Composé
(HWV 12) pour l'inauguration de la Royal Academy of Music, société par actions, auxquels de
nombreux dignitaires avaient participé, dont le duc de
Chandos, le comte de Burlington, le duc de Portland, et le duc de
Newcastle qui en fut le premier président. Heidegger assurait
la gestion quotidienne, aidé de Rolli, secrétaire et
librettiste, et Roberto Clerici, décorateur et machiniste.
Haendel assurait la direction musicale. Il s'absenta de Londres
pendant plusieurs mois de 1719 pour constituer une troupe de
chanteurs : la soprano Margherita Durastanti, la basse Giuseppe Maria
Boschi, le ténor Matteo Berselli.
L'oeuvre devait être
exécutée le 2 avril 1720, mais ne put l'être en
raison de contretemps. Elle fut remplacée par Numitor de Giovanni
Porta, et ne fut créée, avec succès, que le 27
avril 1720, au King's Theatre à Haymarket, pour une
série de huit représentations jusqu'au 21 mai, et deux
reprises les 8 et 22 juin. La distribution réunissait avec
Margherita Durastanti, soprano, que Haendel avait engagée
à Dresde, (Radamisto), Ann Turner Robinson, soprano
(Polissena), Caterina Galerati, soprano (Tigrane), Benedetto
Baldassari, castrat soprano (Fraarte), Anastasia Robinson, alto
(Zenobia), Alexander Gordon, ténor (Tiridate), Lagarde, basse
(Farasmane) (première version HWV 12a).
Toute la Cour, avec la famille
royale, assista à la création.
La partition fut publiée
sur souscription dès la fin de l'année par Richard
Meares, avec une dédicace de Haendel au roi, décrit
comme « un connaisseur expert dans l'art ». Haendel,
échaudé par la publicataion "sauvage " de la partition
de Rinaldo par l'éditeur Walsh, prit la peine d'obtenir un
privilège du roi, le 14 juin 1720, pour une durée de
quatorze ans. Une deuxième édition parut dès 15
décembre, augmentée de nouveaux airs.
La partition fut remaniée
par Haendel pour les chanteurs italiens arrivés à la
fin de l'année, notamment par une transposition des tessitures
: Radamisto alto au lieu de soprano - le rôle passant de
Durastanti à Senesino, Tiridate basse au lieu de ténor
- le rôle passant de Gordon à Boschi, Zenobia soprano au
lieu de contralto - le rôle passant de Robinson à
Durastanti. La seconde version (HWV 12b) fut
représentée les 28 et 31 décembre 1720, puis du
4 janvier au 25 mars 1721 (5 représentations). La nouvelle
distribution comprenait : Francesco Bernardi, dit Senesino,
alto-castrato (Radamisto), Margherita Durastanti, soprano (Zenobia),
M. Lagarde, basse (Farasmane), Giuseppe Maria Boschi, basse
(Tiridate), Maddalena Salvai, soprano (Polissena), Matteo Berselli,
soprano-castrato (Tigrane), Caterina Galerati, soprano
(Fraarte).
Le succès de
Radamisto fut tel que Mattheson le fit jouer à Hambourg
en 1721 sous le titre de Zenobia.
Une série de quatre
représentations eut lieu du 25 novembre au 6 décembre
1721. La contralto Anastasia Robinson remplaçait la Durastanti
dans le rôle de Zenobia, et le soprano castrato Benedetto
Baldassari remplaçait Berselli dans le rôle de Tigrane.
Le rôle de Fraarte avait été
supprimé.
Une reprise eut lieu en
janvier/février 1728, pour environ cinq
représentations, avec une distribution réunissant :
Francesco Bernardi, dit Senesino, alto-castrato (Radamisto), la
soprano Faustina Bordini (Zenobia), la basse Giovanni Battista
Palmerini (Farasmane), la basse Giuseppe Maria Boschi (Tiridate), la
soprano Francesca Cuzzoni (Polissena), l'alto castrato Antonio Baldi
(Tigrane).
Le livret
trouve sa source dans les Annales de Tacite,
et est adapté de celui de L'Amor tirannico, o Zenobia, de Domenico Lalli, déjà mis en
musique par Francesco Gasparini, créé au San
Cassiano de Venise, en 1710, repris à Florence en 1712.
