Opéra
(HWV 25) en trois actes, sur un livret de Nicola Francesco Haym,
d'après celui de Carlo Sigismondo Capece, Tolomeo e Alessandro overo La corona
disprezzata,
représenté par les Academici imperturbabili, au théâtre Saint Apollinaire de
Venise, en 1658.
Achevé le 19 avril 1728,
il fut créé au King's Theatre le 30 avril 1728, avec
une distribution réunissant Faustina Bordoni, soprano (Elisa),
Francesca Cuzzoni, soprano (Seleuce), Francesco Bernardi dit
Il Senesino, alto castrato (Tolomeo), Antonio Baldi, alto
castrato (Alessandro), Giuseppe Maria Boschi, basse (Araspe). Il y
eut sept représentations.
L'oeuvre fut reprise pour sept
représentations le 19 mai 1731, dans uen version comportant de
multiples révisions, et douze morceaux supplémentaires,
puis pour quatre représentations le 2 janvier 1733, lors de la
quatrième saison de la Nouvelle Académie.
Hambourg -
Opernloft - 21 avril, 2 juillet
2011 - OperaBreve - dir. Markus Bruker - mise en scène
Inken Rahardt - décors, costumes Claudia Weinhart - avec
Soomi Hong (Tolomeo), Lisa Jackson (Elisa), Lotta Hultmark,
Ewelina Moskal (Seleuce), Armin Stein (Alessandro)
Theater
Wien - 21 octobre 2010 - version
de concert - Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec Karina
Gauvin (Seleuce), Roberta Invernizzi (Elisa), Iestyn Davies
(Tolomeo), Romina Basso (Alessandro), Matthew Brook
(Araspe)
Glimmerglass Opera -
Cooperstown - États-Unis -
18, 23, 31 juillet, 8, 12, 14, 17, 23 août 2010 - dir.
Christian Curnyn - mise en scène Chas Rader-Shieber -
décors Donald Eastman - costumes Andrea Hood -
lumières Robert Wierzel - avec Anthony Roth Costanzo
(Tolomeo), Julie Boulianne (Elisa), Joelle Harvey (Seleuce) -
Première représentation aux États Unis
Londres - RCM Britten
Theatre - 17 octobre 2009 - Malvern, Festival Theatre - 29 octobre 2009 - Exeter, Northcott Theatre - 5 novembre 2009 - Cambridge, Arts Theatre - 19 novembre 2009 - English Touring Opera - dir.
John Andrews - mise en scène James Conway - décors
Michael Vale - avec Clint van der Linde (Tolomeo), Rachel Nicholls
(Elisa), Katherine Manley (Seleuce), James Laing (Alessandro),
Neil Baker (Araspe)
Madrid -Teatro Real
- 14 février 2009 - version de concert - Il
Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec
Anne Hallenberg (Tolomeo), Klara Ek (Elisa), Karina Gauvin
(Seleuce), Andrew Foster-Williams (Araspe), Romina Basso
(Alessandro)
Bilbao - Teatro
Arriaga - 19 octobre 2008 -
Collegium Marianum - dir. Carlos Aragón - mise en
scène Curro Carreres - décors et costumes Juan
Sebastián Domínguez - lumières Eduardo Bravo
- avec Flavio Oliver, Maria Grazia Schiavo, Ivan García,
Filippo Mineccia, Soledad Cardoso (Elisa)
Théâtre des
Champs Élysées
- 4 avril 2008 - version de concert - Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec Sonia Prina
(Tolomeo), Anna Bonitatibus (Elisa), Karina Gauvin (Seleuce), Vito
Priante (Araspe), Romina Basso (Alessandro)
Classica - mai 2008
"un Tolomeo de
piètre tenue, en dépit des efforts de Sonia Prina et
Karina Gauvin pour sauver cette entreprise perdue par les
inacceptables approximations du Complesso barocco." ()
Créé en 1728
à la suite de Riccardo Primo et Siroe Rè di Persia,
Tolomeo date de la dernière saison de la Royal Academy
abritée au King’s Theater déclinant de Haymarket. Le
librettiste Haym, conformément à l’usage, avait
adapté, c’est-à-dire vigoureusement réduit un
ancien livret de Capece (Tolomeo ed Alessandro, ossia la Corona
disprezzata) que le jeune Domenico Scarlatti avait mis en musique
à Rome en 1711. Il en résulte une action dramatique
moyennement équilibrée, où
l’intérêt vient davantage du double travestissement
pastoral du couple royal séparé que des passions
politiques ou privées. Là où Tamerlano ou
Rodelinda disposent un véritable théâtre
tragique, on n’en a ici que le simulacre, ou plutôt
l’ombre.
