise en
scène tautologique de Yannis Kokkos, c’est l’Orchestre
symphonique et lyrique de Nancy qui menace le succès de cette
campagne haendélienne. Comme chez Irina Brook au
Théâtre des Champs-Élysées, Jules
César s’installe sitôt sur scène dans un fauteuil
club. Comme chez Nicholas Hytner au Palais Garnier, et plus
récemment David McVicar au Festival de Glyndebourne, les
casques coloniaux sont légion. Comme chez Cesare Lievi
à Zurich, les pyramides scintillent de feux
hollywoodo-vegasiens. Comme chez Yannis Kokkos, car c’est lui qui,
malgré tout, signe la mise en scène, quatre escaliers
n’en finissent plus de s’emmêler pour, la plupart du temps, ne
mener nulle part. Rien de nouveau, donc, sous le ciel souvent sombre
d’Égypte, à peine éclairci par la
lisibilité de l’action, qu’encombre pourtant une armée
de figurants hiéroglyphiques censée, bien tristement
d’ailleurs, y ajouter un zeste de music-hall. Mais plus triste encore
est ce qui sort de la fosse, malgré un continuo de bonne
tenue. Et Kenneth Montgomery, chef de bonne volonté sans doute
mais en rien un spécialiste, n’y peut pas grand-chose. Car
l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy est tout simplement
inadapté à ce répertoire, audiblement et
visiblement bien peu désireux de faire des efforts.
Articulation, dynamique, phrasé sont aux abonnés
absents, et jamais les musiciens ne semblent à l’écoute
du plateau, ni à même de concéder ne serait-ce
qu’un rien de rubato pour faire rebondir une cadence, comme sourds
aux exigences du bel canto.
Livrée à
elle-même, la belle distribution réunie par Laurent
Spielmann – qui avait, pour Vénus et Adonis de Desmarest, fait
le choix autrement plus judicieux de Christophe Rousset et de ses
Talens Lyriques – sauve plus que les meubles, mais ne peut
empêcher de faire regretter l’absence d’un chef et d’un
orchestre plus concernés par la rhétorique
haendélienne, d’autant que les prises de rôles
étaient nombreuses. À commencer par celle de
Marie-Nicole Lemieux, qui porte déjà le redoutable
travesti de César avec fougue et conviction, sinon cette
incroyable aisance qui caractérisait d’emblée son
Orlando vivaldien. Il ne manque à vrai dire qu’un souffle un
peu plus long à la contralto québécoise pour ne
pas morceler la vocalise, et ne point flotter, parfois, sur le
legato, car du grave, extrême et sonore, à l’aigu,
plantureux, la tessiture est vaillamment maîtrisée, la
colorature précise, et le chant habité. Si elle n’a pas
le timbre le plus séduisant qui soit – l’aigu est même
un peu agressif, mais ses royales ambitions s’en accommodent –,
Ingrid Perruche varie sa Cléopâtre à merveille,
superbe dans la déploration – un Se pietà et surtout un
da capo de Piangerò en apesanteur – et confondante d’abattage
dans Da tempeste. Dans une tessiture qui, à l’instar de sa
très belle Hélène strasbourgeoise, flatte son
mezzo velouté, Stéphanie d’Oustrac fait un Sesto
ravageur à l’élan irrésistible, qui n’en
gagnerait pas moins à être parfois plus
profondément musical qu’explosivement théâtral.
Parfaitement appariée à son fils par les reflets d’un
timbre chaleureux, la Cornelia d’Élodie Méchain peine
à passer l’obstacle orchestral autrement que par
intermittence, ce qui ne manque pas de la réduire à une
certaine placidité, tandis que le Tolomeo
déchaîné de Philippe Jaroussky s’en donne
à cœur joie dans la félonie, injectant ce qu’il faut de
venin dans son timbre exquisément juvénile. Enfin,
l’Achilla de Riccardo Novaro, à l’émission franche,
saine, colorée, et aux mots savoureux, complète
luxueusement une distribution qui méritait
décidément mieux qu’un orchestre réfractaire aux
galbes haendéliens."
- Forum Opéra - 2 mars 2007
"Fortement
médiatisé, l’événement fait salle comble,
car l’affiche est alléchante : plateau vocal alignant les
stars du moment, nouvelle production avec Yannis Kokkos à la
mise en scène. Et Kenneth Montgomery à la baguette,
l’ancien chef de Glyndebourne que l’on retrouvera dans ce site
dirigeant ce même Jules César (avec Podles, Saffer,
Genaux…) à San Diego dans la mise en scène
hollywoodienne de Copley. Mais l’orchestre de Nancy n’est pas celui
de San Diego… Et si le continuo idoine, rehaussé pour passer
la fosse, tire son épingle du jeu, il aurait fallu une autre
baguette que celle du placide Montgomery pour insufler aux
nancéens le mordant, les dynamiques, les contrastes, que
requiert la partition. Montgomery n’est pas un « baroqueux
», lui en faire le reproche serait ridicule, l’essentiel des
nécessités idiomatiques est respecté ; mais
devant cette prudente atonie, et ce délitement
systématique des fins d’arias lentes, on ne peut
s’empêcher de songer au magnifique travail que fit il y a
quelques années sur l’Orfeo et avec le même orchestre un
Minkowski.
Reste pour satisfaire les
oreilles le plateau vocal. Prise de rôle pour Marie-Nicole
Lemieux en Jules César ; si la caractérisation
masculine a quelque peine à s’imposer tellement le personnage
rayonne de féminité (ce qui ne nuit pas, d’ailleurs,
pour camper une des facettes de ce César
généreux et amoureux), une fois la convention admise,
on se laisse emporter : par le timbre, bien sûr, mais surtout
par cette conviction, cette générosité, qui
transcende une technique affirmée bien nécessaire ici.
Même si quelques vocalises de da capo pâtissent d’une
diction parfois enrobée. La Cléopâtre d’Ingrid
Perruche est formidable : plastiquement et vocalement idéale,
certes (avec de nombreux changements de costumes), mais bien plus que
cela, comédienne remarquable, donnant à son rôle
une belle densité, une belle richesse d’affects. Le
Piangerò la sorte mia est un moment d’anthologie.
Stéphanie d’Oustrac a aussi quelque peine à habiter au
début son travesti, mais semble se libérer au fil de
l’opéra, et assure en tout cas vocalement des moments
magnifiques. Cornelia a la difficile tâche d’incarner le
reproche constant, la fidélité au disparu. Elodie
Méchain l’assume avec une classe et une ligne vocale
remarquables. Quant au Ptolémée de Jaroussky, tout en
facilité vocale, c’est une parfaite incarnation de quasi rock
star parvenue, veule et mégalo, un plaisir.
Yannis Kokkos cadre tout cela
dans une Egypte de pacotille années 20,
irrésistiblement évocatrice des Cigares du Pharaon.
Quelques pointes d’humour (figurants de côté comme dans
les fresques égyptiennes, bataille stylisée sur deux
escaliers), des changements à vue astucieux (à
condition de refuser de voir les machinistes…) dans un espace
délimité par des panneaux coulissants,
n’empêchent pas un sentiment d’inabouti permanent. Les ballets
deviennent souvent envahissants, Kokkos estimant qu’il faut «
réduire autant que faire se peut la suspension » des
airs, en construisant un arrière-plan qui « nous permette
de toujours montrer une passion en action ». Certes, mais on
pourrait tout autant se pencher sur la direction d’acteurs, tous,
hormis Perruche et Jaroussky, instinctivement efficaces, semblant un
peu laissés à leurs initiatives. Cette Egypte de bande
dessinée, cette volonté de confusion des sexes qui est
presque celle des personnages eux-mêmes, gomment le drame en
affaiblissant ses protagonistes et les réduisant à
l’anecdote. Il faut tout le talent vocal et dramatique du plateau
pour gommer ce « climat léger » voulu par Kokkos,
qui nous semble bien antinomique de l’ouvrage."
"On félicitera
d'emblée Valérie Chevalier et Laurent Spielmann
(respectivement conseiller artistique et directeur artistique de
l'institution nancéienne) d'avoir offert une distribution
luxueuse à la nouvelle production du Giulio Cesare in Egitto
de Händel, visible actuellement dans le beau
théâtre de Joseph Hornecker (jusqu'au 10 mars). Chacun y
trouve un rôle à sa mesure, de sorte qu'on assiste
à une véritable fête vocale comme cela se
rencontre assez rarement, il faut l'avouer.
Le contreténor polonais
Artur Stepanowicz, bien que rencontrant çà et là
quelques soucis dans les phrases descendantes, est un Nireno
attachant, très avantageusement sonore, soulignée par
un grave coloré. On remar-quera également
l'émission confortablement ancrée dans la terre et la
flatteuse projection de Riccardo Novaro, infiniment fiable en
Achilla. Moins convaincante s'avère la Cornelia d'
Élodie Méchain qui semble ne parvenir jamais à
trouver ses marques ; ainsi l'aigu est-il tour à tour trop
léger ou artificiellement enflé, la nuance se trouvant
souvent ternie par une tendance à détimbrer les
pianissimi. On retrouve Stéphanie d'Oustrac en Sesto, arborant
des moyens que l'on sait généreux, dans une incarnation
parfois excessive - l'évidente et directe expressivité
de sa voix opère sans qu'il soit nécessaire de recourir
à un jeu démonstratif - ; de fait, la tentation du
rôle est si grande que le mezzo-soprano gonflera jusqu'à
le rompre L'angue offeso mai riposa (1ère aria du second
acte), réservant, du coup, une approche plus prudente à
une L'aure che spira de toute beauté (aria finale du
même acte). L'on attendait beaucoup Philippe Jaroussky,
décidément encore rare à la scène -
Catone in Utica et La verità in cimento (Vivaldi), Agrippina
(Haendel) - qui, en Tolomeo, affirme un grave de plus en plus
corsé tout en gardant la juvénile lumière de son
aigu ; l'auditeur fera ses délices de l'agilité de son
chant, à défaut de croire en une incarnation pri-vant
le personnage des possibles dangers qu'il devrait
véhiculer.
Par des récitatifs
divinement mordants, puis un Tutto può donna vezzosa brillant
(sa 2ème aria de l'Acte I), après un Non disperar
timide et un peu terne, Ingrid Perruche impose une Cleopatra toujours
élégante, offrant un Se pietà di me (lamento du
II) somptueusement nuancé où l'émotion est au
rendez-vous. Enfin, le rôle-titre bénéficie de la
composition parfaitement crédible et de la couleur
exceptionnelle du timbre de Marie-Nicole Lemieux, véritable
chef de guerre dont l'art se révèle tant dans la
vaillance - Va tacito e nascosto (1er acte) au da capo magnifiquement
orné -, que dans la grandeur - Dall'ondoso periglio, ou l'air
de Jules sauvé des eaux, est une merveille (3ème acte)
-, la suavité - Se in fiorito, la gracieuse aria du II,
partagée avec le violon solo - et la gravité recueillie
- Alma del gran Pompeo (accompagnato de l'Acte I).
Cependant, la réunion
de ces ingrédients de choix n'est pas optimisée, le
travail de fosse s'inscrivant a contrario du plateau. On s'interroge
sur la tentative de Kenneth Montgomery de baroquiser les forces
instrumentales de l'Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy,
tentative soldée par des attaques trop souvent hasardeuses et
une inertie constituant un réel handicap. Un tel contexte rend
vain tout effort dynamique, le continuo - où se remarque la
prestation de Mauricio Buraglia au théorbe - accusant d'autant
plus la disparité stylistique.
En revanche, alors que
beaucoup de metteurs en scène s'acharnent à traverser
de diverses agitations les opéras du Grand Saxon, et en
particulier celui-ci, Yannis Kokkos concentre sa réalisation,
où la chorégraphie de Richild Springer respecte un
à propos systématiquement vérifiable, sur le
rythme et les situations, ici montrées dans l'écrin
judicieux d'un palais aux fresques intégrant des motifs
antiques égyptiens à une esthétique Art
Déco coloniale toujours savamment éclairée -
Patrice Trotier -, créatrice de relief, de profondeur et de
climats."
- La Libre Belgique - 10 mars 2007
"Marie-Nicole Lemieux passe
à la vitesse supérieure en incarnant, à Nancy,
le Giulio Cesare de Haendel, une première qui ne devrait pas
rester sans lendemain. Uniforme avec pantalon et grand manteau, les
cheveux ramenés en arrière, Lemieux est un César
qui n'a pu gommer toute féminité, mais qui sait vivre
et incarner la vaillance, la colère et la passion amoureuse.
Loin de tout monolithisme, elle campe un Empereur en proie au doute
et empreint d'une réelle fragilité, personnage riche et
très humain. Si on sent encore un certain manque d'aisance
scénique, la voix est superbe : intonation très
sûre, riche en nuances et virtuose quand les coloratures
l'impose. Véritable vitrine du chant français, le
spectacle a d'ailleurs comme premier atout une distribution de
premier plan : autour de Lemieux gravitent Stéphanie d'Oustrac
(Sesto), Elodie Méchain (Cornelia), Ingrid Perruche
(Cleopatra) et le contre-ténor Philippe Jarrousky, brillant
Ptolémée façon punk star. La partie orchestrale
est un cran en dessous, souffrant à la fois des approximations
de l'Orchestre de Nancy et de Lorraine et de la direction de Kenneth
Montgomery, baguette compétente mais routinière qui
peine à donner vie à cette version intégrale
frisant les cinq heures. Confirmant par une accumulation d'escaliers
en tout sens qu'il reste avant tout un décorateur, Yannis
Kokkos signe une mise en scène sans grand
intérêt. A ses tentatives un peu laborieuses de second
degré, on eût préféré une direction
d'acteurs plus précise et plus
inspirée."
- Crescendo - avril/mai 2007
Pourquoi ce chef peu
accordé au répertoire baroque alors qu’il eût
fallu une bombe du style Minkowski ou Jacobs pour dynamiser un
orchestre peu intéressé par le répertoire et par
ce qui se passait sur scène ? On crut entendre une mauvaise
version des annees 30, au moment de la renaissance de ce
chef-d'oeuvre du maître saxon : aucun souci de phrase ni de la
rhétorique, un jeu routinier et lourd. D’emblée on
avait deviné que le plus vibrant air de César, “Va
tacite e nascosto” acccompagné du cor (à piston ici,
bien sûr!) serait malheureusement raté, ce qui fut le
cas. Yannis Kokkos avait reuni quelques poncifs pour sa mise en
scène dans un salon de l'Egypte coloniale où
apparaissent d’énormes escaliers qui se joignent et s
éloignent au fil des amours-haines, avec, en contrepoint, des
hiéroglyphes, des canopes, des mouvements
chorégraphiés de Richild Springer car "il s’agit de
construire au même moment un arrière plan qui soit
l'écho de la dynamique particulière de chaque air et
nous permette de nous montrer une passion en action". Eh bien
c’était raté! jouant d’un humour très premier
comme le déplacement hors perspective des Egyptiens, ces
mouvments aux intentions dispersées ne faisaient qu'ajouter
à l'incohérence de l'ensemble.
Heureusement il y avait les
chanteurs. Ils ont vite réussi à nous faire oublier
tout ce qu’il fallait oublier, pour jouir pleinement de la musique et
de l’oeuvre de Haendel. Vocalement ils étaient tous parfaits
alors que l'on connaît les périls auxquels le
compositeur soumet ses chanteurs qui, à l'époque,
finalement, ne demandaient que cela. Psychologiquement, ils se3
donnaient tous à fond. La générosité et
le timbre charnu de Marie Nicole Lemieux nous offraient la part
galante et amoureuse de César tandis que ses descentes
fougueuses dans le grave profond nous en donnaient sa part
guerrière. lngrid Perruche parvenait magnifiquement à
se glisser dans les divers et subtils émois habillés de
multiples costumes. Élodie Méchain - Cornelia - un
rôle ingrat que cette veuve inconsolable, habite
discrètement la scène mais réalise le tour de
force d'y être intensément omniprésente.
Stéphanie d’Oustrac offre son ample mezzo a un Sextus jeune
énergique et fougueux pour défendre sa mère.
Philippe Jaroussky est magnifiquement odieux dans la peau de
Ptolémée dont le cynisme et la veulerie donnent froid
dans le dos. Riccardo Novaro est ce personnage froid et glacial que
finalement rien n’émeut, à la ligne vocale parfaite. On
ne peut donc que féliciter doublement les chanteurs d'avoir
transcendé tous les obstacles ceux de l’oeuvre et ceux de sa
réalisation pour rendre à César...ce qui est
à Haendel."
- Opéra de Seattle -
McCaw Hall - 24, 25, 28 février, 3, 4, 7, 9, 10
mars 2007 - dir. Gary Thor Wedow - mise en scène Robin
Guarino - décors Paul Steinberg - costumes Constance
Hoffman - lumières Robert Wierzel - avec Ewa Podles / Anna
Burford (Cesare), Alexandra Deshorties / Christine Brandes
(Cleopatra), Helene Schneiderman / Gloria Parker (Cornelia),,
Kristine Jepson / Carolyn Kahl (Sesto Pompeo), Brian Asawa / Mark
Crayton (Tolomeo), Arthur Woodley (Achillas), David Korn
(Nireno)


- Wiesbaden - Staatstheater
- 27 janvier, 12, 18, 24, 29 mars, 10 avril, 15, 30
juin 2007 - dir. Cornelius Heine - mise en scène Markus
Bothe - décors Manfred Dittrich - costumes Dorothea Katzer
- chef de choeur Christof Hilmer - avec Ute Döring (Giulio
Cesare), Artur Pirvo / Hye-Soo Sonn (Curio), Sandra Firrincieli
(Cornelia), Betsy Horne / Inga Lampert (Sesto), Thora Einarsdottir
/ Sharon Kempton (Cleopatra), Andreas Taubert (Tolomeo), Olaf
Franz / Thomas de Vries (Achillas), Emma Pearson (Nireno) -
nouvelle production
- Opéra de Melbourne
- 1er, 6, 9, 12, 15 décembre 2006 -
dir. Richard Gill - mise en scène Fransisco Negrin,
adaptation Matthew Barclay - décors et costumes Anthony
Baker - lumières Davy Cunningham - chorégraphie
Gregory Nash - avec Tobias Cole (Giulio Cesare), Emma Matthews
(Cleopatra), Catherine Carby (Cornelia), Sally-Anne Russell (Sesto
Pompeo), Christopher Field (Tolomeo), Richard Anderson (Achilla),
Tim DuFore (Curio), Daniel Goodwin (Nireno)

- Théâtre des Champs
Élysées - 16, 18, 20, 22, 24 octobre 2006
- Rome - Accademia Nazionale di Santa
Cecilia - 26 octobre2006 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - mise en scène Irina Brook -
décors Noëlle Ginefri - costumes Sylvie Martin-Hyszka
- chorégraphie Cécile Bon, lumières
André Diot - avec Andreas Scholl (Cesare), Rosemary Joshua
(Cleopatra), Sonia Prina (Cornelia), Alice Coote (Sesto), Mario
Cassi (Achilla), Damien Guillon (Nireno), Renaud Delaigue (Curio),
Franco Fagioli (Tolomeo) - nouvelle production