Synopsis
Pharasmane (Farasmane)
(basse), roi de Thrace, a marié son fils Radamisto (soprano)
à la princesse Zénobie (alto), et sa fille
Polyxène (Polissena) (soprano) à Tiridate
(ténor), roi d'Arménie. Ce dernier, tombé
follement amoureux de Zénobie, déclare la guerre
à Pharasmène pour la conquérir. Il s'empare de
la capitale thrace et Rhadamiste et Zénobie sont contraints de
fuir, par un souterrain, jusqu'aux rives du fleuve. La princesse,
plutôt que de tomber vivante aux mains de l'ennemi,
préfère se jeter à l'eau, suivie de son mari,
qui veut mourir avec elle. Mais ils sont sauvés par les
soldats de Tiridate (ténor). Tandis que Zénobie est
amenée au roi arménien, Rhadamiste trouve une aide
inespérée en Tigrane, l'un des chefs ennemis. Il
parvient à s'introduire au palais vêtu en esclave et se
fait reconnaître de son épouse. Il tente de tuer
Tiridate mais il est découvert et les deux jeunes gens sont
jetés en prison. Ils seront sauvés par une
rébellion habilement suscitée par Tigrane dans le camp
arménien. Tiridate, vaincu, se réfugie auprès de
sa femme Polyxène, soeur de Rhadamiste. Celui-ci, magnanime,
renonce à sa vengeance et l'opéra s'achève dans
une atmosphère de paix retrouvée et d'allégresse
générale.
Représentations :
Kiel, Opernhaus
- 10, 14 mars, 7, 15, 28 avril, 10, 22 mai, 2, 15 juin
2012 - dir. Rubén Dubrovsky - mise en scène Nele
Tippelmann - décors Eveline Havertz - costumes Sabine Keil
- avec Ulrich Burdack (Farasmane), Antonio Giovannini (Radamisto),
Amira Elmadfa (Zenobia), Kyung-Sik Woo (Tiridate), Sen Acar
(Polissena), Heike Wittlieb (Tigrane), Hanna Herfurtner (Fraarte)
- nouvelle production
Londres - Coliseum
- 7, 10, 13, 15, 19, 22, 29 octobre, 4 novembre 2010 -
English National Opera - dir. Laurence Cummings - mise en
scène David Alden - décors, costumes Gideon Davey -
lumières Rick Fisher - avec Lawrence Zazzo (Radamisto),
Christine Rice (Zenobia), Sophie Bevan (Polissena), Ailish Tynan
(Tigrane), Ryan McKinny (Tiridate), Henry Waddington (Farasmane)-
nouvelle coproduction avec Santa Fe Opera
Karlsruhe - Badisches
Staatstheater - 25, 27, 28 février 2010 - dir.
Peter Van Heyghen - mise en scène Sigrid T'Hooft -
décors Christian Floeren - costumes Stepjhan Dietrich -
chorégraphie Sigrid T'Hooft - dramaturgie Katrin Lorbeer -
avec Patrick Henckens (Tiridate), Berit Barfred-Jensen (Fraarte),
Kirsten Blaise (Polissena), Mika Kares (Farasmane), Delphine Galou
(Zenobia), Tamara Gura (Radamisto), Ina Schlingensiepen (Tigrane)
Karlsruhe - Badisches
Staatstheater - 20, 22, 24, 26, 28 février 2009
- dir. Peter Van Heyghen - mise en scène Sigrid T'Hooft -
décors Christian Floeren - costumes Stepjhan Dietrich -
chorégraphie Sigrid T'Hooft - dramaturgie Katrin Lorbeer -
avec Patrick Henckens (Tiridate), Berit Barfred-Jensen (Fraarte),
Kirsten Blaise (Polissena), Mika Kares (Farasmane), Delphine Galou
(Zenobia), Tamara Gura (Radamisto), Ina Schlingensiepen (Tigrane)
- nouvelle production
"L'équipe du Festival
Haendel de Karlsruhe préfère parler de travail «
musicologiquement informé » que de reconstitution, mais
c’est bien dans une véritable machine à remonter le
temps que nous embarque ce Radamisto à l’ancienne, d’une
historicité radicale surcharge extravagante des costumes,
reproduction minutieuse d’un théâtre à coulisses
baroque... Observer le fonctionnement réel de ces dispositifs
bien connus grâce aux gravures d’époque étonne,
mais en définitive moins que la gestique imposée aux
chanteurs visages invariablement face au public, démarche
avantageuse amenant chacun à se pavaner successivement ici
puis là, positions des bras et des mains semblant
limitées à une dizaine de combinaisons possibles,
paumes tantôt en haut, en bas ou en avant, bras tendus ou
à demi fléchis... une rhétorique des attitudes
qui nous laisse perplexes!