L’ombre des arbres et le
murmure des sources enveloppent le drame, situé dans une
Chypre plus arcadienne qu’autre chose. Le protagoniste déchu
par sa génitrice, la méchante Cléopâtre
III, appartient à cette race de « héros »
plus occupé par des pulsions léthargiques ou
suicidaires qu’à faire triompher l’énergie de leur
grande âme. Ce Ptolémée chante un seul air
héroïque (« Son qual rocca percossa dall’onde
») mais pour exalter une sorte de vertu stoïcienne, celle
du rocher qui sombre dans la mer frappé par la foudre, et
aussi celle de l’empoisonnement volontaire, dans un fameux monologue
qui constitue le point culminant de l’acte III. Mais le poison
n’était qu’un somnifère : lieto fine. Or, dès
l’acte I, son monologue d’entrée le montre prêt à
se jeter dans la mer, avant que sa douleur, quelques scènes
plus loin, le plonge dans le sommeil : le livret
récupère alors la situation-type de la pastorale
où le bel endormi est découvert et contemplé par
sa fausse bergère. Séleucis, épouse de
Ptolémée réputée morte dans un naufrage,
erre en effet dans l’île sous l’habit de la bergère, et
au personnage créé par Francesca Cuzzoni reviennent au
moins quatre airs d’inspiration pastorale : « Mi volgo ad ogni
fronda » (air d’entrée à l’acte I), « Fonti
amiche, aure leggere » (acte I), « Aure, portate »
(acte II), air de la tourterelle à l’acte III, sans compter le
merveilleux air a due « Dite, che fa, dov’è »
où Seleucis et Ptolémée errent dans le bois, se
croisant sans s’unir sinon par le chant.
Justement, ce qui
caractérise cet opéra est ce climat poétique de
la pastorale (idyllique ou élégiaque et non pas
tragique) qu’incarne le chant de Séleucis, évoquant
à la fois la Daphné de la cantate romaine Apollo e
Dafne ou le lyrisme bucolique d'Angélique dans Orlando (en
moins ambigu néanmoins). Il est remarquable que le rôle
de sa rivale, la princesse Élise, peine à donner corps
aux passions du ressentiment et de la vengeance qui devraient
l’individualiser dans le drame. D’un côté, son air
véhément « Ti pentirai, crudel » est d’une
énergie un peu courte ; de l’autre, elle multiplie les «
airs de comparaison » où triomphe l’hédonisme un
peu gratuit de la métaphore, et de la métaphore
bucolique précisément : dès l’acte I, avec
« Quell’onda che si frange » ou « Se talor miri un
fior » (version inattendue de l’art horticole), puis à
l’acte II avec « Quanto è felice quell’augelletto
».
Dès lors l’unité
de lieu héritée du livret romain (quasiment toute
l’action se déroule en extérieur dans un cadre
bucolique) me semble moins à porter au crédit d’un
effort de représenter un espace vraisemblable,
classicisé en quelque sorte (c’est ainsi que
l’interprète Dorothea Schröder à la suite de
Reinhard Strohm dans la notice de l’enregistrement Archiv),
qu’à celui d’une sorte d’unité poétique de
l’opéra dont la pastorale serait le foyer. De ce point de vue,
comment ne pas admirer la façon dont Haendel varie
l’écriture musicale au sein d’un livret justement peu
varié dans ses climats, et parcimonieux en contrastes
?
Plus de contraste, y compris
çà et là à l’intérieur d’un
même air, c’est ce qui manque sans doute à la direction
d’ Alan Curtis. C’est la première fois que je le voyais
diriger, et sa gestuelle, qui évoque plus l’esquisse
nonchalante que la poigne d’un chef, m’a d’autant plus frappé
que sa personne rappelle assez Jean Rochefort. C’est surtout une
tendance à marquer la pulsation rythmique de façon trop
uniforme, et au détriment de la longueur de ligne ou
simplement de la flexibilité du phrasé, qui aura
gêné. Trop de raideur, pas assez de souplesse. C’est
flagrant quand il s’agit d’accompagner Karina Gauvin, aux
phrasés amples, enveloppants quoique conduits avec une grande
rigueur. Ainsi dans « Fonti amiche », la voix et
l’orchestre semble ne pas vraiment respirer de la même
façon. L'air d'entrée de Sélecis sonne plus
mécanique au disque, néanmoins.