- Opéra Magazine - décembre 2006
- 16 octobre 2006
"Lorsque le rideau se
lève sur un Cesare baroudeur, pas rasé depuis plusieurs
jours et prenant du repos avec ses compagnons, on n’imagine pas que
le décor unique qui vient d’apparaître — un
désert — résume la production dont on attendait tant.
Désert dans lequel Irina Brook s’égare en
entraînant tout le monde dans son sillage (chanteurs,
musiciens, chef, spectateurs), sans espoir de retour.
On pourrait sourire en voyant
Cesare prendre son casse-croûte en guise de scène de
triomphe, puis parler des portes qu’il force pour sauver Cleopatra en
l’absence de tout palais, ou en découvrant Cleopatra en train
de jongler et de se dandiner pendant « Da tempeste ». Sauf
que tout cela été vu cent fois depuis des lustres et
n’est jamais le fruit d’une pensée dramatique. La direction
d’acteurs semble également absente, du remplissage inutile ou
ridicule pendant les da capo et des solistes se retrouvant
régulièrement à l’avant-scène pour
chanter face au public. Irina Brook passe totalement
côté des personnages, des émotions et de la
drarnaturgie d’un ouvrage dont les conventions, faut-il le
répéter, ne sont pas de superficiels artifices mais les
éléments constitutifs d’un théâtre fort et
les vecteurs d'émotions puissantes. Les lumières sont
peu utilisées pour compenser la monotonie du décor,
malgré une jolie scène de nuit pour le récitatif
méditatif de Cesare « Alma del gran Pompeo ». Et la
fin de l’acte II est en partie déplacée au début
du III et coupée...
La partie musicale ne sauve
pas la représentation, les interprètes semblant
contaminés par le vide de la mise en scène. En Cesare,
Andreas Scholl chante bien mais de manière anodine, comme la
Cornelia de Sonia Prina. RosemaryJoshua, a priori la plus charmante
des Cleopatra, ne domine jamais son rôle et parait
transparente. Dans ce désert, on trouve heureusement un peu de
matière du côté de Sesto et de Tolomeo,
respectivement incarnés parla mezzo-soprano Alice Coote et le
contre-ténor FrancoFagioli, seules vraies présences
vocales de la soirée.
Quant aux Talens Lyriques et
à Christophe Rousset — passons sur les errements continus des
cors —, on les a rarement entendus aussi plats et peu expressifs.
Malgré quelques sursauts,ils semblent résignés.
Une fois de plus, le claveciniste et chef (l’orchestre
français est victime de son metteur en scène. Par
chance, nous savons par ailleurs tout ce qu’il peut apporter à
Haendel (au disque, en concert, mais également au
théâtre, voir les superbes productions de Pierre Audi).
Nous lui témoignerons donc plus de compassion que de reproche.
Une soirée ennuyeuse, quand elle n’est pas ridicule ou
médiocre, qui révèle l’absence totale
d’affinités entre Irina Brook et ce répertoire. Une
fois n'est pas coutume dans ce théâtre, une bonne partie
du public lui a manifesté son mécontentement au moment
des saluts."
- Crescendo - décembre 2006/janvier
2007
"Un des points de mire du
cycle Haendel du Théâtre des Champs Elysées
était sans doute Giulio Cesare avec Andreas Scholl dans le
rôle-titre. Le célèbre contre-ténor se
produit en effet très rarement sur les scènes
d’opéra. Il a interprété Bertarido de Rodelinda
à Glyndebourne et au Metropolitan de New York et le
rôle-titre de Giulio Cesare à Copenhague. C’est à
nouveau en général romain qu’il a fait la
conquête du public parisien, accompagné par Les Talens
Lyriques sous la direction de Christophe
Rousset, dans une mise en scène d’Irina Brook. La fille de
Peter Brook n’a pas le talent de son père et sa production fut
huée le soir de la Première. Dans un décor
unique, constitué en majeure partie de dunes de sable
(Noëlle Ginefri) auxquelles s’ajoutent des accessoires peu
suggestifs, souvent inutiles et même vulgaires, elle propose
une action pleine de mouvements superflus, de clichés et de
gags exaspérants. Mais il n’y a pas d’authentique interaction
dramatique entre les personnages qui manquent de profil. A aucun
moment Brook n’entre dans l’esprit de la musique et de l’oeuvre
qu’elle couronne d’une désuète scène de happy
end romantique sous des pétales de roses. Ajoutez à
cela les costumes médiocres de Sylvie Martin-Hyszka (la robe
rouge de la pauvre Cleopatra!) et il est clair qu’il valait mieux se
concentrer sur la musique. On peut se poser des questions sur la
version présentée par Christophe Rousset, son
interprétation et ses choix de tempi. Giulio Cesare peut faire
montre de plus de variété dans les couleurs, plus
d’intensité dans les dialogues et plus d’élan
dramatique mais peut-être la mise en scène n’y
était-elle pas étrangère. Dans l’ensemble,
Rousset donne une exécution homogène et soignée,
et accompagne bien les chanteurs.
La belle voix d’Andreas Scholl
me semble avoir perdu un peu de force et d’éclat, mais il
reste l’interprète virtuose au style exemplaire et aux sons
suaves. Rosemary Joshua fait une Cleopatra plus pétillante que
séduisante dans ses robes et perruques impossibles mais son
soprano pur et souple exprime bien les états d’âme de la
reine d’Egypte. Tolomeo a le tempérament vif, la voix claire
et la virtuosité impressionnante de Franco Fagioli. Alice
Coote, expressive et merveilleuse haendélienne campe un
excellent Sesto et Sonia Prina prête son contralto chaud aux
émotions de Cornélia. Mario Cassi (Achilla), Damien
Guillon (Nireno) et Renaud Delaigue (Curio) complétaient
l’ensemble."
- Diapason - décembre 2006 -
Empereur ou martyre ?
"Giulio Cesare, opéra
érotico-militaire, veneziano-londonien, qui a assis la gloire
de Haendel dès sa création (1724) et l’a
rétablie dès sa résurrection (1922), est devenu
un incontournable des scènes internationales... On pouvait en
effet fermer les yeux devant la scénographie fauchée
d’Irina Brook, coincée dans un décor piteux droit venu
d’Oh les beaux jours ! de Beckett et dans d’affreux costumes de
rebut. Si vous en êtes restés à l’âge des
épées de bois, vous goûterez la direction
d’acteurs minimaliste consistant à faire brandir aux
interprètes tantôt une mitraillette, tantôt un
poignard, tantôt un verre ou une flasque ; pas d’idée,
d’élan ni de lecture mais, soyons juste, au moins une belle
image : «Alma del gran Pompeo» chanté devant un
brasero dans une nuit saharienne qui évoque le Douanier
Rousseau.
Côté musique, on
balance. Souvent générique, allante mais
routinière, la direction de Rousset se réveille
sçudain dans les passages les plus orchestraux (« L’angue
offesa », « Ne! tuo seno ») où se fait valoir
la science dynamique que la fréquentation d’un
répertoire plus tardif lui a apprise. La distribution ne
manque pas d’atouts : une Cornelia au phrasé superbe, bien
qu’assez triviale (Sonia Prina), un Sesto peu nuancé mais
brûlant (Alice Coote), un Tolomeo qui se désinhibe
dès qu’il peut chanter plus aigu que ne le veut sa partie
(Franco Fagioli), un efficace Achilla confronté au même
problème (Mario Cassi) et, surtout, une sensuelle et humaine
Clèopâtre, qui ne peine que dans le piquant (Rosemary
Joshua). Reste le rôle-titre, pour lequel Andreas Scholl n’a
jamais été fait, et moins encore aujourd’hui : le grave
s’est définitivement éteint, la chair envolée,
ne reste qu’une virtuosité mécanique."
- Le Monde de la Musique - décembre
2006 - Maigre bilan pour Haendel - 21 octobre 2006
"Eu égard au potentiel
d’une des plus fortes partitions lyriques de Haendel, le Jules
César du Théâtre des Champs-Elysées a
déçu.
Irina Brook a choisi de mettre
en scène Giulio Cesare dans un (joli) désert de sable
jaune et de ciel bleu dessiné par Noëlle Ginefri, qui
semble se souvenir des aventures de Tintin (Le Crabe aux pinces
d’or). Privée du sens narratif et de l’humour (pas de
capitaine Haddock) propres à cette bande dessinée,
l’histoire se traîne en longueur. Si la mise en scène
respecte, malgré une tranquille transposition contemporaine,
la chronologie des faits, elle réduit les personnages à
des silhouettes et néglige les enjeux du livret.
Rosemary Joshua a, certes, la
gracieuse silhouette d’une désirable Cléopâtre,
mais son chant monochrome révèle bien mal sa
vénéneuse ambition. L’envergure politique de l’empereur
échappe à Andreas Scholl dont la voix, merveilleuse au
disque, s’évanouit sur la scène du Théâtre
des Champs-Elysées. Cette production semble confondre Giulio
Cesare avec un marivaudage, alors qu’il s’agit d’un opéra
où pleuvent les coups bas. Il faut du souffle pour
intéresser pendant trois heures et demie, de l’obstination
pour dévoiler un à un les ressorts de l’intrigue, de
l’imagination pour soutenir ces longs airs. Feuilleter un somptueux
catalogue de mélodies ne saurait suffire.
Que retenir? Certainement pas
les constantes approximations des Talens lyriques (s’acharner
àvouloir faire entendre des cors naturels quand les souffleurs
ne le peuvent pas constitue le meilleur argument contre les
instruments anciens), ni la direction désinvolte de Christophe
Rousset. Peut-être les efforts de Sonia Prina à nous
émouvoir par les larmes de Cornelia alors qu’on la sait
exceller dans les sports de combat. Sans doute le Sextus
révolté d'Alice Coote, et le Ptolémée
velléitaire du contre-ténor argentin Franco
Fagioli."
Le début du
traditionnel cycle Haendel de l'avenue Montaigne s'ouvrait, cette
semaine, par l'un des plus célèbres ouvrages du Saxon,
Giulio Cesare in Egitto, une nouvelle production maison donnée
cinq fois. Si la Sinfonia convainc dès l'abord, conduite avec
une fermeté électrisante par un Christophe Rousset
leste qui n'aura de cesse de tendre l'action depuis la fosse, il n'en
est pas de même de la mise en scène d' Irina Brook.
Outre que le public se trouve une nouvelle fois confronté
à une profusion de gestes, de gags, d'installations et de
déménagements venant comme meubler une situation dont
la musique se suffit à elle-même, il constatera
l'irrecevable vulgarité d'une lecture qui ne repose que sur
une suite de vagues trouvailles d'une futilité affligeante,
une lecture accusant plusieurs contresens - dont celui qui
décide de la conception du rôle de Tolomeo n'est pas des
moindres : dans un sujet antique, les mots effeminato amante ne
désignent absolument pas une éventuelle
ambigüité sexuelle du personnage, mais au contraire son
besoin de sans cesse rechercher la compagnie et le plaisir des femmes
- qui révèlent une inculture inquiétante chez un
créateur (sauf s'il suppose que les librettistes
eux-mêmes soient incultes !) qui prétend se pencher sur
une œuvre. Au regard de plusieurs réalisations récentes
de cet opéra, il semble que nombre d'entre eux se soient
four-voyés ; et si l'on tentait, tout simplement, de s'atteler
à une véritable direction d'acteur qui prendrait le
drame au premier degré, quitte à en intégrer le
déroulement dans une scénographie plus inventive ?
À méditer…
À la déception
d'une mise en scène inutile s'associait celle d'une
distribution assez inégale dont les choix sont parfois
difficilement justifiables. Du reste, dans l'ensemble, on remarquera
de gros soucis de justesse chez presque tous les chanteurs ; on ne
saurait pour autant accuser tout un plateau de chanter faux, n'est-ce
pas ? Aussi pourra-t-on conclure à un cast maladroit, tout en
relevant une direction si ferme qu'elle ne facilitait la tâche
à aucun, y compris aux instrumentistes des Talens Lyriques,
étonnamment approximatifs à plusieurs
reprises.
Si Renaud Delaigue s'acquitte
honorablement du bref rôle de Curio, il en va de même du
Nireno de Damien Guillon au chant souplement mené. Moins
certains seront les récitatifs de Mario Cassi qui, par
ailleurs, campe un Achilla attachant et crédible ; les voix
est généreusement projetée, c'est
indéniable, vaillante la prestation, mais la tessiture
soulève quelques dou-tes que l'instabilité du
bas-médium vient souligner. Les soupirs et autres effets plus
ou moins minaudiers de la Cleopatra de Rosemary Joshua ne cachent
guère un placement vocal inégal qui en contrarie trop
souvent l'impact. Si certains choix de passages entre le falsetto et
la poitrine séduisent lors des premières interventions
de Franco Fagioli, l'absence de nuance, tant dans le chant que dans
le jeu, l'incurie de la diction et les multiples imprécisions
de hauteur discréditent cruellement son
Tolomeo.
De cette représentation
l'on gardera toutefois le souvenir de trois artistes : Andreas
Scholl, bien sûr, qui, bien que sans doute sur-distribué
dans le rôle-titre qui réclame un tout autre format
vocal, dispensait un chant d'une grande élégance,
même si vocalises et ornements n'eurent pas ce soir le lustre
de son Giulio d'il y a quatre ans, à Copenhague ; puis Alice
Coote qui donnait un Sesto d'abord un rien propret qu'elle
libérait peu à peu, au fil du spectacle ; Sonia Prina,
enfin, qui n'a peut-être pas le contralto que l'on attend pour
Cornelia - la chanteuse italienne serait plutôt un grand mezzo
avec un beau grave -, mais dont l'incarnation demeure ici la plus
convaincante, tant dramatiquement que vocalement, grâce
à un timbre d'une riche couleur, une belle intelligence du
chant, une sensibilité et un vrai sens de la
scène."
- Le Monde.fr - Les tribulations de Jules
César en Egypte
"Doté de huit airs
magnifiques, le rôle de Jules César est celui du primo
uomo par excellence, ce personnage numéro un de l'opera seria.
Il était tenu à la création par le fameux
castrat Senesino ("petit siennois", de son vrai nom Francesco
Bernardi), dont le contre-ténor allemand Andreas Scholl
possède la folle virtuosité paroxystique et la
cartographie vocale, du chef de guerre avec ses arias "di furore" et
ses flots de doubles croches ("Al lampo dell'armi") à l'homme
de vertu ("Alma del gran Pompeo") en passant par l'amoureux transi
("Se in fiorito ameno prato"). Voix de velours féroce de
vélocité, Andreas Scholl compense une faiblesse de
projection par un bel engagement dramaturgique.
Dotée de semblables
attributs musicaux, la Cléopâtre de Rosemary Joshua
séduit par sa ductilité et la joliesse de son chant. Le
sensible Sextus d'Alice Coote émeut et Sonia Prina
répand les larmes de Cornélie, la veuve de
Pompée, avec toute la noblesse requise. Le
Ptolémée de Franco Fagioli a du panache et de la
classe, le reste de la distribution est à
l'avenant.
Mais la direction
élégante de Christophe Rousset à la tête
de ses Talens lyriques peine parfois à servir la violence de
cette musique. Summum du cliché, la mise en scène
d'Irina Brook, entre Tintin au pays de l'or noir, Lawrence d'Arabie
et James Bond. Seul moment amusant, l'imitation de Dalida par
Cléopâtre chantant sur une table, en perruque blonde,
son air d'espérance et de conquête( "Tu la mia stella
sei, amabile speranza")."
- Les Échos.fr - Empereur cherche metteur
en scène
"Chef d'orchestre et
chanteurs portent à bout de bras une production
théâtralement déficiente
"Irina Brook signe le
spectacle. Elle réussit bien au théâtre,
paraît-il, mais n'avait guère fait illusion à
l'opéra, avec un « Eugène Onéguine »
d'une désolante platitude, suivi d'une « Cenerentola
» dans laquelle elle confondait idées et gadgets. Rien de
comparable, toutefois, à ce « Cesare », exemple
éloquent d'un metteur en scène qui ne sait pas par quel
bout prendre l'oeuvre qu'on lui a confiée et ne sait comment
vaincre le statisme qui pèse sur tout « opera seria
». Ne parlons surtout pas de direction d'acteurs : chacun fait
ce que bon lui semble, préoccupé par son chant. Aucune
caractérisation des personnages, aucune indication quant aux
relations qui les unissent ou les séparent. Des
entrées, des sorties, point final ! Le vide !
Aucune tentative, non plus,
pour faire comprendre au public d'aujourd'hui ce qui, dans
l'intrigue, pourrait renvoyer à certaines tensions politiques
actuelles - du coup, à quoi sert la transposition ? Alors que
le livret de Nicolas Francesco Haym est d'une exceptionnelle richesse
dramatique, les situations n'en sont pas exploitées, encore
moins le mélange des genres. L'humour, ici, se réduit
à quelques comparses jouant les Dupont-Dupond dans « Le
Crabe aux pinces d'or » et à une chorégraphie
indigente (Cécile Bon et Renato Giuliani). Les décors
de Noëlle Ginefri, agréablement éclairés
par André Diot, sont prétexte à quelques jolies
images. Pour tout potage, c'est un peu maigre !
Sous la houlette de leur
mentor, les Talens Lyriques ne se ménagent pas - les cors
naturels battent parfois la campagne, mais l'écueil est
fréquent. Curieusement, les coupures ménagées
dans une partition très longue finissent par faire
disparaître Cornelia et son fils Sesto pour focaliser l'action
sur les amants terribles, l'empereur romain et la reine d'Egypte.
Malgré quelques tempos très rapides, la direction de
Rousset demeure fort sage, prenant son plein essor dans le lyrisme,
l'émotion à fleur de coeur. L'amour l'emporte sur les
conflits, et la musique est la principale bénéficiaire
de ce choix car le chef, qui guide ses troupes d'une main sûre,
est musicien jusqu'au bout des ongles. D'où quelques moments
captivants. Andreas Scholl peine parfois à se faire entendre,
handicapé par la petitesse de sa voix ; et le comédien
n'a guère l'autorité d'un souverain. Mais son «
Aure, deh, per pietà » du IIIe acte est marqué par
la grâce. Autre contre-ténor, Franco Fagioli (Tolomeo)
incarne avec verve le frère perturbé de l'Egyptienne.
Si le timbre profond d'Alice Coote s'adapte sans problème au
travesti de Sesto, celui tout aussi chaud de Sonia Prina, plus que le
tempérament de l'interprète, convient à
Cornelia, veuve de Pompée. Rosemary Joshua prête son
charme et sa musicalité raffinée à
Cléopâtre. Haendel s'en sort à bon compte. Tant
mieux pour lui !"
- ConcertoNet - 16 octobre 2006 - Une
victoire de plus pour César! Ave!
"La mise en scène
d’Irina Brook reçoit des bravos et des huées au
moment des saluts et c’est un assez bon résumé de
son travail. S’il est vrai que les huées sont un peu
excessives (on a vu pire dans d’autres salles parisiennes…), les
bravos le sont aussi car cette production n’apporte pas une
lecture bien originale de l’œuvre de Haendel. Comme nombre de ses
collègues, Irina Brook transpose l’Egypte à notre
époque mais avec des costumes toutefois assez intemporels :
seuls les revolvers et autres fusils donnent à penser que
nous sommes dans un conflit “égypto-romano” contemporain.
On ne peut échapper au désormais incontournable
costume-cravate alors que les différentes robes de
Cléopâtre sont plutôt recherchées: la
future reine change constamment de toilette, une robe rouge, une
robe blanche vaporeuse, un robe noire décolletée
dans le dos, etc… Tolomeo est également affublé de
costumes assez ridicules puisqu’il entre sur scène dans un
pyjama rose clair (avec un superbe T brodé sur la veste…)
puis est vêtu de vestes de couleur violette, de pantalons
cintrés, voire de collants en résille… Le
décor principal fournit d’assez belles images: tout
l’opéra se déroule sur des dunes
légères avec du sable et une toile est
dressée au fond de la scène. Voir les personnages se
détacher sur le jaune du sable et le ciel bleu est assez
captivant et esthétiquement beau. En revanche le mirage
“The Oasis” qui accompagne le deuxième acte est du plus
grand ridicule: l’action se déroule en plein désert
donc un faux palmier clignotant est planté dans le
décor ainsi qu’une entrée de boîte de nuit
avec lettres lumineuses “The Oasis”. Autour de cette
entrée, il y a un petit pont et une mare d’eau où
tous les personnages vont aller patauger… La mise en scène
est également agrémentée de personnages
annexes, des serviteurs de Cléopâtre et de
Ptolémée, qui sont en réalité des
danseurs censés faire une chorégraphie
égyptienne. Le goût est plus que douteux surtout dans
l’air de Cléopâtre “Da tempeste” où ils se
trémoussent sans grande élégance.
Malheureusement le public rit souvent et c’est bien le comble dans
un opéra qui n’est pas franchement drôle!
Effectivement comment ne pas sourire quand les serviteurs sont
obligés de redresser la table parce que
Cléopâtre déplace tout sur son
passage.
Andreas Scholl met sa belle
voix pure au service du chef romain et l’absence de vibrato
contribue à apporter une profonde humanité au
personnage: César est ici représenté comme un
amoureux tendre doté d’un courage militaire sans faille
mais qui n’aspire qu’à une juste vengeance. Pour avoir vu
le chanteur dans ses premiers pas à Paris, on ne peut
qu’être déçu d’entendre que la voix a perdu de
sa puissance et de ses aigus au profit toutefois d’un grave de
plus en plus nourri. Ce n’est que dans quelques passages, comme le
magnifique début de “Aure deh per pieta” où il
exécute un crescendo sur le “au”, que l’on retrouve
l’Andreas Scholl des débuts. Il laisse mourir les notes peu
à peu à la fin de l’air avec grande douceur. Le
chanteur utilise également son élégance
vocale dans les moments plus solennelles comme l’hommage rendu
à Pompée: “Alma del gran Pompeo” où son
interprétation est poignante. En revanche il n’a rien perdu
de son agilité vocale car il enchaîne les vocalises
avec une facilité confondante: “Al lampo dell’armi” en est
un bon exemple car il adopte un tempo très vif et l’appel
aux armes est encore plus expressif.
Rosemary Joshua est une
Cléopâtre bien convaincante et elle assume avec brio
le rôle de la future reine d’Egypte. Elle parvient à
donner une épaisseur au personnage et on est bien loin de
l’oie blanche parfois représentée. Ses gestes, son
phrasé et son assurance concourent à peindre une
future reine ambitieuse qui découvre l’amour avec
César. La voix est toujours aussi agile et les vocalises se
multiplient au cours des airs surtout dans “tu la mia stella sei”
où elle chante son amour à l’aide de très
nombreuses notes rajoutées: elle se montre aguicheuse et
ses vocalises sont à la limite de la vulgarité
(calculée bien sûr). Toutefois elle prouve davantage
son talent dans les airs plus lents comme “Per pietà” et
“Piangero”. Le premier dégage une immense émotion
parce qu’elle souligne particulièrement les “o” des verbes,
tels que “moriro”, avec une voix blanche, presque
décharnée. Elle reprend ce même
procédé dans “pian”.
Le timbre de Sonia Prina
n’est pas des plus agréables mais il a le talent de brosser
un portrait complet et sensible du personnage de Cornelia. La
chanteuse se montre particulièrement émouvante dans
l’air “nel tuo seno” où elle exprime la profonde douleur de
Cornelia avec des couleurs très sombres, voire des notes un
peu rauques. Certaines notes sont tenues auxquelles elle vient
greffer progressivement un léger vibrato. Sa voix
s’harmonise bien avec celle d’Alice Coote dans le duo “son
nato/son nata”: ce morceau est d’une grande intensité et
les deux chanteuses traduisent le désespoir de la
mère et du fils avec des “mai piu” qui se répondent,
chacun exprimant une gradation dans l’espoir.
Tolomeo est
interprété par le jeune Franco Fagioli qui a
déjà fait forte impression à Zurich
l’année dernière. Il maîtrise parfaitement les
difficultés de la partition et ne recule devant aucune
vocalise: il en rajoute, peut-être trop d’ailleurs, ce qui
rend son personnage encore plus fou, voire détraqué.
Irina Brook a souhaité en faire un être sanguinaire
et intraitable et sa voix correspond bien à cette intention
scénique. Il chante les deux airs “L’Empio” et “Si
spietata” avec virtuosité malgré un tempo
excessivement vif: son personnage est furieux et le contraste est
d’autant plus saisissant quand il chante ce superbe air “belle
dee”, véritable hymne à l’amour, dans lequel sa voix
prend une coloration beaucoup plus douce et des résonances
très pures.
La grande
révélation de la soirée est Alice Coote dont
la carrière se développe essentiellement en
Angleterre, où elle est fêtée dans les plus
grandes maisons. La France la découvre ce soir dans un
rôle qui lui va comme un gant: elle incarne un Sextus juste,
rempli de colère et de désespoir, très
attentionné auprès de sa mère… La voix
souligne les intentions dramatiques de la chanteuse puisqu’elle
est assez sombre quand il s’agit d’exprimer la douleur et plus
claire quand le personnage reprend espoir, dualité qui se
vérifie surtout dans les récitatifs. Elle apporte
toute la fougue nécessaire dans le début de l’air
“Svegliatevi nel core” pour ensuite donner des accents plus
humains à la seconde partie: elle entrecoupe son chant de
respirations sonores pour évoquer son père et donc
la peine que suscite sa mort. L’air “cara speme, questo core” est
une véritable parenthèse car Alice Coote dessine un
personnage plus calme avec un superbe legato et de douces
vocalises.
Achilla est campé
par Mario Cassi qui révèle un instrument assez
métallique. Il ne manque pas de bonnes idées pour
rendre son personnage méchant (notes très sombres,
gestes assez violents) mais finalement assez naïf quand il
tente de violenter Cornelia dans “Tu sei il cor”: il utilise toute
la puissance de sa voix pour souligner les mots et
apparaître comme un véritable tyran. De
manière générale la couleur assez froide de
sa voix ne s’entend, étrangement, que dans les airs: il
montre une voix plus somptueuse et chaleureuse dans les
récitatifs.
Les rôles secondaires
sont bien tenus à commencer par Damien Guillon dont le
personnage de Nireno se trouve cependant amputé de son
unique air. Mais les quelques remarques qu’il adresse à
César ou à Cléopâtre dévoilent
un timbre corsé et gracieux. Renaud Delaigue confirme sa
belle longue voix de basse dans le rôle de Curio mais ce
n’est aussi qu’à travers de trop rares apparitions que l’on
peut admirer la richesse de son timbre.
Christophe Rousset rend
hommage à la partition et y dégage de belles nuances
et d’intéressants tempi. Dès l’ouverture, il dirige
avec nerf et conviction et il est suffisamment maître de son
orchestre pour le lancer dans des tempi très rapides. Les
détails sont bien mis en relief, les récitatifs sont
expressifs et les airs sont tous bien rendus avec la justesse
dramatique nécessaire, mais il manque toutefois la douceur
et l’attendrissement d’un Marc Minkowski… Le plus beau passage est
sûrement le duo Sextus/Cornelie où, de concert avec
les chanteuses, il baisse le volume de l’orchestre et laisse
progressivement s’éteindre la musique, avec des silences
entres certaines phrases. A noter ce que l’on pourrait appeler le
“gag du cor”, tellement l’instrument a joué faux et
absolument pas en mesure dans “Va tacito”!
Une fois passée la
déception entraînée par la mise en
scène, ce spectacle est très agréable
à écouter même s’il n’est pas exceptionnel.
Quelques belles images chaudes d’Egypte parviennent jusqu’à
Paris et le drame se met finalement en place. Mais c’est dans
quelques notes aériennes d’Andreas Scholl, dans de jolies
vocalises de Rosemary Joshua et dans la direction
générale de Christophe Rousset que cette nouvelle
production trouve toute sa raison d’être."
- Libération.fr - 16 octobre 2006 -
Haendel et son « César » dans le
désert
"La distribution
prometteuse ne parvient pas à sauver la mise en
scène médiocre d'Irina Brook. Première
nouvelle production lyrique de la saison du Théâtre
des Champs-Elysées, le Giulio Cesare de Haendel
réunissait lundi, presse, musiciens et mélomanes,
moins impatients, on l'imagine, de découvrir la mise en
scène d'Irina Brook, que d'entendre la distribution
prometteuse, réunie par le chef Christophe
Rousset.
Lorsque retentissent les
premières mesures, on est d'emblée gêné
par la respiration étriquée de la musique, les
phrases trop courtes et privées de résonance.
Certes, ce n'est pas le gris métallisé des
enregistrements d'un Spinosi, mais la pauvreté des lignes,
en galbe, en couleurs, vide la partition de son dramatisme, de sa
lumière et de sa sensualité sans même
parler des problèmes de justesse et d'équilibre
culminant dans l'air du héros accompagné de cor.
N'aurait-il pas été plus judicieux de placer le
corniste en question, ailleurs que dans un angle carrelé de
marbre surexposant sa sonorité et l'obligeant du coup
à souffler moins fort, au risque de couacs,
inévitables sur un instrument ancien ?
Le rideau s'ouvre sur les
sables impeccablement dorés du désert, bordés
d'un cyclo bleu. Plus tard, André Diot déploiera la
magie de ses éclairages pour faire virer le ciel au rouge,
puis au clair de lune, tandis que d'autres éléments
de décor (un club illuminé en pleine oasis, un pont,
des arbres morts) compléteront le chromo. Cette attention
soutenue à la plastique du spectacle, dont les costumes et
coiffures renvoient aussi bien à l'univers de la maffia,
des terroristes et des émirs pétroliers qu'au look
Dalida ou punk des années 70, est hélas inversement
proportionnelle au talent de metteur en scène d'Irina
Brook. Sa direction d'acteurs naïve et sommaire, dans ce
temple du baroque new-look habitué aux mises en
scènes fouillées et déjantées de David
Mc Vicar, lui vaudra de copieuses huées au moment des
saluts.
A défaut
d'être juste stylistiquement et dramatiquement ce Giulio
Cesare est plaisant vocalement, surtout que Rousset assouplit
progressivement sa baguette. Bémol de taille : le
contre-ténor Andreas Scholl, hors sujet dans le
rôle-titre. La souplesse et la précision rythmique
des coloratures ne compensent pas un manque de graves, de volume,
et une projection uniforme en termes de dynamique. Reste le legato
de Sonia Prina, au timbre de contralto limpide, la puissance
sonore et de caractérisation du contre-ténor Franco
Fagioli en Tolomeo, le Sesto courageux d'Alice Coote et l'Achille
fougueux du baryton-basse Mario Cassi. Bien qu'intonant un peu
bas, la soprano Rosemary Joshua investit sa Cléopâtre
d'un glamour visuel qui divertit et touche encore dans la
déploration qui clôt ici le deuxième acte.
Grâce à eux, par instants, ce Giulio Cesare n'est pas
que rasoir."
- Altamusica - 16 octobre 2006 - Un Jules
César aride
"L’opera seria a donné
bien du fil à retordre aux metteurs en scène
contemporain. Forte du succès public de sa Cenerentola, Irina
Brook a appliqué à Jules César la même
recette insupportablement tendance. Comme en réaction à
tant de dérision, Christophe Rousset peine à varier les
climats à la tête d’une distribution
déséquilibrée par les faiblesses du
rôle-titre.
Adapté d’un livret
vénitien de Giacomo Francesco Bussani mis en musique en 1676
par Antonio Sartorio, Jules César est indubitablement
l’opéra le plus foisonnant de Haendel, rompant par
l’extraordinaire diversité des climats, l’art de la
transition, l’ironie constante, parfois cruelle, en somme son
caractère de tragi-comédie historico-pastorale, selon
l’expression consacrée par Polonius dans Hamlet, avec les
canons de l’opera seria. Mais Christophe Rousset ne parvient pas,
particulièrement au premier acte, à appliquer à
Haendel cet esprit dont il avait si bien saisi les ressorts dans le
Couronnement de Poppée. Tirée au cordeau, sa direction
respire peu, pertinente dans les moments d’hypertension – et les
Talens Lyriques, passées les hésitations de
l’ouverture, ne relâchent jamais la concentration, à
l’exception de cors décidément dans leur plus mauvais
soir –, mais avare de coquetterie, de séduction, de
sensualité. Et s’il desserre l’étau à partir du
deuxième acte, élargissant sa palette, les
enchaînements entre airs et récitatifs demeurent
abrupts, et sa lecture finalement assez univoque, comme pour enrayer
les excès de dérision pratiqués sur le plateau.
Amoureuse du gag gratuit,
Irina Brook tente en effet de perdre Jules César quelque part
entre le Crabe aux pinces d’or et la Planète des singes,
parsemant le charmant coin de désert conçu par
Noëlle Ginefri des relents les plus tape-à-l’œil d’un
Couronnement de Poppée de triste mémoire
également créé sur la scène du
Théâtre des Champs-Élysées, sans oublier
quelques emprunts à la chorégraphie des Paladins, qui
se jouent simultanément au Théâtre du
Châtelet. Ce patchwork est sans doute follement tendance, comme
l’était déjà la Cenerentola de Mademoiselle
Brook, mais la réflexion dramaturgique n’y a pas droit de
cité, et moins encore l’interrogation nécessaire sur ce
genre plus que délicat à mettre en scène qu’est
l’opera seria. L’ironie piquante sied à Jules César,
pas la facilité.
La distribution apporte
quelques consolations, mais se révèle
définitivement trop disparate pour convaincre. Ainsi, la
proximité de voix jeunes et bien projetées disqualifie
le Cesare d’Andreas Scholl. Car s’il a trouvé en Bertarido,
écrit quelques mois plus tard pour le même Senesino, le
rôle de sa vie, le contre-ténor allemand n’a pas la
carrure vocale d'un Imperator. Plus mécanique
qu’héroïque, la colorature est certes précise,
mais elle défigure ce timbre plus très angélique
qui ne retrouve qu’en de très rares instants sa splendeur
passée : que de raideurs et de sons blancs pour quelques beaux
trilles et surtout l’envoûtante messa di voce d’un Aure, deh,
per pietà par ailleurs sans magie. Le rôle constitue, il
est vrai, un défi quasi insurmontable pour un falsettiste.
Certains ont néanmoins
su s’y montrer crédibles, à l’instar du très
jeune Franco Fagioli à Zurich en avril dernier, dont le
tempérament explose littéralement en
Ptolémée, qu’Irina Brook transforme en hybride de Zaza
Napoli et John Galliano. Voix concentrée et vocalise
calibrée, voici un vrai contre-ténor de
théâtre, usant des ruptures de registres pour souligner
la virilité complexée de cet effeminato amante.
Interprète fine et enjouée, timbre
délicieusement rond et lumineux, Rosemary Joshua n’est
pourtant pas à son meilleur sur la tessiture de
Cléopâtre, qui la prive curieusement de souplesse,
d’attaques souvent peu soignées, et n’atteignant pas
systématiquement leur cible. Parfois un rien à
l’étroit dans les tempi serrés de Christophe Rousset,
la voix d’une insolente richesse d’Alice Coote s’épanouit
superbement dans l’ardeur puérile de Sextus, formant avec la
Cornélie habitée de Sonia Prina, dont la timbre tend de
plus en plus à se résumer à un métal
jugulaire, un duo bouleversant. Plus que le solide, mais parfois
débraillé, Achillas de Mario Cassi, le Nirenus de
Damien Guillon, privé de son air, révèle en
quelques récitatifs une couleur attachante, qui n’est
d’ailleurs pas sans rappeler un certain Andreas Scholl, rare oasis
dans ce Giulio Cesare relativement complet, mais
décidément trop aride."
- Res Musica - 18 octobre 2006 - Splendeur
musicale et mise en scène ensablée
"On peut dire qu’à
l’occasion de ce Giulio Cesare, le Théâtre des
Champs-Élysées a mis, pour la distribution tout du
moins, les petits plats dans les grands ! On sort en effet de la
représentation ébloui par tant de beauté
musicale…et dépité par tant de vacuité
scénique !
Qu’est-il donc arrivé
à Irina Brook ? On avait bien aimé son Eugène
Onéguine à Aix-en-Provence et sa Cenerentola dans ce
même TCE. Or, voici qu’elle nous sert une mise en scène
sans l’ombre d’une idée, d’une conception, ou même d’un
fil directeur ! L’action se situe dans un désert de sable,
avec au beau milieu un élément censé planter le
décor de chaque acte : un panneau indicateur au I, une oasis
avec une porte orientale aussi moche et clinquante qu’une
entrée de casino de Las Vegas au II, un squelette de barque au
III. La plupart du temps, il ne se passe rien. Le chanteur, les bras
ballants, se plante à l’avant-scène et se
préoccupe uniquement de bien chanter. C’est plutôt mieux
que quand il se passe quelque chose, car alors nous voyons
défiler en quelques minutes une dizaine de gags dont le plus
amusant tient du glissement sur une peau de banane (ou sur le sable
du désert, dans le cas présent). De temps à
autre, un danseur esquisse quelques pas de break-dance, sans raison
apparente. Pourquoi avoir inséré ces plaisanteries pas
même dignes d’un potache, alors que la signification de l’œuvre
n’est jamais tournée en dérision (en fait, pour Irina
Brook, il n’y a pas de signification du tout) ? Pour obtenir les
rires gras d’une poignée de spectateurs ? Dans ce cas,
l’objectif est atteint ! Et quand on a pour malheur une voisine qui
glousse simplement parce que Achilla retire ses boots et remonte son
pantalon pour traverser l’oasis (ou plutôt la mare), on se met
à haïr la terre entière !
Mais ces
désagréments n’arrivent fort heureusement pas à
supplanter la musique, et là, que de splendeurs ! On savait
Rosemary Joshua inégalable, incomparable, en
Sémélé et en Poppée dans Agrippina. On
lui découvre un nouveau personnage haendélien dans
lequel elle est presque aussi formidable. Presque, car plus
inégale. Sa Cléopâtre est agréable sans
atteindre des sommets au premier acte, il faut dire que ni la mise en
scène, ni ses costumes, hideux, ni sa coiffure, ridicule, ne
doivent l’aider à endosser la psychologie de la reine
d’Egypte. Mais tout bascule soudain à la fin du II, avec un
« Se pieta di me non senti » d’anthologie, absolument
bouleversant, dont on sort les mains tremblantes et les larmes aux
yeux. Le « Piangero » est tout aussi réussi, et nous
retrouvons la grande vocaliste dans un ébouriffant « Da
tempeste il legno infranto » léger comme une nuée
de bulles, pendant lequel elle se paie même le luxe d’effectuer
quelques pas de danse !
On a lu, ici ou là, des
commentaires acides sur la petitesse de la voix d’Andreas Scholl. Ils
ne peuvent provenir que de ceux qui n’avaient jamais entendu le
contre-ténor, ou qui n’avaient pas consulté le
programme avant d’entrer dans la salle. Reprocher son émission
confidentielle à Andréas Scholl, c’est un peu comme se
plaindre que Chaliapine n’avait pas de contre-ut aigu ! Alors,
amateurs de heldentenors s’abstenir, pour ce manque de volume, que de
beauté dans le timbre, que de souplesse dans la vocalisation,
que de longueur de souffle dans les messe di voce, que de noblesse
dans l’incarnation ! Oui, ce soir, le couple Joshua/Scholl
était aussi mythique que le couple Jules
César/Cléopâtre !
Mais ils n’étaient pas
seuls à participer à notre bonheur, car les deux voix
graves de femmes n’étaient pas en reste. En Sesto, une Alice
Coote déchaînée, au splendide son cuivré,
à qui l’on doit les plus belles ornementations de la
soirée, et en Cornélia, une Sonia Prina au timbre
profond, profond, d’une noblesse exemplaire. Ce ne sera pas faire
injure au Tolomeo de Franco Fagioli et à l’Achilla de Mario
Cassi de dire qu’ils ne se situent pas tout à fait au
même niveau. Dans une autre production, on les aurait
encensés. Mais face à quatre monstres d’un tel
degré vocal, on en oublierait presque de les écouter,
ce qui est fort dommage. Remarquons que tous les chanteurs ornent les
da capo avec beaucoup de goût.
Les Talens Lyriques, sous la
direction de Christophe Rousset, sonnent au départ très
dégraissés, voire un peu trop sec. Et puis on se laisse
petit à petit séduire par la progression et
l’articulation des arches musicales, d’autant plus que l’orchestre
sait chanter quand et là où il le faut. Quelques
coupures, peu nombreuses, pour un spectacle qui dure quand même
presque 4 heures, entractes compris. On sait que les cors baroques
sonnent difficilement justes, mais la piteuse prestation du corniste
solo dans l’aria « du chasseur » était
peut-être le seul gag vraiment réussi de la
soirée ! Bref, malgré la mise en scène indigente
d’Irina Brook, on passe une magnifique soirée. A retourner
écouter les yeux fermés."
- Classica - novembre 2006 - Bof !
"Irina Brook ne tient pas ses
promesses...elle bute sur Jules césar : absence de vision
générale, direction d'acteurs inexistante, le tou
posé dans un décor maigrelet, mille fois vu. Gosse
déception musicale également, Andreas Scholl en
tête, voix courte et mal assurée à
l'opéra."
- Musica sola - 18 octobre 2006
"Cela fait trois fois que
j'assiste à une première cette saison. Dans les trois
cas, l'équipe de mise en scène a été
huée, de façon à chaque fois
imméritée à mon sens. Mais autant je comprends,
sans les approuver, les huées qui ont accueilli la Lucia di
Lammermoor mise en scène par Andrei Serban, qui défiait
ouvertement les habitudes du public parisien et n'a pas
hésité à le provoquer lors de ladite
première (cf. un message ci-dessous), autant la
réaction du public d'hier soir reste à mes yeux
totalement incompréhensible et absurde.
Donc, Haendel, Jules
César, une partition qu'on commence à bien
connaître (encore que le jour où les opéras de
Haendel connaîtront autant de représentations qu'un
vulgaire Puccini n'est pas encore venu - j'ai beau avoir le temps
devant moi, je crains de mourir sans le connaître, ce jour),
dans un lieu où Haendel a connu pas mal de triomphes (le plus
beau étant pour moi comme pour beaucoup l'inoubliable
Agrippina mise en scène par David McVicar) et où, en
général, on ne s'occupe pas trop de la mise en
scène pourvu qu'elle ne fasse pas de vague. Dominique Meyer,
avisé patron du TCE, n'avait pas pris beaucoup de risque en
recourant à Irina Brook, experte en produits bien finis, chics
et élégants, qui avait déjà signé
une jolie Cenerentola au TCE. Le produit livré correspond bien
à ces attentes, avec à la fois un sens certain de
l'émotion et un humour discret, parfois un peu simpliste: sa
lecture de l'oeuvre est précise et on est bien loin du "tout
grotesque" qui a beaucoup desservi Haendel sur les scènes
européennes depuis une quinzaine d'années (le sommet
étant un stupide Rinaldo monté à Montpellier,
Innsbruck et Berlin). Il ne faut pas oublier que l'humour est bien
présent dans l'oeuvre, autour des relations entre
Cléopâtre et Ptolémée notamment, et ce
serait un contresens total que de penser que l'opera seria appelle
forcément un traitement marmoréen: si les
différentes mises en musique de L'Olimpiade, par exemple, ne
laissent pas de place pour l'humour, d'autres serias sont au
contraire de véritables comédies parfois
féroces, comme l'Agrippina de Haendel ou le délicieux
Ottone in villa de Vivaldi (très bon enregistement
dirigé par Richard Hickox chez Chandos), ou la chute d'un bon
à rien...
Irina Brook sait ainsi laisser
à certains airs, comme les lamentos de Cléopâtre,
le temps de laisser l'émotion se développer, par une
direction d'acteurs qui peut paraître statique mais est
beaucoup plus précise et travaillée qu'il n'y
paraît. Le tout, dans un décor discret de désert
et avec des costumes qui mélangent costumes modernes et
orientalisme délicat, est donc bien loin d'appartenir à
la mouvance la plus provocatrice de la scène lyrique
parisienne et avait de quoi contenter une bonne partie du public.
J'ai l'impression que la violence de ces huées a paru
incompréhensible à une bonne partie du
public...
Musicalement, le spectacle
était en de bonnes mains, avec un Christophe Rousset parfait
à son habitude, sans grands effets mais plein de
délicatesse et de générosité. Il a
réalisé une partition d'un peu moins de 3 heures, ce
qui laisse de côté une partie non négligeable de
la partition mais n'est finalement pas si mal. Le César
d'Andreas Scholl est certainement l'aspect le moins satisfaisant de
la distribution: sa voix toujours plus nasillarde, sa diction
impossible et ses vocalises hasardeuses sont à mille lieues
des grandes réussites d'une Larmore ou d'une Mijanovic;
même du côté masculin (qui n'est pas celui que je
préfère), un Lawrence Zazzo aurait certainement
été bien préférable. L'autre point faible
de la distribution est l'interprète de Sesto (comme souvent,
Dieu sait pourquoi): Alice Coote a une voix banale et une
interprétation qui ne l'est pas moins. Mais ces limites sont
largement compensées par la belle Cornelia de l'impeccable
Sonia Prina, qui aura intérêt à aborder le
rôle titre dès que possible, et surtout par Rosemary
Joshua en Cleopatra. Cette chanteuse, que j'avais entendue pour la
dernière fois cet été dans Orlando à
Munich, est certainement aujourd'hui, avec Sandrine Piau, la
meilleure soprano haendelienne sur les scènes : sa voix
extrêmement mobile, d'une sensibilité extrême,
sans afféteries et sans grands effets, va
particulièrement bien à ce rôle qui parcourt
toute la gamme expressive du rire au lamento. Je n'hésite pas
à dire que c'est sans doute la meilleure
Cléopâtre que j'ai entendu, malgré toute mon
admiration pour Magdalena Kozena... Pour la magnifique Joshua, pour
la beauté d'un grand orchestre haendelien, et surtout, ce
qu'on oublie trop souvent de dire, pour une musique magnifique
où (presque) pas un air n'est un chef-d'oeuvre, une
soirée à conseiller !"
- Opéra de Sydney
- 5, 10, 14, 18, 26, 28, 30 octobre 2006 - dir. Richard
Hickox - mise en scène Fransisco Negrin, adaptation Matthew
Barclay - décors et costumes Anthony Baker -
lumières Davy Cunningham - chorégraphie Gregory Nash
- avec Tobias Cole (Giulio Cesare), Emma Matthews (Cleopatra),
Catherine Carby (Cornelia), Pamela Helen Stephen (Sesto Pompeo),
Christopher Field (Tolomeo), Stephen Bennett (Achilla), Richard
Anderson (Curio), Daniel Goodwin (Nireno)
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 30 septembre 2006 - Statisterie der
Deutschen Oper am Rhein - Die Düsseldorfer Symphoniker - dir.
Andreas Stoehr - mise en scène Philipp Himmelmann -
décors Gesine Völlm - dramaturgie Hella Bartnig - avec
Günes Gürle Giulio (Cesare), Marta Márquez
(Cornelia), Annette Seiltgen (Sesto), Kristine Kaiser (Cleopatra),
Gunther Schmid (Tolomeo), Dmitri Vargin (Achilla), Sergio Raonic
Lukovic (Nireno)

