COMPOSITEUR
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Jean-Baptiste LULLY
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LIBRETTISTE
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Philippe Quinault
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ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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EDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DETAILLEE
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1987
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1999
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William
Christie
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Harmonia Mundi
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3
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français
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1987
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2003
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William Christie
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Harmonia Mundi
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1 (extraits)
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français
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1987
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2009
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William Christie
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Harmonia Mundi
|
3
|
français
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2009
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2010
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Hugo Reyne
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Accord
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3
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français
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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2011
|
2011
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William Christie
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Fra musica
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Tragédie en musique, en un prologue et
cinq actes, créée dans la Salle des Ballets du
château de Saint-Germain en Laye, le 10 janvier 1676.
La distribution réunissait : Bernard
Clédière (Atys), Morel (Idas), Gaye
(Célénus), Godonesche (Sangar), Ribon (le Sommeil),
Marie Aubry (Sangaride), Marie-Madeleine Brigogne (Doris), Mlle de
Saint-Christophle (Cybèle), Mlle Bony (Mélisse), ainsi
que, dans le Prologue, François Beaumavielle (Le Temps), de La
Grille (un Zéphir), et Marie Verdier (Flore), Mlle Beaucreux
(Melpomène), Mlle Desfronteaux (Iris).
Paarmi les danseurs figurait Louis-Hilaire d'Olivet,
qui dansa une Vieille fontaine, qui faisait partie des treize anciens
de l'Académie royale de danse, dont il était
secrétaire.
On trouve pour la première fois mention de Marin
Marais comme violiste dans le "petit choeur" de l'orchestre de
l'Académie royale, en compagnie du luthiste Pierre Chabanceau
de La Barre et du claveciniste Jean-Henry d'Anglebert.
Une nouvelle représentation eut lieu le 15
janvier 1678, à Saint-Germain, devant le Roi, avec la
même distribution qu'en 1676.
Le 6 mai 1676, Madame de Sévigné
écrivit : J'ai été hier à
l’Opéra... il y a des endroits d’une extrême
beauté ; il y a un sommeil et des songes dont l'invention
surprend ; la symphonie est toute de basses et de sons si
assoupissants, qu’on admire Baptiste sur de nouveaux frais.
Saint-Évremond jugeait ainsi : Les habits,
les décorations, le machines, les danses y sont admirables. La
Descente de Cybèle est un chef d'oeuvre ; le Sommeil y
règne avec tous les charmes d'un Enchanteur. Il y a quelques
endroits de récitatif parfaitement beaux et des scènes
entières d'une musique fort galante et fort agréable. A
tout prendre Atys a été trouvé le plus beau ;
mais c'est là qu'on a commencé à connaître
l'ennui que donne un chant continu trop longtemps.
Le livret de Quinault fut toutefois critiqué :
ainsi Pierre Bayle, philosophe et écrivain (1647 - 1706),
écrivit à son frère : Cet opéra est si
peu de choses quand il est dénué de musique et de
l'actuelle présentation... que cela ne vaut pas le
port.
L'oeuvre fut reprise régulièrement au
Palais Royal :
- le 7 janvier 1682, avec Gaye (le Temps), Mlle C.
Ferdinand (Flore), La Grille (Zéphyr), Mlle L. Ferdinand
(Melpomène), Mlle Puvigny (Iris) dans le prologue,
Clédière (Atys), Mlle Rebel (Sangaride), Mlle C.
Ferdinand (Doris), Mlle Saint-Christophle (Cybèle), Mlle L.
Ferdinand (Mélisse), Gaye (Célénus),
Godonesche (le Dieu du Fleuve Sangar). Plusieurs
personnalités de la Cour se joignirent aux danseurs
professionnels pour les ballets : on vit ainsi Mlle de Nantes en
Nymphe, le Dauphin, le prince de la Roche-sur-Yon, le duc de
Vermandois, le comte de Brionne, le marquis de Mouy en
Égyptiens et en Divinités des eaux, la princesse de
Conti, Mlles de Lillebonne, de Tonnerre, de Laval et de Loubes en
Égyptiennes et en Nymphes des Eaux ;
- en novembre 1689, avec Dun (le Temps) et Mlle
Barbereau (Flore) dans le prologue, Du Mesny (Atys), Hardouin
(Idas), Mlle Moreau (Sangaride), Marthe Le Rochois
(Cybèle), Mlle Renaud (Mélisse), Dun puis Avril
(Célénus), Boutelou (le Sommeil), Guyar (le Fleuve
Sangar) ; les ballets virent se succéder
Phrygiennes, Egyptiens, Songe funeste et
Néréides ;
Le 23 novembre, l'ouvrage fut joué à
Versailles, comme le nota Dangeau dans son Journal :
Mercredi 23, à Versailles. — Le roi et
Monseigneur allèrent à Trianon sur les quatre heures ;
le roi mena avec lui madame d'Arpajon, et a dit qu'il vouloit que les
dames de madame la Dauphine ne fussent pas toujours, durant sa
maladie, hors de tous les plaisirs ; ainsi il les mènera tour
à tour. Il y eut l'opéra d'Atys, grand jeu aux
portiques et au trente et quarante, et quatre tables pour les dames
tenues par le roi, Monseigneur, Monsieur et Madame, et une autre
grande table pour les seigneurs.
- en août 1690, avec la même distribution
;
Le 8 novembre, Atys fut exécuté
à Versailles.
Mercredi 8, à Versailles. — Le roi dîna
à son petit couvert , alla tirer et revint sur les trois
heures à Trianon. Monseigneur dîna chez madame la
princesse de Conty, et puis alla avec elle trouver le roi à
Trianon. Le roi et la reine d'Angleterre y arrivèrent sur les
quatre heures : on y joua au portique, et puis on alla voir
l'opéra d'Atys. Les deux rois, la reine, Monseigneur et
Monsieur étoient dans la tribune ; il n'y avoit que Madame en
bas qui tenoit la cour. Monseigneur étoit incognito en haut,
parce que depuis la mort de madame la Dauphine, il ne voit point de
spectacles ni n'en verra point que l'année ne soit
passée.
- le 31 décembre 1699, avec Hardouin (le
Temps), Mlle Clément (Flore), Boutelou (Zéphyre)
dans le prologue, Du Mesny (Atys), Dun (Idas), Mlle Moreau
(Sangaride), Mlle Desmatins (Cybèle), Mlle Renaud
(Mélisse), Guyar (le Fleuve Sangar), Hardouin
(Célénus), Boutelou (le Sommeil) ;
- le 29 novembre 1708, avec Hardouin (le Temps), Mlle
Aubert (Flore), Boutelou (un Zéphyr) dans le prologue,
Buseau (Atys), Dun (Idas), Mlle Journet (Sangaride), Mlle Poussin
(Doris), Mlle Dujardin (Cybèle), Mlle Heuzé
(Mélisse), Thévenard (Célénus),
Beaufort (le Sommeil), Hardouin (Sangar), avec des décors
de Jacques Vigoureux-Duplessis ;
- le 28 novembre 1709, avec Hardouin (le Temps), Mlle
Poussin (Flore), Buseau (Zéphyr) dans le prologue,
Cochereau (Atys), Dun (Idas), Mlle Journet (Sangaride), Mlle
Poussin (Doris), Mlle Dujardin (Cybèle), Mlle Millon
(Mélisse), Hardouin (Célénus), Dun (Sangar)
;
- le 23 décembre 1725, avec Thévenard
(le Temps), Mlle Erémans (Flore) dans le prologue, Murayre
(Atys), Dun (Idas), Mlle Le Maure (Sangaride), Mlle Erémans
(Doris), Mlle Antier (Cybèle), Mlle Souris
(Mélisse), Thévenard (Célénus),
Dubourg (Sangar) ; le 7 février 1726, Mlle Lambert joua le
rôle de Cybèle, et le 12 mars le rôle d'Atys
;
- le 7 janvier 1738, avec Chassé (le Temps) et
Mlle Erémans (Flore) dans le prologue, Tribou (Atys), Dun
(Idas), Mlle Pélissier (Sangaride), Mlle Julie (Doris),
Mlle Antier (Cybèle), Mlle Fel (Mélisse),
Chassé (Célénus), Person (Sangar),
Jélyotte (Morphée), Albert (Phobétor),
Cuvillier (Phantase) ; Mlle Sallé participait au
ballet ;
- le 5 décembre 1738, avec la même
distribution qu'en janvier, sauf Le Page (le Temps,
Célénus), Mlle Erémans (Cybèle) et
Jélyotte (Atys) ;
- le 7 novembre 1740, avec Chassé (le Temps),
Mlle Romainville (Flore), Mlle Metz (Melpomène), La Tour
(un Zéphyr), Mlle Chefdeville (Iris) dans le prologue,
Jélyotte (Atys), Albert (Idas), Mlle Fel (Sangaride), Mlle
Coupé (Doris), Mlle Chevalier (Cybèle), Mlle Jacquet
(Mélisse), Chassé (Célénus), Le Page
(Sangar) ;
- le 7 novembre 1747, avec MM. Jelyotte (Atys),
Albert (Idas), Chassé (Célénus),
Mlles Fel (Sangaride), Coupée (Doris), Chevalier
(Cybèle), Jacquet (Mélisse),
- le 17 novembre 1753, avec MM. Jelyotte (Atys),
Gelin (Idas), Chassé Célénus),
Mlles Fel (Sangaride), Lamal (Doris), Chevalier
(Cybèle), Canavas (Mélisse). Cette reprise intervint
après le succès de l'opéra français -
Titon et l'Aurore - qui avait conduit à la
décision de renvoyer les Italiens, mettant fin à la
Guerre des Bouffons. Elle remporta un grand succès :
"A dix heures du matin, on forçait
l'entrée pour prendre des places, il n'y en avait plus
à midi... C'était un hommage que l'on crut devoir
rendre à Lulli; c'était une abjuration authentique des
harmonieux concetti qui s'étaient emparés de la
scène, une protestation formelle contre les ennemis de notre
musique, après l'expulsion des bouffons." (La Porte, Anecdotes
dramatiques)
"La fureur de la musique italienne a vengé
Lulli que les partisans de Rameau ne cessaient d'attaquer. Le
charivari, la farce, l'opéra comique vengent chaque jour
l'auteur de Castor et tollux, le père de la symphonie
française, et tant mieux ! il faut bien que l'ordre suive le
désordre, et que l'excès de l'extravagance nous
ramène au bon goût, malgré que nous en ayons."