Par ailleurs, la couleur de
l’orchestre est belle, et nonobstant un flottement passager à
l’acte I et un violoncelle solo au charme perfectible, l’ensemble
reste très honorable, franc et attentif, avec une
sécheresse moindre que dans l’enregistrement, m’a-t-il
semblé. Dans « Stille amare », Curtis dessine
l’effusion du poison aux cordes avec une certaine
véhémence, avec un son plus plein et plus dramatique
qu’au disque : c’est plus proche d’ailleurs de la flagellation que du
goutte à goutte, mais très bien accordé à
l’esprit dans lequel chante alors Sonia Prina, plus noire et
dramatique qu’Ann Hallenberg dans l’enregistrement Archiv. On peut
toujours désirer un vrai sens de l’imagination dramatique,
surtout dans un opéra qui necéssite d’être un peu
aidé pour se soutenir, mais pour le coup c’est la distribution
qui intéressait de bout en bout.
Distribution d’un excellent
niveau, avec surcroît des voix aux timbres bien
individualisés. Il est heureux par exemple que le rôle
de Faustina Bordoni (Elisa) ait été confié
à un franc mezzo comme Anna Bonitatibus : même si
certains airs ne sont pas forcément confortables pour elle,
l’obligeant à placer plus haut son émission, la couleur
est différente de celle de sa rivale,
interprétée par Karina Gauvin. Et si le remplacement
d’Ann Hallenberg par Sonia Prina dans le rôle-titre nous prive
de la noblesse de l’absente, on y gagne des couleurs plus
contrastées.
Même le rôle
secondaire d’Alexandre, qui plus est amputé de l’un de ses
airs, bénéficie des grandes qualités de Romina
Basso, que j’entendais pour la première fois. Grand style,
déclamation très expressive (malgré quelques
appoggiatures un peu complaisantes), timbre individuel, assez sombre,
un peu sfumato, et dont elle tire un jeu de couleurs à la fois
intelligent et séduisant. Qualités de timbre et de
relief également pour l’Araspe ténébreux de Vito
Priante, même si son ramage ne vaut pas son plumage latin. Je
veux dire qu’il peine à rivaliser avec
l’élégance, la beauté de déclamation, et
l’aisance de Pietro Spagnoli dans l’enregistrement
Archiv.
Anna Bonitatibus, que je
n'avais plus vue depuis Les Contes d'Hoffmann à Lyon, dispense
ses qualités souveraines, mais semble contrainte par le
concert, trop attachée à sa partition, et chantant avec
une gestuelle qu’on dira « technique », comme on voit aux
chanteurs qui répètent ou enregistrent un disque, par
exemple en levant le bras comme pour mieux atteindre une note
aiguë. C’est au demeurant très beau, le spectacle de ce
travail physique, de cet effort qui vainc la difficulté. Le
chant est précis, malgré des crispations
épisodiques, la présence notable (et l’œil ardent), le
timbre envoûtant, mais plus encore cette façon
inimitable d’animer la phrase italienne de façon
éloquente, ce ton qu’on lui reconnaît aussitôt. Le
rôle d’Elisa perdait du reste trois de ses airs, de même
que ses pianissimos se perdaient parfois pour
l’oreille.
Relief et effort aussi chez
Sonia Prina, dont l’engagement et la franchise interprétative
convainquent en compensant un chant qui manque assurément de
noblesse et qui surtout se montre trop morcelé aux
dépens de la maîtrise de la phrase. L’impression est
tenace d’entendre une mezzo sollicitant audiblement les profondeurs
du registre alto, mais qu’importe ? Les couleurs, très
contrastées, sont souvent assez crues, avec des effets de
noirceur bienvenus, mais elle s’entend aussi à jouer du
murmure piano. L’ensemble reste très naturel, immédiat,
et elle se montre à la fois viriloïde et touchante.
Voilà une chanteuse qui paye comptant, comme on dit, et chez
elle aussi le spectacle de l’effort, quand elle se cramponne au
pupitre dans les traits vocalisants, participe de la séduction
esthétique. Elle se sort bien de « Son qual rocca
percossa dall’onde », son chant parfois « à
l’arrachée » se trouvant converti en urgence expressive.
Autrement dit, elle a les qualités de ses défauts. Au
sommet, une scène du poison tout à fait
étonnante, d’une profondeur expressive considérable,
profondément sentie, d’une parfaite économie de la
durée et de la suspension, et avec une manière
admirable de tourner l’âpreté vigoureuse du grave en
allègement délicat dans l’aigu (manière
étonnamment proche dans l’esprit de ce qu’a pu faire Felicity
Palmer dans ce répertoire).
