Entre 1938 et 1941, le musicologue allemand Helmuth
Christian Wolff copia plusieurs de ses morceaux pour une thèse
sur l’Opéra de Hambourg, publiée en 1957. A la suite de
quoi des extraits (Hochbeglückte Zeiten ; Empor! Empor! soll
mein steter Wahlspruch bleiben ; Vorrei scordarmi del idol mio ;
Schau Boris uns in Gnaden an) furent enregistrés en 1965
pour un disque Angel par le Berlin Philharmonic Orchestra, sous la
direction de Wilhelm Brückner-Rüggeberg, avec Marlies
Siemeling, soprano, Theo Adam, basse, Manfred Schmidt, ténor
(autres extraits de Croesus, Pimpinone et Almira) - Une
réédition Odéon eut lieu dans les années
1970.
La partition fut redécouverte par le juriste et
organiste Johannes Pausch dans la Bibliothèque municipale de
Hambourg. Celle-ci avait récupéré en 1998
quarante-deux caisses de documents qui lui appartenaient avant
guerre, comprenant les oeuvres complètes de Mattheson, qui lui
furent restituées par l'ambassade d'Arménie. En 2001,
Pausch a publié une édition critique dans sa collection
Musiklandschaften, incluant également les textes qui manquent
dans le manuscrit de la partition par Mattheson, tels qu’ils ont
été retrouvés dans les papiers laissés
par Helmut Christian Wolff.
Personnages : Theodorus Ivanovitch, grand-duc de
Moscovie ; Boris Goudenow, ministre ; Irina, soeur de Boris,
grande-duchesse ; Axinia, fille de Boris ; Olga, princesse russe ;
Gavust, prince étranger ; Josennah, prince étranger ;
Fedro, boyard ; Ivan, boyard ; Bogda, serviteur de Boris ; Choeur de
vieillards ; Choeur d’enfants.
Personnages muets : le Patriarche ; les conseillers du
royaume et les chevaliers.
Ballets : Acte I : huit cavaliers russes,
quatre dames ; acte II : enfants ; acte III : cavaliers et dames, les
Amours et les Plaisirs
Argument
La scène se situe dans la capitale, Moscou,
et aux environs.
Le tsar Théodore, affaibli, nomme son ministre
et beau-frère Boris Godounov gouverneur de Moscovie. Boris
vise plus haut. Lorsque le tsar agonisant essaye de transmettre son
sceptre à d’autres, qui refusent, Boris s’en empare. Le tsar
mort, Boris feint de refuser le pouvoir et se retire dans un couvent,
avant de céder à la demande générale et
d’accéder au trône.
L’intrigue politique s’entrelace avec des intrigues
amoureuses, non exemptes d’arrière-plans politiques :
- Le prince russe Fedro est amoureux,
discrètement, d’Irina, soeur de Boris, épouse puis
veuve du tsar Théodore. Du vivant du tsar, Irina ne
connaît que son devoir; veuve, elle accompagne Boris au
couvent, puis revient dans le monde et couronne la flamme de
Fedro.
- Deux princes étrangers, Gavust et Josennah,
parlent d’amour d’abord avec Olga, princesse russe, puis à
Axinia, fille de Boris, qui préfère
Gavust, et est payée de retour. Josennah ne
conçoit en fait l’amour que comme moyen d’arriver au pouvoir,
et essaye se servir d’Olga aussi bien que d’Axinia.
- Un autre prince russe, Ivan, est amoureux d’Olga. Il
découvre et révèle le double jeu de Josennah.
Celui-ci, démasqué, est expulsé de Russie.
- Boris peut alors donner sa
bénédiction aux trois mariages : Axinia et Gavust, Olga
et Ivan, Irina et Fedro.
- Bogda, domestique de Boris, intervient
régulièrement pour des scènes et des airs
bouffons, chantant la paresse et le vin, critiquant la vie
monastique, sans incidence sur l’action.