(Dictionnaire des Théâtres)
L'oeuvre fut représentée également
à La Haye en 1687 ; à Rennes et Marseille en 1689 ;
à Bruxelles en 1695, au Quai aux Foins, puis en 1700, pour
l'inauguration du Théâtre de la Monnaie, le 23 novembre
1705, et en 1716 ; à Lille en 1720 ; et au château de
Fontainebleau les 17, 24 et 26 octobre 1740.
A Marseille, le directeur de l'Académie royale
était alors Nicolas Besson, un musicien qui avait
racheté à Pierre Gauthier, emprisonné pour
dettes à Avignon, le privilège et les
décorations, machines, copstumes et accessoires pour 8 200
livres. Atys fut joué en janvier 1689, mais Besson dut
revendre le privilège au bout de quelques semaines.
Atys fut jouée également à
Lyon à partir du 7 août 1689, dans la salle du Jeu de
Paume de la rue Pizay, dans le cadre de l'Académie royale de
musique, dont Jean-Pierre Legay avait obtenu le privilège pour
trois ans, le 17 septembre 1687 ; les décors étaient du
sculpteur Jacques Gauthier et du peintre Michel Pey ; les
représentations, quqi rencontraient de moins en moins de
succès, furent interrompues par l'incendie de la salle, au
soir du 30 novembre 1689, qui provoqua la faillite de Legay. Une
reprise eut lieu à Lyon, en 1742, dans la salle du Jeu de
Paume de la Raquette Royale.
On raconte que Louis XIV ayant demandé à
Mme de Maintenon lequel des opéras lui paraissait
le plus à son goût, celle-ci se déclara en faveur
d'Atys ; sur quoi le roi lui répondit galamment :
« Madame, Atys est trop heureux ».
L'oeuvre suscita de nombreuses parodies : Arlequin
Atys, de Dominique, joué le 3 février 1710,
à la Foire St Germain ; Arlequin Atys, de Ponteau,
joué le 22 janvier 1726, aux Italiens ; La
Grand-mère amoureuse, de Fuzelier, pour marionnettes ;
Atys, de Fuzelier, joué le19 février 1726, au
Théâtre de l'Opéra Comique; Polichinelle
Atys, de Carolet, joué par les Marionnettes de Bienfait en
février 1736, à la Foire St Germain ; Atys
travesti, de Carolet, joué en mars 1736, à la Foire
St Germain ; Cybèle amoureuse, de Sticotti, en janvier
1738 ; Atys, de Riccoboni fils et Romagnesi, joué le 27
février 1738 aux Italiens.
Réduit à trois actes par Marmontel, le
livret fut repris par Niccolo Piccini (création à
l'Opéra le 22 février 1780), avec une modification du
dénouement, jugé trop lugubre. Madame Saint-Huberty
(*) y tint le rôle de Sangaride de
manière supérieure.
(*) Anne-Antoinette-Cécile Clavel, dite Mme
Saint-Huberty, née à Strasbourg, le 15 décembre
1756, morte assassinée par un domestique, à Barnes,
près de Londres, le 22 juillet 1812. Elle avait
débuté dans l'Armide de Glück en septembre 1777,
et quitta l'Opéra en 1790.
En 1783, le haute-contre Saint-Aubin, qui chantait
à Lyon, fut sommé de venir à Paris sur
l'intervention de Mme Saint-Huberty, et prit le rôle
d'Atys, le 9 décembre.
Personnages : Le Temps (baryton), Flore
(soprano), Melpomène Muse de la Tragédie (soprano),
Iris (soprano), Un Zéphyr (haute-contre), Hercule,
Antée, Ethéocle, Polinice, Castor, Pollux (danseurs),
Atys, (haute-contre), Idas (basse), Sangaride (soprano), Doris
(soprano), Cybèle (soprano), Mélisse (soprano),
Célénus (baryton), Le Sommeil (haute-contre),
Morphée (haute-contre), Phobétor, (basse), Phantase
(ténor), Sangar (basse), Alecton (rôle muet)


Synopsis
détaillé
Prologue
Le palais du
Temps
Le Temps (basse-taille) et le
Choeur des Heures célèbrent la gloire éternelle
de Louis XIV, le plus grand des héros. La déesse Flore
(dessus), déesse du printemps, s'avance avec une troupe de
nymphes, qui portent divers ornements de fleurs, conduite par un des
Zéphirs (haute-contre). Elle se plaint de ne jamais pouvoir
rendre ses hommages au roi, qui part en mars pour la guerre, et
désire se joindre au Temps. Melpomène (dessus), muse de
la Tragédie, vient accompagnée d'une troupe de
héros parmi lesquels Hercule, Antée, Castor, Pollux,
Lyncée, Idas, Ethéocle et Polynice. Soucieuse d'aplanir
toutes les royales préoccupations, elle chasse ces tristes
ombres qui rappellent trop à Louis son devoir, et elle propose
de lui narrer l'histoire du bel Atys, afin de le divertir quelques
instants. Les héros recommencent leurs anciennes querelles :
Hercule lutte avec Antée, Castor et Pollux contre
Lyncée et Idas, Ethéocle contre Polynice. Iris
(dessus), par l'ordre de Cybèle, vient accorder
Melpomène et Flore. La suite de Melpomène s'accorde
à la suite de Flore.
Acte I
Une montagne de Phrygie,
consacrée à Cybèle. A l'aurore.
(1) Atys (haute-contre) presse
les Phrygiens endormis de préparer l'arrivée de la
déesse Cybèle. (2) Son ami Idas (basse) se moque de
l'exaltation d'Atys, en lui demandant s'il ne serait pas amoureux,
lui qui se vante de ne pouvoir l'être. Atys finit par convenir
que son coeur subit les assauts de l'amour. (3) Sangaride (dessus)
paraît, exaltée comme Atys, mais d'autres raisons
l'animent : on fête aujourd'hui son mariage avec le roi de
Phrygie, Célénus, et Cybèle, reine des Dieux, a
promis de rehausser cette noce du lustre de sa présence. Atys
se méprend sur l'exaltation de Sangaride, et réaffirme
qu'il est insensible à l'amour. (4) Sangaride, restée
seule avec sa confidente Doris (dessus), se lamente d'aimer en secret
cet Atys qui ne veut ni ne peut aimer, et se résigne à
une destinée qui lui répugne. (5) Atys annonce
l'arrivée des Phrygiens. (6) Il se réjouit de l'union
prochaine de Sangaride et Célénus, tout en assurant
qu'elle provoquera sa mort. Il finit par avouer à Sangaride
son amour. Sangaride, à son tour, lui révèle son
amour. Tous deux se lamentent de leur amour impossible. Atys tente de
se convaincre que la liberté vaut plus que la beauté.
