RADAMISTO

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

Nicola Haym, d'après Domenico Lalli

ENREGISTREMENT
ÉDITION
DIRECTION
ÉDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DÉTAILLEE
1961
1991
Horst-Tanu Margraf
Berlin Classics
3
allemand
1984
2007
Roger Norrington
Ponto Records
3
italien
1993
1994
Nicholas McGegan
Harmonia Mundi
3
italien
2004
2005
Alan Curtis
Virgin Veritas
3
italien

 Composé (HWV 12) pour l'inauguration de la Royal Academy of Music, société par actions, auxquels de nombreux dignitaires avaient participé, dont le duc de Chandos, le comte de Burlington, le duc de Portland, et le duc de Newcastle qui en fut le premier président. Heidegger assurait la gestion quotidienne, aidé de Rolli, secrétaire et librettiste, et Roberto Clerici, décorateur et machiniste. Haendel assurait la direction musicale. Il s'absenta de Londres pendant plusieurs mois de 1719 pour constituer une troupe de chanteurs : la soprano Margherita Durastanti, la basse Giuseppe Maria Boschi, le ténor Matteo Berselli.

L'oeuvre devait être exécutée le 2 avril 1720, mais ne put l'être en raison de contretemps. Elle fut remplacée par Numitor de Giovanni Porta, et ne fut créée, avec succès, que le 27 avril 1720, au King's Theatre à Haymarket, pour une série de huit représentations jusqu'au 21 mai, et deux reprises les 8 et 22 juin. La distribution réunissait avec Margherita Durastanti, soprano, que Haendel avait engagée à Dresde, (Radamisto), Ann Turner Robinson, soprano (Polissena), Caterina Galerati, soprano (Tigrane), Benedetto Baldassari, castrat soprano (Fraarte), Anastasia Robinson, alto (Zenobia), Alexander Gordon, ténor (Tiridate), Lagarde, basse (Farasmane) (première version HWV 12a).  

Toute la Cour, avec la famille royale, assista à la création.

La partition fut publiée sur souscription dès la fin de l'année par Richard Meares, avec une dédicace de Haendel au roi, décrit comme « un connaisseur expert dans l'art ». Haendel, échaudé par la publicataion "sauvage " de la partition de Rinaldo par l'éditeur Walsh, prit la peine d'obtenir un privilège du roi, le 14 juin 1720, pour une durée de quatorze ans. Une deuxième édition parut dès 15 décembre, augmentée de nouveaux airs.

La partition fut remaniée par Haendel pour les chanteurs italiens arrivés à la fin de l'année, notamment par une transposition des tessitures : Radamisto alto au lieu de soprano - le rôle passant de Durastanti à Senesino, Tiridate basse au lieu de ténor - le rôle passant de Gordon à Boschi, Zenobia soprano au lieu de contralto - le rôle passant de Robinson à Durastanti. La seconde version (HWV 12b) fut représentée les 28 et 31 décembre 1720, puis du 4 janvier au 25 mars 1721 (5 représentations). La nouvelle distribution comprenait : Francesco Bernardi, dit Senesino, alto-castrato (Radamisto), Margherita Durastanti, soprano (Zenobia), M. Lagarde, basse (Farasmane), Giuseppe Maria Boschi, basse (Tiridate), Maddalena Salvai, soprano (Polissena), Matteo Berselli, soprano-castrato (Tigrane), Caterina Galerati, soprano (Fraarte).

Francesco Bernardi, dit SenesinoMargherita Durastanti

Le succès de Radamisto fut tel que Mattheson le fit jouer à Hambourg en 1721 sous le titre de Zenobia.

Une série de quatre représentations eut lieu du 25 novembre au 6 décembre 1721. La contralto Anastasia Robinson remplaçait la Durastanti dans le rôle de Zenobia, et le soprano castrato Benedetto Baldassari remplaçait Berselli dans le rôle de Tigrane. Le rôle de Fraarte avait été supprimé.

Anastasia Robinson

Une reprise eut lieu en janvier/février 1728, pour environ cinq représentations, avec une distribution réunissant : Francesco Bernardi, dit Senesino, alto-castrato (Radamisto), la soprano Faustina Bordini (Zenobia), la basse Giovanni Battista Palmerini (Farasmane), la basse Giuseppe Maria Boschi (Tiridate), la soprano Francesca Cuzzoni (Polissena), l'alto castrato Antonio Baldi (Tigrane).

