COMPOSITEUR
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Jean-Baptiste LULLY
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LIBRETTISTE
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Philippe Quinault
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DATE
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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NOMBRE
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LANGUE
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1973
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Willard Straight
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RCA
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1
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français
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2006
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2007
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Paul O'Dette / Stephen Stubbs
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CPO
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3
|
français
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Tragédie en musique ornée
d'entrées de ballet, de machines et de changements de
théâtre, en un prologue et cinq actes, sur un livret
tiré des Métamorphoses d'Ovide. Elle fut
créée à St Germain en Laye, dans la Salle des
ballets, devant le roi, le 11 janvier 1675, puis au
Théâtre du Palais Royal, au mois d'avril, avec une
distribution réunissant, sous la direction de Lalouette, Mlles
Bony et Presche (Deux Grâces), Marotte et Lanneau (Deux
Amours), La Grille, ténor (Bacchus), Mlle Beaucreux, soprano
(Vénus), Mlle de La Borde, soprano (Cérès),
Godonesche, basse (Mars) et Dauphin (Bellonne) pour le prologue ;
Marie Aubry, soprano (Aeglé), Marie-Madeleine Brigogne,
soprano (Cléone, confidente d'Aeglé), Morel, basse
(Arcas, confident d'Egée), Marie Verdier (*), soprano
(La Grande Prêtresse de Minerve), Jean Gaye, baryton
(Égée), Mlle Saint-Christophe, soprano
(Médée), Mlle Beaucreux, soprano (Dorine, confidente de
Médée), Bernard Clédière, haute-contre
(Thésée), Mlle Des Fronteaux, soprano (Minerve), Tholet
et Miracle (Deux Vieillards), Jollain (La Rage), Le Febvre (Le
Désespoir), Mlles Desfronteaux, Bony, Presche et Verdier
(Bergères), La Grille (habitant de l'Ile
enchantée).
(*) Marie Verdier, fille de violoniste, épousa
Verdier, premier violon à l'Opéra. Elle tint les
seconds emplois, notamment de confidente. Elle se retira en
1980.
Madame de Sévigné nota : Il y a un
opéra tout neuf qui est fort beau. Lecerf de la
Viéville en fit l'éloge, indiquant qu'il était
admiré également du peuple et des
sçavants.

Les machines préparées par Carlo Vigarani
n'eurent pas tout le succès espéré, étant
jugées inférieures à celles -
préparées par le marquis de Sourdéac - de
Circé, pièce de Donneau de Visé,
interprétée par les Comédiens Français.
Pour la colonnade du dernier acte, Vigarani s'inspira de celle du
troisième intermède de La Liberazione di Terreno e
d'Arnea connue par la gravure de Jacques Callot.
Parmi les danseurs figurait Magny qui dansa un
Vieillard.
Des reprises eurent lieu :
- le 16 février 1677, à Saint-Germain
en Laye, devant le roi, avec une distribution presque identique
à celle de 1675 ;
- en septembre 1677, à Fontainebleau, dans la
salle de la Belle Cheminée ;
- le 29 octobre 1679, au Palais Royal, avec Mlle
Moreau (Aeglé), Dun (Arcas), Egée (Beaumavielle),
Mlle Rochois (Médée), Mlle Barbereau (Dorine), Du
Mesny (Thésée) ;
- en octobre 1688, au Palais Royal ;
- le 18 décembre 1688, à Versailles,
par tous les musiciens et les danseurs de l'Opéra, avec
leurs habits ;
- en novembre 1698, avec Mlle Moreau (Aeglé),
Mlle Clément (Cléone), Dun (Arcas), Hardouin
(Égée), Mlle Desmatins (Médée), Mlle
Guyar (Dorine), Du Mesny (Thésée), Desvoyes et
Labbé (Deux Vieillards), Mlle Maupin (Minerve), Desvoyes
(Un Combattant) ;
- le 23 février 1699 ;
- le 17 novembre 1707, avec Mantienne, Bertrand et
Chopelet (Jeux et Plaisirs), Mlle Journet (Vénus), Dun
(Mars), Mlle Aubert (Cérès) et Beaufort (Bacchus)
pour le prologue, Mlle Journet (Aeglé), Mlle Aubert
Cléone), Thévenard (Arcas), Mlle Desjardins (La
Grande Prêtresse de Minerve), Hardouin (Égée),
Mlle Desmatins (Médée), Mlle Heuzé (Dorine),
Cochereau (Thésée), Boutelou et Desvoyes (Deux
Vieilllards), Mlles Cochereau et Chevalier (Deux Bergères),
Chopelet (Un Berger), Mlle Desjardins (Minerve) ;
- le 5 décembre 1720, avec Mlle Lambert
(Vénus), Le Mire (Mars), Mlle Constance
(Cérès) et Jacier (Bacchus) pour le prologue, Mlle
Tulou (Aeglé), Mlle Lambert Cléone), Dun (Arcas),
Mlle Tettelette (La Grande Prêtresse de Minerve),
Thévenard (Égée), Mlle Antier
(Médée), Mlle Minier (Dorine), Murayre
(Thésée), Mantienne et Dautrep (Deux Vieilllards),
Mantienne (Un Combattant, Mlles Tettelette et Person (Deux
Bergères), Jacier (Un Berger), Mlle Charlard (Minerve)
;
- le 29 novembre 1729, avec Dumast, Cuvillier et
Fontenay (Jeux et Plaisirs), Mlle Minier (Vénus),
Chassé (Mars), Mlle Julie (Cérès) et Dautrep
(Bacchus) pour le prologue, Mlle Pélissier (Aeglé),
Mlle Petitpas Cléone), Dun (Arcas), Mlle Julie (La Grande
Prêtresse de Minerve), Thévenard
(Égée), Mlle Antier (Médée), Mlle
Minier (Dorine), Tribou (Thésée), Dumast et
Cuvillier (Deux Vieilllards), Mlles Souris et Petitpas (Deux
Bergères), Dumast (Un Berger), Mlle Julie (Minerve). On
remarqua l'effet produit par le temple de Minerve, avec des
décorations imaginées par Jean-Nicolas Servandoni,
qui avait succédé à Jean II Berain comme
décorateur de l'Opéra ;
- le 10 décembre 1744, avec La Tour, Cuvillier
et Le Page (Jeux et Plaisirs), Mlle Romainville (Vénus),
Chassé (Mars), Mlle Coupée (Cérès) et
Bérard (Bacchus) pour le prologue, Mlle Fel (Aeglé),
Mlle Coupée Cléone), Le Page (Arcas), Mlle Metz (La
Grande Prêtresse de Minerve), Chassé
(Égée), Mlle Chevalier (Médée), Mlle
Jacquet (Dorine), Jélyotte (Thésée), La Tour
et Cuvillier (Deux Vieilllards), Mlles Romainville et Metz (Deux
Bergères), La Tour (Un Berger), Mlle Jacquet (Minerve)
;
- le 3 décembre 1754, à Fontainebleau,
sans le prologue. Le déplacement de
la Cour à Fontainebleau se situait cette
année-là sous le signe favorable de la naissance du
duc de Berry, futur Louis XVI. Il n'y eut pas moins de quatorze
représentations d'opéra, dont trois créations
: La Naissance
d'Osiris et Anacréon
de Rameau, et Daphnis et
Alcimadure de Mondonville.
La reprise de Thésée fut accueillie
avec enthousiasme par la Cour. On dispose d'un dessin partiel du
rideau de fond du décor du palais d'Égée et
de son avant-cour, pour l'acte II, montrant un pavillon avec un
attique surmonté d'une coupole et relié à des
galeries latérales, le tout rythmé par de grands
pilastres, décor dessiné par les frères
Sébastien-Antoine et paul-Ambroise Slotdz ; on dispose
également de dessins représentant le
désert horrible de la scène 4 de l'acte III
;
- le 8 (13 ?) décembre 1765, avec Sophie
Arnould dans le rôle d'Églé ; Marie-Madeleine
Guimard apparut trois fois : en Bergère, dansant un pas de
deux avec Gardel ; en Prêtresse ; dans le Peuple. Pour
chacun de ces rôles, la Bibliothèque de
l'Opéra conserve des croquis des costumes - tous de couleur
dominante blanche - annotés par Boquet. Boquet dessina
aussi les costumes rehaussés d'une draperie rose de Mlles
Allard et Peslin, qui dansaient avec Mlle Guimard, ainsi que celui
du danseur Vestris pour le pas seul de l'acte V : habit à
tonnelet blanc et argent, avec des draperies de gaze d'argent
;
- le 13 janvier 1767, dans une adaptation de
Mondonville, qui ne tint l'affiche que quatre à cinq
représentations. On reprocha à Mondonville d'avoir
remplacé le récitatif de Lully sans inventer un
récitatif vraiment nouveau, et on jugea qu'il
était impertinent et insolent de sa part de faire plus mal
quelui qu'il voulait corriger. Collé rapporte : Je
n'ai point vu de chute aussi prompte et aussi honteuse. On a
été révolté contre la
présomption d'un musicien qui, entreprenant de changer le
récitatif de Lully, ne crée pas un autre genre de de
récitatif. Le public réclamant la version
originale, celle-ci fut reprise le 1er février
pour vingt représentations.
Selon les Annales dramatiques : Mondonville
voulut ajouter une musique nouvelle aux paroles de Quinault ; mais il
eut le malheur de ne pas réussir, et le public redemanda la
musique de Lully. Toutefois, on lui envoya le peu d'argent qui lui
revenait pour sa part d'auteur ; il le refusa, en disant modestement
, « Qu'il avait déjà trop de reproches à se
faire » d'avoir fait perdre à l'Opéra les recettes
que lui aurait procurées la musique de Lully.»
- le 23 mars 1770 ;
- le 23 février 1779. Ce fut la
dernière fois qu'une tragédie de Lully fut
représentée avant l'époque moderne.
Le livret de Quinault fut remanié en trois actes
par Morel de Chedeville et mis en musique par Gossec (création
à l'Opéra, le 26 février 1782), avec quelques
emprunts au Thésée de Lully.
Selon Castil-Blaze : Morel arrange le
Thésée de Quinault, Gossec le remet en musique. Par
déférence pour Lulli, son prédécesseur,
il conserve l'ancien air d'Égée, Faites grâce
à mon âge. Ce morceau, très-bien dit par
Larrivée, qui dès longtemps en connaissait la
tradition, est admiré généralement, il obtient
une préférence marquée sur tout le reste.
Après cent dix ans de possession du théâtre
académique, la musique de Lulli pousse enfin, exhale son
dernier soupir, et ce n'est pas sans honneur. Mme Saint-Huberti
remporte une palme de plus en représentant Églé,
princesse d'Athènes. On dit que les paroles de Quinault
avaient été fort légèrement
traitées par Morel, et très lourdement par
Gossec.
Des représentations eurent lieu à La Haye
(*), le 18 mai 1682, pour l'entrée dans la ville de la
princesse d'Orange, avec Mlle Cartilly (qui s'était fait
connaître dans la Pomone de Cambert) dans les
rôles de Médée et Minerve ; à Bruxelles,
le 10 novembre 1697, au Quai au Foin, et le 1er janvier
1713, au Théâtre de la Monnaie ; à
Wolfenbüttel, le 19 août 1687 ; à Lyon en 1691
(1692 ?), et en 1749, dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette
Royale, à l'initiative de Mangot, beau-frère de
Jean-Philippe Rameau ; à Gand en juin 1698 ; à La Haye
en 1701 ; à Lunéville, sous la direction d'Henry
Desmarest, les 5 et 9 février 1708 ; à Lille en 1718 ;
à Dijon en 1730.
(*) selon d'autres sources, cette date serait celle de la
création à Bruxelles, avec un prologue composé
par Fiocco.