(7) Atys et Sangaride s'avancent vers la montagne au devant de la
déesse, pour l'accueillir. Ballet des Phrygiens. (8) La
déesse Cybèle (dessus) arrive. Les Phrygiens lui
témoignent joie et respect. Cybèle annonce qu'elle va
choisir le Sacrificateur, et demande qu'on l'aime en plus de
l'honorer.
Acte II
Le temple de
Cybèle
(1) Célénus et Atys
attendent que Cybèle ait fait son choix. Célénus
(basse taille) se flatte à l'avance de la puissance que ce
rôle lui conférera. Il interroge Atys sur le trouble
qu'il croit avoir remarqué chez Sangaride. Atys le rassure,
mais sans pouvoir l'assurer que Sangaride l'aime.
Célénus envoie Atys pour vérifier les
préparatifs des noces. (2) Cybèle, accompagnée
de ses prêtresses, vient annoncer à
Célénus qu'elle a choisi Atys comme Grand
Sacrificateur. Célénus masque sa déception. (3)
Cybèle confie à Mélisse qu'elle est
éprise d'Atys, et qu'elle a décidé de le lui
faire savoir en provoquant son sommeil. Elle ordonne à
Mélisse (dessus) de prévenir le Sommeil et les Songes.
(4) Les Zéphyrs paraissent dans une gloire
élevée et brillante. Les peuples viennent honorer le
choix de Cybèle. Ils entrent dans le temple et honorent Atys,
en le reconnaissant pour le Grand Sacrificateur de Cybèle.
Choeur des Peuples et des Zéphyrs, et Choeur des
Nations.
Acte III
Le palais du Grand
Sacrificateur de Cybèle
(1) Atys se lamente, estimant que
l'amour le rend malheureux. (2) Idas survient avec sa soeur Doris.
Ils annoncent que Sangaride est décidée à avouer
leur amour à Cybèle. Atys est partagé entre
l'espoir et la crainte de trahir Célénus. Il finit par
se rendre aux arguments d'Idas et Doris et leur demande de faire
venir Sangaride. (3) Resté seul, Atys accepte peu à peu
l'idée de trahison, puis tombe dans le sommeil.
Un Antre entouré de
pavots et ruisseaux
(4) Le Sommeil (haute-contre)
apparaît, avec Morphée (haute-contre), Phobétor
(basse), Phantase (taille). Les Songes agréables s'approchent
d'Atys, et par leurs chants et leurs danses lui font connaître
l'amour de Cybèle et le bonheur qu'il doit en espérer.
Les Songes funestes s'approchent à son tour de lui, et le
menacent de la vengeance de Cybèle s'il méprise son
amour et ne l'aime pas avec fidélité. Atys,
épouvanté, se réveille en sursaut. Le Sommeil et
les Songes disparaissent avec l'antre.
Le palais du Grand
Sacrificateur de Cybèle
(5) Cybèle assiste au
réveil d'Atys, et lui confirme que les songes lui parlaient en
son nom. Atys, surpris, ne peut que l'assurer de son respect et de sa
reconnaissance. (6) Sangaride survient et se jette aux pieds de
Cybèle, mais Atys l'interrompt chaque fois qu'elle commence
à lui parler. Atys demande à Cybèle que
Sangaride soit libérée de l'union avec
Célénus, pour pouvoir se consacrer à la
déesse. Cybèle promet d'intervenir auprès de
Sangar, le père de Sangaride, précisant qu'elle le fait
pour Atys, l'objet de son amour. (7) Cybèle est
ulcérée de l'indifférence d'Atys, et finit par
décider de se venger en séparant Atys et Sangaride.
Acte IV
Le palais du Fleuve
Sangar
(1) Sangaride se lamente, en
présence de Doris et Idas, n'ayant pas compris de l'attitude
d'Atys en présence de Cybèle. (2) Célénus
vient voir Sangaride,à qui déclare à Sangaride
qu'il souhaite être aimé d'elle. Sangaride lui
répond qu'elle ne peut lui donner que l'obéissance. (3)
Célénus remarque le trouble de Sangaride à
l'arrivée d'Atys. Impatient, il va à la rencontre des
parents de Sangaride. (4) Atys fait état de ses remords
à l'endroit de Célénus. Mais Sangaride lui
annonce qu'elle est décidée à épouser le
roi. Tous deux s'accusent mutuellement de trahison. Ils finissent par
s'expliquer et, comprenant leur méprise, se promettent un
amour éternel. (5) Le Dieu du fleuve Sangar (basse) fait
approuver le choix de Célénus comme époux de
Sangaride par le choeur des dieux de fleuves, du choeur des
divinités de fontaines et de ruisseaux. Il appelle aux
réjouissances. Ballet. (6) Atys vient annoncer que
Cybèle s'oppose à l'union de Sangaride et
Célénus. Il suscite l'incompréhension de
Célénus. Atys se retranche derrière
l'autorité de Cybèle et se fait enlever avec Sangaride
par les Zéphyrs.
Acte V
Des jardins
agréables
(1) Célénus vient
demander des explications à Cybèle. Celle-ci lui avoue
qu'elle vient de surprendre les deux amants et qu'ils ont
été tous les deux trahis. Cybèle décide
de se venger. (2) Atys et Sangaride sont confrontés à
Cybèle et Célénus. Ceux-ci refusent toute
grâce. Cybèle fait surgir des enfers la Furie Alecton,
tenant à la main un flambeau qu'elle secoue sur la tête
d'Atys dont l'esprit s'égare. (3) Atys confond Cybèle
et Sangaride, puis prend Sangaride pour un monstre, la poursuit et la
tue avec le couteau sacré. Célénus qui n'a pu
intervenir, se lamente et s'estime trop vengé. (4) Atys
revient à la raison. Cybèle lui montre le corps de
Sangaride et lui annonce qu'il est l'auteur de sa mort. Atys est
désespéré et suit le corps de Sangaride que l'on
emporte. (5) Cybèle commence à avoir des remords, mais
trop tard. (6) Idas arrive en soutenant Atys qui s'est
poignardé. Cybèle se rend compte que sa vengeance
était trop cruelle. Elle décide de transformer Atys en
pin, arbre aimé de la déesse. (7) Atys a pris la forme
d'un pin. Cybèle convie les divinité des bois et des
eaux, et les Corybantes à pleurer la triste fin d'Atys, et
demande que l'arbre sacré soit révéré.
Cybèle exprime sa douleur, reprise par les choeurs.
8me Opéra. C'est une
Tra. en 5 Ac. dont les paroles sont de Quinault, & la musiq. de
Lully ; elle fut représentée pour la premiere fois le
10 Janv. 1676 ; imprimée, puis gravée partition in-fol.
Le Tems, les Heures, Flore, Melpomene, un Zephyr, &c. forment le
Prologue. Le beau Berger Atys est célebre dans la Fable par
l'amour de Cybele. Pour la composition des Ball. de cet Opé.
Dolivet, grand Pantomime, se joignit à Beauchamps, avec lequel
il avoit déja composé les Ball. de THESEE ; & dans
l'exécution l'Etang le cadet parut pour la premiere fois. On a
dit qu'ATYS étoit l'Opéra du Roi, ARMIDE l'Opéra
des Dames, PHAETON l'opéra du peuple, & ISIS
l'Opéra des Musiciens. (de Léris - Dictionnaire des
Théâtres)
La partition fut éditée chez Christophe
Ballard en 1689. La Bibliothèque nationale de France
conserve un exemplaire de la partition complète, relié
aux armes de Lully, qui fut donné en 1689, ainsi que onze
autres de la même édition, par la veuve de Lully au
Père Chérubin, assistant général des
Augustins déchaussés de Paris, pour la
bibliothèque de ce couvent.