Synopsis
Acte I
La scène représente une salle
magnifique, voûtée au centre, avec des fenêtres
latérales, entourée de sièges
surélevés, les murs couverts de splendides tapisseries.
Le trône du tsar au milieu ; à sa droite, le globe
impérial sur une pyramide d’argent ; à sa gauche, une
aiguière d’or. Théodore sur le trône, Irina,
Boris, Fedro, Ivan, tous les boyards et les chevaliers, assis selon
leur rang ; la garde, etc.
Sc. 1. Le tsar Théodore, se sentant
décliner, promeut son ministre et beau-frère Boris
Goudenow gouverneur de Moscovie. Tous s’en réjouissent, mais
Théodore et le choeur chantent un air (n° 4) sur les
inconvénients du pouvoir.
Les appartements de la grande-duchesse, avec des
alcôves
Sc. 2. Le boyard Fedro laisse entendre son amour
à Irina, épouse du tsar. Irina ne connaît que son
devoir et son honneur.
Sc. 3. Boris affiche son ambition : arriver au pouvoir
par la ruse. Il s’assure le soutien du prince étranger Gavust
et du boyard Ivan. La position du prince étranger Josennah
leur reste incertaine. On apprend que le tsar est malade. Bogda,
domestique de Boris, se réveille pour chanter les joies du
sommeil (n° 11).
Sc. 4. Gavust, Josennah et la princesse Olga chantent
les joies et les peines de l’amour.
Sc. 5, 6, 7. Olga sortie, Josennah fait la cour
à Axinia, fille de Boris, également courtisée
par Gavust, qui a visiblement sa préférence. Josennah,
qui le sait, constitue une menace pour eux.
Sc. 8. On apprend que le tsar décline. Ivan
chante son amour pour Olga.
La splendide chambre à coucher de
Théodore. Théodore sur un tabouret, couronne et sceptre
sur la table ; autour de lui, debout à côté du
patriarche
Sc. 9. Le tsar agonise, sans héritier (il fait
allusion à la mort de Démétrius, son jeune
frère). Il essaye de laisser son sceptre à Fedro, puis
à Ivan.
Tous deux refusent. Boris ramasse alors le sceptre que
Théodore a laissé échapper.
Acte II
Un vaste appartement aux tapisseries somptueuses,
avec une table d’or.
Sc. 1. Boris, portant le sceptre, annonce son intention
de remettre le sceptre en jeu et se retirer dans un monastère.
Irina veut le suivre.
Sc. 2. Josennah expose dans un air (n° 30) que
l’amour ne doit être qu’un moyen pour parvenir au pouvoir. Il
envisage d’utiliser Axinia dans ce but. Il essaye de faire passer
Bogda dans son camp en lui présentant le monastère
comme un lieu de solitude. Bogda répond en chantant (n°
32) les charmes de la vie monastique : paresse, gourmandise et
luxure.
Sc. 3. Olga se présente à Josennah comme
pouvant le faire accéder au trône, s’il l’épouse.
Ivan, caché, surprend l’offre et veut contrecarrer ces
projets. Olga sortie, Josennah montre sa duplicité : c’est
Axinia qui l’intéresse.
La scène est dans le jardin du
Grand-Duc.
Sc. 4, 5, 6. Ivan révèle le complot
à Axinia. Elle en informe Gavust, qui, indigné, promet
son appui.
Au monastère.
Sc. 7. Au monastère, Boris chante un
éloge de la feinte (n° 42). Irina persiste dans le souci
de son honneur face à l’amour.
D’un côté arrive une foule de
vieillards à la barbe grise, vêtus de noir ; de l’autre,
une troupe d’enfants en blanc. Bogda à une
fenêtre.
Sc. 8. Vieillards et enfants du peuple supplient Boris
d’accepter la couronne. Bogda les couvre de sarcasmes.