- Festival de Glyndebourne
- 5, 8, 11, 14, 17, 20, 23, 26 août 2006 -
Orchestra of the Age of Enlightenment - dir. Emmanuelle Haïm
- mise en scène David McVicar - décors Robert Jones
- costumes Brigitte Reiffenstuel - lumières Paule Constable
- chorégraphie Andrew George - avec David Daniels (Giulio
Cesare), Danielle de Niese (Cleopatra), Lawrence Zazzo (Tolomeo),
Sara Mingardo (Cornelia), Katarina Karnéus (Sesto), Nathan
Berg (Achilla), Rachid Ben Abdeslam (Nireno)
- Munich - Opern
Festspiele - 7 juillet 2006 - dir. Ivor Bolton - mise
en scène Richard Jones - décors, costumes Nigel
Lowery - chorégraphie Amir Hosseinpour - lumières
Mimi Jordan Sherin - avec Ann Murray (Giulio Cesare), Christian
Rieger (Curio), Sonia Prina (Cornelia), Daniela Sindram (Sesto),
Susan Gritton (Cleopatra), Christopher Robson (Tolomeo), Clive
Bayley (Achilla), Axel Koehler (Nireno)
- Tel Aviv - Opéra
d'Israël - 24 , 25, 26, 27, 28, 30 juin,
1er, 6, 10 juillet 2006 - dir. David Stern - mise en
scène Jakob Peters-Messer - décors Christoph
Wagenknecht - costumes Sven Bindseil - avec Hadar Halevi / Yaniv
d'Or (Giulio Cesare), Corinna Mologni / Sharon Rostorf Zamir
(Cleopatra), Sarah Castle / Shira Raz (Sesto), Edna Prochnik
(Cornelia), Yaniv d'Or (Tolomeo), Noah Briger (Achilla), Alexandra
Chebat (Nireno) - production du Stadttheater Berne

- Opéra de San Diego
- 15, 18, 21, 23 avril 2006 - San Diego Symphony
Orchestra - dir. Kenneth Montgomery - San Diego Opera Chorus -
dir. Timothy Todd Simmons - mise en scène John Copley -
lumières Thomas Munn -
avec Giulio Cesare (Ewa Podles), Lisa Saffer (Cleopatra), Suzanna
Guzmán (Cornelia), Vivica Genaux (Sesto), Brian Asawa
(Tolomeo), Alfred Walker (Achilla), Mark Crayton (Nireno), James
Scott Simmons (Curio)

- Forum
Opéra - 18 avril 2006 - Vivifiant revival !
"« We make musique worth
seeing » (1), telle est la devise du San Diego Opera. Promesse
tenue avec la reprise de cette opulente production de John Copley.
Montée sous la baguette de Charles Mackerras durant la saison
1979-1980 à Covent Garden pour les adieux de Dame Janet Baker,
reprise à Genève en 1983 avec Tatiana Troyanos, cette
mise en scène du chef-d’œuvre d’Haendel, parmi les plus
mémorables, est adaptée pour la scène du
Metropolitan Opera en 1988, toujours avec Troyanos, mais sous la
direction de Trevor Pinnock. Soigneusement conservés par le
Met, décors et costumes viennent de traverser les
États-Unis dans quatre semi-remorques pour le plaisir des
spectateurs de la côte Ouest qui commencent à s’initier
à la musique martiale, ludique et débordante
d’émotions de l’opéra baroque. Les
éléments scéniques d’origine, évoquant
notamment la plaine du Nil, le tombeau de Pompée, le Mont
Parnasse, l’appartement de Cléopâtre, le sérail
de Ptolémée et, pour la scène finale, le port
d’Alexandrie, ont été remontés sur le vaste
plateau du San Diego Opera, une salle de près de 3000 places
inaugurée en 1965.
Comme on aimait le faire dans
les années 1980, Copley, Pascoe et Stennett ont tenté
une reconstitution quelque peu idéalisée d’une
représentation d’opéra à l’époque
d’Haendel. Toiles peintes de ciels chromos ou de plage balayée
par le vent, épaisses murailles, parois en faux marbre,
luxueux mobilier aux proportions gigantesques, dorures
incrustées de pierreries se déploient avec un faste
hollywoodien. On ne compte pas moins de quatre-vingt-dix-huit
costumes faits de riches étoffes et agrémentés
de traînes et de lourdes capes, de casques et de cuirasses.
Certains datent de la production originale, d’autres ont
été reproduits à l’identique par le Met. Pas
moins de six changements pour les principaux protagonistes
!
Selon les habitudes du XVIIIe
siècle, à part quelques symboles architecturaux comme
les obélisques provenant de productions anglaises du
début des années 1960, aucune reconstitution
réaliste de l’époque de Cléopâtre n’a
été recherchée. Tout comme les neuf muses qui
l’assistent pour séduire César, la reine porte
d’élégantes robes à paniers, ornées de
fleurs de lotus ou de plumes de vautour qui suffisent à
symboliser l’Egypte et le pouvoir.
Sobrement dirigé par
Kenneth Montgomery, ancien directeur musical de Glyndebourne, le San
Diego Symphony Orchestra — retrouvant ce chef après Ariodante
en 2002 — semble prendre goût à ce répertoire
assez nouveau pour lui. Les différents pupitres sont
équilibrés et généralement bien en phase
avec les voix. La fosse a d'ailleurs été
surélevée afin de favoriser le contact entre chanteurs
et instruments : cordes, viole de gambe, théorbe, hautbois et
bassons qui ponctuent les récitatifs ou dialoguent parfois en
solo avec l'un des personnages.
Débutant sur la
scène principale du San Diego Opera, après un
récital acclamé il y a deux ans dans une autre salle,
Ewa Podles a doublement ébahi le public local peu
habitué à la pyrotechnie vocale des arias da capo et
encore moins aux travestis. Mais comment ne pas se laisser prendre
à un chant aussi ensorcelant que le sien, toujours
parfaitement en situation avec le texte — ce qui est un exploit dans
ce rôle multi facettes qu’elle maîtrise à chaque
virage ! Car si Podles chante les morceaux de bravoure comme Empio
diro tu sei et Va tacito e nascosto avec des cadences
irrésistibles et toute la fureur requise, les da capo subtils
de Se in fiorito ameno prato dialoguant avec le violon solo et les
récitatifs méditatifs comme Alma del Gran Pompeo ou
Dall’ondoso periglio sont, eux aussi, magiques. Au troisième
acte, l’aria Aure, deh, per pietà qui se termine par un grave
superbe sur al mio dolor reste — à elle seule — un moment
inoubliable.
Après sa Cornelie de
2004 dans la mise en scène de Wernicke au Liceu de Barcelone
(disponible en vidéo) et sa récente prise de rôle
du Bertarido de Rodelinda à Dallas, dans une nouvelle
production de Copley également dirigée par Montgomery,
Ewa Podles nous rappelle ici, une fois de plus, qu’elle est une
grande interprète de Haendel. La Cléopâtre de la
soprano américaine Lisa Saffer manque un peu de
majesté, mais certainement pas de charme. La voix est un peu
sèche et plutôt petite, mais la chanteuse compense avec
une excellente projection et une émission claire, nette.
Infiniment séduisante, dans ses gracieuses attitudes
alanguies, Lisa Saffer sort de sa réserve pour faire de la
sublime et subtile aria Se pietà di me no senti, giusto ciel
io moriro la déchirante prière attendue comme le sommet
de la partition.
Le rôle du
méchant Ptolémée, frère de
Cléopâtre, est brillamment chanté par le
contre-ténor américain d’origine japonaise Brian Asawa.
Avec ses da capo virtuoses, ses aigus impeccables, ses graves sonores
et une ligne fort bien conduite, Asawa confère à son
personnage toute l’inquiétude nécessaire. Son
interprétation très originale, « entre sale gosse
et tyran sadique » selon Opera News, lui a valu de nombreux
succès dans ce rôle, notamment à Paris, Barcelone
et New York. À noter qu’il a aussi chanté Sesto en 2002
avec la Canadian Opera Company de Toronto dans une production qui
réunissait déjà Podles et
Montgomery.
La veuve de Pompée,
Cornélie, est incarnée par la mezzo-soprano Suzanna
Guzman. Elle possède une voix peu colorée, vibrant
légèrement, et une présence scénique
plutôt discrète pour une briseuse de cœurs… La chanteuse
américaine a parfois un certain mal à passer
l’orchestre, mais elle sait se montrer touchante, en particulier dans
le duo d’adieu avec son fils, temps fort qui clôt le premier
acte. Avec Sextus — une prise de rôle — la mezzo-soprano
américaine Vivica Genaux ajoute à son répertoire
un rôle qui lui va comme un gant ! Sa silhouette androgyne, son
visage agréable au regard droit, son chant précis,
engagé, son timbre un peu nasal et très personnel,
presque ténorisant, la rendent ici particulièrement
crédible et apte à séduire tous azimuts. De
surcroît, elle porte les élégants costumes de
Michael Stennet avec une aisance de top model qui les font remarquer
dès qu’elle paraît. Bien chantants, les
interprètes de Nireno, Achille et Curio complètent avec
talent cette excellente distribution.
Enfin, les très belles
lumières de Thomas Munn confèrent à l’ensemble
une certaine douceur qui estompe avec bonheur le côté
clinquant et la profusion de détails plus distrayants que
nécessaires pour apprécier l’ouvrage qu’on nous donne
ici à voir."
- Munich - Staatsoper
- 28 novembre, 3, 6, 9 décembre 2005 - dir. Ivor
Bolton - mise en scène Richard Jones - décors,
costumes Nigel Lowery - chorégraphie Amir Hosseinpour -
lumières Mimi Jordan Sherin - avec Ann Murray (Giulio
Cesare), Christian Rieger (Curio), Sonia Prina (Cornelia), Daniela
Sindram (Sesto), Susan Gritton (Cleopatra), Christopher Robson
(Tolomeo), Clive Bayley (Achilla), Axel Koehler (Nireno)
- Opéra de Hambourg
- 2, 4, 7, 10, 15 septembre 2005 - dir. Alessandro De
Marchi - mise en scène Karoline Gruber - décors
Thilo Reuter - costumes Henrike Bromber - lumières Wolfgang
Göbbel - avec Hadar Halevy (Giulio Cesare), Wilhelm
Schwinghammer (Curio), Lucy Schaufer (Cornelia), Maite Beaumont
(Sesto Pompeo), Aleksandra Kurzak (Cleopatra), Brian Asawa
(Tolomeo), Moritz Gogg (Achillas), Gabriele Rossmanith
(Nirena)

- Londres - Royal Albert
Hall - 23 août 2005 - en version
semi-scénique - Glyndebourne Festival Chorus - Orchestra of
the Age of Enlightenment - dir. William Christie - avec Sarah
Connolly (Cesare), Patricia Bardon (Cornelia), Angelika
Kirchschlager (Sesto), Danielle de Niese (Cleopatra), Christophe
Dumaux (Tolomeo), Christopher Maltman (Achilla), Rachid ben
Abdeslam (Nireno), Alexander Ashworth (Curio)
- Festival de Glyndebourne
- 3, 7, 11, 14, 17, 20, 23, 28, 31 juillet, 2, 5, 7,
11, 14, 17, 20 août 2005 - dir. William Christie - mise en
scène David McVicar - décors Robert Jones - costumes
Brigitte Reiffenstuel - lumières Paule Constable -
chorégraphie Andrew George - avec Sarah Connolly (Giulio
Cesare), Patricia Bardon (Cornelia), Angelika Kirchschlager
(Sesto), Danielle de Niese (Cleopatra), Christophe Dumaux
(Tolomeo), Christopher Maltman (Achilla), Rachid Benabdeslam
(Nireno)

- Opéra Magazine - novembre 2005 - 17
juillet 2005
"...David McVicar a
transposé l’intrigue au début du XXe siècle,
à l’époque de la domination de l’Empire britannique.
Encore un caprice de metteur en scène en quête
d’extravagance? Pas du tout car, là où d’autres se
contentent de remplacer les cuirasses et les casques à cimier
par des uniformes coloniaux, McVicar signe un spectacle d’une
cohérence dramatique et d’une finesse psychologique
étonnantes. Ce qui frappe ici, c’est l’audacieux cocktail
esthétique entre opera seria et musical de Broadway,
généreusement assaisonné d’épices
indiennes (une irrésistible illustration de la cour d’Egypte
dans le plus pur style Bollywood !). Cette exubérance, loin de
trahir l’esprit de la musique, amplifie l’expression des affects dans
la plus pure tradition baroque. Un baroque sans rien de statique ni
de maniéré, comme revu au prisme du goût et de la
sensibilité du public du troisième
millénaire. Les spectateurs ne s’y sont d’ailleurs pas
trompés et ont réservé à la production un
accueil enthousiaste.
A la tête de l’Orchestra
of the Age ofEnlightenment, William Christie a l’immense
mérite d’accorder sa direction au projet dramaturgique de
McVicar. Rarement aurons-nous assisté à une telle
communauté d’intentions entre chef d’orchestre et metteur en
scène ! Sur le plan strictement musical, Christie et sa
phalange n’appellent aucun reproche, à l’exception de quelques
bavures dans la section des cors. La richesse des couleurs, le sens
des contrastes dynamiques et l’adéquation stylistique forcent
même l’admiration.
La distribution réunit
d’excellents acteurs-chanteurs autour de l’irrésistible
Cleopatra de Danielle de Niese, qui chante, danse et joue avec une
maîtrise et un naturel prodigieux. Sur le plan strictement
vocal, la belle soprano n’est pas toujours impeccable (on a entendu
vocalisation plus ébouriffante et pianissimi plus
éthérés), mais on oublie tout devant une
incarnation aussi exceptionnelle. Avec sa silhouette androgyne, Sarah
Connolly campe un Cesare très crédible sur le plan
scénique, un peu plus en retrait vocalement. Patricia Bardon
apporte beaucoup d’intensité aux plaintes de Cornelia,
Angelika Kirchschlager dessinant un Sesto fragile et impulsif. Face
au Tolomeo de Christophe Dumaux, enfant gâté et cruel,
Christopher Maltman propose un Achilla brutal et Rachid Ben Abdeslam,
un parfait Nireno."
- Diapason - septembre 2005 - Alexandrie,
Alexandra - 23 juillet 2005
"Le rideau de ce Giulio Cesare
se lève sur une enfilade de colonnes, et, au fond, une «
machine à vagues" en carton-pâte ; nous sommes bien
à Alexandrie mais au temps de l'Empire britannique.
Partagé entre un imaginaire colonial et des
éléments scéniques du XVIIe siècle, le
décor se métamorphose au fil du récit :
changements à vue simples et efficaces, lumières
superbement variées de Paula Constable, ballet incessant des
danseurs (chanteurs compris) et des figurants —
chassés-croisés diplomatiques pour un « Va
tacito» façon Hollywood.
Réjouissantant par la
force et la variété des numéros, ce travail
l’est plus encore par la fluidité de leur articulation.
Parfait exemple acte 1, scène 7 «Alma del gran Pompeo
», le noble monologue de César devient une
cérémonie officielle devant les troupes, Cornelia et
Sextus. L’arrière-plan trahit ce que la scène a
d’incongru : juste après l’hommage à Pompée,
sous le nez de sa veuve, César tombe sous le charme de
Lydie-Cléopâtre, lui offre un air aux galanteries
aguichantes ("Non è si vago e bello"), ferré par la
belle et son « Tutto puo donna» — numéro de
music-hall avec lunettes de Lolita, robe en perles noires et
parapluie tournant La cruauté de la situation prépare
la scène 8 et, plus largement, ravive l’origine
vénitienne du livret : César n’est pas un monument mais
un homme de chair et de sang capable d’évoluer autant que
Cléopâtre ou Sextus.
Sarah Connolly trouve son
compte à cette démystification : la comédienne
est excellente mais le timbre trop clair (les vocalises du «
torrente che cade dal monte » semblent un ruisseau dans la
plaine). Même chose pour Ottone :si la voix homogène et
suave de Christophe Dumaux n’a pas le venin d’un
Ptolémée, l’acteur (et l’acrobate) fait merveille dans
le personnage imaginé par McVicar. Le reste de la distribution
ne pose pas ces problèmes. Sextus frémissant de
Angelika Kirchschlager, Cornelia imposante de Patricia Bardon,
auxquels McVicar réserve les abîmes qu’il refuse
à sa Cléopâtre, Daniele De Niese. Choix
déroutant, intégré à la construction
dramatique et judicieux pour un soprano agile, à la
déclamation mordante, mais aux phrasés manquant de
relief dans «Se Pietà» et « Piangero ». La
vocalise, en revanche, est impeccable, et la danseuse plus que sexy —
il faut de l’abattage pour ce « Da tempeste »
chorégraphié façon "girls band", avec deux
cléopâtrettes. Autre bête de scène,
Christopher Maltman, Achilla magnétique, assoiffé de
sexe et de violence. Reste le contre-ténor marocain Rachid Ben
Abdelsam, délicieux Nireno, auquel on a rendu l’air de
1725.
Comme il y a neuf ans,
Christie donne avec l’Orchestra of the Age of Enlightenment le
meilleur de lui-même : la scène prenant le drame en
charge, son geste harmonieux le soutient sans effort — on se demande
alors si certaines relectures surdramatisées ne sont pas des
réactions, légitimes, à l’incompétence de
nombreux metteurs en scène dans ce répertoire. Quoi
qu’il en soit, après tant de mises en scène
ratées d’opéras baroques, il faut que nos directeurs de
théâtre limitent les frais et importent d’urgence cette
production."
- Classica - septembre 2005
"...une réussite
absolue, tant du point de vue d’un Orchestra of the Enlightenment
vire-voltant sous la baguette réjouie et tendre jouie et
tendre de William Christie, que du point de vue de la scène,
qui réconcilie avec l’art de David McVicar, alternant
émotion et drôlerie. La transposition au temps des
« homards » britanniques s’imposant à l’Egypte des
Khédives fonctionne à merveille, et la direction
d’acteurs, vive et prenante, fait d’un plateau de haut niveau une
fête permanente. Une veuve majuscule et poignante (Patricia
Bardon, au timbre envoûtant), un fils halluciné
(Angelika Kirchschlager, irrésistible), un roi folle du
désert (Christophe Dumaux, épatant), une eunuque
délicieux (Rachid Ben Abdeslam), et un stratège
androgyne (Sarah Connoly, manquant un rien de projection) sont
superbes. Mais l’étoile de la soirée reste Danielle de
Niese, dont la Cléopâtre est digne d’un show à
Broadway tant la danse, la virtuosité, la complicité
avec le public sont une démonstration de théâtre
total."
- Le Figaro - 16 août -
Cléopâtre séduit César et le
public
"En ce dimanche, la fête
était aussi sur la scène où Giulio Cesare
était donné. pour la première fois à
Glyndebourne, sous la baguette de Wilhmm Christie qui dirigeait les
musiciens de l'Orchestra of the Age of Enlighlenment.
Créé il ya vingt ans, cet orchestre
autogéré - Franz Brüggen et Simon Rattle en sont
les deux seuls chefs invités - est depuis 2002 associé
du Festival.
Dans le rôel de
Cléopâtre, la soprano australienne Danielle de Niese a
enthousiasmé le public par son sens de la scène, sa
beauté, par les cosumes dessinés par Brigitte
Reiffenstuel. et une voix d’une grande sensualité dans le
médium. A 25 ans, elle a fait étalage d’une
maîtrise et d’une grâce envoûtantes lors des huit
arias exprimant toute la palette des émotions, du drame
à la séduction en passant par la. peur. A elle seule,
malgré une légère faiblesse dons les aigus un
peu trop stressés, Danielle de Niese aurait assuré le
succès du spectacle.
Monter un opéra baroque
est une opération difficile. Il faut trouver le juste ton,
distancié et ironique sans tomber dans la farce et la
caricature. Giulo Cesare a été écrit en 1724, la
même annnée que Tamerlao et Rodelinda ! Une
facilité d’écriture inégalée dans
l’histoire de la musique, qui a nourri les critiques contre Haendel.
accusé de produire de la musiqua au kilomètre.
Peut-être, mais quels kilomètres! Son opéra n’est
pas un long ruban d’ennui mais, au contraire, affichee une
diversité tonale, une richesse mélodique qui tiennent
l’attention en éveil. Le librettiste, Nicola Francesco Haym,
n’a pratiquement pas modifié la trame connue des amours de
Jules César et de Cléopâtre en lutte pour le
trône d’Egypte avec son frère Ptolémée qui
fera tuer Pompée. Aucun personnage, à part l'eunuque de
Cléopâtre Nireno, n’a été inventé
même si le rôle de Cornelia, la veuve de Pompée,
et son beau-fils Sesto, devenu son fils dans l'opéra, sont
plus romancés.
Graham Vicar, le metteur en
scène, navigue avec aisance entre le comique qui frôle
la parodie de cabaret et les moments intimes et dramatiques comme
ceux qui unissent dans la douleur Cornelia et son fils. L’action est
déplacée au début du XXe siècle, les
soldats de César apparaissant dans les uniformes du Corps
britannique d’Afrique du Nord dirigé par un officier
écossals en kilt. Les décors sont d'une efficace
sobriété. Cinq colonnes délimitent une grande
qui s’ouvre sur une vue du Nil. Plus tard une flotte de bateaux et,
à la scène finale, un paquebot censé ramener les
troupes de César à Rome apparaîtront on fond. Par
le jeu de panneaux ou de rideaux dressés entre les colonnes,
la scène se raccourcira, permettant par exemple de
recréer une ambiance de nuit d’Arable, l’orchestre venant
jouer sur scène.
Toute la scénographie
crée un mouvement et un dynamisme qui soutiennent l’attention
sans nuire au chant. La distribution est impeccable. La mezzo
autrichienne Angela Kirschlager donne beaucoup de profondeur au
rôle de Sesto, notamment dans les duos avec Cornelia,
chantée avec efficacité par Patricia Bardon. Le
contre-ténor français Chrlstophe Dumaux amuse en
campant un Ptolémée par trop effeminé, mais son
émission, est parfaite et sa voix sans défaillance.
Dans le même registre, Rachid Ben Abdeslam interprète
l’eunuque Nireno. Christopher Maltman est un baryton puissant au
timbre élégant, très à l’aise dans
l’incarnation d’Achille. César était chanté lors
de la création de l’opéra au XVIIe par un
célèbre castrat, Francesco Bernardi, tout comme
Cléopâtre d’ailleurs. Dans cette production, le
rôle est confié à la mezzo irlandaise, Sarah
Connolly, qui montre de belles choses mais dont le grain s’accorde
mal avec la couleur des instrunents anciens utilisés par
l’orchestre. Un choix étrange qui crée un
décalage. La direction de William Christie, la
bibliothèque vivante du baroque, est peut-être moins
efficace qu’avec son ensemble des Arts florissants, d’autant plus que
les vents se mottent plusieurs fois on dérapage très
peu contrôlé. Les cordes, en revanche, se sont mises on
valeur.
Le rythme et l'expression
musicale restaient en phase avec la mise en scène, ce
qui est un événement assez rare dans l'opéra
contemporain pour que l’on s'en réjouisse. Le résultat,
en tout cas, était particulièrement probant, le public
réservant une longue ovation à l’orchestre et aux
chanteurs, même si Danelle de Niese s’est taillé la part
du lion des applaudissements."
- Murcie - Salle Narciso
Yepes - 23 avril 2005 - Orquesta Barroca de Bratislava
- dir. Stephen Stubbs - mise en scène Emilio Sagi -
décors et costumes Jesús Ruiz Moreno -
lumières Eduardo Bravo - avec Flavio Oliver (Cesare),
Angeles Blancas (Cleopatra), Marina Rodriguez Cusi (Cornelia),
Lola Casariego (Sesto), Jordi Domenech (Tolomeo), José
Antonio Lopez (Achilla), Eduardo Garcia Sandoval (Nireno), David
Rubiera (Curio)
- Opéra de
Zürich - 2, 5, 7, 12, 17, 20 avril 2005 -
Orchestre « Statisverein » de l’Opéra de Zurich,
Orchestre « La Sintilla » de l’Opéra de Zurich -
dir. Marc Minkowski - mise en scène Cesare Lievi et Daniela
Schiavone - décors Margherita Palli - costumes Marina
Luxardo - lumières Jürgen Hoffmann - avec Cecilia
Bartoli (Cleopatra), Anna Bonitatibus (Sesto), Charlotte Hellekant
(Cornelia); Franco Fagioli (Giulio Cesare), Martín Oro
(Tolomeo), Alan Ewing (Achilla), Jose Lemos (Nireno), Gabriel
Bermudez (Curio)