Représentations :
- Opéra Comique
- 12, 13, 15, 16, 18, 19, 21 mai 2011 - Caen - 31 mai, 1er, 3 juin 2011
- Bordeaux - 3, 18, 19 juin
2011 - Versailles - Opéra Royal
- 14, 15, 17 juillet 2011 -
New York - Brooklyn Academy of Music - 18, 20, 21, 23,
24 septembre 2011 - Les Arts Florissants - dir. William Christie -
mise en scène Jean-Marie Villégier - décors
Carlo Tommasi - costumes Patrice Cauchetier - chorégraphie
Francine Lancelot et Béatrice Massin - lumières
Patrick Méeüs - Compagnie Fêtes Galantes - avec
Bernard Richter / Ed Lyon (Atys), Stéphanie d'Oustrac /
Anna Reinhold (Cybèle), Emmanuelle de Negri (Sangaride),
Nicolas Rivenq (Célénus), Marc Mauillon (Idas),
Sophie Daneman (Doris), Paul Agnew (le Sommeil), Cyril Auvity
(Morphée), Jaël Azzaretti / Ingrid Perruche
(Mélisse), Élodie Fonnard (Flore), Rachel Redmond
(Iris), Anna Reinhold / Liesbeth Devos (Melpomène), Reinoud
Van Mechelen (Zéphir), Francisco Fernandez (Zéphir),
Benjamain Alunni (Phantase), Bernard Deletré (le Temps, le
fleuve Sangar), Callum Thorpe (Phobétor), Arnaud Richard
(un Songe funeste)



"Ce n'est pas seulement un de
ces opéras de Lully dont le souvenir se perd dans la nuit des
temps. Atys est aussi le rêve d'une génération
qui voulut, pour le tricentenaire du compositeur, revoir un de ses
opéras joué dans les conditions où il avait
été créé, sous Louis XIV. La rumeur
prédisait un monument d'ennui : des heures de
récitatifs, des instruments anciens dont on disait qu'ils
« jouaient aigre », des danses jugées superflues.
C'était compter sans l'entêtement de William Christie au
pupitre, Jean-Marie Villégier à la mise en scène
et Francine Lancelot à la chorégraphie.
Atys fut donc
recréé en 1987, dans une version qui regardait celle du
10 janvier 1676. Avec, dans l'orchestre, les éminences grises
du baroque français qui ne tarderaient pas à
s'émanciper : Christophe Rousset, Marc Minkowski, Hugo Reyne
ou Michel Laplénie. Au bout de quatre heures, contre toute
attente - quand Atys se métamorphose en pin après avoir
tué celle qu'il aime - le public se leva, touché par la
beauté grandiose et solennelle de l'œuvre. Atys avait
gagné son pari : le baroque, en France, allait pouvoir
bâtir sur sa pierre angulaire.
« Ce fut un immense point
de départ, atteste William Christie. Les gens se sont
aperçus que récitatif ne rimait pas avec
rébarbatif. Ils ont pris la mesure de la valeur de cette
musique, qui paraissait jusqu'à alors impossible à
maîtriser. » Un immense point de départ, mais aussi
une fin. Car « Atys n'a pas poussé comme une plante
magique au milieu de nulle part : ce fut un catalyseur ». Rien
n'aurait été possible sans le travail de longue haleine
de Christie et ses équipes, autour des traités
d'instrumentation et de rhétorique de l'époque, pour
rendre possible ce rêve d'une « France restituée
». Maintes fois, la même équipe, puis d'autres,
tenta de renouveler ce miracle. En vain. « Ce fut une
expérience puissante. Mais l'époque d'extravagance
fastueuse à laquelle elle appartient est révolue.
»
Pour que le chef et ses
acolytes acceptent aujourd'hui de reprendre la production, vingt ans
après son ultime représentation, il fallut un autre
entêtement : celui de Ronald Stanton. Ce mécène
américain avait pleuré devant le spectacle en 1987.
C'est lui qui finit par convaincre Christie, en s'engageant à
financer plus de la moitié de la recréation. Revoir
Atys, puis mourir. Mais vingt ans de baroque ont passé. Le
travail avec les chanteurs est plus facile qu'autrefois (ceux-ci ont
de telles exigences sonores que Christie a dû élargir
l'orchestration originale). Mais « il n'y a pas eu, depuis,
d'avancées majeures en termes d'interprétation du
baroque français », songe le chef. Aimera-t-on donc de la
même passion l'Atys de 2011 ? Christie, lui, n'en n'attend pas
plus qu'il y a vingt ans : « Que ça plaise. Et que
ça touche. »
"Revivre une magie
passée: tel est l'objet de la reprise d'Atys version Christie
- Villégier, initialement créé en 1986 à
Paris. Le spectacle par lequel l'opéra baroque a
suscité un immense engouement public, profitant surtout
à la renaissance (toujours si fragile) des opéras de
Lully, est bien l'événement baroque de ce printemps
2011. Nous revenons sur les conditions de cette reprise. Force est de
constater l'indiscutable réussite de la conception originale
de Villégier: pas une restitution théâtrale et
linguistique au sens où l'entend aujourd'hui un Benjamin
Lazar, issu de l'école de l'illusoire authenticité
(avec les limites inhérentes à son geste
muselé)... mais une vision moderne et libre qui
réattribut à la partition de Lully, sa violence et son
attractivité des origines...
Moyens garantis à
l'appui, le milliardaire américain Ronald P. Stanton,
souhaitait revivre le rêve d'Atys 1986 dont il restait un
spectateur émerveillé et nostalgique. Grandeur tragique
et épure visuelle orchestrées par le metteur en
scène français y réussissaient à
transmettre les vertiges sombre et noirs du chef d'oeuvre lyrique du
Grand Siècle (167§). Par respect pour la commande 2011,
il s'agit de refaire le même spectacle qu'en 1986:
reconstitution d'une non reconstitution. L'obligation de refaire
n'empêche pas la liberté du geste: les décors et
les costumes ont été recréés; mais les
différences sont notables: interprètes
différents, danses réinterprétées par
Béatrice Massin à partir du modèle
légué par Francine Lancelot... Reproduire la magie
première, telle reste le dessein 2011. Or comment expliquer
l'attrait du spectacle d'alors? Soudain a surgi la solennité
nostalgique de la civilisation versaillaise à un degré
de perfection poétique qui nous touche encore. Nostalgie,
restitution offerte comme un songe ou un rêve
inespéré et pourtant où la violence et la
souffrance imposent sur la scène leurs lois inattendues. Car
Atys est déjà sous la plume de Lully et de Quinault...
le miroir d'un soleil noir.
En 1987, Christie expliquait
que sa lecture d'Atys n'était pas une reconstitution: ni
machineries, ni gestique baroque dûment restituée... Ni
changements à vue requis par le livret (l'un des meilleurs de
Quinault et certainement le modèle du genre de la
tragédie en musique dans l'histoire musical du Grand
Siècle)... Mais un "compromis" qui entre travail
historiquement informé (le premier du genre) et
création, tente d'exprimer la vérité
contemporaine d'Atys... Par création, il faut donc entendre le
produit de la sensibilité moderne celle de 1987 à
l'Opéra Comique, où s'impose aux côtés de
la musique, la vision unitaire du metteur en scène Jean-Marie
Villégier dont le regard spécifique souligne en une
mise en abîme nostalgique, les années d'un essor perdu
à la cour de Louis XIV... Ici règnent l'emprise/empire
de la mort, et le poison d'une amertume nostalgique: Villégier
opte pour un décor unique, tel un cabinet XVIIeme , d'un
raffinement glacé et miroitant, argenté et
majoritairement crépusculaire... C'est le miroir d'un
désenchantement et d' une désillusion
concertée... Cette balustrade qui court tout autour des murs
en leurs parties hautes (Prologue) fait paraître les courtisans
de Versailles, lors de la création et pour les reprises
souhaitées par le Roi, ils figurent ce regard d'époque,
nostalgique sur l'oeuvre et ce qu 'elle suscite ... Ces hommes et ces
femmes sont les premiers spectateurs d'Atys : ils y reconnaissent le
miroir de leur propre condition... C'est même selon les mots de
Villégier, une course irrésistible et tragique
jusqu'aux enfers oû les héros impuissants sont soumis,
asservis, brisés; où même la divinité
pourtant omnipotente (Cybèle) se trouve en fin d'action
démunie, solitaire, d'une tristesse funèbre
(prière finale au pin, nouvelle figure d'Atys
métamorphosé, et de fait définitivement
inaccessible pour elle).
Voici un accomplissement noir;
déjà en 1676, les premiers ténèbres ont
infiltré la cour versaillaise ; le monarque songeait à
ses jeunes années... Avec regrets voire amertume. Celles
heureuses autour de 1660... à jamais perdues... Conquête
du pouvoir absolu (après le décès de Mazarin),
conquête des femmes (de La Vallière à La
Montespan...); déjà une blessure... Louis XIV se
rêvait inatteignable, indomptable, "maître de l'univers"
pour une action exemplaire (cf le texte du Prologue de chaque
tragédie en musique façonnée par Lully,
validée par le Roi Soleil; dans Atys le Grand Siècle
fait la première expérience de sa fin; Atys, chef d'
œuvre d'un théâtre en musique et continument
chanté, marque aussi l'échec et bientôt le
silence des auteurs dramaturges du théâtre parlé
classique: Racine est frappé par Atys dès
sacréation: il écrira après Atys, comme pour
surenchérir sur la scène théâtrale,
Phèdre; enfin Athalie où il insert des épisodes
chantés sans atteindre à la totalité
fusionnée (chant et action, théâtre et musique)
atteint par Lully et Quinault... Corneille est dépassé
lui aussi, et Molière, vaincu écarté de la
scène lyrique, déjà mort depuis 1673.