Sc. 9. Fedro implore Irina de revenir dans le monde.
Irina résiste toujours.
Sc. 10. Après interventions d’Ivan et d’Irina,
Boris « se sacrifie » enfin, accepte la couronne et annonce
son intention de partir en guerre.
Acte III
A l’extérieur du Kremlin.
Sc. 1, 2. Olga et Josennah enragent de voir leurs plans
déjoués. Ivan, puis Gavust, s’en prennent à
Josennah, ignominieusement chassé de Russie.
Sc. 3. Ivan réaffirme son amour à Olga,
qui réclame du temps pour guérir ses blessures.
La chambre de la princesse Axinia
Sc. 4. Irina et Axinia sont heureuses, mais Irina
ressent encore un déplaisir non identifié.
Sc. 5. Gavust chante les joies de l’amour
partagé ; Fedro réaffirme son amour pour Irina ; Axinia
intercède en sa faveur. Bogda chante encore les
inconvénients du pouvoir.
La magnifique salle préparée pour le
couronnement.
Sc. 6. Scène du couronnement. Tout le monde est
content. Boris montre son sens de l’intérêt
général et va partir en guerre.
Sc. 7. Olga accepte enfin l’amour d’Ivan.
Sc. 8-9-10. Irina chante les traîtrises de
l’amour. On lui présente le couple Axinia-Gavust comme exemple
d’amour sans nuages, mais elle résiste encore un peu, avant de
céder enfin à Fedro.
Sc. 11. Les trois couples reçoivent la
bénédiction de Boris, qui récompense
également Bogda. Série d’airs chantant les louanges de
l’amour lorsqu’il est associé à l’honneur.
Hambourg - St-Pauli
Theater - 30 août 2007 -
Saint-Pétersbourg - Théâtre Mikhailovsky
- 26 octobre 2007 - Moscou -
Théâtre Novaya Opera - 2 et 3 novembre
2007 - version Johannes Pausch - Orchestre La Grande Catherine -
dir. Andrei Reshetin - mise en scène et chorégraphie
Klaus Abromeit - costumes et décors Stephan Dietrich -
lumières Martin Oestreich - avec : Shadi Torbey, basse
(Boris), Sergio Foresti, ténor (Fédor Ioannovitch),
Dmitri Golovnine, ténor (Gavust), Andrew Mackenzie-Wicks,
ténor (Josennah), Anke Hermann, soprano (Irina), Anna La
Fontaine, soprano (Axinia), Maria Seleznova, soprano (Olga),
Trevor Boyce, basse (Fédor), Boris Stepanov, ténor
(Ivan), Alexandre Bordak, ténor (Bogda), Grigori Kaganov,
rôle muet (Le Patriarche)
Hamburger Abendblatt - 1er septembre
2007
"Peut-être la
découverte d’un opéra baroque disparu pendant
près de 300 ans a-t-elle réussi. La première
scénique hanséatique du drama per musica Boris
Goudenow, ou le Trône obtenu par la ruse, composé en
1710 par Johann Mattheson, a été un point culminant du
programme de festivités célébrant les 50 ans du
jumelage Hambourg - Saint-Pétersbourg Elle a aussi
été un brillant événement mondain, et
nombre de dames au parterre du Théâtre Sankt-Pauli
resplendissaient dans la soie comme les seigneurs sur la
scène. Mais le clou de la soirée, ce fut le raffinement
grisant des couleurs, les silhouettes dramatiquement
élégantes des costumes de Stephan Dietrich. En
revanche, dans l’organisation de l’espace, il s’est limité
à des rideaux noirs, des lustres et des piédestaux
rouges sur lesquels chanteurs et danseurs posent de façon
impressionnante comme des statues vivantes, dans des robes
chatoyantes et avec des panaches de plumes d’autruche qui se
balancent.
