Le compositeur
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L'INCORONAZIONE DI POPPEA
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COMPOSITEUR
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Claudio MONTEVERDI
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LIBRETTISTE
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Giovanni Francesco Busenello
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1984
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2004
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Raymond Leppard
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Warner
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1993
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2001
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René Jacobs
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Arthaus
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1994
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2005
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Christophe Rousset
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Opus Arte
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2000
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2005
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Marc Minkowski
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Bel Air Classiques
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1979
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2007
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Nikolaus Harnoncourt
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DG
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2008
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2009
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Emmanuelle Haïm
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Decca
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Opéra en un prologue et trois actes, sur un
livret de Giovanni Francesco Busenello (*),
inspiré des Annales de Tacite (**).
Créé au Teatro SS. Giovanni e Paolo à l'automne
1642, il fut repris dans ce même théâtre durant le
carnaval 1646 (***), puis à Naples en
février 1651, par la compagnie I Febi Armonici, sous
l'intitulé Il Nerone overo L'Incoronazione di Poppea.
(*) Giovanni Francesco Busenello (1598, à Venise -
1659, près de Padoue), poète et librettiste italien,
originaire d’une riche famille vénitienne. Egalement juriste
et ambassadeur à la cour de Mantoue). Il a écrit
plusieurs livrets pour des opéras de Cavalli et Monteverdi.
Comme l’un des plus anciens librettistes vénitiens, il joua un
rôle significatif dans l’établissement des conventions
littéraires dans l’opéra de cette ville. Il
influença toute une générations de librettistes
dans la manière de mettre en scène le mythe et
l’histoire, tout en servant les intérêts politiques,
sociaux et commerciaux de la République. Il tire
essentiellement son inspiration des sources anciennes, comme avaient
fait ses prédécesseurs à la cour de Mantoue ou
de Florence, c’est-à-dire Tacite, Ovide, Plutarque, Lucain et
Virgile.
(**) Publius Claudius Tacite (env. 55 - 120) : historien
latin. Tout en remplissant les charges d’une carrière qu’il
acheva comme proconsul d’Asie, il écrivit les Annales, les
Histoires, La Vie d’Agricola, La Germanie et le Dialogue des
Orateurs. Son style expressif, dense et concis fait de lui un
maître de la prose latine.
(***) la réalité de cette reprise
vénitienne, citée par Cristoforo Ivanovic, est
contestée.
La compagnie I Febi Armonici avait été
appelée à Naples par le comte de Oñate
(*), qui l'avait connue à Rome quelques années
auparavant, alors qu'il était ambassadeur d'Espagne, pour
célébrer sa victoire sur la révolte de
Masaniello. On donna alors à Naples les premiers opéras
en musique, parmi lesquels, outre L'Incoronazione di Poppea,
l'Orontea de Cesti et la Veremonda de Cavalli.
(*) Don Juan José d'Autriche, comte
d´Oñate, né en 1629, bâtard de Philippe IV
d'Espagne, avait été envoyé à Naples avec
une escadre militaire pour venir en aide au vice-roi Rodriguez Ponce
de Léon alors au prises avec la révolte populaire
emmenée par Masaniello.
La représentation de l'Incoronazione
à Naples eut lieu dans une salle du Parco Reale, dite
Comedor de la Pelota (*), face à l'Arsenal,
habituellement utilisée pour le jeu de paume. On a fait
l'hypothèse que la représentation avait
été hâtée à l'annonce de la
naissance d'un enfant de la reine d'Espagne.
(*) On dispose d'un Avissos de Napoles, 18 de Febrero 1651,
évoquant une Comedia de Musica Italiana nel Comedor de la
Pelota.
En 1888, lorsque Taddeo Wiel révèle
l'existence d'une partition à la Bibliothèque Marciana
de Venise, seul le livret de l'oeuvre était connu. Le
manuscrit de Venise, qui était la propriété de
Pier Francesco Cavalli, est une copie brouillonne et
incomplète, ne comportant pas la moindre indication sur
l'exécution instrumentale. L'acte I et III sont de la main de
l'épouse de Cavalli, Maria, l'acte II d'une autre main
anonyme, aucune n'étant celle de Monteverdi.
La seconde partition manuscrite est découverte
en 1930 par le professeur Guido Gasperini dans les fonds de la
Bibliothèque du Conservatoire San Pietro a Maiella à
Naples. Plus complet et cohérent que le manuscrit de Venise,
il comporte de profonds remaniements par rapport au livret original,
mais ne fut pas utilisé pour la représentation de
1651.
L'attribution de l'oeuvre à Monteverdi est
contestée. En effet, aucun des premiers auteurs ayant fait le
panégyrique de Monteverdi au XVIIe siècle ne cite cet
opéra parmi ses oeuvres. Le premier à l'attribuer
à Monteverdi fut Cristoforo Ivanovitch en 1681, dont le
Minerva al tavolino , catalogue des opéras joués
à Venise de 1637 à 1681, comporte de nombreuses
erreurs. Les deux manuscrits ne comportent d'autre relation au
maître vénitien, qu'une inscription - Monteverde -
rayée, sur le dos de la couverture du manuscrit
vénitien, ajoutée plus tard, inscription reprise sur la
première page de la partition. Le Scenario de l'opéra,
relatif aux représentations vénitiennes de 1643, pas
plus que le texte relatif à la mise en scène
napolitaine de 1651, ne font aucune référence à
Monteverdi. On attribue aujourd'hui la partition à
différents compositeurs proches de Monteverdi : Pier Francesco
Cavalli, Benedetto Ferrari, Francesco Sacrati.
La première résurrection eut lieu le 24
février 1905, à la Schola Cantorum de Paris, en version
de concert, sous la forme de huit scènes reconstituées
par Vincent d'Indy.
Personnages : la Fortuna, la Virtu, Amore
(soprani) dans le Prologue ; Ottone, second mari de Poppée,
nommé par Néron gouverneur de Lusitanie (alto), deux
soldats de la garde prétorienne (ténors) ; Poppea,
noble, favorite de Néron (soprano) ; Nerone, empereur romain
(soprano) ; Arnalta, vieille nourrice de Poppée (alto) ;
Ottavia, impératrice, épouse de Néron (soprano)
; Nutrice, nourrice d'Octavie (alto) ; Seneca, philosophe,
précepteur de Néron (basse) ; Valletto, page de
l'impératrice (soprano) ; Pallade (soprano) ; Drusilla, dame
de la cour (soprano) ; Mercurio (basse) ; Liberto, capitaine de la
garde prétorienne (basse) ; Damigella, demoiselle de
l'impératrice (soprano) ; Lucano, poète, compagnon de
Néron (ténor) ; Littore, licteur (basse) ; Venere
(soprano) ; Famigliari di Seneca, gens de la maison de
Sénèque ; Consoli, deux consuls ; Tribuni, deux tribuns
Synopsis
Prologue
La Fortune (soprano) et la Vertu (soprano) se
querellent à propos de leur importance respective, chacune
prétendant être indispensable aux hommes au
détriment de l'autre (Deh nasconditi, o Virtu).
Survient alors l'Amour (soprano) qui met tout le monde d'accord en
affirmant son absolue supré-matie : le monde lui est
soumis.
Acte I
A l'aube, devant la résidence de
Poppée - Deux soldats de la garde de Néron
endormis
Scène 1 - Othon (castrat soprano), rentré
de son exil en Lusitanie, rôde aux abords de la maison de
Poppée, sa bien-aimée, attendant son réveil
(E pure io torno qui). Mais soudain il aperçoit sur le
seuil des soldats de Néron, qui dorment d'ailleurs au lieu de
monter la garde. Il a compris : sa maîtresse l'a trompé,
elle dort avec Néron. Il est
désespéré.
Scène 2 - Les soldats (ténors)
s'éveillent (Chi parla, chi va li ?), de
méchante humeur contre Poppée qui accapare l'empereur,
contre celui-ci qui néglige l'Empire, contre
Sénèque, ce pédant, ce rapace. Mais soudain,
s'avisant de la liberté de leur langage, ils se taisent.
Scène 3 - Le jour se lève. Poppée
(soprano), toujours plus lascive et sensuelle, s'accroche
voluptueusement à Néron (castrat soprano) (Signor,
deh, non partire)qui se laisse prendre aux charmes de sa
maîtresse. Il songe à répudier Octavie, mais pour
l'heure, malgré les trésors de charme que
déploie Poppée, il doit s'arracher à sa couche,
jurant de revenir bientôt.
Scène 4 - Déjà Poppée se
rêve couverte d'un manteau royal (Speranza tu mi vai).
Arnalta (ténor travesti), sa vieille nourrice, la met en garde
: Octavie a découvert leurs amours et peut se venger ;
Néron peut s'éloigner ; les Rois ont d'autres
intérêts que ceux des hommes. Mais Poppée demeure
confiante : pour elle guerroient l'Amour et la Fortune.
Le palais impérial
Scène 5 - Seule dans ses appartements, Octavie
(mezzo-soprano) est rongée par l'humiliation (Disprezzata
Regina). Transportée de fureur jalouse, elle
n'hésite pas à accuser Jupiter lui-même
d'impuissance, d'injustice. La Nourrice (mezzo-soprano ou contralto)
, désolée elle-même, lui conseille de se venger
par les mêmes armes, en prenant à son tour un amant et
en blessant ainsi Néron dans son honneur. Mais
l'Impératrice repousse avec grandeur cette suggestion
infâme.
Scène 6 - Le philosophe Sénèque
(basse) s'efforce de consoler Octavie par un raisonnement subtil
(Ecco la sconsolata donna) : si la Fortune la frappe, sa Vertu
n'en resplendit que plus. Mais ce discours spécieux est vain
pour apai-ser les tourments d'Octavie. Le Valet (ténor)
écume de rage en entendant le raisonnement alambiqué de
Sénèque qu'il vomit comme sornettes : il menace
même le philosophe de mettre le feu à sa barbe, à
sa toge, à sa bibliothèque si celui-ci ne s'efforce pas
d'aider un peu mieux la souveraine.
Scène 7 - Pendant qu'Octavie s'en va prier au
temple, Sénèque médite sur la condition des
princes dont les pouvoirs n'empêchent pas les tourments et les
douleurs (Le porpore regali e imperatrici).
Scène 8 - La déesse Pallas lui
apparaît, lui prédisant une mort prochaine que Mercure
lui confirmera si elle doit advenir (Seneca, io miro in cielo
infausti rai). Très calme, Sénèque affirme
ne pas craindre la mort qui n'est pour lui que l'aube d'un jour
infini.
Scène 9 - Néron a pris sa
résolution (Son risoluto insomma) : il
veut...répudier Octavie et épouser Poppée.
Sénèque tente de l'en dissuader en lui opposant la Loi.
Mais Néron déclare que la Loi est faite pour ceux qui
doivent obéir, non pour celui qui commande.
Sénèque essaie alors de lui faire valoir combien
l'arbitraire détruit l'obéissance. Peine perdue. A
chaque argument du philosophe pour conduire l'empereur sur les
chemins de la raison politique, Néron s'emporte un peu plus
contre son contradicteur - jusqu'à finalement le chasser.
Scène 10 - Poppée a rejoint Néron
et lui rappelle leurs étreintes de la nuit (Come dolci,
Signor, comme soavi). Ces souvenirs délicieux chassent peu
à peu de l'Empereur les sombres pensées qui
l'assaillent. S'enflammant, il lui promet d'en faire
l'impératrice en même temps que son épouse. Mais
Poppée, insidieusement, s'alarme de l'influence que dit avoir
Sénèque sur son amant. Piqué au vif,
Néron ordonne alors qu'on coure chez Sénèque
pour exiger qu'il meure aujourd'hui même.
Scène 11 - Othon retrouve Poppée et
s'efforce de l'apitoyer sur le sort malheureux de son amour (Ad
altri tocca in sorte). En vain car celle-ci en appelle au destin
qui décide de tout et qui la fait à présent
appartenir à Néron qu'il ne s'en prenne qu'à
lui-même si sa séduction n'a pas pu rivaliser avec celle
de l'empereur Arnalta est prise de compassion pour le jeune homme et
s'étonne de la dureté de sa maîtresse.
Scène 12 - Othon,
désespéré, voit soudain le sort qui l'attend :
Poppée, pour que Néron n'en sache rien, risque de
vouloir effacer jusqu'au souvenir de ses amours passées ; il
pressent le danger qui le guette (Otton, torna in te stesso).
Il décide alors de le prévenir en assassinant
lui-même Poppée.
Scène 13 - Depuis longtemps amoureuse d'Othon,
Drusilla (soprano) plaisante celui-ci sur son attachement à
Poppée (Pur sempre con Poppea). Mais Othon lui annonce
que tous les liens sont rompus entre Poppée et lui et qu'il
peut désormais être tout à elle, Drusilla.
Celle-ci n'en croit pas ses oreilles. Mais à peine s'est-elle
éloignée qu'Othon, lucide, comprend que même en
se vouant à Drusilla, il gardera Poppée comme une
écharde au coeur.
Acte II
Le jardin de la villa de
Sénèque
Scène 1 - Sénèque s'est
retiré dans sa villa pour jouir de la solitude (Solitudine
amata) et de la paix. Mais, descendant du Ciel, Mercure (basse)
vient lui confirmer, de la part de Pallas, que l'heure ultime est
venue pour lui. Sénèque se réjouit de quitter la
vie des hommes pour ejoindre le rivage des dieux.
Scène 2 - Libertus (basse), le capitaine de la
garde prétorienne, arrive chez Sénèque, pour
s'acquitter de son devoir : annoncer au philosophe qu'il doit mourir
(Il comando tiranno). Mais Sénèque, le
devançant, lui déclare qu'avant même
énoncé il a compris le message. Libertus est
impressionné et. prédit au philosophe une longue
postérité par ses écrits.
Scène 3 - Réunissant les gens de sa
maison, Sénèque leur annonce qu'il va mourir (Amici,
è giunta l'hora). Ceux-ci tentent de l'en dissuader en
célébrant les plaisirs de la vie auxquels ils tiennent.
Mais Sénèque leur demande de préparer le bain
où il va se trancher les veines.
Scène 4 - (supprimée)
Sénèque, invité au ciel, est
célébré par la Vertu et un choeur de vertus.
Le palais impérial
Scène 5 - Le Valet éprouve un sentiment
indéfinissable, qui le trouble et lui plaît en
même temps (Sento un certo non so che). La Demoiselle
(soprano) lui explique que c'est l'Amour qui se joue de lui : elle va
donc entreprendre de calmer ce tourment...
Scène 6 - A présent que
Sénèque est mort, Néron a appelé
près de lui le poète Lucain (ténor), avec lequel
il célèbre, dans une extase que les mots renouvellent
sans cesse, les beautés de Poppée (Hor che Seneca
è morto).
Scène 7 - (supprimée). Duo d'amour entre
Néron et Poppée.
Scène 8 - Othon médite sur le projet
qu'il a eu d'assassiner Poppée : il s'en veut d'avoir pu
éprouver un tel désir (I miei subiti sdegni).
Son amour est toujours présent en lui comme une obsession et
il préfère jouir de cet amour, fût-il
désespéré.
L'appartement d'Octavie
Scène 9 - Octavie a fait appeler Othon et, lui
rappelant certains bienfaits reçus, lui demande son aide : il
s'agit de tuer Poppée (Tu che dagli Avi miei). Othon
est boule-versé, mais Octavie s'impatiente déjà.
Elle lui enjoint de se déguiser en femme pour approcher par
ruse de sa victime. Othon implore un peu de temps pour se
préparer à cette idée. Mais Octavie, tout
à sa rage, le menace de mort s'il ne s'exécute pas
sur-le-champ.
Scène 10 - Drusilla rayonne de bonheur : Othon
va aujourd'hui lui renouveler la promesse de son amour (Felice cor
mio). Pendant ce temps, le Valet taquine cruellement la Nourrice
en lui faisant constater son âge qui ne lui permettra plus
d'éprouver les plaisirs qui font briller les yeux de
Drusilla.
Scène 11 - Othon,
désespéré, accourt jusqu'à Drusilla et
lui confie le secret qui lui broie le coeur : il doit tuer
Poppée (Io non so dov'io vada) et, pour se
déguiser, il prie Drusilla de lui donner ses vêtements.
Celle-ci lui donnerait son sang même tant l'amour l'exalte.
Le jardin de la résidence de
Poppée
Scène 12 - Maintenant que Sénèque
est mort, Poppée, confiante, en appelle à l'Amour pour
qu'il réalise ses voeux et la fasse épouser
Néron (Hor che Seneca è morto). Arnalta la prie
de ne pas oublier sa vieille nourrice et de l'emmener avec elle
à la Cour. Puis, se faisant préparer un lit dans le
jardin, Poppée s'endort, bercée par la voix d'Arnalta
(Adagiati Poppea).
Scène 13 - Pendant son sommeil, l'Amour
descendant du Ciel vient monter la garde pour la défendre de
la mort en marche vers elle (Dorme, l'incauta dorme).
Scène 14 - Othon, déguisé en
Drusilla, s'approche, prêt à tuer Poppée
(Eccomi trasformato). Sa résolution chancelle pourtant,
son coeur est déchiré. Mais il se rappelle les menaces
d'Octavie. Il se décide enfin, lève le poignard sur
Poppée... quand l'Amour s'interpose et repousse le meurtrier.
Poppée s'éveillant voit ce qu'elle croit être
Drusilla, l'arme à la main. Othon, d'un bond, parvient
à s'enfuir.
Scène 15 - L'Amour exulte : il a sauvé
Poppée ; elle sera impératrice (Ho difesa
Poppea).
Acte III
La salle du trône, au palais
impérial
Scène 1 - Drusilla, frémissante de
bonheur mais inquiète en même temps, guette le retour de
son bien-aimé après le meurtre de sa rivale (O
felice Drusilla, o che sper'io).
Scène 2 - Mais c'est Arnalta, suivie d'un
licteur, qui se précipite vers la jeune femme et la fait
arrêter pour avoir tenté de tuer Poppée (Ecco
la scelerata). Drusilla comprend. Trop tard.
Scène 3 - Néron interroge Drusilla pour
savoir ce qui l'a poussée à ce crime (Onde tanto
artimento ?). Mais Drusilla proteste d'abord de son innocence
jusqu'à ce que, menacée de la torture, elle craigne de
trahir son amant. Elle s'accuse donc d'être seule coupable et
est aussitôt condamnée à une mort cruelle pour
expier son forfait.
Scène 4 - Othon se précipite et, clamant
l'innocence de Drusilla, se dénonce et dénonce Octavie
(No, no, questa sentenza). Pourtant, Drusilla, pour sauver son
amant, continue de s'accuser avec véhémence. Finalement
Néron, comprenant la situation, condamne Othon à vivre
en exil loin de Rome, abandonné de tous, son crime demeurant
le fouet qui frappe sa conscience jusqu'à la fin de ses jours.
Et, saluant le courage de Drusilla, il lui accorde de partir avec son
amant pour partager son sort. Le bonheur les réunit tous les
deux dans cet exil. Puis Néron, saisissant l'occasion trop
belle, répudie alors Octavie, ordonnant qu'on l'embarque sur
l'heure sur un bateau livré au gré des vents.
Scène 5 - Poppée, encore toute
alarmée, se précipite vers Néron (Signor,
hoggi rinasco). Celui-ci lui raconte tout ce qui s'est
passé et conclut qu'à présent rien ne s'oppose
plus à ce qu'elle soit aujourd'hui son épouse.
Poppée exulte.
Scène 6 - Octavie s'apprête à
l'exil. Elle a tout perdu et l'avenir est sombre. Elle dit adieu
à Rome, le coeur broyé (A Dio Roma, a Dio
patria).
Scène 7 - Arnalta partage à son niveau le
bonheur de sa maîtresse : Poppée va être
impératrice et elle-même, la suivant, va gravir les
marches des grandeurs (Hoggi sara Poppea). Née esclave,
elle mourra matrone. Elle eût d'ailleurs
préféré le contraire : il est plus facile de
quitter un monde qui n'apporte que peine qu'un monde où l'on
se sent bien.
Scène 8 - Néron guide Poppée vers
le trône impérial (Ascendi, o mia diletta). Les
amants s'émerveillent de se répéter leur passion
et s'éblouissent qu'elle soit ainsi comblée. Les
consuls et les tribuns couronnent Poppée du diadème
impérial : à ses pieds l'Afrique et l'Asie, l'Europe et
l'Océan doivent à présent se prosterner.
Néron et Poppée, éblouis d'eux-mêmes,
s'enlacent dans l'extase de l'Amour (Pur ti miro).
(L'Avant-Scène Opéra)
- Livret :
livrets
- L'Avant-Scène
Opéra
n° 115 - décembre 1988
n° 224 - janvier 205
- Opéra International
- janvier 2005 - Poppée, courtisane
courtisée - dossier - entretiens avec William Christie,
Rinaldo Alessandrini, Ivor Bolton - discographie
- Poppée, encore Poppée, toujours
Poppée ! -
éditorial - novembre
2002
Représentations :
- Madrid, Teatro Real
- 12, 14, 16, 18, 19, 21, 22, 24, 26, 28, 30 juin 2012
- version orchestrée par Philippe Boesmans - Klangforum
Wien - dir. Sylvain Cambreling - mise en scène Krzysztof
Warlikowski - décors, costumes Malgorzata Szczesniak -
lumières Felice Ross - chorégraphie Claude Bardouil
- avec Nadja Michael ((Poppea), Charles Castronovo (Nerone), Maria
Riccarda Wesseling (Ottavia), William Towers (Ottone), Willard
White (Seneca), Ekaterina Siurina (Drusilla), Lyubov Petrova
(Virtud/Palas), Elena Tsallagova (Fortuna/Dama), Serge Kakudji
(Amor), Hannah Esther Minutillo (Paje), José Manuel Zapata
(Arnalta), Juan Francisco Gatell (Lucano/Liberto) - nouvelle
production
- Cologne,
Palladium - 14, 17, 19, 21, 25, 28 avril 2012 - dir.
Konrad Junghänel - mise en scène Dietrich Hilsdorf
-décors Dieter Richter - costumes Renate Schmitzer - video
Jasper Lenz / Eric Poß - lumières Nicol Hungsberg -
dramaturgie Nora Verena Hülsen - avec Maria Bengtsson
(Poppea), Franco Fagioli (Nerone), David DQ Lee (Ottone), Katrin
Wundsam (Ottavia), Wolf Matthias Friedrich (Seneca), Claudia
Rohrbach (Drusilla), Andrea Andonian (Nutrice), Daniel Lager
(Arnalta/ 1. Famigliare), Sévag Serge Tachdjian (Littore/
Tribuno/ 3. Famigliare), Ji-Hyun An (Fortuna/ 2. Amorino), Adriana
Bastidas (Gamboa Virtù/ Damigella/ 3. Amorino), Maike
Raschke (Amore/ Valetto/ 1. Amorino) , John Heuzenroeder (Liberto/
2. Soldato/ Console), Gustavo Quaresma Ramos (Lucano/ 1. Soldato/
2. Famigliare), Martina Sigl (4. Amorino)
- Montréal -
Université McGill - Salle Pollack - 15, 16, 17,
18 mars 2012 - McGill Baroque Orchestra - dir. Hank Knox - mise en
scène Patrick Hansen - décors Vincent Lefèvre
- costumes Ginette Grenier - lumières Serge Filiatrault -
avec April Babey (Octavie), David Tinervia (Othon), Peter Walker
(Sénèque), Rebecca Woodmass Poppée),
Katherine Maysek (Néron)
- Opéra de Lille
- 12, 14, 16, 18, 20, 22 mars 2012 - Opéra de Dijon - 1er, 3 avril
2012 - Le Concert d'Astrée - dir. Emmanuelle Haïm -
mise en scène Jean-François Sivadier - décors
Alexandre de Dardel - costumes Virginie Gervaise - lumières
Philippe Berthomé - avec Sonya Yoncheva (Poppea), Max
Emanuel Cencic (Nerone), Ann Hallenberg (Ottavia), Tim Mead
(Ottone), Paul Whelan (Seneca), Amel Brahim-Djelloul (Drusilla),
Martin Oro (Nutrice/Famigliare di Seneca), Emiliano Gonzalez-Toro
(Arnalta), Anna Wall (Fortuna/Venere/Pallade), Khatouna Gadelia
(Valetto/Virtù), Aimery Lefèvre (Mercurio/Console),
Patrick Schramm (Damigella/Amore), Camille Poul
(Littore/Famigliare di Seneca /Console), Mathias Vidal
(Lucano/soldato/tribuno/Famigliare di Seneca), Nicholas Mulroy
(Liberto Capitano/soldato/tribuno) - coproduction avec
Opéra de Dijon