La reprise de 1745 inspira deux parodies,
la première, représentée aux Italiens sous le
nom d'Arlequin Thésée, le 30 janvier 1745, de
Valois d'Orville ; l'autre à l'Opéra-Comique sous le
titre de Thésée, composée par Charles
Favart, Pierre Laujon & Parvy, donnée le 17 février
de la même année. Personnages : Choeur de Combattants,
Égée, Églé, Cléone, la
Grande-Prêtresse de Minerve, Médée, Dorine,
Thésée, Arcas, une Harangère, Harangères,
Démons, les Furies.
Livret.
A cette dernière occasion, les Annales
dramatiques (1812) rapportent les anecdotes suivantes : Epris
du noble amour des arts , et voulant consacrer ses talens au
théâtre , un nommé Léger, domestique de
Favart, débuta dans cette parodie, par la moitié du
bœuf gras, sur lequel devait monter Thésée. Ce bœuf
était figuré par une machine de carton, dans laquelle
étaient renfermés deux hommes qui la faisaient mouvoir.
Le premier, debout, mais un peu incliné ; le second , la
tête appuyée sur la chute des reins de son camarade.
Léger, qui avait brigué l'honneur du début,
obtint la préférence pour faire le train de devant ;
gonflé de gloire et d'aliments, il lâcha une
flatuosité qui suffoqua son collègue. Celui-ci , dans
le premier mouvement , et pour se venger de l'effet sur la cause,
mordit ce qu'il trouva sous ses dents. Léger fit un
mugissement épouvantable. Le bœuf gras se sépara en
doux ; une moitié s'enfuit d'un côté , une
moitié de l'autre ; et voilà le superbe
Thésée à terre : on eut beaucoup de peine
à continuer la pièce. A peine était-elle
achevée, que l'on entendit une nouvelle rumeur :
c'était encore Léger qui se gourmait avec son camarade,
sur le ceintre. Après avoir disputé sur la
prééminence du train de devant et du train de
derrière, ces messieurs en étaient venus aux mains. Le
pauvre Léger faillit en être la victime : il fut
précipité du ceintre ; mais fort heureusement pour lui
, il fut accroché par des cordages et resta suspendu à
vingt pieds de haut : enfin il en fut quitte pour quelques
contusions.
Cette pièce est féconde en grands
évènemens , comme il sera facile de s'en convaincre en
lisant ce qui suit : A l'une de ses représentations, l'actrice
chargée du rôle de Médée s'amusait
à écouter les fleurettes d'un fmancier
sexagénaire : elle entend la réplique au moment
où le bonhomme, transporté d'amour, se précipite
à ses genoux pour lui baiser la main : elle le repousse
brusquement ; mais, dans le mouvement qu'elle fait pour se
débarrasser, la crinière postiche du vieil adonis
s'accroche aux paillettes de la robe de Médée. La
magicienne part , et laisse son amant en attitude, chauve, et
prosterné. Elle arrive sur la scène, portant devant
elle, sans le savoir , ce grand trophée chevelu , qui, se
balançant avec majesté, semblait s'accorder avec les
gestes pathétiques de l'actrice. Tout-à-coup un
applaudissement général se fait entendre. Le rire
devint tout-à-fait convulsif, lorsque l'on vit sortir de la
coulisse une tête pelée qui réclamait sa
vénérable dépouille. Médée,
déjà toute fière de l'accueil favorable qu'elle
croyait recevoir du public, faisait de grandes
révérences ; mais son erreur ne tarda pas à sa
dissiper : en effet , en s'inclinant respectueusement pour remercier
les spectateurs, elle aperçut la malheureuse perruque. Une
actrice ordinaire eût été
déconcertée mais celle-ci, en princesse au-dessus des
coups de la fortune, détacha tranquillement la perruque, la
remit sur le chef du financier, et continua froidement son
rôle. Cette présence d'esprit lui valut un succès
: tant il est vrai qu'il faut se posséder dans les
circonstances difficiles, pour en sortir avec honneur !
La première édition de la partition
fut imprimée, avec des caractères mobiles en plomb, par
Christophe Ballard en 1688, soit après la mort de Lully.
L'oeuvre fut rééditée en
1711 par H. de Baussen, en partition réduite, avec la
technique de gravure sur cuivre. Les héritiers de Lully
avaient entrepris une réédition de ses oeuvres pour
laquelle ils voulaient se passer de Ballard et s'était
adressés à H. de Baussen. Ballard réussit
à racheter et poursuivre l'édition, qui comprend neuf
volumes. L'édition de Baussen fut renouvelée en 1719 et
1720.
L'oeuvre fit l'objet de nombreux manuscrits, et on
recense seize partitions complètes conservées à
ce jour.
L'exemplaire de Thésée
conservé à la Bibliothèque nationale de France
contient des gravures de Jean-Baptiste Scotin l'aîné
(1671-1716), et de Louis Desplaces (mort en 1739), d'après
Claude Gillot (1673 - 1722), J.-V. Duplessis et François
Roettiers. La musique n'y est notée que pour dessus et
basse.
La scène du prologue se passe dans les
jardins de la façade du palais de Versailles. Le fond du sujet
de la tragédie est l'amour éprouvé de
Thésée et d'Eglé, princesse placée sous
la tutelle du roi d'Athènes Egée, et que ce roi veut
épouser. Thésée, exposé par son
père dans son enfance à Trézène, a promis
sa foi à Médée, la magicienne. Il revient
à Athènes, combat une sédition qui
menaçait le trône de son père, devient l'idole du
peuple, mais porte ombrage à Egée. Celui-ci
poussé par la fureur jalouse de Médée, accepte
de ses mains un breuvage empoissonné qu'il donne à
boire à Thésée. mais il reconnait tout à
coup dans l'épée qu'il porte le signe de reconnaissance
qu'il avait attaché au corps de son fils lorsqu'il fut
exposé par ses ordres. Médée prend la fuite, le
fils et le père s'embrassent, Eglé est au comble de ses
voeux, et le peuple d'Athènes chante un choeur
d'allégresse (Dictionnaire des opéras - Clément
et Larousse).
Synopsis
détaillé
Prologue
Dans les jardins et devant la façade du
palais de Versailles
Le choeur des amours, des grâces, des plaisirs,
et des jeux se plaint que le maître des lieux dédaigne
les plaisirs pour la guerre, et décide de de se retirer.
Vénus tente de le retenir. On entend des trompettes et des
tambours dont le bruit se mêle au son de plusieurs instruments
champêtres. Mars paraît sur son char avec Bellone. Il
promet que rien ne viendra troubler Vénus et les amours, mais
envoie Bellone faire la guerre. Vénus s'inquiète, mais
Mars la rassure : le roi sera victorieux. Mars et Vénus
chantent les louanges du roi. Bacchus et Cérès suivis
de moissonneurs, de silvains et de bacchantes, ramènent les
amours, les grâces, les plaisirs, et les jeux. La troupe des
moissonneurs commence à danser, et environne
Cérès. Celle-ci chante, puis Bacchus.
Divertissement.
Acte I
Le temple de Minerve, à
Athènes
(1) On entend des soldats qui combattent. (2)
Eglé, princesse placée sous la tutelle du roi
d'Athènes Egée, vient chercher le secours de Minerve et
l'implore d'intervenir. (3) Eglé interroge Cléone pour
savoir si Thésée, qu'elle aime, revenu à
Athènes combattre une sédition qui menace le
trône de son père Egée, est vainqueur.
Cléone ne peut la renseigner mais la rassure sur l'amour que
Thésée lui porte. (4) Eglé interroge Arcas qui
lui indique que le combat continue, et que le roi s'inquiète
pour elle. Eglé n'ose pas l'interroger sur
Thésée, et demande à Cléone d'aller se
renseigner sur son sort. (5) Cléone exprime à Arcas ses
doutes sur l'amour qu'il lui porte. Celui-ci proteste, et
Cléone en profite pour lui demander de s'attacher à
Thésée. Arcas, jaloux, ne comprend pas et mais
Cléone refuse de lui expliquer le motif de sa demande. (6) La
Grande prêtresse vient implorer Minerve. On entend les clameurs
effrayantes des combattants. (7) Le roi Egée annonce la
victoire contre la sédition. La Grande prêtresse
l'invite à rendre grâces aux dieux. (8) Egée veut
rassurer Eglé et lui annonce son projet de l'épouser.
Eglé, surprise, lui exprime son respect et l'interroge sur
Médée à qui il est lié par un serment.
Egée lui explique qu'il a prévu de la faire
épouser par un enfant de lui qu'il avait caché à
Trézène. (9) La Grande prêtresse et le choeur des
prêtresses honorent Minerve en présence du roi et de
suite. (10) Des sacrificateurs combattants apportent les
étendards et les dépouilles des ennemis vaincus. La
cérémonie se poursuit par un simulacre de combats.
Acte II
Le palais d'Egée
(1) Médée, avec sa suivante Dorine, se
lamente sur son destin qui la conduit à être criminelle
par amour. Celle-ci lui suggère de recommencer une nouvelle
vie avec Thésée. (2) Le roi Egée vient remercier
Médée d'avoir favorisé la victoire et
évoque son serment de mariage. Médée montre peu
d'empressement. Egée annonce la venue prochaine d'un fils
à lui qu'il n'avait pas reconnu. Médée lui
répond que seul Thésée est digne d'elle et qu'il
peut épouser Eglé. Egée et Médée
sont tous deux satisfaits de cette solution. (3) Arcas vient alerter
le roi contre la popularité grandissante de
Thésée que le peuple veut porter à la place du
roi. (4) Dorine en profite pour relancer Arcas, son ancien amant, et
l'interroge sur ses rapports avec Cléone. Arcas élude.
(5) Dorine est sans illusion. (6) On entend le peuple qui acclame
Thésée. (7) Arrivent quatre esclaves qui portent
Thésée, les Athéniens qui chantent et dansent.
Ils se réjouissent de la victoire que la valeur de
Thésée vient de remporter, et veulent le proclamer
comme successeur d'Egée. Thésée les remercie,
mais les disperse. (8) Il s'apprête à rentrer dans
l'appartement du roi, et rencontre Médée qui en sort.
Il lui explique qu'il vient rassurer Egée. Médée
lui propose d'intercéder pour lui auprès du roi.
Thésée lui confie qu'il est épris d'Eglé
et que son seul souhait est de l'épouser. Médée
lui révèle les projets d'Egée, et lui demande de
lui faire confiance. (9) Seule, Médée, est ivre de
jalousie et prépare sa vengeance.
Acte III
(1) Eglé se prépare à accueillir
Thésée, et se demande quelle sera son attitude. (2)
Arcas arrive et lui confirme de la part d'Egée que le mariage
est proche. Celone lui demande d'aider à ce que le roi renonce
à son projet. (3) Médée vient faire des
reproches à Eglé. Celle-ci lui demande de lui laisser
Thésée, et lui propose d'épouser le roi.
Médée lui révèle qu'elle est
également éprise de Thésée et qu'elle
fera son possible pour qu'Eglé épouse le roi. Elle
décide de lui montrer l'étendue de ses pouvoirs.
Un désert épouvantable rempli de
monstres furieux
(4) Eglé, Cléone et Arcas crient leur
effroi. (5) Cléone demande à Arcas de la
défendre contre un monstre, mais un fantôme emporte son
épée en volant. Cléone et Arcas implorent Dorine
et l'assurent de l'amour d'Arcas. (6) Médée fait sortir
Cléone et Arcas. (7) Médée invoque les habitants
des enfers. Ceux-ci expriment la douceur qu' ils trouvent dans les
ordres que Médée leur donne de donner des frayeurs, et
de faire de la peine à Eglé. (8) Les habitants des
enfers épouvantent Eglé, qui tentent de les fuir.
Acte IV
(1) Eglé implore Médée, sans pour
autant accepter de cesser d'aimer Thésée.
Médée, furieuse, fait apparaître
Thésée endormi qui descend conduit par des spectres
volants. (2) Médée invoque les Furies qui sortent
tenant un tison ardent d'une main, et un couteau de l'autre. (3)
Médée annonce à Eglé que
Thésée, toujours endormi, va être sacrifié
sous ses yeux. Eglé finit par céder et accepte
d'épouser le roi. Les furies rentrent dans les enfers.