Mais, plutôt que de se
fatiguer à en chercher la signification symbolique, mieux vaut
tenter simplement l’immersion dans cette poétique musicale et
visuelle étrange, à la lueur vacillante de centaines de
bougies jetant sur les visages de curieuses ombres
déformantes. S’opère alors une séduisante fusion
entre ce que perçoivent l’oeil et l’oreille, l’arabesque d’un
costume semblant correspondre tout à coup à la ligne
d’une vocalise, ou le décorum instrumental d’un air
s’accordant parfaitement à l’évolution sur le plateau
d’une figuration riche.
Car c’est là l’une des
particularités les plus notables de ce travail. Les
personnages de l’opera seria, connus en principe pour pousser
successivement leur air à la rampe, puis sortir d’un
côté pendant que le chanteur suivant arrive de l’autre,
sont entourés ici en permanence de multiples comparses
courtisans, porteuses de traîne, soldats, furies dansantes...
Tout un appareil humain détaillé par un précieux
document d’époque : les notes complètes de la mise en
scène d’origine de ce Radamista, que la chorégraphe
Sigrid T’Hooft s’est appliquée à suivre minutieusement.
Enormément de préméditations et de
prérequis, donc, pour un spectacle qui aurait pu
définitivement périr sous tant d’ardeur muséale.
Mais, en dépit d’un ennui difficile à éviter
constamment, c’est quand même un véritable charme qui
s’y installe durablement.
Autre scrupule musicologique :
c’est la version initiale de Radamisto, d’avril 1720, qui a
été retenue. Moins d’un an plus tard, Haendel devait
remanier l’ouvrage, en l’enrichissant de nombreux airs, notamment
pour le castrat Senesino, qu’il venait d’attirer en Angleterre. Cette
première édition est sans doute davantage à la
portée de la distribution réunie ici, au mieux
honorable et souvent novée par un accompagnement certes
authentique, mais très sonore : des Deutsche
HändelSolisten que Peter van Hevghen pousse au maximum de
leurs possibilités expressives.
La mezzo Tamara Gura peine
à donner du relief au rôle-titre et le ténor
Patrick Henckens parait trop pâle dans le belliqueux Tiridate.
La basse Mika Kares campe un robuste Faramane, et la contralto
française Delphine Galon, une émouvante Zenobia. Enfin,
des trois sopranos, Kirsten Blaise (Polissena) est celle qui se tire
le mieux d’affaire. Un spectacle dont on retiendra surtout l’aspect
visuel insolite."
Opéra de Santa
Fé - 19, 23 juillet, 1er, 7, 15, 20 août
2008 - dir. Harry Bicket - mise en scène David Alden -
décors, costumes Gideon Davey - lumières Rick Fisher
- avec David Daniels (Radamisto), Laura Claycomb (Polissena),
Deborah Domanski (Zenobia), Heidi Stober (Tigrane), Luca Pisaroni
(Tiridate), Kevin Murphy (Farasmane) - nouvelle production
Classique.news - 23 juillet 2008
- Orientalismes abstraits
"Cinquième production
de Handel sur la mesa new-mexicaine, après Ariodante (1987),
Xerxès (1993), Semele (1997) et Agrippina (2004), Radamisto
est une œuvre rarement montée qui lança la
carrière du compositeur comme directeur de la Royal Academy
londonienne. Le livret inspiré de Tacite raconte les vies
entrelacées de Zénobie et de son mari Radamisto, prince
thrace en 53 avant J.C. Ils sont assiégés par Tiridate,
roi arménien marié à Polissena (sœur de
Radamisto), mais mené à l’aggression par sa passion
violente pour Zénobie. Sauvés par le commandant
Tigrane, Radamisto et Zénobie s’échappent, menant
à la fameuse scène (chère à Poussin et
aux peintures orientalistes de Bouguereau et Baudry) où, de
peut d’être captive et séparée de son mari, elle
se jette de désespoir dans les eaux de la mythique Araxes.