"Fort heureusement, la
nouvelle production du Couronnement de Poppée que
présente l'Opéra de Lille démontre à
raison, tout ce qu'un metteur en scène peut apporter de
cohérent voire de lumineuse pertinence au théâtre
baroque. Il éclaire s'agissant de la partition de Monteverdi,
ses éléments visionnaires et si justes qui fonde
toujours son étonnante modernité.
En abordant son premier
Monteverdi, Jean-François Sivadier nous régale en nous
offrant de très beaux tableaux qui tombent à pic dans
le déroulement dramatique. Les vraies réussites de ce
point de vue sont l'intrusion en plein conseil politique d'une Poppea
lascive et conquérante, plus sensuelle encore qu'au duo du
début, véritable ... Phryné provoquant
l'assemblée virile (tous choqués quittent le lieu de
cette passion qui s'exhibe sans mesure, fin du I); ici règne
non pas amour mais la force du désir souverain,
possédant par ses vertiges érotiques, et l'âme de
la sirène, et la raison de l'empereur trop passif...
Même esthétisme
poignant pour le suicide de Seneca qui trouve face à la mort
programmée, cette grandeur stoïque qu'il a si souvent
défendu de son vivant: dans la maison du philosophe - sorte
d'antre minéral traité comme un hypogée de
calcaire-, le Mercure d'Amaury Lefèvre, coloré comme
une statue de bronze y reste mémorable: agent funèbre
tout en pétillante ivresse, agile, dansant, surtout voix
admirablement colorée et timbrée, noble et
facétieuse à la fois, dans une atmosphère aux
reflets lumineux miroitants: une réussite totale,
poétique, visuelle, vocale !
Les deux autres grands
moments sont l'avant dernier duo de Néron et sa
maîtresse, d'une lascivité à nouveau torrentielle
au bord de la scène, et l'adieu à Rome d'Octavie, autre
victime de Poppéa, après Seneca, Ottone et Drusilla:
quand les deux coeurs fusionnent jusqu'à se dévorer, en
fond de scène, l'impératrice déchue recoît
simultanément la lettre de sa répudiation avant
d'enchaîner sur sa tragique déploration (très
convaincante et fine Ann Hallenberg). Les deux scènes se
pénètrent et s'enchaînent avec beaucoup
d'intelligence. A partir d'une trame de départ, qui
entremêle les épisodes tragiques, comiques,
héroïques, sentimentaux, comme une fresque
cinématographique-, la vision de Sivadier reprend des
éléments déjà vus dans ses
précédentes mises en scène, dont La Traviata
à Aix, moins réussie à notre avis que cette
Poppea d'un parfait cynisme progressif. On y retrouve la conception
d'une équipe d'acteurs chanteurs en tenues contemporaines qui
peu à peu s'approprient, à la façon d'un atelier
pris sur le vif, le sujet de la pièce, costumes, situations,
enjeux... L'ample scène du début se pare de voiles
suspendus qui délimitent désormais les lieux de
l'action. Les comédiens se transforment à vue (les deux
gardes de Néron); à partir du Prologue, peu à
peu les caractères se dessinent, les interactions entre les
personnages se précisent... et la machine est
lancée.
En homme de
théâtre, Sivadier préserve toujours la
lisibilité du sens général: Monteverdi n'a
jamais composé un opéra plus barbare et cynique que
Poppea: la peste décimant des miliers d'âmes à
Venise où il s'était fixé depuis 1613, a
marqué les esprits de l'époque; rien de plus fragile
que la vie terrestre; rien de plus pathétique aussi que le
théâtre politique; si vain est le pouvoir et si faible
le coeur des hommes; en brossant le portrait d'un Néron soumis
à son seul désir pour Poppée, qui
n'hésite pas à tuer son maître en philosophie,
Sénèque; et répudier son épouse en titre,
Ottavia, le compositeur dénonce la faiblesse, la
lâcheté, la perversité d'un coeur indigne, sans
moral ni valeurs. La vision est sans illusions et sans espoir: d'un
cynisme éloquent; la puissance de l'opéra est d'autant
plus active que la sensualité qui anime Poppea et aimante
Nerone, est musicalement irrésistible: Monteverdi n'a jamais
écrit de duos amoureux aussi sulfureux, d'une
vérité plus provocante. Rien n'égalent à
ce titres l'ensemble des duos et des airs faisant l'apologie de
l'amour triomphant.
A l'opposé de ce
sublime érotique, fusionnant l'Empereur et sa nouvelle
maîtresse, Monteverdi cultive avec son librettiste Busenello,
un regard acerbe et désespéré sur le politique
et le genre humain en général; empruntant à
Tacite, la chronique de l'histoire romaine, les deux auteurs
épinglent la clique politicienne: Néron, qui se fiche
comme d'une guigne du peuple et du Sénat, est un jeune vicieux
accro au sexe, d'une perversité rare; Poppée,
l'icône de la séductrice manipulatrice, prête
à tout pour être couronner impératrice
(d'où le titre de l'ouvrage); Seneca, violemment
critiqué par les gardes au I: aussi corrompu que les autres;
la nourrice de Poppée, Arnalta, une plébeienne grasse
et vulgaire, d'un parvenu assez pathétique; tout se
résume ici à deux termes emblématiques (dignes
de nos soap-opera télévisuels): sexe et pouvoir.
Sivadier souligne encore le
sens profondément désespéré, amer, du
cynisme glaçant de l'ouvrage en fin d'action, un
comédien rappelle que personne n'échappe à son
destin; tous, empereur ou impératrice du jour, finissent
suicidés ou assassinés; si Néron ordonne la mort
de Seneca, il n'échappe pas lui aussi à la mort
honteuse, et pire encore, dans un accès de colère,
relaté par Suétone, il tue en lui assénant des
coups de pieds dans le ventre, sa si chère Poppée, de
surcroît enceinte.
Inscrire dès lors la
passion de Néron et Poppée, leur duo final, si suave,
dans cette perspective terrifiante, ne fait que mieux souligner le
mystère absolu de l'amour et surtout l'ombre du désir
omnipotent qu'il est capable de susciter: c'était d'ailleurs
toute la réussite de la mise en scène de Peter Mussbach
à Aix, qui exprimait le trouble juvénile de
Néron et Poppée, portraiturés en adolescents
saisis chacun, comme submergés par la découverte d'une
passion incontrôlable: leurs duos avaient de purs accents
tendres et innocents. A Lille, le duo final ouvre la dernière
scène sur du "purement humain" (selon les propres termes du
metteur en scène): ni loi divine énoncée, ni
deus ex machina, ni divertissement triomphal: rien que le
mystère d'une attraction énigmatique, capable
d'être pure comme terrifiante. L'exposition de cette
ambivalence est excellemment démontrée.
Le regard de
Jean-François Sivadier est globalement mordant, très
proche en cela de la couleur acide du livret de Busenello (et qui
fait de l'opéra, le chef d'oeuvre absolu de l'opéra
vénitien de l'âge baroque, et une oeuvre maîtresse
toujours aussi marquante). Une scène à ce titre est
d'une vérité criante; quand Ottone, rival malheureux de
Néron dans le coeur de Poppée, manipule la belle
Drusilla, sincère et amoureuse, prête à tout pour
le servir (excellente Amel Brahim-Djelloul): elle lui demande: " tu
m'aimes?", et lui de répondre: "je te veux". Tout est dit dans
cette simple réplique: le décalage des coeurs, la
manipulation de l'un; la naïveté aveugle de l'autre.
Ne nous y trompons pas:
l'opéra ne désigne pas ici le pouvoir souverain de
l'amour (comme le Prologue pourrait nous le faire comprendre): c'est
qu'il faut nuancer davantage les enjeux de l'ouvrage: il cible
plutôt la fascination barbare et l'emprise destructrice que
peut faire naître le désir sans raison. L'amour devient
une arme de destruction cynique.
Et rien n'apaise en
définitive cette chute des valeurs humaines: ni les duos
amoureux des jeunes et tendres coeurs amoureux Damigella/Valetto
(doubles plus innocents du couple Nerone/Poppea); ni les
épisodes comiques de pur délire bouffon portés
par les personnages "populaires" (Arnalta et sa "consoeur", nourrice
d'Ottavie)... le déploiement scénique de Sivadier nous
fait comprendre tout cela avec un réel sens de la narration
(les pauses hors musique dont la scansion en fond de scène
exprime la marche du temps, l'oeuvre du cynisme universel); l'homme
de théâtre ajoute un comédien qui ne chante pas
mais s'active tout au long de l'opéra: sculpteur portraitiste
d'Ottavie, scrutateur au Conseil de Néron, ombre
familière désormais quand Poppée s'endort en
pensant à Néron... C'est un témoin silencieux de
ce théâtre de l'horreur, et tout autant, une idée
très juste.
En cohérence avec la
vision acide de Sivadier, le Nerone de Max Emanuel Cencic
s'avère surprenant: à peine reconnaissable sous son
atroce perruque d'un blond décoloré à l'eau
oxygénée (comme un surfeur des années 80), avec
décollement des racines (!)... le contre-ténor convainc
par son engagement scénique et stylistique, musicalement
très abouti, en ado cruel et froid, soucieux de son seul
plaisir, trouvant même des couleurs dans les aigus proches de
la transe hystérique, éclairs vocaux parfaitement
couverts, cris de jouissance à peine masqués (duo
d'extase ici encore exhibitionniste et d'une violence presque
obscène, de Néron avec le poète Lucain au II).
A ses côtés,
Sonya Yoncheva, toute en courbes et sensualité incarne la plus
pulpeuse des Poppée rêvées (quel chemin parcouru
depuis sa "prise de rôle" lors de l'Académie baroque
d'Ambronay 2010). Aux chanteurs déjà cités,
saluons les tempéraments complémentaires qui se
distinguent par leur aisance scénique et leur relief vocal:
Ann Hallenberg nous l'avons dit (très juste en épouse
répudiée, bientôt manipulatrice malheureuse);
Mathias Vidal (toujours percutant, incisif, articulé) et
Camille Poul, vrai tempérament dramatique, piquante et plus
qu'impliquée, portée par l'intensité du verbe
musical. Dans la fosse, excellente continuiste au clavecin,
Emmanuelle Haïm s'évertue à colorer et diversifier
chaque climat émotionnel comme chaque situation dramatique:
les idées de timbres ajoutés (avec percus), de
variations chorégraphiques pleuvent sans pourtant
caractériser une vision d'ensemble; il y manque tellement de
cette pâte, de cet abandon, de ces vertiges qui ont fait les
délices désormais légendaires de ses
aînés, Christie, ou Garrido. Même en teintes
chambristes soudainement en accord murmuré avec les seules
voix sur les planches, la chef n'arrive jamais à atteindre
cette épure énigmatique et suspendue qui faisait la
réussite de la lecture de Gardiner. Pour autant si elle manque
de profondeur, d'aigreur critique comme de langueur érotique,
la direction sait réussir là où on l'attend
justement: tous les airs de charges satiriques (quand paraissent
entre autres les deux nourrices, celles de Poppea triomphante, celle
d'Ottavia déchue: soit Arnalta et sa consoeur) ne manquent pas
de truculence... parfois grossière. A ce titre, Emiliano
Gonzalez Toro en Arnalta en fait carrément trop. Même
l'Ottone, vocalement irréprochable de Tim Mead... nous laisse
de glace, tellement le chanteur paraît étranger,
lointain, rêveur, hors de toute passion réelle.
Quoiqu'il en soit, la réalisation scénographique
mérite absolument d'être vue. Et le couple
impérial, Nérone/Poppea, écouté sans
attendre."
"Il régnait en cette
fin d'après-midi une atmosphère printanière dans
la métropole lilloise. Mais que nos amis baroqueux se
rassurent aussitôt : il n'était nullement question ce
soir-là à l'Opéra du Sacre du Printemps, mais
bien du Couronnement de Poppée, chef d'œuvre de Monteverdi (et
de ses contemporains Cavalli, Sacrati ou Laurenzi, le fameux duo
final « Pur ti miro » proviendrait d’ailleurs de la plume
de Ferrari). L'affiche ne laissait pas de faire frémir nos
esgourdes, enflammées à l'annonce de trois
contre-ténors sur scène (le grand Cencic
lui-même, Tim Mead - dont nous avions pensé le plus
grand bien lors de sa récente prestation lors de l'Agrippine
de Haendel à Dijon il y a quelques mois, Rachid Ben
Abdeslam)...Du côté des femmes, Sonya Yoncheva avait
déjà incarné une Poppée provocatrice
à souhait dans la même Agrippine, et Ann Hallenberg
s'est déjà largement illustrée dans les
enregistrements baroques (notamment le récent Farnace de
Vivaldi).
Côté mise en
scène, si les mimiques du prologue (dont les parties
orchestrales sont toujours délicates à "meubler") nous
laissent un peu sur notre faim, les choix de Jean-François
Sivadier se révèlent au total plutôt convaincants
: un palais impérial suggéré à partir du
déploiement de quelques écrans placés sur le sol
qui s'élèvent peu à peu en colonnes,
l'établissement de bains aux éclairages diaphanes
où Sénèque se donne la mort, un "trône"
surélevé en fin de scène et meublé de
quelques fauteuils dorés, une scène du couronnement
partiellement éclairée à la bougie...Au chapitre
des trouvailles, la lecture par Pierre-Guy Cluzeau (juste avant le
duo final) des circonstances qui entourent la fin des julio-claudiens
(mort de Néron après qu'il ait tué Poppée
enceinte, la brève succession de Galba, Othon et Vitellius
marquée de complots et d'assassinats) constitue un rappel
pertinent de cette période troublée, mais interrompt le
flot musical à un moment-clé du drame.
Les costumes signés
Virginie Gervaise soulignent clairement le caractère des
personnages dans cette atmosphère "antiquisante" : une Octavie
tout droit sortie du banquet de Trimalcion dans le Satyricon de
Felllini (robe turquoise rehaussée d'or, perruque très
"baroque"), un Néron en toge safran à la chevelure
blond peroxydé qui évoque la Rome de la
décadence, une Poppée en tenue très
légère qui étale ses charmes, un
Sénèque stoïque dans sa toge grisâtre, des
tenues assez caractéristiques pour identifier les
divinités, et des habits burlesques pour accentuer les
rôles travestis (notamment Arnalta). Les costumes
évoluent aussi au gré de l'action : lorsqu'il
prépare l'assassinat de Poppée, Othon revêt un
pagne rouge sang !
Au chapitre des voix le
plateau se caractérise par une bonne
homogénéité, ce qui n'était pas
gagné pour les seconds rôles, les premiers étant
confiés à des interprètes de premier plan. Dans
le rôle-titre, Sonya Yoncheva incarne une Poppée
dévorée d'ambition, à peine
atténuée par sa sensualité et sa
simplicité naturelle. Son timbre cristallin aux accents
langoureux, ses attitudes enjouées règnent sans partage
sur Néron comme sur les spectateurs...De son
côté, Max-Emanuel Cencic accentue le caractère
acéré de son timbre pour mieux camper un Néron
versatile et colérique, qui n'hésitera pas à
sacrifier son précepteur Sénèque et son
épouse Octavie pour mieux assouvir son désir charnel.
Dans le duo final, retrouvant une couleur plus naturelle, il
mêle avec bonheur sa voix à celle de Yoncheva pour nous
offrir un magnifique sommet musical. Ann Hallenberg se montre une
Octavie humiliée et émouvante (superbe "Ah disprezzata
regina !" au premier acte). La pointe d'acidité du timbre
ajoute une note dramatique à son caractère
cuivré, sans toutefois verser dans la rigidité.
L'aspect ouaté de la
voix de Tim Mead dans le rôle d'Othon traduit à
merveille le caractère indécis du personnage, jaloux et
toujours épris de Poppée, qui hésite à
aller au bout de l'assassinat commandé par Octavie et
encouragé par Drusilla. Soulignons aussi l'excellent jeu
scénique du contre-ténor, qui rend bien compte de ses
hésitations, puis de sa détermination lorsqu'il se
dénonce à Néron. Avec ses graves caverneux, la
basse Paul Whelan incarne de manière très
théâtrale le philosophe stoïcien, s'opposant avec
vigueur au projet de répudiation de Néron puis
affrontant la mort avec sérénité. La Drusilla
d'Amel Brahim-Djelloul a le charme plus discret que Poppée,
même si elle est vêtue presqu'aussi
légèrement...Son timbre nacré, avec une petite
pointe cuivrée, restitue avec conviction son dévouement
et son amour pour Othon.
Rachid Ben Abdeslam
égaie de son timbre de falsetto le rôle de nourrice.
Mais la palme du burlesque revient incontestablement à
Emiliano Gonzalez-Toro (Arnalta). Habilement le ténor joue de
la stabilité de sa projection pour outrer son timbre charnu,
et démultiplier le comique du rôle travesti. Effet
garanti lorsqu'il dépeint l'avenir d'Arnalta, future grande
dame de la Cour après le couronnement, en entamant une danse
endiablée au son des tambourins ! Camille Poul, de sa voix aux
reflets moirés, incarne avec conviction l'Amour, bien
secondée par les autres divinités (Anna Wall et
Khatouna Gadelia). Signalons aussi la courte mais brillante
apparition de Mercure (Aimery Lefèvre, au timbre de baryton
chaleureux), avec son étonnante pantomime, fort
réussie, et la diction délicate du ténor
Nicholas Mulroy (Libertus), qui traduit efficacement l'effroi du
messager chargé de transmettre l'ordre du suicide au grand
philosophe.
Enfin Mathias Vidal (qui
incarne le poète Lucain) mêle admirablement sa voix de
ténor à celle de Cencic pour nous offrir un magnifique
duo à la reprise de l'entr'acte (l'unique coupure ayant
été réalisée au milieu de l'acte
II).
Côté orchestral,
Emmanuelle Haïm oppose à de récentes
interprétations plus dépouillées la richesse
enthousiaste du Concert d'Astrée avec violons et violoncelle,
mais aussi les reflets colorés des harpe, luths et guitares,
flûtes, cornets et dulciane...Les percussions sont
également présentes à des moments-clés. A
défaut de correspondre à la vérité
historique de la création (avec probablement un effectif
nettement plus réduit – on se réfèrera à
l’interview de Jérôme Correas sur la partition et
l’instrumentarium), cette orchestration foisonnante s'avère
parfaitement convaincante malgré les distractions qu’elle
impose vis-à-vis des récitatifs. L’orchestre sert ainsi
à merveille la somptuosité des ariosos, imprime un
rythme soutenu à l'ensemble de l'ouvrage et rehausse avec
bonheur les nuances du chant. Certes, ce bouillonnement constant est
quelquefois trop présent, et les fortes inflexions
méditerranéennes, tout comme certains partis-pris
expérimentaux (continuo proche du pizzicato jazz)
s’avèrent douteux. Toutefois, rappelons ici que, compte tenu
du caractère incomplet des deux manuscrits dits de Naples et
de Venise qui nous sont parvenus, toute exécution du
Couronnement laisse une belle part d'initiative à l'orchestre,
sous la direction de son chef, pour en recréer les
différentes parties.
Il est inutile d'ajouter que
la représentation fut longuement applaudie par le public
lillois ce soir-là, avec de nombreux rappels. Il ne reste que
quelques jours pour profiter de cette excellente production à
Lille, puis à Dijon où elle sera reprise début
avril : avis aux amateurs !"
- Valladolid, Teatro
Calderón - 9, 10, 11 février 2012 - mise
en scène Emilio Sagi - décors Patricia Urquiola -
costumes Pepa Ojanguren - lumières Eduardo Bravo - avec
Sabina Puertolas (Poppea), David Hansen (Nerone), Manuela Custer
(Ottavia), Xavier Sabata (Ottone), Miguel Angel Zapater (Seneca),
Ana Nebot (Drusilla), Olazt Saitua (La Virtud/Damisela),
José Manuel Zapata (Arnalta), Pino de Vittorio (La
Nodriza/familiar de Seneca I), Jon Plazaola (Lucano/Soldado
I/Cónsul I/familiar de Seneca II), Isaac Galan
(Mercurio/Lictor/familiar de Seneca III/Tribuno I), Javier Abreu
(Valletto/Tribuno II), María José Suárez (La
Fortuna/Venus/Palas), Manuel de Diego (Liberto/Soldado
II/Cónsul II) - coproduction avec Ópera de Oviedo;
Teatro Arriaga, Bilbao; Teatro Villamarta, Jerez



- Theater Freiberg
- 10, 13, 15, 21 janvier 2012 - Mittelsächsische
Philharmonie - dir. Jan Michael Horstmann - mise en scène
Holger Pototzki - décors, costumes Jens Büttner - chef
de choeur Peter Kubisch - dramaturgie Christoph Nieder - avec
Mriram Sabba (Fortuna), Zsuzsanna Kakuk (Virtù), Lilia
Milek (Amore), Miriam Sabba (Poppea), Lilia Milek (Nerone),
Zsuzsanna Kakuk (Ottavia), Guido Kunze (Ottone/Famigliaro),
Juhapekka Sainio (Seneca), Susanne Engelhardt (Drusilla), Jens
Winkelmann (Arnalta/Soldato/Famigliaro), Klaus Kühl
(Nutrice/Soldato/Famigliaro/ Littore), Rita Zaworka (Valetto),
Miriam Sabba (Lucano)
- Dresden - Sächsische
Staatsoper Semperoper - 15, 22, 26, 30 octobre 2011 -
Cappella Sagittariana Dresden - dir. Rubén Dubrovsky - mise
en scène Florentine Klepper - décors Bastian Trieb -
costumes Chalune Seiberth - lumières Fabio Antoci -
dramaturgie Sophie Becker - avec Nicole Heaston (Poppea), Franco
Fagioli (Nerone), Stephanie Houtzeel (Ottavia), Matthew Shaw
(Ottone), Rebecca Raffell (Arnalta), Ute Selbig (Drusilla), Georg
Zeppenfeld (Seneca), Timothy Oliver (Valetto, 2.Soldat, Littore),
Christiane Hossfeld (Amore), Andrea Ihle (Virtù, Pallade),
Roxana Incontrera (Fortuna), Gerald Hupach (Lucano, Consule),
Aaron Pegram (Liberto, 1.Soldat), Vanessa Goikoetxea (Damigella),
Jeremy Bowes (Tribune)

- Weimar - 4, 10,
16 septembre, 1er octobre, 13, 26 novembre, 25 décembre
2011, 7 avril, 10 mai, 17 juin 2012 - dir. Felix Bender - mise en
scène Cordula Däuper - décors Jan Müller -
costumes Sophie du Vinage - dramaturgie Mark Schachtsiek - avec
Katrin Niemann (La Fortuna), Teresa Smolnik (Nerone), Katharina
Boschmann (Damigella/1. soldato), Silona Michel (La Virtú),
Margarita Gritskova (Ottone), Philipp Meierhöfer (Seneca),
Liberto/Capitano/2. soldato (Elisabeth Wimmer), Amor, Lucano,
Valletto (Elisabeth Wimmer), Ulrika Strömstedt (Ottavia,
Heike Porstein (Poppea), Silvia Wohlfarth (Drusilla), Frieder
Aurich (Arnalta/Nutrice)


- Rheinsberg - Kammeroper
Schloss - 22, 23, 27, 29, 30 juillet 2011 - Ensemble “
Concerto plus14 ” - dir. Raphael Alpermann - mise en scène
Arila Siegert - décors et costumes Marie-Luise Strandt -
avec Aurelie Franck (Nerone), Anna Gütter (Poppea), Meneka
Senn (Valetto), Jin-Hee Lee (Drusilla), Julia Kirchner (Ottavia),
Rupert Enticknap (Ottone, Familiari I), Siv Iren Misund (Nutrice),
Sergej Tsipiliev (Arnalta), Andreas Preuß (Liberto,
Capitano, Soldier I), Manuel König (Lucano, Soldat II,
Familiari II), Lars Eggen (Mercurio, Familiari III, Littori),
Jérémie Brocard (Seneca)

- Athènes - Onassis
Cultural Centre - 6 juillet 2011 - dir. Markellos
Chrysikopoulos
- Florence - Teatro della
Pergola - 18, 20, 22 juin 2011 - Maggio Musicale
Fiorentino - dir. Alan Curtis - mise en scène,
décors, costumes Pier Luigi Pizzi - lumières Sergio
Rossi - avec Marina Comparato (Fortuna / Valletto), Anna Kasyan
(Virtù / Pallade), Francesca Lombardi (Amore), Anders J.
Dahlin (Ottone), Susan Graham (Poppea), Jeremy Ovenden (Nerone),
Krystian Adam (Arnalta), Josè Maria Lo Monaco (Ottavia),
Anicio Zorzi Giustiniani (Nutrice), Matthew Brook (Seneca), Ana
Quintans (Drusilla), Simón Orfila (Littore / 1. Console),
Maria Laura Martorana (Damigella), Nicholas Phan (Lucano / 1.
Soldato), Vittorio Prato (Liberto), Alessandro Luciano (2.
Soldato) - production de Teatro Real Madrid; Teatro La Fenice di
Venezia

- Londres - King's Head
- 12 avril 2011 - livret en anglais de Mark Ravenhill -
arrangement d'Alex Silverman - avec Rebecca Caine (Ottavia),
Martin Nelson (Seneca), Adam Kowalczyk (Arnalta)

- Dresden - Sächsische
Staatsoper Semperoper - 2, 5, 9, 12, 15 avril, 6, 9, 26
mai 2011 - dir. Diego Fasolis / Rubén Dubrovsky - mise en
scène Florentine Klepper - décors Bastian Trieb -
costumes Chalune Seiberth - lumières Fabio Antoci -
dramaturgie Sophie Becker - avec Roxana Incontrera (Fortuna),
Andrea Ihle (Virtù), Christiane Hossfeld (Amore), Matthew
Shaw (Ottone), Nicole Heaston (Poppea), Franco Fagioli (Nerone),
Rebecca Raffell (Arnalta), Christa Mayer (Ottavia, Elisabeth Wilke
(Nutrice), Georg Zeppenfeld / Tilmann Rönnebeck (Seneca),
Timothy Oliver (Valetto), Ute Selbig (Drusilla), Aaron Pegram
(Liberto), Vanessa Goikoetxea (Damigella), Gerald Hupach
(Lucano)


- Opéra Royal de
Versailles - 4, 5 février 2011 - Poitiers - TAP - 11, 12 février
2011 - Tarbes - Le Parvis - 18
février 2011 -, Chatenay-Malabry (92) - La Piscine - 4 mars
2011 - Saint-Denis - Salle Roger Blin
- 8, 9, 11, 12, 13 mars 2011 -
Opéra de Massy - 19, 20 mars 2011 - Orchestre
Les Paladins - dir. Jérôme Correas - mise en
scène Christophe Rauck - dramaturgie Leslie Six -
scénographie Aurélie Thomas - costumes Marion
Legrand / Coralie Sanvoisin - lumières Olivier Oudiou -
avec Valérie Gabail (Poppée), Maryseult Wieczorek
(Néron), Françoise Masset (Octavie / Fortune),
Jean-François Lombard (Arnalta / Nourrice), Vincent Pavesi
(Sénèque), Paulin Bündgen (Othon),
Dorothée Lorthiois (Drusilla / Vertu), Romain Champion
(Lucain / 2e Soldat / 2e Familier de Sénèque),
Hadhoum Tunc (Amour / Demoiselle), Charlotte Plasse (Valet),
Matthieu Chapuis (Liberto / 1er Soldat), Virgile Ancely (3e
Familier de Sénèque / un Licteur)

- Classiquenews
- 12 février 2011 - Couronnement en demi teinte
"En ce samedi 12
février 2011, le Théâtre Auditorium de Poitiers
accueille l'ensemble Les Paladins dirigé par
Jérôme Corréas qui propose l'Incoronazione di
Poppea de Claudio Monteverdi (1567 1643) sur un livret de Gian
Francesco Busenello. Composé en 1642 et créé en
1643, peu avant la disparition du compositeur. L'Incoronazione di
Poppea retrace l'histoire de l'ambitieuse Poppée, prête
à tout pour évincer Octavie et devenir
impératrice à sa place, et elle y parviendra;
néanmoins l'oeuvre tombe rapidement dans l'oubli et ce sont
deux partitions, l'une de 1646, l'autre de 1651, qui sont
retrouvées en 1888 et 1930 laissant supposer que l'oeuvre a
été composée à plusieurs ce qui
était relativement courant au XVIIe
siècle.
Si l'on admet que la notion de
théâtre chanté est le point de départ de
la production que nous ont proposée Jérôme
Corréas et Christophe Rauck, la mise en scène devient
à peu près cohérente. "A peu près"
seulement car le prologue ou l'on voit la fortune en chaise roulante
et l'amour vêtu comme un personnage gothique et les deux
scènes qui ouvrent la seconde partie de la
représentation, censées être sensuelles, voire
comiques, sont quelque peu ridicules. Ramener le spectateur en plein
XXIe siècle en utilisant comme point central de ces deux
scènes une vespa et les habituels clichés des grands
monuments romains tels que nous les voyons nous et non tels que les
voyaient Néron et Poppée a de quoi surprendre. Ces
détails tendraient plutôt à amoindrir le propos
alors que l'on nous avait plongés jusqu'alors dans une Rome
intemporelle qui convenait plutôt bien au sujet encore qu'elle
s'accommode assez mal des nombreux costumes contemporains, simples
vêtements de ville pour l'essentiel, dont sont vêtus les
artistes à l'exception de Poppée elle même,
Drusilla et Octavie qui ont la chance d'être habillées
de très belles robes qui ramènent le public à
l'époque de la création de l'oeuvre.
La chose est assez rare pour
être remarquée : la distribution de cette production
dont font partie de jeunes talents très prometteurs est
exclusivement française. Quel dommage cependant que
Valérie Gabail, annoncée souffrante en début de
soirée ait été atteinte d'une terrible
extinction de voix qui l'a contrainte à chanter tout le
rôle de Poppée une octave en dessous de sa tessiture
normale; non que le rôle soit très long, mais il est
dense et du coup la malheureuse chanteuse n'arrive pas, dans son jeu
d'actrice, à transcrire correctement les sentiments de
l'ambitieuse Poppée. En revanche Maryseult Wieczorek incarne
un Néron de très belle tenue dans l'ensemble tant
vocalement que scéniquement même si dans le duo d'amour
qui suit l'annonce de la répudiation d'Octavie, la jeune femme
doit chanter une octave en dessous pour ne pas couvrir Valérie
Gabail rendant du coup ce duo inaudible; Néron apparait comme
le souverain lunatique qu'il était effectivement même si
le compositeur et son librettiste ont édulcoré les
traits du personnage. Françoise Masset est une Octavie
magnifique, elle fait parfaitement ressortir le désespoir et
la jalousie de l'impératrice. Elle est omnubilée par
son abandon, et n'entend pas les paroles de Sénèque qui
prend ici les traits de Vincent Pavesi qui ne montre son
véritable potentiel qu'à la mort de
Sénèque très émouvante. L'Othon de Paulin
Bündgen est certes correct mais il donne l'impression de
réciter son personnage, complice de Néron, plus que de
le jouer véritablement. Si les rôles secondaires sont
bien interprétés, quel dommage que l'amour (Hadhoum
Tunc qui chante aussi le court rôle de la Demoiselle) ait
hérité d'un costume aussi laid et que Lucain (Romain
Champion qui incarne également les deux petits rôles du
2e soldat et du 2e famillier de Sénèque) ne soit pas
mieux mis en avant alors que l'un et l'autre ont un vrai
tempérament.
Dans la fosse,
Jérôme Corréas à la tête des
Paladins a volontairement choisi un effectif réduit pour mieux
mettre en valeur la musique de Monteverdi et dans l'ensemble c'est un
pari plutôt réussi. La sûreté de
métier de Corréas qui débuta en tant que
baryon-basse avant de se ré-orienter vers la direction
d'orchestre lui permet de ne pas tomber dans la facilité. Mais
comment le chef, lui-même chanteur à l'origine, a pu
laisser son artiste principale prendre le risque de s'abîmer la
voix car même si le rôle de Poppée n'est pas d'une
longueur excessive, il n'en est pas moins dense sur le plan
vocal.
Au final si cette version de
L'Incoronazione di Poppea est très honorable elle aurait pu
être excellente avec une Poppée en pleine possession de
ses moyens et une mise en scène moins tape à l'oeil (en
début de seconde partie). On ne peut également que
saluer le courage de Valérie Gabail même si sa
volonté de vouloir assurer son rôle à tout prix a
paru parfois suicidaire."
"Un opéra en
tournée dans des villes non dotées de structures
lyriques (Cergy, Lorient, Châtenay-Malabry et en l’occurrence
Poitiers) on ne peut que s’en féliciter. Et regretter la
rareté d’une telle entreprise. Toutefois la petitesse des
moyens ne doit pas empêcher le professionnalisme et la
qualité. Si un exemple flagrant nous avait été
donné l’été dernier avec Opera seria de Gassman
au fin fond de la Loire-Atlantique, on ne pourra pas en dire autant
de cet Incoronazione di Poppea produit par l’Arcal qui tourne sur un
nombre impressionnant de dates et de lieux depuis janvier 2010.
Hésitant entre
classicisme, références baroques et délire
fellinien, Christophe Rauck et ses comparses offrent une vision
inaboutie. Les quelques gags (Valletto et Damigella sur une Vespa,
Lucano en drag-queen, …) tombent à plat, les chanteurs – qui
ne sont pas tous ici bons acteurs - semblent totalement livrés
à eux-mêmes. Les tentures faisant office de décor
dans ce bric-à-brac ne sont pas toujours du meilleur
goût non plus…
Est-ce l’effet de la fatigue
d’une tournée chargée en dates ? Les Paladins sonnent
particulièrement faux d’un bout à l’autre de l’ouvrage,
et l’ensemble manque d’entrain. La distribution ne brille
guère non plus : nombreux sont les chanteurs à
l’italien hésitant, à la justesse parfois
approximative, au souffle court quand ce n’est pas aux vocalises
savonnées.
De cette morne soirée
quelques noms ressortent. Parmi les seconds rôles, notons
l’instrument solide de Matthieu Chapuis. Dorothée Liorthiois
est une Drusilla brûlante de désir et bien en voix.
Jean-François Lombard excelle dans son double rôle
travesti de mégère ménopausée et
maîtrise à la perfection les affetti monteverdiens.
Françoise Masset est une tragédienne hors-pair, et on
peut noter la bonne prestation de Maryseult Wieczoreck dans le
difficile rôle de Néron. Mais la triomphatrice de la
soirée reste Valérie Gabail, Amour dans la production
de l’Opéra national de Paris en 2005, elle est ici une
Poppée incandescente, provocante, doublant ses dons d’actrices
d’une parfaite connaissance du style de Monteverdi.
Un spectacle à voir ne
serait-ce que pour Poppée."
- Wiesbaden - Hessiches
Staatstheater - 28 novembre 2010, 29 janvier, 10, 27
février, 11, 24, 28 mars 2011 - dir. Samuel Bächli -
mise en scène Markus Bothe - décors Ricarda Beilharz
- costumes Dorothea Katzer - dramaturge Andreas Gründel -
avec Matthew Shaw (Ottone / Nutrice), Ute Döring / Merit
Ostermann (Ottavia), Martin Homrich (Nero), Sharon Kempton
(Poppea), Bernd Hofmann (Seneca), Erik Biegel (Arnalta / Lucano /
1. Soldat / Familiare di Seneca I), Jochen Elbert / Patrick Hurley
(2. Soldat / Familiare di Seneca II), Brett Carter / Reinhold
Schreyer-Morlock (Liberto / Familiare di Seneca III), Stephanie
Gooch / Evgenia Grekova (Drusilla) - nouvelle production



- Glyndebourne -
23, 26, 29 octobre 2010 - Woking, New
Victoria Theatre - 4 novembre 2010 - Milton Keynes, Milton Keynes Theatre -
11 novembre 2010 - Norwich, Theatre
Royal - 18 novembre 2010 - Plymouth, Theatre Royal - 25 novembre
2010 - Stoke-on-Trent, Regent
Theatre - 2 décembre 2010 - dir. Jonathan Cohen
- mise en scène Robert Carsen et Bruno Ravella-
décors Michael Levine - costumes Constance Hoffman -
lumières Peter van Praet - avec Helen-Jane Howells (Amore),
Christopher Ainslie (Ottone), Christiane Karg (Poppea), Lucia
Cirillo (Nerone), Jean Rigby (Arnalta), Louise Poole (Ottavia),
Manuela Bisceglie (Drusilla/Fortuna), Paolo Battaglia (Seneca),
Rachid Ben Abdeslam (Nutrice/Friend of Seneca), Duncan Rock
(Mercurio/Console), Peter Gijsbertsen (Lucano/Soldier
1/Tribune)
- Opéra de Cologne -
Gerling Konzern - 16, 19, 21, 24, 27, 29, 30
octobre, 1er, 3, 5, 7 novembre 2010 - dir. Konrad Junghänel -
décors Dieter Richter - costumes Renate Schmitzer -
lumières Nicol Hungsberg - dramaturgie Silke Leopold - avec
Kathleen Parker (Fortuna), Adriana Bastidas Gamboa (Virtù),
Maike Raschke (Amore), Sandrine Piau (Poppea), Franco Fagioli
(Nerone), David DQ Lee (Ottone), Romina Boscolo / Katrin Wundsam
(Ottavia), Wolf Matthias Friedrich (Seneca), Claudia Rohrbach
(Drusilla), Andrea Andonian (Nutrice), Daniel Lager (Arnalta),
Daniele Macciantelli (Mercurio / Tribuno / Famigliare), Adriana
Bastidas Gamboa (Damigella), Maike Raschke (Valetto), John
Heuzenroeder (Liberto Capitano / 2. Soldato), Kathleen Parker
(Pallade) - nouvelle production