L’opéra traite de
l’appétit de pouvoir et de sexe, comme L’Incoronazione di
Poppea de Monteverdi. Musicalement, chez Mattheson, l’ascension du
gouverneur de Moscou Boris Godounov est moins sensuellement vibrante,
plutôt d’une sécheresse d’Allemagne du Nord, surtout
dans le premier acte. L’Orchestre de la Grande Catherine, conduit par
Andrei Réchétine, également au violon,
s’applique dans les nuances et les tempos enflammés.
Après la mort du tsar, le rusé Boris feint de
décliner le sceptre qu’on lui offre, pour parvenir d’autant
plus sûrement au trône. Son serviteur Bogda, qui a les
faveurs du public, assure des intermèdes
comiques.
Le mouvement dans les tableaux
stylisés de la mise en scène de Klaus Abromeit est
assuré par les danseurs masqués de rouge. Mais l’action
proprement dite se déroule sur le plan musical : l’allemand
comme langue sociale dans les récitatifs et les scènes
alterne avec des airs italiens, expression chantée des
pensées et sentiments. Dans la distribution, ont brillé
la tsarine Irina d’Anke Hermann, Andrew Mackenzie-Wicks comme
intrigant, Boris Stepanow comme un Ivan lyrique, Trevor Bowes en
sombre cosaque Fedro, et Shadi Torbei dans le rôle
titre."
Boston - Cutler Majestic
Theatre at Emerson College - Boston Early Music
Festival - 14, 16, 18, 19 juin 2005 - Tanglewood - Lenox - Massachussets
-Tanglewood Summer Music Festival - 24, 25 juin 2005 -
Moscou, St Petersbourg - Early
Music International Festival - 17 au 29 septembre 2005 - dir. Paul
O’Dette et Stephen Stubbs - mise en scène Lucy Graham et
Nils Niemann - costumes Anna Watkins - décors David
Cockayne - chorégraphie Lucy Graham - avec Karina Gauvin,
Ellen Hargis, Catherine Webster, Julian Podger, Vadim Kravets,
Pavel Shmulevich
Andante
"Les meilleures choses dans la
production, ce sont le splendide décor de David Cockayne dans
le style de l’époque, avec un usage astucieux de rideaux
d’entracte peints et un faux proscenium pour créer les
nombreux et différents emplacements et espaces pour les
activités intimes ou pour un choeur développé ;
et les somptueux costumes de style russe d’Anna Watkins. Les uns et
les autres bénéficient d’un bel et subtil
éclairage, signé Lenore Doxsee, créant une
ambiance de richesse avec éclairage aux chandelles. L’acte II
comporte une hilarante scène de chorégraphie (par Lucy
Graham) dans laquelle des vieillards chancelants et des enfants
prient Boris de quitter son exil monastique dans les
steppes.
Remarqués parmi les
chanteurs : dans le rôle de Boris, le jeune Russe Vadim
Kravets, dont la basse est inhabituellement lyrique en plus
d’être puissante ; le ténor Colin Balzer, qui chante
Gavust avec musicalité et une excellente diction ; le soprano
brillant de Catherine Webster, jouant sa bien-aimée Axinia ;
William Hite, qui combine les bouffonneries de Bogda avec un chant
convaincant ; et Ellen Hargis, avec un solide sens du style et un
soprano chaleureux, à défaut d’être toujours
parfaitement beau.
Beaucoup parmi les chanteurs
semblent mal à l’aise avec les gestes stylisés qu’on
leur a assignés pour cette mise en scène dans l’esprit
de l’époque, ce qui parfois donne une impression
d’amateurisme. Le merveilleux orchestre de 31 membres, conduit par le
violoniste Robert Mealy, a été la vedette du spectacle,
les cordes et les vents alternant avec le splendide groupe du
continuo. Cependant, cet opéra aurait sans doute tiré
profit d’un véritable chef d’orchestre. Pour les grandes
scènes, les directeurs musicaux Paul O'Dette et Stephen Stubbs
posent leurs luths et guitares baroques et se lèvent pour
diriger, mais la musique de cet opéra réclame plus de
variété dans le tempo, plus d’inflexion et de
direction, que cette méthode ne le permet."