Après maints rebondissements, trahisons et complots, l’amour
tyrannique de Tiridate se consume et il retourne à la
fidèle Polissena, pendant que Radamisto et Zénobie
chantent le « doux refuge » de leur
réunification.
Le metteur en scène new
yorkais David Alden, connu pour ses controversées productions
à l’ENO et Bayerische Staatsoper, s’attaque avec succès
à ce chef d’œuvre de l’opera seria. Alden, qui a la
réputation d’être un directeur « politique »
(on se rappelle son Rinaldo « évangéliste »
à Munich par exemple), freine ici ses visions provocatrices et
concentre l’œuvre sur les six personnages. Radamisto est un
opéra héroïque certes, qui nécessite la
confrontation de troupes et le siège d’une ville
fortifiée sur la scène, mais plus que ces actions
historico-mythiques il met en scène la complexité de
l’amour, de la trahison, de la fidélité, de la
dévotion, tout cela dans la Thrace antique. Avec son
scénographe attitré Gideon Davey, Alden transpose
l’action loin de l’antiquité romaine et crée un Orient
abstrait et coloré, violent et enchanteur à la fois,
comme on l’imagine lisant le dernier livre de Rushdie, «
L’enchanteresse de Florence ». Au premier acte, les grands
panneaux rouges décorés de motifs floraux
géants, noirs et stylisés, servent de murs
intérieurs, de murs d’enceinte et de chemins de ronde,…
créant un univers chaud qui enveloppe et pourtant isole comme
la pierre. Les corbeaux noirs qui entourent la scène et
perchent aussi sur les murs autour des spectateurs peuvent
paraître insolites, jusqu’à ce que l’on se
rappelle—comme l’écrivit Edgar Poe à propos de son
fameux poème de 1845—que les oiseaux noirs symbolisaient le
deuil et le souvenir interminable, bref la dévotion à
l’amour qui est un des thèmes de l’opéra. Les corbeaux
croasseront donc dans la dernière scène de l’acte 1,
quand Radamisto pleure la disparition de Zénobie dans les
flots.
Au deuxième acte, tout
bouge sous les lumières extrêmes de Rick Fisher : les
panneaux peints et métallisés transforment la
scène en salle royale, jardins enchantés, prisons… dont
la succession reflète intelligemment le rythme et la
tonalité des arias. Dragons sortant des murs, paons
réalistes, animaux sauvages de peluche occupent ces espaces,
gardent ou détournent l’attention du spectateur—on dirait
qu’Alden a craint que la répétition et succession des
airs chez Handel puisse avoir un effet hypnotique dans les nuits
fraîches de Santa Fe, mais, dans l’ensemble, on peut regretter
un effet de distraction souvent gratuit. Quant aux costumes
dessinés par Davey, ils sont superbes et pleins d’invention
aux subtils décalages temporels.
Au cœur de tout cela, la
direction d’Alden est fébrile, torturée et intime
à la fois. Les corps se touchent violemment (Tiridate),
tendrement (Zénobia), de grandes marionettes symbolisent les
soldats, Zénobie est emmenée captive chez Tiridate dans
un tapis d’Orient que l’on déroule… Une mise en scène
forte et efficace mais qui soufre, souvent, d’un excès de
gesticulation : les femmes, Polissena en particulier, se tordent au
sol ou rampent contre les murs, parfois à juste titre, parfois
de manière difficilement compréhensible (comme quand,
au deuxième acte, un groupe de servantes nettoie
littéralement le sol de la scène avant d’être
promptement éjectées par Tiridate !
Passions et tourments - Le
Santa Fe Opera a la réputation de monter des spectacles «
d’ensemble » où des équipes soudées de
jeunes chanteurs et chanteuses s’intègrent autour d'une ou
deux stars. Radamisto en est une nouvelle démonstration avec
six artistes qui ont Handel dans le corps. Ici, la star est le
contre-ténor David Daniels, qui débute à Santa
Fe avec un Radamisto de grande stature, poignant et lyrique à
souhait, princier mais qui sait exprimer la faiblesse ou le
désespoir quand il lamente la perte–présumée–de
Zénobie : une grande performance. Kevin Murphy campe un
honnête Farasmane, mais c’est le basse-baryton Luca Pisaroni
qui impressione en Tiridate : vocalement et physiquement il chante et
bouge comme un guerrier en armes et amour (Pisaroni a triomphé
également en comte dans les Noces de Figaro durant ce
même festival). Les « épouses » sont moins
à l’aise : la jeune mezzo-soprano, Deborah Domanski
(remplaçant Christine Rice, malade), nous donne une
Zénobie émotionnante et ravissante à souhait
mais la voix n’est pas entièrement ajustée et manque de
lyrisme technique ; Laura Claycomb force un peu en Polissena, et son
interprétation est dans l’ensemble très froide
(peut-être dû au choix de Alden ?). La meilleure voix
féminine est incontestablement la soprano Heidi Stober en
prince-commandant Tigrane, ici habillé de vêtements
nettement modernes : lunettes, cravate, fez,… Bien que contestable,
cet accoutrement met en lumière, en quelque sorte, son
rôle important dans l’opéra ; Tigrane-Stober devient un
peu comme un maître de cérémonie tirant les
ficelles des destinées entremêlées (rappelons que
le personnage est amoureux fou de Zénobie).