- Cergy-Pontoise -
L'Apostrophe - 4, 5 octobre 2010 - Opéra de Rennes - 8, 9, 10
octobre 2010 - Grand Théâtre
de Lorient - 13 octobre 2010 - Saint-Louis - Haut-Rhin - Théâtre La
Coupole - 22 octobre 2010 - Les Paladins - dir.
Jérôme Correas - mise en scène Christophe
Rauck - décors Aurélie Thomas - costumes Marion
Legrand, Coralie Sanvoisin - lumières Olivier Oudiou -
dramaturgie Leslie Six - avec Valérie Gabail
(Poppée), Maryseult Wieczorek (Néron),
Françoise Masset (Octavie / La Fortune),
Jean-François Lombard (Arnalta / La Nourrice), Vincent
Pavesi (Sénèque), Paulin Bündgen (Othon),
Dorothée Lorthiois (Drusilla / La Vertu)
- Oviedo - Teatro
Campoamor - 18, 19, 21, 22
septembre 2010 - Bilbao - Teatro
Arriaga - 1er, 2 octobre 2010 - dir. Kenneth Weiss -
mise en scène Emilio Sagi - décors Patricia Urquiola
- costumes Pepa Ojanguren - lumières Eduardo Bravo - avec
Sabina Puertolas (Poppea), Max Emanuel Cencic (Nerone),
Christianne Stotijn (Ottavia), Xavier Sabata (Ottone), Felipe Bou
(Seneca), Elena de la Merced (Drusilla), Olatz Saitua (La Virtu),
José Manuel Zapata (Arnalta), Jon Plazaola (Lucano), Manel
Esteve (Mercurio), Javier Abreu (Valleto), María
José Suárez (La Fortuna), Antonio Lozano (Liberto),
Marta Ubieta (Amor) - coproduction avec Teatro Arriaga (Bilbao);
Teatro Villamarta (Jerez);Teatro Nacional de Croacia; Teatro
Wielki (Poznan)
- Wiesbaden - Hessisches
Staatstheater - 24 mai
2010 - version de concert - Membres du Collegium vocale - dir.
Christian Pfeifer - avec Andreas Taubert (Ottone), Betsy Horne
(Poppea), Jonas Gudmundsson (Nerone), Sandra Fechner (Ottavia)
- Madrid - Teatro
Real - 16, 18, 19, 21, 22, 24, 25, 27, 28 mai 2010 -
Salle Pleyel - 30 mai 2010 -
en version de concert - Les Arts Florissants - dir. William
Christie, mise en scène, décors, costumes Pier Luigi
Pizzi - lumières Sergio Rossi - avec Danielle de Niese
(Poppea), Philippe Jaroussky (Nerone), Anna Bonitatibus (Ottavia),
Max Emanuel Cencic (Ottone), Ana Quintans (Drusilla), José
Lemos (Nutrice), Robert Burt (Arnalta), Terry Wey (Lucano), Damian
Whiteley (Mercurio) - nouvelle coproduction avec Teatro La Fenice
de Venecia


- Opéra Magazine - juillet/août
2010 - 27 mai 2010
"Après un Orfeo peu
convaincant en 2008 et un Ritorno d'Ulisse in patria nettement plus
inspiré en 2009, on espérait que Pier Luigi Pizzi
allait conclure sa trilogie montéverdienne au Teatro Real sur
une réussite éclatante. Il a malheureusement fallu
rapidement déchanter.
Trois décors se
succèdent sur une plate-forme pivotante : une façade en
marbre blanc veiné de gris, percée de six portes
anthracite disposées sur deux niveaux ; une double colonnade
néoclassique typiquement « pizzienne », avec des
piliers noirs zébrés de motifs blancs, surmontés
de chapiteaux également blancs ; une paroi rouge-gris
renfermant une alcôve remplie de livres (pour la
bibliothèque de Seneca). Le premier, avec son architecture
vaguement mussolinienne, n'est guère inspirant, le dernier non
plus ; le deuxième, en revanche, est très beau, les
immenses miroirs disposés sur les côtés et au
plafond approfondissant encore les perspectives.
Dans ce dispositif
parfaitement fonctionnel mais dépourvu de toute
originalité (on pourrait tout aussi bien y jouer La clemenza
di Tito !), on attendrait une direction d'acteurs extrêmement
affûtée, susceptible d'en atténuer la froideur et
l'aspect «anonyme». Pizzi, que l'on sait capable du
meilleur, se contente, hélas, d'une mise en place
conventionnelle, sans jamais explorer la dimension poétique,
politique ou philosophique de l'ouvrage, ni jeter un éclairage
nouveau sur les relations entre les personnages. Symboliquement,
quand il ne sait vraiment plus quoi faire, il baisse le rideau
à l'avant-scène et plante là ses chanteurs, en
comptant leurs dons de comédien (particulièrement
saisissants dans le cas de Danielle de Niese et Philippe Jaroussky),
et sur la splendeur des costumes pour retenir l'attention du
spectateur.
C'est effectivement du
côté vestimentaire que Pizzi, grand couturier de
théâtre devant l'Éternel, réussit une fois
encore le mieux. Le long manteau en plumes noires de Nerone,
façon diva de music-hall des années 1930, ses
magnifiques cafetans dorés, les sublimes drapés de
Poppea, l'ample cape argentée d'Ottavia, taillée dans
une matière à l'aspect de cotte de mailles, sont une
fête pour les yeux. Davantage que les shorts noirs, rangers,
gants de cuir et marcels gris métallisé des gardes de
Nerone, que l'on croirait échappés d'une boîte
«cuir» du Marais ! Comment un artiste de cette
renommée peut-il encore se réfugier dans de tels
clichés, en imposant en plus à ces pauvres figurants
des poses de statue antique parfaitement ridicules ?
Par chance, la partie musicale
est d'un niveau extrêmement relevé, peut-être
encore davantage que dans L'Orfeo et Il Ritorno d'Ulisse in patria.
Comme les années précédentes, William Christie
et ses Arts Florissants sont irréprochables dans un
répertoire qu'ils servent comme personne. Mais c'est la
distribution qui attteint cette fois à l'exceptionnel,
grâce au Nerone de Philippe Jaroussky. Sans rien perdre de ses
qualités de timbre ni de ses phénoménales
capacités techniques, le contre-ténor français a
gagné en assurance, en projection et en puissance. Et puis,
surtout, quelle émotion dans son chant, culminant dans des
duos d'amour absolument envoûtants avec Poppea !
Il trouve, il est vrai, une
partenaire d'une irrésistible séduction en la personne
de Danielle de Niese. Comme à Glyndebourne en 2008, la soprano
américaine rayonnne dans un emploi qui lui va comme un gant,
avec un physique de star hollywoodienne (on dirait Jennifer Lopez !)
et une fort jolie voix. Anna Bonitatibus bouleverse en Ottavia, avec
une intensité dans l'accent qui fait passer le frisson. Le
rôle d'Ottone, décidément peu valorisant par
rapport aux trois précédents, ne permet pas à
Max Emanuel Cencic de révéler toute l'étendue de
son talent ; il s'y montre néanmoins à la hauteur de sa
réputation. Antonio Abete met un peu de temps à
stabiliser son émission mais campe ensuite un digne Seneca, la
nombreuse équipe de comprimari ne trahissant aucune faiblesse.
On en détachera la
fraîche Drusilla de la jeune sooprano portugaise Ana Quintans
et l'éloquent Liberto du baryton allemand Andreas Wolf (deux
carrières à suivre de très près), la
percutante Fortuna de Claire Debono, le Lucano du toujours bien
chantant Mathias Vidal et l'Arnalta hors normes du ténor
britannique Robert Burt, lancé dans un hilarant numéro
de drag-queen en robe et collants fuchsia. Dommage,
répétons-le, que, d'un bout à l'autre de cette
trilogie montéverdienne, la partie visuelle ne se soit jamais
hissée au niveau de la formidable réussite orchestrale
et vocale."
"Avec ce Poppea on pourrait
écrire, comme il y a un an, ou presque : la beauté
monteverdienne a battu son plein au Teatro Real de Madrid. Encore une
belle mise en scène, pleine d’imagination et
d’équilibre entre l’humour et le drame. Cette fois-ci, le
côté «auto sacramental» (mais
éhonté) montre les personnages de la Vertu (elle y sera
battue), de la Fortune et de l’Amour (que l'on trouvait dans Ulisse),
sont ici chantés par les mêmes sopranos, Claire Debono
et Hanna Bayodi-Hirt, avec les mêmes costumes, mais en
inversant les rôles). On se demande si le résultat de la
pièce de Busenello mise en musique par Monteverdi est
l'étrange morale des philosophes vénitiens, ou tout
simplement le triomphe des cyniques, des malveillants satisfaits,
voire ravis. Est-ce un des avatars du pessimisme baroque? La
création de Poppea date de 1642, période qui n'est pas
des plus heureuses pour l'Europe. Il reste l’histoire du triomphe
apparent du désir sur la justice et l’honnêteté;
apparent, parce que le public de Venise, à cette date, savait
bien (grâce à Tacite), en entendant le dernier duo
d’amour (« Pur ti miro, pur ti godo »), que Poppea allait
mourir plus tard sous les coups de Néron. Rajoutons
qu'à l'époque on ne mettait pas en question l’histoire
racontée par Tacite, qui écrivait pourtant
lui-même qu'« elle possédait tout, hormis
l’honnêteté ».
Deux ou trois semaines plus
tôt, on entendait pour la première fois le bel
enregistrement de Poppea (Nerone, plutôt) par La Venexiana
dirigée par Claudio Cavina (Glossa). Cavina et son
équipe refusent à Monteverdi la paternité de
Poppea. Ce n’est pas la première fois qu’une proposition
semblable est faite. Mais cette fois les raisons sont très
sérieuses et très solides. Cela n'enlève rien
à la beauté de la partition. C’est encore Jonathan
Cable qui signe l’édition, en partant du manuscrit de Venise.
Par contre, Cavina et Stefano Aresi se basent sur le manuscrit de
Naples.
Comme pour Ulisse, l’ensemble
instrumental est réduit à dix-sept musiciens: William
Christie au clavecin et au régal, cordes frottées et
cordes pincées, cornetti, flûte et claviers. Ici aussi
l’ensemble joue presque toujours en familles, en petites
unités, comme accompagnement des airs et des récitatifs
cantabile. Rarement en tutti, sauf dans des moments solennels, comme
la transition de l’hommage des courtisans à la nouvelle
souveraine. Pas de fosse, comme dans les deux opéras
précédents.
La distribution est presque
parfaite. On connaissait par le biais du DVD la Poppea de Danielle de
Niese à Glyndebourne (2008). Vocalement identique, quoique
Pizzi ne lui demande pas les inflections que Carsen exige. Danielle
de Niese possède une belle voix, spécialisée
dans la période baroque. Couleur et vibrato sont d’un
très bon niveau, avec quelques nuances de femme-enfant; de
plus, de Niese est une actrice convaincante. Nerone est un rôle
souvent interprété par un soprano ou un mezzo; cette
fois-ci, on a choisi un contre-ténor stupéfiant, le
français Philippe Jaroussky, dont la voix est plus
féminine et s'apparente plus à celle d'un mezzo ou d'un
castrat (pour autant que l'on puisse imaginer aujourd'hui ce
qu'était une voix de castrat) qu'à la voix de fausset.
Jaroussky, prodigieux, obtient un succès formidable à
Madrid dans le rôle de Nerone.
Deux voix féminines,
pour des rôles plus secondaires, sont d’un très bon
niveau: Anna Bonitatibus, belle voix, peut-être un peu froide,
est irréprochable dans le rôle d’Ottavia; et Ana
Quintans campe une Drusilla enflammée. N'oublions pas les
autres rôles féminins, comme celui
interprété par Claire Debono, et celui, très
insinuatif, de Hanna Bayodi-Hirt en Amore, déjà
mentionnées. Quel bonheur de les retrouver un an après,
même si leur présence sur scène est
limitée! La distribution offre également deux sopranos
d'un très bon niveau vocal et « de comédie »:
la Slovène Suzana Ograjensek et la Britannique Katherine
Watson ( respectivement Valletto et Virtute).
La distribution masculine est
d’un niveau différent. Au sommet, le contre-ténor Max
Emanuel Cencic, en Ottone, à la voix de fausset aussi
étrange que peu naturelle (au contraire de Jarousssky), mais
un bon chanteur. Antonio Abete, dans le rôle de Seneca, n'est
à la hauteur que dans le médium. José Lemos,
dans ses deux rôles, fait preuve de talent. Le rôle
d'Arnalta, bouffe jusqu'à la caricature, est plus discutable.
On peut contester la légitimité d’insérer
à la fin de l'ouvrage un air aussi grotesque, sans pour autant
en rendre l'interprète responsable. D'ailleurs, le grotesque
est essentiel au XVIIe siècle (tout comme au XXe, quoique pour
des raisons différentes). Robert Burt, comédien, et
aussi ténor, se tire fort bien du rôle travesti - et
désopilant - d’Arnalta, et rend justice au recitativo
cantabile « Oggi sarà Poppea ».
Enfin, on a eu encore la joie
d’avoir parmi William Christie et Les Arts Florissants, dans un
spectacle signé Pizzi. L'ensemble est d’une grande
beauté théâtrale et d'un très haut niveau
vocal."
- Forum Opéra - 30 mai 2010 - Le
Couronnement d'Anna
"Programmer l’Incoronazione di
Poppea en version de concert relève, a priori, du contresens :
l’opéra vénitien du Seicento procède avant tout
du théâtre et la musique ne peut en être
dissociée. Or, nous n’avons justement pas assisté
à un concert dimanche dernier, à Pleyel, mais à
une représentation d’opéra : sans décors,
machines ni costumes, certes, mais avec de véritables acteurs,
magnifiquement accompagnés, qui se retirent après leur
numéro, comme à l’opéra. Cet Incoronazione di
Poppea arrive du Teatro Real de Madrid, où il était
monté par Pier Luigi Pizzi. L’expérience de la
scène constitue bien plus qu’un atout, elle est indispensable
pour innerver le théâtre musical de Monteverdi, lui
conférer le naturel, l’énergie et la lisibilité
sans lesquels il ne peut fonctionner ni trouver son public. Bien
sûr, l’imagination du spectateur doit suppléer quelques
lacunes, comme ces gardes invisibles auxquels Néron ordonne de
conduire Drusilla au supplice, et transcender l’une ou l’autre
incongruité, en particulier cette Arnalta chauve et au
physique de garçon boucher, mais l’essentiel est ailleurs :
dans la performance d’une troupe soudée qui nous raconte le
premier péplum de l’histoire lyrique et nous permet de
savourer l’invention luxuriante du poète Busenello. A l’image
de la partition, probablement due à plusieurs mains, on peut
parler d’une réussite collégiale. Cependant, le tout
est supérieur à la somme des parties et la
caractérisation, l’engagement, l’adéquation vocale
connaissent bien des variations…
Anna Bonitatibus (Ottavia)
domine le reste du plateau et justifierait à elle seule le
déplacement : sa furie vengeresse nous glace le sang dans les
veines, alors que sa douleur nous étreint et nous
épuise. C’est un vrai choc cathartique. Il y a quelques mois,
son Sesto (Giulio Cesare), fougueux et touché par la
grâce (bouleversant Care Speme), avait déjà tenu
la dragée haute au couple star Cecilia Bartoli/Andreas Scholl
réuni à Pleyel, mais il laissait à peine
entrevoir de telles ressources dramatiques. Son Octavie incandescente
nous a valu un immense moment de chant et de théâtre.
Remarquée par les connaisseurs chez Haendel, Mozart ou
Rossini, la mezzo italienne n’a pas seulement un talent fou: elle
possède aussi le magnétisme des plus grands et ce don
de soi qui les distingue des fonctionnaires de l’art. Ana Quintans
est l’autre bonne surprise de cette production. La jeune soprano
portugaise, dotée d’une voix lumineuse et bien timbrée,
nous rappelle que Drusilla est une dame de la cour et non une
soubrette, délicieuse, certes, mais farouchement
déterminée, prompte à se réjouir de la
mort de sa rivale et prête à se sacrifier pour l’homme
qu’elle aime.
Philippe Jaroussky
débutait en Néron il y a dix ans, sous la direction de
Jean-Claude Malgoire. Les noctambules découvraient alors son
timbre désarmant de fraîcheur et sa musicalité
rayonnante dans un reportage de Musique aux Cœurs. A la fois
hystérique et langoureux, le personnage convainc toujours,
mais le contre-ténor n’a plus tout à fait l’aisance
requise pour affronter cette partie très tendue. S’il peut
encore verser des larmes de tendresse et de douceur (Busenello), les
aigus sont parfois crispés et l’affrontement avec
Sénèque tourne à son désavantage. Antonio
Abete chante très proprement, mais il n’a pas la carrure ni
les graves sonores pour incarner cette figure imposante qu’il prive
de noblesse et de grandeur. La plainte de ses Familiers est autrement
convaincante que ses placides adieux! Toujours aussi sensuelle et
aguicheuse, la Poppée de Danielle de Niese roucoule à
l’envi, mais n’est plus la nymphette candide de Glyndebourne (2008) :
elle sait se montrer impérieuse, sinon cruelle avec Othon.
Cette partie fort grave et ingrate pour un contre-ténor
échoit à l’étoile montante du baroque, Max
Emanuel Cencic. Est-ce un bon choix ?L’impétueux mezzo ne peut
y déployer ses ailes, il peine à traduire les nuances
du texte et les affects de l’amant déchu, sinon
peut-être son désespoir quand Octavie lui intime l’ordre
de tuer Poppée.
Au rayon nourrices, Robert
Burt n’a pas son pareil pour mettre le public dans sa poche, en
minaudant, la bouche en cul de poule, ou en se précipitant sur
William Christie pour lui caresser la nuque et les oreilles ;
cependant, d’une vielle fille, il possède aussi la voix
usée et stridente, au souffle court et à l’intonation
approximative, et sa berceuse anémiée ne libère
aucun charme. José Lemos (Nutrice), quant à lui, se
débat avec une tessiture périlleuse et multiplie les
décrochages abrupts. Dans le plus érotique des duos,
Matthias Vidal rivalise de finesse et de sensibilité avec
Philippe Jaroussky, même s’il faut parfois tendre l’oreille –
du moins depuis le premier balcon – pour apprécier ses
inflexions voluptueuses. Toujours parmi les comprimarii, Juan Sancho
et David Webb font d’excellents soldats, Claire Debono (La Fortuna,
Pallade, Venere) et Andreas Wolf (Liberto, Tribuno), deux belles
pousses du Jardin des Voix, tirent aussi habilement leur
épingle du jeu.
William Christie dirige, du
clavier, un opulent continuo (luths et théorbes, clavecins,
orgues, régale, harpe, gambe, contrebasse, lyrone, violoncelle
et dulciane) et couve du regard les chanteurs qui jouissent d’un
soutien de tous les instants. Une paire de violons et une autre de
cornets complètent l’effectif, mais n’interviennent que dans
les ritornelli et sinfonie ou dans de rares accompagnements. Comme
dans sa magistrale lecture d’Il Ritorno d’Ulisse in Patria, le chef
s’en tient à la partition pour mieux se concentrer sur le
drame, là où d’aucuns fantasment un peu trop sur le
luxe des spectacles de cour et versent dans le
décoratif."
- Classica - juillet/août 2010
"Sous la direction de Willliam
Christie, sans éclat, et dans des décors et costumes de
Pier Luigi Pizzi, toujours élégants mais un peu
répétitifs et conventionnels dans le genre colonnes,
miroirs, néoclassique marmoréen et glacé (mais
toujours mieux que des garages, des asiles de fous ou des camps de
concentration... ), l'opéra de Monteverdi est mis en
lumière par des voix exceptionnelles.
La principale
curiosité, bien sûr, va à Philippe Jaroussky, qui
aborde pour la première fois ce grand rôle
(confié d'habitude à une soprano) et qui, pour la
première fois aussi, campe une figure de méchant, lui
le bien-aimé des anges. Bien qu'il ne semble guère
à l'aise dans des robes type doges de Venise, il
déploie un chant merveilleux, tendre, passionné, qui
sait donner le change sur la perversité du personnage, juste
avant d'en révéler pleinement la cruauté. Sa
partenaire, l'excellente Danielle de Niese (à droite), est
parfaite et les deux duos, celui du début et celui de la fin,
sont des sommets à la fois de chant baroque et de bel
canto.
À part le page
travesti, qui resssemble trop à une fille, tous les
rôles sont fort bien tenus. Max Emanuel Cencic, en Othon,
ressemble de moins en moins à un contre-ténor et fait
plutôt penser à un tenore di grazia, sans rien perdre de
sa perfection sonore. Bouleversantes, les figures de
Sénèque et d'Octavie, la basse italienne Antonio Abete
et la mezzo-soprano italienne Anna Bonitatibus, dont les adieux
à Rome bouleversent la salle et soulèvent des
applaudissements qui agacent le toujours aimable William Christie.
Grande soirée, en définitive (à paraître
prochainement en DVD), dont on a peu d'équivalents à
Paris."
- Saint-Denis -
Théâtre Gérard-Philippe - 8, 9, 10, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 20
janvier 2010 - Vélizy -
Théâtre de l'Onde
- 23 janvier 2010 - Théâtre de Reims - 30, 31 janvier 2010 - Théâtre de
Besançon - 2
février 2010 - Nanterre - Maison de la Musique - 5, 6 février 2010 - Beynes -
Scène de la Barbacane
- 12 février 2010 - Clamart
- Théâtre Jean Arp
- 14 février 2010 -
Théâtre du
Vésinet - 18
février 2010 - Théâtre
d'Angoulême - 27
février 2010 - Martigues - Théâtre des
Salins - 9 mars 2010
- Guyancourt
- La Ferme du Bel Ébat
- 13 mars 2010 - Villejuif - Théâtre Romain Rolland
- 9 avril 2010 - ARCAL - Les Paladins - dir.
Jérôme Correas - mise en scène Christophe
Rauck - décors Aurélie Thomas - costumes Marion
Legrand - lumières Olivier Oudion - chorégraphie
Claire Richard - dramaturgie Leslie Six - avec Valérie
Gabail (Poppée), Maryseult Wieczorek (Néron),
Françoise Masset (Fortune, Octavie), Jean-François
Lombard (Arnalta), Vincent Pavesi (Sénèque), Paulin
Bündgen (Othon), Dorothée Lorthiois (Vertu, Drusilla
), Romain Champion (Lucain), Charlotte Plasse (Valet), Hadhoum
Tunc (Amour, Demoiselle), Matthieu Chapuis (1. Soldat), Virgile
Ancely (Familier de Sénèque)