Ici le vertige nostalgique
produit une blessure tragique, un désespoir absent jusque
là dans l'imaginaire monarchique... Atys ne peint que
souffrance, emballement, mort donc déchirement... Toujours
éternellement Cybèle chante la perte d' Atys, et sa
fureur indigne: voilà une déesse bien humaine,
impuissante à maîtriser la passion qui l'embrase. Il y a
du masochisme à vouloir célébrer en un cycle
recommencé, le spectacle de son action amoureuse dans le
sommeil d'Atys; tentative vaine d'une déesse touchée,
en souffrance, habitée par une fureur jalouse bien peu
divine... Ce portrait d'un pouvoir mis en échec reste
cependant le sujet central d'un ouvrage sublime pourtant
fêté, applaudi et repris avec une délectation
courtisane inimaginable jusque là (lettres et
témoignages de Madame de Sévigné)...
Incroyable sublimation de
l'art louislequatotzien grâce aux seules ressources de l
opéra français ; comment les grecs anciens,
créateurs de la tragédie antique recevaient-ils le
spectacle de leur propre anéantissement? Car sous le masque
mythologique et le prétexte des métamorphoses transmis
par Ovide c'est bien de fragilité mortelle dont il est
question ; biens vaines, les stratégies guerrières, les
constructions palatiales, le rêve des splendeurs
éternelles...
L'oeuvre du temps fait son
office inexorablement... Dans sa maturité, l'astre versaillais
s'est portraituré faillible et si misérable; Louis
n'est pas Atys; il est plutôt Cybèle: un pouvoir
dépassé et solitaire dont l'expérience sensible
et amoureuse est un échec effroyable; comme le soleil brule et
foudroie, Cybèle détruit ce qu'elle ne peut
dominer...
Plus surprenant, cette
fascination d' Atys, ouvrage funèbre et
ténébreux auprès du Soleil incarné, le
plus lumineux des souverains baroques... Qu'y trouvait
concrètement Louis-le-Grand pour ne s'en lasser jamais? Le
soleil y mesure l'empire d'une ombre inquiétante et
dévorante qui grandit à mesure qu'il poursuit son
ascension.
De fait dès sa
création, Atys est appelé l'opéra du Roy. Une
fascination qui surgit jusqu'aujourd'hui sans avoir perdu le moindre
éclat de son propos si saisissant. D' or éclatant, la
Cour verse dans l'argent du désespoir... Ici, comme un
Orphée accablé alors aux portes infernales, "perds
toute espérance", pourrait déclamer dès le
Prologue, les acteurs s'adressant au héros encore
juvénile; même le fameux mobilier d'argent massif (qui
inspire justement les décors de Villégier) est fondu
pour financer de nouvelles batailles. Tout sur cette terre est vain:
amour, guerre, luxe... Seul le sentiment de
l'éphémère et de la perte qui fait le prix et la
tragédie de la vie, reste immortel. C'est le vrai sujet de
l'opéra, renforcé encore par la réalisation
visuelle de Jean-Marie Villégier.
Le travail de Christie s'est
concentré quant à lui, sur la tension et le dramatisme
organique des danses de Francine Lancelot (restituées
librement par Béatrice Massin), porté par la
cohérence et la sonorité aux couleurs fouillées
d' un orchestre qui dés 1987, était composé
d'instrumentistes ayant assuré auparavant le succès de
l'opéra Hippolyte et Aricie de Rameau... Qu'en sera t il en
2011 pour cette reprise si attendue? Le chef approfondira-t-il encore
son approche de l œuvre , son geste comme
régénéré grâce aux apports de la
recherche la plus récente, ou ne s'agit-il (ce qui est
déjà beaucoup) "que" de la stricte reconstitution de la
production de 1987? Méfions-nous des soit disantes
restitutions historiques... D' autant qu'entre temps comme nous
l'avons souligné les chanteurs ont changé à la
différence du chef et du metteur en scène qui eux sont
à nouveaux en service. A suivre. A venir notre reportage
vidéo (notre propre regard sur le spectacle) et compte rendu
complet de la production Atys 2011."
"Après avoir
été sacré spectacle "mythique" et "origine du
renouveau de l'opéra baroque en France", la production d'Atys
de 1986-87 connaît une nouvelle consécration, fort rare
au théâtre : sa recréation 24 ans plus tard! Elle
ne bat cependant pas le record des Noces de Figaro de Strehler,
créées en 1973 et encore reprises cette saison. Les
décors détruits ayant dû être reconstruits
et les costumes restaurés, ce spectacle n'a pu être
remonté que grâce à un mécène
américain qui a voulu le revoir avant de
mourir.
Dans la fosse, nous trouvons
un chef et un orchestre en pleine forme, au son plutôt plus
plein, aux phrasés plus toniques, dans une architecture
d'ensemble encore clarifiée. Le continuo sonne plus riche et
plus souple, les trémolos de cordes graves accompagnant le
sinistre Alecton sont plus expressifs et glaçants. Toute
l'oeuvre a gagné en évidence. Elle avait séduit
par son "authenticité", elle emporte maintenant par sa
modernité. Tout perruqués qu'ils sont, ses personnages
s'expriment de la manière la plus sincère et directe
qui soit, ce sont les Feux de l'Amour du XVIIe siècle! La
mythologie n'est ici qu'un voile de pure convention, aucun personnage
ne fait preuve du moindre héroïsme, à se demander
même comment Atys a pu être considéré comme
"l'opéra du roi", dont Louis XIV aurait suivi et
inspiré la genèse, alors que sa morale pourrait
être que l'amour sincère entre deux êtres est
toujours écrasé par le pouvoir royal ou
divin!
Grâce aux nombreuses
scènes qui se passent dans l'intimité, l'expression
privée a en effet toute sa place. Comme dans une
tragédie de Racine, on dit tout à son confident.
Jean-Marie Villégier renforce cette intimité en faisant
arriver au dernier moment, et ressortir aussitôt, les
personnages subalternes qui ont une réplique à dire.
Ces passages de personnages apportent d'ailleurs un
élément presque comique, une distanciation subtile. Car
gestuelle, déplacements, costumes et perruques n'ont aucune
estampille d'"authenticité", et la fascination qu'a
exercé ce spectacle en 1987 résulte en partie d'un
malentendu! Des perruques aussi délirantes n'ont jamais
été portées, et tout le monde ne se
déplaçait peut-être pas en permanence en
arrondissant le coude et en levant deux doigts! Quelques sources
d'époque ont effectivement inspiré décors et
costumes, mais amplifiées à l'extrême et hors
contexte, pour correspondre au fantasme d'un deuil perpétuel
du metteur en scène et du décorateur. Fort de ce
succès, ils avaient d'ailleurs poursuivi dans la même
veine avec en 93 une Médée de Charpentier encore plus
dorée, capiteuse et hiératique.
Par contraste, le prologue est
pastel et champêtre. À la fin de celui-ci, les
tapisseries qui ornent les murs du plateau nu tombent pour
découvrir les marbres noirs et gris qui constitueront le
décor unique des cinq actes de la tragédie. C'est un
tour de force d'avoir réussi dès 87 à captiver
l'attention pendant trois heures avec une oeuvre inconnue
présentée dans un décor unique - une boîte
cubique et quasiment vide! Si à l'époque, le
phénomène Atys m'avait semblé la
récupération mondaine quelque peu irritante d'un
processus de redécouverte du répertoire baroque
déjà bien amorcé par Malgoire, Herreweghe,
Gardiner et Christie lui-même, il faut avouer que tout
convergeait pour faire de cette production un spectacle captivant :
le choix de l'oeuvre, l'intelligence de la mise en scène,
l'impact esthétique des décors et des costumes,
l'intégration parfaite de la danse... Autant
d'éléments qui n'ont étonnamment pas vieilli!
Quant aux chanteurs et musiciens, s'ils étaient bien choisis,
on les avait cependant déjà entendus
ailleurs.
La distribution vocale de ce
soir n'a rien à envier à celle d'origine, et encore
moins à celle de la reprise un peu tiède et usée
de 92! On remarque une meilleure longévité des voix
masculines graves, puisque Bernard Deletré et Nicolas Rivenq
chantaient déjà leurs rôles il y a 24 ans, mais
tous les autres font partie d'une nouvelle génération.