 Le livret trouve sa source dans les Annales de Tacite, et est adapté de celui de L'Amor tirannico, o Zenobia, de Domenico Lalli, déjà mis en musique par Francesco Gasparini, créé au San Cassiano de Venise, en 1710, repris à Florence en 1712.

 

Synopsis

  Pharasmane (Farasmane) (basse), roi de Thrace, a marié son fils Radamisto (soprano) à la princesse Zénobie (alto), et sa fille Polyxène (Polissena) (soprano) à Tiridate (ténor), roi d'Arménie. Ce dernier, tombé follement amoureux de Zénobie, déclare la guerre à Pharasmène pour la conquérir. Il s'empare de la capitale thrace et Rhadamiste et Zénobie sont contraints de fuir, par un souterrain, jusqu'aux rives du fleuve. La princesse, plutôt que de tomber vivante aux mains de l'ennemi, préfère se jeter à l'eau, suivie de son mari, qui veut mourir avec elle. Mais ils sont sauvés par les soldats de Tiridate (ténor). Tandis que Zénobie est amenée au roi arménien, Rhadamiste trouve une aide inespérée en Tigrane, l'un des chefs ennemis. Il parvient à s'introduire au palais vêtu en esclave et se fait reconnaître de son épouse. Il tente de tuer Tiridate mais il est découvert et les deux jeunes gens sont jetés en prison. Ils seront sauvés par une rébellion habilement suscitée par Tigrane dans le camp arménien. Tiridate, vaincu, se réfugie auprès de sa femme Polyxène, soeur de Rhadamiste. Celui-ci, magnanime, renonce à sa vengeance et l'opéra s'achève dans une atmosphère de paix retrouvée et d'allégresse générale.

 

Représentations :

 

 

 

 

 

 

 

"L'équipe du Festival Haendel de Karlsruhe préfère parler de travail « musicologiquement informé » que de reconstitution, mais c’est bien dans une véritable machine à remonter le temps que nous embarque ce Radamisto à l’ancienne, d’une historicité radicale surcharge extravagante des costumes, reproduction minutieuse d’un théâtre à coulisses baroque... Observer le fonctionnement réel de ces dispositifs bien connus grâce aux gravures d’époque étonne, mais en définitive moins que la gestique imposée aux chanteurs visages invariablement face au public, démarche avantageuse amenant chacun à se pavaner successivement ici puis là, positions des bras et des mains semblant limitées à une dizaine de combinaisons possibles, paumes tantôt en haut, en bas ou en avant, bras tendus ou à demi fléchis... une rhétorique des attitudes qui nous laisse perplexes!

Mais, plutôt que de se fatiguer à en chercher la signification symbolique, mieux vaut tenter simplement l’immersion dans cette poétique musicale et visuelle étrange, à la lueur vacillante de centaines de bougies jetant sur les visages de curieuses ombres déformantes. S’opère alors une séduisante fusion entre ce que perçoivent l’oeil et l’oreille, l’arabesque d’un costume semblant correspondre tout à coup à la ligne d’une vocalise, ou le décorum instrumental d’un air s’accordant parfaitement à l’évolution sur le plateau d’une figuration riche.

Car c’est là l’une des particularités les plus notables de ce travail. Les personnages de l’opera seria, connus en principe pour pousser successivement leur air à la rampe, puis sortir d’un côté pendant que le chanteur suivant arrive de l’autre, sont entourés ici en permanence de multiples comparses courtisans, porteuses de traîne, soldats, furies dansantes... Tout un appareil humain détaillé par un précieux document d’époque : les notes complètes de la mise en scène d’origine de ce Radamista, que la chorégraphe Sigrid T’Hooft s’est appliquée à suivre minutieusement. Enormément de préméditations et de prérequis, donc, pour un spectacle qui aurait pu définitivement périr sous tant d’ardeur muséale. Mais, en dépit d’un ennui difficile à éviter constamment, c’est quand même un véritable charme qui s’y installe durablement.