- Le Monde - 11 janvier 2010
"C'était
déjà un beau projet sur le papier : réunir ce 8
janvier autour du dernier opéra de Monteverdi, Le Couronnement
de Poppée, les forces vives de l'Arcal (Atelier de recherche
et de création pour l'art lyrique) et celles du
Théâtre Gérard-Philipe - Centre dramatique
national (CDN) de Saint-Denis, pour la première mise en
scène d'opéra de son directeur, Christophe Rauck. Une
réussite incontestable qui donne raison à l'initiateur,
Christian Gangneron (ex-directeur de l'Arcal, auquel a
succédé Catherine Kollen), lequel a su convaincre le
metteur en scène, a priori récalcitrant.
[...]
Face au riche foisonnement du
Couronnement de Poppée, oeuvre phare de l'opéra baroque
créée à Venise fin 1642 ou début 1643,
où la fusion entre texte et musique reste le maître mot,
Christophe Rauck dit avoir eu peur "d'être trop bavard". Mais
le metteur en scène signe au contraire un travail subtilement
dépouillé servi par une remarquable direction d'acteur.
Modèle de tact et d'intelligence, la mise en scène
évolue sur un mode atemporel, lequel ne renie ni l'illusion
baroque (toiles peintes et ciels de nuages, théâtre
à machines par le truchement de draperies, masques de carnaval
vénitien, travestis) ni l'allusion contemporaine (la
scène de drague fellinienne avec Vespa entre page et
demoiselle, les golden guards tout droit sortis d'une bande
dessinée).
Quel beau parti que celui de
l'épure pour évoquer l'iconoclastie d'un monde sans
morale, cette danse de sexe, de pouvoir, de mort et d'iniquité
qui élève, via l'immature et tyrannique Néron,
la courtisane Poppée au rang d'impératrice -
après le meurtre du philosophe Sénèque, la
répudiation de l'impératrice Octavie et la trahison de
son amant, Othon.
Mérite partagé
pour la direction musicale souple et raffinée, mais non sans
puissance et volubilité, de Jérôme Corréas
à la tête de ses (neuf) Paladins. Une foison de couleurs
et de phrasés, avec notamment une délicatesse dans la
diversification des continuos, le tout au service d'une musique qui
se déclame autant qu'elle se joue et se chante. La
juvénile aisance d'une distribution scéniquement et
musicalement très engagée (Valérie Gabail en
Poppée, Maryseult Wieczorek en Néron, Françoise
Masset en Octavie) a fait le reste, suscitant un enthousiasme
mérité dans cette salle de banlieue parisienne, dont le
public, formé en partie par des classes du collège
Henri-Barbusse de Saint-Denis, prouve qu'on peut faire de
l'opéra dans le "neuf-trois" et construire comme ailleurs
l'ici et maintenant de "ce que sera la France demain ou ne sera pas"
- Christophe Rauck dixit."
"Un public éclectique
dans la salle comble du Théâtre de Saint-Denis applaudit
chaleureusement les artistes en ce frileux samedi de janvier. Dans
une volonté commune d’ouvrir l’art lyrique à tous,
l’Arcal et le Théâtre Gérard Philipe ont joint
leurs ressources pour monter le dernier opéra de Monteverdi,
dont la passion baroque retentit encore avec force plus de 350 ans
après sa création.
En prologue, la Fortune et la
Vertu se crêpent le chignon : laquelle gouverne le destin des
hommes ? C’est compter sans L’Amour, qui s’en mêle et les
coiffe au poteau. Belle introduction métaphorique à
l’histoire de la courtisane Poppée, dont le désir
ambitieux la mènera tout droit jusqu’à la couronne
d’impératrice aux côtés de Néron, balayant
sur son passage tous les obstacles qui croiseront sa route. Course au
pouvoir ? Course à l’amour ? Les nuances sont floues dans
cette œuvre, où l’énergie des passions supplante leur
aboutissement.
Trouvant écho jusque
dans la salle, où l’ancien cadre de scène
rénové côtoie la modernité technique, la
mise en scène de Christophe Rauck (directeur du TGP) repose
visuellement sur la beauté d’une noble atemporalité.
Amples drapés d’une simple évidence, éclats d’or
lumineux sur des peintures murales graphiques, divins clair-obscurs
et sobres estrades à corniches, composent une ambiance qui
évoque à la fois la mythologie, l’antique, le
contemporain et permettent à l’œuvre une résonance
universelle.
Du côté de la
distribution des rôles, comme dans la Bérénice de
Faustin Linyekula la confusion des genres est au rendez-vous, avec
l’interprétation de Néron par une femme, une nourrice
homme et un valet femme. Argument politico-social revendicateur chez
Linyekula, le motif est moins clair ici, hésitant entre
plusieurs possibilités de partis pris. Néanmoins coup
de fouet fantaisiste à l’ensemble, le « nourricier »
a le mérite d’apporter un humour certain, mais le travesti en
Vespa est moins convaincant au son du clavecin. Penchons donc pour la
revanche des femmes ou l'abolition des repères sexués,
dans un possible degré de lecture.
Notons également que
l’ensemble semble s’accorder à mettre tous les chanteurs sur
un pied d’égalité, sans chercher à distinguer
réellement les premiers et seconds rôles du point de vue
du chant ou de leur présence scénique. Chacun a ainsi
son moment propre et son importance dans la partition visuelle et
sonore. Cela contribue à faire de ce spectacle une
expérience intime et mémorable, novatrice pour les
initiés à l’opéra et/ou, comme le souhaitent les
directeurs du projet, séduisante pour les nouveaux
spectateurs."
- Jefopera - 12 janvier 2010
"Présenté par la
troupe de l'ARCAL, le spectacle est également donné en
banlieue parisienne (Vélizy, Nanterre, Beynes, Clamart, Le
Vésinet, Guyancourt et Villejuif) et en province (Reims,
Besançon, Angoulême, Martigues). Le tout sous la
direction musicale de Jérôme Correas, l'un de nos
meilleurs spécialistes de la musique baroque, à la
tête de son excellent ensemble d'instruments anciens, Les
Paladins.
Incontestablement, cette
première est une très belle réussite. Certes,
l'on cède parfois à la tentation du surjeu et certains
chanteurs (dans les rôles d'Othon et d'Octavie notamment)
peinent un peu à concilier la nécessaire concentration
sur leur chant avec les exigences du metteur en
scène.
Par ailleurs, certains effets
scéniques font sourire sans que l’on sache si c'est vraiment
voulu. Ainsi, à la fin du duo sublime de Néron et
Poppée, moment d’une beauté musicale inouïe,
où les deux amants, dans les bras l’un de l’autre, avancent
lentement au rythme de la barque qui les porte… jusqu’à ce que
le rideau découvre un légionnaire en jupette, tout
droit échappé d’Astérix, poussant la barque
comme Raymonde le caddie chez Leclerc. C'est dommage, car la magie
est un peu gâchée.
On n’en voudra pas pour autant
à Christophe Rauck qui, pour son coup d’essai à
l’opéra, signe une mise en scène, vivante, moderne,
colorée, cohérente du début à la fin.
Mais, dans Monteverdi, peut-être ne faut-il pas trop vouloir en
montrer, tant la musique elle-même, avec une subtilité
et une science qu’elle n’a sans doute jamais dépassée,
peut montrer, suggérer et faire ressentir ce qui se cache
entre les lignes du texte et dans le cœur des
personnages.
Dirigé avec
précision par Jérôme Corréas, le plateau
vocal montre une belle brochette de jeunes chanteurs talentueux et
pleins de vie, que l’on a envie de revoir très vite sur
scène. Le choix de faire chanter Néron, non par un
ténor ou un haute-contre mais par une soprano m’avait un peu
effrayé. Mais les voix magnifiques de Valérie Gabail et
Maryseult Wieczorek m’ont totalement conquis, notamment dans les duos
sublimes, moments suspendus au cours desquels je vois les visages se
crisper, les poitrines retenir le souffle et quelques larmes couler
lentement sur la douce joue de ma belle voisine.
C'était une
première à Saint-Denis, où aucune oeuvre lyrique
n'avait jamais été présentée. Les places
sont proposées aux habitants de la ville au prix de 15 euros
et plusieurs classes de collège et de lycée sont venues
assister au spectacle. Tous ces jeunes, au départ
interloqués, sceptiques et puis très vite conquis,
voire émus aux larmes par ce chef d'oeuvre absolu. C'est aussi
cela qui était très beau dimanche
après-midi."
- Anaclase - 18 février 2010
On se fait toujours une grande
joie à l'idée de pouvoir entendre et voir Le
Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi. Le dernier
opéra du père du genre est trop rare pour se priver
d'une nouvelle production. Jérôme Corréas - qui
nous a déjà offert des œuvres uniques comme l'Ormindo
de Cavalli avec mise en scène ou un Xerxe du même
compositeur, en septembre dernier au TCE, en une version concert de
grande valeur - nous semblait pouvoir nous en offrir une très
belle version.
Mais ce soir, la
déception est au rendez-vous. En aucun ce n'est la faute des
musiciens ou des chanteurs, ni d'ailleurs de qui que ce soit, mais
plutôt celle d'un lieu où l'acoustique ne peut que tuer
la musique en l'étouffant. Car celle de Monteverdi est
délicate et l'acoustique de ce théâtre lui est
impropre. Il n'en demeure pas moins que cette salle a le
mérite de vouloir faire entendre à un public qui ne va
pas ou peu à l'opéra des œuvres exceptionnelles, ce qui
est d'un grand prix. La seule difficulté est de devoir
écrire une critique juste d'un spectacle dont on ne put
percevoir qu'une partie.
Ayant choisi de nous
présenter Le Couronnement de Poppée avec l'effectif qui
put être le sien à la création de 1643 au Teatro
Pirrotta à Venise, Les Paladins se présentent à
nous en petit effectif : cordes, clavecin et orgue. Et si, par
instant, on discerne quelques couleurs qui, dans un autre lieu,
trouvaient leur profondeur, elles apparaissent ici ternes et
couvertes, comme un feu que l'on cherche à éteindre.
Ainsi, seul le théorbe de Rémi Cassaigne offre quelques
beaux moments. Tous les autres instruments laissent l'impression
d'une aura lointaine, leurs efforts semblant vains, passé le
cinquième rang.
Cette acoustique
s'avère tout aussi regrettable pour les voix. Seules
Françoise Masset, dans le rôle d'Octavie, et
Jean-François Lombard, interprétant les deux nourrices,
dépassent cette ambiance moquette et offrent de fort beaux
moments. La première fait d'Octavie une victime
pathétique plus que tragique, au sens le plus noble du terme.
Par son éloquence, sa diction parfaite et ses intonations
d'une justesse confondante, elle est cette épouse
trompée et bafouée. Jean-François Lombard
caractérise chacune des nourrices de Poppée et
d'Octavie, avec un réel plaisir. Il savoure chaque rôle
non seulement scéniquement mais par un timbre qu'il colore
pour mieux rendre les différences des deux personnages. Dans
la scène du sommeil de Poppée, c'est à lui que
nous devons le seul véritable instant de grâce. Il
termine mezza voce sur les mots È luminoso il dì,
sì come suole, E pur vedete, addormentato il sole, sans que
l'acoustique n'en éteigne la subtile nuance. Il est quasi
impossible de parler des autres interprètes, si ce n'est de la
Poppée au timbre charnu et sensuel de Valérie Gabail et
de l'Othon de Paulin Büngden qui dessine au rôle une
véritable personnalité. Plutôt que de nous le
montrer implorant, il en fait un être veule capable d'une
tentative de viol sur l'héroïne.
La mise en scène de
Christophe Rauck, quant à elle, se veut un mélange des
genres. Si parfois cela donne de bons résultats, comme dans
l'entrée d'Octavie avec une mappemonde sur laquelle elle
trouve appui et qui se consumera comme les passions à la fin
de la tragédie, ou celle de la mort de Sénèque
avec bougies et piles de livres, elle reste trop hésitante,
voire parfois vulgaire, et manque de moyens là où le
comique de situation et de mot se suffisent à eux-mêmes.
Ainsi le prologue paraît-il peu attrayant, ou la carte postale
romaine avec sa mobylette déplacée. Mais la plus grande
déception vient du traitement du duo final. Alors qu'il est
probablement le plus sensuel de toute l'histoire de l'opéra,
jamais les deux amants ne se rejoindront, cachés
derrière le rideau ; certes, ils s'avancent l'un vers l'autre,
mais plus en enfants qu'en maudits.
Enfin, certains costumes et
éclairages se révèlent plutôt
intéressants. Compte tenu des circonstances et vu les
qualités qu'il nous a semblé discerner ce soir dans ce
Couronnement de Poppée, la production mérite
d'être vue et entendue en un lieu qui saura lui rendre justice
et démontrer que l'ouvrage est certes du théâtre,
mais aussi et avant tout une musique sublime. Nous ne doutons pas que
Les Paladins la feront alors sonner ainsi. A l'Opéra Royal
à Versailles, l'année prochaine, ils
bénéficieront de circonstances plus
favorables."
"C'est un pari. Celui de
créer l'épisode 3 de la Trilogie opératique
montéverdienne (aux nombreux opus hélas disparus)
à Saint-Denis, loin des grandes institutions traditionnelles,
des salles aux stucs dorés ou des festivals confidentiels,
dans ce TGP plus habitué à d'autres arts et d'autres
siècles que ceux de notre Muse. Mais à l'issue d'une
soirée convaincante, l'on finit par oublier la distance qui
sépare le Teatro SS. Giovanni e Paolo du carnaval
vénitien de l'automne 1642 du siège de la Basilique des
rois de France et de son stade adjacent.
Premier ingrédient de
cette réussite, la présence de la fosse des Paladins,
certes en effectif modeste, mais qui se révèlent
toujours aussi à l'aise avec le langage musical encore
structurellement très libre de cette première
moitié du XVIIème siècle, comme on avait pu s'en
apercevoir lors du Xerses de Cavalli de l'automne dernier. La
direction de Jérôme Corréas, fluide et naturelle,
est soucieuse de jouer sur les oppositions de style shakespeariennes
entre scènes nobles (superbe monologue d'adieu d'Octavie) et
séquences plus prosaïques (soldats râleurs, les
Nourrices travesties de Jean-François Lombard qui cabotine
à qui mieux mieux...). De même, l'orchestre, intimiste
et discret, n'en est pas pour autant effacé, avec des
ornements bien sentis de la part des violons, des violes suggestives,
et la capacité de brosser en quelques ritournelles, souvent
dansantes, un véritable climat psychologique qui "plante le
décor" sonore avec à-propos. On regrettera toutefois
l'absence - justifiable historiquement - de flûtes, de cornets,
voire de dulcians, trompettes ou trombones qui auraient pu permettre
de varier plus les coloris et d'insuffler plus de solennité
à certaines scènes, comme la séquence finale du
couronnement. Dans l'entretien qu'il nous a accordé par la
suite, le chef explique en détail ses choix
interprétatifs.
Le continuo s'avère
très sensible, en particulier le théorbe ou la guitare
de Rémi Cassaigne, la harpe de Nanja Breedijk et les clavecins
de Philippe Grisvard ou Jérôme Corréas himself,
soucieux d'appuyer le discours des chanteurs. Là-encore,
Jérôme Corréas a fait le choix d'une épure
complice, résistant à la tentation d'un continuo trop
envahissant, laissant pleinement la vedette au jeu des
acteurs/chanteurs avec une attention toute particulière
portée à la déclamation et à la prosodie.
Justement, côté
scène, a été assemblée une distribution
très homogène, d'où émerge notamment le
quatuor composé de l'Octavie impériale et racée
de Françoise Masset, de la Poppée un peu enfantine de
Valérie Gabail, du Sénèque vibrant de Vincent
Pavesi, et enfin de l'Othon désespéré - mais
plus brutal qu'à l'accoutumée - de Paulin Bündgen.
Françoise Masset campe
une Octavie d'une fierté digne, à la projection
puissante et aux inflexions mélodiques complexes. Très
dramatique, entièrement impliquée dans le destin
blessé de son personnage, l'épouse déchue, toute
de noir vêtue, encore éprise de Néron semble
t-il, lutte en vain pour sa survie. Même la scène de
chantage d'Othon conduisant à la tentative d'assassinat de
Poppée n'avilit pas le portrait d'une monarque souffrant en
silence, et qui délivrera un monologue d'adieu superbement
poignant.
Sa rivale sensuelle
Valérie Gabail possède un timbre plus clair et
léger, une vivacité rieuse et piquante parfois un peu
verte dans les aigus qui s'avèrent charmants. Loin de la
redoutable intrigante, Marquise de Merteuil antique attrapant
l'Empereur dans ses filets, Christophe Rauck et la soprano ont
opté pour une jeune fille séductrice mais plutôt
innocente, soubrette d'une spontanéité et d'un
optimisme sans faille. Il y a une passion réciproque entre
cette Poppée et ce Néron qui n'est pas qu'un simple
marchepied vers un trône qui transforme le personnage en une
patricienne plus humaine et aux espoirs d'amour, gloire et
beauté auxquels le public peut plus facilement s'identifier.
Le Sénèque de
Vincent Pavesi, monolithique et puissant, habillé au
départ à la manière d'un docte professeur
viennois de début de siècle, marque les esprits par un
timbre profond et une émission extrêmement stable, qui
en fait une sorte de Commandeur mozartien. Face à une telle
autorité vocale, force est d'avouer que le Néron de
Maryseult Wieczorek, relativement neutre et au chant voilé,
n'en mène pas large, ce qui fait que leurs disputes n'en sont
guère, l'Empereur étant rapidement dominé par
son maître à penser. Plus généralement,
Néron se révèle dramatiquement trop plat, et la
soprano ne parvient pas à hisser son personnage, soit au rang
du tyran irascible et jaloux de son pouvoir, aveuglé par
l'amour, soit d'immature adolescent soumis à ses pulsions
qu'une Anne Sofie von Otter ou qu'un Flavio Olivier s'étaient
amusés à dépeindre avec une sanglante
gourmandise. Le procès d'Othon et le décret de
répudiation d'Octavie, de même que la scène du
Couronnement, manquent d'une certaine grandeur mégalomane, de
brutalité, de folie. Et ce Néron finalement assez
retenu, plutôt carré, est bien moins
déraisonnable et haïssable que le livret pouvait le
suggérer. On ajoutera au passage que le timbre peu androgyne
comme le costume rendent difficilement crédible le
travestissement masculin de Wieczorek, et qu'on aurait pu a minima
attacher sa cascade de cheveux blonds.
La révélation de
ce concert fut l'Othon de Paulin Bündgen, dont on admire
dès son entrée le timbre stable, le chant tendre mais
ferme, les aigus adoucis mais légers, les articulations
habiles qui ne se démentiront pas tout au long de la
représentation. Bündgen apporte en outre à son
amant abandonné une touche d'obsession violente, qui le
rehausse du rang de soupirant qui soupire à celui "d'ex un peu
encombrant" voire potentiellement dangereux, comme dans la
scène où il violerait pratiquement Poppée.
Enfin, on touchera un mot des
deux nourrices travesties de Jean-François Lombard, toujours
aussi amusant et vocalement juste dans ces rôles comiques qu'il
interprète avec une jubilation communicative. Le reste du
plateau est honnête, avec des voix souvent encore jeunes, qu'il
s'agisse de la Drusilla légère et appliquée de
Dorothée Lorthois, ou de la Demoiselle d'Hadhoum Tunc encore
approximative.
Christophe Rauck a opté
pour une mise en scène intemporelle, mêlant quelques
éléments antiquisants (soldats romains), et des
costumes des années 40. L'ensemble est épuré,
les accessoires peu nombreux, au service du drame sans fioritures
intempestives. Si l'on observe certaines facilités (gondole
dorée, voilages, vespa rouge et cartes postales de Rome), on
en retiendra surtout plusieurs tableaux remarquables et
évocateurs, à savoir la mort de Sénèque
où une baignoire aux griffes de lion prend le centre de
l'attention alors que des livres et de grandes bougies se profilent
au fond d'une scène sombre, l'enterrement de
Sénèque avec des silhouettes recueillies en
arrière-plan munies de parapluies alors que Néron et
Lucain s'enivrent poétiquement de beauté
poppéenne sur le devant de la scène, et enfin la
séquence finale, en contre-jour strehlerien, avec cette vision
ultime d'une mappemonde en flamme alors que les ombres chinoises de
Néron et Poppée s'avancent de chaque côté
d'un rideau qui se ferme lentement.
Et c'est cette dernière
séquence où Rome, l'Empire et l'Univers se consument
par l'incendie du cœur dans une lumière mordorée que
nous emporterons dans la navette qui nous ramène vers la
capitale, après des salves d'applaudissements triomphales et
méritées d'un public conquis."
- Opéra Magazine - mars 2010 - 8
janvier 2010
"Au moment où elle
change de « patron » (Catherine Kollen succède au
fondateur Christian Gangneron), la compagnie lyrique ARCAL,
après un quart de siècle, reste fidèle à
ses missions : porter l'opéra dans des lieux inhabituels. En
ce cas, c'est le TGP : Théâtre Gérard Philipe),
à Saint-Denis, ville ouvrière, où, en dix
représentations, un bon millier d'adolescents aura
assisté à une exemplaire Poppea.
Pour ses débuts
à l'opéra, Christophe Rauck a
révélé une ample musicalité : à
maints moments, la seule partition a guidé ses choix
dramaturgiques. Sans assigner d'époque à l'action, il
en a suggéré plusieurs : le théâtre
baroque (rideaux, drapés, masques et toiles peintes),
Cinecittà vers 1950 (Fellini) et notre temps. Ajoutons-y une
fine direction d'acteurs, et tous les ingrédients sont
là pour cerner au plus près, le livret de Busenello,
ici perçu comme un constat de la nature humaine. Par cette
attention structurante portée au texte, Christophe Rauck
rappelle l'art d'Antoine Vitez n'est pas un mince compliment ! Aucun
geste spectaculaire qui recouvrirait l'œuvre et en dissimulerait la
désespérante portée politique ; c'est même
le contraire de la récente production de Robert Carsen
à Glyndebourne, ainsi que le montre un commun usage d'une
baignoire à l'acte II.
Les chanteurs épousent
cette éthique de production, avec un exigeant alliage de
théâtralité et de vocalité. Distribuer les
trois rôles principaux offre une alterrnative : des tessitures
et des timbres interchangeables, que seule la mise en scène
distinguera ; ou un dégradé de tessitures. Tel est le
cas ici, avec Ottavia au centre. De l'épouse bientôt
répudiée, Françoise Masset a composé un
personnage exempt de l'habituelle résignation, tant la
souveraine, également lionne, manœuvre et descend dans
l'arène pour sauver son rang ; voix longue et toujours bien
sonnante, elle sait aller du susurrement à la
véhémence.
En Nerone, Maryseult Wieczorek
est tout aussi saisissante : son ample carrure physique,
alliée à un timbre sombre et à un dense talent
déclamatoire, fait de l'empereur davantage un adulte retors
qu'un odieux adolescent. Enfin, à Poppea, la bien chantante
Valérie Gabail apporte une subtile intrication de sentiments
amoureux et de stratégies. Au-delà de ses
mérites individuels, ce trio tire sa cohérence du fait
que Christophe Rauck en a banni toute vulgarité et a
assigné à chacun, non un destin joué dès
le début, mais une libre trajectoire à vivre.
Parmi les autres rôles,
on saluera les excellents Vincent Pavesi (dense Seneca), Paulin
Bündgen (un Ottone plus ample qu'à l'ordinaire) et
Dorothée Lorthiois (fraiche et limpide Drusilla).
Dirigé par Jérôme Correas, l'ensemble Les
Paladins offre de fruités moments de continuo."
- Diapason - mars 2010 - Poppée
d'ombres de flammes
"Est-ce parce que Le
Couronnement de Poppée est avant tout du théâtre
que Christophe Rauck, vierge en matière comme en
manières d'opéra, a su, sans jamais les contourner
pourtant, éviter tous les pièges dans lesquels bien des
metteurs en scène, et parmi les plus aguerris, ont
sauté à pieds joints? Ni porno chic pour papier
glacé, ni caricature de soap opera, l'ultime dramma in musica
de Monteverdi évolue dans une scénographie minimale aux
références subtiles, que soulignent des c1airs-obscurs
aussi beaux qu'économes. Par un sens supérieur de la
rupture dans la continuité, cette nouvelle production de
l'Arcal donne à voir tout ce que le texte de Busenello dit de
la vanité du monde, de ses illusions, entre comique et
tragique : simple évidence de cette Octavie suffoquée
par l'immobilité du vide, évacuée sur un diable
tel un marbre antique. A cet instant comme à tous ceux qui le
précèdent, la réalisation musicale en totale
osmose, à travers la palette d'une variété
constante que Jérôme Corréas sait obtenir de ses
Paladins en effectif musicologiquement correct : neuf cordes, pas une
de plus, les fosses vénitiennes n'en permettaient pas
davantage. Volubile, cynique ou facétieux, d'un lyrisme
soudain épanché jusqu'à l'extase sensuelle, le
continuo se fait miroir du chant, d'une liberté qui cependant
n'admet aucun écart de style de la part d'interprètes
comme rarement rompus à ce répertoire. Nutrice et
Arnalta aux traits jamais forcés, Jean-François Lombard
suit les traces de Dominique Visse et Jean-Paul Fouchécourt
(pour peu qu'il ne les ait déjà rattrapées),
quand Paulin Büngden, par l'intensité déclamatoire
du phrasé, resssuscite quelque chose de l'Ottone absolu, Henri
Ledroit. Et c'est au cœur du velours éruptif du Néron
de Maryseult Wieczorek que se lovent, comme pour mieux le
dévorer, les courbes entêtantes de Valérie
Gabail, Poppée couronnée d'ombres et de
flammes."
- Vienne - Theater an der
Wien - 21, 23, 25, 27, 29, 31 janvier 2010 - Balthasar
Neumann Ensemble - dir. Thomas Hengelbrock - mise en scène
Robert Carsen - décors Michael Levine - costumes Constance
Hoffman - lumières Robert Carsen, Peter van Praet - avec
Lawrence Zazzo (Ottone), Juanita Lascarro (Poppea), Jacek
Laszczkowski (Nerone), Anna Bonitatibus (Ottavia), Ingela Bohlin
(Drusilla), David Pittsinger (Seneca), Marcel Beekman (Arnalta),
Beate Ritter (Damigella), Cornelia Horak (Valletto), Dominik
Köninger (Mercurio), Nicholas Watts (Lucano), Ruby Hughes
(Fortuna), Renate Arends (Virtù), Trine Wilsberg Lund
(Amore) - nouvelle coproduction avec Glyndebourne Festival


- Genève -
Bâtiment des Forces motrices - 2 septembre 2009
- Neuchâtel - 6
septembre 2009 - dir. Leonardo García Alarcón - mise
en scène François Rochaix
- Oslo - Den Norske Opera
& Ballett - 23, 25, 28, 30 septembre, 2, 5, 7, 9
octobre 2009, 21, 25, 28, 31 mai, 2, 4 juin 2010 - dir. Alessandro
de Marchi - mise en scène Ole Anders Tandberg -
décors Erlend Birkeland - costumes Maria Geber -
lumières Ellen Ruge - avec Birgitte Christensen (Poppea),
Jacek Laszczkowski (Nero), Tim Mead (Ottone), Hege
Høisæter / Patricia Bardon (Ottavia), Gregory
Reinhart / Giovanni Battista (Seneca), Marita Solberg (Parodi/
Virtù/Drusilla), Amelie Aldenheim (Amore), Emiliano
Gonzalez-Toro (Arnalta), Tone Kruse (Nutrice), David Fielder
(Valetto), Liberto Ole Jørgen Kristiansen - nouvelle
production


- Théâtre de
Bourg en Bresse - 11 septembre 2009 - Festival
d'Ambronay - Choeur et Orchestre de la Haute École de
musique de Genève, en collaboration avec la Haute
École de Musique de Lausanne - dir. Leonardo García
Alarcón - direction artistique Danielle Borst et Philippe
Huttenlocher - mise en scène François Rochaix -
scénographie Jean-Claude Maret - avec Sonya Yoncheva
(Poppea), Varduhi Khachatryan (Nerone), Marie Manchon (Drusilla),
Solenn Lavanant-Linke (Ottavia), Alessandro Giangrande (Ottone),
Frédéric Caussy (Arnalta), Jérémie
Brocard (Seneca)