Une île enchantée
(4) Médée réveille
Thésée, qui regarde l'habit magnifique et galant dont
il est paré, et réclame son épée. Il
aperçoit Eglé, sans comprendre pourquoi elle
détourne les yeux. Médée lui fait croire
qu'Eglé le délaisse pour partager le trône. (5)
Thésée exprime son amour déçu.
Eglé lui confie qu'elle s'est résolu à
épouser le roi pour le sauver. Thésée lui
révèle alors qu'il est le fils d'Egée. (6)
Médée sort tout à coup d' un nuage, furieuse de
ce qu'elle a entendu. Eglé et Thésée demandent
chacun à Médée d'épargner l'autre.
Médée, attendrie, décide de favoriser le bonheur
de celle qu'elle aime. Elle rend son épée à
Thésée, et invite les habitants de l'île
enchantée à célébrer les plaisirs des
heureux amants. Divertissement.
Acte V
Un palais, que les enchantements de
Médée font paraître, et où l' on voit les
apprêts d' un superbe festin
(1) Médée est torturée par la
jalousie, et décide de se venger de sa rivale, quitte à
perdre celui qu'elle aime. (2) A Dorine qui vient lui annoncer que
les festivités vont commencer et que le roi a choisi
Thésée comme son successeur, elle révèle
son projet de vengeance. (3) Médée propose au roi
d'empoisonner Thésée. Egée hésite.
Médée finit par le convaincre en évoquant le
fils qu'il pourra ainsi faire revenir de Trézène. (4)
En présence des Athéniens, le roi annonce qu'il choisit
Thésée comme son successeur, et ouvre la
cérémonie en lui offrant le vase empoisonné.
Thésée prend le vase d' une main, et tire son
épée de l'autre pour jurer fidélité au
roi. Le roi aperçoit l'épée de
Thésée, et la reconnaît pour être celle
qu'il avait laissée pour servir un jour à la
reconnaissance de son fils. Il empêche Thésée de
porter le vase à sa bouche et reconnaît son fils.
Médée s'enfuit. (5) Egée renonce à
Eglé en faveur de son fils. (6) Médée
apparaît sur un char tiré par des dragons volants, et
profère des menaces. Le palais s'embrase, et les mets du
festin préparé se convertissent en des animaux
horribles. (7) Les Athéniens implorent les dieux. (8) Minerve
apparaît qui fait apparaître un palais magnifique et
brillant. (9) Toutes les voix, et tous les instruments des deux
choeurs se réunissent. Les plus considérables
courtisans du roi d'Athènes, environnés d' une troupe
d' esclaves, forment une espèce de fête galante pour se
réjouir de la reconnaissance de Thésée. On voit
Arcas et Cléone qui chantent au milieu de leur danse.
Pour en savoir plus :
- Thèse de
Doctorat - Pascal
Denecheau - décembre 2006
Thésée, troisième
tragédie en musique de Jean-Baptiste Lully et de Philippe
Quinault, fut de ces deux auteurs l’œuvre qui connut le plus grand
nombre de reprises, à Paris et à la Cour, de sa
création (janvier 1675) jusqu’à sa dernière
représentation à la fin du XVIIIe siècle (1779).
Cette étude en retrace l’histoire à l’aide des
nombreuses sources (livrets, partitions et matériels
d’orchestre, documents d’archives) conservées en France et
à l’étranger et des témoignages de contemporains
(articles de périodiques, correspondances). Le chapitre I
présente le contexte historique de la création de
Thésée, les écrits qui inspirèrent
Quinault, l’analyse du livret et de quelques extraits musicaux ; les
chapitres II et III étudient les relations entre les sources
tant littéraires que musicales et les pratiques
éditoriales chez l’imprimeur Ballard ; le chapitre IV aborde
l’histoire des représentations (interprètes, mise en
scène, décors) et les remaniements apportés en
1754, 1765 et 1779.
Position de thèse :
Troisième des onze tragédies en
musique nées de la collaboration du librettiste Philippe
Quinault et du compositeur Jean-Baptiste Lully, Thésée
n’est pas actuellement l’ouvrage le plus connu de ces deux auteurs.
Armide et Atys sont souvent cités comme étant leurs
chefs-d’œuvre. Cependant, Thésée est celui qui, de tous
les ouvrages lyriques de Lully, resta le plus longtemps au
répertoire de l’Académie royale de musique. Entre 1675,
date de sa création, et 1779, date de la dernière
représentation à Paris, ses reprises furent si
fréquentes (elles eurent lieu environ une fois tout les dix
ans), que leur nombre n’avait jamais été défini
avec certitude. Quelle est la raison de ce succès ? Quelle
place l’œuvre occupe-t-elle dans la production de Lully et Quinault ?
Quels furent les instruments de sa diffusion en France et à
l’étranger ?
L’objectif de cette thèse est de montrer
l’évolution de Thésée sur plus de cent ans.
Après avoir replacé l’œuvre dans son contexte culturel
et historique, elle présente le fruit de la comparaison des
nombreuses éditions des livrets et de la partition et met en
lumière quelques procédés employés lors
de leur impression. Enfin, elle établit la chronologie la plus
exhaustive possible des représentations et aborde chacune des
productions sous divers aspects (mise en scène, décors,
interprètes, montants des recettes) à l’aide des
nombreux témoignages recueillis (articles de
périodiques, correspondance, documents d’archives,
etc.).
I. Présentation de l’œuvre
Thésée occupe une place importante
dans la production de Lully et Quinault. L’œuvre s’inscrit
musicalement dans la continuité des deux premières
tragédies en musique, Cadmus et Hermione (1673) et Alceste
(1674), notamment par son écriture, par la structure de
scènes conçues en vaste rondeau dont le refrain est
constitué par les différentes interventions du chœur,
et par l’utilisation des tonalités à des fins
dramatiques. Les prologues de Thésée et des deux
opéras précédents sont prétextes à
la glorification de Louis XIV et de ses victoires, au moment
même où la France est engagée dans une guerre
contre la Hollande (1672-1678). Instrument de la propagande royale,
le prologue devait rendre compte de l’actualité du moment :
à la suite d’une victoire remportée par Turenne sur
l’Électeur de Brandebourg, Lully et Quinault furent
obligés de revoir le texte et la musique du prologue de
Thésée peu de temps avant la première
représentation pour louer ce nouvel exploit.
Le livret de Thésée marque en revanche
une rupture avec Cadmus et Alceste dans lesquels l’irruption de
personnages comiques et de situations burlesques, héritage des
premiers opéras italiens joués à Paris du temps
de Mazarin, avait été durement critiquée par une
partie des gens de lettres, parmi lesquels se trouvaient Jean Racine
et Boileau-Despréaux. Une cabale en avait
résulté contre Quinault qui, en traitant le sujet
d’Alceste, avait, disait-on, défiguré l’ouvrage
homonyme d’Euripide. Sans la faveur de Louis XIV qui montra un grand
intérêt pour l’ouvrage, faisant taire du même coup
la critique, Lully n’aurait sans doute plus composé
d’opéras. Thésée, dépourvu des passages
comiques qui avaient tant déplu dans Cadmus et Alceste, est
l’œuvre dont la forme se rapproche le plus du modèle de la
tragédie classique. Au XVIIIe siècle, elle passait
encore pour la mieux équilibrée et la mieux construite
de toutes celles que Quinault avait écrites.
C’est aux Métamorphoses d’Ovide que le
librettiste emprunta le sujet de son opéra. Quinault n’a
retenu de la légende antique de Thésée que la
partie consacrée à la jeunesse du héros :
Thésée, qui vient réclamer la succession au
trône d’Athènes, montre qu’il est bien le fils du roi
Égée en présentant l’épée que ce
dernier lui a laissée en signe de reconnaissance. Le
héros échappe de peu à la tentative
d’empoisonnement orchestrée par la magicienne
Médée. L’ouvrage d’Ovide n’est cependant pas la seule
source dont Quinault se soit inspiré. Il puisa largement dans
la pièce de Jean Puget de La Serre, Thésée ou le
prince reconnu, tragi-comédie en prose publiée à
Paris en 1644, en l’adaptant au genre dramatique de l’opéra.
La guerre, évocation des combats menés par les troupes
françaises contre l’ennemi hollandais, constitue le cadre
principal du premier acte pendant lequel la ville d’Athènes et
assiégée. Dans les quatre autres actes, le récit
se concentre autour du personnage de Médée dont les
pouvoirs magiques sont prétextes à de nombreux effets
spectaculaires tels que vols de fantômes, apparitions de
monstres et de furies, embrasement de palais, etc.
II. Les Livrets
L’engouement du public pour Thésée
engagea un grand nombre d’imprimeurs à en publier les paroles
sous diverses formes : ainsi, ne trouve-t-on pas moins de
cinquante-neuf éditions différentes, dont vingt furent
réalisées pour les représentations à
Paris et à la Cour, onze autres pour celles données en
province ou à l’étranger, sept publiées en
recueil jusqu’en 1824 et enfin, dix-neuf éditions contrefaites
en Hollande et aux Pays-bas. Chaque nouvelle reprise de
Thésée à l’Académie royale de musique ou
à la Cour donnait lieu à l’impression d’un livret. Ce
petit ouvrage d’une soixantaine de pages contenait les paroles de la
pièce et permettait au public d’en suivre le
déroulement et d’en saisir le sens au moment où elles
étaient chantées. Lorsque des changements
étaient apportés soit dans la mise en scène,
soit aux vers (ajouts et retranchements), ils étaient
reportés dans chaque nouvelle édition du livret. La
comparaison du contenu de ces ouvrages permet de suivre
l’évolution de l’œuvre au fil du temps. Contrairement aux
premiers opéras de Lully et Quinault qui furent
créés à l’Académie royale de musique de
Paris, Thésée fut d’abord représenté
devant Louis XIV et sa Cour pendant les mois de janvier et
février 1675 et ne fut joué devant le public parisien
qu’au mois d’avril suivant. Cette situation particulière eut
une répercussion sur les livrets imprimés pour ces
spectacles. En effet, ceux-ci font pour la première fois
apparaître les noms des interprètes (chanteurs, danseurs
et musiciens) qui parurent sur scène devant le roi.
La comparaison de quelques exemplaires,
imprimés par Christophe Ballard pour les
représentations données à Saint-Germain-en-Laye
en janvier 1675 et qui au premier abord semblaient identiques, montre
qu’en réalité ils possèdent des
caractéristiques permettant de les différencier et de
déterminer l’ordre dans lequel ils furent
réalisés. Ces différences apparaissent
principalement dans le motif des fleurons employés pour
séparer les scènes ainsi que dans le dessin des culs de
lampe placés à la fin des actes. On relève
d’autres variantes plus importantes telles que le remplacement d’un
vers par un autre ou encore le changement du nom de quelques
interprètes. La confrontation des pages des exemplaires
examinés montre que, dans un même cahier, certaines ont
été recomposées quatre fois, d’autres ont
été corrigées tandis que d’autres n’ont subi
aucun changement. Les formes qui avaient servi à l’impression
de ces dernières pages avaient vraisemblablement
été conservées pendant le temps des
représentations (janvier et février 1675) permettant
ainsi à Christophe Ballard de pouvoir produire de nouveaux
exemplaires du livret dans un délai très court. Cette
manière de procéder va à l’encontre des
pratiques ordinaires qui voulaient que lorsque l’impression des pages
était terminée, les formes soient rompues et la casse
distribuée.
Les livrets publiés pour les
représentations suivantes témoignent d’autres
modifications liées notamment aux contraintes imposées
par le lieu de représentation. Ainsi en septembre 1677,
lorsque Thésée fut représenté au
château de Fontainebleau, toutes les indications concernant les
rôles de personnages volants furent supprimées dans les
livrets : en effet, la salle de spectacle du château
n’était à l’époque pas dotée de
machineries adéquates. D’autre part, une partie des
décors fut renouvelée à cette date et le texte
de quelques répliques fut adapté en conséquence.