Autre scrupule musicologique : c’est la version initiale de Radamisto, d’avril 1720, qui a été retenue. Moins d’un an plus tard, Haendel devait remanier l’ouvrage, en l’enrichissant de nombreux airs, notamment pour le castrat Senesino, qu’il venait d’attirer en Angleterre. Cette première édition est sans doute davantage à la portée de la distribution réunie ici, au mieux honorable et souvent novée par un accompagnement certes authentique, mais très sonore : des Deutsche Händel­Solisten que Peter van Hevghen pousse au maximum de leurs possibilités expressives.

La mezzo Tamara Gura peine à donner du relief au rôle-titre et le ténor Patrick Henckens parait trop pâle dans le belliqueux Tiridate. La basse Mika Kares campe un robuste Faramane, et la contralto française Delphine Galon, une émouvante Zenobia. Enfin, des trois sopranos, Kirsten Blaise (Polissena) est celle qui se tire le mieux d’affaire. Un spectacle dont on retiendra surtout l’aspect visuel insolite."

 

"Cinquième production de Handel sur la mesa new-mexicaine, après Ariodante (1987), Xerxès (1993), Semele (1997) et Agrippina (2004), Radamisto est une œuvre rarement montée qui lança la carrière du compositeur comme directeur de la Royal Academy londonienne. Le livret inspiré de Tacite raconte les vies entrelacées de Zénobie et de son mari Radamisto, prince thrace en 53 avant J.C. Ils sont assiégés par Tiridate, roi arménien marié à Polissena (sœur de Radamisto), mais mené à l’aggression par sa passion violente pour Zénobie. Sauvés par le commandant Tigrane, Radamisto et Zénobie s’échappent, menant à la fameuse scène (chère à Poussin et aux peintures orientalistes de Bouguereau et Baudry) où, de peut d’être captive et séparée de son mari, elle se jette de désespoir dans les eaux de la mythique Araxes. Après maints rebondissements, trahisons et complots, l’amour tyrannique de Tiridate se consume et il retourne à la fidèle Polissena, pendant que Radamisto et Zénobie chantent le « doux refuge » de leur réunification.

Le metteur en scène new yorkais David Alden, connu pour ses controversées productions à l’ENO et Bayerische Staatsoper, s’attaque avec succès à ce chef d’œuvre de l’opera seria. Alden, qui a la réputation d’être un directeur « politique » (on se rappelle son Rinaldo « évangéliste » à Munich par exemple), freine ici ses visions provocatrices et concentre l’œuvre sur les six personnages. Radamisto est un opéra héroïque certes, qui nécessite la confrontation de troupes et le siège d’une ville fortifiée sur la scène, mais plus que ces actions historico-mythiques il met en scène la complexité de l’amour, de la trahison, de la fidélité, de la dévotion, tout cela dans la Thrace antique. Avec son scénographe attitré Gideon Davey, Alden transpose l’action loin de l’antiquité romaine et crée un Orient abstrait et coloré, violent et enchanteur à la fois, comme on l’imagine lisant le dernier livre de Rushdie, « L’enchanteresse de Florence ». Au premier acte, les grands panneaux rouges décorés de motifs floraux géants, noirs et stylisés, servent de murs intérieurs, de murs d’enceinte et de chemins de ronde,… créant un univers chaud qui enveloppe et pourtant isole comme la pierre. Les corbeaux noirs qui entourent la scène et perchent aussi sur les murs autour des spectateurs peuvent paraître insolites, jusqu’à ce que l’on se rappelle—comme l’écrivit Edgar Poe à propos de son fameux poème de 1845—que les oiseaux noirs symbolisaient le deuil et le souvenir interminable, bref la dévotion à l’amour qui est un des thèmes de l’opéra. Les corbeaux croasseront donc dans la dernière scène de l’acte 1, quand Radamisto pleure la disparition de Zénobie dans les flots.

Au deuxième acte, tout bouge sous les lumières extrêmes de Rick Fisher : les panneaux peints et métallisés transforment la scène en salle royale, jardins enchantés, prisons… dont la succession reflète intelligemment le rythme et la tonalité des arias. Dragons sortant des murs, paons réalistes, animaux sauvages de peluche occupent ces espaces, gardent ou détournent l’attention du spectateur—on dirait qu’Alden a craint que la répétition et succession des airs chez Handel puisse avoir un effet hypnotique dans les nuits fraîches de Santa Fe, mais, dans l’ensemble, on peut regretter un effet de distraction souvent gratuit. Quant aux costumes dessinés par Davey, ils sont superbes et pleins d’invention aux subtils décalages temporels.