On peut louer leur diction encore améliorée du
français. En 1987, le niveau moyen de respect de
l'articulation de la langue française sur les scènes
lyriques était abominable, et les "baroqueux" se faisaient
presque critiquer de chercher à se faire comprendre! On ne se
gênait pas pour insinuer qu'ayant des voix si claires et
fluettes, c'était bien le moins qu'ils puissent articuler,
puisqu'ils ne faisaient guère en somme que parler, et non
véritablement chanter avec de vraies voix lyriques...
Vingt-quatre ans plus tard, ce sont eux qui ont fait évoluer
la norme, et ce sont les voix grossies, ampoulées,
tubées, ululées, en bouillie, forcées et
déformées de toute manière qui se font huer et
reléguer dans un poussiéreux
passé!
Dans les petits rôles,
on peut apprécier la fraîcheur vocale de la promotion
2011 du Jardin des Voix, cette académie fondée par
William Christie en 2002. Marc Mauillon faisait d'ailleurs partie de
cette première promotion, et Emmanuelle de Negri de celle de
2009 ! Il faut reconnaître à William Christie un immense
sens de la transmission, dont on constate le succès en suivant
les carrières de ceux qui ont débuté avec lui.
Même s'ils ne se gênent souvent pas pour critiquer son
tempérament et démonter le fonctionnement d'un certain
système, nulle part ailleurs autant de choristes ne sont
devenus solistes et autant d'instrumentistes ne sont devenus chefs
d'orchestre!
Au crédit de William
Christie, on peut aussi inscrire ce soir une parfaite coordination
entre la fosse et le plateau, même quand y jouent les musiciens
de la scène du sommeil. Au début du quatrième
acte, Lully, après avoir "inventé" le récitatif
français, semble "inventer" la polyphonie en faisant peu
à peu émerger le trio de Sangaride, Doris et Idas du
quasi-unisson dans lequel Doris et Idas s'expriment d'abord. La
scène de ménage entre Atys et Sangaride est ensuite
très simplement mais efficacement écrite. Tout
s'achemine vers la catastrophe finale, habituelle au
théâtre mais étonnante pour l'époque sur
une scène lyrique.
Déjà
apprécié à Freiburg en 2006 en Idomeneo et en
2008 en Lucio Silla, ainsi qu'ici-même en Alphonse de Zampa,
Bernard Richter tient le rôle titre avec une facilité et
un naturel confondants. Il est difficile de croire, à
l'entendre, que ces rôles de haute-contre aient
été considérés comme tendus, difficiles
à chanter et à conserver intelligibles dans l'aigu!
Nulle trace chez lui de la nasalité qui a affecté tant
de prétendants à ce répertoire. S'il n'a pas la
pure poésie de Guy de Mey, sa palette d'inflexions en force
comme en douceur est remarquable, comme son talent à sculpter
et savourer les mots. Son port et sa démarche sont d'une
noblesse certes étudiée mais tout-à-fait
réussie, alors qu'Emmanuelle de Negri, superbe Sangaride par
ailleurs, monte et descend sur ses pieds comme une paysanne quand
elle arpente la scène en proie à l'agitation.
Stéphanie d'Oustrac aussi est admirable de démarche,
tandis que Jaël Azzaretti et Nicolas Rivenq se déplacent
de manière beaucoup plus heurtée. On se demande
jusqu'à quel point ces différences ont
été travaillées avec Jean-Marie
Villégier, qui n'est certainement pas homme à laisser
le hasard ou l'habitude intervenir dans une matière aussi
cruciale.
Marc Mauillon
déçoit un peu en rendant sa voix trop nasale, dans un
rôle sans doute trop grave pour lui. On comprend qu'une touche
de cette couleur serve à caractériser le
côté bouffe de son personnage, de même que
l'acidité de la voix de Jaël Azzaretti est acceptable en
Mélisse, mais point trop n'en faut. Cyril Auvity est mordant
comme à l'accoutumée, ce qui n'est peut-être pas
la caractéristique première que l'on attend de
Morphée, mais cela contraste bien avec les doucereuses paroles
de Paul Agnew. Nicolas Rivenq commence avec une émission un
peu cravatée et hachée mais se reprend vite. Bernard
Deletré, en parfaite forme vocale, caractérise aussi
bien le noble Temps qu'un truculent Sangar, fleuve à qui l'eau
répugne.
Stéphanie d'Oustrac
fait craindre le pire à son entrée, mais nous donne
finalement le meilleur. Difficile sans doute de se "chauffer" pour
quelques lignes, quand on doit ensuite tenir la scène
par-delà deux entractes, jusqu'au terme de l'oeuvre. La
tessiture du rôle ne semble d'abord pas lui convenir,
jusqu'à qu'elle centre sa voix avec plus de simplicité
en dialoguant avec Mélisse. Peut-être pourrait-elle
mieux concentrer Espoir si cher et si doux, qu'elle chante un peu
large en bouche et rend ainsi inégal. Cet air semble avoir
directement inspiré le Cruelle mère des Amours de
Rameau! Son tempérament de tragédienne ne lui laisse
ensuite plus lâcher son personnage ni sa voix avant le rideau
final."
"Pour mesurer l’importance de
l’événement, il faudrait pouvoir remonter le temps,
presque vingt-cinq ans en arrière. En 1987, le rideau de la
salle Favart s’ouvrait sur un spectacle qui lui-même surgissait
d’au-delà des siècles : Atys , créé pour
la première fois en 1676 à Saint-Germain-en-Laye.
L’opéra de Lully, sur un poème de Philippe Quinault,
était l’une des œuvres préférées du roi
Louis XIV.
La recréation d’Atys ,
qui sera qualifiée de « miracle » par
l’écrivain et critique Philippe Beaussant, a marqué la
mémoire de ses chanceux spectateurs. Parmi eux, un certain
Ronald P. Stanton. Ce riche chef d’entreprise américain,
amoureux de la musique et de la France, découvre cette œuvre
à l’Opéra royal de Versailles en juin
1987.
Deux décennies plus
tard, l’homme vieillissant n’a qu’un désir : revoir Atys avant
de mourir. Il fait alors une audacieuse proposition à William
Christie, l’un des maîtres d’œuvre de la production de 1987. Si
le chef d’orchestre accepte de remonter l’opéra, le
mécène financera l’aventure.
Parmi les complices d’antan,
le metteur en scène Jean-Marie Villégier répond
présent mais la chorégraphe Francine Lancelot,
décédée en 2003, manque à l’appel. C’est
Béatrice Massin, son assistante d’alors, qui reprend le
flambeau. Trois ans plus tard, le vœu de M. Stanton est
exaucé. Pour le plus grand bonheur du public, totalement
conquis par l’amour impossible de Sangaride et d’Atys, objet de la
jalouse passion de la déesse Cybèle.
Il y a d’abord ce
décor, majestueux. De hauts murs et une vaste coupole
encadrent une fascinante boîte, véritable
théâtre dans le théâtre. Au fond, deux
portes s’ouvrent et se ferment sur des arrière-plans
poétiques, changeant au gré des tableaux. La mise en
scène ravit par sa finesse, qu’elle perche les choristes au
sommet du décor ou installe la déesse Cybelle dans un
sanctuaire de candélabres. Elle sert d’écrin à
la partition de Lully, magnifiquement interprétée par
l’orchestre et des chanteurs de grand talent.
La distribution, bien
sûr, a été presque entièrement
renouvelée depuis 1987. Bernard Richter est un formidable
Atys, tout en nuances. À ses côtés, Emmanuelle de
Negri est une Sangaride très sensible et Stéphanie
d’Oustrac est aussi glaçante que bouleversante en
Cybèle cruelle et désespérée. La danse,
tissée de gracieux mouvements d’avant-bras et de sauts
légers, enchante l’ensemble de l’opéra.
Dans cette chorégraphie
joliment ciselée, on est séduit par la danse des
Zéphirs et le solo du Sommeil, interprété par
Gil Isoart. Il illumine cette scène centrale, qui constitue
l’un des plus beaux moments du spectacle. Sur le plateau
instrumentistes, chanteurs et danseurs orchestrent ensemble un
saisissant ballet autour d’Atys endormi. L’éblouissement est
complet."
- Opéra Magazine - juillet/août
2011 - Atys enchanté
À vingt-quatre
années de distance, on craignait d"être
déçus... Le retour à L'Opéra-Comique du
légendaire spectacle signé par William Christie a tenu
du miracle, salué par les interminables ovations d'un public
en extase.