A la tête de l’excellent
orchestre du festival, Harry Bicket domine la partition.
Précis et souple, il excelle dans les pages intimistes tout
comme dans les pages héroïques (les splendides accents
des trompettes dans la bataille du premier acte par exemple). Quant
au quatuor final il sonne vraiment, sous la baguette de Bicket, comme
le grand « moment annonciateur » de cette grande
partition."
Opéra Magazine - octobre 2008 - 23
juillet 2008
"Santa Fe a choisi de donner
Radamisto (Londres, troisième version, avec les remaniements
du rôle-titre pour le fameux castrat Senesino et la suppression
du personnage de Fraarte. Harry Bicket a certes pratiqué des
coupures dans la partition mais il a au moins respecté la
structure des arie da capo, sa direction, à la fois nerveuse
et stylée, constituant l'un des incontestables atouts de cette
nouvelle production.
La mise en scène de
David Alden soulève davantage de peerplexité. On
portera à son crédit une intelligente mise en exergue
des relations entre les protagonistes. Mais que de contorsions
inutiles au sol ! que de décors dépourvus de sens,
venant distraire l'attention du spectateur pendant les da capo! Trois
personnages sont particulièrement maltraités :
Farasmane, le père de Radamisto, roué de coups et,
surtou, privé de toute intervention soliste (dommage pour
Kevin Murphy!) ; sa fille Polissena, épouse du tyran Tiridate,
presque constamment stupide ou repoussante (personnellement, nous
avons trouvé le timbre de Laura Claycomb plutôt anonyme,
mais il faut reconnaître que la soprano dispose de formidables
capacités dans l’aigu, dont elle fait deusage au delà
des frontières du bon goût) ; le noble prince Tigrane
enfin, remarquablement chanté par Heidi Stober, mais
affligé d’un costume particulièrement peu seyant :
énormes lunettes, perruque hideuse, chaussures lui donnant une
allure maladroite...). Du coup, ce sont les deux beaux-frères
et rivaux qui dominent le plateau. Dans une forme vocale
stupéfiante, David Daniels déploie en Radamisto des
trésors de legato dans les passages lents et des vocalises
exubérantes, se confirmant au passage l’un des meilleurs
chanteurs haendéliens de notre époque. Luca Pisaroni,
complètement investi dans son personnage de monstre
assoiffé de sang (c’est ainsi que David Alden voit Tiridate),
affirme une saisissante maîtrise de la langue dans les
récitatifs et une réelle assurance dans ses airs de
bravoure. La jeune Deborah Domanski, en revanche, remplaçant
Christine Rice pour toute la série de représentations,
accuse de gênantes inégalités de registre en
Zenobia, qui réclame davantage de poli dans l’émission
et de perfection technique.
Visuellement, on saluera la
qualité des costumes spectaculairement ornés de Gideon
Davev (à l’exception, nous l’avons dit, de celui de Tigrane).
Ses décors soulèvent moins d’enthousiasme car ils
fatiguent l’oeil, notamment les murs en miroirs faiblement
éclairés de la scène finale."