"Spectacle à vocation
pédagogique porté par les jeunes chanteurs et musiciens
des Conservatoires de Genève et de Lausanne, sous la direction
alerte et impertinente de Leonardo Garcia Alarcon, ce «
Couronnement de Poppée » ne manque ni d'élan, ni
fraîcheur, ni d'originalité. Seulement de rigueur dans
l'interprétation. Et cela s'entend. Dès les
premières mesures, on devine le décalage entre une
fosse, où l'excès de percussions sème le
désordre dans les troupes, et le continuo, installé sur
scène, qui lutte pour imposer une rectitude des lignes
instrumentales. Sur le plateau, la troupe pléthorique donne
l'impression que l'on a voulu faire chanter tout le monde.
Les jeunes chanteurs ne
manquent pas d'atouts. Beaucoup possèdent le matériau,
des voix pleines de promesses encore à l'état brut,
comme Jérémie Brocard (Sénèque) ou
Alessandro Giangrande (Othon). Mais cela ne suffit pas pour affronter
les lignes de chant redoutables d'une partition exigeante. Entre ceux
qui ont des problèmes de puissance et ceux qui
négocient maladroitement les virages imposés par les
passages de registre, quelques-uns (ou plutôt quelques-unes)
tirent leur épingle du jeu à l'image de
Solenn'Lavanant-Linke (Octavie) et surtout Sonya Yoncheva qui
interprète avec classe et mordant le rôle de
Poppée.
Heureusement, la mise en
scène très shakespearienne de François Rochaix,
qui transpose l'action à notre époque avec la cohorte
des clichés d'un théâtre post-moderne, compense
les problèmes de justesse musicale. Dans un décor
réduit à sa plus simple expression - un plateau
surélevé sur lequel les interprètes montent
lorsqu'ils ont à intervenir -, les jeunes pousses du chant
baroque donnent chair à leur personnage avec un engagement
dramatique jamais démenti. Mais cela ne suffit pas pour nous
faire oublier que, à l'évidence, ce projet est trop
ambitieux pour ces jeunes interprètes."
- Stockholm - Drottningholms
Slottsteater - 25, 29, 31 juillet, 2, 4, 6, 8
août 2009 - Drottningholmsteaterns orkester - dir. Mark
Tatlow - mise en scène Johanna Garpe - costumes Karin
Erskine - lumières Thorsten Dahn - avec Ingela Bohlin
(Poppea/Pallas), Charlotte Hellekant (Nero), Christopher Ainslie
(Ottone), Lars Arvidson (Seneca/Consolo), Malin Christensson
(Drusilla), Johan Christensson (La Fortuna/Nutrice), Daniel
Carlsson (Amore), Matilda Paulsen (Ottavia), Rickard
Söderberg (Arnalta), Thomas Walker (Lucano), Lars Johansson
Brissman
- Iford - Royaume Uni
- 10, 11, 14, 15,
17, 18 juillet 2009 - en anglais - Early Opera Company - dir.
Christian Curnyn - mise en scène Martin Constantine - avec
Katherine Manley (Poppea), Nicholas Sharratt (Nero), Doreen Curran
(Ottavia), James Gower (Seneca), Joanne Boag (Drusilla), Eyjolfur
Eyjolfsson (Arnalta), Owen Willetts (Ottone), James
McOran-Campbell (Soldier/Liberto)
- Opéra de Bordeaux
- 8, 10, 12, 14, 16, 17 juin 2009 - dir. Rinaldo
Alessandrini - mise en scène Robert Carsen - décors
Michael Levin - costumes Constance Hoffman - lumières
Robert Carsen et Peter van Praet - dramaturgie Ian Burton - avec
Ingrid Perruche (Fortuna), Julie Pasturaud (Virtu), Kathouna
Gadelia (Amore), Max-Emmanuel Cencic (Ottone), Karine Deshayes
(Poppea), Jeremy Ovenden (Nerone), Jean-Paul Fouchécourt
(Arnalta), Stephanie Outzeel (Ottavia), Jaël Azzaretti
(Drusilla), Jérôme Varnier (Seneca), Trevor
Scheuneman (Mercurio, Tribuno, Familiare), Jean-Manuel Candenot
(Littore, Tribune), Martin Oro (Nutrice), Alexandra Resztik
(Damigella), Daphné Touchais (Valetto), Ross Hauck (Lucano,
Soldato, Console), Fredrik Akselberg (Liberto, Soldato)
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- Altamusica
- 8 juin 2009 - In bed with... Poppea
Ajoutant à sa galerie
de portraits féminins une nouvelle figure séductrice et
lascive, ambitieuse et finalement abandonnée, le metteur en
scène canadien procède par mises à distance
successives : le prologue prétexte débute par un
dialogue parlé, en français, où la Fortune
accuse la Vertu d’avoir usurpé sa place au premier rang du
théâtre. C’était sans compter sur l’Amour qui,
une fois le premier rideau tombé, devient le moteur
véritable, omniprésent d’une énième mise
en abyme. Mais tout cela ne se trouve-t-il pas déjà
dans les mots mêmes de Busenello, énoncés avec
une clarté certes allégorique, condamnant à la
redondance toute forme de préambule ? Secondé par son
habituel cortège de femmes de chambre et majordomes, Carsen
déploie dans l’intrigue de cour son savoir-faire, mais ne
surprend jamais à travers le reflet édulcoré de
la mise en scène gratuitement trash de David McVicar,
elle-même calque affadi de celle de David Alden, qui a su mieux
que quiconque ces dix dernières années épuiser
l’esprit de l’œuvre.
Matrice de l’univers
carsenien, le lit occupe le centre d’un plateau modelé par des
rideaux rouges, raccourcis plus que symboles de l’amour, du sang, du
sexe, de la violence… Puis une baignoire, où seul
Sénèque devrait mourir, suicidé par caprice
adultérin, mais où viennent tremper dans une eau
teintée de crime Lucain, étouffé pour avoir
été meilleur poète que Néron – ce dernier
ne s’exclamera-t-il pas, se voyant mourir : « Quel artiste va
périr avec moi ! » ? –, Octavie conspiratrice, Drusilla
complice. Parce que tous sont de la même eau, dans le
même bain.
Oui, cette Octavie qui occupe
seul le lit conjugal atteint une certaine dignité tragique, et
le déploiement des tentures projette des ombres virtuoses.
Mais rien ne trouble l’ordre moral, la licence demeure lisse et sans
volupté dans une esthétique qui ne tend jamais vers
cette rupture qui est le lieu véritable de l’opéra
vénitien. Belle donc, la Poppea de Robert Carsen l’est assez
pour se laisser feuilleter comme les pages glacées d’un
magazine de mode, prisonnière de sa signature glamorous chic.
Là n’est
assurément pas le propos musical, plus encore poétique,
théâtral de Rinaldo Alessandrini, qui n’use d’aucune
distance avec la lettre monteverdienne, fidèle à
l’instrumentarium ascétique qu’il défend dans l’œuvre
depuis toujours, farouchement opposé tant à
l’hédonisme vain de William Christie qu’à la rigueur
métrique signifiante et luxuriante dont René Jacobs
pare le récitatif. Souvent le clavecin seul guide la voix nue
dans ce qui ressortit au pur recitar cantando, harpe, basses d’archet
et cordes pincées n’ornant pour ainsi dire que les arie ou
mezz’arie, tandis que les deux violons et l’alto n’interviennent,
conformément au manuscrit de Naples sur lequel se base cette
réalisation de la partition, que dans les sinfonie et
ritornelli.
Cette aridité
assumée de la couleur instrumentale se révèle
particulièrement exigeante pour les chanteurs, et ne pourrait
sans doute être goûtée pleinement qu’avec une
distribution exclusivement italienne, et parfaitement rompue aux
exigences stylistiques singulières de ce répertoire,
où la notion de sprezzatura, cette nonchalance
évoquée par Giulio Caccini dans la préface de
ses Nuove musiche, conduit trop souvent à un relâchement
de la déclamation, sous le prétexte d’une
liberté prosodique qui n’en doit pas moins suivre le rythme
poétique.
Par nature, l’Ottavia de
Roberta Invernizzi domine tout. Parce qu’elle possède
évidemment la langue, ses couleurs, ses ruptures, et qu’elle
sait infléchir chaque syllabe selon une
nécessité poétique guidée par le seul
sens, jamais soumise à un quelconque moule vocal, sans doute
hétérogène d’émission donc, mais si
supérieure d’émotion. Par culture, Jeremy Ovenden, le
Nerone d’Alessandrini à l’Opéra du Rhin en 2005,
où déjà se pressentait le rôle d’une vie,
l’égale presque d’une diction au cordeau, et infiniment
variée, d’une couleur certainement peu séduisante, mais
exaltée jusqu’à la perversité, et d’une
ornementation hardie, ciselée, d’une jouissive liberté.
L’Ottone de Max Emanuel Cencic est un cas à part, car nul n’a
sans doute jamais mieux chanté le rôle en terme de pure
tenue vocale dans cette tessiture périlleuse, notée
dans la clé intermédiaire, ni soprano ni alto, d’ut2.
Pas un instant, son métal noble ne semble flotter entre deux
registres dans un flux suffisamment nourri de consonnes pour ne pas
se limiter à une somptueuse démonstration de legato.
Monumentale est l’Arnalta de Jean-Paul Fouchécourt, et se doit
d’être appréciée comme telle, en oubliant donc
que le ténor, ou plutôt haute-contre français, y
a moins cabotiné, et parvenait il y a peu encore à
susurrer sa berceuse comme dans un seul souffle. Dans le
travestissement, la Nutrice de Martin Oro, vraiment falsettiste lui,
et jouant de ruptures marquées entre la tête et la
poitrine, ne lui cède en rien.
Les autres figures, sans
exception, sont moins marquantes. Comme en tout ce qu’elle fait,
Jaël Azzaretti est une Drusilla vocalement calibrée,
irréprochable, mais sans plus de grâce. Daphné
Touchais, Valletto physiquement idéal, est trop limpide de
timbre pour être espiègle, alors qu’Ingrid Perruche
méritait plus que la Fortuna, Drusilla par exemple.
Jérôme Varnier n’a pour Sénèque que son
creux, sans souplesse, sans dynamique, sans mot, absolument
monolithe, ce qui ne peut tenir lieu de stoïcisme. Quant
à Karine Deshayes, elle semble assez constamment
encombrée de son opulent mezzo, dont l’enveloppante pulpe se
durcit, malgré l’évidence de l’extension, dans le haut
d’une tessiture qui plus d’une fois l’oblige à escamoter les
consonnes et niveler les voyelles. Sa Poppea n’est donc
qu’ambitieuse, par défaut de
sensualité."
- Les Échos - 11 Juin 2009 - Une
belle réussite musicale et un spectacle efficace
"Sexe, pouvoir, amour et
trahison sur fond d'histoire romaine : on ne peut imaginer livret
plus romanesque que celui écrit par Gian Francesco Busenello
pour « Le Couronnement de Poppée », de Claudio
Monteverdi - plus moderne aussi. Des personnages d'une force
extraordinaire y sont mis à nu sans complaisance. Pour les
faire vivre, il faut disposer d'une équipe solide et
soudée. Créé en 2008 au Festival de
Glyndebourne, ce spectacle est l'hôte de Bordeaux, ville
coproductrice. Le théâtre bâti par Victor Louis,
une pure merveille, lui offre un cadre idéal.
Rino Alessandrini est à
la tête d'un ensemble regroupant des membres de son Concerto
Italiano et de l'Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine. Une
dizaine de musiciens en tout, dont il obtient un discours vif,
nerveux, ductile et d'une rare élégance, la vraie,
celle qui ne se remarque pas. La diversité des timbres produit
un jeu de couleurs s'adaptant à chaque épisode de ce
drame aussi palpitant qu'un feuilleton quasi « shakespearien
».
Même si certaines voix
paraissent bien minces, la distribution, homogène, est digne
d'éloges. Animant le plateau de sa présence constante,
l'Amour (délicieuse Khatouna Gadelia) s'oppose à la
Vertu (Julie Pasturaud, en bonne soeur timorée) et à la
Fortune (Ingrid Perruche, vamp provocante). Truculent, le duo de
soldats (Luca Dordolo, Fredrik Akselberg) ; adorable le duo
formé par le Page et la Demoiselle (Daphné Touchais et
Alexandra Resztik) ; ambigu, le Lucano (Dordolo, encore), ami de
Néron ; et énergique le Licteur de Jean-Manuel
Candenot. Sobre et intègre, le Seneca de Jérôme
Varnier, affrontant la mort annoncée par Mercure (le sobre
Trevor Scheunemann).
Les deux Nourrices sont des
hommes, celle d'Ottavia (Martin Oro), celle de Poppée,
Arnalta, l'un des rôles-fétiches de Jean-Paul
Fouchécourt, désopilant. Le charme de Drusilla
s'accommode du chant aérien de Jaël Azzaretti, et le
contre-ténor Max Emmanuel Cencic vit intensément les
contradictions douloureuses d'Ottone. Roberta Invernizzi est une
discrète Ottavia, l'épouse répudiée ; ses
adieux à Rome pourraient être plus poignants. Nerone,
l'empereur, est un ténor, Jeremy Ovenden, fantasque et cruel.
Face à lui, une Poppée de rêve, Karine Deshayes,
timbre de velours et de soie, tempérament vocal
maîtrisé avec élégance, musicalité
raffinée.
Ultradépouillée,
la scénographie de Michael Levine laisse d'immenses rideaux
découper l'espace ; le rouge domine, sang et passion à
la fois. La touche d'humour, on la trouve dans les costumes de
Constance Hoffman. Efficacité est le maître mot, comme
pour la mise en scène de Robert Carsen, reprise par Christophe
Gayral et Daniele Guerra. Sans grande originalité, le parti
pris d'une transposition à l'époque actuelle et d'un
brin de théâtre dans le théâtre (le
Prologue commence dans la salle, où deux spectatrices, Fortuna
et Virtu, se disputent une place) fonctionne bien, soutenu par une
fidélité sans réserve au texte et un sens du
rythme infaillible. A travers les siècles, « Le
Couronnement de Poppée » défie le
temps."
- Concertclassic - 13 juin 2009 - Carsen
exalte l'éternité de Monteverdi
"Sexe et pouvoir mènent
toujours le monde. En tout cas, depuis Monteverdi. C'est ce que nous
dit la production de son testament lyrique Le Couronnement de
Poppée signée Robert Carsen, qui s'arrête au
Grand Théâtre de Bordeaux après le Festival de
Glyndebourne dans la campagne anglaise et avant l'Opéra de
Vienne. La vision du metteur en scène canadien dominée
par le rouge carmin des rideaux qui tombent des cintres avant de
s'étaler sur le sol comme une mare de sang, démontre
avec une rudesse toute shakespearienne que la barbarie destructrice
et l'intelligence constructive restent les moteurs de l'action
humaine quelle que soit l'apparence de progrès technique.
Aussi bien Néron s'affiche-t-il en complet veston
révolver au poing, Sénèque en
négligé philosophique, les serviteurs en
énarques, Poppée et Octavie en robe du soir : la cour
du Bas Empire transposée dans l'univers impitoyable de la
haute finance...
Mais avec Carsen comme avec
Monteverdi, l'humour suit toujours le tragique comme un antidote.
Ainsi, lorsque la nourrice de la prostituée promue, ne se
sentant plus devant la réussite outrageante de sa
protégée, se prend à ne plus avoir le triomphe
modeste, Carsen l'habille en grande dame jusqu'à ce que le
bibi ridicule et le sac à main carré viennent parfaire
le portrait de... sa Majesté Elisabeth II ! On sourit aussi
lorsque les protagonistes étalent sur le fameux rideau rouge
le contenu d'un panier à pique-nique so british que les
moutons de Glyndebourne en font encore des gorges chaudes. Si
Sénèque s'ouvre les veines dans son bain, la
scène d'après, Néron rejoint tout habillé
son ami le poète Lucain dans la même baignoire où
il le trucide : ce mec est fou ! Mais l'histoire nous avait
prévenus. C'est à peine une entorse à la
réalité.
Si la scénographie
reste identique d'un théâtre à l'autre, la
réalisation musicale varie d'une ville à l'autre en
fonction du chef. A Glyndebourne, la Française Elisabeth
Haïm avait convoqué l'Orchestre des Lumières ;
à Bordeaux, l'Italien Rinaldo Alessandrini a
raréfié l'oxygène musical en réunissant
cinq membres de son Concerto Italiano et cinq Bordelais. Le sublime
écrin sonore qu'est le théâtre de Victor Louis le
permet : on n'y perd rien des deux théorbes, ni de la harpe
dévorés d'ordinaire dans les grandes salles. Ils ont
leur juste place face aux voix où l'on ne manquera pas de
remarquer celle faite aux jeunes chanteurs français, du mezzo
pulpeux de la Poppée de Karine Deshayes aux graves insondables
et colorés du Sénèque de Jérôme
Varnier en passant par la pétillante Drusilla de Jaël
Azzaretti.
Leurs compatriotes Ingrid
Perruche, Fortuna, Julie Pasturaud, Virtu, Jean Paul
Fouchécourt, impayable Arnalata, complètent notamment
la distribution. Mais il faut également citer le craquant
Amour de la soprano géorgienne Khatouna Gadella, l'Otton
passionné du contre-ténor viennois Max Emmanuel Cencic,
l'Octavie douloureuse de l'Italienne Roberta Ivernizzi et surtout
l'impressionnant Néron du ténor anglais Jeremy Ovenden.
Un spectacle captivant de bout en bout. Comme hors du
temps."
- Sud Ouest.com - Poppée sacrée par
la sensualité
"Près de 370 ans
après la création et même dans le cas d'une
production venue du prestigieux festival de Glyndebourne, « le
Couronnement de Poppée » est toujours une aventure.
Aventure dans la fosse, où Rinaldo Alessandrini fait cohabiter
quelques musiciens de l'Onba, et les instrumentistes de son Cocerto
Italiano. Le résultat sonne étonnamment naturel. Il est
vrai que le chef a choisi une instrumentation
dépouillée, où les théorbes tiennent
souvent le continuo avec une belle variété d'accents.
Aventure sur la scène
aussi. Forcémemment, avec Robert Carsen... Le metteur en
scène a décidémment le don de restituer avec
limidité les histoiresles plus compliquées, avec
personnages ciselés et théâtralisation de la
moindre rencontre. Ça tombe bien, le chef d'oeuvre de
Monteverdi en est plein, qui fourmille de récits
parallèlles, dépeignant de couple en couple toutes les
nuances de l'amour.
L'Amour, justement (Kathouma
Gadelia), circule ici entre les personnages sans qu'ils le voient.
Habile façon de jouer avec la contrainte du prologue mais
aussi de placer tout l'opéra sous le signe d'une
sensualité que chacun décline à sa façon
sur fond de draps rouges et de lits nombreux : juvénile et
claire chez Valletto (Daphé Touchais, adorable) ; complexe et
tourmentée chez Ottone (Max-Emmanuel Cencic,
contre-ténor au registre d'une rare
homogénéité) et Drusilla (Jaël Azzaretti,
toute de clarté) ; amère pour Octavia, la reine
déchue (Roberta Invernizzi, grande classe et phrasés
exceptionnels d'intelligence)... Les uns et les autres sont
escortés par des « vieux » revenus de l'amour :
Jérôme Varnier est un Sénèque à la
voix de basse extraordinairement timbrée jusqu'au
tréfonds et Jean-Paul Fouchécourt une Arnalta
drôlement inventive.
Et puis voici Poppée et
Néron, couple soudé par la passion malsaine mais que
sauve le tempérament des chanteurs : Karine Deshayes, timbre
soyeux que le rôle n'épuise même pas, donne
à la courtisane une pointe de candeur tandis que Jeremy
Ovenden, voix claire aux aigus aisés, livre une incarnation
saisissante de l'empereur tenté par la folie et l'effroi.
Suberbe soirée en
vérité, courez-y !"
- Opéra Magazine - octobre 2009
"Heureux coproducteur
du spectacle qui nous avait séduits, l'été
dernier, au Festival de Glyndebourne, l'Opéra National de
Bordeaux a brillamment achevé sa saison avec L'incoronazione
di Poppea. On ne saurait rêver d'un lieu plus propice au
chef-d'œuvre de Monteverdi que le cadre enchanteur du
Grand-Théâtre. Réduit à de symboliques et
virtuoses jeux de rideau pourpre et à quelques meubles (lit,
baignoire, table ... ), le décor minimal de Michael Levine
s'intègre idéalement aux proportions de la
scène.
En l'absence de Robert Carsen
retenu à Amsterdam pour sa nouvelle Carmen, et qui s'est
contenté de superviser le spectacle avant la première,
la scénographie a été idéalement
remontée par ses assistants, Christophe Gayral et Daniele
Guerra. En ce qui concerne la dramaturgie, le résultat est
plus mitigé : en effet, l'essentiel reposait sur la
personnalité et le physique spécifique des
interprètes originaux, alors que Bordeaux a opté pour
une distribution totalement différente et
théâtralement moins adaptée à son parti
pris. Toujours élégant, mais moins incisif et surtout
moins pervers, le spectacle devient ici plus banal, vidé de sa
critique sociale, édulcoré tout particulièrement
quant aux relations très aseptisées de Nerone et
Poppea. A priori, le choix d'un Nerone ténor aurait dû
rendre les rapports dramatiques du couple plus crédibles. Le
résultat est à l'opposé de cette logique,
justement parce qu'on tombe dans une normalité
bienséante. À Glyndebourne, la mezzo britannique Alice
Coote exprimait de manière hallucinante les névroses,
le sadisme et l'ambiguïté sexuelle de l'empereur.
À Bordeaux, avec son compatriote Jeremy Ovenden, la
scène de beuverie et de débauche, où Nerone
cède à une attirance physique irrésistible pour
son commpagnon, avant le meurtre quasi rituel de ce dernier dans la
baignoire de leurs ébats, ne fonctionne plus du tout.
Jeremy Ovenden et Karine
Deshayes, vocalement de tout premier ordre, seraient certainement
parfaits dans une production « traditionnelle ». La
ravissante mezzo française se distingue
particulièrement, mais elle est bien trop charmante, douce et
sincère pour incarner le personnage carnassier voulu
initialement par Carsen. Si Jaël Azzaretti est une Drusilla
délicieusement fruitée, on est déçu par
l'Ottone plutôt insignifiant de Max Emanuel Cencic, peu digne
de sa réputation. Assez pâle elle aussi, l'Ottavia de
Roberta Invernizzi. Jérôme Varnier a la prestance de
Seneca mais la voix, superbe, manque totalement de la
flexibilité exigée par ce répertoire. Khatouna
Gadelia est irréprochable en Amore omniprésent. Enfin,
Jean-Paul Fouchécourt et Martin Oro assument avec brio leurs
travestis respectifs.
En revanche, ce regard plus
aimable de la production colle idéalement à l'approche
ample et charnue, souple, nerveuse et richement colorée de
Rinaldo Alessandrini. avec les onze solistes issus du Concerto
Italiano et de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine.
Résolument vénitien, ce Monteverdi chaleureux et
enlevé est un bonheur parfait."
"Le prologue commence par un
scandale dans la salle : une spectatrice vêtue de lamé
doré (la Fortune) s’en prend à une religieuse (la
Vertu) assise à sa place et déchire son billet. Toutes
deux gagnent la scène pour y vanter leurs mérites
respectifs. Le rideau de scène en velours rouge s’ouvre
derrière elles tandis qu’au second plan un rideau identique
tombe presque instantanément sur le sol, découvrant un
mur nu au fond de la scène. Au centre se découpe la
silhouette de l’Amour qui vient à l’avant-scène,
entouré par des figurants qui déroulent le rideau
tombé à terre et le posent sur ses épaules comme
un manteau impérial. L’Amour proclame sa
supériorité absolue et reste jusqu’à la fin de
l’opéra le maître des lieux.
Suit un changement à
vue virtuose où de nombreux pans de rideaux s’écartent
ou se rapprochent successivement, formant des figures
géométriques qui symbolisent alternativement des
extérieurs et des intérieurs. Un grand lit venu du fond
où reposent Poppée et Néron occupe le centre de
la scène. Le manteau-rideau recouvre maintenant le sol comme
un tapis moelleux et l’Amour a pris place au coin du
lit.
L’éblouissante
démonstration d’inventivité et de
vélocité technique sur le plateau est d’autant plus
impressionnante que le prologue est bref. Hélas, on
connaît désormais toutes les possibilités de
transformation de ce huis clos, il n’y a donc plus de surprise
à attendre ! De plus, les rideaux ont l’inconvénient
d’amortir partiellement le son et de faire obstacle à
l’imagination du spectateur. Enfin, cette atmosphère
feutrée convient aux scènes de luxure, mais
atténue l’entrechoquement des passions.
Deuxième ombre au
tableau, la distribution diffère totalement de celle de
Glyndebourne et Carsen étant occupé ailleurs, ses deux
assistants ont dû assumer l’ensemble de la réalisation.
Les déplacements sur le plateau, très nombreux et
complexes, ne leur ont posé aucun problème mais pour la
direction d’acteurs, c’est une autre affaire. Les personnages
étant fortement caractérisés dans le livret et
la lecture du metteur en scène fort complexe, comment faire
accepter aux chanteurs certaines interprétations qui, au
premier abord, pourraient passer pour un détournement de sens
?
Le cas le plus flagrant est
celui de Senèque. Le philosophe stoïcien,
précepteur de Néron, est présenté ici
comme un petit fonctionnaire minable, avec des vêtements et un
cartable usagés. Presque tous ses disciples l’ont
abandonné et les trois restants se révoltent contre la
doctrine à l’annonce de sa mort programmée,
réclamant le droit à la vie et rejetant la valorisation
stoïcienne du suicide (en cela, Carsen suit le texte).
Sénèque sort, décontenancé, pour se
donner la mort sans témoin.
On ne retrouve que par moments
réalisées sur scène les intentions de Robert
Carsen, clairement lisibles à Glyndebourne si l’on en croit
les comptes rendus de presse : à Bordeaux, certains
personnages manquent de densité et on ne ressent guère
d’émotion à les voir se débattre contre
l’adversité. La critique aigüe de l’arrivisme, des
méfaits du pouvoir, de ses déviances et de la recherche
exclusive de son propre intérêt qui
caractérisaient la production à Glyndebourne n’est
incarnée que par certains chanteurs.
Jérémy Overden
(Néron) et Karine Deshayes (Poppée) dominent la
distribution. Outre leur remarquable qualité de timbre, de
flexibilité vocale et d’expressivité, tous deux
incarnent des personnages aux nombreuses facettes, allant du lyrisme
élégiaque à la violence, la haine et la
perversité, à un degré extrême chez
Néron, un peu moins contrasté chez
Poppée.
Kathuna Gadelia en Amour et
Jaël Azzaretti en Drusilla, le seul personnage intègre de
cette histoire, apportent toutes deux un havre de fraîcheur
dans ce sombre univers avec leur timbre clair et brillant et leur jeu
naturel. Les interprètes masculins des deux nourrices,
Jean-Paul Fouchécourt (Altara) et Martin Oro (Nourrice mais
aussi 1er familier), ont une belle ligne de chant baroque et campent
avec bonheur des personnages drôles ou
inquiétants.
Roberta Invernezzi s’implique
totalement en Octavie, mais semble livrée à
elle-même. Sa voix, très agréable au demeurant,
manque d’ampleur pour le rôle. Par ailleurs, les splendides
graves de basse profonde de Jérôme Varnier, moins
à l’aise dans l’aigu, ne suffisent pas à étoffer
son personnage qui reste transparent. Le contre-ténor Max
Emanuel Cencic, pourtant excellent acteur, ne réussit pas
à nous émouvoir malgré sa situation dramatique,
car la mise en scène, trop dispersée, nous
empêche de nous identifier à lui. Son timbre trop
uniforme y est également pour quelque chose.
Citons, parmi les seconds
plans, l’excellente prestation du baryton Luca Dordolo dans le
premier soldat, le 2e familier et Lucain, ainsi que celles de Trevor
Scheunemann (licteur, tribun et 3e familier).
Alessandro Alessandrini
soutient efficacement les chanteurs à la tête du
Concerto italiano et les six instrumentistes de l’Orchestre national
de Bordeaux, mais on aimerait plus de pulsation et de mordant. On se
retire un peu déçu de ce spectacle pourtant bien
supérieur à la moyenne, car on en attendait encore
mieux."
- Paris - Cité de la
Musique - 7 juin 2009 - version mise en espace - La
Venexiana - dir. Claudio Cavina - scénographie et mise en
espace Paola Reggiani - avec Emanuela Galli (Poppea), Roberta
Mameli (Nerone), Claudio Cavina (Ottone), Xenia Mejier (Ottavia),
Makoto Sakurada (Nutrice), Matteo Belloto (Seneca), Letizia
Calandra (La Fortuna, Damigella, Venere), Francesca Cassinari (La
Virtu, Drusilla), Pamela Luccarini (Amore, Valetto), Andrea Favari
(Mercurio, Littore), Ian Honeyman (Arnalta), Giovanni Caccamo
(Liberto, Soldato), Mario Cecchetti (Lucano, Soldato)
- Italians do it better - Le Naufrage de
Poppée
"Primo, l’orchestre
était rachitique – onze musiciens seulement, pas un de plus –
et complètement déséquilibré – uniquement
des cordes, pas un seul vent. Pour l’ornementation, c’était le
minimum syndical, aucune idée musicale, tout était
platement joué.
Secundo, à l’exception
de Roberta Mameli, qui fut vraiment époustouflante dans le
rôle de Néron, et d’Emanuela Galli, tout juste
acceptable dans celui de Poppée, tous les autres chanteurs
étaient épouvantables, à commencer par Claudio
Cavina lui-même qui a eu la mauvaise idée, en plus de
diriger, d’interpréter le rôle d’Othon, où il
était vraiment en dessous de tout. C’est fou parfois ce que
les gens peuvent s’illusionner sur leur petit talent et s’octroyer un
pouvoir exorbitant… Matteo Bellotto, qui interprétait le
rôle de Sénèque, était tout à fait
sinistre. Je sais bien que Sénèque n’est pas quelqu’un
de drôle, mais quand même, c’est la première fois
que, en écoutant cet opéra, j’étais impatient
qu’il meure et laisse la place à Lucain qui, tout compte fait,
était aussi sinistre que lui, sinon plus ! Mario Cecchetti,
puisque c’est de lui dont il s’agit, aurait dû être
joyeux et enivré par sa coupe de vin... Il était au
contraire pâle comme un linge, raide comme un piquet, et
chantait sans aucune inspiration – un comble quand même pour un
poète. Son fameux duo avec Néron, le
célèbre Cantiamo, l’un des plus beaux de tout
l’opéra, faisait carrément pitié à voir !
Jamais deux chanteurs n’auront été plus mal assortis.
Rien à voir avec François Piolino que j’avais vu neuf
ans plus tôt sur la même scène et qui restera pour
moi le Lucain le plus sensuel et le plus excitant de tous les temps.
Mais le coup de grâce a été donné par le
duo final Pur ti miro, que Cavina a complètement
staracadémisé en modifiant les tempi et en demandant
à ses chanteuses d’introduire des ornements vocaux
complètement inappropriés, de sorte qu’on se serait cru
dans La Boum 2, en train de danser un slow avec Vic.
Tertio, la mise en
scène était d’un ridicule achevé. Cavina, qui,
décidément, s’essaie à tout, y compris à
la mise en scène qu’il a conçue avec Paola Reggiani, a
eu l’idée de transposer le lieu du drame dans le Japon des
années 60. C’est ainsi que Poppée ressemble à
une geisha et que Néron est affublé d’un kimono… Bon,
pourquoi pas?… Mais il faudra m’expliquer un jour la valeur
heuristique d’une telle transposition. Car ce ne sont pas les
justifications pseudo-anthropologiques de Cavina qui pourront me
mettre sur la voie : « Dans les deux sociétés,
écrit-il, on retrouve la même propension au suicide
comme solution honorable sur les plans éthique et politique.
» Merci du tuyau ! De même, jeter un
téléphone dans la main d’Othon parce que ce dernier se
dit prêt (pronto, en italien) à servir Octavie est d’une
lourdeur incroyable…"
- Boston Center for the Arts
- Calderwood Pavilion - 6, 7, 9, 10, 12, 14 juin 2009 -
Berkshires - The Mahaiwe Performing Arts
Center - 19, 20, 21 juin 2009 - Boston Early Music
Festival - dir. Paul O'Dette / Stephen Stubbs - mise en
scène, décors Gilbert Blin - costumes Anna Watkins -
lumières Lenore Doxsee - avec Gillian Keith (Poppea),
Marcus Ullmann (Nero), Tuva Semmingsen (Ottavia, Holger Falk
(Ottone), Amanda Forsythe (Drusilla), Christian Immler (Seneca),
Laura Pudwell (Arnalta), William Hite (Lucano), Nell Snaidas
(Amore), Aaron Sheehan (Liberto), Erica Schuller (Fortuna),
Zachary Wilder (Nutrice), Douglas Williams (Littore), Jesse
Blumberg (Mercurio), Deborah Rentz-Moore (Virtù)


- Toronto - Elgin Theatre
- 25, 26, 28, 29 avril, 1er, 2 mai 2009 - Opera Atelier
- dir. David Fallis - mise en scène Marshall Pynkoski -
décors Gerard Gauci - costumes Dora Rust d'Eye -
lumières Kevin Fraser - avec Michael Maniaci (Nero),
Kimberly Barber (Ottavia), Joao Fernandes (Seneca), Carla Huhtanen
(Fortuna, Drusilla), Peggy Kriha Dye (Poppea), Cory Knight
(Lucano), Olivier Laquerre (Ottone), Laura Pudwell (Arnalta),
Vicki St. Pierre (Nutrice), Curtis Sullivan (Liberto), Tracy Smith
Bessette (Venus), Cavell Wood, Cynthia Smithers (Amore) -
coproduction with Houston Grand Opera


- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 27, 29 mars, 1er, 3 avril, 19 juin 2009
- Neue Düsseldorfer Hofmusik
- dir. Andreas Stoehr - mise en scène Christof
Loy - décors Dirk Becker - costumes Michaela Barth - avec
Véronique Parize (Fortuna / Damigella), Lisa Angelina
Griffith (Virtù / Pallas), Iryna Vakula (Amor), Carol
Wilson (Poppea), Mariselle Martinez (Nero), Marta Marquez
(Ottavia), Martin Wölfel (Ottone), Sami Luttinen (Seneca),
Sylvia Hamvasi (Drusilla), Gwendolyn Killebrew (Nutrice), Bruce
Rankin (Arnalta), Corby Welch (Lucano / 1. Soldat), Martin Koch
(Liberto / 2. Soldat), Anke Krabbe Valletto, Rolf Broman
(Mercurio), Joseph Szalay (Littore)
- Klagenfurt - Stadttheater
- Autriche - 5, 7, 10, 12, 19, 25 mars, 1er, 3, 17, 25,
28 avril 2009 - Mitglieder des Kärntner Sinfonieorchesters -
dir. Michael Brandstätter - mise en scène Laurent
Laffargue - décors Philippe Casaban, Eric Charbeau -
costumes Hervé Poeydomenge - lumières Klaus Emil
Zimmermann - dramaturgie Heiko Cullmann - avec Julia
Hajnóczy, Ana Quintans, Sylvia Rieser, Adrineh Simonian,
Monica Theiss-Eröd, Gabor Bretz, Juan Carlos Falcón,
Michael Gann, Willi Jeschofnik, Robert Maszl, Previn Moore, David
Walker, Andrew Watts


- Barcelone -
Liceu - 3, 4, 5, 6, 7, 10, 11, 13, 14, 15
février 2009 - dir. Harry Bicket - mise en scène
David Alden - avec Miah Persson / Isabel Bayrakdarian, Vesselina
Kasarova / Sarah Connolly, Maite Beaumont / Maria Rodriguez-Cusi,
Carlos Mena / Jordi Domenech, Dominique Visse / Xavier Sabata,
Franz Josef Selig / Mirco Palazzi, Ruth Rosique, Judith Van
Wanroij, Marisa Martins, Guy de Mey, William Berger

"La mise en scène de
David Alden a reçu au Liceu de Barcelone de longs
applaudissements enthousiastes au terme d’une nuit qui ne cumula pas
que des points positifs. Alden, craignant sans doute d’ennuyer le
public avec les destins tragiques de certains personnages de
l’histoire, a non seulement laissé lamentablement carte
blanche aux cabotinages surfaits de Dominique Visse (Arnalta et la
nourrice) et son éternelle cigarette, mais il a même
tenté de nous faire rire au cours d’épisodes tout
à fait dramatiques vécus par Ottone, Drusilla, Ottavia,
et même Seneca.
L’Orchestre Baroque du Gran
Teatre del Liceu a accompagné les voix par des rythmes bien
marqués et une excellente coloration instrumentale.
Malheureusement Harry Bricket n’a pas réussi à
équilibrer la scène et la fosse, les voix dominant trop
souvent les instruments. Et c’est bien là que la grâce
et l’équilibre du baroque ont cédé la place aux
accents, bien rendus au demeurant, plus modernes de quelques
chanteurs mal adaptés à leurs rôles. Pire encore,
le choix du « tout comique » exigé par David Alden,
et l’appui manifeste donné par le public aux
interprétations vocales étrangères au style
baroque, ont entraîné par moments les
interprètes, même ceux qui étaient à
priori bien orientés vocalement, vers les pentes savonneuses
du « pathos » et du « forte » avec plusieurs
« f ».
Inutile de signaler les
coupables car si la distribution fut hétérogène,
les chanteurs n’ont pas tous maintenu de bout en bout le cap de leurs
propres convictions. Et ainsi, par moments, Ottone (Jordi
Domènech), Ottavia (Maite Beaumont), Nerone (Sarah Connolly),
Seneca (Franz-Joseph Selig) et Drusilla (Ruth Rosique) ont atteint la
perfection, alors que, à d’autres moments ils nous ont
ramenés au temps de l’Opéra de Paris en 1978 où
l’excellence vocale de Jon Vickers, Gwyneth Jones ou Christa Ludwig
n’était pas adaptée à la musique du
XVIIème siècle. Ce qui aujourd’hui serait difficilement
acceptable."
- Amsterdam - Muziekgebouw
- 19 janvier 2009 - Dutch National Opera Academy -
Baroque ensemble of the Amsterdam Conservatoire - dir. Glen Wilson
- mise en scène Javier López Piñón -
décors Jeroen van Eck - lumières et vidéo
Alex Brok - costumes Ferry Smidt - avec Luciana Mancini,
Jean-Sébastien Beauvais, Esteban Manzano, étudiants
du Dutch National Opera Academy

- Le Cap - Artscape Theatre
- 20, 22, 23, 26, 28, 29 novembre 2008 - dir. Albert
Horne - mise en scène Angelo Gobbato - décors,
costumes Peter Cazalet - lumières Fahiem Bardien - avec
Amanda Osorio (Virtu), Ncebakazi Dyantyi (Fortuna), Nelmarie
Reynecke (Amore), Pretty Yende (Poppea), Violina Anguelov
(Nerone), Janelle Visagie / Karin van der Walt (Ottavia), Runette
Botha (Drusilla), Ebenezer Sawuli, Musawenkosi Ngqungwana
(Seneca), Mlamli Lalapantsi, Sunnyboy Dladla (Arnalta), Karen
Wolff (Nutrice), Magdalene Minnaar (Valletto), Yandiswa Makade
(Damigella), Given Nkosi,Sipho Fubesi (Lucano), Xolani Tabane Nn
(Liberto), Mandisinde Mbuyaswe (Littore) - Coproduction avec UCT
Opera School
- Londres - Royal Albert
Hall - Festival Proms - 31 juillet 2008 - version
semi-scénique - Choeur du Festival de Glyndebourne -
Orchestra of the Age of Enlightenment - dir. Emmanuelle Haïm
- avec Fortuna (Sonya Yoncheva), Virtu ( Simona Mihai), Amy
Freston (Amore), Christophe Dumaux (Ottone), Alice Coote (Nerone),
Danielle de Niese (Poppea), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
(Arnalta), Tamara Mumford (Ottavia), Marie Arnet (Drusilla), Paolo
Battaglia (Seneca), Trévor Scheunemann (Mercurio, Consul),
Patrick Schramm (Littore, Consul, Familiari), Dominique Visse
(Nourrice, Familiari), Claire Ormshaw (Damigella), Lucia Cirillo
(Valletto), Andrew Tortise (Lucano, Soldato 1, Tribun, Familiari),
Peter Gijsbertsen (Liberto, Soldat 2, Tribun)


- Melbourne - South
Melbourne Town Hall - 18, 20, 22, 24, 26 juillet 2008 -
Victorian Opera - dir. Richard Gill - mise en scène Kate
Cherry - décors Richard Roberts - costumes Anna French -
lumières Jon Buswell - avec Tiffany Speight (Poppea), David
Hansen (Nerone), Daniel Goodwin (Ottone), Sally Wilson (Ottavia/La
Fortuna), Jacqueline Porter (Drusilla/La Virtù), Paul
Hughes (Seneca), Isabel Veale (Arnalta/Nutrice), Adrian McEniery
(Lucano/1. Soldato), Jessica Aszodi (Damigella), Edmond Choo
(Liberto), Laurence Meikle (Mercurio/Littore), Jacob Caine (2.
Soldato)
- Longborough - Royaume
Uni - 18 juillet 2008 -
Longborough Festival Opera - dir. Lesley-Anne Sammons - mise en
scène Jenny Miller
- Glyndebourne
- 18, 22, 25, 29 mai, 1er, 4, 7, 10, 13, 17, 20, 25, 28
juin, 4 juillet 2008 - Orchestra of the Age of Enlightment - dir.
Emmanuelle Haïm - mise en scène Robert Carsen -
décors Michael Levine - costumes Constance Hoffman -
lumières Robert Carsen, Peter Van Praet - avec Sonya
Yoncheva (Fortuna), Simona Mihai (Virtù), Amy Freston
(Amore), Christophe Dumaux / Iestyn Davies (Ottone), Danielle de
Niese (Poppea), Alice Coote (Nerone), Wolfgang Ablinger-Sperrhacke
(Arnalta), Tamara Mumford (Ottavia), Marie Arnet (Drusilla), Paolo
Battaglia (Seneca), Trevor Scheunemann (Mercurio/Tribune), Patrick
Schramm (Littore/Tribune/Familiari), Dominique Visse (Nutrice),
Claire Ormshaw (Damigella), Lucia Cirillo (Valletto), Andrew
Tortise (Lucano/Soldato1/Console), Peter Gijsbertsen
(Liberto/Soldato 2) - coproduction avec Opéra de
Bordeaux


- Opéra
Magazine - novembre 2008 - 4 juin 2008
"L' Incoronazione di
Poppea occupe une place privilégiée dans les annales de
Glvndebourne, qui a affiché l’ultime chef-d’oeuvre de
Monteverdi, sous la baguette de John Pritchard, dès 1962,
à une époque où le compositeur n’était
pas encore sorti des oubliettes. En 1984, Raymond Leppard a
dirigé sa propre édition de l’ouvrage, dans une mise en
scène de Peter Hall qui a fait date. La vogue du baroque avant
depuis totalement bouleversé notre approche de ce
répertoire, c’est à Emmanuelle Haim et à
l’Orchestra of the Age of Enlightenment qu’est revenu l’honneur
d’accompagner le premier Couronnement musicologiquement et
stylistiquement authentique du Festival, dans une nouvelle production
de Robert Carsen.
Génial Carsen, capable
de nous offrir, en quelques mois seulement, deux spectacles aussi
brillamment pensés et achevés que Tannhaüser et,
dans un esprit et une esthétique différents, ce
Couronnement. A chaque instant, il trouve une idée qui fait
mouche, en symbiose avec le livret de Busenello, dont
l’étonnante modernité ne cesse de nous
émerveiller. Dans la légèreté comme dans
la gravité, le metteur en scène suggère avec
élégance et subtilité, sans jamais appuyer ni
insister. Un pur régal d’esprit et de finesse, qui nous repose
des leçons démonstratives du Regietheater
!
Le spectacle commence dans la
salle, avec l’arrivée d’une élégante
spectatrice, qui provoque un scandale car sa place, au premier rang,
est occupée par une... religieuse. Cette dernière se
révélera être Virtu (Simona Mihai),
chassée par Fortuna (Sonva Yoncheva). De son
côté, Amore (Amy Frestoni, en tailleur violet, sera
omniprésent, manipulateur de cette sombre histoire où
il est plus question de sexe que d’amour véritable. En guise
de décor unique, Michael Levine a conçu une succession
de trois rideaux rouges, symbolisant à la fois le
théâtre dans le théâtre, l’ambition
effrénée et la soif de pouvoir. À l’exception de
Seneca (Paolo Battaglia), tout le monde nourrit ici de
ténébreuses arrière-pensées, que la
direction d’acteurs met en évidence avec un précision
redoutable. La scène où Ottavia (Tamara Mumford,
à qui Carsen a donné le look de Soraya séduit
Ottone (Iestyn Davies, en alternance avec Christophe Dumaux) pour
l’obliger à tuer Poppée est sur ce plan anthologique.
L’humour est également au rendez-vous, grâce aux
inénarrables nourrices : Arnalta à l’image de Mme
Doubtfire (Wolfg Ablinger-Sperrhacke) et Nutrice (Dominique Visse)
qui évitent cependant toute caricature.
En Poppea, Danielle de Niese a
moins l’occasion faire ressortir ses qualités vocales qu’en
Cleopâtre jouée sur cette même scène, mais
l’interprète demeure irrésistible. Composant un Nerone
malsain mais névrotique, sadique, avec un regard et une
expression inquiétante, dissimulant la maladie mentale, Alice
Coote est aussi sensationnelle par le jeu que par le chant, d’une
rare perfection musicale. Sous la direction attentive et
précise d’Emmanuelle Haïm, l’orchestre est en osmose avec
le texte et l'action dramatique. Une soirée totalement
jubilatoire !"
- Gelsenkirchen -
Musiktheater - 9, 13, 30 mars, 4, 13, 25, 30 avril, 3
mai 2008 - Statisterie des Musiktheater im Revier - Chor des
Musiktheater im Revier - Neue Philharmonie Westfalen - dir. Samuel
Bächli - mise en scène Andreas Baesler - décors
Eckhard-Felix Wegenast - costumes Susanne Hubrich - dramaturgie
Johann Casimir Eule - avec Wolf-Rüdiger Klimm / Melih
Tepretmez (Amore / Amme / Hofsänger), Claudia Braun (Poppea),
Anke Sieloff (Nerone), Noriko Ogawa-Yatake (Ottavia), Matthias
Lucht (Ottone), Christian Helmer / Nicolai Karnolsky (Seneca),
Leah Gordon (Drusilla), William Saetre (Arnalta), Daniel Wagner
(1. Soldat / 2. Schüler), Jan Ciesielski (2. Soldat / 1.
Schüler), 3. Schüler (Wolf-Rüdiger Klimm) -
nouvelle coproduction avec Staatstheater Braunschweig