Mais la couronne (myrte et
rose), c’est décidément à Karina Gauvin qu’elle
revient. Karina Gauvin, trésor national vivant du
Québec, et trésor de l’interprétation de Haendel
aujourd’hui. On se demande pourtant où sont passés les
trilles, réduits à une vague esquisse, alors qu’elle
est une des rares à maîtriser superbement la chose ; et
si on veut pinailler, on trouvera plus de rondeur à ses A dans
le disque. Mais pour le reste, elle donne tout, vraiment
tout.
C’est d’abord la seule
à s’efforcer de jouer son rôle, la seule aussi chez qui
la partie vocale semble parfaitement incorporée, soutenue par
le regard en particulier. De quelle façon elle remplit
l’espace de ses regards pendant le prélude d’un air, donnant
l’illusion poétique de la scène, installant
d’emblée un climat par l’œil, le sourire ! Cet art
caractérisait déjà sa Circé de Leclair en
concert. Dans Tolomeo, son entrée pour l’aria a due enchanteur
de l’acte II est magistrale de ce point de vue. De même, le
geste discret par lequel elle saisit la main de Prina à la fin
du duetto « Se il cor ti perde » prolonge l’émotion
jusqu’au bout avec une économie remarquable.
Le chant est voluptueux mais
coule de source, d’un souffle exemplaire ; c’est toujours
merveilleusement timbré, rayonnant mais incarné,
plastique, avec une messa di voce surprenante dans l’air de la
tourterelle à l’acte III. Et avec cela une palette de couleurs
incroyable, ajustée au texte et au moment
théâtral, autant dans le récitatif que dans les
airs : rien n’est indifférent, tout parle, tout est
éloquent. L’unité pastorale du rôle ne la trouve
jamais monotone. Il est vrai que ce qui touche aussitôt chez
elle, c’est moins la perfection du chant perçue pour
elle-même que la sensibilité exacte à cette
musique, cette manière de respirer, ce frémissement
intime, sans maniérismes et sans complaisance. La
poésie, la chair, la grâce — et la
générosité."
Londres - Britten
Theatre - London Handel Festival
- 15, 17, 18 mai 2006 - London Handel Orchestra - dir. Laurence
Cummings - mise en scène James Conway - avec Patricia Orr
(Tolomeo), Katherine Manley (Seleuce), Kostas Smoriginas (Araspe),
Laura Mitchell (Elisa), Christopher Ainslie (Alessandro) -
Coproduction avec Benjamin Britten International Opera School,
English Touring Opera
Viterbe -
septembre 2004 - Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec
Sara Mingardo (Tolomeo), Birgitte Christensen (Seleuce), Simone
Kermes (Elmira), Vito Priante (Araspe)
Göttingen
-Festival Haendel
- 1998 - The Hanover Band - dir. Nicholas McGegan - mise en
scène Drew Minter - décors Scott Blake - costumes
Bonnie Kruger - lumières Pierre Dupouey - avec Annette
Markert (Tolomeo), Dominique Labelle (Elisa), Kendra Colton
(Seleuce), Dean Ely (Araspe), David Walker (Alessandro)
Muziektheater Transparant
- Turnhout - 4 mars 1998 -
Anvers - 7, 8 mars 1998 - Hasselt - 10 mars
1998 - Gand - 18 mars 1998 - Amsterdam - 13
avril 1998 - Dordrecht - 17
avril 1998 - Musiektheater Transparant - dir. Dombrecht - mise en
scène Hume - avec Cambier, De Callataÿ, J.P. Kenny /
Pascal Bertin, Dugardin / Puissant, van Mechelen
Halle - Festival
Haendel - 6 et 9 juin 1996 -
Handelfestspielorchester des Opernhauses Halle - dir. Howard Arman
- mise en scène Pilavachi - avec Alex Köhler
(Tolomeo), Linda Perillo (Seleuce), Brian Bannatyne-Scott
(Araspe), Romelia Lichtenstein (Elisa), Jennifer Lane
(Alessandro), Julinus Fleischammer
Abingdon - 1973
- avec Felicity Lott
Halle - Festival
Haendel - 1965 - Orchestre du
Landestheater Halle - dir. Horst Tanu Margraf - mise en
scène Heinz Rückert - décors et costumes Rolf
Döge
Halle - Festival Haendel - 1964 - Orchestre du Landestheater Halle - dir.
Horst Tanu Margraf - mise en scène Heinz Rückert -
décors et costumes Rolf Döge
Halle - Festival
Haendel - Landestheater
Halle - 24 novembre 1963 - adaptation Waldtraut Lewin und Heinz
Rückert - dir. Horst-Tanu Margraf - mise en scène
Heinz Rückert, décors et costumes Rolf Döge -
avec Eva Haßbecker, Renate Kramer, Fred Teschler
Göttingen -
19 juin 1938 - première reprise (en allemand)