Avouons que nous nous sommes
rendus à l'Opéra-Comique avec un peu
d'appréhennion. Nos souvenirs émerveillés
n'allaient-ils pas étre trahis ? Un peu comme par ces vieux
films qui nous ont tant plu jadis et qui paraissent datés,
banals ou surfaits, quand on les revoit des années plus tard.
Car il faut se rappeler quel
coup de tonnerre fut, en janvier 1987, cette production d'Atys. Pour
la preemière fois, un opéra de Lully nous était
présenté intégralement. avec une qualité
dramatique et musicale exceptionnelle. Le triomphe fut total en
France, mais aussi en Italie (le spectacle avait été
créé à Prato, en décembre 1986), à
Madrid et à New York. Tout s'arrréêa en 1992 ;
décors et costumes furent détruits. Atys était
devenu une légende, uniquement préservée par le
disque (Harnonia Mundi) et par notre mémoire, ainsi qu'un
modèle inatteignable, à l'aune duquel on jugeait toutes
les mises en scène postérieures d'opéras
baroques.
L'histoire est
désormais bien connue : un milliardaire américain.
Ronald P. Stanton, tombé sous le charme du spectacle et
voulant le revoir encore une fois, a financé la
«renaissance» d'Atys. Aux commandes, les artisans d'antan :
Jean-Marie Villégier et Christie.
Disons d'emblée que le
début du Prologue nous a fait craindre le pire. On retrouvait
bien les choeurs disposés sous les cintres ; mais ces
lumières vives, ces décors, ces danseurs
maniérés et la voix délavée du Temps
(Bernard Deletré), l'un des deux chanteurs rescapés de
l'époque dialoguant avec une Flore timide fraîche
émoulue du Jardin des Voix, tranchaient avec nos souvenirs.
Peu à peu, l'oreille a
perçu les sonorités somptueuses de l'orchestre, les
voix se sont affermies : surtout, après la reprise de
l'Ouverture, l'acte I nous a replongés dans l'Atys que nous
gardions à l'esprit. Les grandes toiles noires et grises du
décor de Carlo Tommasi, les costumes si évocateurs et
esthétiques de Patrice Cauchetier, le déplacement
fluide des choristes, l'élan dramatique des solistes, la force
expressive de chaque geste, la beauté globale de la
scène ont fait renaître la magie d'autrefois. Ouf, Atys
était bien toujours « notre » Atys."
- Le Journal des Arts
Florissants - printemps-été 2011 -
n° 24 - numéro spécial Atys
- Athènes -
Megaron - 8, 9 janvier 2010 - Festival de Volos - 12 janvier 2010 -
Ensemble Almazis - Petit Opéra du Monde - Centre de Musique
Baroque du Conservatoire Nikolaos Mantzaros - dir. Iakovos Pappas
- mise en scène et décors Vassilis Anastasiou - avec
Sébastien Monti, Vangellis Angelakis, Antonis Sigalas
(Atys), Sterenn Boulbin, Réa Voudouri (Sangaride), Caroline
Chassany, Paule Drubigny (Cybele), Romain Beytout
(Celénus), Maria Frangiadaki (Doris), Matthieu Haim (Le
Temps, Idas), Maria Dima (Mélisse, Iris),
AnastassiaTziliannou (Flore), Antoine Le Roux (Zéphyr, le
Sommeil), Maria Peperidou (Melpomène), Daniel Blanchard
(Morphée), Christos Christodoulou (Phobétor),
Jean-Marc Savigny (un Songe funeste)


- Opéra
Magazine - mars 2010 - 8 janvier 2010
"Créé en 2008
à Athènes, le « Petit Opéra du Monde »
poursuit un double but : faire découvrir en Grèce des
opéras inédits ; et aider de jeunes chanteurs à
débuter, qu'ils soient grecs, français ou italiens.
Avec Atys,Jean-Baptiste Lully se fait entendre pour la
première fois en Grèce. Deux distributions sont
prévues, la première - celle que nous ayons entendue -
étant en majorité française. Les
interprètes francophones mettent leur point d'honneur à
faire preuve d'une élocution impeccable, les autres s'y
efforçant avec vaillance.
Ces voix si jeunes, encore
d'une verdeur prometteuse, se plient au style de Lully, et
transmettent avec bonheur les sentiments passionnés qui
animent les nobles envolées de Philippe Quinault. Les
dangereuses amours entre dieux, déesses et mortels revivent
dans tous leurs feux, Iakoyos Pappas dirigeant ayec brio l'ensemble
baroque Almazis. Face à l'Atys vulnérable de Sebastian
Monti, touchant « criminel aimable », la brune Sterenn
Boulbin campe une ardente Sangaride, et Caroline Chassany une
Cybèle vraiment royale. Le Célénus de Romain
Beytout est plein de noblesse. Et tous les petits rôles sont
tenus avec élégance.
Vassilis Anastassiou prend le
parti du classicisme épuré et de la clarté :
choix heureux car il faut avouer qu'on perdrait facilement le fil de
l'intrigue, passablement embrouillée ! Le devant de la
scène est occupé par l'orchestre, ce qui
n'empêche pas de voir les chanteurs, la salle du Megaron
étant en gradins, Au début, on découvre avec
surprise une énorme boule tachetée, qui évoque
un cookie géant aux pépites de chocolat. Elle monte
dans les cintres, restant à demi-cachée. Est ainsi
libéré l'espace où sont projetées des
images vidéo : la voie lactée, de la lave en fusion, et
autres phénomènes éthérés vus au
ralenti. Le metteur en scène joue le jeu des «machines
», qui ravissaient le public de Lully : Cybèle descend
des nuées sur un char que conduisent trois sombres monstres,
et quand elle remonte, c'est au milieu de lueurs rougeoyantes. Les
costumes mêlent les époques, Atys et Idas porrtent des
uniformes d'officiers, Zéphyr est un baigneur 1900. Quant aux
dames, elles arborent des robes de soirée années 1950,
celle de Sangaride, verte à zébrures d'argent,
étant la plus « glamour ». Le seul moment où
apparaissent des costumes Louis XIV est la splendide scène
« du sommeil », où Atys est assailli par les Songes
agréables et les Songes funestes."
- Festival Musiques à
la Chabotterie - 11, 12 août 2009 - version de
concert - Le Choeur et la Simphonie du Marais - dir. Hugo Reyne -
avec Romain Champion (Atys, le dieu du Sommeil), Matthieu Heim
(Idas, le dieu du fleuve Sangar), Bénédicte Tauran
(Sangaride), Maud Ryaux (Doris), Amaya Dominquez (Cybèle),
Maïlys de Villoutreys (Mélisse), Aimery Lefèvre
(Célénus, Phantase, un Songe funeste), Vincent
Lièvre-Picard (Morphée), Matthieu Heim (Sangar)
"Choc de l'été
2009: Hugo Reyne, à la tête de "sa" Simphonie du Marais,
monte Atys de Lully et Quinault, opéra des coeurs amoureux
(1676), dans la Cour d'honneur de La Chabotterie en Vendée,
les 11 et 12 août 2009. Français classique
restitué de façon intelligible et "sans
manières" (ainsi que l'a souhaité Lully), travail
spécifique sur la langue et le texte de Philippe Quinault;
ciselure du continuo propre à souligner les inflexions
dramatiques et expressives des récitatifs; souplesse et
mordant de l'orchestre... "
"Le soleil se couche dans la
Cour d’Honneur du Logis. Dès les premiers accords du Prologue,
on est saisi par le dynamisme de l’interprétation. Le choix de
musiciens et de chanteurs jeunes apporte un souffle, une
énergie nouvelle à cette musique. La diction et la
prononciation très naturelles des chanteurs,
délestées de tout maniérisme pompeux, mettent en
valeur la richesse du texte. Dans le Prologue, la beauté du
livret est amplifiée par une musique tout en mouvements et en
ruptures de tempi, tour à tour légère et
pastorale, puis tragique et impétueuse. Comme dans toute
scène d’exposition théâtrale, les
éléments de la tragédie se présentent
sous nos yeux, mais le Prologue a suffi au spectateur pour se laisser
absorber par l’intrigue. Les solistes ont su, avec brio, donner vie
aux personnages qu’ils incarnaient. Les récitatifs, les
intentions musicales du chant intensifiaient leur rôle :
à la sensibilité d’Atys (Romain Champion),
répondait la fraîcheur de Sangaride
(Bénédicte Tauran); les deux premiers affrontant la
fureur grandissante de Cybèle (Amaya Dominguez) et
l’expressive passion de Célénus (Aimery
Lefèvre). Tout en gardant une juste mesure entre la retenue du
chanteur et la gestuelle du comédien, ils ont séduit le
public.