Newsletter of the American Haendel
Society
"Boris Goudenow habite un
monde sonore dont la différence avec celui de Haendel est
frappante. Les airs tendent à être courts, très
chantants (souvent en couplets) et syllabiques. Fréquemment,
il n’y a pas de ritornello d’ouverture. Je n’ai pas cessé
d’imaginer que j’étais en train d’entendre des mélodies
populaires familières ou des bribes de l’Opéra des
Gueux. Une vérification partielle de ce fait est apparue lors
de la table ronde du matin : “Redécouvrir Boris Goudenow”
quand O’Dette et Stubbs ont déclaré qu’ils entendaient
des fragments de “Packington’s Pound” et de “Greensleeves” dans la
partition, ce qui amenait à la question de savoir quelle
musique anglaise pouvait avoir été accessible dans la
maison de Sir John Wich, l’ambassadeur anglais à Hambourg,
à qui Mattheson servait de secrétaire ; l’opéra
est dédié au fils de l’ambassadeur Cyrill Wich,
à qui Haendel et Mattheson donnèrent tous deux des
leçons de musique, et qui succéda à son
père comme ambassadeur en 1715. Le seul rapprochement musical
que j’aie fait à l’oreille était que le charmant duo
d’amour entre Axinia (fille de Boris et d’Irina) [sic ! Irina est la
soeur de Boris. NdT]) et Gavust (un prince étranger) à
l’acte I, “Ist war schöners auf der Welt,” commence exactement
par les mêmes notes, et de façon également
syllabique, que l’air sentimental de Pergolèse “A Serpina
penserete” dans La Serva padrona, écrit 23 ans plus tard (je
ne suggère aucun emprunt, seulement une comparaison de style
musical). Comme dans l’Alcina de Haendel et dans ses arias
allemandes, la tessiture pour les sopranos se cantonne typiquement
dans un ambitus très étroit et aigu, ce qui peut
être un trait distinctif de l’opéra de Hambourg.
Christoph Wolff (Harvard University), également intervenant
à la table ronde, a conclu que l’opéra devait davantage
aux idéaux du XVIIe siècle qu’à ceux du XVIIIe,
mais à mon sens, la partition sonnait très galant
(c’est bien entendu également le paradoxe du Serse de
Haendel.) […]
Il y a une utilisation
extraordinaire des choeurs : les boyards (libéraux) et les
kniazya (vieille aristocratie) dans les scènes de salle du
trône qui ont tendance à se présenter au
début ou à la fin des actes, mais plus
particulièrement les vieillards et orphelins du second acte
qui viennent supplier Boris d’accepter la couronne. Les vieillards et
les enfants chantent un rondo choral avec trois reprises du refrain :
« Boris, regarde-nous avec pitié,/ entends nos
lamentations. » Deux fois, le serviteur de Boris essaye de les
chasser et deux fois encore ils répètent leur refrain
en mode mineur, avec son appel chromatique montant dans le vers
final, chaque reprise étant plus amusante que la
précédente.
Une partie de l’humour
provient du serviteur de Boris, Bogda, négligent et paresseux
; le rôle a été brillamment
interprété par le ténor William Hite, qui est
par ailleurs un parfait Évangéliste dans les Passions
de Bach. Vu que l’opéra n’a jamais été
représenté du vivant de Mattheson, il n’y a pas de
livret, et, en outre, la partition semble ne pas avoir
été “völlig geendiget,” comme aurait dit Haendel
(« pleinement complétée »). O’Dette et Stubbs
ont exposé lors de la table ronde les additions faites par le
BEMF. Dans son état d’origine, la partition ne contient pas
d’accompagnatos; ceux-ci ont été rajoutés
lorsqu’ils étaient supposés par la situation et par
l’usage que fait Mattheson d’un rythme harmonique lent.