- Copenhague - Det Kongelige
Teater - 13, 15, 17, 19 janvier, 9, 12, 14, 16
février 2008 - Concerto Copenhagen - dir. Lars Ulrik
Mortensen - mise en scène David McVicar - décors
Robert Jones - costumes Jenny Tiramani - lumières Paule
Constable - avec: Ylva Kihlberg (Fortuna, Poppea), Andrea
Pellegrini (Amore, Valletto), Hanne Fischer (Virtu, Ottavia),
Stephen Wallace (Ottone), Tuva Semmingsen (Nerone), Gert
Henning-Jensen (Arnalta , Mercurio, Console II), Sine Bundgaard
(Drusilla), Susanne Resmark (Nutrice, Famiglairo I), Mariana Ortiz
(Damigella, Pallade), Jan Lund (Liberto, Soldato II, Tribuno I),
Magnus Staveland (Lucano, Soldato I, Console I, Famigliaro III), -
coproduction Théâtre des Champs-Elysées, Paris
; Opéra National du Rhin, Strasbourg ; Deutsche Staatsoper,
Unter den Linden, Berlin ; La Monnaie, Bruxelles

- Londres -
ENO - 18, 20, 25, 26
octobre, 1er, 2, 6 novembre 2007 - en anglais - dir. Laurence
Cummings - mise en scène Chen Shi-Zheng - décors
Walt Spangler - costumes Caitlin Ward - lumières Mimi
Jordan Sherin - traduction Christopher Cowell - avec Kate Royal
(Poppea), Tim Mead (Ottone), Christine Rice (Nerone), Doreen
Curran (Ottavia), Lucy Crowe (Drusilla), Robert Lloyd (Seneca),
Christopher Gillett (Arnalta), William Berger (Valletto), Joana
Seara (Damigella), Katherine Manley (Fortune), Jane Harrington
(Virtue), Sophie Bevan (Love) - coproduction avec Handel and Haydn
Society, Boston

"... Chen Shi-Zheng
assure la mise en scène, après avoir monté avec
succès, sur le même plateau du Coliseum, en avril 2006,
une production de L’Orfeo nommée pour l’Olivier Award du
meilleur spectacle lyrique de l’année. The Coronation
ofPoppea, accueilli par des applaudissements polis et quelques
sifflets — inhabituels à Londres — n’est hélas pas de
la même eau. De bout en bout, la scénographie, aux
prétentions chic et choc, se révèle cheap et toc
L’univers essentiellement — et mystérieusement — aquatique
imaginé par Chen Shi-Zheng n’a strictement aucun rapport avec
le livret, aucun des personnages ne possédant la moindre
consistance dramatique ou psychologique. Seul Seneca, en
complet-veston strict, impose une authentique
théâtralité, d’évidence le fruit de la
réflexion artistique et de l’expérience personnelle de
Robert Lloyd, dont on salue la prestance et la santé
vocale.
Tous les autres solistes,
vêtus pour la plupart de costumes fluo criards aussi laids
qu’incongrus, sont victimes de la désolante absence de
direction d’acteurs. Le décor, quant à lui,
évoque, dans le meilleur des cas, les fonds marins et la faune
du Monde du silence du commandant Cousteau ; quelques effets
spectaculaires, certes, quelques (rares) jolies images
colorées, mais, le plus souvent, une succession de gadgets
« coquillages et crustacés » (vidéos de
flora&faunavisions). La futilité des danseurs javanais de
l’Orange Blossom Dance Company (dont la présence se justifiait
dans L’Orfeo) ajoute encore à la vanité du propos, tant
leurs contorsions vont à contresens de la musique. Si on veut
absolument trouver une justification à cet étalage de
mauvais goût, culminant sur un grotesque envol d’insectes dans
la sublime scène finale, sans doute faut-il assimiler la
décadence romaine à celle de notre époque...
Pour couronner le tout, ce pseudo-modernisme visuel s’avère en
totale contradiction avec la direction pour le moins
académique de Laurence Cummings.
La distribution, heureusement,
à l’exception d’Anna Grevelius, mezzo trop claire et trop
légère pour Nerone, réserve quelques
satisfactions, comme la Drusilla d’une exquise fraîcheur de
Lucy Crowe, habillée en Lolita rose bonbon, et l’intense
Ottavia de Doreen Curran, trônant sur une bouée en forme
de citrouille, aussi séduisante que perverse. La
perversité, c’est sans doute ce qui manque à la Poppea
glamoureuse de Kate Royal, contrainte par la production à un
exhibitionnisme vestimentaire et à des poses de top model en
minijupe ou bikini." (Opéra Magazine - décembre
2007)
- Amsterdam - Het
Muziektheater - De Nederlandse Opera - 1er, 6, 9, 17,
25, 29 septembre, 3 octobre 2007 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - mise en scène Pierre Audi -
décors Michael Simon - costume Emi Wada - lumières
Jean Kalman - avec Machteld Baumans (Fortuna), Wilke te
Brummelstroete (Virtù/Pallade), Gaële Le Roi
(Amore/Damigella), Bejun Mehta (Ottone), Anders J Dahlin (Soldato
1 / Lucano / Tribune 1 / Famigliare 1), Ed Lyon (Soldato 2 /
Liberto / Tribune 2), Danielle de Niese (Poppea), Malena Ernman
(Nerone), Emiliano Gonzalez-Toro (Arnalta), Christianne Stotijn
(Ottavia), Christopher Gillett (Nutrice / Famigliare 2), Giovanni
Battista Parodi (Seneca), Judith van Wanroij (Valetto), Anna-Maria
Panzarella (Drusilla), Panajotis Iconomou (Mercurio / Console 1),
Harry van der Kamp (Littore / Famigliare 3 / Console 2)

- Théâtre
d'Ulm - 19, 21 avril, 2,
13, 18, 25 mai, 2, 6, 20 juin, 5, 10, 13 juillet 2007 - dir.
Gordian Teupke - mise en scène Matthias Kaiser -
décors Kathleen Röber, Angela C Schuett, Matthias
Kaiser - costumes Angela C Schuett - avec Merav Barnea (Poppea),
Marc Haffner (Nerone), Gillian Crichton (Ottavia), Tomasz Kaluzny
(Ottone), Rúni Brattaberg (Seneca), Linda Heins (Drusilla),
Hans-Günther Dotzauer (Arnalta), Gerd Jaburek (Valetto),
Corinna Große (Nutrice), Girard Rhoden (Lucano), Katharina
Peters (Amore/Pallade), Jie Mei, Burkhard Solle
(Famigliari/Soldaten) - nouvelle production
- Hambourg -
Staatsoper - 27, 31
janvier, 3 février, 21, 27, 31 mai 2007- dir. Alessandro De
Marchi - mise en scène Karoline Gruber - décors
Hermann Feuchter - costumes Henrike Bromber - lumières
Wolfgang Göbbel - avec Miriam Gordon-Stewart (Poppea), Marina
Rodriguez-Cusí (Ottavia), Jacek Laszczkowski (Nerone),
Brian Asawa (Ottone), Christoph Wittmann (Seneca), Irena
Bespalovaite (Drusilla / Virtù), Benjamin Hulett (Arnalta /
Lucano), Axel Koehler (Nutrice/ Famigliaro 1), Moritz Gogg
(Liberto / Tribuno 2/ Soldato 2), Ryszard Kalus (Console /
Famigliaro 3 /Littore), Brenda Patterson (Valletto / Pallade /
Amore), Olga Peretyatko (Damigella / Fortuna)
- Londres - Royal College of
Music - 29 novembre, 1er décembre 2006 - dir.
Michael Rosewell - mise en scène Paul Curran -
décors Paul Edwards - lumières Robert A Jones - avec
– Pumeza Matshikiza /Sophie Bevan (Poppea), Huw Llywelyn / Nathan
Vale (Nerone), Dawid Kimberg / Vojtech Safarik (Ottone), Kostas
Smoriginas / Vuyani Mlinde (Seneca), Alistair Digges / Ben Johnson
(Arnalta), Stephanie Lewis / Sigridur Osk Kristjansdottir
(Ottavia), Kim Sheehan (Drusilla), Rita Therese Ziem (la Fortuna),
Ida Folk Winland (La Virtu / Damigella), Eliana Pretorian (Amor /
Valletto), John McMunn (Lucano)

- Opéra de Los
Angeles - 25, 30 novembre,
3, 7, 10, 13, 16 décembre 2006 - dir. Harry Bicket - mise
en scène Pierre Audi - décors Michael Simon -
costumes Emi Wada - lumières Jean Kalman - avec Kurt Streit
(Nerone), Susan Graham (Poppea), Frederica von Stade (Octavia),
Reinhard Hagen (Seneca), David Daniels (Ottone), Christine Brandes
(Drusilla), Jill Grove (Nutrice), Christopher Gillett (Armalta),
Keith Jameson (Valletto), Tonna Miller (Fortuna), Hanan Alattar
(Amor / Damigella), Stacey Tappan (Virtu / Pallade), Levi
Hernandez (Mercurio, Tribuno 1), Nicholas Phan (Soldato 1, Lucano,
Famigliaro 2, Consulo 1), Daniel Montenegro (Soldato 2, Liberto,
Famigliaro 2), Benjamin Von Atrops (Littore, Famigliaro 3, Tribuno
2) - production du Netherlands Opera


- Genève -
Bâtiment des Forces Motrices - 8, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 28
septembre 2006 - Théâtre de
Caen - 22, 24 octobre 2006 - St. Pölten Festspielhaus (Autriche)
- 2, 4 novembre 2006 - Ensemble baroque du Grand
Théâtre de Genève - dir. Attilio Cremonesi -
mise en scène, décors et lumières Philippe
Arlaud - costumes Andrea Uhmann - chorégraphie Anne-Marie
Gros - co-production avec Théâtre de Caen - avec
Martina Jankova / Seo Whal-Ran Seo (Fortune / Drusilla),
Marie-Claude Chappuis (Vertu/Octavie), Amel Brahim-Djelloul /
Cristiana Presutti (Amour / Valet), Maya Boog (Poppée),
Kobie Van Rensburg (Néron), Christophe Dumaux (Othon),
Carlo Lepore (Sénèque), Sulie Girardi (Nourrice),
Jean-Paul Fouchécourt (Arnalta), Valérie MacCarthy
(Demoiselle), Emiliano Gonzalez Toro (Lucain, Familier 2, Tribun),
Luigi De Donato (Mercure, Licteur, Familier 3, Consul), Alexandre
Kravets (Familier 1), Hans-Jurg Rickenbacher (Libertus/Premier
Soldat), Bisser Terziyski (Deuxième soldat)




- Diapason - novembre 2006 - Zaza
imperator - 23 septembre 2006
"Tutu, justaucorps et perruque
rose : Zaza Napoli ? Néron. L’empereur gifle Poppée, la
met à terre, la frappe au ventre avec les pieds. Subtilement,
au ralenti, pendant le duo d’amour qui conclut l’opéra.
L’effet est saisissant, le spectateur choqué. Mais pour la
bonne cause sous des dehors intellos et provocants, le metteur en
scène Philippe Arlaud a imposé sa petite morale
mesquine au plus amoral des opéras. Car, au fond, de quoi nous
parle Le Couronnement de Poppée? Le Prologue pose le sujet,
l’amour tout-puissant, plus fort même que la vertu et la
fortune. Démonstration a fortiori : observons ses effets
là où on l’attend le moins, chez le pire des tyrans.
Conclusion sans appel : deux voix s’enlacent, l’amour triomphe,
pulsion autant que sentiment, après avoir anéanti tous
ceux qui encombraient son ascension. Arlaud croit voir plus loin que
le sujet, la puissance profane d’un amour qui ne s’encombre ni de
bien ni de mal. En vérité, il ne fait que loucher sur
Néron, le répugnant Néron de ses fantasmes et de
l’Histoire, ce Néron qui, sur la scène du
Grand-Théâtre de Genève, reniflera le slip de
Poppée et léchera goulûment son entrejambe, comme
il léchera le scalpel maculé du sang de
Sénèque (et de Lucain). A ce jeu, Arlaud
désamorce l’intrigue. Comment Octavie, Sénèque,
et même Poppée pourraient-ils avoir la moindre influence
sur le monstre qui tue tous ceux qui l’approchent? L’incroyable
galerie de portraits dont Busenello a fait la matière
première du génial livret, dans la pure tradition de
l’opéra vénitien, n’est plus qu’un fairevaloir,
dans des décors à la mode en harmonies rouge-violet
(déjà démodées ?). Acteurs, danseurs et
figurants ont beau s’agiter au bord de l’hystérie, l’ennui
menace vite, faute d’intérêt et d’affection pour ces
caricatures. L’opéra semble interminable.
C’est aussi l’agitation qui
prévaut pour le chant. Disciple de Jacobs, Attilio Cremonesi a
réglé des récitatifs suractifs, presque
aboyés parfois, efficaces mais sans saveur ni
variété. Les voix n’y sont guère à leur
avantage. Othon superbe à Garnier la saison passée,
Christophe Dumaux force un curieux « tremulando» ; Valetto
de rêve au Théâtre des Champs-Elysées, Amel
Brahim-Djelloul cherche son timbre ; la belle Maya Boog
(Poppée) ne laisse deviner aucun sens de la ligne
jusqu’à ce qu’elle chante vraiment, in extremis, pour le duo
final.., parfaitement phrasé. Déception, encore, pour
l’Arnalta en petite voix de Jean-Paul Fouchécourt et pour
Mane-Claude Chappuis, Octavie sans nuance, toujours virulente, et
pour une Nutrice en contre-emploi. Trois acteurs nous
réconcilient avec la voix et la déclamation italienne,
Martina Jankova, Drusilla au charme fou (et il en faut pour ne pas
être insupportable dans le personnage de pimbêche sous
acide imaginé par Arlaud !), Emiliano Gonzalez Toro, qui en
plus de son timbre suave, a désormais trouvé le mordant
nécessaire à Lucain, et Carlo Lepore,
Sénèque magistral. Reste le groupe instrumental, d’une
mobilité exemplaire, et Kobie Van Rensburg. Le ténor
joue des couleurs les plus ingrates de son chant et d’une vocalise
fulgurante, détestable à souhait le « Néron
show» repose sur ses épaules. Et la perruque rose lui va
plutôt bien."
- Le Monde de la Musique - novembre 2006 -
Ulysse contre Poppée
"Même équipe,
résultats différents. Les deux opéras
vénitiens de Monteverdi prouvent encore une fois qu’ils sont
des oeuvres à risque. Par leur diversité musicale, leur
dramaturgie complexe et leur longueur,LeRetour d'Ulysse et Le
Couronnement dePoppée, les deux opéras de Monteverdi
composés pour des théâtres vénitiens
posent un défi monumental tant au metteur en scène
qu’au chef. En confiant ces oeuvres à un même tandent le
Grand-Théâtre de Genève a trouvé une
solution qui les rend a priori proches malgré leurs
divergences. Mais ce diptyque en est-il bien un?
Musicalement, les choix du
chef Attilio Cremonesi (ancien claveciniste chez René Jacobs)
face à ces partitions problématiques (sources
incomplètes, différentes venions pour un même
texte) sont judicieusement guidés par des
considérations pratiques et soulignent la proximité
stylistique entre les deux oeuvres. Son ensemble est nourri par un
continuo riche et varié et il n'hésitepas à
couper ou ajouter. Il ne manque parfois qu’un surplus
d’énergie dramatique pour que le spectacle prenne toute son
envergure.
En revanche, la mise en
scène de Philippe Arlaud n’essaye pas de trouver de liens
entre les deux oeuvres. Plus serrée, moins anecdotique, plus
grave malgré ses moments comiques, son Retour d'Ulysse
réussit là ou son Couronnement de Poppée
caricatural rate sa cible. Pourquoi réduire les scènes
de passion de Néron et Poppée à de ridicules
simulacres de film porno ? Pourquoi faire de la figure de
Néron (Kobie van Rensbuzg) une brute sans états
d’âme ou de celle de Poppée (Maya Boog) une pin-up de
pacotille? Seul Sénèque (excellent Carlo Lepore)
échappe à la caricature et offre, dans la scène
de sa mort le seul moment convaincant du spectacle."
- Altamusica - Néron à la folie
- 21 septembre 2006
"Avec un Retour d’Ulysse
presque parfait, Philippe Arlaud avait mis la barre très haut
pour cet ultime volet de sa trilogie monteverdienne
présentée au Bâtiment des Forces Motrices qui,
presque inévitablement, déçoit. Non que le
metteur en scène français ne tire le fil de
Poppée avec intelligence, mais son inventivité
curieusement bridée – le livret de Busenello est bien plus
foisonnant que celui de Badoaro – le révèle plus habile
que fulgurant, et surtout plus anecdotique qu’essentiel, alors
même qu’il tend à négliger cette galaxie de
personnages secondaires qui fait la saveur si singulière du
théâtre vénitien, et qu’il croquait avec tant de
malice dans le précédent opus, jusqu’à ne plus
trop savoir quoi faire d’Amour, improbable Charlot. Concentrée
sur la folie destructrice de Néron, tyran puéril et
capricieux, adepte de la masturbation par téléphone,
à la fois poète et chorégraphe, ivre de sexe et
de sang – non content de neutraliser Sénèque, il
tranchera la gorge de Lucain avant de faire exécuter Drusilla,
Othon, Arnalta, et d’anticiper, dans un duo final au ralenti, la fin
sordide de Poppée –, la vision de Philippe Arlaud se perd dans
un espace qu’il ne maîtrise pas avec la même
virtuosité que dans Ulysse, comme coincé entre la
vastitude d’un palais écarlate ultramoderne et la chambre des
amants, dont les tonalités exaltent le
désir.
Et pourtant, cette
Poppée, dont les incessants ballets de techniciens de surface
nus sous leur salopette sapent cette esthétique baroque de la
rupture parfaitement consacrée par le livret de Busenello,
n’est jamais torride, sinon sur le tard, lorsque les amants
perruqués de rose célèbrent leur union sur un
monceau de cadavres. Mais le triomphe de l’Amour est de courte
durée, qui s’efface devant la folie singulière d’un
empereur sadique, homicide et exhibitionniste.
Contraint de multiplier les
ritournelles, Attilio Cremonesi trouve toujours le ton juste,
à la tête d’un Ensemble baroque du Grand
théâtre de Genève encore en période de
rodage. Débordante d’invention, sa réalisation de la
partition fait preuve d’une constante originalité, bousculant
les habitudes musicologiques avec une insolente liberté : les
familiers pressent littéralement Sénèque de ne
pas mourir, plutôt que de chanter une oraison funèbre,
et l’avant dernier duo de Poppée et Néron distille plus
de venin que d’abandon.
Malheureusement, la Nutrice
bien fade de Sulie Girardi, sans grave ni abattage dans un rôle
le plus souvent confié à un contre-ténor, la
Damigella ni gracieuse ni pétulante de Valérie
MacCarthy, l’Amore et le Valletto insipide de Cristina Presutti et la
Drusilla plus gourde que de raison d’une Whal-Ran Seo approximative
n’arrivent pas à la cheville de l’ensemble de seconds
rôles imbattables du Retour d’Ulysse. Mais Emiliano Gonzalez
Toro est un Lucain d’exception, et Jean-Paul Fouchécourt une
irrésistible Arnalta, bien qu’incapable, avec son art de la
voix mixte désormais terni, de suspendre la berceuse sur son
fil hypnotique. Souple et sonore, Carlo Lepore est un formidable
Sénèque, face à l’Octavie glaçante de
Marie-Claude Chappuis, qui triomphe davantage par son sens aigu du
recitar cantando que par une ampleur limitée et des couleurs
forcées, à l’instar de Christophe Dumaux, obligé
de pousser sa voix jusqu’à la trémulation pour composer
un Othon inhabituellement véhément et vindicatif. Avec
son timbre un rien nasal, Kobie van Rensburg est un Néron
ténor d’une idéale perversité, usant
pertinemment d’un art de la voix mixte qui a pu, ailleurs, passer
pour de la préciosité. Plastique dangereuse, voix
anguleuse, Maya Boog est une Poppée à la
sensualité toujours venimeuse, ultime victime de la
démesure d’un amant diabolique."
- Res Musica - 15 septembre 2009 - Sex and
the City chez Néron
"Après sa
décevante mise en scène d’Il ritorno d’Ulisse in Patria
de Monteverdi clôturant la saison 2005/2006 du Grand
Théâtre de Genève, Philippe Arlaud signe le
spectacle d’ouverture de la saison 2006/2007 avec, cette fois,
l’Incoronazione di Poppea. C’est dire la circonspection
légitime avec laquelle on aborde cette soirée. Les
sceptiques en seront pour leurs frais. Le spectacle du metteur en
scène est une réussite totale. Homme de
théâtre, Philippe Arlaud est manifestement plus à
l’aise dans cet opéra à caractère historique que
dans des œuvres impressionnistes. Choisissant de raconter la relation
entre Néron et Poppée sous l’aspect d’une aventure
sexuelle dérivant vers la folie de l’empereur romain, Philippe
Arlaud manie le scandale avec intelligence et à propos. Il
raconte l’œuvre de Monteverdi comme une fable amorale dont aucun
protagoniste ne sortira grandi. Usant à profusion de la
plastique avantageuse de la soprano zurichoise Maya Boog
(Poppée), il n’a aucune peine à porter le ténor
Kobie van Rensburg (Néron) dans le jeu de la séduction.
Dans un captivant jeu de couleurs, le rouge dominant des
scènes s’oppose aux costumes blancs de pureté du sage
Sénèque et de ses disciples et au vert de la robe
d’Octavie, couleur de son espoir de sauver son mariage.
Dans une chambre
découpée dans un mur laqué de rouge,
Néron et Poppée se livrent aux jeux de l’amour et du
sexe. Prélude à la lente marche de la courtisane
Poppée vers le pouvoir et de l’inexorable descente d’Octavie
vers la répudiation. Les nes carrées
crénelées bordant un large espace sans meubles et
s’ouvrant sur une monumentale baie vitrée laissant
apparaître un paysage de gratte-ciels semble être
l’incongruité du décor. On comprendra que le
décalage entre les costumes romains et la
contemporanéité du décor veut plonger le
spectateur dans un univers de travestissements propre à la
folie naissante de ce Néron moderne vivant dans une
société déliquescente. Sex and the City !
Dans cette approche de la
société actuelle et de ses excès, les
personnages gravitant autour des deux principaux protagonistes sont
admirablement dépeints. À commencer par les gardiens de
la foi, Sénèque et ses disciples, tous de blanc
vêtus et charriant les innombrables livres de ses enseignements
à la suite de leur Maître. La basse Carlo Lepore
(Sénèque) est impressionnante de verticalité. Le
chant admirablement timbré, la diction parfaite, il domine le
plateau vocal avec un talent insolent. À ses
côtés, la soprano Maya Boog (Poppée) se coule
admirablement dans le rôle de l’intrigante, jouant de ses
charmes pour gagner sa place dans la société.
Admirablement provocante, jamais pourtant elle ne tombe dans la
caricature, restant dans la beauté d’un timbre vocal bien
conduit. Parfaitement noyé dans le style monteverdien, le
ténor Kobie van Rensburg (Néron) vocalise avec une
aisance déconcertante. La voix puissante, il peut alors se
fondre sans peine apparente dans un jeu théâtral qu’il
varie avec sensibilité. De son côté, la mezzo
suisse Marie-Claude Chappuis (Octavie) semble plus à l’aise
que dans sa précédente prestation (Il Ritorno d’Ulisse
in Patria) même si elle ne convainc pas totalement. Encore
empruntée dans son chant, elle joue plus qu’elle ne chante.
Exagérant sa vocalité, elle tend vers une
interprétation presque vériste d’un rôle qu’elle
durcit inutilement. Si le manque de puissance et le voile couvrant la
voix du contre-ténor Christophe Dumaux (Othon) tranche avec la
brillance des autres protagonistes, il semble se confiner à
l’intérieur d’un personnage étranger à
l’intrigue telle qu’imaginée par le metteur en scène.
À l’opposé, formidable actrice, doublée d’une
aisance vocale étonnante, la soprano Amel Brahim-Djelloul
(Valet) inonde le plateau d’une fraîcheur irradiante.
L’éblouissante distribution réunie sur le plateau
genevois s’offre même le luxe de la soprano Martina Jankova
(Drusilla), l’impeccable Renarde dans la Petite Renarde Rusée.
Laissant exprimer la beauté d’une voix qu’elle pare de
velours, la soprano tchèque est ravissante de lyrisme dans un
personnage qu’elle habite de beauté diaphane. L’inoubliable
interprète de Platée, le ténor Jean-Paul
Fouchecourt (Arnalta) campe le difficile personnage de la nourrice de
Poppée. Empoignant son personnage avec humour, le ténor
ne tombe pourtant pas dans le grotesque facile qu’on peut donner
à un rôle de travesti.
Dans la fosse, le chef Attilio
Cremonesi couronne le succès de cette production en dirigeant
avec finesse et attention un très bon Ensemble baroque du
Grand Théâtre de Genève."
- Forum Opéra - Le couronnement de Poppers
- 8 septembre 2006
"Brillante ouverture pour la
saison 2006-2007 à Genève, avec une version du
Couronnement de Poppée qui a remporté un vif
succès auprès du public de la première, tous
interprètes confondus. Dès le prologue, le ton est
donné : la présence d’un poste
téléphonique mural et d’un micro sur pied ainsi que les
costumes datent la transposition. C’est le vingtième
siècle qui servira de cadre temporel à la
résolution du débat dont l’amour est censé
sortir vainqueur. Mais les références au cinéma
et au music hall, arts de l’apparence et de
l’éphémère, sont autant de clefs : l’Amour
lui-même se fait des illusions, quand la Vertu est
réduite à faire des ménages et la Fortune
soumise aux caprices de la vogue. Dès lors l’entreprise de
démystification est en marche, avec une cohérence sans
faille, jusqu’à la scène finale, qui n’est plus
l’acmé d’un orgasme sublime mais la préfiguration d’un
enfer sado-masochiste fatalement destiné à mal
finir.
Néron, dans une tenue
de noces qui pourrait appartenir à Zaza Napoli, force
Poppée à quitter sa robe d’apparat pour l’exhiber en
sous-vêtements affriolants type Madonna et lui impose une veste
de coupe masculine. Alors il s’offre à elle en spectacle
tandis qu’ayant relevé sa longue jupe fendue il tend sa croupe
aux tribuns venus rendre hommage. La réaction de Poppée
déchaîne la colère de Néron, qui se rue
sur elle et la roue de coups de poings et coups de pieds, en musique
naturellement. Elle gît, disloquée, tandis qu’il
s’éloigne dans les profondeurs du palais. Auparavant,
Néron est venu contempler le cadavre de Sénèque,
hommage flirtant avec la profanation, Othon et Drusilla ont
été supprimés alors même que Néron
venait de leur accorder son pardon et de consentir à leur
exil, et l’encombrant témoin des amours impériales,
l’entremetteuse Arnalta, a cessé de vivre au fond d’une malle.
Celui que Poppée croyait dominer par les sens se
révèle ainsi scène après scène
conforme à sa légende noire. Délivré des
dernières contraintes, il peut désormais s’abandonner
à ses obsessions.
Cette vision est-elle
provocante ? Sa logique interdit de le penser ; le metteur en
scène a seulement nourri le livret de ce qui, encore non
avenu, peut enrichir les situations et leur donner une force
immédiatement perceptible pour nous. Si son entreprise est
réussie, c’est qu’il a trouvé dans les
interprètes et le chef des partenaires ayant joué le
jeu à fond, sans restrictions.
Bravant l’inconfort de
certaines postures aux limites de la décence mais
justifiées par le contexte sans que le texte soit
forcé, Maya Boog et Kobie Van Rensburg incarnent Poppée
et Néron avec une conviction digne des plus grands
éloges. Elle est dépourvue de la douceur insinuante de
certaines consoeurs, mais rend quasiment palpables la
frénésie et l’avidité de l’ambitieuse. Avec un
ténor chantant à l’octave le rôle de
Néron, on perd en harmoniques, mais la scène finale
prend une force inconcevable autrement.
Superbe prise de rôle
pour Carlo Lepore, dont la voix profonde et agile a fait grande
impression dans le rôle de Sénèque. Marie-Claude
Chappuis confirme ses qualités dans une Ottavia qui semble la
frustration incarnée. Christophe Dumaux est un Ottone sans
mièvrerie, à la voix homogène et fermement
projetée. Martina Jankova, Fortune acerbe au prologue, devient
ensuite une Drusilla émouvante de fraîcheur et à
la douleur poignante. La Demoiselle de Valérie MacCarthy est
pétulante à souhait, comme la Nourrice de Sulie Girardi
a la rondeur et l’autorité nécessaires. Emiliano
Gonzalez Toro se joue désormais du rôle de Lucain, et
Luigi di Donato est un Mercure élégant. Les soldats,
Hans-Jürg Rickenbacher et Bisser Terziyski, semblent sortis d’un
polar satirique de série B.
Deux mentions spéciales
: Jean-Paul Fouchécourt a souvent interprété
Arnalta ; il réussit à préserver son incarnation
de la routine, aidé par deux costumes qui en font d’abord une
sœur des Vamps, puis un clone de Nadine de Rotschild qui aurait
oublié ses conseils vestimentaires. La voix frappe par sa
fraîcheur intacte. Amel Brahim-Djelloul, quant à elle,
séduit d’emblée : Amour joli comme un cœur sous
l’apparence de Charlot, à peine modifiée pour devenir
Valletto, elle ravit par le charme d’un timbre très pur, la
musicalité de l’accent, et la désinvolture
scénique.
Attilio Cremonesi, à la
tête des musiciens rassemblés dans l’Ensemble baroque du
Grand Théâtre de Genève, seconde le plateau
depuis le clavecin chromatique placé au centre de la fosse. Le
rythme de swing qu’il imprime à l’orchestre tandis que
Néron se déhanche, les intermèdes
destinés à servir de lien et de support pour les
chorégraphies rythmant le travail des « esclaves »
préposés aussi bien au nettoyage qu’aux services
sexuels, le choix des instruments affectés au continuo
témoignent de son souci de réaliser une synthèse
des exigences musicologiques et des contingences du spectacle. Les
interminables applaudissements recueillis au rideau final devraient
le rassurer."
- Munich -
Prinzregententheater - Opern-Festspiele - 14 juillet
2006 - dir. Ivor Bolton - mise en scène David Alden -
décors Paul Steinberg - costumes Buki Shiff -
lumières Pat Collins - avec Hannah Esther Minutillo
(Fortuna), Chen Reiss (Virtu, Damigella), Margarita De Arellano,
Daniela Sindram, Aga Mikolaj (Drusilla), Solistes du Tölzer
Knabenchor, Axel Köhler (Ottone), Guy de Mey
(Soldato/Lucano/Tribuno), Kenneth Roberson, Jacek Laszczkowski
(Nerone), Dominique Visse (Arnalta), Kurt Moll (Seneca), Christian
Baumgärtel, (Valletto), Christian Rieger, Gerhard Auer
(Mercurio, Littore), Rüdiger Trebes
- Buxton - Opera
House - Buxton Festival
Opera - 12, 18, 21 juillet 2006 - en anglais - Opera Theatre
Company - dir. Christian Curnyn - mise en scène Annilese
Miskimmon - décors Nicky Shaw - lumières Simon
Corder - avec Allison Cook (Poppea), Stephen Wallace (Nerone),
Doreen Curran (Ottavia), Alan Ewing (Seneca), William Towers
(Ottone), Neil Jenkins (Arnalta), Ed Lyon (Lucano), Sinead
Campbell (Drusilla), Owen Gilhooly (Mercurio), Anna Devin
(Damigella), Rebekah Coffey (Cupid)
- Denver - Central City
Opera - 8, 12, 14, 16, 18,
20, 22, 29 juillet, 2, 4 août 2006 - dir. Nicholas Kraemer -
mise en scène Ken Cazan - décors Peter Harrison -
costumes Alice Bristow - avec Christine Brandes (Poppea), Phyllis
Pancella (Nerone), Marcia Ragonetti (Ottavia), David Walker
(Ottone), Nicolle Foland (Drusilla), David Korn (Amore), Jason
Abrams (Arnalta), Kevin Langan (Seneca), Timothy LeFebvre
(Mercurio) - nouvelle production
- Théâtre
du Châtelet - 27, 30
juin 2006 - en version de concert - Les Musiciens du Louvre - dir.
Marc Minkowski - avec Jessye Norman (Didon), Erin Wall (Belinda),
Gillian Webster (Deuxième Dame), Felicity Palmer
(Magicienne), Emmanuelle Goizé (Première
Socière), Salomé Haller (Seconde Sorcière),
Philippe Jaroussky (un Esprit), Russell Braun (Enée), Barry
Banks (un Marin)
- La Corogne - Palacio de la
Ópera - Festival Mozart - 18, 20 mai 2006 -
Orquesta Sinfónica de Galicia - dir. Alberto Zedda - mise
en scène Ariel García Valdés - décors,
costumes, lumières Jean Pierre Vergier - avec Marianna
Pizzolato (Poppea), Agustín Prunell-Friend (Nerone),
Cecilia Diaz (Ottavia), José María Lo Monaco
(Ottone), Stefano Palatchi (Seneca), Alessandra Marianelli
(Drusilla), Clara Mouriz (Fortuna/Pallade/Venere), Olatz Saitua
(Virtù/Damigella/Seconde amore), Sabina Willeit
(Amore/Valletto), Chiara Chialli (Arnalta), Filippo Adami (Lucano
/ Famigliare di Seneca / Primo soldato / Secondo tribuno), Julio
Morales (Liberto/ Secondo soldato/ Primo tribuno), Ugo Guagliardo
(Mercurio/ Primo console/ Littore), Borja Quiza (Secondo console/
Famigliare di Seneca) - production du Teatro de la Zarzuela,
Madrid (1999)