- ResMusica - 2 avril 2005 - Tous les
chemins ne mènent pas à Rome…
"Jules César dans un
beau complet blanc de la marine, des blindés en carton et des
fusées de pacotille tractées par des chars pour
l’armée romaine ; des costumes haute-couture avec coiffes
pseudo-pittoresques pour les Egyptiens ou des fracs
complètement ridicules pour Achille et Nireno. Des
lumières colorées mais mattes, façon loundge
bar, avec des reflets de catelles de salle de bain en prime. Pour
l’Egypte, des mosaïques bariolées, des pyramides et des
sculptures géantes de sphinx laqués avec un kitsch
voulu, évocateur des lupanars de Las Vegas. Qui tire les
leviers de la machine à sous nécessaire à
l’éclosion de telles conceptions ? Quoi qu’il en soit, ces
éléments jonchent çà et là,
aléatoirement, le plateau et demeurent tout juste suffisamment
épars pour éviter l’écueil de la
vulgarité. Certains tableaux sont certes réussis en
soi, mais pour eux-mêmes et non au service de l’œuvre. La
volonté affirmée des auteurs de ce décorum
déconcertant est de retrouver l’esprit « maraviglioso
» du théâtre baroque mais dans un contexte
contemporain. On connaît cette rengaine à l’argumentaire
fallacieux pour la subir trop souvent. Il ne s’agit pas – comme cela
est parfois réalisé à bon escient – d’utiliser
des moyens modernes, tels la vidéo, pour les mettre au service
d’une lecture intelligible et intelligente d’une œuvre ancienne, mais
bel et bien d’une volonté obstinée de transposer tout
à n’importe quel prix. Au final, le travail semble
coupablement dépourvu de toute dramaturgie et saucissonne
malencontreusement l’action en une suite de saynètes qui
voient défiler une galerie de personnages en guenilles
high-tech difficilement identifiables. Ce fatras scénique
n’est aucunement merveilleux. Le public subit pendant près de
quatre heures (une durée qui paraît pharaonique) un
alignement de scénographies toutes plus ineptes les unes que
les autres, sans humour autre que celui que, contre toute attente,
les protagonistes parviennent à glisser par leurs mimiques et
jeu. Mais dans quel but ? Afin de mieux distraire le public pris en
otage par ces conceptions théâtrales soit-disant
originales ? Ce souci de réactualisation, ces créneaux
esthétiques sont hélas devenus une convention en soi
pour bon nombre de productions actuelles allant dans un non-sens
similaire. Lievi et son équipe alignent tous les poncifs de ce
genre iconoclaste. Ils brouillent les pistes de la
compréhension pour chercher bien inutilement quelque
équivalent moderne à Jules César et
Cléopâtre.
La direction d’acteur est au
surplus caricaturale. Au terme de leurs airs, les chanteurs n’ont
souvent pas d’autres choix que de quitter le plateau d’un pas de
course aussi leste et efficace que possible. L’opéra
apparaît pour l’essentiel comme une succession d’airs da capo,
alors que la musique de Haendel est dans le cas précis d’une
richesse sans équivalent dans sa production pour le
théâtre. Le « Caro Sassone » accompagne
l’action d’une partition pensée avec faste, audace et faisant
état d’une créativité aussi
développée qu’inouïe pour son temps. Les airs et
ensembles sont ainsi musicalement très fortement
caractérisés par la musique y afférente et
l’ensemble offre un vaste champ expressif qu’heureusement, Marc
Minkowski sert avec brio dans la fosse de l’opéra de Zurich.
Le noble pathos ou la verve baroque de la musique de Haendel s’y fait
entendre fort avantageusement. Le musicien français
ménage des tempi bien dosés et sans exagération,
conférant souplesse, nuances et une dynamique jamais
brutalement crénelée. Sur scène, les musiciens
solistes brillent par leur subtile musicalité. La scène
1 de l’acte II qui se déroule dans un bosquet, avec musique de
scène, est un ravissement absolu. Des mentions
particulières vont au corniste Glen Borling qui accompagne
l’air « Va tacito » de César, ainsi qu’à Ada
Pesch qui laisse chanter son violon dans le solo obbligato qui lui
incombe aux côtés de Sexto.
La distribution rattrape elle
aussi, et avec tout autant de bonheur que la fosse, les
dérapages de la mise en scène. Cléopâtre
est confiée à la grande Bartoli, exceptionnelle par sa
technique et sa musicalité une fois encore. A l’instar de
l’italienne, bon nombre de chanteurs font leur début dans leur
rôle. Parmi eux, Franco Fagioli qui campe un César d’une
grande souplesse, mais d’une couleur un peu trop féminine.
L’empereur romain gagnerait parfois à déployer un chant
plus acéré, plus saillant dans l’extrême aigu.
Les soprani Charlotte Hellekant (Cornelia) et Anna Bonitatibus
(Sesto) font partie du haut du panier de la distribution. Leur duo
« Son nata a lagrimar » donne la mesure de leurs
possibilités expressives, notamment dans des pianissimi
éblouissants. Anna Bonitatibus, qui fait pour sa part
également ses premiers pas dans ce rôle, sait rendre
dans son chant la détermination et l’amour filial ressenti par
son personnage. Elle fut l’une des chanteuses les plus applaudies de
la distribution, à juste titre. Nireno (José Lemos) est
d’une candeur et d’une fraîcheur bienvenue. Face à lui,
le Ptolémée de Martín Oro laisse
apparaître une vigueur et un mordant tout à fait
opportuns qui se marient sans faire ombrage à un chant
élégamment projeté, nuancé et solaire. La
basse Alan Ewing (Achille) convainc pleinement et fait montre de
noblesse vocale malgré le costume le plus difficile à
défendre de la distribution.
Dommage que les écueils
de la mise en scène soient légion. Après des
salves d’applaudissements pour les musiciens et chanteurs, les
scénographes ont daigné se montrer et ont
échangé entre eux des sourires complices lorsqu’il
s’est agi d’essuyer les « Bouh !! » retentissants qui se
sont fait entendre en maints endroits du théâtre. Rendre
à César ce qui est à César, dit le
proverbe …"
- Opéra International - mai 2005 - 2
avril 2005
"Le fait est suffisamment rare
pour être mentionné : à l’issue de eotte
première, ce sont les musiciens et leur chef qui ont nettement
remporté la palme à I’applaudimètre. La
Scintilla, cette formation issue de l’orchestre du
théâtre et spécialisée dans la pratique du
baroque, est en effet devenue au fil des saisons un ensemble capable
de se mesurer aux meilleurs spécialistes du genre. Son jeu
lumineux ne perd rien de sa faconde tout au long de ces quatre heures
de musique et rend avec souplesse et précision les moindres
intentions du chef. Marc Minkowski, qui a déjà
dirigé l’ouvrage à la scène et au disque,
bâtit la dynamique de son interprétation sur le
contraste ; il veille ainsi à rendre toute leur
expressivité aux récitatifs on travaillant sur la
couleur du jeu instrumentai autant que sur la souplesse rythmique de
la parole. L’air intervient comme un aboutissement logique du
développement dramatique, et non comme un « arrêt
sur image » préjudiciable à la progression de
l’intrigue. Tour à tour rutilante ou introspective, sensuelle
ou agressive, son approche rend parfaitement justice à un
compositeur dont le génie purement théâtral a
trop longtemps été méconnu.
La distribution est
exemplaire, avec tout d’abord Cocilia Bartoli dont on attendait la
première Cleopatra avec impatience. Dire qu’elle a
surpassé toutes les attentes est un euphémisme. Dans la
virtuosité des scènes brillantes, où elle joue
de son charme, comme dans l’intériorité des longs
lamenti précédant sa mort annoncée, elle
démontre sa supériorité absolue dans l’art de
donner à chaque note une éloquence propre à
mettre on exergue une nouvelle facette de son personnage. Le
contre-ténor Franco Fagioli est non moins exceptionnel on
Giulio Cesare. Seule une certaine dureté dans la vocalise
raidit à l’excès une ligne de chant par ailleurs
séduisante, autant par la flamboyance du timbre que par le
raffinement des inflexions.
Charlotte Hellekant (Cornelia)
bouleverse par l’éclat d’un timbre somptueux jusque dans
l’expression de la colère et du mépris ; elle
impressionne également par sa faculté à exprimer
sur le fil de la voix la douleur qui l’étouffe, sans mettre on
danger l’intensité de l’émotion. Le Sesto d’Anna
Bonitatibus convainc par le remarquable impact d’une émission
qui, en dépit de sa brillante virtuosité, ne vire
jamais à la pure démonstration technique. Le
contre-ténor Martin Oro ne dispose pas d’un timbre aussi
homogène que Franco Fagioli, mais il utilise avec adresse les
brusques ruptures de son registre grave pour traduire toute la
perversité rageuse de Tolomeo. La basse profonde mais agile
d’Alan Ewing produit son effet en Achilla, alors que l’alto
José Lemos fait plus que de la figuration dans le rôle
court mais essentiel de Nireno.
La mise en scène de
Cesare Lievi se veut d’abord distrayante. Original, le décor
à transformations multiples de Margherita Palli (tout comme
les costumes seyants de Marina Luxardo) transforme chaque lever de
rideau on moment de pure joie esthétique. Mais, au-delà
du plaisir des yeux, cette nouvelle production ne propose rien de
neuf. L’Egypte de Cesare Lievi évoque un show à
l’américaine sans que cette référence soit
utilisée clairement au plan dramatique. Parodie ? Lecture au
second degré ? Allusion à une certaine actualité
proche-orientale? Nul ne le sait, et le public a clairement
montré son agacement à qui de droit en fin de
spectacle."
- Copenhague - Det Kongelige
Teater - 7, 9, 11, 14,16, 20, 22 mars 2005 - Concerto
Copenhagen - dir. Lars Ulrik Mortensen - mise en scène
Francisco Negrin - décors Anthony Baker - avec Palle
Knudsen, baryton (Achilla), Inger Dam-Jensen, soprano (Cleopatra),
Randi Stene, contralto (Cornelia), John Lundgren, baryton-basse
(Curio), Andreas Scholl, contre-ténor (Giulio Cesare),
Michael Maniaci, sopraniste (Nireno), Tuva Semmingsen,
mezzo-soprano (Sesto), Christopher Robson, contre-ténor
(Tolomeo)


- Opéra de Hambourg
- 13, 16, 20, 24, 27 février, 2, 6, 28, 31 mars
2005 - dir. Alessandro De Marchi - mise en scène Karoline
Gruber - décors Thilo Reuter - costumes Henrike Bromber -
lumières Wolfgang Göbbel - avec Kate Aldrich (Giulio
Cesare), Wilhelm Schwinghammer (Curio), Yvi Jänicke
(Cornelia), Maite Beaumont (Sesto Pompeo), Aleksandra Kurzak
(Cleopatra), Martin Wölfel (Tolomeo), Moritz Gogg (Achilla),
Gabriele Rossmanith (Nireno)



"La vogue haendelienne qui
promettait des sources de satisfaction inépuisables aux
mélomanes allemands débouche finalement sur un
sentiment de déception et de colère. Sur la plupart des
scènes lyriques, et parfois même jusque dans le lieu de
culte que Halle se doit d’être, la mode (on pourra
bientôt dire la tradition !), est à la
présentation des chefs-d’oeuvre du maître dans un style
de comic strip, ne tenant plus compte des affects embrassés
par les airs. Ambition, vanité, amour, jalousie,
désespoir, méditation, prière.., tout
reçoit une traduction visuelle dans le même style.
Hambourg vient de fournir l’un des exemples les plus consternants de
cette dérive avec un Giulio Cesare confié à
Karoline Gruber, qui avait déjà sévi dans le
même théâtre pour L’incoronazione di Poppea. Pour
beaucoup de spectateurs, qui vont jusqu’à protester pendant le
spectacle, la collaboration de chefs d’orchestre
réputés, le plus souvent spécialistes de la
musique baroque, avec de tels metteurs en scène constitue un
phénomène incompréhensible et, à leurs
yeux, impardonnable. Une fois de plus, comme dans l’opéra de
Monteverdi, la présence d’Alessandro De Marchi au pupitre
n’est pas parvenue à fournir un « dédommagement
» aux mauvais traitements infligés au livret. Les
costumes d’Henrike Bromber ne font que souligner le chaos stylistique
recherché par Karoline Gruber, jouant avec les étoffes
et les couleurs on recherchant l’excentricité la plus
arbitraire, en particulier dans les coiffures. Dès le premier
acte, nous nous trouvons Haendel en pleine culture pop. Le
conquérant et ses troupes débarquent en Egypte sous
divers panneaux publicitaires tels que « Welcome ta Egypt »
ou « Visit the Sphinx». Les soldats installent avec une
extrême brutalité leur campement. On ne tardera pas
à voir Cleopatra sortir de son bain et y projeter Tolomeo,
dont les pieds munis de palmes battent la mesure avec ceux des
serviteurs qui l’y rejoignent. Protagonistes et figurants ne cessent
de retirer d’un frigidaire anachronique des doses de bière.
Cesare se désaltère en crevant d’un poinçon une
pastèque. Curio ligote Cornelia, qui voulait se donner la
mort, sur le cercueil de son époux, arrose son corsage de
pastèque, et se livre à des approches obscènes
sur son corps. Cleopatra, encore déguisée en
inénarrable soubrette, exécute son premier air en se
livrant à des contorsions dignes d’une discothèque...
Et l’on pourrait continuer ainsi sur des pages et des pages, de
nombreux gags soulevant les éclats de rire de spectateurs peu
exigeants en matière de pureté
stylistique.
A condition de
l’écouter les yeux fermés, l’interprétation
musicale procure quelques satisfactions. La jeune Kate Aldrich chante
les airs de Cesare dans un tempo généralement
très vif. Le volume vocal est modeste, l’expression juste mais
rarement enrichie par l’exécution purement mécanique
des coloratures. Aleksandra Kurzak dispense davantage de
virtuosité que d’expressivité dans Cleopatra. Le
Tolomeo abusivement efféminé de Martin Wölfel
manque de substance sonore. Moritz Gogg campe un Achilla à
l’allure virile et Wilhelm Schwinghammer, un Curio d’une belle
éloquence. Yvi Jänicke possède la noblesse
d’accents requise pour Cornelia, mais seule Maite Beaumont
réalise le prodige de faire par instants oublier son affreux
accoutrement par la chaleureuse émotion et la parfaite
maîtrise stylistique de son chant. Nireno, devenu pour les
besoins de la production Nirena, confidente de Cleopatra,
bénéficie de la gracieuse féminité de
Gabriele Rossmanith." (Opéra International - mai 2005 - 28
mars 2005)
- Denver - Opera Colorado -
Buell Theatre - 12, 15, 18, 20 février 2005 -
dir. Graeme Jenkins - mise en scène James Robinson - avec
Stephanie Blythe (Cesare), Colin Brady (Curio), Nancy Maultsby
(Cornelia), Patricia Risley (Sesto), Luca Pisaroni (Achilla),
Elizabeth Futral (Cleopatra), Ryland Angel (Tolomeo), Randall
Scotting (Nireno)

- Oslo - Den Norske Opera
- 5, 9, 12, 15, 19, 22, 26, 28 février 2005 -
dir. Rinaldo Alessandrini - mise en scène Stefan Herheim -
décors, costumes Heike Scheele - lumières Gretar
Sveinbjørnsson - chef de choeur Steffen Kammler -
dramaturgie Alexander Meier-Dörzenbach - avec Matthias
Rexroth (Cesare), Birgitte Christensen (Cleopatra),
Ingebjørg Kosmo (Sesto), Charles Humphries (Tolomeo), Hege
Höisaeter (Cornelia), Johan Rydh (Achilles), Robert Ogden
(Nireno), Gregg Santa (Curio)

- Denver - Opera Colorado
- 12, 15, 18, 20 février 2005 - mise en
scène James Robinson
- Théâtre
Municipal de Bienne - Suisse - 15, 16, 17 octobre 2004
- Solothurn 19, 20 octobre 2004 - Schweizer Opernstudio - dir.
Carsten Eckert - mise en scène Mathias Behrens -
décors, costumes Ewa Marta
- Berne - Stadttheater
- 18, 26 septembre, 3, 9, 13, 15, 26, 31 octobre, 6, 28
novembre, 1er décembre 2004 - Chor des
Stadttheaters Bern - Berner Symphonie Orchester - dir. Andreas
Spering - mise en scène Jakob Peters-Messer - décors
Christoph Wagenknecht - costumes Sven Bindseil - avec Maria
Riccarda Wesseling / Martin Oro (Giulio Cesare), Tatjana
Monogarova (Cleopatra), Robin Adams (Tolomeo), Renee Morloc
(Cornelia), Katharina Peetz (Sesto), Richard Ackermann (Achilla),
Susannah Haberfeld (Nireno) - nouvelle production
- Forum Opéra - Jules César
décapité - 28 septembre 2004
"Monter Giulio Cesare in
Egitto avec une troupe demande certains aménagements qui
peuvent choquer le monde inflexible des traditionalistes du baroque.
Il ne faut pas trop espérer réunir toutes les voix
adaptées aux exigences des partitions telles qu'elles sont
aujourd'hui servies par le disque. Faut-il pour autant renoncer
à montrer une oeuvre aussi magistrale ? Avec courage et
talent, la direction artistique de l'opéra de Berne a
relevé le défi. Un seul rôle n'a pu être
distribué dans la tessiture originale : Tolomeo s'est vu
attribuer à un baryton au lieu de la mezzo-soprano normalement
prévue. Donc, tout pouvait aller pour le mieux si... la grippe
ne s'était mêlée de l'affaire ! Depuis la
première représentation, Sesto était aphone
jouant "en muet" son rôle sur scène. Une collègue
accourue en catastrophe de l'Opéra de Zurich remplaçait
la voix défaillante depuis la fosse d'orchestre. A la
troisième représentation, la fièvre eut raison
de la titulaire et sa remplaçante fut hissée sur les
planches. Ouf ! Sauvés. Mais comme un malheur n'arrive jamais
seul, l'ultime catastrophe s'annonçait. Pas moins que le
rôle-titre, la mezzo Carla Maria Wesseling, était
à son tour terrassée par la grippe ! Trouver un Giulio
Cesare libre est une gageure que le Stadttheater Bern a relevé
miraculeusement en la personne du contre-ténor argentin Martin
Oro, qui s'est libéré en l'espace d'une journée
pour répondre aux exigences du rôle. Devant
l'impossibilité de le mettre en confiance avec la mise en
scène et de lui tailler un costume, c'est l'assistante du
metteur en scène qui assuma le rôle "muet" du consul et
dictateur dont la voix s'élevait des pupitres de l'orchestre.
Autre aménagement à faire hurler les inconditionnels,
le livret "bernois" a été tronqué de neuf
scènes sur les quarante que compte l'oeuvre originale. Ces
mutilations, si elles privent l'auditeur d'airs admirables, ne
gênent pourtant pas la compréhension ni le
déroulement de l'intrigue.
Un temple dont l'imposante
structure s'enfonce peu à peu dans un parterre de quelques
dunes de sable forme le décor (Christoph Wagenknecht).
Complice de l'inexorable enfermement des personnages, entre les murs
et les colonnes de l'imposante bâtisse recouverts de graffitis
et d'inscriptions touristiques récentes, un fauteuil et deux
chaises Louis XV servent d'uniques accessoires scéniques. Un "
Où est passé mon appareil de photo " côtoyant "
Madonna you're great " et autres inscriptions en caractères
cyrilliques témoignent d'un tourisme de masse récent.
Dans ce monde hétéroclite, l'intemporalité est
soulignée avec les personnages égyptiens de
l'opéra qui apparaissant dans des costumes (Sven Bindseil)
d'une Egypte ancienne relookée à la mode actuelle alors
que les Romains sont vêtus de complets vestons assimilables
à ceux des mafiosi des années trente.
Dans sa mise en scène,
Jakob Peters-Messer se limite à des images simples et
efficaces. Les dialogues amoureux ou guerriers sont habités
par la présence incessante de Pompée (rôle muet)
assassiné, sortant de sa tombe et traversant
régulièrement les espaces scéniques. Cette
présence fantomatique continuelle pourrait devenir lassante si
le metteur en scène allemand n'assaisonnait pas son discours
de quelques pointes d'ironie et d'humour. Ainsi cette
Cléopâtre charmeuse qui se présente à
César comme une star hollywoodienne, parodiant la langoureuse
Elizabeth Taylor face à Richard Burton dans le
célèbre péplum de Joseph L. Mankiewicz
tourné en 1963. Une mise en scène vivante qui porte les
protagonistes vers un divertissement bienvenu et réconfortant
malgré les problèmes inhérents à la
distribution.
Si certaines scènes
laissent transparaître la crispation des "nouveaux" chanteurs
et acteurs improvisés, musicalement cette production
révèle de superbes talents. A commencer par la superbe
Cléopâtre de Tatjana Monogarova. La soprano russe campe
un personnage empreint d'un lyrisme admirable. A
l'héroïne transie d'amour, la jeune moscovite prête
une voix aux couleurs automnales. Si les mélodies de
Piangerò la sorte mia et de Tra stuol di damigelle sont
éminemment porteuses, l'artiste sait magnifiquement jouer de
son instrument pour capter l'auditoire avec quelques notes
filées. Sous le charme, nous sommes tous César ! Autre
figure expressive de cette distribution, la mezzo soprano
Renée Morloc (Cornelia) est touchante de simplicité
dans l'expression de sa douleur de veuve. La voix est conduite avec
retenue et majesté et quelle sublime tristesse dans Priva son
d'ogni conforto ! La classe d'un texte, d'une musique et d'une
chanteuse. Si le baryton Robin Adams (Tolomeo) incarne avec talent un
personnage détestable à souhait, son impeccable
technique vocale lui permet de survoler aisément un rôle
qui ne semble toutefois pas convenir à son tempérament.
De son côté, la basse Richard Ackermann (Achilla)
paraît se libérer progressivement des accents parfois
frustres qui caractérisaient d'abord son chant à la
faveur d'une ligne d'une grande musicalité. Moins heureuse, la
prestation de la soprano Katharina Peetz (Sesto), dont la voix est
souvent courte. Angoisses d'une première montée sur
scène ?
Dans le rôle-titre, vu
les circonstances de son engagement, le contre-ténor Martin
Oro (Giulio Cesare) tire admirablement son épingle du jeu.
Depuis la fosse d'orchestre, il projette sa voix dans l'espace du
théâtre bernois sans la moindre faiblesse. Certes, le
décalage avec son "concertant" et avec la scène
déstabilise le spectateur qui entend mais ne voit pas chanter.
On peut imaginer qu'au milieu de l'orchestre, les yeux voyageant du
chef à la partition, de la partition à la scène,
de la scène au chef, il ne lui reste que peu d'espace pour
amorcer une réelle interprétation et
caractérisation du personnage. Mais le son, le ton sont
là. Quand il s'engage dans le sublime air Va tacito e
nascosto, accompagné par l'exceptionnel corniste Olivier
Darbellay, le contre-ténor argentin s'envole vers la
perfection.
Une mention encore au chef
Andreas Spering, qui sait tirer du Berner Symphonie Orchester une
verve et des accents baroques auxquels l'ensemble est pourtant peu
habitué. Ce n'est certes pas la dynamique et la fougue d'un
Minkowski ou d'un Jacobs, mais l'ensemble est plaisant et
remarquablement précis.
En définitive,
malgré la décapitation des protagonistes de cette
production, la troupe du Stadttheater a répondu avec talent
à l'adage : "The show must go on". Cet engagement
généreux excuse largement les quelques imperfections
relevées."
- Barcelone - Liceu -
23, 25, 26, 27, 29 juillet 2004 - Orchestre et choeur
du Grand Théâtre du Liceu - dir. Michael Hofstetter -
mise en scène Herbert Wernicke (original), Björn
Jensen (adaptation) - décors, costumes Herbert Wernicke -
lumières Hermann Münzer - avec Flavio Oliver /
Patricia Bardon (Giulio Cesare), Elena de la Merced / Lynne Dawson
(Cleopatra), Maite Beaumont / Mary Philips (Sesto), Ewa Podles /
Mercè Obiol (Cornelia), Itxaro Mentxaka (Nireno), Jordi
Domènech / Brian Asawa (Ptolomeo), David Menéndez /
Alex Sanmarti (Curio), Oliver Zwarg / Philip Cutlip (Achille) -
Coproduction avec Théâtre de Bâle


- Salt Lake City
- 15, 17, 19, 21, 23 mai 2004 - dir. David Fallis -
mise en scène James Robinson - avec Christine Abraham Sesto
(Pompeo), Lisa Saffer (Cleopatra), Derrick L. Parker (Achilla),
Ryland Angel (Tolomeo)
- Opéra de Pittsburgh
- Bytham Theater - 28 février, 2, 5, 7 mars 2004
- dir. John Mauceri - mise en scène Chas
Rader-Shieber - avec Bejun Mehta (Giulio Cesare), Alexandrina
Pendatchanska (Cleopatra), Zheng Cao (Sesto), Gloria Parker
(Cornelia), Daniel Taylor (Tolomeo)