Ces changements, pourtant abandonnés lorsque l’opéra
fut repris à Paris, se retrouvent imprimés dans les
éditions suivantes. Il apparaît donc qu’après la
mort de Lully, ses successeurs à la tête de
l’Académie royale de musique ne veillèrent pas avec la
même attention à mettre en conformité le texte
des livrets avec celui chanté sur la scène.
III. Les Partitions
En 1688, soit un an après la mort de Lully,
Christophe Ballard fit imprimer une première édition de
la partition de Thésée à l’aide de
caractères mobiles en plomb. On sait que le compositeur
accordait une attention toute particulière à la
publication et à la diffusion de ses ouvrages. Il en relisait
les épreuves. Les pages qui comportaient des erreurs
typographiques étaient corrigées au cours de
l’impression, voire entièrement recomposées. La
partition de Thésée ne bénéficia pas des
mêmes soins et la famille de Lully, qui fut vraisemblablement
à l’origine de cette édition, semble s’en être
totalement désintéressée au point que c’est le
fils de Christophe Ballard qui fut chargé de corriger à
la main les fautes d’un certain nombre d’exemplaires avant leur mise
en vente. L’imprimeur réalisa vraisemblablement son
édition à partir d’une copie manuscrite de
Thésée qui appartenait à Lully. En effet, la
partition imprimée contient quelques vers correspondant
à la première version du prologue. Or ces vers furent
remplacés peu de temps avant la première
représentation en janvier 1675. Ce sont ces nouveaux vers qui
furent chantés à l’Opéra en 1688 comme en
témoignent les livrets publiés à cette date.
Treize ans après sa suppression, l’ancienne version n’avait
donc aucune raison de figurer dans la partition de Ballard.
Une seconde édition en partition
réduite, qui reprend le contenu de l’édition de
Ballard, fut gravée sur plaques de cuivre par Henry de Baussen
et imprimée en 1711. À la mort de celui-ci,
Jean-Baptiste-Christophe Ballard fit l’acquisition des plaques et
réédita l’ouvrage une première fois en 1719 et
une seconde fois en 1720. Parallèlement à ces
éditions, un grand nombre de copies manuscrites furent
réalisées et diffusées par l’atelier du marchand
de musique Henry Foucault. Ces copies se distinguent des
éditions par le fait qu’elles contiennent la nouvelle version
des vers du prologue. De plus, pendant les chœurs qui terminent le
premier acte, elles font apparaître un accompagnement de
l’orchestre là où dans la partition imprimée ne
figure que la basse continue. La présence de l’orchestre
à cet endroit de l’œuvre est également attestée
par d’autres sources telles que les parties séparées
réalisées par André Danican Philidor pour le
comte de Toulouse. En revanche, les copies de Foucault se
révèlent être moins précises du point de
vue rythmique que la première édition de Ballard. Les
matériels d’orchestre successifs qui servirent aux musiciens
du roi ou de l’Académie royale de musique aux XVIIe et XVIIIe
siècles ont tous disparu aujourd’hui. Seules subsistent trois
partitions (deux sont issues de la première édition,
l’autre est un exemplaire de la partition gravée
imprimée en 1719) qui furent employées lors des
représentations à Fontainebleau en octobre 1754 et
à l’Opéra de Paris entre décembre 1754 et mars
1779.
IV. Histoire des représentations
Parmi les dates des reprises de Thésée
avancées par les premiers historiens du théâtre
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et
répétées dans des ouvrages plus récents,
quelques-unes se révèlent être erronées :
elles sont le fruit d’une mauvaise interprétation des articles
du Mercure galant. Au total, il y eut dix-neuf productions
différentes, dont douze à l’Académie royale de
musique de Paris et sept dans les résidences royales de
Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye et Versailles. La confrontation
des documents et des témoignages dans lesquels il est question
des représentations de Thésée, a permis d’en
dresser la chronologie.
La longévité de Thésée
tient en partie à la faveur que lui portait Marie Leczinska.
Pendant près de dix-sept ans, l’épouse de Louis XV fit
jouer cet opéra en version de concert dans ses appartements
privés. C’est probablement elle qui fut l’instigatrice de la
reprise de Thésée à Versailles en février
1745 lors des fêtes organisées pour le mariage du
dauphin, puis de celle de Fontainebleau en octobre 1754. D’autre
part, les remaniements apportés par François Rebel et
François Francœur en 1754, puis par Pierre Montan Berton en
1765 et Louis Granier en 1779, redonnèrent un nouveau souffle
à l’ouvrage et permit de le maintenir à l’affiche de
l’Académie royale de musique, cela même après la
réforme du genre opérée par Christoph Willibald
Gluck.
Pour en savoir plus :
- La musique comme métaphore - Ana
Stefanovic - chapitre V - Thésée - Un modèle
pour la description musicale - page 261
http://books.google.fr/books?id=CuPolgSCAlEC&printsec=frontcover&dq=La+musique+comme+m%C3%A9taphore&sig=ACfU3U1uxA0noNtOqd7SdCy0vqavr643QQ#PPA7,M1
Représentations
:
- Université McGill -
Canada - Salle Pollack -
14, 15, 16 novembre 2008 - Orchestre baroque de McGill - dir. Hank
Knox - mise en scène Patrick Hansen - scénographie
Vincent Lefèvre - costumes Ginette Grenier -
lumières Serge Filiatrault
- Opéra de
Lille - 11, 13, 15, 17 mars 2008 - Orchestre et Choeur
Le Concert d'Astrée - dir. Emmanuelle Haïm - mise en
scène Jean-Louis Martinoty - décors Hans Schavernoch
- costumes Sylvie de Segonzac, chorégraphie François
Raffinot - lumières Fabrice Kebour - avec Paul Agnew
(Thésée), Salomé Haller
(Médée), Sophie Karthäuser (Æglé),
Jean-Philippe Lafont (Égée), Jaël Azzaretti
(Cérès, Cléone, une Bergère), Nathan
Berg (Mars, Arcas), Aurélia Legay (Vénus, Dorine,
une Bergère), Françoise Masset (La Grande
Prêtresse, Minerve), Cyril Auvity (Bacchus, un Plaisir, un
Berger, un Vieillard), Henri Vasselot (un Plaisir), Jean-Gabriel
Saint-Martin (un Plaisir, un Vieillard), Pierre Virly (un
Combattant)

- Forum
Opéra - 11 mars 2008 - Le Jardin des
délices
"Après les
premières représentations parisiennes, voici enfin
à Lille ce Thésée tant attendu, fruit de la
collaboration entre l’Opéra de la ville nordique, qui
accueille depuis maintenant quatre ans en résidence Le Concert
d’Astrée, et le Théâtre des
Champs-Elysées. Projet ambitieux pour la scène
lilloise, mais qui signe bien sa trop discrète mais ferme
prise de position dans le peloton des scènes lyriques
françaises. L’auteure de ces lignes n’était pas
à la première parisienne, accueillie de façon
mitigée par Viet-Linh Nguyen. Bénéfice du rodage
parisien ? Des quelques jours de repos avant la reprise lilloise ? De
l’effet Dany Boon ? Toujours est-il que, avec tout le respect de la
confraternité, on ne reprendra ici aucune des ses remarques
négatives sur le spectacle, après une soirée qui
fut pour nous l’un des plus beaux spectacles lyriques vu ces
dernières années. Une splendeur de tous les
instants.
La partition d’abord, majeure,
qu’Emmanuelle Haïm incarne littéralement. On
connaît sa mobilité, sa technique de direction pour le
moins originale, qui fascine ou agace. Fascination ce soir, car ce
n’est pas du chiqué : Haïm se transfuse au sang de
l’italien, danse, suit du corps les moindres détails, et
repasse le fluide à ses musiciens et ses chanteurs avec un
amour radieux et une efficacité totale. Heureuse, elle est
heureuse, et la voir ainsi, comme on dit dans le nord, c’est «
rien que du bonheur ». Aux agapes finales, Françoise
Masset nous confiait la confiance des chanteurs à se sentir
aussi fusionnels avec leur chef, portés par elle, du geste et
du regard. Alors, où sont les décalages, la
sécheresse de ton, les défaillances des cuivres ? Le
microclimat lillois était tout de velours (bravo les bassons,
les flûtes à bec…), de lyrisme, d’équilibre des
timbres, de précision de dynamiques et de
contrastes.
Côté plateau
vocal, là aussi, rien que du bonheur dans un casting de haut
vol et pertinent, qui voyait le rôle de Médée
dévolu à Salomé Haller au lieu de Sofie von
Otter. La scène lilloise n’a pu s’offrir la star, mais le
public n’y perd rien : subtile caractérisation dramatique,
entre cruauté et douleur, belle ligne de chant. On notera
simplement qu’absolument aucun surtitrage n’était
nécessaire : tous les chanteurs sont parfaitement compris,
tous campent à la perfection leurs personnages. L’acoustique a
probablement joué un rôle dans ce changement notable par
rapport à la scène parisienne, car l’Opéra de
Lille rend justice au moindre détail. Aucune faille dans un
plateau vocal superlatif, peu avare d’engagement, de
sincérité, et de vaillance vocale, à l’image
d’un chœur particulièrement éloquent. Occasion de
saluer le travail de trois personnes de l’ombre, chef de chœur et
chefs de chant, qui ne sont évidemment pas étrangers
à la clarté de la diction. Un plateau enfin de chair et
d’émotion palpables, prenant dans ses rets une salle
attentive, et enthousiaste au salut final.
Jean-Louis Martinoty place
délibérément l’action dans le Grand
Siècle versaillais, auquel ne manque aucun parterre, galerie,
dorure et perspective. Mais cela est réalisé dans une
vision poétique colorée et dynamique, à mille
lieux de toute nostalgie sepia, que renforcent les éclairages
directs - enfin un opéra qui ne se déroule pas dans le
noir, si ce n’est dans la scène infernale, ce qui aurait
été totalement incompatible avec le contexte de
splendeur royale et de violence des sentiments. Tout est abouti,
soigné dans les détails de costumes, de couleurs
(palette vive et riche), de déplacements, dans un plateau
entièrement exploité. Cette option dix-septième
ne gêne que lorsqu’on entend une Mère supérieure
de Port-Royal adresser une prière à Minerve… Quant aux
éléments vidéo, tournoiements de personnages de
Bosch côté Enfers ou Délices, ils nous ont
semblé une alternative bien pensée aux machineries
infernales du florentin, même s’ils détournent un peu de
la scène un regard capté malgré lui. Mais n’en
était-il pas de même des dispositifs de la
création, quand on voit les dessins conservés
?"
- Théâtre des
Champs Élysées - 20, 22, 25, 27, 29
février 2008 - Orchestre et Choeur (chef de choeur Denis
Comtet) du Concert d'Astrée - dir. Emmanuelle Haïm -
mise en scène Jean-Louis Martinoty - décors Hans
Schavernoch - costumes Sylvie de Segonzac - chorégraphie
François Raffinot - lumières Fabrice Kebbour - avec
Paul Agnew, haute-contre (Thésée), Anne Sofie von
Otter, dessus (Médée), Sophie Karthäuser,
dessus (Æglé), Jean-Philippe Lafont, basse-taille
(Égée), Jaël Azzaretti, dessus
(Cérès, Cléone, une Bergère), Nathan
Berg, basse-taille (Mars, Arcas), Aurélia Legay, dessus
(Vénus, Dorine), Salomé Haller, dessus (La
Prêtresse), Cyril Auvity, heute-contre (Bacchus, un Plaisir,
un Berger, un Vieillard), Jean-Gabriel de Saint-Martin, taille (un
Plaisir, un Combattant, un Vieillard), Henri de Vasselot,
basse-taille (un Plaisir)


- La Tribune - Un Thésée
séduisant au Théâtre des Champs Elysées
- 22 février 2008 - Emmanuelle Haïm dirige la
tragédie lyrique de Lully avec charme et rigueur. Un
alliage réussi.