L’orchestration notée a été enrichie par
l’utilisation de flûtes à bec, bassons, trompettes et
percussion. De courts ritornellos ont été
ajoutés par endroits pour assister les entrées et
d’autres mouvements scéniques. Une danse a été
ajoutée à la fin de l’acte I, de même qu’une
fanfare à l’acte II et des mouvements de danse additionnels
à la fin de l’acte II ; ces mouvements proviennent des
Pièces de Clavecin (1714) de Mattheson et de sa Cleopatra
(1704), du Musicalisches Kleeblatt (1697) de Daniel Speer, et du
Rodrigo de Haendel (1707).
La danse et la direction
d’acteurs sont les meilleures que j’aie vues dans des productions
d’inspiration authentique d’opéras baroques. J’ai
été particulièrement impressionnée par
l’usage du geste fait par les chanteurs, qui ne semble jamais
artificiel, mais découle en douceur de leurs mouvements
naturels. Les costumes sont, comme toujours avec le BEMF,
esthétiques, appropriés et somptueux. La production
entière est un régal pour les yeux. L’orchestre, sous
la direction d’O’Dette et Stubbs, rejoints par Robert Mealy, premier
violon, et par le claviériste et éditeur Jacobi et le
fortepianiste virtuose Kristian Bezuidenhout dans le continuo (et
à la flûte traversière), joue avec une richesse
de son et une précision extraordinaires. Le noyau de
l’orchestre est assis autour d’une longue table, se faisant face les
uns aux autres, avec le premier violon face à la scène
; les forces du continuo sont, par rapport au public, à droite
de la table, les trompettes et percussions à gauche (si ma
mémoire visuelle ne me trompe pas). Il y a rarement moins de
cinq instrumentistes jouant le continuo à un moment
donné, le groupe incluant presque toujours une sorte de luth
et/ou de guitare (ou de harpe), aussi bien que des cordes à
son continu (violoncelle, viole de gambe ou basse) et/ou un basson,
avec clavecin ou orgue.
Le choeur du BEMF et le choeur
d’enfants PALS ont chanté de façon splendide. Les
solistes étaient de niveau homogène, mais une mention
spéciale doit être faite de Kravets pour son chant dans
le rôle de Boris, et de Hite pour sa façon de peindre
Bogda. Webster et Balzer étaient très séduisants
dans les rôles d’”ingénue” du jeune couple d’amoureux,
et Hargis merveilleusement royale dans le rôle de
l’épouse et veuve du Tsar. Snaidas, de mon point de vue, n’a
pas réussi à donner une image de froide calculatrice
dans le rôle d’Olga ; sa voix est assez plaisante, mais elle
s’est montrée plutôt petite fille que manipulatrice. Ce
remplacement de dernière heure est sans doute une erreur de
casting : à l’origine, le rôle était
programmé pour être chanté par Karina Gauvin,
dont la brillante et puissante interprétation de la Lucrezia
de Haendel au concert tardif de “cantates en duel” a laissé
imaginer ce qui aurait pu être."
Hambourg - Bucerius Kunst
Forum - version de concert - 29, 30 janvier 2005 -
Knabenchor, Kantorei und Vokalensemble St. Jacobi - Cythara -
Ensemble mit historischen Instrumenten - dir. Rudolf Kelber - avec
Bettina Pahn, soprano (Irina), Tanya Aspelmeier, soprano (Olga),
Susanne Etmanski, soprano (Axinia), Wilfried Jochens, ténor
(Bogda), Knut Schoch, ténor (Josennah), Jörg
Gottschick (Boris Goudenow), Michael Connaire, ténor
(Gavust), Felix Speer, basse (Fedro), Joachim Gebhardt, basse
(Theodorus Ivanowitz), Holger Marcks, basse (Ivan)