- Kaiserslautern -
Pfalztheater - 24 janvier 2004 - Ludwigshafen am Rhein - Theater im
Pfalzbau - 9, 11 mars 2004 - dir. Siegmund Weinmeister
/ Francesco Corti - mise en scène Heinz-Lukas Kindermann -
décors Heidrun Schmelzer
- Hanovre -
Niedersächsische Staatstheater - 28, 30
décembre 2003, 10, 13, 30 janvier 2004 - Orchestre et
choeur de l'Etat de Hanovre - dir. Michael Hofstetter - mise en
scène, décors et costumes Herbert Wernicke -
dramaturgie Xavier Zuber - avec Annette Markert (Cesare),
Xiaoliang Li (Curio), Janina Baechle / Leandra Overmann
(Cornelia), Christiane Iven / Tania Kross (Sesto), Alla Kravchuk
(Cleopatra), Kai Wessel (Tolomeo), Frank Schneiders / Oliver Zwarg
(Achilla), Tania Kross / Carolin Masur (Nirenus), José
Biondi (Il Cocodrillo) - coproduction du Théâtre de
Bâle avec le Théâtre du Liceu Barcelone
- Stuttgart Staatstheater
- 27 novembre, 2, 9 décembre 2003, 17, 22
janvier 2004 - dir. Raymond Leppard / Willem Wentzel - mise en
scène Martin Kusej - avec Helene Schneiderman (Giulio
Cesare), Helmut Berger-Tuna (Curio), Tichina Vaughn (Cornelia),
Claudia Mahnke (Sesto), Catriona Smith (Cleopatra), Helene Ranada
(Tolomeo), Andre Morsch (Achilla), Maria Theresa Ullrich
(Nireno)
- Houston -
nouvelle production - 30 octobre, 2, 8, 11, 14, 16 novembre 2003 -
dir. Patrick Summers - mise en scène James Robinson -
décors Christine Jones - costumes James Schuette -
lumières Christopher Akerlind - avec David Daniels
(Cesare), Laura Claycomb (Cleopatra), Phyllis Pancella (Cornelia),
Patricia Risley (Sesto), Brian Asawa (Tolomeo), Joshua Winograde
(Achille), Matthew White (Nireno), Nikolai Didenko (Curio)
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 5, 8, 11, 14 octobre 2003 - dir. Harry
Bicket - mise en scène Richard Jones - décors et
costumes Nigel Lowery - chorégraphie Amir
Hosseinpour - lumières
Mimi Jordan Sherin - avec Susan Gritton (Cleopatra), Ann Murray
(Giulio Cesare), Christian Rieger (Curio), Laura Polverelli
(Sesto), Catherine Wyn-Rogers (Cornelia), Christopher Robson
(Tolomeo), Clive Bayley (Achilla), Axel Köhler (Nireno)
- Malaga - Teatro Miguel de
Cervantes - 16, 18 mai 2003 - dir. Eric Hull - Flavio
Oliver (Giulio Cesare), Marina Pardo (Cornelia), Lola Casariego
(Sesto), Maria José Moreno (Cleopatra), David Rubiera
(Curio), José Julián Frontal (Aquilas), Carlos Mena
(Tolomeo), Felipe Nieto Nireno
- Bologne - Teatro Communale
- 6, 8, 10, 13, 15, 17 avril 2003 - Orchestra del
Teatro Comunale di Bologna - dir. Rinaldo Alessandrini - mise en
scène Luca Ronconi - décors Margherita Palli -
costumes Gianluca Sbicca, Simone Valsecchi - lumières Guido
Levi - avec Daniela Barcellona (Cesare), Mirco Palazzi (Curio),
Sara Mingardo (Cornelia), Monica Bacelli (Sesto), Maria Bayo /
Elisabetta Scano (Cleopatra), Silvia Tro Santafé (Tolomeo),
Sergio Foresti (Achilla), Eufemia Tufano (Nireno), Mirco Palazzi
(Curio) - nouvelle coproduction avec Teatro Real, Madrid
"Très attendu, le
Giulio Cesare de Luca Ronconi, en coproduction avec le Teatro Real de
Madrid, ou il a été crée en novembre dernier,
arrive enfin à Bologne l'originalité de sa mise en
scène a déjà été soulignée
par Sergio Segalini. La direction de Rinaldo Alessandrini est
variée, riche en couleurs et en contrastes dynamiques.
L'orchestre du Teatro Comunale, malgré quelques flottements
négligeables des cors, confirme sa solidité et son
éclectisme. 1.a distribution présente plusieurs
nouveautés par rapport à celle de M a dri d , à
commencer par Daniela Barcellona en Giulio Cesare. Les passages
d'agilità sont incisifs, le chant velouté et expressif,
même si l'on souhaiterait plus de nuances. En ce qui concerne
la vocalité baroque, malgré une bonne maîtrise de
la messa di voce, signalons une certaine faiblesse des trilles. Il
s'agit de petites lacunes, qu'une technique plus rigoureuse
comblerait aisément, consentant ainsi à Daniela
Barcellona de se poser en interprète de
référence dans ce répertoire.
Comme à Madrid, Maria
Bayo propose une interprétation séduisante, un timbre
lumineux, aux coloratures précises. Pour elle aussi, un
recours plus fréquent aux nuances et aux pianissimi serait
recommandé, qui en ferait une Cleopatra sensationnelle. Sara
Mingardo, malgré une articulation peu intelligible,
contrôle avec naturel la "syntaxe" du chant baroque et offre
une incarnation de Cornelia vraiment touchante. Le Sesto de Monica
Bacelli est tout aussi excellent. Silvia Tro Santafé, Tolomeo,
brosse à la perfection le portrait d'un jeune homme cruel et
dissolu. Sergio Foresti, Achilla, moyen dans le chant di
agilità, est de plus en difficulté dans l'aigu.
(Opéra International - juin 2003)
- Stuttgart -
1er, 6, 9, 12, 21, 27 février, 14 mars, 23 mai,
6, 8 juin 2003 - dir. Raymond Leppard - mise en scène
Martin Kusej - décors Olaf Altmann - costumes Heide
Kastler
- Opéra de
Cleveland - 6, 7, 8 décembre 2002 - dir. David
Fallis - mise en scène David Bamberger - avec Mark S Doss
(Cesare), Layna Chianakas (Sesto), Sandra Moon (Cleopatra),
Matthew White (Tolomeo), Laura Pudwell (Cornelia), Ankaoua (Curio)
- Madrid - Teatro
Real - 1er, 3,
6, 8, 10, 13, 15, 18 novembre 2002 - nouvelle coproduction avec le
Teatro Comunale de Bologna - dir. Rinaldo Alessandrini - mise en
scène Luca Ronconi - décors Margherita Palli -
costumes Simone Valsecchi, Gianluca Sbicca - lumières Giudo
Levi - avec Jennifer Larmore (Giulio Cesare), Federico Gallar
(Curio), Catherine Wyn-Rogers (Cornelia), Laura Polverelli
(Sesto), Maria Bayo (Cleopatra), Brian Asawa (Tolomeo), Sergio
Foresti (Achilla), Maria José Suarez (Nireno)
"Luca Ronconi s'inspire
davantage de l'histoire de Jules César que du livret
signé Giacomo Francesco Bussani. Partageant la scène en
deux, il construit une sorte de cinéma géant de plein
air, doté de deux écrans qui projettent, tout d'abord,
les portraits des plus grandes stars hollywoodiennes ayant
incarné les rôles de César et, surtout,
Cléopâtre : Elizabeth Taylor, Vivien Leigh ou Sophia
Loren, aux côtés d'une omniprésente Claudette
Colbert. Ces images s'animeront par la suite, et l'on assistera
à plusieurs scènes capitales de ces films, surtout lors
de l'évocation de batailles. Laissant aux chanteurs leur
liberté dans l'adaptation de l'expression corporelle à
la beauté d'un chant souvent très exigeant, Ronconi a
respecté toute la magnificence des mises en scène
baroques qui enchantaient les spectateurs du Settecento, grâce
à un jeu très habile de colonnes, de tréteaux et
de chars, qui soulignent la vérité dramatique de
l'action en la situant avec précision...Les costumes de Simone
Valsecchi et Gianluca Sbicca aident également à mieux
situer l'intrigue et à caractériser les
personnages...Devant un spectacle aussi complet, aussi intelligent,
toujours en harmonie avec la musique et dont la complexité
n'est qu'apparente, il fallait afficher la sacrée distribution
que Madrid a su réunir autour d'Alessandrini et de Ronconi.
Jennifer Larmore ne possède plus la vocalità
précise et virtuose exigée par Haendel :
l'émission abuse souvent de sonorités dans les joues,
la projection est devenue une déclamation du texte, les
vocalises ressemblent un peu à des gargarismes, et toute la
beauté d'un chant instrumental cher aux musiciens baroques est
absente. Mais l'autorité de l'accent, la conviction du jeu et
un métier solide, qui permettent à la mezzo
américaine de connaître ses propres limites et donc de
savoir parfois les contourner, transforment une chanteuse contestable
en une forte présence scénique, à laquelle on
finit par tout pardonner. Maria Bayo, la plus séduisante des
Cleopatra, sans avoir toute la virtuosité nécessaire
aux reprises, aux da capo, aux cadences et aux extrapolations, est
une musicienne irrésistible, à la ligne vocale
chatoyante et au timbre de miel et d'or. Catherine Wyn-Rogers
confère sobriété et rigueur, noblesse et
réserve à sa Cornelia, chantée par moments comme
une confession à mi-voix. Laura Polverelli, Sesto, s'affirme
comme l'une des meilleures interprètes de ce rôle, face
au Tolomeo impressionnant de Brian Asawa. Sergio Foresti peine dans
la tierce aiguè, mais possède une diction
précise qui lui permet de faire ressortir chaque mot de son
Achilla. N'oublions pas non plus les belles prestations de Fede-rico
Gallar (Curio) et de Maria José Suarez (Nireno)."
(Opéra International - janvier 2003)
- Bruxelles - Palais des
Beaux Arts - 21 novembre 2002 - version de concert -
Les Musiciens du Louvre - dir. Marc Minkowski - avec Marijana
Mijanovic, mezzo (Giulio Cesare), Magdalena Kozena, mezzo
(Cleopatra), Eirian James, mezzo (Sesto), Charlotte Hellekant,
mezzo (Cornelia), Bejun Mehta, contre-ténor (Tolomeo), Alan
Ewing, basse (Achilla), Armand Gavrilidès,
contre-ténor (Nireno), Jean-Michel Ankaoua, baryton
(Curio)
"Les premières rigueurs
de l'hiver ont du bon : s'il faut en croire Marc Minkowski, le public
bruxellois leur doit le privilège d'avoir découvert
celle qui incarnera bientôt au disque la première grande
Cléopâtre du vingt et unième siècle :
Magdalena Kozena, remplaçant au pied levé Danielle De
Niesse. Hélas, d'autres changements nettement moins heureux
sont intervenus dans la distribution. En Achilla, nous nous
réjouissions d'entendre la basse la plus excitante du moment :
Denis Sedov, mais c'est Alan Ewing qui campa le général
égyptien. La promo de la tournée annonçait
Anne-Sophie Von Otter en alternance avec Malena Ernman (extravagant
Neron dans l'Aggripina de René Jacobs) et Sarah Connoly en
Sesto, Stephanie Blythe et Marie-Nicole Lemieux (Premier prix du
Concours Reine Elisabeth) en Cornelia ; il aura fallu nous contenter
d'Eirian James (le fils) et de Charlotte Hellekant (la mère).
Même Dominique Visse nous aura fait faux bond, le transparent
et inoffensif Armand Gavrilidès reprenant le rôle de
Nireno. Partitions en main, quatre des protagonistes créaient
ainsi un étrange décalage sur le plateau, d'autant
qu'un embryon de mise en espace et de direction d'acteurs - j'ai
rarement vu, de manière aussi systématique, les
chanteurs exécuter leur air et disparaître
aussitôt dans les coulisses ! - tentait de briser le statisme
inhérent au concert.
Chef-d'oeuvre du belcanto,
Giulio Cesare exige des natures vocales et des artistes
exceptionnels, un défi que peu de productions d'opéra
ont su relever. En outre, sans le secours de la scène, les
chanteurs sont davantage exposés et l'exercice peut
s'avérer cruel. Jeudi soir, seuls trois d'entre eux se sont
montrés à la hauteur et ont consacré le triomphe
des Lagides sur la Rome de Pompée. Visage anguleux et bouche
carnassière, taille svelte, tout de noir vêtu,
cintré dans une veste dorée, le Giulio Cesare de
Marijana Mijanovic séduit d'emblée par sa
présence et un alto androgyne, troublant. Quand bien
même l'opacité du timbre prive d'éclat les
nombreuses vocalises du rôle, l'artiste rend justice à
l'héroïsme et à l'impétuosité du
conquérant dont elle embrasse la diversité des
états d'âme, du courroux ("Empio dirò tu sei")
à la tendresse ("Caro, bella") en passant par la nostalgie
("Alma del gran Pompeo") et l'affliction (" Aure deh per
pietà" tout en subtilités) avec un sens aigu de la
progression dramatique et une variété d'inflexions, un
raffinement dont les titulaires du rôle ne sont guère
familiers. Est-ce pour faire oublier une dynamique réduite et
l'absence de couleurs ? Toujours est-il qu'elle ose aussi des
poitrinages spectaculaires, assénés avec une violence
parfois excessive ("Al lampo dell'armi") et qui confine au tic dans
les da capo (dont il faut, cependant, saluer l'originalité).
C'est affaire de goût, sans doute, et cette réserve
disparaît devant les qualités de la musicienne et de
l'actrice.
Néanmoins, Magdalena
Kozena et Bejun Mehta lui volent la vedette, ils dominent,
d'ailleurs, très largement, l'ensemble de leurs partenaires.
Tolomeo échoit souvent à des voix menues (Derek Lee
Ragin), sinon ingrates (Christopher Robson, comme si la laideur
morale du rôle impliquait forcément celle de l'organe),
à des chanteurs placides (Graham Pushee) ou trop suaves (Brian
Asawa). Bejun Mehta, lui, défie crânement César
et impose un monarque autoritaire et flamboyant. Nanti d'un grain
charnu et d'une projection insolente, le contre-ténor
dévore les mots avec une belle rage ("L'empio, sleale,
indegno") et décoche des aigus presque sauvages
("Domerò la tua fierezza"), où affleure le souvenir de
l'extraordinaire soprano remarqué jadis par Leonard Bernstein.
Magdalena Kozena nous rappelle
que Cleopatra est l'une des plus belles héroïnes de
Haendel, mais aussi la figure centrale de l'opéra, à
qui le Saxon destine le meilleur de son inspiration. Ce n'est pas le
théâtre, mais la musique qui prime dans l'opera seria,
et celle de Cleopatra touche plus d'une fois au sublime. Certes, un
air comme "Tutto può" requiert un aigu brillant, une
légèreté et une fraîcheur qui sont
plutôt l'apanage des sopranos ; le mezzo a beau nous frapper
par sa pureté et sa luminosité, il lui manque une
aisance, ainsi que quelques notes pour que la pièce puisse
vraiment s'épanouir. Par contre, le choix d'un mezzo
renouvelle notre approche du rôle, tant sur le plan musical que
dramatique. L'ornementation peut se déployer dans le grave et
jouer sur les contrastes de timbre et la voix confère aussi au
personnage une profondeur, un caractère inhabituels. Les
phrases prennent un relief nouveau et certains mots libèrent
enfin toute leur charge émotionnelle - "morirò" ("Se
pietà") sur lequel, souvent, la voix des sopranos
s'éteint alors que celle de Kozena, ardente, soutient la note
jusqu'au bout. De même, si "V'adoro, pupille" n'a jamais autant
évoqué le paradis, c'est d'abord grâce au timbre
chaud et enveloppant du mezzo. Mais la voix n'est pas tout : c'est
évidemment à l'interprète qu'il revient de
s'approprier et de revisiter les lamenti ou l'aria di tempesta du
troisième acte. "Se pietà" quitte ainsi le registre
exclusif de la plainte, de la résignation pour se parer des
accents mêlés du désespoir et de la passion et
s'achever sur des lueurs d'une beauté inouïe,
ambiguës comme le crépuscule et où point un
ailleurs indicible. La section B de "Piangerò" n'est plus
survolée, mais totalement investie : la révolte n'est
plus un sursaut fugace, elle fait partie intégrante du
personnage. La reprise nous fait chavirer : la voix semble surgir de
nulle part, transfigurée, d'une altérité
radicale, ce n'est plus du chant, mais une caresse, d'une tendresse
et d'une douceur impalpables, qui s'insinue et ne nous laisse pas
indemnes. Seuls les grands artistes, les illuminés, les
habités, sont capables de nous offrir ce genre
d'expérience, qui va bien au-delà de l'émotion
esthétique ou du frisson épidermique. Ultime cadeau de
la belle Tchèque : un "Da tempeste" ébouriffant,
inventif, jubilatoire, la fantaisie et le panache au service du
belcanto, un pur moment de bonheur !
Égale à
elle-même, Charlotte Hellekant aura ému ou laissé
de marbre. La manière dont chacun réagit au timbre et
au tempérament de l'artiste fait toute la différence.
Handicapé par la grisaille du timbre, son chant me
paraît, une fois encore, terne et geignard : la
sensibilité, les intentions sont perceptibles, mais la magie
n'opère jamais. Au demeurant, la tiédeur du public
semble confirmer qu'elle ne fait pas l'unanimité.
Flanquée d'une voix trop courte et dépourvue de mordant
- alors qu'il faudrait un mezzo incisif et pénétrant -
Eirian James est incapable de traduire la jeunesse et la fougue de
Sesto. Stylée, elle déploie des trésors de
finesse dans le voluptueux "Cara speme" et se tire avec les honneurs
du duo final de l'acte I ("Son nata a lagrimar", achevé sur un
murmure), mais les airs de bravoure la montrent totalement
dépassée, perdue au milieu de la houle orchestrale. Au
crédit d'Alan Ewing, une lecture correcte d'Achilla, rien
d'indigne, rien de mémorable non plus.
Les Musiciens du Louvre et la
direction de Minkowski n'appellent que des louanges : depuis la
production amstellodamoise, leur Giulio Cesare est parfaitement
rodé, efficace, mais également sans surprise.
L'ouverture est brossée avec ce geste large et puissant,
caractéristique du chef, qui privilégie la
nervosité de la ligne, parfois au détriment des
coloris. Le roi du tempo s'en donne à coeur joie et cravache
ses destriers dans les airs virtuoses et la sinfonica bellica de
l'acte trois, mais il ménage aussi de superbes respirations
dans les pages d'atmosphère et les climax de la partition
où son art du suspens fait merveille (souvenez-vous
d'Ariodante et d'Hercule). Dommage qu'il ne sache pas réaliser
des miracles et nous faire oublier les insuffisances de la
distribution... Il reste à espérer que Magdalena
Kozena, Marijana Mijanovic et Bejun Mehta soient mieux
entourés en studio. En attendant, et pour retrouver une
artiste en état de grâce, il faut replonger dans ce
Delirio amoroso (Haendel) gravé par le mezzo tchèque et
les Musiciens du Louvre, il faut oser réécouter cette
plainte qui nous vrille l'âme ("Per te lasciai la luce") et
voisine avec des abîmes vertigineux. Ce n'est plus du chant,
c'est un coeur qui s'ouvre à nous, un don magnifique et rare.
" (Forum Opéra)
- Brême -
Musikfeste - 21 septembre 2002 - Festival d'Ambronay - 1er octobre 2002 - - Francfort - Alte Oper - 14 novembre
2002 - Grenoble - Eglise St
Jean - 19 novembre 2002
- - Valladolid - Teatro Calderón -
23 novembre 2002 -
Vienne (Autriche) - Konzerthaus -
26, 28 novembre 2002 - avec Marijana Mijanovic (Giulio Cesare),
Magdalena Kozena (Cleopatra), Bejun Mehta (Tolomeo),
- Théâtre de
Poissy - 12 novembre 2002
- version de concert - Les Musiciens du Louvre - dir. Marc
Minkowski - avec Marijana Mijanovic (Giulio Cesare), Magdalena
Kozena (Cleopatra), Alan Ewing, Pascal Bertin (Tolomeo), Eirian
Jampes (Sesto)
"Quatre-vingts ans
après leur résurrection, les amants mythiques du plus
célèbre opéra de Haendel n'avaient toujours pas,
à notre connaissance, roucoulé de concert dans leur
tessiture d'origine, barytons puis mezzos (mâles et femelles)
s'y accouplant d'ordinaire avec un soprano léger pour le pire
- souvent - et le meilleur - rarement. Il aura fallu cette
tournée, et le disque à suivre, pour entendre le mezzo
aigu de Cléopâtre chavirer l'alto de César.
Marijana Mijanovic offre au conquérant romain l'incroyable
androgynie de son timbre de velours sombre admirablement assis
jusqu'au tréfonds d'un grave barytonant qu'explore des
cadences inédites, étalant une vocalisation d'un
insolent relief. Manquent encore les ultimes fleurs de
l'ornementation (après le miracle David Daniels en septembre
à Garnier sous la direction du même chef, la messa di
voce de " Aure per pietà " peut paraître fibreuse, les
nuances peu sensibles), ainsi qu'une progression dramatique mieux
dessinée : d'un bout à l'autre, Mijanovic s'en tient au
même délicieux mélange de pathos et
d'espièglerie. Reproche qu'on n'adressera nullement à
Magdalena Kozena, dont chaque prestation nouvelle témoigne des
progrès en termes d'expressivité, de style et de
diction ; d'autres, avec la voix du ciel, auraient moins
travaillé. Jamais le parcours du personnage, de la rouerie
vipérine et déjà orgueilleuse vers l'abandon
sensuel puis la puissance tragique, avant la jubilation majestueuse
du final, n'aura sonné aussi juste. Le timbre ample,
homogène et lumineux baigne le public de lait et de miel , la
technicienne infaillible le nourrit de perles à la
cuillère : cette virtuosité assortie d'une telle
subtilité, ces abellimenti et ces demi-teintes d'un goût
parfait qui jamais ne troublent ni la précision rythmique, ni
la plénitude du soutien ! L'aigu est fier, bien
qu'imperceptiblement tendu ou brièvement
détimbré dans " Venere belle " et certains
récitatifs (d'une intonation cependant idéale,
notons-le) : dans sa conquête des tessitures
intermédiaires entre le mezzo et le soprano, Magdalena Kozena
devra veiller à assurer progressivement
l'extrémité de son registre sans l'épuiser par
un rythme trop intensif de représentations ou l'alternance
trop rapprochée entre rôles graves et aigus. Elle
pourrait ainsi au fil du temps s'emparer, avec les moyens que Bartoli
n'aura jamais, non seulement de tout un répertoire baroque
italien et français, mais aussi mozartien (Fiordiligi tombe
sous le sens), voire des emplois d'une Malibran chez Rossini et
Bellini.
Les autres rôles n'ont
pas, hélas, l'éclat de l'équipe de Garnier, ni
de celle qui prend sa relève la semaine prochaine pour
l'enregistrement du disque, à Vienne. Arrivé à
la dernière minute en remplacement de Denis Sedov, Alan Ewing
ne peut faire mieux qu'exposer une voix solide. Pascal Bertin double
un Bejun Mehta idéal (il sera de retour pour le disque) avec
d'excellentes intentions dramatiques, mais des moyens trop fragiles.
Eirian James fait les notes dans les passages lyriques, et
disparaît dans la virtuosité. On regrette surtout
Anne-Sofie von Otter dans le duo Sesto - Octavie, où le
concours de larmes, soupirs et déchirements avec Charlotte
Hellekant vaudra sans doute son pesant de Kleenex. Contestable sur le
strict plan technique et musical (de legato, guère, et les
registres changent deux fois par mesure), cette dernière n'en
offre pas moins une incarnation saisissante de la fière
patricienne que tout le monde Antique se dispute, justement
pathétique, mais farouche et racée dans chaque
accent.
Sortis de l'étouffoir
de Garnier, les Musiciens du Louvre retrouvent la plénitude de
leurs couleurs et l'arrête des phrases : splendide continuo,
violoncelle d'une éloquence admirable (dommage qu'il ne
dialogue avec personne dans " Caro speme "), solo de violon d'un beau
délié et d'une rare homogénéité de
timbre de Florian Deuter. Marc Minkowski allume ses feux sans se
soucier des limites de tel ou tel chanteur, suscitant chez certains
d'entre eux une réponse inespérée - les airs de
Tolomeo. Mais c'est naturellement avec les deux héroïnes
de la soirée qu'il porte au sommet cet échange
émotionnel et musical où le jeu virtuose fait corps
avec l'intensité expressive. Mariage auquel on espère
que nul invité ne fera défaut devant les micros."
(ConcertoNet)
- Opéra
Garnier - 16, 19, 24, 27,
30 septembre, 3, 6, 11, 14 octobre 2002 - mise en scène
Nicholas Hytner - décors, costumes David Fielding -
lumières Davy Cunningham - Les Musiciens du Louvre - dir.
Marc Minkowski - - avec David Daniels/Marijana Mijanovic (Giulio
Cesare), Anne Sofie von Otter/Sarah Connolly (Sesto), Danielle De
Niese (Cleopatra), Bejun Mehta (Tolomeo), Stephanie Blythe
(Cornelia), Franck Leguérinel (Achilla), Dominique Visse
(Nireno), Kevin Greenlaw (Curio)
- Opéra International - 14 octobre
2002
"La production
scénique...a mal vieilli ; le génie haendelien, le
propos dramaturgique et la qualité littéraire du livret
méritaient autre chose que des chanteurs abandonnés
sans réelle direction d'acteurs et évoluant au milieu
d'un salmigondis d'objets trouvés...Retrouvant Giulio Cesare
après avoir annulé plusieurs représentations,
David Daniels n'était pas, à l'évidence, dans
une forme optimale...quoiqu'il se soit mieux sorti des passages
virtuoses que des arie lentes, il s'est appuyé sur sa
musicalité naturelle et sur l'évidente qualité
de son timbre. Quant à Bejun Mehta (Tolomeo), il a fort bien
dessiné, scéniquement et vocalement, son personnage,
moins univoquément traître qu'il y paraît. Le
rôle de Cleopatra ne convient pas à Danielle De Niese
avec son timbre trop léger et acidulé, elle dessine une
reine simplement minaudante, jamais sensuelle, et nullement
assoiffée de pouvoir. Sarah Connolly, à
l'évidence musicienne, affronte avec Sesto un rôle trop
grave d'une tierce pour sa tessiture d'élection...Stephanie
Blythe (Cornelia) a déçu par un timbre engorgé
et doté d'une faible projection ; dans les arie lentes et
désespérées, elle parvenait même à
la limite du minimum - sonore et déclamatoire - audible. Les
trois rôles secondaires furent fort bien tenus, à
commencer par Dominique Visse qui dessine, là encore, une de
ces silhouettes indispensables à une production lyrique.
Heureusement, la vie et la vraie vocalité étaient dans
la fosse et l'esprit de l'oeuvre y soufflait avec
générosité et à-propos : Marc Minkowski
et ses musiciens sont les triomphateurs de cette
représentation."
- Diapason - novembre 2002 - compte-rendu de
la représentation du 24 septembre 2002
"C'est Marijana
Mijanovic, ce soir, qui sauve le spectacle, remplaçant David
Daniels, souffrant, qui n'aura donc chanté que la
première. Elle est Jules César, le plus idéal
qui se puisse imaginer, style, voix et drame même,
malgré les circonstances qui l'obligent à chanter
depuis la fosse, un assistant mimant le rôle en scène.
L'incroyable homogénéité des registres,
l'androgynie du timbre, l'agilité naturelle et l'expression
balayant toute la palette des affects consacrent celle qui fut
déjà, pour Christie, une merveilleuse
Pénélope. Autour d'elle, c'est une succession de
portraits plus convaincants les uns que les autres Danielle De Niese
(Cléopâtre, adorable), Stephanie Blythe (Cornelia, du
coffre et de l'abattage à revendre), Anne Sofie von Otter
(Sesto, vibrante et juvénile comme jamais), Bejun Mehta
(présence et santé insolentes). Et comme Minkowski a,
une fois de plus, hissé haut les couleurs de ses Musiciens du
Louvre, c'est du bonheur à tous les
étages."
- Le Monde - 19 septembre 2002 - Giulio
Cesare réchappe d'un attentat sonore - La
première de l'œuvre de Haendel au Palais-Garnier
perturbée par un magnétophone.
"Lâche "attentat"
à la bande magnétique lundi 16 septembre soir au
Palais-Garnier pour la première de Giulio Cesare, de Haendel.
Ils étaient tous en rang, l'actuel ministre de la culture,
Jean-Jacques Aillagon, l'ancienne, Catherine Tasca, Hubert
Védrine et Patrick Devedjian, prêts à suivre les
amours tumultueuses de Jules César avec la belle
Cléopâtre. Et puis, à peine avalés
l'ouverture et le premier air de David Daniels, voilà la
tête de Pompée qui arrive sur un plateau d'argent.
Fureur de César et longue plainte de la veuve Cornelia
(magnifique Stephanie Blythe). C'est là que tout a commencé : une
musique en écho, aigrelette et têtue, assez faible pour
ne pas endiguer le flot haendélien, assez puissante pour
s'immiscer entre chaque respiration, gagner peu à peu les
consciences, détourner savamment l'attention. Minkowski et ses
troupes ont vaillamment résisté tandis que Cléo
et Ptolémée se disputaient le trône. Au second
changement de décor, une voix s'est élevée : "On
ne peut pas arrêter ça ?" Marc Minkowski s'est
tourné vers la salle en demandant quelques minutes. On a
espéré le miracle. Il n'en fut rien. On y alla alors de
bon cœur, qui invoquant les mânes de Maria Callas revenant en
ce soir du 25e anniversaire de sa mort, qui retrouvant sa
crédulité d'enfance, Gaston Leroux et le Fantôme
de l'Opéra. D'autres pointaient du doigt les intermittents du
spectacle, dans une maison réputée pour son
syndicalisme. Il y eut même un chevrotant "C'est une honte !",
aussitôt conspué. Peut-être est-ce ce qui
décida notre ministre. Il se leva et quitta la salle,
cependant qu'un entracte "couvre-feu" était
déclaré. Quand tout le monde se fut rassis, le
directeur des Opéras de Paris, Hugues Gall, vint remercier le
public de sa patience (sans pour autant présenter d'excuses).
La "bombe" avait été trouvée et
désamorcée. Une enquête était en cours et
une plainte déposée. On apprendra qu'il s'agissait d'un
magnétophone rudimentaire planqué dans des loges
aveugles sous plafond et de deux haut-parleurs dissimulés
derrière des lyres de stuc. Un endroit suffisamment retors
pour indiquer une affaire fomentée en interne ; un coup
orchestré (si l'on peut dire) dans l'intention de saboter,
Hugues Gall dixit, "le début de saison". Ce d'autant que sur
la bande passait justement... Giulio Cesare, pris au vif d'une
répétition.
- Le Monde - 19
septembre 2002 - Un beau spectacle
"Revenu aux cendres de
Pompée, le spectacle devait se dérouler sans encombres.
Un beau spectacle, nanti d'une distribution très
homogène, une mise en scène intelligente et une
remarquable direction d'acteurs. On put admirer la mâle
assurance de Bejun Mehta en Ptolémée roi du
pétrole, la séduction de Danielle de Nisse (une
révélation), pétroleuse Cléopâtre
se muant en amoureuse superbe, la juste vaillance d'Achillas (Franck
Leguérinel), la spirituelle gouaille de Dominique Visse
(Nirenus). Même combat dans le camp romain. Somptueuse
majesté et émouvante maîtrise vocale de Stephanie
Blythe en Cornelia, tragique jusque dans l'arrosage des cactus de
Ptolémée. Juvénile et ardent, le Sextus
d'Anne-Sofie von Otter, digne fils du grand Pompée. Le duo
d'adieu entre mère et fils, un des plus beaux jamais
écrits, offre un moment ineffable. Flanqué de
l'efficace Curion (Kevin Greenlaw), David Daniels est un Jules
César plein de fougue et d'impétuosité. Infinie
souplesse et couleur de miel pour une voix qui saute tous les
Rubicon, vocalises conquérantes et stratégie expressive
d'une grande finesse. Quant à l'orchestre en armes de
Minkowski, il aura tenu sa partie sans faillir, entre constance et
humilité.
- ConcertoNet - Toi aussi Brutus - 16
septembre 2002
"Il est vrai que le premier
Jules César en France de Marc Minkowski, prélude
à un enregistrement pour Archiv Deutsche Gramophon,
était fort attendu de tous ceux qui regrettent de ne disposer
que d'une seule très bonne version sur instruments anciens,
celle choisie justement par le mystérieux pirate des combles.
Ni les circonstances, ni l'acoustique du Palais Garnier, peu
favorable à ce répertoire, ne permettent un jugement
définitif. Comme dans sa récente Platée, le chef
déploie en ce lieu des phrases plus amples, une pâte
sonore très chaleureuse, noble et dense à défaut
d'être finement contrastée. Sur le plan technique, la
balance avec les voix est dosée de main de maître et
l'orchestre paraît remarquablement préparé ; sur
le plan expressif et musical, le discours s'inscrit davantage dans la
pertinence de progressions dynamiques très fluides (qu'il
s'agisse des grands écarts ou de nuances plus subtiles) et
d'un entraînement par le jeu d'un legato puissant, que dans le
relief et la variété de la rythmique et des
articulations, qui gagneront à se libérer. Il est vrai
que le patchwork étant le piège dans lequel tombent ici
trop de chef, un souffle continu ne nuit point à Jules
César. Loin du cliché dont on l'affuble souvent,
Minkowski résiste donc à la tentation de tempos
extrêmes (sauf dans " Priva son " où la pulsation
disparaît quasiment, mais aussi la chanteuse ne l'habite
guère), et trouve au contraire le juste pouls dans les pages
transformées par d'autres en récit wagnérien ou
en numéros de cirque - les trois derniers airs de
Cléopâtre, autrement dit.
Même revissée aux
entournures et élaguée dans le sens de plus de
sobriété, la production de Nicholas Hytner, mieux
inspiré dans son légendaire Serse à l'English
National Opera, demeure rigolote et gentiment tarte, plus proche du
film de Gabriel Pascal en 1945 (délire carton pâte sur
le texte de George Bernard Shaw, avec Vivien Leigh et Claude Rains,
à découvrir d'urgence) que du chef d'œuvre
authentiquement rococo de Mankiewicz. Un cast de carpes et de lapins
(Dominique Visse reprend son inusable Nireno, Franck
Leguérinel débute dans un bel Achilla) y trouve ses
marques avec des bonheurs divers. Stephanie Blythe est un malentendu
: difficile de comprendre que la belle veuve qui donne bien
malgré elle des frissons à tous les mâles de
l'histoire, César excepté (et Dieu sait que la
malheureuse Cléopâtre ne ménage pas ses efforts),
déploie une voix plus tonitruante et virile qu'eux tous
réunis, et exhibe une présence de matrone ! Le couple
des enfants terribles d'Alexandrie est en revanche une
éclatante réussite. Veule, lascif, à la fois
juvénile et menaçant, Bejun Mehta est peut être
le meilleur Tolomeo jamais vu, et l'émission vigoureuse, les
couleurs crues, les phrases tranchantes en font un adversaire
redoutable pour César. Tant par son physique que par son
talent d'actrice, Danielle De Niese est la Cléopâtre
idéale, chaton qui fait ses griffes, fine mouche de
comédie au charme irrésistible trouvant au fil des
scènes une véritable étoffe tragique.
Paradoxalement, son soprano léger - le rôle appelle une
voix intermédiaire proche du mezzo - manque surtout de corps
dans les airs galants ou virtuoses : peu de sensualité (cruel,
pour " V'adoro, pupille "), guère de nuances, trilles et
ornements réduits au minimum syndical, même si le timbre
reste toujours séduisant. Dans " Se pietà " et "
Piangero ", une diction percutante et un investissement expressif
farouche font oublier ces limites.
On attendait, bien sûr,
le Sesto luxueux d'Anne Sofie von Otter. Dommage que cette
haendélienne rêvée se voit toujours contrainte
par les mises en scène à faire des choses totalement
idiotes dès qu'elle monte sur le plateau de Garnier pour un
ouvrage du Cher Saxon, les serpents et crocodiles de Mister Hytner ne
valant pas mieux que le cheval du Señor Lavelli ! Les
vocalises du rôle, exigeant plus de force que de raffinement,
ne prodiguent pas les mêmes délices que celles
d'Ariodante. Mais " Cara speme " est ce qu'on avait imaginé :
miracle d'ombres et de lumière, de tenue instrumentale
héroïque aux limites du néant. Dommage pour le duo
tout aussi sublime où sa partenaire claironne, et vivement la
rencontre avec Charlotte Hellekant pour le disque.
Quelques huées ont
accueilli David Daniels au milieu des vivats. Que voulait-on ? La
vraie tessiture d'alto ? Les décibels ? Le
détaché précis et vigoureux des vocalises ? Il
ne les a pas, on le savait en entrant. Mais le velours unique, la
ligne merveilleusement portée, où les trouver ailleurs
? D'abord indécis dramatiquement dans le contexte de cette
représentation difficile, il acquiert en cours de route une
vraie présence scénique, jeune, enthousiaste,
frémissante. Et " Aure, per piétà " est le
sommet de la soirée, souffle infini au modelé parfait
où s'épanouit sans s'étaler la fioriture,
nostalgie et tendresse délicate de la couleur et des mots que
nul n'avait obtenu encore - pas même lui. Les lauriers,
fianlement, reviendront à… César. C'est justice, mais
ce n'est pas coutume."
- Forum
Opéra - 11 octobre 2002
"...Le choix de Hytner tire
volontairement du côté d'une bande dessinée
anachronique, où se mélangent éléments de
l'Egypte ancienne et costumes du 18e siècle, vamps
hollywoodiennes et femmes voilées type "taliban", crocodiles
en plastique et derricks. Certes, tout n'est pas du meilleur
goût et certains effets sont ratés (c'est le cas des
crocodiles et des cactus), mais l'ensemble est cohérent,
parfois drôle, parfois émouvant et la direction des
chanteurs se signale par un vrai sens dramatique. On ne s'ennuie pas.
Certes, on ne retrouve pas la perfection d'un Rodelinda, mais balayer
d'un revers de la main le travail du metteur en scène serait
de très mauvaise foi.
Le succès de la
soirée s'explique aussi par la distribution, homogène
et de qualité. On pouvait avoir peur du remplacement de David
Daniels par Flavio Oliver. Les craintes étaient sans fondement
: la voix est belle, homogène et vaillante et la projection
certainement plus assurée que celle de Daniels (selon les
témoins de la première représentation).
Aurions-nous gagné au change, finalement ? Dans le même
registre, Bejun Metha est un excellent Ptolémée. Sa
voix, plus colorée que celle d'Oliver, lui permet de camper un
méchant plein de veulerie et de lâcheté. La
Cléopâtre de Danielle de Niese est d'une rouerie
réjouissante, en adéquation avec la vision de Hytner
qui fait d'elle une " coquine ", une vision cohérente, compte
tenu de la couleur musicale souvent espiègle et
légère de ses airs.
On peut cependant regretter une voix, certes facile, mais pauvre en
nuances, ce qui réduit la portée émotionnelle
des airs dramatiques, notamment du fameux "Piangero". Elle n'est
certainement pas l'interprète idéale pour un
enregistrement ou une diffusion radiophonique. Elle n'arrive pas
à faire oublier l'éclatante Cléopâtre de
Maria Bayo qui avait enthousiasmé le public lors de la
précédente reprise de cette production ; mais qui
aurait pu la faire oublier ? Par contre, Anne Sofie Von Otter et
Stephanie Blythe sont parfaites. Leur duo est un des sommets de
l'opéra et un des moments forts de cette soirée. On
peut émettre davantage de réserve sur le reste de la
distribution, notamment les seconds rôles : Franck
Leguérinel, dont la volonté de paraître
méchant est excessive et enlaidit la voix, ainsi que Dominique
Visse, qui fait preuve d'une technique excellente, mais en fait des
tonnes dans son air.
Le grand héros de
l'applaudimètre, ce fut (cela devient une habitude) Marc
Minkowski, avec sa direction nerveuse et enlevée (toujours une
habitude !). Ses tempi étaient parfois rapides (qui l'eut cru
?), surtout comparés à ceux de Jacobs, mais ils n'ont
jamais mis en danger les chanteurs, ce qui démontre
certainement un travail préparatoire efficace ainsi qu'une
parfaite maîtrise des rôles.
Bref, une très bonne
soirée et... sans attentat sonore ! "
- San Francisco - War
Memorial Opera House - 19, 22, 26, 29 juin, 3, 7
juillet 2002 - dir. Nicholas McGegan - mise en scène John
Copley - décors John Pascoe - avec David Daniels (Giulio
Cesare), Ruth Ann Swenson (Cleopatra), Felicity Palmer (Cornelia),
Ruxandra Donose (Sesto), Bejun Mehta (Tolomeo), Denis Sedov
(Achilla), John Ames (Curio), Daniel Taylor (Nireno), Felicity
Palmer (Cornelia)
"Une de ces productions rares,
où tout concourt à composer une exception...L'ampleur
de la vision, celle de Haendel, et celle de John Copley qui
privilégie ici l'économie, une narration qui tend
à l'épure, confine au sublime...Jubilatoire, nerveux,
voire cravacheur, McGegan dirige un orchestre réssolument
impliqué, minutieux, soucieux du détail. La Cleopatra
de Ruth Ann Swenson joue sur les ambiancxes, les supenses, et sait
éviter à la fois sentimentalisme et vérisme...Le
Cesare du contre-ténor David Daniels porte la marque du
talent." (Opéra International - septembre 2002)
- Copenhague - Opéra
Danois National - 4, 6, 8, 10, 13, 15, 18, 22, 24, 26,
29 mai 2002 - Festival de Bergen
- 28 mai 2002 - Concerto Copenhagen - dir. Lars Ulrik
Mortensen - décors, costumes Francisco Negrin, Anthony
Baker - lumières Allen Hahn - chorégraphie Ana Yepes
- avec Andreas Scholl (Giulio Cesare), Sten Byriel (Curio), Randi
Stene (Cornelia), Tuva Semmingsen (Sextus Pompeius), Inger
Dam-Jensen (Cleopatra), Christopher Robson (Ptolomeo), Palle
Knudsen (Achille), James Huw Jeffries (Nireno)
- Toronto - Hummingbird
Centre - 6, 10, 12, 16, 18, 21 avril 2002 - Orchestre
de la Compagnie de l'Opéra du Canada - dir. Kenneth
Montgomery - mise en scène Tom Diamond - décors Paul
Steinberg - costumes Constance Hoffman - avec Ewa Podles (Giulio
Cesare), Marie-Nicole Lemieux (Cornelia), Brian Asawa (Sesto
Pompeo), Isabel Bayrakdarian (Cleopatra), Audrea Ludwig (Nireno),
Daniel Taylor (Tolomeo), Bruce Schaef (Curio), Olivier Laquerre
(Achilla)