La magie opère tout
particulièrement à la nuit tombée lors du
célèbre Songe d’Atys. Sous la voûte
céleste, dans la lumière bleutée, le jeu calme
des flûtes, innocent et mélancolique, laisse comprendre
le sort final et tragique réservé aux amants
tourmentés. Puis, sur ce point d’orgue du concert,
l’intensité tragique va crescendo jusqu’à la fin. Les
lamentos se changent en effusion de sang et en cris de douleurs. Et
là, Hugo Reyne prouve qu’une version concert d’Atys peut tout
aussi bien susciter l’adhésion du public : les récentes
recherches musicologiques en la matière couplées
à cette belle énergie insufflée assurent la
pérennité d’Atys, pour le plus grand bonheur des
musiciens et du public."
- Athènes -
Théâtre de l'Hospice - 22, 23, 24 mai 2009
- Ensemble Almazis - Petit Opéra du Monde - Centre de
Musique Baroque du Conservatoire Nikolaos Mantzaros - dir. Iakovos
Pappas - mise en scène et décors Vassilis Anastasiou
- avec Sébastien Monti, Vangellis Angelakis, Antonis
Sigalas (Atys), Sterenn Boulbin, Georgia Tryfona, Réa
Voudouri (Sangaride), Symela Emmanouilidou (Cybelle), Antoine
Chauveau (Celoenus), Maria Frangiadaki (Doris), Christos
Christodoulou (Idas, Phobetor), Maria Dima (Mélisse, Iris),
Stamatis Pavlous (le Sommeil, un Zéphir), Vassilis
Tsakatouras (Morphée), Antonis Sigalas (Phantase), Christos
Priftis (le Temps, un Songe funeste), Georgia Tryfona (Flore),
Mina Yannopoulou (Melpomène)

- Opéra
Comique - Paris - 21, 22, 24, 25,
26, 28, 29, 31 janvier 1991, 1er, 2, 4, 5
février 1992 - Madrid -
Théâtre de la Zarzuela - 15, 16, 17, 18 et 19 février 1992 -
Théâtre de Caen - 6, 7 mars 1992 - Coproduction avec
Le Teatro Communale de Florence, l'Opéra de Montpellier -
Les Arts Florissants - dir. William Christie - Compagnie Ris et
Danceries - mise en scène Jean-Marie Villégier -
décors : Carlo Tommasi - costumes Patrice Cauchetier -
chorégraphie Francine Lancelot - éclairages Philippe
Arlaud - avec Howard Crook/Guy de Mey (Atys), Agnès
Mellon/Ann Monoyios/Monique Zanetti (Sangaride), Guillemette
Laurens/Jennifer Smith (Cybèle), Jean-François
Gardeil/Nicolas Rivenq (Célénus)
"Cette production
confirme son succès et peut figurer désormais parmi les
grands classiques...A la clé de cette réussite, d'abord
une rencontre d'exception entre l'oeuvre et le metteur en
scène...C'est sur l'univers de la tragédie classique
que reposent décor et mise en scène...On a
déjà tout dit de la splendeur des costumes, de
l'admirable travail d'éclairage, d'une gestique toujours au
service du sens, texte et musique en parfaite osmose. De même
l'aisance et la présence scénique de tous les
interprètes. Reste un point noir : la vocalité de
l'ensemble n'est pas (plus ?) à la hauteur du reste...Que dire
de la Cybèle de Guillemette Laurens dont toute la rondeur de
timbre a disparu ? Agnès Mellon elle-même n'a plus la
fraîcheur nécessaire. Howard Crook et Nicolas Rivenq
tirent nettement mieux leur épingle du jeu." (Opéra
International - mars 1992)
- 24e Festival de
Versailles - 4, 5 et 10 juin 1989
- représentations à l'Opéra Royal du
Château de Versailles
- Opéra Comique -
Paris - 17, 18, 20, 21, 22, 24,
25, 27, 28, 29, 31 janvier 1989, 1er
février 1989 - Montpellier - 24,
25 et 26 février 1989 - New
York - Brooklyn Academy of Music
- 17, 19, 20 et 21 mai 1989 - Les Arts Florissants - dir. William
Christie - Compagnie Ris et Danceries - mise en scène
Jean-Marie Villégier -décors : Carlo Tommasi -
costumes Patrice Cauchetier - chorégraphie Francine
Lancelot - avec Howard Crook/Guy de Mey, Guillemette
Laurens/Jennifer Smith, Ann Monoyios/Agnès Mellon, Nicolas
Rivencq/Jean-François Gardeil
"Atys est sûrement le
plus étonnant spectacle que nous ayons vu depuis dix ou quinze
ans...Les couleurs dominantes, noir et argent, symbolisent le deuil
tragique. le maquillager blême, outrancier, les perruques
monumentales s'opposent à tout réalisme et la mise en
scène...s'inspire uniquement de la musique et des conventions.
La nature est absente : tout se passe dans un temple...Les
éclairages dus à Philippe Arlaud sont faux à
souhait : blafards, contrastés, irréels...Les danseurs
font cause commune avec les chanteurs, avec les choristes...Howard
Crook en Atys, artiste accompli, Jennifer Smith en Cybèle."
(Opéra International - mars 1989)
- Opéra
Comique - 16, 17, 19, 21, 23, 24,
26, 28, 30 janvier, 3, 5, 6 février 1987 - Théâtre de Caen - 10 février 1987 - Opéra de Montpellier - 8, 9, 10 mars 1987 - Tournée au
Brésil - août 1987 - Festival d'Innsbruck - 27, 28 et 29 août 1987 - Coproduction
Opéra de Paris/Teatro Communale de Florence/Opéra de
Montpellier - Les Arts Florissants - dir. William Christie - mise
en scène Jean-Marie Villégier -décors Carlo
Tommasi - costumes Patrice Cauchetier - chorégraphie
Francine Lancelot - avec avec Jean-François Gardeil/Bernard
Deletré, Monique Zanetti/Françoise Semellaz (Doris),
Jean-Paul Fouchécourt, Arlette Steyer/Brigitte Lafon, Anne
Crabbe-Pulcini, Howard Crook/Guy de Mey (Atys), Jacques
Bona/Daniel Salas (Idas), Agnès Mellon/Ann Monoyios
(Sangaride), Françoise Semellaz/Arlette Steyer, Jennifer
Smith/Guillemette Laurens (Cybèle), Noémi
Rime/Brigitte Lafon, Nicolas Rivenq/Jean-François Gardeil
(Célénus), Gilles Ragon/Charles Daniels (le
Sommeil), Véronique Gens, Isabelle Desrochers, Bernard
Deletré/Jean-Philippe Courtis (Sangar), Michel
Laplénie, Georges Piletta, Jean Guizerix/Jean-Christsophe
Paré, Wilfride Piollet/Irène Ginger
"Merveilleuse
soirée...Le miracle Lully...cette prosodie de Quinault qui,
souple et féconde, permet à la musique de prendre des
ailes, de se faire tour à tour intime ou glorieuse,
légère ou dramatique, mais sans cesse parfaitement au
service du sentiment, de la langue et de la vérité
psychologique...Tout le monde et chacun est à citer :
l'admirable chorégraphie, si souple et émouvante, de
Francine Lancelot, les éclairages discrets et symboliques de
Philippe Artaud, les costumes fastueux de Patrice Cauchetier, les
décors de Carlo Tommasini, retrouvant la gloire du Grand
Siècle sans sa pesanteur, la mise en scène de
Jean-Marie Villégier recréant certaines gravures du
temps, enfin William Christie...qui sait redonner la lumière,
la tendresse et la vie à cette musique...,les chanteurs qui,
dans un phrasé superbe ont su recréer la prosodie du
temps, l'animer d'une émotion toute en tendresse,
délicatesse, finesse."
- Opéra International - janvier
1987 - Tricentenaire Lully - Atys
ressuscité
- Prato - Teatro Communale
de Florence - 20 décembre
1986 - dir. William Christie - mise en scène Jean-Marie
Villégier - décors Carlo Tommasi - costumes Patrice
Cauchetier - chorégraphie Francine Lancelot -
lumières Philippe Arlaud - avec Howard Crook (Atys), Daniel
Salas (Idas), Agnès Mellon (Sangaride), Judith Malafronte
(Cybèle), Bernard Deletré (Le Temps, Sangar),
Françoise Semellaz (Doris), Monique Zanetti
(Flore)
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