Au cœur de tout cela, la direction d’Alden est fébrile, torturée et intime à la fois. Les corps se touchent violemment (Tiridate), tendrement (Zénobia), de grandes marionettes symbolisent les soldats, Zénobie est emmenée captive chez Tiridate dans un tapis d’Orient que l’on déroule… Une mise en scène forte et efficace mais qui soufre, souvent, d’un excès de gesticulation : les femmes, Polissena en particulier, se tordent au sol ou rampent contre les murs, parfois à juste titre, parfois de manière difficilement compréhensible (comme quand, au deuxième acte, un groupe de servantes nettoie littéralement le sol de la scène avant d’être promptement éjectées par Tiridate !

Passions et tourments - Le Santa Fe Opera a la réputation de monter des spectacles « d’ensemble » où des équipes soudées de jeunes chanteurs et chanteuses s’intègrent autour d'une ou deux stars. Radamisto en est une nouvelle démonstration avec six artistes qui ont Handel dans le corps. Ici, la star est le contre-ténor David Daniels, qui débute à Santa Fe avec un Radamisto de grande stature, poignant et lyrique à souhait, princier mais qui sait exprimer la faiblesse ou le désespoir quand il lamente la perte–présumée–de Zénobie : une grande performance. Kevin Murphy campe un honnête Farasmane, mais c’est le basse-baryton Luca Pisaroni qui impressione en Tiridate : vocalement et physiquement il chante et bouge comme un guerrier en armes et amour (Pisaroni a triomphé également en comte dans les Noces de Figaro durant ce même festival). Les « épouses » sont moins à l’aise : la jeune mezzo-soprano, Deborah Domanski (remplaçant Christine Rice, malade), nous donne une Zénobie émotionnante et ravissante à souhait mais la voix n’est pas entièrement ajustée et manque de lyrisme technique ; Laura Claycomb force un peu en Polissena, et son interprétation est dans l’ensemble très froide (peut-être dû au choix de Alden ?). La meilleure voix féminine est incontestablement la soprano Heidi Stober en prince-commandant Tigrane, ici habillé de vêtements nettement modernes : lunettes, cravate, fez,… Bien que contestable, cet accoutrement met en lumière, en quelque sorte, son rôle important dans l’opéra ; Tigrane-Stober devient un peu comme un maître de cérémonie tirant les ficelles des destinées entremêlées (rappelons que le personnage est amoureux fou de Zénobie).

A la tête de l’excellent orchestre du festival, Harry Bicket domine la partition. Précis et souple, il excelle dans les pages intimistes tout comme dans les pages héroïques (les splendides accents des trompettes dans la bataille du premier acte par exemple). Quant au quatuor final il sonne vraiment, sous la baguette de Bicket, comme le grand « moment annonciateur » de cette grande partition."

"Santa Fe a choisi de donner Radamisto (Londres, troisième version, avec les remaniements du rôle-titre pour le fameux castrat Senesino et la suppression du personnage de Fraarte. Harry Bicket a certes pratiqué des coupures dans la partition mais il a au moins respecté la structure des arie da capo, sa direction, à la fois nerveuse et stylée, constituant l'un des incontestables atouts de cette nouvelle production.