Hambourg -
Staatsoper - 20, 22, 27 septembre, 6, 12 octobre 2007 -
dir. Martin Haselböck - mise en scène Marco Arturo
Marelli - costumes Dagmar Niefind-Marelli - avec Florian Boesch
(Tiridate), Kari Postma (Fraarte), Trine W. Lund (Polissena), Tim
Mirfin (Farasmane), David DQ Lee (Radamisto), Deborah Humble
(Zenobia), Hellen Kwon (Tigrane)
Hambourg -
Staatsoper - 13, 16, 19, 22, 25, 28 mai, 1er juin 2007
- dir. Martin Haselböck - mise en scène Marco Arturo
Marelli - costumes Dagmar Niefind-Marelli - avec Florian Boesch
(Tiridate), Kari Postma (Fraarte), Inga Kalna (Polissena), Tim
Mirfin (Farasmane), David DongQyu Lee (Radamisto), Maité
Beaumont (Zenobia), Hellen Kwon (Tigrane) - nouvelle production
Amsterdam - Concertgebouw
- 17 octobre 2004 - Wiener Akademie - dir. Martin
Haselböck - avec Carlos Mena, contre-ténor
(Radamisto), Marina Rodriguez-Cusi, soprano (Zenobia), Florian
Boesch, basse (Tiridate), Melba Ramos, soprano (Tigrane), Linda
Perillo, soprano (Fraarte), Curtis Streetman, basse (Farasmane),
Linda Larsson & Anna Ryberg, soprano (Polissena)
Opéra de
Zürich - 14, 16, 18, 20, 24, 26, 28 mars 2004
- Londres - Royal Festival Hall, South
Bank Centre - 22 mars 2004 - version de concert - La
Scintilla - dir. William Christie - mise en scène Claus
Guth - décors et costumes Christian Schmidt -
lumières Jürgen Hoffmann - avec Marijana Mijanovic
(Radamisto), Liliana Nikiteanu (Zenobia), Rolf Haunstein
(Farasmane), Isabel Rey (Tigrane), Elizabeth Rae Magnuson
(Fraarte), Reinhard Mayr (Tiridate), Malin Hartelius
(Polissena)
"Radamisto est avare en effets
musicaux spectaculaires. Aussi William Christie aborde-t-il cet
ouvrage en travaillant sur les subtils rapports de dosage sonore qu
entretiennent les nombreux airs (trente-sept en tout !) contenus dans
cette partition. Avec la complicité des membres de La
Scintilla, il situe chaque moment musical dans une perspective sonore
spécifique qui en signale clairement la fonction dramatique ;
ainsi les airs lents apparaissent-ils comme autant
d'éclairages différents mis sur la souffrance
individuelle, sans que jamais le déroulement de l'action
psychologique ne soit ralenti. Les chanteurs forment un ensemble
homogène. Marijana Mijanovic (Radamisto) éblouit par la
vélocité de sa vocalisation, la clarté de son
émission dans le grave, la subtilité d'un jeu
scénique ennemi de toute affectation. Liliana Nikiteanu
(Zenobia) se hisse au même niveau d'intensté avec un
timbre à la fois suave et argentin. Le chant de Malin
Hartelius (Polissena) s'avère encore plus subtil, l'aigu se
déploie sans aucune trace d'effort. Isabel Reey (Tigrane) est
franchement à la peine, alors que Elizabeth Rae Magnuson
(Faarte) met les rieurs de coté en se livrant à de
désopilantes facéties vocales qui n'ont pas grand-chose
à voir avec l'esprit de l'opéra seria. Quant à
Reinhard Mayr (Tiridate), il exploite la riche d'un timbre de basse
délié qui déploie tous ses atouts dans
l'écriture ornée du rôle.