- Saarbrücken -
Saarländisches Staatstheater - mars 2002 - dir.
Marcus R. Bosch - mise en scène Anja Sündermann - avec
Matthias Rexroth (Giulio Cesare), Stefanie Krahnenfeld
(Cleopatra), Maria Pawlus (Cornelia), Frédérique
Sizaret (Sesto), Hiroshi Matsui (Tolomeo), Guido Baehr (Achilla),
Stefan Röttig (Curio), Volker Philippi (Nireno)
"La popularité
de Giulio Cesare n'enlève rien au charme intemporel de cet
opéra, surtout depuis que des musiciens tels que René
Jacobs et son Concerto Köln s'appliquent à lui rendre son
vernis originel. Avec un livret de légende qui puise ses
sources dans l'opéra de Sartorio, il empreinte les voix
labyrinthiques d'une intrigue aux confins de l'imbroglio
inextricable, quoique propice à l'éclosion des idiomes
haendeliens. Le langage vernaculaire du compositeur adepte des
récitatifs accompagnés à l'orchestre, traduit
avec Giulio Cesare la plénitude des oeuvres d'art complexes,
harmonieusement assemblées. Pour cette raison, monter cet
opéra et le réussir impliquent une forte
cohérence au sein de la sainte trilogie opératique que
constituent le chef, les chanteurs et le metteur en scène,
équation en partie résolue avec cette
représentation.
Ce sont les chanteurs qui
emportèrent la palme (ou les lauriers, c'est selon),
distinction allant à une distribution équilibrée
dont le savant assemblage ne peut être que le fait d'un
connaisseur. Bien qu'Ewa Podles explorait essentiellement le bas de
son registre que l'on sait étendu à trois octaves, elle
campait le rôle titre avec une haute crédibilité
vocale et théâtrale, dans la tradition vénitienne
des rôles travestis. La largeur de sa voix et sa
résonnance cuivrée corroboraient un style idoine et
visiblement éprouvé aux exigences du baroque
(N'était-elle pas aux côtés de Minkowski lors de
l'illustre aventure d'Ariodante?). L'aria avec cor solo "Va tacito"
confirmait une sensibilité de bon goût entre
moiré et mordoré alors que l'aria final "Qual torrente"
irradiait par l'éclat son auguste
générosité.
Isabel Bayrakdarian, en
Cléopâtre, n'était pas non plus sans
aménité avec un rôle qu'elle tutoya
scéniquement et vocalement. Richard Burton lui aurait
volontiers donné la réplique en un autre temps, dans un
autre lieu. La jeunesse qu'elle incarnait n'avait d'égal que
son raffinement musical sans apprêt, tour à tour
expressif et brillant. Dans ce rôle Bayrakdarian ne chantait
pas sa voix, elle était sa voix. Du côté des
contre-ténors, la distribution prêtait à la
comparaison en nous offrant généreusement Brian Asawa
(Sesto) et Daniel Taylor (Ptolémée). La voix du premier
s'épanouissait sur une assise plus solide et plus
immédiatement accessible que celle de son homologue canadien.
Taylor (Daniel, pas Elisabeth), malgré ses affinités
avérées avec l'art baroque, laissait poindre
ponctuellement quelques faiblesses vocales, sans doute
bousculé par le bouillonnement de l'adolescent attardé
et irrévérencieux qu'il incarnait.
Plus qu'aucun autre chanteur,
Marie-Nicole Lemieux sembla faire les frais d'une mise en
scène superficielle et éculée. Engoncée
voire engluée dans une gestuelle conventionnelle et puritaine,
en parfaite harmonie avec les oripeaux victoriens qui l'habillaient,
la soprano québécoise révèlait autant de
justesse vocale que de manque d'expression. Comment parvint-elle
à retenir ses sentiments, face à la tête
ensanglantée de feu son mari, décapité par
Ptolémée. Même Hérode s'en serait
ému, non?
Une réserve s'imposait
également au niveau de l'orchestre. Bien qu'il ne
ménagea pas ses efforts, ô combien louables, pour ne pas
couvrir les chanteurs, Montgomery livra une interprétation
à la frontière de la complaisance, à force de
trop flatter le legato et d'arrondir impérieusement la ligne
mélodique. L'orchestre, métissé pour l'occasion
avec un théorbe et un clavecin, rendait docilement la pareille
avec un sabir musical qui ne saurait porter l'épithète
d'authentique. A défaut de l'être, l'entreprise du chef
anglais invité, présentait cet avantage de ne pas
desservir la voix, assez bonne raison pour ne pas être
vouée aux gémonies. Face au lieu commun des
décors et de la mise en scène, demeuraient un orchestre
ayant fait du Primum non nocere sa devise et une distribution
crédible et convaincante. D'où ce constat manifeste:
une version de concert eût été suffisante."
(Scena Musicale - 17 avril 2002)
- Opéra de Monte
Carlo - Théâtre de Fontvieille - 27
février, 1er et 3 mars 2002 - dir. Alan Curtis -
mise en scène Mario Pontiggia - avec Flavio Oliver (Giulio
Cesare), Cinzia Forte (remplaçant Maria Bayo) (Cleopatra),
Romeo Cornelius (remplaçant Derek Lee Ragin) (Tolomeo),
Gloria Banditelli (Cornelia), Lucy Schaufer (Sesto Pompeo), Carlo
Lepore (Achilla), Nicola Marchesini (Nireno), Roberto Abbondanza
(Curio)
- Opéra International - avril 2002 -
compte-rendu de la représentation du 1er
mars 2002
"Carlo Pontiggia propose un
XVIIIe siècle à l'orientalisme
coloré...l'aspect visuel est des plus agréables...Le
recours aux ballets constitue un habillage intelligent...une belle
production...mais une monotonie certaine et un indéniable
manque d'émotion...Le chant de la soprano Cinzia Forte...un
placement instable, une diction et des registres inégaux et
un legato bien malmené...Une déception musicale :
l'ornementation et les cadences sont fréquentes, mais se
limitent à la recherche de la note aigüe à
l'éclat illusoire...La direction incisive d'un Alan Curtis
au style parfaitement maîtrisé est suivie avec une
grande précision par l'Orchestre Philarmonique de
Monte-Carlo. Au total, une production respecteuse, un peu sage et
plus décorative qu'expressive"
- Diapason - avril 2002 - compte-rendu de
la représentation du 1er mars 2002
"une transparence et une
souplesse...qui soutiennent les voix sans jamais les freiner ou
les couvrir...La perfection des da capo ornés
épousant et amplifiant la prosodie ainsi que le choix d'une
distribution essentiellement latine inscrivant les
récitatifs au coeur de l'action...(mais) un spectacle qui
ne décolle jamais, les airs qui tournent dans le
vide...l'inanité scénique de Gloria Banditelli en
Cornelia...le Sextus déterminé mais trop
féminin de Lucy Schaufer, le Tolomeo mal chantant de Romeo
Cornelius...Flavio Oliver (a) une véritable présence
et un timbre splendide...La véritable
révélation du spectacle est la
Cléopâtre de Cinzia Forti, voix de velours, actrice
sensible..."
- Opéra International -
février 2002 - Alan Curtis - Haendel à Monte
Carlo
- Hanovre -
Niedersächsische Staatstheater - 23, 28
février, 6, 10, 14, 22 mars, 12, 18, 26 avril, 6, 9, 12,
18, 25 juin, 5 juillet 2002 - dir. Michael Hofstetter - mise en
scène Herbert Wernicke/Björn Jensen - décors,
costumes Herbert Wernicke - avec Annette Markert (Giulio Cesare),
Xiaoliang Li (Curio), Janina Baechle (Cornelia), Christiane Iven
(Sesto), Alla Kravchuk (Cleopatra), Kai Wessel (Tolomeo), Frank
Schneiders (Achilla), Marianne Beate Kielland (Nireno)
- Munich - Staatsoper
- 27, 30 janvier, 3, 7, 11 février, 25, 29
juillet 2002 - dir. Ivor Bolton - mise en scène Richard
Jones - décors, costumes Nigel Lowery - chorégraphie
Amir Hosseinpour - lumières Mimi Jordan Sherin - avec Ann
Murray (Giulio Cesare), Jan Zinkler (Curio), Patricia Bardon
(Cornelia), Katarina Karnéus (Sesto), Susan Gritton
(Cleopatra), Christopher Robson (Tolomeo), Marcello Lippi
(Achilla), Axel Köhler (Nireno)
- Amsterdam - De
Nederlandese Opera - Stadsschouburg - 15, 16, 18, 19,
22, 24, 25, 27, 28, 30 novembre, 1er, 3, 4, 6, 7
décembre 2001 - Les Musiciens du Louvre - dir. Marc
Minkowski - mise en scène Ursel et Karl-Ernst Herrmann -
décors et costumes Karl-Ernst Herrmann - lumières
Karl-Ernst Herrmann - dramaturgie Klaus Bertisch - avec Christine
Schäfer/Danielle de Niese (Cléopâtre), David
Daniels/Marijana Mijanovic/Nathalie Stutzmann (Cesare), Charlotte
Hellekant/Graciela Araya (Cornelia), Magdalena Kozena/Joyce
DiDonato (Sesto), Silvia Tro Santafé/Pascal Bertin
(Tolomeo), Della Jones (Nerina), Marcel Boone (Curio), Garry Magee
(Achilla)
"La fête est un peu
gâchée par le théâtre prétentieux
de Ursel et Karl-Ernst Herrmann. Dans un décor blanc, un
défilé de costumes chic et l'agitation de quelques
éléments toc tiennent lieu de dramaturgie...Si la
soirée est haute en couleurs, c'est à Minkowski
qu'on le doit...Les chanteurs sont à l'unisson...Projection
remarquable, David Daniels impose un César
conquérant...Christine Schäfer,
Cléopâtre, se heurte à un contre-emploi : son
petit soprano à l'agilité plus que douteuse ne
convainc que dans l'élégie mais capitule dans la
furie des coloratures. Tout l'inverse de Danielle de Niese...son
excellente technique lui permet de triompher haut la main...L'art
de Magdalena Kozena est aujourd'hui parvenu à un
degré d'accomplissement qui n'appelle aucun commentaire que
des superlatifs"
- Opéra International -
février 2002
"Les Herrmann ont
opté pour un mélange de réalisme et de
stylisation, juxtaposant armes et costumes tour à tour
anciens et modernes. Ils ont fait de l'esprit là où
ce n'était pas forcément nécessaire...Les
moments marquants ne manquent pas, on reconnaît ici et
là le génie inmitable du couple, et l'on admire
l'admirable préparation des chanteurs...David Daniels a
paru un peu juste pour le rôle-titre. Scéniquement
son Cesare impose une impressionnante dignité...Christine
Schäfer phrase joliment en Cleopatra, ses vocalises sont en
place...Le timbre de Charlotte Hellekant, scéniquement
saisissante en Cornelia, convient à la tonalité
douloureuse de ses airs, elle chante avec une intensité
poignante, face à Magdalena Kozena qui s'investit corps et
âme dans le personnage de Sesto. Les meilleures performances
vocales restent pourtant celles de Silvia Tro Santafé en
Tolomeo et de Garry Magee en Achilla...Le Giulio Cesare de Marc
Minkowski mêle feu, élégance,
variété des effets et sens théâtral
dans un cocktail fulgurant."
- Dublin - Gaiety Theater
- 17 au 25 novembre 2001 - dir. Gerhard Markson - mise
en scène Dieter Kaegi - décors Louis Desire - avec
Anna Burford (Cesare), Carr, McGilloway, Regina Nathan
(Cleopatra), Artur Stefanowicz (Tolomeo), Watson, Cécile
van de Sant (Cornelia), Baker
- Londres - St John's, Smith
Square - 16 et 17 novembre 2001 - The Early Opera
Company - dir. Christian Curmyn - Hilary Summers (Giulio Cesare),
Antonia Sotgiu (Cornelia), Louise Mott (Sesto), Geraldine McGreevy
(Cleopatra), William Purefoy (Tolomeo), João Fernandes
(Achilla), David Clegg (Nireno)
- Drottningholm Court
Theater - 21, 26, 28, 30 juin, 2, 4, 6, 7 juillet 2001
- Drottningholm Theater Orchestra - dir. Roy Goodman - mise en
scène David Radok - avec Lawrence Zazzo (Cesare), Laura
Claycomb (Cleopatra), Mikael Bellini (Tolomeo), Ann Hellenberg
(Cornelia), Malena Ernman (Sesto),Gabriel Suovanen (Achilla), Lars
Martinsson (Curio), Catharina Olsen (Nireno)
- New Opera - Festival de
Rome - 2001 - dir. Stefano Vignati - avec Janet Perry
(Cleopatra), Fulvio Massa (Cesare), Ilaria De Francesco
(Cornelia), Fabio Andreotti (Sesto Pompeo)
- Opéra de Los
Angeles - 23, 25, 27 février, 2, 4, 7, 10 mars
2001 - Los Angeles Opera Orchestra - dir. Harry Bicket - mise en
scène Francisco Negrin (reprise d'une production
créée à l'Opéra d'Australie, en 1994)
- avec David Daniels (Cesare), Elizabeth Futral (Cleopatra), Bejun
Mehta (Tolomeo), Susanna Guzman (Cornelia), David Walker (Nireno),
Paula Rasmussen (Sesto), Pablo Porras (Curio).
- New York - Metropolitan
Opera - 28 avril, 3, 6 mai 2000 - dir. John Nelson -
mise en scène J. Copley - avec Hei-Kyung Hong / Sandra Moon
(Cleopatra), Jennifer Larmore (Giulio Cesare), Stephanie Blythe
(Cornelia), David Daniels (Sesto), Brian Asawa (Tolomeo), Julien
Robbins (Achilla)
- Opéra de Washington
- 12, 15, 18, 20, 28 février, 2, 4, 9 mars 2000
- dir. Crutchfield - mise en scène J. Copley - avec Hong,
Vivica Genaux, Keen, Krull, Oliver, Hays
- Berlin - Komische Oper
- 19 septembre, 2, 24 octobre, 14, 25 novembre, 19
décembre 1999 - avec Jochen Kowalski (Cesare)
- Oviedo - Teatro Campoamor
- septembre 1999 - Orquesta Sinfónica Ciudad de
Oviedo - dir. David Parry - mise en scène Emilio Sagi -
avec Ewa Podles (Giulio Cesare), Sarah Walker (Cornelia), Diana
Montague (Sexto), Gwendolyn Bradley (Cleopatra), David Thomas
(Achilla), Michael Chance (Ptolomeo), Marina Pardo, Carlos Bru
- New York - Metropolitan
Opera - 10, 14, 17, 21, 24 avril 1999 - Orchestre du
Met - dir. John Nelson - avec Sylvia McNair (Cleopatra), Jennifer
Larmore (Giulio Cesare), Stephanie Blythe (Cornelia), David
Daniels (Sesto), Brian Asawa (Tolomeo)
- Opéra-Comédie de Montpellier
- 26, 28, 30 mars, 1er avril 1999 - Théâtre des Champs
Elysées - version de
concert - 6 avril 1999 - Coproduction des Opéras de
Montpellier / Scottish Opera - Glasgow / Theater im Pfalzbau -
Ludwigshaffen - dir. Christophe Rousset - mise en scène
Willy Decker - décors et costumes John MacFarlane - avec
Sara Mingardo (Cesare), Laura Polverelli (Cornelia), Laura
Claycomb (Cleopatra), Brigitte Balleys (Sesto), Hilary Summers
(Tolomeo), Roberto Scaltriti (Achilla), Robert Expert (Nireno),
Laurent Slaars (Curio)
- Opéra International - mai 1999
"Au risque de prendre le
contre-pied des éloges réservés par une partie
de la presse, radiophonique notamment, à cette production
montpelliéraine, et de déconcerter quelque peu le
public qui a manifesté son enthousiasme par moult
trépignements, lors de la représentation du 30 mars
à laquelle nous avons assisté, il nous paraît de
notre devoir de dénoncer avec force le saccage commis par
Willy Decker et Christophe Rousset à l'encontre du
chef-doeuvre de Haendel. S'il semble que les coupures et
réarrangements sauvages opérés dans ce Giulio
Cesare soient principalement le fait du metteur en scène,
force est de constater que le directeur musical n'a rien entrepris
pour s'y opposer et les a cautionnés de facto. Si le dossier
remis à la presse - le programme destiné au public
étant quant à lui silencieux à ce sujet... -
détaille les neuf (!) airs supprimés, il ne dit mot de
l'élimination pure et simple du choeur final ("Ritorni ormai")
et des importants changements opérés dans l'ordre des
numéros des troisième et quatrième actes sans
justification réelle. Les motivations avancées sont des
plus fallacieuses : le public actuel ne saurait supporter un ouvrage
atteignant les quatre heures, inutilité dramatique de certains
airs... Si ce Giulio Cesare atteignait une durée proche des
trois heures trente, en dépit de tous ces chambardements, cela
était dû principalement à la lenteur
exaspérante des tempi choisis par Christophe Rousset pour les
récitatifs et les accompagnati. Par ailleurs, et probablement
dans un souci de concision, on a jugé bon de rajouter air "Qui
perde un momento", composé par Haendel pour la reprise
londonienne de l'ouvrage, en 1725. Il fallait sans doute donner
quelque chose à chanter à Nireno, qui, autrement,
n'intervenait que dans les récitatifs, mais compte tenu de la
piètre prestation de Robert Expert, il eût
été plus judicieux de s'abstenir.
Le décor de cette
production venue de Glasgow était plutôt réussi,
et certains partis pris de la mise en scène - qui soulignait
efficacement la superposition de l'intrigue amoureuse et du complot
politique - auraient pu conduire à un résultat bien
meilleur, si l'on n'avait pas cherché à tout prix
à plier l'oeuvre à des vues sans rapport avec la
musique de Haendel et le livret de Haym. Pourquoi cette reprise
absurde de l'ouverture en remplacement du finale du quatrième
acte, censée symboliser "le cycle toujours recommencé
de la conquête du pouvoir"?...Au plan strictement musical, ce
Giulio Cesare était également loin d'être
irréprochable. Les opéras de Haendel sont avant tout
destinés à faire briller de grandes voix, dans des airs
de virtuosité où s'accu-mulent les difficultés
techniques. Et lorsque ces grandes voix ne sont pas au rendez-vous,
l'on reste sur sa faim. Du plateau vocal réuni à
Montpellier, seules se détachaient l'excellente Cornelia de
Laura Polverelli, dont le timbre sombre et les graves puissants
donnaient une réelle consistance au personnage, et la
Cleopatra de Laura Claycomb, à la voix homogène et
d'une grande agilité dans les vocalises. Par contre, le
Tolomeo d'Hilary Summers, filet de voix à peine audible et
timbre très blanc, pauvre en harmoniques, conduisait à
un résultat plus proche du parlando ou du marqué que du
chant réel. Sara Mingardo a campé un Giulio Cesare en
demi-teinte : assez joli timbre, agilité certaine dans les
coloratures, mais absence de graves et dérapages dans la
justesse. A sa décharge, il faut reconnaître que
l'extrême lenteur de certains tempi ne lui a pas
facilité le travail, tout comme au Sesto de Brigitte Balleys
à qui manquait par ailleurs l'ampleur vocale
nécessaire. Enfin, Roberto Scaltriti (Achilla) était
contraint de "couvrir" pour dissimuler la faiblesse de ses basses, se
montrant toutefois plus à l'aise dans l'aigu et habile dans la
vocalisation."
- ConcertoNet - 6 avril 1999
"Reconnaître en
Christophe Rousset un musicien attachant et plein de promesses est
devenu un tel leitmotiv parmi les critiques qu'une voix discordante
devra bien un de ces jours secouer la béatitude ambiante :
qu'il grandisse, notre petit poucet du baroque ! La France a beau
compter, en la personne de messieurs Minkowski et Christie, deux
artistes d'égal prestige et aux personnalités
idéalement contrastées, il n'en resterait pas moins
place pour d'autres propositions du même niveau. Les
réussites de Christophe Rousset dans certaines pièces
mineures du répertoire classique (le Mitridate de Mozart,
royalement servi au disque par Natalie Dessay et Cecilia Bartoli)
n'excusent pas qu'il nous laisse régulièrement sur
notre faim dans les grands chefs d'œuvre baroques. Soyez gentils,
faites-nous La Finta Giardiniera, et laissez les grands jouer entre
eux, serait-on tenté de conseiller à la sympathique
équipe ici rassemblée.
Ce Jules César
pâtit il est vrai de la réécriture aberrante
commise par Willy Decker pour la production scénique
donnée quelques jours auparavant à Montpellier :
suppressions, voire permutations des airs ("Da tempesta" arrive avant
"Piangero"), coupes sombres dans les parties centrales et les
reprises, sans que le drame y gagne en tension ou en pertinence.
Rousset entretient d'évidence avec ses musiciens et ses
chanteurs une complicité qui confère à
l'ensemble bouillonnement rythmique et excitation dynamique. Mais que
la technique est pauvre, la mise en place rudimentaire (encore des
décalages, après une série de
représentations et une tournée), la justesse
approximative (une harmonie particulièrement redoutable) ! Le
chef pétrit de ses gestes étroits et saccadés
une pâte claire mais grumeleuse, trace des lignes sautillantes
et précieuses (l'ornementation des reprises, surabondante,
tend bizarrement à la consonance harmonique du baroque plus
tardif), nous faisant prendre conscience de ce que Jacobs,
malgré ses raideurs et son systématisme, recelait en
véritable puissance dramatique.
Les chanteurs
bénéficient de l'investissement dramatique acquis sur
scène, quoique la vedette de la soirée, Sandrine Piau,
ait assuré le concert virtuellement sans
répétitions (c'est Laura Claycomb qui chantait
Cléopâtre à Montpellier). Simplement charmante
dans les premiers airs (attaques et fins de phrases ne sont pas assez
pleinement timbrées pour susciter l'extase), elle surprend
dans les instants les plus dramatiques par l'urgence de son
engagement, la variété des couleurs, l'alliance entre
une ligne parfaitement contrôlée et une diction
frémissante : "Se Pieta" et "Piangero" sont le seuls grands
moments de la soirée, avec la petite appoggiature par laquelle
elle attaque la reprise du duo. Vite, Almirena, Ginevra, Semele, et
quel dommage pour les coupures !
Si tous les autres sont
clairement surdistribués, on aime la pure beauté vocale
de Sara Mingardo (quel naturel dans l'émission, même si
la tessiture est un peu basse et le volume un peu faible, et surtout
les longues phrases de César trop exigentes en souffle, en
écarts, en intonation) comme les couleurs corsées de
Laura Polverelli (trop de vibrato et de sons engorgés,
cependant, pour faire une grande Cornelia). Les choses se
gâtent avec le Tolomeo d'Hillary Summers, dont les appuis
poitrinés dans le grave ne suffisent pas à masquer
l'incertitude de tout ce qui se passe au dessus, et virent au
cauchemar avec le Sesto de Brigitte Balleys, hoquetant et
vociférant entre les registres, et l'Achilla de Roberto
Scaltriti, hurlant ses aigus à côté de la note. A
oublier, et vite."
- Opéra de Bordeaux -
Grand Théâtre - 15, 17, 19, 21, 23, 27
février 1999 - dir. Glover - mise en scène S.
Langridge - avec Nathalie Stutzmann (Cesare), Mireille Delunsch,
Kathleen Kuhlmann, Cals, Brian Asawa, Benabdeslam, White
- Bâle -
Stadttheater - 21, 23, 26, 29 décembre 1998, 3,
6, 8, 16, 25 janvier 1999 - dir. Michael Hoffstetter - mise en
scène, décors et costumes Herbert Wernicke - avec
Graciela Oddone (Cesare), Sonia Theodoridou (Cleopatra), Kai
Wessel (Tolomeo), Leandra Overmann (Cornelia), Annette Markert
(Sesto), Lynton Black (Achilla), Martin Snell (Curio)
"Coproduite avec les
Opéras de Barcelone et Washington, cette nouvelle production
se présente comme une lecture à plusieurs niveaux de
l'intrigue, somme toute assez linéaire, de Haym. Dans le
programme, les illustrations mêlent les photos de ruines
antiques, les dessins baroques de paysages archaïsants et les
belles pages d'Astérix et Cléopâtre de Goscinny
et Uderzo. On retrouve ce mélange détonant sur le
plateau, que Herbert Wernicke a voulu dépouillé
à l'extrême : tout se joue sur une vaste pierre de
Rosette, surplombée d'un miroir qui en reprend les formes
arrondies pour permettre de curieux dédoublements de l'action
scénique. Les costumes mêlent les époques et les
genres (du touriste en casque colonial et short kaki au
général romain revu et corrigé par le goût
baroque), alors que l'irruption fréquente et inopinée
d'un crocodile plus vrai que nature rappelle le caractère
indomptable de la nature profonde de l'Afrique. Wernicke choisit de
jouer la quasi-intégralité de la partition pour mettre
en place un lent ballet dont la chorégraphie savante permet de
multiples allusions aux diverses sensibilités des artistes,
tant passés que contemporains, qui ont utilisé cette
page d'histoire pour traduire les soubresauts de leur époque
en un langage codifié à l'extrême. De la
littérature propagandiste d'un César lui-même,
suivi de ses thuriféraires, jusqu'à la vision grandiose
made in Hollywood, tous ces registres permettent au metteur en
scène d'éclairer de façon sans cesse
renouvelée une succession de moments dramaturgiques riches,
aujourd'hui encore, d'une désarmante
modernité.
Michael Hofstetter empoigne la
partition à bras-le-corps et exige parfois de ses
instrumentistes de tenir des tempi qu'ils ont de la peine à
respecter sans malmener les oreilles des auditeurs. Pourtant, le pari
est tenu avec aplomb : rarement ces quatre heures de musique auront
paru aussi variées de ton, aussi riches de rebondissements
sonores et de climats fortement contrastés. Pour atteindre
à la réussite parfaite, cette production eût
dû pouvoir compter sur la présence de quelques grands
vocalistes. Malheureusement, malgré d'évidents
mérites, aucun des chanteurs présents ce soir-là
ne savait véritablement orner son chant, tant la
maîtrise technique de ces rôles démesurés
restait précaire. On se souviendra pourtant du beau timbre, un
brin désordonné, de Leandra Overmann (Cornelia), du
mezzo pulpeux mais pauvre en graves de Graciela Araya (Oesare) et de
la verve de Sonia Theodoridou (Cleopatra), dont le registre expressif
reste toutefois limité. Rai Wessel est un Tolomeo plutôt
sage, dont le timbre ingrat ferait grincer les dents aux amateurs de
beau chant, tandis qu'Annette Markert (Sesto) aurait tout pour
devenir une brillante interprète baroque si elle disposait
seulement d'une voix plus puissante. Pourtant, entraînée
par la fougue du chef et dirigée de main de maître par
un metteur en scène jamais à court d'idées la
distribution a finalement fait illusion, remportant un triomphe
indiscutable autant que mérité, auprès du public
de la première."
- Berlin - Komische Oper
- 2, 8 novembre 1998
- Essen - 29
août, 6, 13, 18, 30 septembre 1998
- Rome - Teatro
dell'Opera - 26, 28, 31 mai, 2,
4, 6 juin 1998 - dir. John Nelson - mise en scène Alberto
Fassini - avec John Maldonado (Giulio Cesare), Cecilia Gasdia
(Cleopatra), Kathleen Kuhlmann (Cornelia), Debora Beronesi
(Sesto), Daniel Taylor (Tolomeo), Daniel Lichti (Achilla),
Giovanni Furlanetto (Curio).
"Reprise d'un spectacle
massacré en 1985 (avec Montserrat Caballé et Margarita
Zimmermann, sous la direction de Gabriele Ferro). Le rôle de
Tolomeo est confié au contraltiste Daniel Taylor, dont la voix
se projette avec un bel impact. John Maldonaldo, dépourvu de
toute présence scénique, avec une voix privée de
projection, de vituosité et d'aigu, remplace Bernadette Manca
di Nissa dans le rôle-titre. Cecilia Gasdia, en Cleopatra,
rappelle la Caballé des mauvais jours...mais possède de
tout autres dons d'acteurs et de musicienne"..."Le spectacle
d'Alberto Fassini n'a rien perdu de son pouvoir d'évocation".
(Opéra International - août 1998)
- Londres - Symphony Hall
- mai 1998 - Handel & Haydn Society Orchestra and
Chorus - dir; Christopher Hogwood - avec Graham Pushee,
contre-ténor (Cesare), Stephanie Blythe, mezzo (Cornelia),
Marguerite Krull, mezzo (Sesto), Sylvia McNair, soprano
(Cleopatra), Drew Minter, contre-ténor (Tolomeo), Daniel
Lichti, baryton (Achilla), Carl Strygg, contre-ténor
(Nireno)
- Cité de la Musique
- 24 février 1998 - Valencia - Palau de la Musica -
février 1998 - version de concert - Concerto Köln -
dir. René Jacobs - avec Jennifer Larmore (Cesare), Maria
Bayo (Cleopatra), Bernarda Fink (Cornelia), Iris Vermillion
(Sesto), Graham Pushee (Tolomeo), Olivier Lallouette (Curio)
"Pas de baisse de
régime pour Jacobs, chez lequel on serait bien en peine
cependant de déceler une intention nouvelle au bout de
bientôt dix années de gloire avec ce qui restera comme
son grand tube haendélien (le sommet ayant été
atteint, nous semble-t-il, en 1994 à Poissy). On se penche
avec délice sur les reflets de son merveilleux orchestre, on
frémit de bonheur devant tant d'excitation rythmique, et l'on
déplore simplement de le sentir prisonnier d'un système
qui ne laisse aucune place à l'inspiration de l'instant -
à preuve ce crescendo-accelerando impressionnant, mais
parfaitement répétitif qui ponctue chaque air de
virtuosité. Contrairement à Minkowski, Jacobs ne sait
pas écouter ses chanteurs. Bernarda Fink, Cornélie
toujours sublime, aurait besoin d'un autre partenaire pour mettre en
valeur ses extraordinaires nuances piano. Il sait en revanche les
styler, les discipliner, et ce que fait Jennifer Larmore dans une
tessiture trop grave pour elle et avec les défauts
d'émission et de projection que l'on sait (des
sonorités de plus en plus dans les joues), force l'admiration
: virtuosité conquise de haute lutte mais bien réelle,
exactitude musicale, souplesse de la phrase et présence
dramatique constante ; l'un des grands rôles de sa
carrière. Maria Bayo, avec cette émission raide, ce
timbre métallique qui peuvent irriter - mais quelle projection
!-, oublie ses errements stylistiques de Garnier où Bolton la
laissait faire n'importe quoi et s'applique à chanter Haendel
avec un mélange assez curieux de panache et de retenue. Quoi
qu'il en soit, les bonnes Cléopâtre ne courent pas les
rues, et ce n'est pas Barbara Schlick au disque qui nous
démentira. Il n'était pas difficile en revanche de
trouver contre-ténor moins miaulant que Graham Pushee, ni
meilleur Sesto qu'Iris Vermillion, artiste intègre
complètement dépassée par les exigences du
rôle. Des coupures un peu trop larges ternissent
également ce concert d'un niveau global néanmoins
élevé compte tenu des standards courants."
(ConcertoNet)
- London - Shaftesbury
Theatre - 19, 21, 24, 26, 28 février 1998 - dir.
Ivor Bolton - mise en scène Lindsay Posner - avec Ann
Murray (Cesare), Amanda Roocroft (Cleopatra), Judith Howard,
Daniel Taylor, Brian Asawa (Tolomeo), Jonathan Peter Kenny
(Nireno), Davies, Earle
- Francfort -
Jahrhunderthalle - février 1998 - version de
concert - dir. René Jacobs - avec Jennifer Larmore (Giulio
Cesare), María Bayo (Cleopatra), Bernarda Fink (Cornelia),
Iris Vermillion (Sesto), Graham Pushee (Tolomeo), Olivier
Lallouette (Achilla), Matthieu Lécroart (Curio), Martin Oro
(Nireno)
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 1er, 5, 9, 13 février,
10, 15 juillet 1998 - dir. Ivor Bolton - mise en scène
Jones - avec Coburn, Ann Murray, Kathleen Kuhlmann,(Sesto),
Trudeliese Schmidt (Cornelia), Christopher Robson, Zinkler,
Marcello Lippi, Fotiadis
- Londres - Barbican
Theatre - 13, 15, 17, 20, 23, 25, 29 septembre, 10
octobre 1997 - London - Shaftesbury
Theatre - 19, 21, 24, 26, 28 février 1998 -
Royal Chamber Orchestra - dir. Ivor Bolton - mise en scène
Lindsay Posner - avec Ann Murray (Cesare), Amanda Roocroft
(Cleopatra), Catherine Wyn-Rogers (Cornelia), David Daniels
(Sesto), Brian Asawa (Tolomeo), Gerald Finley (Achilla), Jonathan
Peter Kenny (Nireno)
"Les décors et les
costumes sont réduits à l'essentiel, presque
austères"..."Engagée corps et âme dans le
rôle, Ann Murray en traduit avec conviction toutes les
facettes"..."Débutant en Cleopatra, Amanda Roocroft est un
heureux choix de distribution"..."Le reste du plateau ne
démérite pas, à commencer par le Tolomeo de
Brian Asawa, timbre superbe et diction percutante"..."David Daniels
campe un Sesto proche de l'idéal"..."Jonathan Peter Kenny, lui
aussi contre-ténor, fait excellente impression dans le petit
rôle de Nireno"..."Ivor Bolton trouve la pulsation et la
clarté dans le phrasé nécessaires pour faire
vivre plus de trois heures de musique." (Opéra International -
novembre 1997)
- Munich - Münchner
Opern-Festpiele - 13, 16 juillet 1997 - dir. Ivor
Bolton - mise en scène Jones - avec Coburn, Ann Murray,
Kathleen Kuhlmann, Trudeliese Schmidt, Christopher Robson,
Marcello Lippi, Axel Köhler
- Palais Garnier
- 1er, 3, 6, 9, 12, 15, 18, 21 avril 1997 -
dir. Ivor Bolton - mise en scène Nicholas Hytner - avec
Susanne Mentzer (Cesare), Maria Bayo (Cleopatra), Kathleen
Kuhlmann (Cornelia), Lorraine Hunt (Sesto), Brian Asawa (Tolomeo),
Vassili Gerello (Achilla), Dominique Visse (Nireno), Stephen
Salters (Curio)
- Le Monde de la Musique - mai 1997
"Quand Nicholas Hytner a mis
en scène Jules César en 1987 au Palais Garnier, Peter
Sellars n'avait pas encore conquis l'Europe, et l'on s'était
réjoui de ce spectacle irrévérencieux où
l'on voyait Ptolémée nourrir des crocodiles en
plastique et Cléopâtre compter les dollars devant un
canal de Suez sillonné par des pétroliers. Dix ans plus
tard, Paris en a vu d'autres (Sellars, justement), et cette
gadgétisation du long chef-d'oeuvre de Haendel fait moins
rire, d'autant que plusieurs airs coupés en 1987 ont
été rétablis et que le léger
délire qui animait les chanteurs de l'époque et donnait
son charme à l'ensemble s'est évaporé avec le
temps. Le chef Ivor Bolton n'y est certainement pas pour rien, et
l'on regrette, à entendre son Haendel sans
aspérités, les emportements brouillons mais
généreux de Jean-Claude Malgoire. Le plateau vocal est
sans faille mais quel dommage que la sage Susanne Mentzer
(César) n'ait pas le punch de l'irrésistible Maria Bayo
(Cléopâtre) et que l'impeccable contre-ténor
Brian Asawa (Ptolémée) soit à ce point
dépourvu de la fantaisie dont regorge Dominique Visse seul
rescapé de la première distribution !"
- Opéra International - mai 1997
"Lors de sa création,
il y a dix ans, sous la direction de Jean-Claude Malgoire, cette
production fit sentation"..."Cette production, reprise par Patrick
Cappoën, échoue sur trois plans aussi distincts
qu'essentiels. Tout d'abord l'accumulation envahissante de trop de
second degré tient le spectateur tellement à distance
de l'oeuvre qu'il en oublie la tragédie et le
tyhéâtre de sang et de mort et de sexe qui se joue sous
nos yeux"..."La direction d'acteurs est absolument
inexistante"..."S'en tirent ceux qui savent camper de spersonnages
typés...En cet exercice, Dominique Visse surpasse tous ses
collègues. S'y abîme en revanche Susanne Mentzer, parce
que disribuée dans un emploi qui ne lui convient pas...Son
impuissante errrance sur la scène est
pathétique"..."Malgré ses hautes qualités
vocales, scéniques et expressives, Lorraine Hunt se
débat dans un emploi de contralto"...Quant à Maria
Bayo...pour ce rôle, son timbre est trop léger. Brian
Asawa est le seul à proposer une émission vocale
limpide et proportionnée au rôle"..."Incapable de tenir
un tempo dans une aria, et tout simplement de soutenir les chanteurs,
Ivor Bolton a accompli de bien faibles débuts à
Paris."
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 1er, 4 et 9 février 1997
- dir. Ivor Bolton - mise en scène Jones
- Douai - L'Hippodrome
- 2 décembre 1995 - Atelier Lyrique de Tourcoing - 3
décembre - dir. Jean-Claude Malgoire - avec James Bowman,
Lynne Dawson
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 8, 12, 15, 20, 23, 29 avril 1995 - dir. N.
Davies - avec Coburn, Ann Murray, Kathleen Kuhlmann, Trudeliese
Schmidt, Zinkler, Axel Köhler, Marcello Lippi
- Berlin - Komische Oper
- 1er et 27 mars 1995 - 31 octobre 1995
- Edmonton Opera
- Minnesota Opera -
1994 - mise en scène
Chas Rader-Shiebe
- Brest - Le Quartz
- 19 décembre 1994 - dir. Jean-Claude Malgoire -
avec James Bowman, Lynne Dawson
- Théâtre de
Poissy - 3 décembre 1994 - Opéra de Clermont-Ferrand - 7
décembre 1994 - Concerto Köln - dir. René
Jacobs - avec Jennifer Larmore, Maria Bayo, Bernarda Fink,
Lorraine Hunt, Derek Lee Ragin, Furio Zanasi, Dominique Visse
"René Jacobs est de
loin le plus grand chef, et connaisseur, en matière de musique
vocale baroque. Son exécution de Jules César en est la
preuve. La luminosité de la partition de l-laendel
éclabousse l'auditeur, particulièrcment dans la
remarquable et transparente acoustique de cette salle à la
couleur idéalement blonde. Jacobs et le Concerto Kölnnous
ont gâtés. Ils en ont été largement
remerciés par de véritables acclamations. Le triomphe
associait aussi la formidable distribution, Jennifer Larmore et Maria
Bayo en tête. Finies les voix de misère, style portes
qui grincent, qui ont si longternps encombré ce
répertoire. De Larmore (Jules César), on ne sait
qu'admirer le plus, du timbre somptueux, de l'aisance exceptionnelle
de la colorature, du style au goût parfait ou du talent
dramatique qui font d'elle la mezzo-soprano la plus recherchée
du moment. Quant à Bayo (Cléopâtre), sa fraicheur
et sa spontanéité désarmante font d'elle une des
jeunes personnalité les plus attachantes de la scène
lyrique. Lorraine Hunt confirmait, elle aussi, un talent remarquable.
Bernarda Fink, Derek Lee Ragin et l'irrésistible Dominique
Visse complétaient idéalement cette distribution
mémorable. (Le Monde de la Musique - janvier 1995 -
Théâtre de Poissy)
"Malgré un
public enthousiaste et l'ardeur des édiles municipaux à
présenter leur saison baroque et cette soirée comme
exceptionnelles, comment ne pas avouer notre déception devant
ce Giulio Cesare? Pour robuste et virtuose qu'il soit, l'orchestre
Concerto Köln s'est montré passe-partout : des cordes
monochromes, des vents bien pâles et un continuo bien peu
moteur malgré son opulence. En sa fonction de chef
d'orchestre, René Jacobs ne s'est révélé
ni détenteur d'une idée générale de
l'oeuvre ni particulièrement efficace...Quant au plateau
vocal, il est apparu fort disparate. Jennifer Larmore (Giulio
Cesare), de haute stature, allie une admirable ligne de chant
à une virtuosité sans faille, même dans les
registres les plus défavorables de ce rôle
assurément trop grave pour elle. La très
émouvante Bernarda Fink (Cornetia) offre une conduite voca-e
sans faille dans une tessiture vaste et toujours bien sonnante. Ces
deux cantatrices dominaient le reste de ta distribution, plus
discutable. Trop légère et maniérée pour
ce rôle profondément sensuel et royal, Maria Bayo
(Cleopatra) semblait uniquement préoccupée
d'enjôler par son efficace virtuosité. Comme toujours,
le joli timbre de Derek Lee Ragin (Tolomeo) n'est audible que dans la
quinte aiguë de sa voix, alors qu'il s'agissait ici d'un
rôle fort grave et requérant une grande vaillance
vocale. Ne parvenant jamais à transcender une technique
toujours fort propre, Lorraine Hunt n'est émouvante que par
instants, dans certains récitatifs, mais jamais dans ses aria.
Enfin, la basse Furio Zanasi (Achilla) débite ses notes au
kilomètre. Signalons, dans deux rôles subalternes, la
basse Franck Leguérinel et le contreténor Dominique
Visse : ils auraient certainement mieux tenu tes rôles
respectas de Achilla et Tolomeo." (Poissy - 3 décembre 1994 -
Opéra International - janvier 1995)
- Opéra de Sydney
- juin 1994 - Australian Opera & Ballet Orchestra -
dir. Richard Hickox - mise en scène Francisco Negrin -
décors Anthony Baker - costumes Anthony Baker -
chorégraphie Gregory Nash - avec Graham Pushee (Cesare),
Yvonne Kenny (Cleopatra), Andrew Dalton (Tolomeo), Stephen Bennett
(Achilla), Rodney Gilchrist (Nireno), Rosemary Gunn (Cornelia),
Richard Alexander (Curio), Elisabeth Cambell (Sesto)
- Brême -
29 mai 1994 - dir. Ian Watson - mise en scène Thomas
Schulte-Michels - décors et costumes Wolt Munzer - avec
Bjorn Waag (Cesare), David Hibbard (Tolomeo), Bernd Grabowski,
Heinrich Brocherhoff, Rebecca Turner (Cleopatra), Veneta Radœva
(Cornelia), Christiane lven (Sesto)
"Il s'agit d'un de ces
spectacles à la mode qui, non sans avoir louché sur les
réalisations de ce même opéra récemment
signées à Schwetzingen et Berlin par Harry Kupfer,
à Munich par Richard Jones, s'efforcent de donner des oeuvres
baroques une vision conforme au style "clip" ou même "rocky
horror picture show". N'est pas Peter Sellars qui veut. Le manque de
connaissances stylistiques d'un genre et d'une époque ne se
laisse pas compenser par l'accumulation de gags vite
essoufflés. Le programme accompagnant la représentation
brêmoise raconte l'oeuvre en bandes dessinées. On
pressent le pire, qui ne se produit même pas. Le
bric-à-brac hybride du décor, auquel l'attirail nazi ne
fait naturellement pas défaut, n'a plus le pouvoir de
surprendre, étant entre-temps devenu le plus
éculé des poncifs. César en orateur
démagogue prononçant ses discours à la tribune
surpombée de l'aigle du Troisième Reich,
Cléopâtre en grande prêtresse sexiste ne cessant
de manier le fouet, ne sont pas en mesure de sortir des corsets qui
leur sont d'emblée imposés. La fantaisie du metteur en
scène ne tardant pas à tourner court, on assiste alors
paradoxalement à un spectacle plutôt statique, presque
à une version de concert de l'oeuvre dans un cadre pour le
moins étrange... Ian Watson dirige l'orchestre avec une belle
plasticité sonore et agogique. Les solistes, ayant
déjà à faire oublier le han-dicap de la langue
allemande, manifestent bien peu d'affinités avec le style
vocal baroque...le baryton danois Bjorn Waag, doté d'un timbre
viril, se distingue par la clarté de son articulation. Rebecca
Turner chante Cléopâtre avec un lyrisme par trop
romantique, mais possède une certaine souplesse dans
l'exécution des coloratures. La Cornelia de Veneta Radoeva
cultive un ton uniquement larmoyant. La basse David Hebbard se
montre, en Ptolémée, capable de majestueuse
autorité dans le parlando. Christiane Iven déploie en
Sextus plus de juvénile impétuosité que de sens
stylistique et de stabilité vocale." (Opéra
International - septembre 1994)
- Munich - Bayerische
Staatsoper - 21, 24, 27 et 30 mars, 2, 5 et 9 avril, 2
et 5 juin, 18 et 21 juillet 1994 - dir. Charles Mackerras - mise
en scène Jones - avec Ann Murray (Cesare), Christopher
Robson (Tolomeo), Kathleen Kuhlmann/Maria Petrasovska (Cornelia),
Trudeliese Schmidt (Sesto), Pamela Coburn (Cleopatra), Axel
Köhler (Nireno), Marcello Lippi
"On a voulu voir dans
cette étrange production de Giulio Cesare le premier
véritable exemple de l'esthétique scénique
dépoussiérée, promise par le nouvel intendant du
Staatsoper. Si c'est effectivement le cas, on peut redouter le pire
pour l'avenir ! Mieux vaut penser qu'en laissant carte blanche
à l'équipe Richard Jones - Nigel Lowery,
réputée à Londres pour son incurable
loufoquerie, Peter Jonas a simplement voulu s'assurer pour une fois
la garantie d'un spectacle "new look", qui ne ressemblerait en rien
à tout ce que l'on a pu voir au Staatsoper depuis vingt ans :
expérience radicale que l'on peut juger intéressante
mais que l'on espère ponctuelle. L'idée de transformer
Giulio Cesare en "happening comique" impertinent voire explosif n'est
de toute façon plus très originale. On sait que dans
cet opera seria, Haendel et son librettiste ont manié avec
dextérité le mélange des genres, faisant
très heureusement voisiner ironie grinçante et
intensité tragique. A Munich toutefois, le tempérament
facétieux des maîtres-d'oeuvre n'a abouti qu'à
une gigantesque farce, à mi-chemin entre le collage
créatif et le canular dispendieux. Cette esthétique du
collage se retrouve surtout dans le décor et les costumes de
Nigel Lowery. Sur la grande scène du Staatsoper maintenue
vide, simplement tapissée d'une toile de fond noire rappelant
un ciel étoilé, se succèdent de multiples
accessoires, parfois connotés historiquement (une statue de
César hissée sur une grande échelle double), le
plus souvent incongrus et encombrants (un tyrannosaure géant,
une énorme mouche de plusieurs mètres de long, des
requins en plastique, des têtes de bébé en carton
découpé...). Côté costumes, couleurs
acidulées et dégaines hilarantes sont de mise,
César détenant ici la palme de l'originalité
(crâne rasé, veste d'uniforme lie de vin, kilt en
camouflage dominante jaune canari sur collants tricotés rouge
vif !). Cléopâtre est plus sage dans ses robes de
velours sombre, même s'il n'est pas évident de
comprendre d'emblée pourquoi elle s'obstine à brandir
aussi fréquemment un chou-fleur et un fenouil. A de rares
moments, ces violents télescopages de couleurs et
d'idées, cette délirante juxtaposition d'objets de
toute nature, acquièrent, grâce à de superbes
éclairages, le charme poétique de certains tableaux
surréalistes. Significativement, ces instants
coïnçident avec les arie les plus statiques, ceux que le
metteur en scène a renoncé d'emblée à
animer. Mais sitôt qu'un semblant de mouvement apparaît
sur la partition, Richard Jones se sent autorisé à
sévir : la gesticulation hystérique de Sextus, les
constants mouvements ascensionnels de Cléopâtre
juchée sur un trapèze minuscule, et surtout l'inepte
chorégraphie de l'escorte de César (qui tient à
la fois du jerk, du rap et du n'importe quoi) parasitent le champ
visuel et sonore jusqu'à en faire oublier ta musique
même. On rit beaucoup au cours de ces trois heures de spectacle
habilement gérées, mais le rire reste ici strictement
au premier degré, devant des gags dont les plus intelligents
ne sont jamais que des emprunts non déguisés aux
dessins animés de Tex Avery.
Quel souvenir gardera-t-on de
cette soirée la suprême aisance d'Ann Murray dans
César, nullement gênée par le capharnaüm
ambiant? La vocalisation est superbe, même si le timbre
révèle çà et là quelques traces
d'usure. La Cléopâtre de Pamela Coburn fait valoir une
superbe voix de soprano lyrique, un rien perturbée cependant
par le remue-ménage farfelu qui l'environne. Trudeliese
Schmidt en revanche apparaît désormais bien
délabrée dans le rôle de Sextus.
Remplaçant in extremis Kathleen Kuhlmann souffrante, Maria
Petrasovska réussit la prouesse d'incarner une Cornelia
crédible dans une mise en scène assimilée
pourtant en quelques heures seulement. Très décevant,
le Ptolémée de Christopher Robson, voix ténue,
vocalisation approximative et terne, aurait pu être
avantageusement remplacé par Axel Köhler, l'autre
contre-ténor de la distribution, ici curieusement
sous-employé dans le petit rôle de
Nirenus.
Remplaçant Charles
Mackerras, excusé pour raisons de santé, le jeune chef
anglais Ivor Bolton se laisse trop distraire par le plateau. Sa
direction brouillonne et hachée n'accorde aucune attention
à l'homogénéité des timbres et à
la franchise des attaques." (Opéra International - juin
1994)
- Schwetzingen -
Rokokotheater - 30 avril 1993 - dir. Richard Hickox -
mise en scène Harry Kupfer - décors Hans Schavernoch
- costumes Eleonore Kleiber - avec Jochen Kowalski (Cesare),
Sabine Passow (Cleopatra), Cornelia Wulkopf, Axel Köhler
(Tolomeo), Andreas Conrad, Bernd Grabowski - en allemand