"Décidément,
quelle belle musique que celle de Lully ! Particulièrement
quand elle est jouée avec la finesse et la justesse du Concert
d'Astrée, dirigé par la sémillante Emmanuelle
Haïm. Jusqu'au 29 février, la chef et son orchestre font
leurs débuts dans la fosse du Théâtre de l'avenue
Montaigne avec la musique délicate et enthousiasmante de
"Thésée".
Le long prologue, écrit
à la gloire de Louis XIV par son compositeur fétiche,
pouvait pourtant faire craindre que le spectacle entier ne fût
qu'une vaste exposition. Mais cinq actes plus tard, le charme de la
troisième tragédie lyrique de Lully et du librettiste
Quinault a définitivement opéré. L'oeuvre,
créée comme "Cadmus et Hermione" d'après les
"Métamorphoses" d'Ovide, recèle, à
côté des grands airs choraux traditionnels, de petites
apparitions musicales intimes et merveilleuses. Ici un duo de
vieillards burlesques, là une fin inattendue, une flûte
s'éteignant... jusqu'au noir.
Si l'absence de surtitre peut
de prime abord sembler un peu gênante, elle permet surtout
d'apprécier la très bonne diction des
interprètes. Anne-Sofie von Otter incarne ainsi, dans un
français parfait, une Médée aussi
vénéneuse qu'amoureuse. La distribution est d'ailleurs
très réussie, de Paul Agnew en Thésée
plutôt discret, à Sophie Karthaüser en Aeglé
émouvante, en passant par l'excellent Nathan
Berg.
La mise en scène de
Jean-Louis Martinoty joue intelligemment, grâce aux
ingénieux décors de Hans Schavernoch et aux
lumières de Fabrice Kebour, sur les effets de miroir.
Notamment ceux qui existent entre la tragédie lyrique et le
roi Louis XIV. Comme dans l'oeuvre, le monarque est ici partout,
ainsi que Versailles (en fond, la chapelle royale ou bien le plafond
d'Apollon peint sur du tulle) et plus particulièrement ses
jardins et ses fontaines. Versailles est le miroir du Roi, et
"Thésée" est leur vitrine. On achète
!"
- Res Musica - 20 février 2008
"Il est des charmes qui
demande à maîtriser les justes proportions des filtres
pour agir, mais ce soir pour la première de
Thésée au Théâtre des
Champs-Elysées, reconnaissons que les apprentis sorciers ne
les ont pas toujours trouvées." (suite)
- ConcertoNet - Le retour de Lully - 20
février 2008
"Le renouveau du
répertoire lyrique baroque a un peu, il faut le dire,
délaissé Lully au profit de Haendel ou Rameau,
même si c’est l’un de ses opéras - Atys en 1986 - qui a
marqué cette renaissance. Hormis une version de concert
remontant à dix ans (lire ici), Thésée (1675)
est oubliée à Paris. Changement de tendance ? Deux
Lully sont donnés cette saison, et on en annonce d’autres les
années qui viennent au Théâtre des
Champs-Elysées. Après le magnifique Cadmus et Hermione
à l’Opéra comique, voici donc Thésée.
Benjamin Lazar, dans Cadmus, défendait une approche
fondé sur une recherche très poussée de la
reconstitution historique, Jean-Louis Martinoty, s’il ne reprend pas
ce point de vue radical et contestable, n’en oublie pas moins
l’arrière plan historique en prenant comme décor de
grandes reproductions photographiques de Versailles (jardins,
plafonds, Galerie des glaces). L’effet est splendide. Des projections
de personnages de cauchemar de Jérôme Bosch
représentent avec tout autant de justesse les
sortilèges de la magicienne Médée. La
distribution est remarquable et réunit parmi les grands noms
du chant baroque (Paul Agnew, Anne-Sofie von Otter, Nathan Berg,
Aurélia Legay, Jaël Azzaretti, Cyril Auvity) et, on
l’attendait moins ici mais il excelle, Jean-Philippe Lafont. Animant
chaque seconde de cette partition Emmanuelle Haïm est le
véritable maître d’œuvre de ce spectacle à
marquer d’une pierre blanche."
- Forum Opéra - 20 février
2008
"Après son Alceste d’il
y a presque dix ans, on attendait avec impatience le retour de
Jean-Louis Martinoty chez Lully. Le metteur en scène n’a
guère changé d’optique en prônant une lecture
théâtrale et baroquisante : devant des photos de
Versailles représentant la Chapelle Royale, la grande
perspective du Tapis Vert et du Grand Canal, la Galerie des Glaces,
ou encore un plafond à caissons des Grands Appartements, les
protagonistes évoluent en justaucorps, baudriers et perruques.
On louera avec enthousiasme la qualité des costumes
confectionnés par Sylvie de Segonzac, notamment celui de
Thésée directement inspiré d’une tenue de
campagne de Louis XIV, tout en déplorant les éclairages
trop cru de Fabrice Kebour (il est vrai handicapé par un sol
noir réfléchissant), et des diaporamas géants
qui brisent la ligne narrative en forçant le spectateur
à regarder ce qui rassemble indubitablement à un home
cinéma prétentieux.
Le Prologue traîne en
longueur, de même que le grand divertissement du
quatrième acte, et Martinoty meuble alors sans conviction la
scène avec une bande de saltimbanques de la comedia dell’arte,
discréditant totalement les compliments de rigueur
adressés au monarque ainsi que les interventions divines. En
revanche, l’acte premier est particulièrement soigné,
et l’idée du plan de Vauban utilisé comme carte
d’état-major très judicieuse, alors que l’on a
célébré en 2007 le tricentenaire de son
décès. Les passages aux Enfers sont également
très bien rendus, et la rupture de ton qu’ils induisent avec
l’introduction de trucages numériques et de monstres
inspirés des peintures de Bosch s’avère d’une
rafraichissante horreur. Le principal reproche que l’on adressera
à cette mise en scène stylée – outre les gadgets
numériques superflus - est sa froideur distanciée
où les personnages ne sont que de nobles silhouettes (ou des
enregistrements vidéo de ceux-ci) sans vie. Si l’on excepte le
magnifique monologue de Médée « Dépit
mortel, transport jaloux » (III, V) et le début de la
séquence infernale (fin du 3ème acte), force est de
constater que jamais au cours de la tragédie l’on ne
s’inquiète réellement du sort de nos héros
emperruqués.
Anne Sofie von Otter a offert
une sublime incarnation de Médée. Personnage de chair
et de sang, femme vulnérable et troublée à
l’âme fière et emplie d’une bouillonnante souffrance, la
cantatrice a su composer un portrait d’une grande finesse
psychologique. En outre, son art de la déclamation - au centre
de la tragédie lyrique qui est avant tout du
théâtre chanté - laisse vibrer les consonnes,
respecte la prosodie et les « -e » muets, éclaire le
texte de la clarté qui tombe des étoiles. Ce n’est
hélas pas le cas de tous ses partenaires, comme s’en plaignait
notre voisine à l’entracte qui réclamait des surtitres.
Pourtant, Paul Agnew campe un galant Thésée, peu
conquérant mais parfait galant homme en dépit d’un
manque de projection et d’aigus tirés. Son père et
rival échoit à Jean-Philippe Lafont, basse chaleureuse
mais brouillonne. Et l’on comprend que les deux hommes succombent au
timbre argentin et pur de Sophie Karthäuser qui n’a cependant
pas les aigus transparents et dynamiques de sa suivante Cleone
(Jaël Azzaretti). Nathan Berg, à force de surjouer le
guerrier Arcas et d’en faire une veule caricature, finit par rendre
sa ligne de chant approximative et peu avenante. Enfin, on se
réjouira des trop rares apparitions de Salomé Haller,
prêtresse grecque attifée en religieuse de Port-Royal.
L’orchestre et le chœur du
Concert d’Astrée n’étaient pas au meilleur de leurs
formes, avec des départs souvent décalés, et une
certaine sécheresse de ton qui ne leur est pas habituelle.
Inégaux, les choristes ont parfois fait montre d’une
cohésion et d’un entrain communicatifs (chœur de triomphe de
Thésée, scène infernale), mais les parties
étaient de temps à autre mal équilibrées
(acte premier notamment). De même, l’orchestre a manqué
d’ampleur et de souffle dès l’ouverture saccadée,
où le rythme pointé et majestueux s’est mu en exercice
claudiquant. Alors que les bois et le continuo étaient
charmants de couleur (le gambiste Atsushi Sakaï en particulier),
les cuivres ont rapidement laissé voir leurs limites
malgré de trompettes baroques (1) : les trilles sont
savonnés, le son plus toussotant que rutilant."
- Webthea - Versailles comme si on y
était...
Une leçon de choses aux
reférences picturales - Ici, contrairement à la
production de Benjamin Lazar, pas de recherches « à
l’identique » éclairées à la bougie, mais
une plongée dans le Grand Siècle censée en
décrypter les portées et les symboles. Jean-Louis
Martinoty le metteur en scène propose une sorte de
leçon de choses traversant le temps et l’espace, avec les
multiples références picturales qu’il affectionne. Il y
a trois ans il avait déjà transposé Les Noces de
Figaro de Mozart dans les clairs-obscurs d’un musée imaginaire
(voir webthea du 16 octobre 2005). Dès le lever de rideau,
c’est Versailles comme si on y était, et Louis XIV auquel
l’œuvre est dédiée apparaît dès le
prologue avant de prendre les atours et les contours du rôle
titre. De fait ce Thésée amoureux est plutôt mal
intitulé car, dans le livret tiré par Philippe Quinault
des Métamorphoses d’Ovide, ce n’est pas lui qui en est le
personnage principal, mais Médée, la magicienne qui en
est éprise. Médée, la mal aimée
éconduite qui va user de tous les sortilèges de son
pouvoir pour se venger de son heureuse rivale…
Illusions, tours de magie,
cascades d’allégories - Le vieux monarque Egée doit
prendre Médée pour épouse, mais il lui
préfère la jeune et fraîche Aeglé…
Médée, amoureuse du victorieux Thésée,
est ravie de l’aubaine, mais, Aeglé, comme elle, n’a d’yeux
que pour le même héros. Egée avoue avoir un fils
caché dont il a perdu la trace et propose en guise de troc de
le refiler à la magicienne ignorant que Thésée
et l’enfant clandestin ne font qu’un… Deux femmes pour un homme,
l’infernal trio est dupliqué chez les confidents, Arcas, celui
d’Egée aime Cléone la suivante d’Aeglé mais est
également aimé de Dorine qui œuvre au service de
Médée…
Illusions, tours de magie,
cascade d’allégories se rapportant aux
événements de la cour, l’œuvre aligne au pas de course
intrigues et rebondissements. Martinoty les illustre de d’une pluie
de projections filmées, d’effets de miroirs, de décors
flamboyants signés par son habituel compagnon de route Hans
Schavernoch. Des vues sur jardin, des gros plans sur des
détails de toiles peintes, la galerie des glaces en
perspective, l’intérieur de l’église servant
d’infirmerie, et toutes sortes d’effets spéciaux avec
notamment Thésée endormi sur un lit volant…
Anachronisme poétique ou paraphrase pédagogique ? En
lieu et place des « affreux déserts » ou de «
l’île enchantée » des 3ème et 4ème
actes, Martinoty expédie en jets continus une pléiade
de monstres tirés du Jardin des Délices et du Jugement
Dernier de Jérôme Bosch.
Un langage esthétique
et savant - Tout bouge, les images défilent en mouvement
perpétuel jusqu’à éclipser actions et
personnages. Martinoty a inventé un langage esthétique
et savant dont il use et abuse jusqu’à donner le tournis. On
aimerait quelques plages de répit sur la durée - 3
heures de musique + 2 entractes - pour apprécier les danseurs
acrobates chorégraphiés par François Raffinot
qui transcendent avec humour et agilité la gestique baroque.