Dans sa mise en scène,
Claus Guth transplante l'action dans un milieu bourgeois
fortuné, un brin maffieux, qui n'est pas sans rappeler le
monde décadent des romans de Moravia. En travaillant sur les
codes sociaux et vestimentaires du monde moderne, il recrée
une gestique dont l'artificialité chorégraphiée
fait intelligemment écho aux tournures épurées
du langage mélodique de Haendel. Le résultat, tout
simplement brillant, a suscité l'enthousiasme après
quatre heures de représentation..." (Opéra
International - avril 2004)
Festival Barocco de
Viterbo e Tuscania - Cathédrale San Lorenzo de Viterbo
- 20 septembre 2003 - Vienne -
Wiener Konzerthaus - 28 septembre 2003 - Il Complesso
Barocco - dir. Alan Curtis - avec Joyce Di Donato (Radamisto),
Maite Beaumont (Zenobia), Laura Cherici (Tigrane), Dominique
Labelle (Fraarte), Zachary Stains (Tiridate), Carlo Lepore
(Farasmane)
Salzbourg -
Felsenreitschule - 18 mai 2002 -
Dortmund - Konzerthaus
- 22 novembre 2002 (version de concert) - Wiener Akademie - dir. Martin Haselböck - mise en scène
et décors Hans Gratzer - costumes Andrea Uhmann -
avec Curtis Streetman (Farasmane), Carlos Mena (Radamisto), Monica
Groop (Zenobia), Melba Ramos (Tigrane), Florian Boesch (Tiridate),
Lisa Larsson (Polissena), Elisabeth Kulman (Fraarte)
"Prétextant le respect
du lieu, Hans Gratzer s'est contenté de placer un grand
praticable...des podiums parallèles où les chanteurs
viennent chanter leurs airs tour à tour, immobiles et face au
public...Malgré la qualité des instrumentistes et une
partie orchestrale impeccable, Martin Haselbröck...n'est
malheureusement pas parvenu à compenser musicalement ce
spectacle si frustrant...le plateau était heureusement de tout
premier ordre...la très sûre Zénobie de Monica
Groop, l'énergique Tigrane de Melba Ramos...la très
belle Polissena de Lisa Larsson...le Tiridate de Floriuan Boesch d'un
engagement impressionnant...Carlos Mena donne un Radamisto
impeccable."
Halle -
Opernhaus - 13 juin 2001 -
Händelfestspielorchester - dir. Alan Curtis - mise en
scène Lindy Hume - avec Stephen Wallace (ou David Cordier
?) (Radamisto), Lynda Lee (Zenobia), Anna Ryberg (Polissena),
Manuela Uhl (Tigrane), Anke Berndt (Fraarte), Raimund Nolte
(Tiridate), Jürgen Trekel (Farasmane)
Opera de Saint
Louis - 4, 7, 10, 13, 16, 22 juin 2000 - dir. Lewellyn
- mise en scène Graham - avec Meek, Tonna Miller
(Polissena), Bender, Ryland Angel (Radamisto), David Evitts
(Tiridate)
Halle -
Opernhaus - 3 juin 2000 - Händelfestspielorchester
- dir. Alan Curtis - mise en scène Lindy Hume -
décors Carl Friedrich Oberle - avec David Cordier
(Radamisto), Lynda Lee (Zenobia), Anna Ryberg (Polissena), Manuela
Uhl (Tigrane), Anke Berndt (Fraarte), Raimund Nolte (Tiridate),
Jürgen Trekel (Farasmane)
Opéra de
Marseille - 25, 27, 29
février, 2 mars 1996 - dir. Steuart Bedford - mise en
scène Drew Minter - décors Scott Blake - costumes
Bonnie Krüger - avec Nathalie Stutzmann (Radamisto),
Hélène Perraguin (Zenobia), Steffanie Pearce
(Polissena), Nicholas Clapton (Tigrane), Ludovic Tézier
(Farasmane) - Production de Göttingen
"Tout spécialiste de
Haendel qu'il soit, le metteur en scène Drew Minter a commis
une cascade d'erreurs inexplicables. En preeemiere mlieu, il confond
encore le composite et le contraste si constitutifs de l'art baroque,
avec une sthétique du caprice edt du paatchwork...Puis,
à partir de gestes, empruntés au petit bonheur à
la gestuelle baroque, il a composé des séquences
sémaphoriques...Enfin, et c'est peut-être le plus
stupéfiant, sa probable peur du statisme scénique l'a
poussé à une débauche de déplacements
dans les arie...Se retrouve ainsi niée la forme même
d'opera seria, dans laquelle le récitatif supporte l'action
tandis que l'aria la suspend. Assez peu à l'aise avec la
langue italienne, le plateau vocaal n'avait rien d'extraordinaire,
à une exception près, Hélène Perraguin
(Zenobia). Sans être une styliste haendelienne, elle a
été la seule réellement touchante de bout en
bout, et a fait preuve d'une excellente vocalité : timbre
rond, ligne de chant bien conduite, vocalises aisées, et
expressivité toujours juste. Dans le rôle-titre,
Nathalie Stutzmann captive au départ par son timbre inusuel
dans le monde opératique mais trop monochrome, gardé en
bouche et sans aucune palette dynamique, son art vocal, trop
prévisible, dévoile vite ses atouts, et se
révèle incapable de faire évoluer un personnage
au long d'un tel ouvrage.