"Le Jules César de
Harry Kupfer est sans doute la production d'un opéra baroque
la plus étourdissante qu'on ait pu voir ces dernières
années. Non qu'on ait jamais vu ailleurs des
Cléopâtre en maillot de bain, ou des
Ptolémée circulant en vélo-taxi, mais ici la
pertinence et l'absence de gratuité du proposs font tomber
toute réticence...C'est à un véritable pillage
de toute une imagerie hollywoodienne que se sont livrés Hans
Schavernoch et Eleonore Kleiber avec une vivacité et un art de
la mise en boite absolument grisants...On imagine mal quel autre
contre-ténor que Jochen Kowalski pourrait rendre justice
à la drôlerie du personnage de César, sorte de
gentleman anglais...non plus que le remarquable Axel Köhler
pouvait assumer l'incroyable investissement physique requis pour le
rôle de Ptolémée...Du reste de la distribution
émerge Cornelia Wulkopf. Sabine Passow, pulpeuse
Cléopâtre et actrice accomplie n'a pas toute la
flexibilité vocale requise pour un tel rôle."
(Opéra International - juillet/août 1993)
- Halle - Festival
Haendel - 1992 - Orchestre et
choeur du Festival - dir. Alan Hacker - mise en scène
Roland Velte - décors Bernd Leistner
- Beaune - Rencontres
Internationales de Musique Baroque et Classique - 13
juillet 1991 - version de concert - Concerto Köln - dir.
René Jacobs - avec Nelly Miricioiu, Jennifer Larmore
(Cesare), Bernarda Fink (Cornelia), Ann Panagulias, Derek Lee
Ragin, Dominique Visse, Furio Zanasi, Olivier Lallouette
- Cologne - 1991
- Concerto Köln - dir. René Jacobs - avec Jennifer
Larmore (Cesare), Olivier Lallouette (Curio), Bernarda Fink
(Cornelia), Marianne Rørhölm (Sesto), Barbara Schlick
(Cleopatra), Derek Lee Ragin (Tolomeo), Furio Zanasi (Achilla),
Dominique Visse (Nireno)
- Nanterre -
Théâtre des Amandiers - 31 janvier 1990 -
dir. Craig Smith - mise en scène Peter Sellars - avec
Jeffrey Gall (Cesare), Sheila Nadler (Cornelia), Susan Larson
(Cleopatra), Lorraine Hunt (Sesto), James Maddalena (Achilla),
Drew Minter (Tolomeo), Cheryl Cobb (Nirena)
"Peter Sellars procède
à un véritable détournement d'oeuvre...Il fait
de Jules César un Président américain en
tournée au Proche Orient, de Cléopâtre une
nymphette, apprentie vamp, assoiffée de pouvoir, de
Ptolémée un sale gosse de quatorze ans mal
élevé, paresseux, exhibitionniste et
obsédé paar la chose, fait traverser le plateau par des
mercenaires sortis d'un album de Tintin...Ce Giulio Cesare n'est
décidément pas à prendre au premier
degré." (Opéra International - mars
1990)
- Houston - 20,
22, 25, 28 et 31 octobre, 4 novembre 1989 - dir. Nicholas McGegan
- mise en scène Hytner - avec Graham Pushee, Valerie
Masterson, Ciesinski, James, Dominique Visse, Robson
- Festival de Martina Franca
- Palazzo Ducale - 22 et 24 juillet 1989 - Orchestre
Pro Arte Bassano - dir. Marcello Panni - mise en scène
Egisto Marcucci - décors et costumes Maurizio Balo - avec
Martine Dupuy (Giulio Cesare), Raquel Pierotti (Cornelia),
Patrizia Orciani (Cleopatra), Susanna Anselmi (Tolomeo), Josella
Ligi (Sesto), Pietro Spagnoli (Achilla), Giuseppe De Matteis, Sara
Mingardo
"Marcucci et Balo dessinent,
dans la belle cour du Palais ducal, une sorte de corniche baroque,
ménageant plusieurs niveaux pour le déroulement de
l'action.Le jeu des éclairages, la perfection et la
sobriété de la direction d'acteurs, transforment un
spectacle de près de quatre heures en véritable
enchantement...Le fascinant Giulio Cesare de Martine Dupuy...La
solidité et l'aplomb de son timbre, le raffinement de sa
technique lui permettent d'exprimer une gamme infinie de
sentiments...La jolie voix de Patrizia Orciani ne s'épanouit
pas avec le même bonheur dans Cleopatra...Le reste du plateau
frise la perfection...On attend la sortie de l'enregistrement sur le
vif réalisé par Nuova Era." (Opéra International
- octobre 1989)
- Festival de Vaison la
Romaine - 21 et 23 juillet 1989 - solistes, choeur et
orchestre de l'Opéra National de Cracovie - dir. Ewa
Michnik
- Düsseldorf
- 11 février 1989 - dir. Michael Luig - mise en
scène Hansgünther Heyme - décors, costumes W.
Münzer - avec Jochen Kowalski (Cesare), C. Berger (Cornelia),
Graciela Araya (Sesto), B. Niehoff (Cleopatra), H. Peeters
(Tolomeo), E. Lee Davis (Achilla)
- New York -
Metropolitan Opera - 26, 29 septembre, 3, 8, 11, 15, 18, 22, 27,
31 octobre 1988, 17, 21, 24 janvier 1989 - dir. Trevor Pinnock -
mise en scène John Copley - avec Kathleen Battle
(Cleopatra), Tatiana Troyanos (Cesare), Martine Dupuy (Sesto),
Susan Walker (Cornelia), Jeffrey Gall Tolomeo), Robbins/Cook -
production de l'English National Opera
- Paris - Opéra
- 25, 27, 29 septembre 1988, 1, 3, 5, 10, 15 octobre
1988 - dir. Jean-Claude Malgoire - mise en scène Nicholas
Hytner - avec Graham Pushee (Cesare), Felicity Lott (Cleopatra),
Jochen Kowalski/Michael Chance (Tolomeo), Susan Quittmeyer
(Sesto), Guillemette Laurens, Dominique Visse, Philippe Duminy
"La conception,
confinant au grotesque de Nicholas Hytner et de David Fielding...ici,
on navigue du côté de Tintin et les cigares du
Pharaon...le parti-pris du rire, du gag, des anachronismes, du second
segré...L'absence du metteur en scène s'est traduite
par l'abandon d'une certaine rigueur au profit d'un laisser-aller
certain frisant trop souvent la vulgarité...En César,
Graham Pushee offre un style sûr et de qualité, Jochen
Kowalski est un Ptolémée tout juste correct,
Félicity Lott, Cléopâtre sensuelle et
passionnée devient touchante au troisième acte. Reste
le rôle de Sesto tenu par Susan Quittmeyer avec une
énergie mâle et une superbe prestance."
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 1er mai
1988 - dir. Craig Smith - mise en scène Peter Sellars -
décors Elaine Spatz-Rabinovitz - costumes Dunya Ramicova -
avec Jeffrey Gall (Cesare), Sheila Nadler (Cornelia), Susan Larson
(Cleopatra), Lorraine Hunt (Sesto), James Maddalena (Achilla),
Drew Minter (Tolomeo), Cheryl Cobb (Nirena)
"Une adaptation de la mise en
scène que Sellars avait conçue en 1987 pour
l'Opéra de Boston, elle-même d'après une
réalisation en 1985, au Purchase Festival de New
York...L'opéra est présenté dans une version
exhaustive...et acquiert ainsi des dimensions d'épopée
contemporaine...Pour Sellars, les Romains sont américains, et
César est leur président, intervenant directement dans
un conflit entre factions ennemies d'un pays du Moyen Orient que
dirigent Cléopâtre d'une part et Ptolémée
d'autre part, ce dernier tenant en otage l'épouse et le fils
de Pompée, général américain qu'il a fait
assassiner...Les deux premiers actes se déroulent au bord
d'une piscine d'un palace cairote...au troisième acte, nous
sommes au bord d'un golfe où croisent pétroliers et
corvettes...Jeffrey Gall fait preuve d'insolence vocale...Drew Minter
possède une voix de haute-contre plus
éthérée...Susan Larson se joue des
difficultés techniques de son rôle...Sheila Nader
confère à Cornelia des accents douloureux..."
(Opéra International - juin 1988)
- Opéra de Paris -
Palais Garnier - 20 juin 1987 - 1988 - dir. Jean-Claude
Malgoire - mise en scène Nicholas Hytner - décors et
costumes David Fielding - avec Graham Pushee (Cesare), Michel
Philippe, Hanna Schwarz (Cornelia), Susan Quittmeyer (Sesto),
Valerie Masterson (Cleopatra), Jochen Kowalski (Tolomeo), Philippe
Duminy (Achilla), Dominique Visse
"Le metteur en scène a
opté pour une profusion visuelle, une manière de
remplir le vide scénique que suppose l'opera
seria...Aidé par le décorateur et
l'éclairagiste, le jeune britannique Nicholas Hytner a
navigué entre le miniaturispme et le gigantisme...Le
spectateur va ainsi de surprise en surprise, l'opera seria se double
d'un jeu visuel dans l'espace, établi sur un constant
décalage humoristique...La merveilleuse soprano Valerie
Masterson nous a dispensé une leçon de style, d'une
aisance vocale remarquable, passant de la vivacité la plus
allègre à la désolation la plus
extrême...Hanna Schwarz aux accents profonds et
sombres...Graham Pushee s'est affirmé comme un César
d'une grande pureté stylistique et d'une musicalité
admirable...La majeure partie de la réussite de cette
production revenait à son directeur musical Jean-Claude
Malgoire, à son énergie indomptable..." (Opéra
International - septembre 1987)
- Boston - 1987 -
dir. Craig Smith - mise en scène Peter Sellars -
décors Elaine Spatz-Rabinowitz - costumes Dunya Ramicova -
avec Jeffrey Gall (Cesare), Mary Westbrook-Geha (Cornelia),
Lorraine Hunt (Sesto), Susan Larsosn (Cleopatra), R. Hardesty
(Tolomeo), J. Maddalena (Achilla)
- Berlin - Opéra
- 1986 - dir. Peter Schreier - avec Theo Adam (Cesare),
Celestina Casapietra (Cleopatra) - en allemand
- Paris - Salle Pleyel
- 27 juin 1986 - dir. Ralf Weikert - avec Carlos
Chausson (Cesare), Montserrat Caballé (Cleopatra), Patricia
Payne (Cornelia), Raquel Pierotti
- London Coliseum
- 1985/1986 - dir. Charles Mackerras/Noel Davies - mise
en scène John Copley - avec Christopher Robson, Valerie
Masterson, Jean Rigby, Sally Burgess, James Bowman, Willard
White
- Copenhague -
1985 - avec Britt-Marie Aruhn
- New York - Purchase
Festival - 1985 - dir. Craig Smith - mise en
scène Peter Sellars - décors Elaine Spatz-Rabinowitz
- costumes Dunya Ramicova - avec Jeffrey Gall (Cesare), Mary
Westbrook-Geha (Cornelia), Lorraine Hunt (Sesto), Susan Larson
(Cleopatra), R. Hardesty (Tolomeo), J. Maddalena (Achilla)
- Zurich - 1985 -
dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en scène Federik Mirdita -
décors Hans Hoffer - costumes G. Graf - avec T. Hampson
(Cesare), Anne Gjevand (Cornelia), Susanne Mentzer (Sesto), Rachel
Yaker (Cleopatra), S. Dean (Tolomeo), R.A. Hartmann (Achilla)
- Vienne - 1985 -
dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en scène F. Mirdita -
décors H. Hoffer - costumes G. Graf - avec Benjamin Luxon
(Cesare), R. Alexander (Cleopatra), Lipovsek (Cornelia), Ann
Murray (Sesto), R. Kennedy (Tolomeo), T. Hampson (Achilla)
- Karlsruhe -
Festival Haendel - 3 mars 1985 - dir. Charles Farncombe - mise en
scène Jean-Claude Martinoty - décors Heinz Balthes -
costumes Schmitzer - avec Norma Sharp (Cleopatra), Anna Caleb
(Sesto), Jadwiga Rappé (Cornelia), James Bowman -(Giulio
Cesare), John Angelo Messana (Ptolomeo), Michael Ebbecke Achille),
Nowak, Rüther
"Une prestation orchstrale
d'une fascinante délicatesse...La superbe intelligence de la
mise en scène de Martinoty...dans le rôle-titre James
Bowman a fait merveille par sa virtuosité
sublimée...malgré un timbre ingrat John Angelo Messana
et des moments prodigieux de folie baroque dans son incarnation de
Ptolomée...Soprano à la voix claire et aux aigus
sûrs, Norma Sharp fut une Cléopâtre
hyperféminine, vocalement un peu trop sage...Anna Caleb, mezzo
au timbre ferme et lumineux, anima Sesto d'une vaillante ardeur
rythmique." (Opéra International - mai 1985)
- Opéra de Rome
- 30 janvier 1985 - dir. Gabriele Ferro - mise en
scène A. Fassini - décors et costumes A. et P.
Poirier - avec Margarita Zimmermann (Cesare), Montserrat
Caballé (Cleopatra), Bernadette Manca di Nissa (Tolomeo),
Ewa Podles (Cornelia), Daniela Dessi (Sesto), Claudia Desderi
(Achilla), Maria Trabuco (Nireno)
- Karlsruhe - Festival
Haendel - 16 juin au 1er juillet 1984 - dir.
Charles Farncombe - mise en scène Jean-Louis Martinoty -
décors Heinz Balthes - costumes Renate Schmitzer
- State Opera South
Australia - 1984 - dir. Denis Vaughan - avec Lauris
Elms, Beverley Bergen, Thomas Edmonds, C. Primrose - en
anglais
- Grand Théâtre
de Genève - 18, 21, 24,
27, 30 mai, 2 juin 1983 - Orchestre de la Suisse Romande - dir.
Charles Mackerras - mise en scène John Copley -
décors John Pascoe - costumes Michael Stennett - production
en langue anglaise de l'English National Opera - avec Tatiana
Troyanos (Cesare), Sarah Walker (Cornelia), James Bowman
(Tolomeo), Gianna Rolandi (Cleopatra), Della Jones (Sesto), David
James, François Loup (Achilla) - production de l'English
National Opera
"un décor baroque
antiquisant, des costumes fastueux, sous des éclairages
feutrés...sans faute de goût ni génie"..."Charles
Mackerras parvient à l'improbable synthèse voulue par
ce style : tempi serrés, airs supprimés"..."Tatiana
Troyanos investit le rôle-titre d'une présence
brûlante"..."Vocalement, les agilités de ce mezzo
restent irréprochables"..."une distribution d'école
britannique"..."on relève la performance de Gianna
Rolandi"..."les arabesques sont d'une colorature de haut vol".
(Opéra International - juillet/août 1983)
- Halle - Festival
Haendel - 1982 - Landestheater
Dessau - dir. Manfred Hänsel - mise en scène Stephan
Blüher - décors Roland Wehner - chorégraphie
Haraold Dietz-Laursom
- Opéra de San
Francisco - 1982 - avec James Bowman (Tolomeo)
- Barcelone -
1982 - dir. Weikert - avec Justino Diaz, Montserrat
Caballé, Patricia Payne, Pierotti, De Kanel, Philips
- Berlin - dir.
Peter Schreier - avec Theo Adam (Cesare), Celestina Casapietra
(Cleopatra), Annelies Burmeister (Cornelia), Eberhard Büchner
(Sesto), Günter Leib (Achilla), Siegfried Vogel (Tolomeo)
- Londres - St. John's Smith
Square - 19 juillet 1979 - Little Venice Chamber
Orchestra - dir. Richard Stamp - avec Eiddwen Harrhy, Sally
Burgess, Ameral Gunson, Susan Smyth-Tyrrell, Caroline Tatlow and
Graham Titus
- Londres - English National
Opera - 1979/1980 - en anglais - dir. Charles Mackerras
- mise en scène John Copley -décors John Pascoe -
costumes Michael Stennett - avec Janet Baker (Cesare), Sarah
Walker (Cornelia), Della Jones (Sesto), Valerie Masterson
(Cleopatra), John Angelo Messana (Tolomeo), John Tomlinson
(Achilla), Tom Emlyn Williams (Nireno), John Kitchener (Curio)
- Opéra de Francfort
- 1978 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en
scène Horst Zankl - décors Erich Wonder - avec
Michael Devlin (Cesare), Ilse Gramatzki (Cornelia), M. Neubauer
(Sesto), Felicity Palmer (Cleopatra), V. de Kanel (Tolomeo), T.
Yoshie (Achilla)
- Festival Baroque de la
Besnardière - 1978 - dir. Charles Farncombe -
mise en scène B. Peterson - avec A. Wilkens (Cesare), Mira
Zakai (Cornelia), W. Eathorne (Sesto), E. Maruyama (Cleopatra), J.
Y. Skinner (Tolomeo), R.A. El Hage (Achilla) - production de
Drottningholm
- Birmingham - Barber
Institute of Fine Arts - 1977 - dir. I. Keys - mise en
scène J. Powell - décors, costumes J. park - avec
James Bowman (Cesare), M. Dickinson (Cornelia), D. Mansfield
(Sesto), Felicity Lott (Cleopatra), J. A. Messana (Tolomeo), R.
Bateman (Achilla) - première exécution
intégrale de la version originale de 1724, sans
transposition des voix
- Lyon - Auditorium
Maurice-Ravel - 13 mai 1975 - 13
mars 1976 - première exécution en France - dir.
Theodor Guschlbauer - mise en scène Gaston Benhaim -
décors Jacques Rapp - costumes D. Rozier - avec E. Ander
(Cleopatra), Naoko Ihara (Cornelia), Roger Soyer (Cesare), D.
Petkov (Tolomeo), David Sundquist (Sesto), P. Gottlieb
(Achilla)
- Staatsoper
Hambourg - 1969 - dir. Richard
Bonynge - mise en scène Tito Capobianco - décors
Ming Cho Lee - costumes J. Varona - avec Huguette Tourangeau
(Cesare), Ursula Boese (Cornelia), Lucia Popp (Sesto), Joan
Sutherland (Cleopatra), C. Ahun (Tolomeo), T. Krause
(Achilla)
- Munich - 1969 - Münchener Bachorchester - dir. Karl
Richter - avec Dietrich Fischer-Dieskau (Cesare), Wolfgang
Schöne (Curio), Julia Hamari (Cornelia), Peter Schreier
(Sesto), Tatiana Troyanos (Cleopatra), Franz Crass (Tolomeo),
Ernst Gerold Schramm (Achilla), Michael Schopper
(Nireno)
- Buenos Aires - Teatro
Colon - 9 (12 ?) décembre
1968 - dir. Karl Richter - mise en scène E. Poettgen -
décors, costumes G. Richter - avec Norman Treigle (Cesare),
Beverly Sills (Cleopatra), Maureen Forrester (Cornelia), Peter
Schreier (Sesto), Franz Crass (Tolomeo), A. Mattiello (Achilla),
Ricardo Yost (Curio), G. Gallardo (Nireno)
- Paris - Salle
Gaveau - 24 octobre 1968 -
version de concert radiodiffusée - dir. Le Conte - avec
Pally, Wolovsky
- New York - American
Society - 21 mars 1967 - version
de concert - dir. Arnold Gamson - avec Montserrat Caballé
(Cleopatra), Huguette Tourangeau (Cornelia), F. Mayer (Sesto), K.
Paskalis (Cesare), A. Feres (Tolomeo)
- New York City
Opera - 1966 - dir. Julius Rudel
- mise en scène T. Capobianco - décors Ming Cho Lee
- costumes J. Varona - avec Norman Treigle (Cesare), Maureeen
Forrester (Cornelia), Beverly Wolff (Sesto), Beverly Sills
(Cleopatra), Spiro Malas (Tolomeo), Dominic Cossa (Achilla),
Michael Devlin (Nireno), William Beck (Curio)
- Munich - Radio
Bavaroise - 1er juillet 1965
- Münchner Philh. - dir. Ferdinand Leitner - avec Walter
Berry (Cesare), Hans Bruno Ernst (Curio), Christa Ludwig
(Cornelia), Fritz Wunderlich (Sesto), Lucia Popp (Cleopatra),
Karl-Christian Kohn (Tolomeo), Hans Günter Nöcker
(Achilla), Max Proebstl (Nireno) - en allemand
- Munich - 1964 - dir. Eugen Jochum - mise en scène
Rudolf Hartmann - décors Helmut Jürgens - costumes R.
Jakame - avec Hermann Prey (Cesare), M. Yahia (Cornelia), Fritz
Wunderlich (Sesto), C. Watson (Cleopatra), D. Naaf (Tolomeo), A.
Peter (Achilla)
- Londres - 1er juillet 1963
- New Symphony Orchestra of London - dir. Richard Bonynge - avec
Margareta Elkins (Cesare), Marilyn Horne (Cornelia), Richard
Conrad (Sesto), Joan Sutherland (Cleopatra), Monica Sinclair
(Tolomeo)
- Londres - Sadlers
Wells - 26 juin 1963 - dir.
Charles Farncombe - mise en scène Norman Ayrton -
décors, costumes Michael Warre - avec Joan Sutherland
(Cleopatra), Margreta Elkins, contralto (Cesare), Maureen Guy
(Cornelia), Sylvia Stahlman, soprano (Sesto), J. Lawrenson
(Tolomeo), J. Hauxvell (Achilla) - pour la première fois
depuis la recréation de Göttingen en 1722, le
rôle-titre n'était pas transposé pour un
baryton
- Opéra de
Vienne - 1959 - dir. H.
Hollreiser - mise en scène O. F. Schuh - décors,
costumes C. Neher - avec E. Wächter (Cesare), Ira Malaniuk
(Cornelia), Anton Dermota (Sesto), Irmgard Seefried (Cleopatra),
O. Czerwenka (Tolomeo), E. Hurshell (Achilla)
- Halle - Festival Haendel
- 8 mars 1959 - Landestheater
Halle - arrangement et dir. Horst-Tanu Margraf - mise en
scène Wolfgang Gubisch - décors et costumes Rolf
Döge - dramaturgie Harry Kupfer and Wolfgang Gubisch - avec
Kurt Hübenthal (Cesare), Ruth Schob-Lipka (Cornelia),
Siegfried Joachim (Sesto), Margarethe Herzberg (Cleopatra), H.
Schramm (Tolomeo)