Pour surtout entendre plus
sereinement la performance des chanteurs : le Thésée
à l’impeccable projection du ténor Paul Agnew, fin
spécialiste de ce répertoire et familier de nos
scènes, l’Egée plus inattendu de Jean-Philippe Lafont,
apportant en épaisseur la note burlesque qui en ces
temps-là éclairait toute tragédie, l’exquise
Sophie Karthäuser en Aeglé limpide, tout comme la
fraîche Cléone de Jaël Azzeratti. Excellente
prestation également du baryton basse Nathan Berg, Arcas agile
à la diction impeccable. Il est l’un des rares (avec Agnew)
dont on comprend chaque mot prononcé. Les textes étant
en français, la production a fait l’économie des
sur-titrages, ce qui, brouille comme d’habitude l’audition des
timbres aigus. En Médée, Anne Sofie von Otter plus
fée aristocratique que méchante sorcière,
conserve intacte sa lumineuse présence, même si le
timbre a perdu de la chaleur ignifuge d’autrefois.
L’énergie solaire
d’Emmanuelle Haïm - Mais l’incontestable réussite de la
soirée vient de la fosse traditionnellement
surélevée des baroqueux. L’énergie solaire
d’Emmanuelle Haïm, son charme, son aplomb, la vigilance qu’elle
accorde à chaque instrument, à chaque voix,
électrise Lully, le met en ébullition. Les continuos de
son ensemble Le Concert d’Astrée, les clavecins, les violes,
les théorbes, trompettes naturelles, flûtes et hautbois
sont à la fête et nous entraînent dans leur
swing."
- Le Monde - "Thésée", un Lully
"post-baroque"
"Jean-Louis Martinoty, metteur
en scène du Thésée (1675), de Jean-Baptiste
Lully (1632- 1687), que présente le Théâtre des
Champs-Elysées (TCE), à Paris, explique, dans un
documentaire visible sur le site Internet
www.theatrechampselysees.fr, combien, à l'époque
où Lully écrit cette "tragédie en musique", le
château de Versailles est la "grande affaire" du roi et
pourquoi il a choisi, pour les éléments du
décor, des "citations" du bâtiment et de ses jardins. Il
précise aussi combien Thésée se rapporte
constamment au monarque, au-delà même du prologue qui
est traditionnellement, et selon les termes à la bonne
franquette de Martinoty, "un cirage de pompes
louis-quatorzième".
Cette présentation
bonhomme pourrait faire oublier que la réflexion de Martinoty
sur ce répertoire est finement cultivée et
éminemment politique. Sa façon de regarder le monde de
l'opéra, toute personnelle qu'elle est, est l'une des rares
à ne pas imposer des verres déformants au spectateur.
Martinoty, qui nous indique des pistes sans nous faire la
leçon, a imaginé un monde baroque avec le confort
moderne, et traité Thésée avec des guillemets de
précaution. Il a réussi cet "entre-deux" stylistique
risqué, qu'on qualifierait, comme la chorégraphie de
François Raffinot, de "post-baroque" (comme on dit
postmoderne).
Martinoty pousse
sûrement un peu trop le goupillon lorsqu'il fait invoquer la
déesse Minerve à une bonne soeur dans le cadre de la
chapelle du château transformée en infirmerie de guerre.
Il lasse aussi lorsque, à la fin de l'ouvrage qui traîne
un peu en longueur, il abuse des effets vidéographiques dans
le genre "soirée diapos" avec vues sur Versailles et zoom sur
Louis le Grand qu'on entendrait presque dire à la
caméra : "M. De Mille, je suis prêt pour mon close up."
C'est dommage, mais l'intelligence du spectacle, reçu sans la
moindre huée, ce qui est rare à Paris, n'en souffre
pas.
Anne Sofie von Otter
(Médée), au français parfait, donne les signes
de l'émotion plutôt que l'émotion, comme le
reprochait Roland Barthes au baryton Gérard Souzay. La voix
est monochrome et manque de chair. Aussi abuse-t-elle des pianissimos
pour augmenter artificiellement sa palette de nuances. A
l'Opéra de Lille, où Thésée sera repris
mi-mars, Salomé Haller, distribuée dans le petit
rôle de la "bonne soeur" (une prêtresse dans le livret),
la remplacera. Les Lillois ne seront sûrement pas
déçus par cette chanteuse discrète mais
exceptionnelle. Les rôles secondaires constituent le meilleur
de la distribution, notamment le couple de valets (avec l'excellente
Jaël Azzaretti).
Emmanuelle Haïm, chef
d'orchestre, a fait un travail formidable : elle donne une
cohésion à cette partition faite de maillons
contrastés (on passe d'un petit motet à trois voix
à un choeur, via un air de cour ou un Te Deum profane), ne
détend jamais la courroie de transmission entre fosse et
scène. Avec un rien de contrastes supplémentaires, ce
Thésée sera un vrai bonheur."
- Altamusica - Si Versailles m’était
démontré - 22 février 2008
"Au Théâtre des
Champs-Élysées, Thésée s’érige en
miroir de Versailles, reflétant des personnalités
vocales aussi fortes que disparates engluées dans une
dramaturgie exégétique que guette plus d’une fois
l’ennui. Érudite, pavée de références
littéraires, picturales – Jérôme Bosch, ses
Enfers comme ses Délices tourbillonnant jusqu’à la
nausée, parce qu’à l’instar de Médée, son
art est « aussi séduisant que barbare », et surtout
« le plus éloigné du goût classique
français » –, la production de Jean-Louis Martinoty
évoque en effet les Petits Classiques Larousse, où les
notes en bas de page ne cessent d’empiéter sur le texte.
Aulique, la troisième
tragédie en musique de Quinault et Lully l’est
assurément, et la figure du Roi commanditaire y est
exaltée à la moindre occasion. Mais pourquoi vouloir
à ce point démontrer, démonter le livret
jusqu’à engloutir la fable mythologique sous les marbres de Le
Vau et Mansart et les parterres de Le Nôtre ?
Au-delà du Prologue qui
authentiquement s’y déroule, Thésée vire
dès lors au film publicitaire à la gloire de
Versailles, atteignant son apogée quand Minerve, s’invitant
à la Chapelle royale, suscite un ballet de religieuses en
transe où la dérision sombre dans le ridicule. Au moins
la chorégraphie de François Raffinot assume-t-elle ses
clins d’œil, Michael Jackson compris, sans pontifier.
Car la science, chez
Jean-Louis Martinoty, occulte décidément un
théâtre pourtant habile, de surcroît
entravé par une intelligibilité intermittente qui rend
l’absence de surtitrage préjudiciable à la saveur de la
musique de Lully, puisque celle-ci se goûte le plus souvent
dans les vers. Il y a là matière à rouvrir le
débat sur l’emploi de la prononciation restituée. Car
si le français chanté de Cadmus et Hermione
n’était pas tout à fait le nôtre, pas un de ses
mots ne se perdait. Les efforts d’articulation visibles des
protagonistes n’en peuvent, mais les mots ne passent pas ici la
rampe, à l’exception de ceux de Salomé Haller, Cyril
Auvity et Paul Agnew, avantagés peut-être par leur
familiarité avec ce répertoire.
Aussi formidable soit-il en
barbon libidineux, Jean-Philippe Lafont n’a, il est vrai, plus
grand-chose à y faire, tant la voix déborde le cadre.
Ailleurs exceptionnelle d’à-propos, Sophie Karthäuser
fait une Aeglé trop purement décorative, et devrait
s’épanouir davantage dans Rameau. Même Anne Sofie von
Otter, qui habituellement réussit toutes les
métamorphoses – et ce n’est pas son moindre mérite que
d’approcher Médée par l’angle de la fragilité
qui évite de souligner l’usure du timbre –, ne parvient pas
tout à fait à se hisser à la hauteur de son
personnage.
Sans doute parce que Martinoty
lui refuse la place centrale que lui ont octroyée Quinault et
Lully, orientant tous les regards sur un héros éponyme
fardé en Louis XIV, qui pourtant chante si peu. Mais aussi
parce qu’Emmanuelle Haïm, audiblement en deçà de
ses intentions de continuiste – elle assistait William Christie lors
de la recréation de l’œuvre dans le cadre de l’Académie
d’Ambronay –, demeure assez constamment lisse, avec quelques
clinquantes embardées de percussions à
l’authenticité douteuse. À défaut d’inspiration,
le Concert d’Astrée n’en révèle pas moins une
mise en place d’une propreté inhabituellement conforme
à une production discographique
surestimée."
- Concertclassic - Adieu
Thésée
"On peinera à
convaincre Jean-Louis Martinoty que l’abus de culture tue la culture,
et pourtant son Thésée en est la parfaite
démonstration. Embarrassée dans des décors
étouffants (Hans Schavernoch) où Versailles se voit mis
en abyme jusqu’à la nausée, sa relecture des aventures
d’Aeglé et de Thésée à l’aune des
péripéties amoureuses du roi Soleil et de la Montespan
aboutit à une singulière réduction de sens.
Evacuée la mythologie par laquelle Médée (on
suppose que Martinoty l’associe à la Brinvilliers), qui est la
véritable héroïne de l’intrigue justifie son
personnage, envolée la possibilité des enfers autrement
vue que comme une grotesque nuit des morts vivant (avec en point
d’orgue un méchant coup de projecteur sur le visage
révulsé d’Aeglé).
A force de vouloir lire le
politique dans les ouvrages de Lulli on en oublie la vraie trame
dramatique. Les sortilèges de Médée,
transformés en un bombardement intersidéral d’objets
boschiens parfaitement identifiés, tournent à vide et
écœurent rapidement, perdant leurs pouvoirs, et comment ne pas
sourire devant cette pauvre Aeglé qui, encore
prisonnière des enfers, nous montre tous les états de
décomposition de son visage. Ah ! La vidéo !
Chausse-trappe majeur de ce spectacle
assurément.
La distribution laissait un
peu sans voix : Anne-Sophie von Otter n’en a jamais eu beaucoup, mais
du moins compose-t-elle un vrai personnage, Jean-Philippe Lafont
s’est trompé d’opéra – on croit voir entrer le Baron
Ochs – et de style, Nathan Berg chante dans la caverne de sa gorge,
Sophie Karthäuser est parfaite mais indifférente,
Jaël Azzaretti trouve souvent de belles idées
poétiques mais on l’a connu plus fine diseuse qu’ici ;
Salomé Haller vit avec emphase la révélation
mystique (façon Bernadette Soubirous) de la Grande
Prêtresse confrontée à la parole divine à
l’éclaircissement de l’opéra et chante bien tout ce
qu’elle chante ; on reste curieux de la Médée qu’elle
réserve aux Lillois. Belle Dorine, assez joueuse et piquante,
d’Aurélia Legay, Paul Agnew fait très bien le peu que
Lulli lui demande.
Seul moment réussi, en
dehors des beaux ballets de François Raffinot qui fait (bien)
avec le petit espace qu’on lui laisse, le couple des vieillards au
divertissement du II, chanté à tue tête par Cyril
Auvity et Jean-Gabriel Saint-Martin. Sous tout cela (et très
en-dessous), le grand orchestre symphonique d’Emmanuelle Haim joue
atone, pâle, réveillé seulement par la trompette.
Un mystère demeure : Thésée est une partition
faible. Comment peut-il précéder le coup de
génie qui suivra jour pour jour une année plus tard :
Atys."
