LE TRIOMPHE DE L'AMOUR

Le Triomphe de l'Amour

COMPOSITEUR

Jean-Baptiste LULLY
LIBRETTISTE

Isaac de Bensérade et Philippe Quinault
 
DATE
DIRECTION
EDITEUR
NOMBRE
LANGUE
FICHE DETAILLEE
2003
Hugo Reyne
Accord
2
français
 

Opéra-ballet (LWV 59) en cinq actes et vingt entrées, sur un livret écrit par Philippe Quinault pour la pièce, et par Isaac de Bensérade pour les parties dansées. La première représentation eut lieu à St Germain en Laye, le 21 janvier 1681, en l'honneur de l'arrivée à la cour de France de Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, qui avait épousé le Grand Dauphin, en mars 1680.

Synopsis et distribution (*) :

(*) le nom des chanteurs est en italique

Costume indien de BérainHabit de l'Indien - Jacques Le Pautre d'après Berain

Habit d'Andimion - Jean Dolivar d'après BerainHabit de l'Indien - Jean Dolivar d'après BerainHabit représentant le Mistere - Jacques Le Pautre d'après BerainHabit de Baccantes - Jean Dolivar d'après Berain

Une nouvelle représentation eut lieu à l'Académie royale de musique à Paris, le 6 (16 ?) mai 1681. Pour la première fois, des danseuses - parmi lesquelles Mlle La Fontaine (*), alors âgée de seize ans, très-belle et très-noble danseuse, se distingua - se produisirent à l'Académie royale de musique, remplaçant les dames de la Cour. Elle était accompagnée de Mlle Rolland, Lepeintre, Fernon, Beauchamp, Saint-André, Favier l'aîné, Lapierre. Lully s'était séparé de Vigarani et avait fait appel à l'ingénieur bolonais Antonio Rivani, venu tout exprès de Bologne.

(*) Mademoiselle La Fontaine ou de Lafontaine (1655 - 1738), considérée comme la première danseuse professionnelle en France. Elle dansa avec succès de 1681 à 1693, puis se retira comme penssionnaire chez les Religieuses de l'Assomption, rue Saint-Honoré, à Paris.

Le ballet eut un "succès prodigieux" et fut repris :

Frontispice - Amsterdam - A. Wolfgang - 1684

Livret de 1705

C'est peu après cette reprise que Mlle Subligny (*), qui passait pour la meilleur danseuse de son temps, quoique on lui reprochât d'avoir les genoux et les pieds en dedans, prit sa retraite. Elle était petite, des yeux beaux, la taille de même et beaucoup de sagesse et de modestie.

Mlle Subligny - estampe de H. Bonnart

(*) Marie-Thérèse Perdou de Subligny, née en 1666, entra à l'Opéra en 1688, se retira en 1707, et mourut en 1736. Peu avant sa mort, elle aurait renversé un pot d'urine sur la tête du violon Francoeur.

 Le Triomphe de l'Amour fut repris à Paris, au Palais Garnier, le 6 janvier 1925, à l'initiative de Jacques Rouché.

 

13me Opé. C'est un Ball. composé de vingt petites entrées. Les vers de la piece sont de Quinault, ceux pour les personnes de la Cour qui danserent dans ce Ball. sont de Benserade ; la musiq. du tout est de Lully, & les machines furent conduites par Vigarani à la Cour, & par Rivani à Paris. Dans ce Ball. représenté pour la premiere fois à S. Germain-en-Laye, devant Sa Majesté, le 21 Janvier 1681, dansèrent Monseigneur, & Mme la Dauphine, Mademoiselle, le Prince & la Princesse de Conti, le Duc de Vermandois, Mlle de Nantes, avec ce qu'il y avoit de jeunes personnes distinguées à la Cour dans les deux sexes ; & ce mélange fut si goûté, que lorsque l'on représenta le même Opéra à Paris, sur le Thé. du Palais Royal le 16 Mai suivant, on y introduisit des Danseuses, dont la Dlle Fontaine fut une des premieres, ce qui n'avoit pas encore été vu sur ce Thé. Ces Danseuses ont composé depuis une des portions la plus brillante de l'Opéra. Ce Ballet a été repris deux fois, mais composé seulement de quatre entrées & d'un Prologue. (de Léris - Dictionnaire des Théâtres)

 

 

"Le Triomphe de l'Amour se devait d'être le plus somptueux ballet du règne : il le fut. On put y voir danser la fine fleur de la jeune génération des courtisans. Puis, autour d'eux et avec eux, comme autrefois, les plus brillants danseurs du temps. Vigarani avait fait les décors et les machines ; Berain les costumes, Beauchamp réglait les ballets.