- Buenos Aires Lirica
- 12, 14, 18, 20 mai 2006 - dir. Juan Manuel Quintana -
mise en scène Rita De Letteriis


- Opéra de
Houston - 29 avril, 3, 5,
7, 12 mai 2006 - dir. William Lacey - mise en scène Graham
Vick - décors, costumes Peter Brown - avec Susan Graham
(Poppea), William Burden (Nero), Frederica von Stade (Ottavia),
Nathan Gunn (Ottone), Raymond Aceto (Seneca), Heidi Stober
(Drusilla), Norman Reinhardt (Lucano), Joseph Evans (Arnalta) -
Production de Teatro Comunale, Bologna

- Opéra Magazine - juillet/août
2006 - 12 mai 2006
"L'Opéra de Houston est
la première scène américaine à pouvoir
admirer la mise en scène suggestive de Graham Vick, dans les
remarquables décors et costumes d’époque fasciste de
Paul Brown. Tous les spectateurs ne sont pas restés jusqu’au
bout mais ceux qui l’ont fait ont réservé un accueil
triomphal à l’ensemble, et plus particulièrement aux
titulaires des rôles principaux.
Près de trente ans
après sa Penelope dans Il ritorno d’Ulisse in patria au
Festival de Glyndebourne et au New York City Opera, Frederica von
Stade aborde Ottavia avec une classe infinie, un style
immaculé et une rare finesse de touche dans les effets
dramatiques. La voix n’est plus celle du mémorable Cherubino
que nous avons connu dans les années 1970, mais elle sonne
encore suffisamment riche et sonore. Son adieu à Rome
était absolument bouleversant. Susan Graham, qui lui a
succédé dans quelques-uns de ses meilleurs emplois,
apporte à Poppea la beauté de son timbre et la
séduction de son phrasé, réussissant même
à triompher d’une coiffure peu seyante. On espère que
cette prise de rôle ne reste pas sans lendemain... Incisif et
plein d’assurance, William Burden négocie avec aplomb les
écueils de Nerone. Depuis ÉricTappy, nous n’avions pas
entendu un ténor aussi à l’aise dans cette tessiture.
Scéniquement, il est parfaitement crédible en tyran
gâté et sans scrupule, gouvernant avec le plus profond
mépris du Sénat et du peuple, et recourant au
népotisme, à la menace et au mensonge. Il porte tout
aussi admirablement la robe rouge digne de La Cage aux folles dont
Paul Brown l’affuble pour son duo avec Lucano (l’admirable Norman
Reinhardt).
La suppression du prologue met
particulièrement en valeur le personnage d’Ottone, que Vick
voit comme l’oeil du spectateur sur le déroulement de
l’action. De bout en bout superbe, Nathan Gunn se distingue par
l’intensité de son chant, son sens de la dynamique et sa
musicalité infaillible. Vocalement excellent (malgré un
extrême grave un peu faible), Raymond Aceto manque de relief
dramatique en Seneca. Joseph Evans s’est transformé en un
percutant ténor de caractère, qui fait merveille en
Arnalta. Heidi Stober est une Drusilla sympathique et bien chantante,
les membres du Studio de l’Opéra de Houston complétant
avec efficacité le plateau. A la tête d’instruments
modernes en formation réduite, complétés par
deux harpes, deux théorbes, une guitare baroque et une viole
de gambe, William Lacey dirige l’édition d’Alan Curtis. On
admire la finesse des sonorités et la manière dont les
instruments ne font jamais obstacle à la projection du
texte."
- Toulouse -
Théâtre du Capitole
- 7, 9, 11, 14, 16 avril 2006 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset - mise en scène Nicolas Joël -
décors Ezio Frigerio - costumes Franca Squarciapino -
lumières Vinicio Cheli - avec Giorgia Milanesi
(Fortuna/Valetto), Raffaella Milanesi (Virtu, Damigella, Pallade),
Khatouna Gadelia (Amore), Max Emanuel Cencic (Ottone), Emiliano
Gonzalez-Toro (Soldato, Lucano, Familiare, Tribuno),
Anne-Catherine Gillet (Poppea), Sophie Koch (Nerone), Gilles Ragon
(Arnalta), Catherine Malfitano (Ottavia), Anders J. Dahlin
(Nutrice, Familiare), Giorgio Giuseppini (Seneca), Sabina
Puertolas (Drusilla), Ivan Ludlow (Mercurio, Consul, Littore),
Alfredo Poesina (Liberto, Soldato, Tribuno), Laurent Labarbe
(Familiare, Consul) - nouvelle production




- Webthea - Le Journal des Spectacles - 11
avril 2006 - Le couronnement d’Anne-Catherine
"Rome est toujours dans Rome
et à deux millénaires de distance les tyrans continuent
de régner selon leur bon plaisir. A Toulouse, Nicolas
Joël a transposé Le Couronnement de Poppée de
Monteverdi de la Rome de Néron à celle de Mussolini et
ce voyage dans le temps lui va comme un gant. Il est vrai que
l’ultime chef d’œuvre de l’inventeur de l’opéra se prête
à bien des fantaisies. L’irrésistible ascension sur les
marches du pouvoir de la maîtresse de l’empereur reste bien
l’archétype de l’amoralité absolue en matière
politique. Puisée dans les Annales de Tacite, cette fiction a
pour héros des hommes et des femmes qui ont réellement
existé et raconte des événements inscrits dans
les livres d’histoire : la passion de Néron pour la belle et
ambitieuse patricienne Poppée, la répudiation de
l’impératrice Octavie, le suicide du philosophe
Sénèque ordonné par Néron, le
couronnement de l’usurpatrice, série de coups bas qui,
à travers le philtre musical de Monteverdi et celui du livret
de Busenello, devient le triomphe de l’Amour sur celui de la Vertu.
Le mal l’emporte sur le bien, le païen sur le chrétien et
la chair sur l’esprit autant d’ingrédients sulfureux qui,
depuis la redécouverte du répertoire baroque, a mis en
transes l’imagination des metteurs en scène. Du meilleur au
pire. De la grâce autrefois d’un Jean-Pierre Ponelle
jusqu’à la vulgarité trash de David Mac Vicar ou le
grotesque obscène de David Alden, auteurs de deux productions
vues à Paris lors de la saison dernière.
Emerveillement et soulagement
à Toulouse où l’élégance et l’humour se
disputent les clés de la réalisation de Nicolas
Joël. Il nous emmène donc dans la Rome des années
trente du XXe siècle et Néron y règne tel un
petit roquet fasciste ayant puissance de vie et de mort sur
l’ensemble de ses citoyens et plus particulièrement sur ceux
qui partagent les coulisses de son palais : une rotonde blanche
pivotante, hérissée de statuaires musclées
imaginée par Ezio Frigerio et dans laquelle claquent les
bottes des uniformes blancs et noirs réinventés par
Franca Squarciapino. « Les lois sont faites pour les serviteurs,
seuls les rois ont le pouvoir de les abolir et de les remplacer
» : rien de nouveau sous le soleil des chefs de tout acabit dans
le texte bigrement moderne de Busenello et dont, ici, on savoure
chaque syllabe. « La nature nous fait naître libres - le
mariage fait de nous des esclaves » entend-on encore de la
bouche du petit dictateur pressé de se débarrasser de
son encombrante moitié : cette Octavie qu’il condamnera
à l’exil de sa patrie et de sa raison d’être pour faire
place à une rivale aux lèvres aussi gourmandes que
l’ambition.
Nicolas Joël en a
confié la sensualité dévoreuse à la
soprano Anne-Catherine Gillet qui est si belle et si douée
qu’elle ferait fondre un glacier. Comédienne autant que
chanteuse au legato raffiné et aux aigus qui grimpent aux
cimes sans avoir l’air d’y toucher. Avec en prime une souplesse
d’acrobate qui lui permet de chanter la tête en bas, on pourra
dire que ce couronnement est celui de son entrée dans la cour
des grands du lyrique. Sophie Koch, l’autre pensionnaire
privilégiée du Capitole, mezzo au timbre d’or mat lui
oppose un Néron jeune loup, lascif au lit et sec en politique.
Tout à son plaisir, le couple relègue aux oubliettes
scrupules et nobles sentiments et son duo final - pur ti miro, pur ti
godo, pur ti stringo - porte la passion à un incroyable
degré d’incandescence charnelle.
Catherine Malfitano, toujours
en forme, apporte une noirceur tragique à Octavie,
l’impératrice sacrifiée tandis que le chant
cuivré de la basse Giorgio Giuseppini transforme le
désespoir de Senèque en leçon de dignité.
Ces deux figures mélancoliques contrebalancent et tranchent le
rythme de commedia buffa de cette drôle de farce de sexe et de
pouvoir, avec ses Pierrots et ses clowns blancs, Ottone (le
contre-ténor Max Emmanuel Cenci), Arnalta (Gilles Ragon),
Nutrice (Anders Dahlin) et sa Colombine de service, la Drusilla si
joliment campée par Sabina Puertolas.
Christophe Rousset et sa
quinzaine de Talens Lyriques, grands routiers du répertoire
baroque, enlèvent ce petit bijou avec tout l’à propos
que requiert sa sensualité et sa très grave
légèreté. Un bonheur à ne pas
manquer."
- Res Musica - 12 avril 2006 - Poppea
Lolita, ou Anne-Catherine Gillet met Néron dans tous ses
états
"Pouvoir, argent, sexe,
meurtre, passion, envie, vengeance… le Couronnement de Poppée,
c’est Dallas ! Mais en bien mieux, en plus fort, plus palpitant, plus
troublant, par la force du texte remarquable, poétique, cru,
tendre et violent, de Busenello, qui fait de tous ces affreux sans
scrupule - et il n’y en pas un pour sauver un semblant de
moralité - des amants fous de passion. Et si vous trouvez que
la fin, l’heureux mariage du monstre ivre de pouvoir et de la
séductrice arriviste, est un happy end, c’est que vous
êtes au moins aussi dépravés que Néron
lui-même !
Nicolas Joël a
décidé de situer la pièce dans l’Italie de
Mussolini, époque qui selon lui présente le plus
d’analogie avec celle de la dictature romaine. On pouvait craindre le
pire, des allusions appuyées au fascisme, il n’en est
heureusement rien, le metteur en scène ne voyant « dans
cette allégorie aucun autre message politique que celui qui
est dans l’œuvre elle-même et qui est déjà
suffisamment explicite et puissant ». Aussi, l’action se
déroule dans une salle de palais évoquant
irrésistiblement l’architecture de l’EUR (ndlr : Exposition
Universelle de Rome, quartier de Rome créé par
Mussolini en 1936) de Piacentini, décorée de statues
d’athlètes hypertrophiés venues tout droit du Stadio
dei Marmi du Foro Italico (ndlr : ex Foro Mussolini, immense complexe
sportif dont la construction a débuté dans les
années 20), mais à la musculature
exagérée jusqu’à l’absurde, aux trapèzes
et deltoïdes qui mettraient des complexes à
Schwarzenegger lui-même. Cela ne manque pas d’à propos,
alors qu’à lieu au Grand Palais une exposition très
controversée sur l’art italien du XXe siècle qui semble
faire l’impasse sur les soubresauts fascistes, et le jour même
où débutent les élections législatives
italiennes.
Dans ce décor
esthétique et décadent, plein d’une fausse grandeur,
parodie d’antique démesurée et de virilité
outrancière et triomphante, une Poppée, fausse Jean
Harlow, magnifique petite fille perverse, se joue d’un Néron
prince-enfant, allumé de vices et d’érotisme. Deux
enfants-rois n’écoutant que leurs caprices de l’instant, dans
un univers où les faibles adultes ne savent plus
qu’obéir servilement ou clamer de creuses maximes, comme le
pompeux Sénèque. Seule Octavie, véritable veuve
noire, paraît capable d’affronter la folie de l’empereur ;
mais, terrible et menaçante, elle n’est au fond guère
plus sympathique et inquiète même davantage.
Combien y a-t-il
d’Anne-Catherine Gillet en Anne-Catherine Gillet ? On l’avait
découverte Despina rusée et malicieuse, on la
retrouvait Zdenka amoureuse éperdue, la voici à
présent Poppea Lolita, sexy et pervertie. Hier soubrette,
aujourd’hui fillette fatale, toujours convaincante, avec une
fraîcheur qui rend son personnage d’autant plus troublant que
l’on se sent touché par sa jeunesse et son entrain
irrésistibles, qui feraient presque oublier sa cruauté.
Et la voix se découvre à chaque fois plus pleine ;
piquante toujours, mais d’une égalité et d’un charme
sans cesse accrus. Face à elle, Sophie Koch, moins
exaltée qu’à l’habitude, est un Néron plein de
morgue et très bien chantant, avec un timbre toujours aussi
chaleureux. On l’a dit, Catherine Malfitano - hier une Poppée
- a tout de l’araignée tissant sa toile. Peu importe que la
voix soit aujourd’hui bien instable et fatiguée, elle est
réellement impériale par sa retenue, la majesté
du port et sa force dramatique. Et pourtant, Octavie ne vaut
guère mieux, ici, que son détraqué de mari. Mais
cette conviction de reine outragée lui donne un pouvoir
émotionnel qui dépasse la cruauté du personnage.
Il y a en elle de la Didon abandonnée.
La voix de Max-Emanuel Cencic
est remarquable par l’homogénéité d’un timbre
rare, la qualité du chant, plus que par un dramatisme
très mesuré. Son Ottone faible et touchant forme avec
sa Drusilla, elle aussi réservée, un couple d’amants un
peu pâles, faibles jouets des puissants, gentils
égarés dans un monde de méchants d’une tout
autre carrure. Dans son ensemble, la distribution est d’ailleurs
d’une grande qualité, avec une mention spéciale pour
les deux nourrices également réjouissantes de Gilles
Ragon - irrésistible ! - et Anders Dahlin.
Avec un orchestre
réduit à sa plus simple expression - deux violons,
quelques bois mais un continuo varié et fourni - Christophe
Rousset se met totalement au service des voix et de l’action. Pas un
temps mort, mais pas de précipitation ou d’exagération
dramatique non plus ; partout l’impression d’une grande
évidence, d’un naturel de l’action. Il faut également
souligner la qualité de la préparation stylistique,
chaque chanteur semblant s’exprimer - par-delà les
différences de moyens vocaux - comme si le chant baroque lui
était familier.
Nicolas oël a su
parfaitement traduire et intégrer les facettes multiples de
l’action dans un spectacle plein d’idées, d’humour et de
tension - sans doute l’une de ses meilleures mises en scène.
Comique et tragique ne sont pas juxtaposés mais
profondément imbriqués, l’un donnant naissance à
l’autre. L’importance accordée aux deux nourrices n’est pas
innocente ; en moquant les autres personnages, en détournant
les situations, elles créent, non pas de la drôlerie,
mais un malaise constant. Car leur ironie participe de la
cruauté du livret, leur bon sens aigre et malicieux n’exprime
que l’absurdité de la vie ordinaire. Monteverdi, avec une
économie de moyens remarquable, nous donne une immense
leçon de théâtre et de vie, qui a séduit
sans doute même les plus réfractaires au baroque. Car il
faut dire, enfin, l’accueil enthousiaste que le public a
réservé à l’œuvre, ce qui prouve que,
contrairement à ce qu’on peut parfois entendre, les
Toulousains ne s’intéressent pas qu’à Traviata ou
Carmen."
"Public en fête ce 14
avril à Toulouse au terme de cette représentation de
L’Incoronazione di Poppea saluée par de très longs
applaudissements ponctués d’ovations. Succès amplement
mérité pour cette nouvelle production du Capitole : la
phalange réunie par Christophe Rousset a fait merveille et la
mise en scène a dissipé les réticences a priori
liées aux repères historiques choisis. Les quatorze
musiciens techniquement impeccables allient rondeur, éclat et
soyeux à une méticuleuse précision ; Christophe
Rousset maîtrise parfaitement l’œuvre et en donne aujourd’hui
la version la plus aboutie parce que la plus
équilibrée, supérieure à celle
d’Amsterdam pourtant déjà très belle. Dynamisme
et lyrisme s’enchaînent comme naturellement, sans jamais donner
l’impression de contraindre la musique à une conception
dogmatique, c’est une grande réussite.
Cherchant à
éviter le peplum, Nicolas Joel a pensé que le fascisme
mussolinien serait un équivalent pertinent au régime
impérial néronien. Son collaborateur Ezio Frigerio a
donc conçu un décor pivotant inspiré du Palais
des Civilisations édifié à Rome vers 1938 , qui,
lui-même relecture de l’architecture antique, en conserve les
péristyles bordés d’arcades et les statues de
géants musculeux. Selon l’orientation et l’ampleur de son
ouverture cet espace varie au gré des éclairages ou des
accessoires et devient alors une antichambre, un salon, voire un
cachot.
Le prologue est censé
indiquer la morale de l’histoire : l’amour est chez les hommes une
passion si forte que rien ne peut lui résister. La Fortune
apparaît dans la loge d’avant-scène à jardin sous
les traits d’une jeune et belle mondaine dont l’arrogance et la riche
parure contrastent avec la mise et le maintien modestes de la Vertu,
présente dans la loge symétrique à cour. C’est
un des charmes du spectacle que les rôles soient
distribués aux sœurs Milanesi, dont la gémellité
enrichit encore l’effet de miroir et purge la scène de la
fadeur des oppositions rhétoriques ; d’autant que le
soupçon d’acidité dans l’aigu qui entachait leurs
précédentes collaborations avec Rousset semble avoir
heureusement disparu et seul reste le charme de timbres
fruités et de voix souples.Au deuxième acte, le
Valletto de Giorgia est une composition particulièrement
réussie d’adolescent faussement désinvolte qui
préfigure Chérubin. Emergeant du rideau de
scène, L’Amour piquant de Kathouna Gadelia a le visage encore
poupin qui s’impose pour cette incarnation.
Dans le jour naissant,
l’arrivée d’Ottone près de la demeure de Poppea est
celle d’un personnage dépourvu de la force et du prestige qui
pourraient fasciner et retenir Poppea . Max Emanuel Cencic
interprète ce rôle avec justesse, en donnant à
voir sa faiblesse et jusqu’à sa veulerie, et le chante sans
faiblir d’une voix remarquable d’homogénéité et
de clarté. Les soldats qui montent la garde au pied du
péristyle surélevé sont les premiers à
souligner la dangerosité d’un régime où le
pouvoir despotique menace quiconque s’aviserait de dire la
vérité. Emiliano Gonzalez Toro est l’un d’eux, comme il
sera plus tard un des familiers de Sénèque et le
poète Lucain. Il fait un numéro à la Mayol dans
son duo avec Néron ; au fil des années il a acquis une
désinvolture scénique aujourd’hui totale, et au fil de
la représentation se libère de l’engorgement initial.
Sénèque a l’autorité, la componction et l’aspect
rassis qu’on attend d’un philosophe officiel. Giorgio Giuseppini
prête de beaux accents à ce personnage que le livret ne
ménage pas. La scène où il prend congé de
ses amis est magnifiquement traitée, musicalement et
vocalement, et prend un relief saisissant. Drusilla est une jeune
fille à la mode, qui a les passe-temps de ses contemporaines
privilégiées – elle joue au tennis – sans avoir pour
autant renoncé à la profondeur des sentiments ; elle le
prouvera en gardant le silence sous la torture pour ne pas incriminer
Ottone. Comédienne efficace, Sabina Puertolas lui prête
une voix ductile et séduisante.
L’impératrice
bafouée a le sentiment de son rang ; toujours flanquée
de deux serviteurs vêtus de noir, à l’ancienne, avec
fraise et pourpoint, elle porte elle-même du noir, semé
de jais comme les parures de deuil, solennité vaguement
déplacée, protestation vaine de celle qui se cramponne
à son titre et à son statut. Cet appareil la discrédite
déjà : c’est au passé des unions de convenance
qu’elle appartient. Faut-il voir de la perversité dans
l’attribution de ce rôle à la Malfitano ? Poppea voici
quelques lustres, elle est une Ottavia dont l’inadéquation
stylistique demande au continuo des trésors de vigilance, mais
ce choix paradoxal finit par servir la mise en scène et
prendre une pertinence indiscutable tant il justifie
l’éviction du personnage qui déjà vocalement
n’est plus à sa place.
Auprès d’elle une
nourrice-dame de compagnie qui d’un acte à l’autre passe des
cannes anglaises au fauteuil roulant ; sa décrépitude
va de pair avec l’affaiblissement de la position de sa
maîtresse. Comme Arnalta elle arbore ces tenues ternes et
sombres qui sont l’uniforme de la respectabilité chez les
duègnes. Mais son couplet sur la condition féminine
révèle plus d’amertume que de résignation.
Anders Dahlin compose une savoureuse silhouette de vertu
desséchée et son chant révèle une
souplesse remarquable. Gilles Ragon,
naguère brillant Matteo sur cette même scène,
semble s’amuser comme un fou à composer cette fausse prude qui
lorsqu’elle est seule soupire devant les croupes des statues. Son
Arnalta a un relief scénique et vocal qui n’a rien à
envier à d’autres fameuses. Elle aussi évolue
parallèlement à sa maîtresse et la montée
en gloire de Poppea verra sa dévouée entremetteuse en
matrone épanouie et impudente.
Participant chacune pour la
troisième fois à la saison actuelle, Sophie Koch et
Anne-Catherine Gillet étaient respectivement Dorabella et
Despina dans le succulent Cosi de janvier dernier. En les
réunissant dans le couple Néron-Poppea Nicolas Joel
pariait sur une alchimie nécessaire pour que l’œuvre
fonctionne jusqu’au sublime duo final. Pari gagné ! Dès
leur première scène, dans la banalité des
accessoires matériels, le seau à champagne, la table
basse, le canapé, les dessous de satin et la vulgarité
de cette lumière rouge (qui est peut-être un
ingrédient nécessaire à la libido de
Néron) on perçoit comme physiquement une
atmosphère d’érotisme moite qui est bien la
caractéristique essentielle –et peut-être la seule- de
l’attirance de Néron pour Poppée. Il nous est
arrivé de regretter dans les mises en scène de Nicolas
Joël un déficit de sensualité – dans sa Carmen par
exemple - pour ne pas applaudir sans réserve le climat
créé ici, avec évidemment le concours des deux
interprètes.
Anne-Catherine Gillet, dans sa
lingerie de magazine spécialisé, dévoile une
plastique des plus séduisantes dans des corps à corps
où la souplesse physique des chanteuses leur permet d’onduler
en des reptations qui épousent les circonvolutions et les
alanguissements de la musique, créant ainsi un spectacle total
où l’œil et l’oreille sont simultanément
comblés. Elle semble chanter comme on respire et alterne
exaltation et langueur en un composé savant au goût de
traité amoureux. Outre l’élégance avec
laquelle elle porte le travesti, Sophie Koch
donne au personnage la juvénilité qui fait de lui la
proie idéale pour les flatteurs et le pousse à vouloir
affirmer son autorité contre ses mentors. Un peu en retrait
sur le plan de la virtuosité, elle chante avec une fougue
convaincante et son timbre diapré fait le
reste.
La direction d’acteurs
souligne efficacement la manipulation à laquelle Poppea se
livre sur Néron, et le décalage entre leurs
désirs, celui de Néron pour le corps de Poppea et celui
de Poppea pour le titre d’impératrice. La dernière
scène est à cet égard d’une beauté et
d’une richesse confondantes. Alors que l’on devrait assister au
triomphe de Poppea devant l’assistance réunie pour
célébrer son couronnement, les dignitaires sont sortis
après avoir fait acte de présence, et sur le plateau nu
, à cour et à jardin, Poppea et Néron se
regardent , séparés par l’espace, et commence le duo
« Pur ti miro ». Cet espace entre eux révèle
brusquement l’évidence : que leur reste-t-il à
désirer ? Il a éliminé les obstacles qui
s’opposaient à son mariage avec Poppea, elle a atteint
l’objectif qu’elle poursuivait. Devant eux, le vide. Est-ce pour le
conjurer qu’ils s’approchent lentement l’un de l’autre et semblent
hésiter à s’étreindre ? Est- cela, le triomphe
de l’amour ? Sur ce mystère plane l’envoûtante
cantilène où les voix s’unissent tandis que les corps
sont lointains, voix qui se tairont quand les corps seront proches.
Une simplicité grandiose.
Quand nous aurons dit d’un mot
la beauté des costumes féminins, on comprendra que, si
la perfection n’est pas de ce monde, on n’en était pas
très loin à Toulouse avec ce Monteverdi. Le
succès de la location a montré, ici comme ailleurs,
l’existence d’un public assez nombreux pour inscrire les
opéras baroques au répertoire du Capitole. Gageons que
le spectacle sera repris et qu’il aura des
successeurs."
"Est-ce parce que son
amoralité et son cynisme parlent plus que jamais, quatre
siècles après sa création, à notre temps?
Toujours est-il que « L'Incoronazione di Poppea », l'ultime
opéra de Claudio Monteverdi - sur un livret shakespearien de
Francesco Busenello - est un des ouvrages lyriques les plus en vogue
ces derniers temps. En un an, on y aura vu René Jacobs (Paris,
Berlin et récemment Bruxelles), Ivor Bolton (Paris), William
Christie (Lyon), Nikolaus Harnoncourt (Zurich), Rinaldo Alessandrini
(Strasbourg) ou Ottavio Dantone (Côme, entre autres). A
Toulouse, Christophe Rousset se lance à son tour avec - atout
précieux dont ne disposait pas Jacobs à la Monnaie -
une Poppée de premier plan: la soprano belge Anne-Catherine
Gillet, en passe de réussir une remarquable passe de quatre
dans le célèbre Théâtre du
Capitole.
De façon assez
convaincante, le patron de la maison toulousaine (et papabile pour la
succession de Gérard Mortier à l'Opéra de Paris)
a transposé l'action dans l'Italie mussolinienne :
glorification flamboyante d'un néo-classicisme qui renvoie
forcément à l'époque originale de l'action
(somptueux décors d'Ezio Frigerio, costumes et lumières
à l'avenant), dérive autocratique du pouvoir de
Néron, violence à peine contenue, il n'y a ici nulle
trahison mais, au contraire, un éclairage
complémentaire jeté sur l'actualité d'une oeuvre
qui n'a pas fini de nous parler. Extrêmement
développée au début du spectacle (avec une
première scène Poppea-Nerone d'un érotisme
puissant où la soprano belge est amenée à
chanter dans des positions des plus acrobatiques, y compris
tête en bas), la direction d'acteur se fait plus
schématique par la suite, sans pour autant que la
cohérence et l'intensité du propos ne s'en ressentent.
Et la réussite de la mise en scène tient aussi à
sa capacité à réussir autant les moments
comiques de l'oeuvre que ses passages tragiques ou
poétiques.
Moins fournie que celles
qu'affectionne René Jacobs, la distribution instrumentale est
néanmoins suffisante pour garantir une diversité sonore
qu'accentue encore la direction à la fois souple et
contrastée de Rousset. Chose exceptionnelle enfin, la
distribution de cet opéra à vingt-sept rôles
(tenus, ici, par quinze chanteurs) est sans aucun point faible. Il y
a des fidèles de Rousset, quelques belles découvertes
(la basse italienne Giorgio Giuseppini en Seneca, la soprano
espagnole Sabina Puertolas en Drusilla, le contre-ténor
slovène Max Emanuel Cencic en Ottone) et même quelques
noms dont la réputation dépasse largement le domaine
baroque: Sophie Koch, Néron idéalement androgyne,
Gilles Ragon désopilante Arnalta et même Catherine
Malfitano en Ottavia révoltée. Mais c'est encore
Anne-Catherine Gillet qui rallie le plus de suffrages, tant par sa
voix rayonnante - même à pleine puissance, elle donne le
sentiment de garder encore de la réserve - que pour sa
présence scénique, ici en blonde pin-up,
étonnant croisement de Clara Petacci et Marilyn
Monroe."
- Altamusica - Fastueuse Poppée - 7
avril 2006
"La Rome mussolinienne vaut
bien, en démesure comme en cynisme, la Rome néronienne,
d’autant que de la Domus Aurea au palazzo inspiré de ce
colosseo quadrato restitué à sa rotondité par
Ezio Frigerio, où déambulent, sous le regard de marbre
d’allégories sportives, les ragazze souplement vêtus par
Franca Squarciapino, l’analogie est évidente. Pour son
entrée dans le temple du répertoire qu’est le
Théâtre du Capitole, Nicolas Joël couronne donc
Poppée dans les heures les plus noires de l’Italie du
siècle dernier, sans pour autant chercher à en
éclairer les ambiguïtés, à en explorer les
méandres, ni se plonger dans ces bas-fonds qui font la
modernité même d’un livret insurpassé.
Dès lors, la
transposition, plutôt la parabole, ne peut que se suffire
à elle-même, somptueux écrin pour un
théâtre sans doute trop linéaire et
littéral, mais le plus souvent habile, et surtout parfaitement
lisible dans la caractérisation des personnages, alors
même que certains y sont laissés pour compte.
N’était son adieu à Rome, comme un adieu à la
scène, Octavie devrait en effet se contenter d’un
répertoire de poses mélodramatiques, à l’instar
d’un Néron cousin du dictateur de Chaplin plutôt que du
Duce.
Précédée
de sa réputation de tragédienne, Catherine Malfitano
est ainsi livrée à elle-même, non sans
intensité. Davantage Agrippine qu’Octavie – Busenello n’y est
pas étranger –, la soprano américaine, qui fut une
grande Poppée, peine dans une tessiture aussi bien que dans un
style pour lesquels sa voix n’a plus l’assise nécessaire, mais
sait encore parer l’impératrice de quelques éclats
foudroyants.
Plus problématique
encore est le Néron de Sophie Koch, dont la voix
merveilleusement épanouie dans Strauss et Mozart paraît
embarrassée par la souplesse et la diction requises par ce
répertoire, constamment obligé qu’il est de composer
avec une absence totale de naturel et pour corollaire un contraste
cruel, et d’autant plus dommageable pour l’équilibre de leurs
duos, avec la Poppée blond platine d’Anne-Catherine Gillet.
Passées quelques attaques d’une langueur stylistiquement
douteuse, la jeune soprano incarne l’ambitieuse courtisane avec un
brio vocal et scénique éblouissant, la souplesse de
l’instrument faisant écho aux contorsions par lesquelles le
metteur en scène la fait serpentine.
Les portraits les plus
savoureux n’en échoient pas moins aux nourrices, Arnalta de
stentor de Gilles Ragon et Nutrice sèche et moustachue du
très prometteur Anders Dahlin, comme au Lucain
idéalement virtuose d’Emiliano Gonzalez-Toro, tandis que la
Drusilla piquante de Sabina Puertolas a, de retour de sa partie de
tennis, des allures de Damigella. Et si le Sénèque
aride du très verdien Giorgio Giuseppini n’a aucune envergure,
l’Othon de Max Emanuel Cencic est simplement prodigieux. Par la
beauté et l’égalité de son timbre naturellement
sombre, le contre-ténor yougoslave parvient en effet à
exprimer toute la fragilité d’un personnage dont la plupart
des interprètes n’ont pu surmonter l’apparente fadeur.
De cette distribution
stylistiquement hétérogène, qui voit finalement
triompher les « baroqueux », Christophe Rousset n’en
obtient pas moins une belle unité. Agrémentant les voix
de violons et d’alto de l’ornamento de flûtes et de cornets, le
chef et claveciniste tisse avec ses Talens Lyriques un continuo d’une
variété de couleurs et d’une vivacité rythmique
tourbillonnantes. Souvent atténuée par le
monumentalisme des décors, l’esthétique de contrastes
si essentielle dans l’opéra vénitien se trouve ainsi
exaltée par une réalisation musicale d’une
mobilité exemplaire."
- Concertclassic - 7 avril 2006
"Nicolas Joël se risque
à aborder le chef d’oeuvre de Monteverdi. Un Couronnement
transposé à l’ère mussolinienne? Pourquoi pas,
on sait que le livret de Busenello est éternel et endosse sans
dommage toutes les époques mais pour le coup on trouve Nicolas
Joël un rien timoré. Il aurait pu saisir la perche tendue
par l’actualité et transformer son Néron en Berlusconi,
ou pousser plus avant le parallèle historique en allant
jusqu’à lui donner les traits d’Hitler.
En dehors de cette
transposition temporelle, la mise en scène respecte
scrupuleusement l’œuvre, et sa direction d’acteur est d’une justesse
qui fait mouche. On aimera, ou pas, le décor unique et
tournant, salle ronde d’un palais de marbre avec ses colosses
démarqués de l’antique et bodybuildés comme les
voulait le Duce, et les costumes bien vus pour les femmes, trop
galonnés pour les hommes (Ah ! ces soldats avec toutes leurs
breloques, ça vous a un petit coté opérette),
mais la distribution est assez inattaquable, sauf pour un rôle,
précisément celui autour duquel Nicolas Joël a
bâti son projet : l’Octavie de Catherine Malfitano. La
tentation de transformer l’impératrice répudiée
en un numéro de composition est tentant, on devrait pourtant
toujours s’en défendre. Outre que Malfitano hurle
littéralement quelques unes des plus touchantes musiques
coulées de la plume de Monteverdi, on ne peut croire un
instant à cette Octavie furiosa qui fait plutôt penser
à Clytemnestre. Autour d’elle quasiment une perfection : Koch
tente la tessiture élevée de Néron avec bonheur,
et son empereur est presque trop noble – on aurait aimé
entendre les Adieux d’Octavie par cette voix là, justement –
Gillet idéalement sensuelle et mutine offre une Poppée
jeune fille qui flirte avec la courtisane sans en souligner le
maquillage. Le couple est irrésistible, mais son italien,
surtout confronté à celui idiomatique de bien des
comprimari, sonne un rien exotique.
Deux révélations
qui prouvent que le maître des lieux peaufine ses distributions
avec un art consommé, le Sénèque serein et
simple de Giorgio Guiseppini, basse chantante aux graves jamais
poitrinés, un model de style, et la Drusilla lumineuse,
percutante de Sabina Puertolas qui donne à son personnage trop
souvent sacrifié à des sopranos anonymes un relief dont
son Ottone, l’excellent Max Emanuel Cencic, hélas pas dans son
meilleur jour, était quelque peu privé (mais de
là à mériter les sifflets d’un public
décidément peu amène, non vraiment). La vis
comica connaissait des fluctuations malheureuses : pour une Nourrice
finement vue et très peu surjouée par Anders Dahlin, il
faut pardonner à Gilles Ragon son Arnalta grossièrement
chantées, constamment aboyée au point que son
instrument s’épuise, et que la berceuse,
détimbrée et chantée aux abîmes d’une voix
éraillée fut un moment pénible. Mention
spéciale au Lucain d’Emiliano Gonzales Toro : ce ténor
cuivré, au timbre pugnace devrait sortir des emplois de
caractère qui lui vont pourtant si bien. Dans son duo avec
Néron il ravissait la palme à Sophie Koch
.
En fosse, l’orchestre
minimaliste réuni par Rousset faisait finement, toujours
musical mais en deçà des possibilités
expressives du plateau, restitué à l’idéal dans
l’acoustique du Capitole, décidément parfaite pour ce
répertoire, au point qu’on aimerait y entendre une saison
parallèle consacrée à l’opéra baroque, ce
qui serait d’ailleurs probablement possible. Mais l’on aurait
aimé plus de contraste, plus d’implication dramatique, plus
d’exaltation de la part de Rousset bridé justement par la
modestie de son ensemble."
"L'Incoronazione di Poppea
demeure un ouvrage délicat à mettre en scène,
comme en témoignent les nombreuses expériences plus ou
moins heureu-ses vues ici et là, ces dernières
années. Disons-le d'emblée, la proposition de Nicolas
Joël s'inscrit dans une transposition réussie, sa
scénographie situant l'action dans un hémicycle dont
les massifs athlètes de marbre suggèrent le Foro
Italico qu'Enrico Del Debbio érigeait au début des
années trente. Ici, par un ingénieux
procédé qui fait pivoter l'arrondi d'un bâtiment
en coupe, les protagonistes évolueront dans une architecture
marquée par le fascisme - décors de Ezio Frigerio -,
révélant d'autant mieux l'urgence des situations.
Egalement datés, les costumes de Franca Squarciapino sont bien
ceux d'un temps où une certaine élite, largement
vulgaire, entendit user, dans sa distraction, des avantages de la
modernité tout en imposant une barbarie d'un autre âge
aux classes dominées. Aussi, les fresques rappellent-elles un
Art Nouveau moribond dont les courbes alanguies contrastent presque
dangereusement avec les impératives arêtes - bien
qu'à travers un prisme flatteusement callipyge - d'autant
d'avant-bras, d'ar-cades sourcilières et de cuisses limitant
notre regard, dans une lumière - signée Vinicio Cheli -
qui tour à tour découpe cruellement les contours par
une blancheur édifiante ou laisse respirer notre imaginaire en
distribuant des ocres arrondis, plus sensuels, tout droit venus du
Giardino dei Finzi-Contini. C'est donc assez naturellement qu'on y
rencontre une Drusilla raquette en main, un Nerone mussolinien en
uniforme blanc et casquette, une élégante Poppea de
film muet, et ainsi de suite.
Lorsqu'un tel parti pris
associe aux détails du flacon une direction d'acteur
attentive, il s'assure l'ivresse. Outre la parfaite cohérence
avec laquelle les personnages intègrent cet espace offrant une
circulation toujours limpide, il semble bien qu'on ait pris la peine
de se pencher sur les affects au point de rendre chacun d'entre eux
crédible et attachant. Le public peut suit alors
l'impériale intrigue de palais avec une sorte de rare
familiarité, sans que la production n'ait jamais recours
à des ficelles trop tendues. Servi par une distribution dans
l'ensemble avantageuse, le spectacle fait mouche. Introduisant ce
Couronnement depuis les baignoires, Fortuna et Virtu haranguent
l'opinion d'un seul et troublant profil : celui des sœurs Milanesi,
Giorgia et Raffella, idéalement employées. Kathouna
Gadelia est un Amore à la voix agile, lampe de poche en main,
ouvreur-plaçeur qui nous invite à nous blottir dans le
noir pour admirer des monstres sur grand écran. On
félicitera tant les petits - Laurent Labarde, Alfredo Poesina
et Ivan Ludlow - que les seconds rôles, comme la Nutrice
hypocondriaque de Anders Jer-ker Dahlin, au chant toujours
soigneusement mené, la truculente Arnalta que campent les
brillants cuivres de Gilles Ragon, et la fausse candeur intrigante du
Lucano à la voix souple d' Emiliano Gonzalez-Toro. Quant aux
rôles-clés, passant sur les quelques réserves
qu'en notre appréciation les prestations de Giorgio Giuseppini
(Seneca) et de Max Emanuel Cencic (Ottone) ont pu suggérer, on
saluera la fraîcheur vocale de Sabina Puerto-las en Drusilla,
Sophie Koch qui, parfois au détriment de la nuance, offre
à Nerone toute la richesse de son timbre, ainsi que
l'agilité, l'efficacité et le charisme d'Anne-Catherine
Gillet en Poppea. Enfin, l'on gardera un souvenir tant ému
qu'admiratif de l'Ottavia qui perce l'écran de Catherine
Malfitano, imposant à la fois grandeur, sensibilité et
démesure au per-sonnage, jusqu'au saisissant Addio Roma, addio
patria, amici addio, littéralement
bouleversant.
Depuis les claviers (clavecin
et orgue), Christophe Rousset conduit une douzaine d'instrumentistes
de ses Talens Lyriques dans une interprétation attentive qui
suit pas à pas la dramaturgie de L'Incoronazione di Poppea
sans omettre jamais les dimensions moins spectaculaires de l'œuvre,
livrant un Monteverdi subtilement pensé."
- Munich -
Prinzregententheater - 4, 6 avril 2006 - dir. Ivor
Bolton - mise en scène David Alden - décors Paul
Steinberg - costumes Buki Shiff - lumières Pat Collins -
avec Cynthia Jansen (La Fortuna / Coro d'Amori), Stanislava
Stoytcheva (La Virtù), Axel Köhler (Ottone), Guy De
Mey (1. Soldato / Lucano / Famigliari / 1. Tribuno), Kenneth
Roberson (2. Soldat / Liberto / 2. Tribuno), Anna Caterina
Antonacci (Poppea), Jacek Laszczkowski (Nerone), Dominique Visse
(Arnalta/ Nutrice/ Faamigliari), Daniela Sindram (Ottavia), Kurt
Moll (Seneca), Christian Baumgärtel (Valletto), Heike
Grötzinger (Pallade / Venere), Aga Mikolaj (Drusilla),
Christian Rieger (Mercurio), Chen Reiss (Damigella / Coro
d'Amori), Gerhard Auer (Littore / Famigliaro)
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 10, 12, 14, 16,
19, 21, 23, 25 mars 2006 - Concerto Vocale - Akademie für
Alte Musik Berlin - dir. René Jacobs - mise en scène
David McVicar - décors Robert Jones - costumes Jenny
Tiramani - lumières Paule Constable - chorégraphie
Andrew George - avec Carmen Giannattasio (Fortuna / Poppea),
Malena Ernman (Nerone), Lawrence Zazzo (Ottone), Monica Bacelli
(Ottavia / Virtù), Antonio Abete (Seneca), Carla Di Censo
(Drusilla), Marie-Nicole Lemieux (Nutrice), Tom Allen (Arnalta /
Mercurio / Console), Amel Brahim-Djelloul (Amore / Valetto),
Mariana Ortiz (Damigella / Pallade), Daniele Zanfardino (Lucano /
Soldato / Console / Famigliaro) - Coproduction avec
Théâtre des Champs-Élysées,
Opéra national du Rhin, Staatsoper Unter den Linden