- New York -
American Opera Society - 1956 - version de concert - dir. A.
Gamson - avec Cesare Siepi (Cesare), F. Kopleff (Cornelia),
Leontyne Price (Cleopatra), Russell Oberlin (Sesto), L. Sgarro
(Tolomeo)
- Scala de Milan
- 1956 / 1957 - dir. Gianandrea Gavazzeni -
mise en scène Margherita Wallmann - décors, costumes
Piero Zuffi - avec Virginia Zeani (Cleopatra), Giuletta
Simionato (Cornelia), Franco Corelli (Sesto), Nicola Rossi-Lemeni
(Cesare), Mario Petri (Tolomeo), Antonio Cassinelli (Achilla)
- Opéra de Rome - 26 décembre 1955 / 1956 - dir.
Gianandrea Gavazzeni - mise en scène Margherita Wallmann -
décors, costumes P. Zuffi - avec Boris Christoff (Cesare),
Franco Corelli (Sesto), Fedora Barbieri (Cornelia), Ornelia
Fineschi (Cleopatra), Mario Petri (Tolomeo), Antonio Cassinelli
(Achilla)
- Wiesbaden - 1955 - mise en scène Walter Pohl -
décors Theo H. Döring
- Munich - 1955 - dir. Eugen Jochum - mise en scène
Rudolf Hartmann - décors, costumes H. Jürgens - avec
Josef Metternich (Cesare), Ira Malaniuk (Cornelia), Richard Holm
(Sesto), Lisa Della Casa (Cleopatra), B. Kusche (Tolomeo), A.
Peter (Achilla)
- Vienne - Theater an der
Wien - 1954 - dir. Karl Böhm
- mise en scène Oscar Fritz Schuh - décors, costumes
Caspar Neher - avec Paul Schöffler (Cesare), Elisabeth
Höngen (Cornelia), Anton Dermota (Sesto), Irmgard Seefried
(Cleopatra), G. Frick (Tolomeo), Walter Berry (Achilla)
- Leipzig - 1950 - dir. P. Schmitz - mise en scène
H. Rückert - avec W. Schwenkreis (Cesare), E. Westenberger
(Cleopatra)
- Pompei - Teatro
Grande - 6 juillet 1950 - Coro e Orchestra del Teatro
San Carlo di Napoli - dir. Herbert Albert - avec Cesare Siepi
(Cesare), Renata Tebaldi (Cleopatra), Elena Nicolai (Cornelia),
Gino Sinimberghi (Sesto), Antonio Cassinelli (Tolomeo), Fernando
Piccini (Achilla), Gerardo Gaudioso (Curio, Nireno)
- Varsovie - 1938
- en allemand
- Poznan - 1936 -
en polonais
- Strasbourg - janvier 1935 - version française de L.
Mancini
- Amsterdam - 1er
décembre 1933
- New York - Julliard
School - 21 janvier 1931 - en
anglais
- Londres - Scala Theater
- 6 janvier 1930
- Opéra de
Vienne - 3 mai 1928
- Northampton -
Massachussets - 14 mai 1927 -
London - Founding
Hospital - 23 juin 1927 - en
anglais
- Vienne - Acad. de M.
- 29 mai 1926 - version Oskar Hagen
- Zurich - 23
mars 1924 - Bâle - 3
septembre 1924 - version Oskar Hagen
- Berlin - 4 juin
1923 - version Oskar Hagen
- Göttingen- 5
juillet 1922 - première reprise à l'époque
moderne, en allemand - dir. Oskar Hagen - décors
Paul Thiersch - l'adaptation de Hagen réduisait les
trente-deux scènes à neuf tableaux ; tous les da
capo étaient écourtés ou supprimés,
toutes les voix masculines « modernisées » :
basses pour César, Nirenus et Ptolémée,
ténor pour Sextus
La version Hagen "tourna" en
Europe pendant cinq ans, avec plus de deux cents
représentations dans trente-six villes
différentes.
- Paris -
Société des Concerts du Conservatoire
- 14 novembre 1920 - air de
Cléopâtre - dir. Philippe Gaubert - avec Germaine
Lubin
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