La mise en scène de David Alden soulève davantage de peerplexité. On portera à son crédit une intelligente mise en exergue des relations entre les protagonistes. Mais que de contorsions inutiles au sol ! que de décors dépourvus de sens, venant distraire l'attention du spectateur pendant les da capo! Trois personnages sont particulièrement maltraités : Farasmane, le père de Radamisto, roué de coups et, surtou, privé de toute intervention soliste (dommage pour Kevin Murphy!) ; sa fille Polissena, épouse du tyran Tiridate, presque constamment stupide ou repoussante (personnellement, nous avons trouvé le timbre de Laura Claycomb plutôt anonyme, mais il faut reconnaître que la soprano dispose de formidables capacités dans l’aigu, dont elle fait deusage au delà des frontières du bon goût) ; le noble prince Tigrane enfin, remarquablement chanté par Heidi Stober, mais affligé d’un costume particulièrement peu seyant : énormes lunettes, perruque hideuse, chaussures lui donnant une allure maladroite...). Du coup, ce sont les deux beaux-frères et rivaux qui dominent le plateau. Dans une forme vocale stupéfiante, David Daniels déploie en Radamisto des trésors de legato dans les passages lents et des vocalises exubérantes, se confirmant au passage l’un des meilleurs chanteurs haendéliens de notre époque. Luca Pisaroni, complètement investi dans son personnage de monstre assoiffé de sang (c’est ainsi que David Alden voit Tiridate), affirme une saisissante maîtrise de la langue dans les récitatifs et une réelle assurance dans ses airs de bravoure. La jeune Deborah Domanski, en revanche, remplaçant Christine Rice pour toute la série de représentations, accuse de gênantes inégalités de registre en Zenobia, qui réclame davantage de poli dans l’émission et de perfection technique.

Visuellement, on saluera la qualité des costumes spectaculairement ornés de Gideon Davev (à l’exception, nous l’avons dit, de celui de Tigrane). Ses décors soulèvent moins d’enthousiasme car ils fatiguent l’oeil, notamment les murs en miroirs faiblement éclairés de la scène finale."

 

 

 

 

 

 

"Radamisto est avare en effets musicaux spectaculaires. Aussi William Christie aborde-t-il cet ouvrage en travaillant sur les subtils rapports de dosage sonore qu entretiennent les nombreux airs (trente-sept en tout !) contenus dans cette partition. Avec la complicité des membres de La Scintilla, il situe chaque moment musical dans une perspective sonore spécifique qui en signale clairement la fonction dramatique ; ainsi les airs lents apparaissent-ils comme autant d'éclairages différents mis sur la souffrance individuelle, sans que jamais le déroulement de l'action psychologique ne soit ralenti. Les chanteurs forment un ensemble homogène. Marijana Mijanovic (Radamisto) éblouit par la vélocité de sa vocalisation, la clarté de son émission dans le grave, la subtilité d'un jeu scénique ennemi de toute affectation. Liliana Nikiteanu (Zenobia) se hisse au même niveau d'intensté avec un timbre à la fois suave et argentin. Le chant de Malin Hartelius (Polissena) s'avère encore plus subtil, l'aigu se déploie sans aucune trace d'effort. Isabel Reey (Tigrane) est franchement à la peine, alors que Elizabeth Rae Magnuson (Faarte) met les rieurs de coté en se livrant à de désopilantes facéties vocales qui n'ont pas grand-chose à voir avec l'esprit de l'opéra seria. Quant à Reinhard Mayr (Tiridate), il exploite la riche d'un timbre de basse délié qui déploie tous ses atouts dans l'écriture ornée du rôle.

Dans sa mise en scène, Claus Guth transplante l'action dans un milieu bourgeois fortuné, un brin maffieux, qui n'est pas sans rappeler le monde décadent des romans de Moravia. En travaillant sur les codes sociaux et vestimentaires du monde moderne, il recrée une gestique dont l'artificialité chorégraphiée fait intelligemment écho aux tournures épurées du langage mélodique de Haendel. Le résultat, tout simplement brillant, a suscité l'enthousiasme après quatre heures de représentation..." (Opéra International - avril 2004)

 

 

 

"Prétextant le respect du lieu, Hans Gratzer s'est contenté de placer un grand praticable...des podiums parallèles où les chanteurs viennent chanter leurs airs tour à tour, immobiles et face au public...Malgré la qualité des instrumentistes et une partie orchestrale impeccable, Martin Haselbröck...n'est malheureusement pas parvenu à compenser musicalement ce spectacle si frustrant...le plateau était heureusement de tout premier ordre...la très sûre Zénobie de Monica Groop, l'énergique Tigrane de Melba Ramos...la très belle Polissena de Lisa Larsson...le Tiridate de Floriuan Boesch d'un engagement impressionnant...Carlos Mena donne un Radamisto impeccable."