Quinault et Lully allaient faire du Triomphe de l'Amour une réussite. Leur expérience de l'opéra leur permettait d'étoffer l'œuvre, de lui faire dépasser le cadre depuis longtemps oublié du ballet de cour : elle continue pour ainsi dire l'évolution interrompue avec le Ballet Royal de Flore. Toujours plus de musique, plus de chant, des chœurs plus nombreux, et même quelques passages en récitatif accompagné et en même temps une œuvre moins ambitieuse qu'un opéra.

Après une sorte de prologue où paraît Vénus, entourée de Dryades, des Naïades, des Plaisirs et des Grâces, du chœur des peuples de la Terre et des Divinités, une série de tableaux se succèdent où les dieux témoignent des hauts faits de l'Amour enfant qui les a tous vaincus. Mars et ses guerriers, vite désarmés ; Neptune et Amphitrite, Borée et Orythie, Bacchus et Ariane. Mais le cœur de l'œuvre est la longue séquence consacrée à Diane.

Pour la première fois, Lully utilise le récitatif accompagné et mesuré. L'hiatus qui sépare le récitatif et l'air tend à se résoudre. L'œuvre acquiert plus d'unité : le long passage de la Nuit avec son merveilleux Prélude pour la Nuit, longue page symbolique où les airs et les récits s'enchaînent sans rupture de ton, semble s'ordonner en un tout organique et homogène.

La musique de Lully présente au cours de certains passages quelque chose de tout à fait neuf, et qui va transformer la structure même de ses opéras à venir : en ce sens, Le Triomphe de l'Amour, qui devait n'être qu'une parenthèse dans l'histoire de l'opéra, est en réalité un tournant.

Le Triomphe de l'Amour n'est pas un opéra ; mais c'est beaucoup plus qu'un ballet. C'est en fait le premier opéra-ballet : il en a la structure - une suite d'actions séparées, unies par un thème commun, comme le seront Les Saisons, Les Eléments, L'Europe galante, Les Indes galantes... - la matière et la forme. Lully n'ira pas plus loin dans cette voie. Ces successeurs retiendront les leçons de cet essai unique, auquel il n'a pas choisi de donner suite, mais qui reste par ses proportions, son équilibre, l'équilibre entre le dessein et son accomplissement, et aussi par son charme, l'une des créations les plus heureuses de Lully." (Philippe Beaussant, extrait de Lully ou le Musicien du Soleil) 

 

"...Voici venu le tour du ballet royal, et le plus célèbre encore, représenté le 21 janvier 1681 à Saint-Germain-en-Laye, pour illustrer le mariage du Dauphin avec Marie-Anne de Bavière. Le Dauphin lui-même honora l’oeuvre de ses prestations, dans trois rôles différents, ses deux soeurs et son frère ayant également endossé des costumes. Une nouvelle version de l’ouvrage fut ensuite jouée à l’Académie, le 10 mai, avec un faste supplémentaire en décors et machines, mais surtout avec quelques danseuses professionnelles, les premieres femmes à y avoir été admises. A cette époque, Lully et Quinault ont d’ores et déjà huit tragédies lyriques à leur actif, et l’ampleur de l’ouvrage s’en ressent (le choeur, divisé en deux groupes, joue un rôle de premier plan), même si l’argument, ordonné en vingt entrées mettant en scène divinités et princesses, ainsi que des personnages allégoriques, n'est qu’un fastueux prétexte à une sublime "revue baroque". C’est la séquence centrale qui retient l’attention, depuis le célèbre Prélude à la Nuit, à travers l’air de la Nuit, celui du Mystère, jusqu’à la scène où le Silence murmure l’envoûtant "Que tout soit tranquille". (Diapason - décembre 2003)

 

 

Représentations :

 

 

 

 

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