Dans leurs rôles
respectifs, Neal Davies (Tiridate), Steffanie Pearce (Polissena) et
Ludovic Tézier (Farasmane) ont fourni une prestation vocale
fort terne le premier, par une composition caricaturale du tyran, et
les deux derniers cités, par une inexpressivité
patente...Reste enfin le contre-ténor Nicholas Clapton
(Tigrane), au timbre par ailleurs fort acide d'un personnage trouble,
parce que trahissant son roi et amoureux de Zenobia, et essentiel
à l'action, à cause de ses retournements, il ne rend
que les gestes et comportements, sans jamais en faire percevoir les
motivations profondes, ni les tourments. Au lieu d'être
cauteleux et complexe, Tigrane devient un excentrique, qui trahit
sans raison véritable. Steuart Bedford connaît sans
doute bien la partition, puisqu'il l'a révisée. Mais
pourquoi se contente-t-il alors de suivre le plateau vocal (là
où une férule aurait été bien
nécessaire pour unifier une distribution si
hétérogène) et l'orchestre? Radamisto est sans
doute un bel ouvrage, mais il fallait beaucoup de constance pour le
deviner sous tant d'inappropriations." (Opéra International -
avril 1996)
Göttingen -
13 juin 1993 - dir. Nicholas McGegan - mise en scène Drew
Minter - décors Scott Blake - costumes Bonnie Krüger -
avec Ralf Popken (Radamisto), Michael Dean (Tiridate), Nicolas
Cavallier (Farasmene), Lisa Saffer (Polissena), Juliana Gondek
(Zenobia), Monika Frimmer (Fraarte), Dana Hanchard
(Tigrane)
"Nicholas McGegan
présentait la seconde version, établie par Haendel en
décembre 1720 et depuis lors jamais plus
exécutée, qui possède une irrésistible
motricité théâtrale et, à
côté d'airs étourdissants de virtuosité,
des pages profondément expressives, véritables
méditations et soliloques, qui requièrent les plus
hautes qualités vocales et musicales. A cet égard, la
représentation combla, ou presque, les plus exigeants, le
rôle-titre extrêmement ardu ayant mis quelque peu
à l'épreuve Ralf Popken, contreténor à
l'aigu vaillant, mais au timbre un peu sourd dans le médium et
le grave. L'exaltation et la jubilation baroques vibraient à
tout moment dans les prestations de ses partenaires, qui se
trouvaient en parfaite connivence avec l'impétuosité
rythmique déployée par Nicholas McGegan... Juliana
Gondek allia dans Zenobia virtuosité et éloquence avec
une souveraineté qui fit d'elle l'authentique prima donna de
la représentation. Lisa Saffer modela avec flexibilité
les phrases empreintes de lyrisme de Polissena. Les deux autres
sopranos assuraient des rôles masculins, Monica Frimmer avec un
rien de fragilité mais avec un charme primesautier celui de
Fraarte, Dana Hanchard avec plus d'aplomb et de fermeté celui
de Tigrane. La basse-baryton Michael Dean, d'une constante tenue
stylistique, couronna sa brillante interprétation par une
exécution spectaculaire de l'air avec deux cors
concertants...Dans le ravissant petit théâtre de
Göttingen, les décors de Scott Blake et les costumes de
Bonnie Krüger ressuscitent l'atmosphère scénique
aristocratique sophistiquée de la grande époque
baroque." (Opéra International - octobre 1993)
Washington - Kennedy
Center - 1980 - Handel Festival -
dir. Stephen Simon - avec Richard Lewis (Tiridate), Beverly Wolff
(Radamisto), Benita Valente (Polissena), Hilda Harris
(?)
Halle - Festival Haendel - 1979 - Handelfestspielorchester Landestheater
Halle - dir. Volker Rohde - mise en scène Martin Schneider
- décors Bernd Leistner - costumes Jutta
Harnisch
Halle - Festival Haendel - 1978 - Handelfestspielorchester Landestheater
Halle - dir. Volker Rohde - mise en scène Martin Schneider
- décors Bernd Leistner - costumes Jutta
Harnisch
Londres - Handel Opera Society - 1960
Halle - Festival Haendel
- 12 juin 1955 - Landestheater
Halle - dir. Horst Tanu Margraf - mise en scène Heinz
Rückert - décors et costumes Rudolf Heinrich - avec
Margarete Herzberg, Hellmuth Kaphahn