 

 

 Ryland Angel (Radamisto)

 

 

 

Radamisto à Marseille 

Nathalie Stutzmann

"Tout spécialiste de Haendel qu'il soit, le metteur en scène Drew Minter a commis une cascade d'erreurs inexplicables. En preeemiere mlieu, il confond encore le composite et le contraste si constitutifs de l'art baroque, avec une sthétique du caprice edt du paatchwork...Puis, à partir de gestes, empruntés au petit bonheur à la gestuelle baroque, il a composé des séquences sémaphoriques...Enfin, et c'est peut-être le plus stupéfiant, sa probable peur du statisme scénique l'a poussé à une débauche de déplacements dans les arie...Se retrouve ainsi niée la forme même d'opera seria, dans laquelle le récitatif supporte l'action tandis que l'aria la suspend. Assez peu à l'aise avec la langue italienne, le plateau vocaal n'avait rien d'extraordinaire, à une exception près, Hélène Perraguin (Zenobia). Sans être une styliste haendelienne, elle a été la seule réellement touchante de bout en bout, et a fait preuve d'une excellente vocalité : timbre rond, ligne de chant bien conduite, vocalises aisées, et expressivité toujours juste. Dans le rôle-titre, Nathalie Stutzmann captive au départ par son timbre inusuel dans le monde opératique mais trop monochrome, gardé en bouche et sans aucune palette dynamique, son art vocal, trop prévisible, dévoile vite ses atouts, et se révèle incapable de faire évoluer un personnage au long d'un tel ouvrage.

Dans leurs rôles respectifs, Neal Davies (Tiridate), Steffanie Pearce (Polissena) et Ludovic Tézier (Farasmane) ont fourni une prestation vocale fort terne le premier, par une composition caricaturale du tyran, et les deux derniers cités, par une inexpressivité patente...Reste enfin le contre-ténor Nicholas Clapton (Tigrane), au timbre par ailleurs fort acide d'un personnage trouble, parce que trahissant son roi et amoureux de Zenobia, et essentiel à l'action, à cause de ses retournements, il ne rend que les gestes et comportements, sans jamais en faire percevoir les motivations profondes, ni les tourments. Au lieu d'être cauteleux et complexe, Tigrane devient un excentrique, qui trahit sans raison véritable. Steuart Bedford connaît sans doute bien la partition, puisqu'il l'a révisée. Mais pourquoi se contente-t-il alors de suivre le plateau vocal (là où une férule aurait été bien nécessaire pour unifier une distribution si hétérogène) et l'orchestre? Radamisto est sans doute un bel ouvrage, mais il fallait beaucoup de constance pour le deviner sous tant d'inappropriations." (Opéra International - avril 1996)

 

Radamisto à Göttingen

"Nicholas McGegan présentait la seconde version, établie par Haendel en décembre 1720 et depuis lors jamais plus exécutée, qui possède une irrésistible motricité théâtrale et, à côté d'airs étourdissants de virtuosité, des pages profondément expressives, véritables méditations et soliloques, qui requièrent les plus hautes qualités vocales et musicales. A cet égard, la représentation combla, ou presque, les plus exigeants, le rôle-titre extrêmement ardu ayant mis quelque peu à l'épreuve Ralf Popken, contreténor à l'aigu vaillant, mais au timbre un peu sourd dans le médium et le grave. L'exaltation et la jubilation baroques vibraient à tout moment dans les prestations de ses partenaires, qui se trouvaient en parfaite connivence avec l'impétuosité rythmique déployée par Nicholas McGegan... Juliana Gondek allia dans Zenobia virtuosité et éloquence avec une souveraineté qui fit d'elle l'authentique prima donna de la représentation. Lisa Saffer modela avec flexibilité les phrases empreintes de lyrisme de Polissena. Les deux autres sopranos assuraient des rôles masculins, Monica Frimmer avec un rien de fragilité mais avec un charme primesautier celui de Fraarte, Dana Hanchard avec plus d'aplomb et de fermeté celui de Tigrane. La basse-baryton Michael Dean, d'une constante tenue stylistique, couronna sa brillante interprétation par une exécution spectaculaire de l'air avec deux cors concertants...Dans le ravissant petit théâtre de Göttingen, les décors de Scott Blake et les costumes de Bonnie Krüger ressuscitent l'atmosphère scénique aristocratique sophistiquée de la grande époque baroque." (Opéra International - octobre 1993)

 

 

 

 

 

  

 

 

 

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