- Diapason - Thésée pour les
nuls - 27 février 2008
"Inutile de comparer
deux propositions portant sur des oeuvres aussi différentes :
argument prétexte (au grand spectacle, au merveilleux) pour
l’attachant prototype de Cadmus, intrigue dense, finement
tissée autour de la monstrueuse Médée pour la
troisième tragédie lyrique du tandem
LullyQuinault. De ce point de vue, Jean-Louis Martinoty remplit
le contrat de Thésée : mots, passions et personnages
sont caractérisés et articulés par une
formidable direction d'acteurs. L’ambitieuse architecture du I, tout
en champ / contrechamp et hors champ sur l’amour, le ciel et la
guerre-gloire, est idéalement lisible. Bravo. Mais à
quel prix ! Voici pour le Temple de Minerve une vision glaciale de la
Chapelle royale versaillaise investie par des généraux
groupés autour d’un plan de Vauban et des nonnes accueillant
les victimes du combat. Tous plantés sur un sol noir brillant
et sous des lumières terribles qui javellisent les perruques
et attisent le clinquant tutti frutti des costumes. Lully fait
expirer un soldat invisible, ses quatre vers chantés depuis
les coulisses suffisent à dire l’horreur des combats ? Le
voici exhibé au centre du tableau. Qu’elle est
démonstrative, cette intelligence qui par ailleurs restitue
fidèlement la richesse du livret ! Qu’il manque de noblesse,
cet efficace « Thésée pour les nuls »,
dès le Prologue auquel Martinoty réinjecte le roi pour
l’associer (par l’habit) au héros de la tragédie. Le
symbole, transparent en 1675, fait place aux clins d’oeil pesants, le
délicieux préambule obligé prend une importance
dramatique disproportionnée. Surtout, la composition de Paul
Agnew en amant geignard ruine l’idée autant qu’elle
désamorce les répliques acérées du
dialogue avec Médée.
C’est heureusement le seul
portrait raté d’une superbe galerie. On peut bien sûr
imaginer sans peine un Egée plus distingué (personnage
et chant) que Jean-Philippe Lafont, mais son numéro de Baron
Ochs Grand Siècle, certes peu crédible en souverain,
fait son effet. Partout ailleurs, quel luxe ! Dans les
utilités confiées à Cyril Auvity, la Dorine
d’Aurelia Legay, la Prêtresse en extase de Salomé
Haller, la Cléone de Jaèl Azzaretti, tous magnifiques.
Belle surprise pour l’Arcas plein d’esprit de Nathan Berg,
Aeglé pudique et touchante de Sophie Karthäuser,
Médée insinuante et cruelle d’Anne Sofie von Otter,
manquant d’éclat vocal dans les fureurs mais experte en double
sens et en regards de travers. On s’en veut presque d’avoir des
réserves sur la mise en scène tant les chanteurs et le
texte s’épanouissent dans le théâtre de
Martinoty. Emmanuelle Haïm est à son meilleur dans cette
musique où l’essentiel est de guider et servir amoureusement
la déclamation ; sa direction n’a pas encore tous les
contrastes qui pourraient porter un monument si vaste, mais quels
progrès tout de même Et quels progrès dans son
Concert d’Astrée qui offre pour la première fois un son
de cordes éloquent, plein, résonnant. Tout arrive
!"
- Opéra Magazine - avril 2008 -
29 février 2008
"Après Atys (1676), en
1987 à l’Opéra-Comique, la première reprise
à la scène d’Alceste (1674), en 1991 au
Théâtre des Champs-Elysées, a
constitué une date majeure dans la renaissance de l’oeuvre de
Lully. Cette nouvelle production de Thésée (1675),
signée par le même Iean-Louis Martinoty, n’est pas moins
importante (l’édition critique sera publiée par Pascal
Denécheau courant 2008). Pas tout à fait un
inédit, depuis la parution récente du premier
enregistrement, mais, après le concert mis en espace à
Ambronay en 1998, une création scénique
française de poids. Au spectacle, qui s’inscrit dans la droite
ligne de l’Alceste de 1991, nous ne ferions qu’un reproche : ne pas
nous avoir surpris. Nous espérions un travail d’une grande
beauté et d’une extrême intelligence : nous l'avons eu,
et quelques lignes ne peuvent suffire à en rendre compte. Le
parti, sur lequel son auteur s’est longuement expliqué, est
simple, mais très fort et d’une parfaite efficacité.
Dans cette machine au service du pouvoir royal qui soutient et guide
fermement le compositeur et le librettiste, Thésée est
Louis XIV lui-même, l’oeuvre marquant, au sortir des guerres,
la volonté du souverain de se consacrer aux arts, et avant
tout à Versailles où il va bientôt se fixer
définitivement. Situé en ces lieux, le Prologue, plus
que jamais indispensable, s’ouvre sur l’admirable image de fond du
Grand Canal sous la neige, après qu’a pivoté un
système ingénieux de modules portant glaces, miroirs et
peintures, qui reviendra à plusieurs reprises. L’opéra
se conclut également là-dessus, dans un crescendo dont
Martinoty a le secret sur l’éclatant choeur fmal, le monarque
et sa compagne, de dos à l’avant-scène, assistent
à une focalisation d’images vidéo sur des vues
anciennes du château, asile bienfaiteur restitué par
Minerve, avec arrêt sur le ciel chargé de nuages
menaçants qui le domine au soleil couchant, préfigurant
les jours difficiles à venir. Splendide!
Entre-temps, d’autres
magnifiques tableaux ont situé l’action à
l’entrée de la galerie des Glaces et, surtout, dans la
Chapelle royale, par deux anticipations chronologiques qu’on
pardonnera aisément (l’une et l’autre sont en effet
postérieures à la création de
Thésée). Une première fois. bien en situation,
à la fin de l’acte 1, pour la cérémonie
religieuse du temple de Minerve, converti temporairement en salle
d’état-major et infirmerie de guerre — comme le justifie
pleinement le texte. Une seconde au V, pour la réapparition du
palais. Parmi tant d’autres inventions admirables, où le
talent de Hans Schavernoch atteint son zénith, citons ce
plafond versaillais placé à la verticale (un tulle, au
travers duquel on verra l’affrontement deThésée et
d’Æglé au IV, pendant que Médée
épie leurs paroles au premier plan), où les peintures
s’effacent d’un coup pour laisser paraître la fabuleuse mise en
mouvement des figures fantastiques de Jérôme Bosch, et
son non moins subjuguant Paradis du Jardin des délices du
Prado, vision de l’île enchantée suscitée par
Médée. En dépit des ressources techniques
limitées du théâtre, Martinoty et Schavernoch
parviennent ainsi à restituer toute la magie des «
machines et changements » du Grand Siècle, avec l’aide
également des merveilleux costumes de Sylvie de Segonzac et
d’un ballet dépassant intelligemment la reconstitution
archéologique.
L'art de Martinoty metteur en
scène se situe à la conjonction, qui lui est propre, de
celui, également exceptionnel, du dramaturge, du directeur
d’acteurs et de l’esthète. Le directeur d’acteurs triomphe ici
dans les dialogues. Sauf que dans cette attention portée
à la dissection de l'entrelacement de la rhétorique
amoureuse et de celle du pouvoir; c’est un peu de la force de
l’oeuvre achevée (l’union indissoluble d’un texte et d’une
musique transcendant à l’évidence ces composantes de
base) qui risque de s’émousser. De façon assez
inattendue, c’est un Lully « précieux »que nous
avons d’abord vu, au sens de l’époque comme à celui du
nôtre, y compris dans ces habiles et nombreuses touches
d’humour réintroduites par le réalisateur pour bien
souligner qu’il n’approuve pas la présentation qu’on fait
ordinairement (et encore dans le programme !) de ce qui serait la
première oeuvre uniquement sérieuse de Lully. Du
même coup, et malgré la beauté extraordinaire des
images comme celle d’une éblouissante partition, on ne peut
pas dire que l’émotion soit souvent
présente.
La responsabilité en
incombe peut-être, pour une part, à la partie musicale
et à la composition d’un plateau pourtant de très haut
niveau, et de diction exemplaire (le surtitrage n’était pas
nécessaire). La spontanéité et la
simplicité dans le jeu de l’Æglé de Sophie
Karthäuser (déjà à Ambronay en 1998), ses
moments d’impulsion, réussissent à toucher. Comme le
naturel qui habite le jeune et bondissant Arcas de Nathan Berg,
danseur autant que chanteur, doté d’un très beau timbre
(idéal pour « Lorsque par le feu du bel âge »
au III). Comme encore l’Égée d’un Jean-Philippe Lafont
au trait plus large, plus gras même, mais juste et d’une
sobriété bienvenue. En total contraste, la
Médée d’Aune Sofie von Otter impose une extrême
sophistication, tant dans l’alternance d’imperceptibles pianissimi et
de soudains accents expressifs que dans le jeu des bras et des mains
: à la limite d’un maniérisme qu’évoquent aussi
sa silhouette élancée et sa robe d’un satin vert
mordoré à la Pontorrno."
Après la relative
déception de Cadmus et Hermione, j'attendais beaucoup de cette
production. Espoir déçu en grande partie à cause
de l'oeuvre elle même qui est loin d'être une
réussite dans l'oeuvre de Lully et surtout de Quinault. S'il
est évident que les actions mythologiques
présentées sont avant tout un miroir de la vie de la
Cour, Quinault n'en est pas moins un grand dramaturge capable
d'architectures rigoureuse et de textes émouvants comme
peuvent le prouver des livrets tels qu'Armide ou Proserpine. Or le
livret de Thésée n'est vraiment pas à son
honneur: prologue sans intérêt, acte I qui n'est qu'un
grand "bruit de guerre", sorte d'excroissance du prologue dans le
drame qui ne commence vraiment qu'au II; et encore, les
divertissements, en plus d'être interminables, tombent rarement
au moment opportun, les scènes arrivent souvent comme des
cheveux sur la soupe (le retour de Médée au V!) et
certaines phrases sont répétées jusqu'à
plus soif au milieu d'un texte qui ne brille ni par son invention ni
par sa profondeur. Seuls les passages de Médée sont
passionants, tant par la richesse du texte que par l'esquisse du
personnage célèbre et récurrent de la magicienne
amoureuse. Sur un livret si inégal, la musique tient souvent
du Lully au kilomètre, c'est toujours très
agréable à écouter mais peine à soutenir
le drame et à émouvoir, sauf encore une fois pour les
scènes de Médée qui sortent du lot. Je suis
vraiment étonné de voir sous la plume de Piotr Kaminski
cette oeuvre si bancale élevée au rang de
chef-d'oeuvre.
Dans ce contexte, retenir
l'attention du spectateur pendant presque trois heures relève
de la gageure et Jean-Louis Martinoty y arrive, même si on l'a
connu beaucoup plus inspiré ailleurs. Le gros défaut de
cette mise-en-scène est en effet d'user jusqu'à la
corde des procédés qui auraient été les
bienvenus de façon ponctuelle. Par exemple: pendant la
scène de sorcellerie de Médée,
l'élégant plafond peint dans le style 17ème
français et projeté en fond de scène se
transforme en une lanterne magique où errent des figures
issues des tableaux de Bosch ou le portrait d'Aeglé au visage
mortifié et défiguré; ce qui eut
été interessant 5 minutes devient lassant au bout de
20, sans compter que cette projection vidéo est parfois le
seul élément censé figurer l'horreur de la
scène; autre exemple: la trappe en milieu de scène
utilisée au moins trois fois de façon très
très prévisible et par laquelle disparait
Médée au V... en se cachant sous la table! On
était habitué à plus de dignité de la
part de la Colchidienne! Le reste de la mise en scène n'est
pas indigne mais manque d'imagination (les projections vidéos
du chateau de Versailles lors du final sont l'exacte illustration du
livret) et pêche par la conception du personnage de
Thésée/Louis XIV: comme souvent le personnage royal
brille par la rareté de ses scènes, alors en faire un
type perdu sans energie et accablé par le sort...
Passés ces idées un peu courtes et
répétitives, les décors stylisés d'Hans
Schavernoch sont agréables à défaut d'être
signifiants et les costumes d'époques ne sont pas
portés avec la même prestance par tous (Agnew et Lafont
sont particulièrement peu crédibles pour ne pas dire
ridicules). La direction d'acteurs est claire à défaut
d'être foisonnante, et réussit à se maintenir
même pendant les ennuyeux divertissements, on lui en sait
gré. Les chorégraphies de François Raffinot ne
sont pas toujours de la meilleure eau: j'ai toujours pensé que
la capoeira était une bonne idée pour les batailles
handeliennes, mais elle se justifie moins pendant les scènes
de triomphe; la danse des morts est assez caricaturale et maladroite;
par contre la scène de sorcellerie et la gestion de la foule
est excellente, grace aussi aux très beaux et vivement
colorés éclairages de Fabrice Kebour.
Emmanuelle Haïm à
la tête du Concert d'Astrée étonne par la
vivacité de sa direction, voilà un ensemble que je
n'appréciais que moyennement quand je l'ai découvert
mais qui me plait de plus en plus même si je trouve que cela
manque toujours cruellement d'esprit et d'intelligence dans Handel.
Ici c'est animé, consistant et toujours habité, on
atteint pas les splendeurs du Concert Spirituel mais c'est largement
suffisant pour mes oreilles qui sont pourtant très difficiles
pour ce repertoire. Excellent aussi le choeur à la diction
claire et percutante.
Paul Agnew est un
Thésée absent et geignard, j'ai détesté;
Jean-Philippe Lafont est bien prosaïque pour le roi Egée
et ses talents de récitativistes (que l'on pouvait admirer
dans L'Etoile) masquent mal sa laideur vocale; Jaël Azzaretti
est toujours aussi impeccable, ça manque un peu de
caractérisation mais il serait crétin de le lui
reprocher ici; la voix d'Aurélia Legay m'a semblé assez
sérrée mais ne manquait pas de dramatisme;
Salomé Haller est splendide en prêtresse; Cyril Auvity
parfait pour ce repertoire et la voix rocailleuse mais
néanmoins stylée de Nathan Berg confère une
vraie personnalité et donc vie à son personnage
pourtant bien commun. Reste la superbe Aeglé de Sophie
Karthäuser à la voix pure et à l'expression
parfaitement maitrisée, voire un peu trop si l'on veut
chipoter. Ce manque relatif de sincérité, on ne peut le
reprocher à la Médée d'Anne-Sophie von Otter qui
justifie à elle seule ce spectacle: certes la voix est un peu
légère pour les affres de la magicienne et ressemble un
peu trop à Aeglé mais quelle intelligence dans la
déclamation, quel port, quelle authenticité, quelle
variété et quelle imagination dans les nuances toujours
justifiées. Le chant est d'un tel naturel que le personnage
semble simplement parler dans une langue
suresthétisée."
"Martinoty et Schavernoch
signent une production comme à leur habitude intelligente
scéniquement et superbe visuellement. Emmanuelle Haïm
dirige avec une énergie souple un Concert d'Astrée au
son brillant et plein. La salle comble est enthousiaste, que demander
de plus? Peut-être un plateau vocal plus homogène? Une
compréhension encore plus parfaite du français en
l'absence de surtitres ?
Si ces surtitres avaient
été présents ou si l'on avait été
étranger, aurait-on été fasciné,
indépendamment du texte, par la beauté vocale et la
musicalité déployées? Non, car ce n'est pas le
but recherché par une "tragédie en musique". Non, car
le rayonnement purement vocal des chanteurs n'était pas
optimal.
Cette production est
intelligente et originale en ce qu'elle respecte les codes baroques
tout en se permettant la liberté de les outrer, critiquer ou
dépasser. Elle est "scénographiée" à
l'extrême, mettant en abîme le regard du spectateur
d'aujourd'hui sur l'époque baroque et le regard du roi et de
la cour sur elle-même à travers la "tragédie".
Tragédie d'ailleurs bien légère, puisqu'elle ne
semble être qu'une trame, un prétexte à maintes
galanteries. Le marivaudage y semble érigé en norme
sociale.
Côté baroque, la
chorégraphie de François Raffinot est un gage
d'authenticité. Le Concert d'Astrée offre
également tout ce que l'on peut attendre de la partition.
Décors et effets sont spectaculaires. Si ces
éléments comblent ou dépassent l'attente, le
travail de déclamation et de théâtre
effectué par et avec les chanteurs aurait sans doute pu
être poussé plus loin : ces chanteurs nous offrent une
lecture de la partition, mais guère plus. Mais le choix de la
distribution ne limitait-il pas d'emblée toute
possibilité de dépassement? Que l'on songe par exemple
à la consensuelle Anne Sofie von Otter en Médée
: son seul choix ne nous prive-t-il pas déjà de
l'excitation incroyable, de la charge sensuelle et
émotionnelle qu'apportait au rôle la jeune
Stéphanie d'Oustrac en 1998?
Paul Agnew se sort très
bien d'un rôle peu exigeant auquel son timbre plaintif (et ce
soir peu ampoulé) peut convenir. Mais ne nous prive-t-il pas
d'un autre Thésée plus jeune qui nous aurait
étonnés, stupéfaits? Serait-ce Cyril Auvity?
Peut-être pas, car il privilégie une émission
directe et ouverte, pénible dans l'aigu. Aurélia Legay
séduit en Vénus, mais semble un peu ampoulée en
Dorine. Nathan Berg cravate en Mars comme en Arcas, ne faisant
entendre le vrai timbre de sa voix que l'espace de quelques notes. La
pureté vocale de Jaël Azzaretti flirte avec l'aigreur.
Restent la superbe Sophie Karthäuser en Æglé et
l'inattendu Jean-Philippe Lafont en Égée. La
première séduit par la liberté et la
plénitude de son émission. Le second chante bien assez
quand il ne semble que parler. Tout en étant
l'élément le moins "baroque" de la distribution, il est
ainsi paradoxalement le seul à évoquer le souvenir (ou
plutôt le fantasme!) d'une "déclamation lyrique".
Hélas, sa diction s'empâte dès qu'il "chante" un
rien trop.
Si le prologue et le premier
acte sont parfois presque trop "remplis" scéniquement par
Martinoty, les deuxième et troisième actes sont
traités de manière plus intimiste. Nourris par des
tragédiens plus captivants, ils auraient pu être
efficaces, mais forment ce soir presque un "tunnel". On en sort
heureusement avec les derniers actes à nouveau plus brillants
et démonstratifs. Voici sans doute la clé d'une
soirée réussie : une bonne ouverture et un bon final
!"
- Mezzo - mars
2002 - présentation du film tiré de l’enregistrement
réalisé le 16 octobre 1998, à l’Auditorium de
Lyon - réalisation : Pierre-Henri Loÿs et Thierry Paul
Benizeau.
"William Christie et Les Arts
Florissants avec Emmanuelle Haïm et Javier Lopez-Piñon se
sont lancés dans la formidable aventure de la
recréation, après deux siècles de silence, de
Thésée, drame lyrique de Lully et Quinault. Les
interprètes de ce Thésée ont été
choisis parmi les étudiants des plus grands conservatoires
européens (Paris, Lyon, Caen, La Haye, Londres, Tros-sigen) et
réunis par l’Académie Baroque européenne
d’Ambronay. Orchestre, chœur et chanteurs se retrouvent sur la
même scène dont les seuls effets consistent en des
marches de part et d’autre de l’orchestre et une estrade où se
tient le chœur.
- Boston - Copley Theatre
- juin 2001 - Tanglewood Music
Centre - juin 2001 -
Boston Early Music Festival - dir. Stephen Stubbs et
Paul O'Dette - mise en scène Gilbert Blin - décors
Robin Linklater - chorégraphie Lucy Graham - avec Ellen
Hargis (Aeglé), Laura Pudwell (Médée), Howard
Crook (Thésée), Kendra Colton (Minerve et le
Prêtre de Minerve), Olivier Laquerre (Arcas), Bernard
Delétré (Egée)

- Auditorium de Lyon
- 16 octobre 1998 - Opéra Théâtre
d'Avignon - 17 octobre 1998 - Cité de la Musique - 18 octobre
1998 (version de concert) - Utrecht
(Muziekcentrum) - Bruxelles
(Palais des Beaux-Arts) - Théâtre de Caen - 23
octobre 1998 - Genève (Grand
Théâtre) - Londres (Barbican Center) -
Académie baroque européenne d'Ambronay - dir.
William Christie - mise en espace Javier Lopez Pinon - assistante
musicale Emmanuelle Haïm, préparation du choeur
François Bazola - avec Aurélia Legay (Aeglé),
Célia Cornu-Zozor (Cléone), Frank Lunion (Arcas),
Christian Immler (Egée), Stéphanie d'Oustrac
(Médée), Jean-François Novelli
(Thésée)
- Opéra International - janvier 1999 -
Cité de la Musique
"A défaut de mise en
scène, et plutôt que de se contenter d'une version de
concert pure et simple, l'on a cru bon d'infliger aux spectateurs une
"mise en espace" signée Javier Lopez Pinon. Mais la principale
motivation de l'auteur de cette pochade, indigne d'une salle des
fêtes de sous-préfecture, n'était sans doute pas
de servir la musique de Lully et le livret de Quinault... Cela
étant dit, on aura pu apprécier le remarquable travail
accompli par les jeunes musiciens de l'orchestre. Ils ont
assumé leur tâche avec un professionnalisme sans faille,
sous la direction vive et inspirée de William Christie.
Vocalement, le bilan est plus contrasté. Il est toujours
délicat de porter un jugement sur de jeunes chanteurs, en ne
les ayant entendus qu'au cours d'une seule représentation nos
conclusions ne sauraient être dé-finitives. La favorite
de la salle a incontestablement été Stéphanie
d'Oustrac (Médée) : si elle a fait preuve de
qualités indéniables dans le quatrième et le
cinquième acte, il aura fallu auparavant passer sur une
justesse approximative, un vibrato mal contrôlé et une
fâcheuse tendance à détimbrer dans le grave.
C'est dommage car elle possède une voix puissante, et un joli
timbre de mezzo bien adapté au rôle. Aurélia
Legay, dans le rôle d'Aeglé, a par contre
été remarquable de bout en bout timbre clair,
excellente diction, mise en place et justesse impeccables, atouts qui
ont fait d'elle la vraie révélation de la
représentation. On relèvera aussi la très bonne
impression laissée par la Cléone de Célia
Cornu-Zozor. Du côté des protagonistes masculins, on
retient la prestation tout à fait méritoire de Franck
Lunion (Arcas) et l'Egée en demi-teinte de Chistian Immler,
dont les moyens vocaux, incontestables, sont un peu
gâchés par une émission souvent trop
nasalisée. Saluons enfin l'excellent comportement des choeurs,
préparés par François Bazola."
- ConcertoNet
- 18 octobre 1998 - Cité de la Musique
"On ne peut trouver que
remarquable, une telle réussite. Même si c’était
William Christie qui dirigeait des étudiants (en double
distribution pour certains rôles) de plusieurs grands
conservatoires européens, il disposait de peu de temps et
d’une longue partition. La mise en place était parfaite, la
prononciation –supervisée par Patricia Ranum,
spécialiste de la rhétorique- presque impeccable. Si la
mise en espace nous a paru, par contre, constamment ridicule,
l’orchestre et les choeurs furent somptueux. Crée à
St-Germain-en-Laye le 11 janvier 1675, cette tragédie lyrique
en un prologue et cinq actes, comme de coutume, est la
troisième des tragédies de Lully, qui collabore ici
avec Philippe Quinault. La présence de Médée,
qui décline amour, guerre et merveilleux, habite toute la
représentation, et l’on pouvait admirer, dans ce rôle,
une élève du conservatoire de Lyon, Stéphanie
d’Oustrac. Tant sur le plan scénique que vocal, elle a
régné, en compagnie de sa rivale Aeglé
(Aurélia Legay), sur tout l’opéra. On aura
également remarqué une très belle voix de
haute-contre : Jean-Christophe Henry. Le niveau professionnel de
l’ensemble rendait donc pleinement justice à cette partition.
Une interrogation persiste toutefois : pourquoi Lully est-il
présent de manière si parcimonieuse à l’affiche
?"
- Opéra
International - octobre 1998 - "William Christie
retrouve Lully" - "Un Thésée pour le
Roi-Soleil" - à l'occasion de la représentation
de Thésée
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