- Dossier du Théâtre de la
Monnaie
http://www.google.fr/search?q=poppea+monnaie+jacobs&hl=fr&lr=&start=10&sa=N
"Lors de sa création au
Théâtre des Champs-Élysées, cette
production du Couronnement de Poppée avait suscité quelque scandale et provoqué
des articles généralement acerbes dans une presse
globalement négative. Pour cette reprise à la Monnaie,
il semble que certains détails sulfureux ont été
modifiés, car dans ce que nous avons vu à Bruxelles, il
n’y a pas de quoi fouetter un chat, la production suscitant
plutôt l’indifférence et la lassitude d’une grande
partie du public belge. Privée de son parfum de scandale,
cette mise en scène est un ratage à peu près
complet, car David McVicar a choisi une transposition dans un univers
MTV-CNN très contestable, peu originale et difficile à
comprendre, car les protagonistes agissent sans qu’on
décèle véritablement leurs desseins.
Le spectacle commence pourtant
bien, avec un beau prologue, d’une parfaite sobriété,
dans lequel l’intérêt est concentré sur les
splendides robes de la Vertu et de la Fortune. On déchante
cependant avec l’entrée d’Ottone, équipé des
inévitables costumes cravate, attaché-case et
téléphones portable, et des gardes de Neron, en costume
sombre, patrouillant en voiturette de golf. On ne saisit d’ailleurs
pas trop qui est leur maître. Avec
sa coiffure rasta et son tatouage, est-ce une rock star bisexuelle,
un gros bonnet du trafic de drogue, ou un héritier
dévoyé d’une grosse fortune patronale ? Difficile
à dire, et difficile d’y voir en tout cas une « sorte de
Bush antique », comme l’explique avec désinvolture
McVicar dans le texte de présentation. Les autres personnages
sont aussi maltraités : Poppea est une call girl pas
très classieuse, sa nourrice une drag-queen, Drusilla une
executive woman en tailleur strict, et Sénèque est un
pompeux philosophe médiatique à qui on commande de se
suicider en direct sur le plateau d’une émission de
télévision. L’actualisation à marche
forcée montre ses plus criantes limite dans le traitement de
Valletto, qui devient un jeune rappeur à casquette, dansant le
hip hop. Pour le rendre plus crédible, on trafique le
surtitrage des paroles de son air à Sénèque, qui
deviennent une sorte de « ziva le bouffon » ou « tu me
gonfles vieux débris » (nous n’avons pas eu la
présence d’esprit de noter les paroles exactes). Le seul
personnage traité avec dignité est celui d’Ottavia,
habillée d’une robe classique et superbe, à la fois
crédible et émouvante, débarrassée des
gadgets clipeux dont les autres acteurs sont encombrés. Peu
d’idées dans cette mise en scène, mais des
grossièretés banales pour en masquer l’absence : on
rote, ça sent le joint, on se caresse entre hommes sur un
cercueil et, cela n’étonnera plus personne, on sniffe de la
coke. Bref, cet Incoronazione di Poppea est un pétard
mouillé, et cette mise en scène incohérente se
révèle bien plus fatigante et irritante que choquante
et révélatrice. La distance entre ce qu’on entend, une
musique d’un érotisme capiteux et subtil, et ce que l’on voit,
un spectacle grossier et trivial, à l’imagination très
faible et au pouvoir suggestif nul, est un gouffre. Rome sous le
règne de Néron était certes assez
décadente, mais on s’y débauchait certainement avec
plus de classe que dans ce que nous montre McVicar, et les (en)jeux
du pouvoir sont singulièrement absents.
Cette faillite
théâtrale est d’autant plus navrante que le
résultat musical de la soirée est très
enthousiasmant. La distribution est presque sans faille. Marie-Claude
Chappuis est une chanteuse un peu irrégulière, nous
l’avions beaucoup appréciée dans la Brockes-Passion de
Telemann, nettement moins dans la Clemenza di Tito, ce soir en
Octavie, elle est superbe, chantant avec engagement, noblesse et
beaucoup de classe. Malena Ernman en Néron fait preuve
d’abattage et d’engagement, mais la ligne de chant manque un peu de
souplesse et le timbre de sensualité. Scéniquement par
contre, elle est remarquable, se prêtant courageusement
à tout ce que la production lui demande. Sa nourrice est
incarnée par Marie-Nicole Lemieux. La chanteuse
québécoise a un tempérament
généreux et des aigus de plus en plus brillants et
aisés, et le registre grave est toujours d’une beauté
stupéfiante. Déchaînée sur scène,
elle semble beaucoup s’amuser, mais en fait peut être un peu
trop dans le genre nymphomane délurée. Carmen
Gianattasio est une Poppea vocalement capiteuse, au médium
grisant, mais elle semble perdue sur le plateau (la direction
d’acteurs est assez relâchée, mais c’est elle qui en
souffre le plus), et on l’habille de robes qui ne sont pas
très adaptées à son physique potelé.
Carla Di Senso est une Drusilla touchante malgré l’effacement
dans lequel elle est maintenue par la mise en scène, Laurence
Zazzo peine un peu dans les aigus, mais il chante avec
élégance et cœur, Thomas Michael Allen est parfait et
Amel Brahim-Djelloul, peu aidée par son personnage de rappeur
et par les chorégraphies qui vont avec, est un Valletto
rayonnant, au timbre délicieux et aux aigus d’une rare
plénitude. Finalement, la seule véritable
déception de cette distribution est le Sénèque
gris et court de voix d’Antonio Abete, souvent dépassé
par les exigences du rôle.
Dans ce répertoire
qu’il a dans le sang, René Jacobs, dirigeant un Concerto
Vocale à l’instrumentarium luxuriant, avance dans l’œuvre avec
des raffinements calculés et une élégance assez
précieuse. Certains trouveront cette direction
maniérée et peu théâtrale, mais elle est
d’une sensualité troublante, et son pouvoir de
séduction est immense. "
"Nous n'avions guère
aimé cette production du Couronnement de Poppée lors de
sa création au Théâtre des Champs-Elysées
à Paris il y a deux ans. Mardi soir, à la Monnaie, il
semblait que David McVicar avait resserré les boulons d'une
production hier fort disparate. Certes, les contrastes d'ambiance
s'opposent toujours avec un naturel outré où le clin
d'oeil racoleur remplace l'exaltation, mais l'orchestre de
René Jacobs, plus présent dans l'écrin de la
Monnaie que dans le grand vaisseau de l'avenue Montaigne, commente et
anime l'action avec un luxe d'accents et de couleurs beaucoup plus
chaleureux.
Certains diront toujours qu'il
en fait trop : l'essentiel est qu'il le fasse bien et le
traité des passions et des perversions que symbolise cet
opéra fonctionne avec le tonus voulu. C'est dans
l'actualisation d'une dénonciation un peu primaire de notre
société en voie d'américanisation que se situent
les limites du propos du metteur en scène écossais. Les
références à la TV, l'accumulation des travers,
des beuveries, des gestes obscènes et des positions scabreuses
cessent d'amuser à force d'être
redondantes.
Tout le monde est d'accord
pour dire qu'il n'y a aucun personnage à sauver dans cette
sordide querelle de désirs et de pouvoir qui constitue la base
du livret de Busenello. Mais ces monstres ne nous fascinent-ils pas
justement par leur dimension démoniaque et quasi
shakespearienne ? Ici, ils ne sont souvent que minables. On devrait
frémir face à leurs audaces ; on a plutôt envie
de leur donner la fessée des sales gamins.
Musicalement par contre, le
propos est plus juste. Stupidement sentencieux, le Seneca de Antonio
Abete, dérisoire et pitoyable l'Ottone de Lawrence Zazzo dont
on a peine à croire qu'il deviendra empereur romain,
intrigante et inquiète la Drusilla de Carla de Censo. On
donnera un fameux coup de chapeau à la Nutrice de Marie-Nicole
Lemieux, tout comme au Valletto rappeur d'Amel Brahim-Djelloul. Le
Nerone de Malena Ernman est collant et dépravé à
souhait, la Poppée de Carmen Giannattasio ensorcelante et un
peu sotte. Seule l'Ottavia de Marie-Claude Chappuis impose une
évidente noblesse à cette société de
déchets comme si David McVicar avait voulu conserver un
soupçon de dignité presque intemporel.
Un spectacle qui ne nous fait
oublier ni les souvenirs de Grüber à Aix ni ceux de Bondy
à la Monnaie dans la version Boesmans. La soirée, par
contre, se voulait distrayante et y a réussi."
- Crescendo - avril 2006 - 10 mars 2006
"Après avoir
présenté Agrippina de Haendel il y a quelques
années, le duo Jacobs-McVicar approfondit le sujet en
continuant l’histoire de Néron et de Poppée grâce
à l’lIcoronazione di Poppea, dernier opéra écrit
par Monteverdi. Cette production arrive à Bruxelles
après un périple commencé à Paris il y a
environ un an et demi et la menant ensuite à Strasbourg et
à Berlin, périple dont les échos qui nous sont
parvenus étaient à la fois passionnés et
divergents. Ceux-ci et les souvenirs de l’Agrippina ne laissaient
planer aucun doute sur le fait que conformisme et conventions ne
figureraient pas au menu de la soirée, ce qui fut
effectivement le cas. Pour l’accompagner dans ses oeuvres,
René )acobs avait réuni au sein de Concerto Vocale des
instrumentistes qui figurent parmi la crème de la crème
de ceux que l’on trouve dans les ensembles baroques les plus
renommés. Ils étaient une vingtaine en tout : cordes,
flûtes à bec, cornets, trombones ainsi qu’un continuo
bien fourni constitué de deux clavecins, un positif, une
harpe, théorbe, archiluth et deux violes de gambe. Leur
prestation, colorée et vivante à souhait, fut à
juste titre très appréciée. De grands panneaux
verticaux constituent l’essentiel d’un décor où
interviennent également des jeux d’éclairage et des
éléments plus “légers” (divan, couche, cercueil,
plateau de télévision) disposés en fonction des
exigences de la mise en scène,... sans oublier des
fumées auxquelles certains larynx semblent
particulièrement sensibles. Comme pour Agrippina, McVicar
situe les choses à notre époque ce qui peut se
justifier rien que par le fait que le livret, malgré son grand
âge, n’a pris aucune ride. On comprend par contre les
irritations devant certains choix, notamment la dénonciation
d’excès qui nous sont contemporains, chose pour laquelle
chacun a ses propres limites en fonction de sa sensibilité et
de ses convictions. Qu’il y ait des chocs n’a rien d’étonnant,
on ne peut cependant ignorer que le trait est forcé, ce qui
à la longue entraîne une lassitude certaine une fois
dépassé le seuil personnel de saturation.
L'Incoronazione fait la part belle aux contrastes, les contraires se
côtoient ce qui les met, les uns et les autres, en perspective.
Le problème est qu’ici la mise en scène
privilégie trop l’aspect dénonciateur, comme la
dérision par rapport au sérieux, etc.... La mort de
Sénèque, moment important s’il en est, est plus
l’occasion de critiquer le comportement de l’auteur des paroles de
sagesse que de marquer son irrémédiable disparition.
Poppée n’a pas beaucoup d’épaisseur dramatique avec la
soprano italienne Carmen Giannattasio, Néron retrouve par
contre en Malena Ernman, mezzo-soprano suédoise qui lui avait
déjà donné voix dans Agrippina. Ses cheveux
tressés et sa démarche évoquent immanquablement
Michael iackson, jeu auquel elle se prête sans doute avec un
peu trop d’enthousiasme, ce qui ne remet pas en cause les
qualités incontestables de son chant. Octavie trouve avec la
mezzo Marie-Laure Chappuis ce qui, à notre avis, est la plus
belle des voix féminines de la distribution tant par sa
noblesse que par la véracité de son discours (superbe
lamento). De tous les personnages, elle est celle qui échappe
le plus à la caricature et, comme on le dit, ceci explique
sans doute cela. Le contre-ténor Lawrence Zazzo donne
également à Othon les accents sincères d’un
inconsolable amoureux qui voit “sa” Poppée choisir d’autres
bras que les siens. Heureusement, une amie d’Octavie, Drusilla, la
soprano Caria Di Censo, peut lui apporter une sincère
consolation. La voix et la prestance de la basse italienne Antonio
Abete étaient le bon choix pour incarner le sage
Sénèque et donner une pertinente gravité
à ses dires. Parmi le reste de la distribution, on soulignera
avec plaisir la généreuse nourrice qu’est Marie-Nicole
Lemieux et la précieusement risible Arnalta de Thomas Michael
Allen, personnages quasi-felliniens dont on soulignera les talents de
comédiens et qui donnèrent une touche d’humour
bienvenue au spectacle, sans oublier Amel Brahim-Djelloul, soprano
algérienne, tantôt valet, tantôt Amour malicieux.
La direction de René Jacobs est comme d’habitude des plus
vivantes et attentives. On n’est pas étonné de le voir
guider son petit monde dans les nombreux parlar cantando pour
lesquels Monteverdi réclamait clairement de la rigueur
rythmique marquée par la battuta di maso. Cet exercice lui est
familier et il est certainement à notre époque un de
ceux qui le pratiquent avec la plus belle intuition."
- La Libre
Belgique - interview de René Jacobs - 9 mars 2006
"LB : Côté mise
en scène, celle de McVicar a suscité quelques
scandales...
RJ : On rentre de Berlin,
où la distribution était à la fois excellente et
impliquée (plus qu'à Paris) et le public a très
bien reçu le spectacle, il l'a compris en profondeur. Mais il
ne s'agit pas du public de l'avenue Montaigne, un public superficiel
qui s'est amusé, soir après soir, à huer le
même passage, explicite il est vrai mais nullement vulgaire, et
où un imbécile a même trouvé le moyen de
lancer un «brava» après l'«Addio, Roma»...
On pourrait écrire une anthologie des musiciens qui ont
souffert de l'arrogance d'un certain public parisien, à
commencer par Mozart..."
- Berlin -
Staatsoper - 16, 18, 20,
22, 24, 26 février 2006 - Concerto Vocale - Akademie
für Alte Musik Berlin - dir. René Jacobs - mise en
scène David McVicar - décors Robert Jones - costumes
Jenny Tiramani - lumières Paule Constable -
chorégraphie Andrew George - avec Carmen Giannattasio
(Fortuna / Poppea), Marie-Claude Chappuis (Virtù /
Ottavia), Amel Brahim-Djelloul (Amore / Valetto), Malena Ernman
(Nerone), Lawrence Zazzo (Ottone), Antonio Abete (Seneca), Carla
Di Censo (Drusilla), Marie-Nicole Lemieux (Nutrice), Tom Allen
(Arnalta / Mercurio), Daniele Zanfardino (Lucano), Fulvio Bettini
(Liberto), Tom Allen, Daniele Zanfardino, Fulvio Bettini (Consoli,
Tribuni), Mariana Ortiz (Damigella / Pallade), Marie-Nicole
Lemieux, Daniele Zanfardino (Famigliari di Seneca), Daniele
Zanfardino, Fulvio Bettini (Soldati) - nouvelle coproduction avec
Théâtre des Champs-Élysées, Paris;
Théâtre de la Monnaie, Bruxelles; Opéra
National du Rhin, Strasbourg

- Darmstadt - Kleines Haus
- 21, 24, 28 janvier, 3, 12, 19 février, 21
mars, 6, 19, 27 avril, 14 mai, 14, 28 juin, 5, 8, 11 juillet 2006
- dir. Michael Schneider - mise en scène John Dew -
décors Heinz Balthes - costumes José Manuel
Vázquez - avec Gerson Luiz Sales (Ottone), Inna Kalinina
(Ottavia), Katrin Gerstenberger (Nerone), Mary Anne Kruger/Susanne
Serfling (Poppea), Mark Adler/Jordi Molina (Arnalta), Dimitry
Ivashchenko/ Patrick Schramm (Seneca), Anja Vincken
(Drusilla/Fortuna), Katharina Ihlefeld (Nutrice), Sonja Gerlach
(Virtù), Sven Ehrke (Liberto), John D. Garst/Andreas Wagner
(Soldati), Wiktor Czerniawski (Littore), Stephanie Maria
Ott/Alexandra Seefisch (Amore)

- Côme - Teatro
Sociale - 2, 4 décembre 2005 - Ferrare - Teatro Comunale - 6, 8
janvier 2006 - Pavie - Teatro
Fraschini - 13, 15 janvier 2006 - Ravenne - Teatro Communale - 20, 22
janvier 2006 - Accademia Bizantina - dir. Ottavio Dantone - mise
en scène Thomas Maschopoulos - décors Dionisis
Fotopoulos - costumes Ellie Papageorgakopoulou - lumières
Lefteris Pavlopoulos - avec Anna Caterina Antonacci (Nerone),
Angeles Blancas Gulin (Poppea), Roberta Invernizzi (Ottavia),
Sonia Prina (Ottone), Raffaele Costantini (Seneca), Gemma
Bertagnolli (Drusilla), Elena Traversi (Nutrice, Familiare I),
Roberto Balconi (Arnalta, Console II), Luca Dordolo (Lucano,
Soldato I,Console I, Familiare II), Lucia Cirillo (Amore,
Valletto), Emanuela Galli (Virtù, Damigella), Francesca
Lombardi (Pallade, Venere), Luca Tittoto (Mercurio, Littore,
Tribuno II, Familiare III), Ilaria Geroldi (Fortuna), Gianluca
Zoccatelli (Tribuno I, Soldato II, Liberto) - coproduction avec
Crémone, Brescia, Côme, Ravenne, Pavie (Circuito
Lirico Lombardo)


- Opéra Magazine - avril 2006 - 15
janvier 2006
"En raison du
mystère entourant ses origines, comme des différentes
sources parvenues jusqu'à nous, chaque nouvelle production de
L’incoronazione di Poppea est prétexte à débats
et controverses, plus particulièrement dans la
Péninsule, où les théâtres lyriques ont
une regrettable tendance à ignorer tout ce qui
précède Mozar.t Fort heureusement, Pavie a eu la bonne
idée de coproduire, avec Crémone, Brescia, Côme,
Ferrare et Ravenne, la trilogie montéverdienne
complète, avec des distributions presque entièrement
italiennes, dont cette Poppea constitue l’ultime
volet.
Dirigeant son Accademia
Bizantina, Ottavio Dantone, qui a préféré le
manuscrit vénitien (dramaturgiquement plus efficace) au
napolitain, privilégie un effectif instrumental réduit
: deux violons, un alto, une viole de gambe, un violoncelle, une
harpe, deux théorbes, deux flûtes, un clavecin, un orgue
et une dulciane. L'ouvrage y gagne en intimité et en
transparence, mais les cordes et les vents semblent parfois timides,
avec des sonorités trop âpres. Le décor de
I)ionisis Fotopoulos vise à l’essentiel : des parois blanches
sur les côtés pour délimiter l’action, un mur au
fond sur lequel défilent des images de cieux orageux, des
mouvements ondulatoires, des tableaux de la période classique
et des nuages. Entre Chirico et Mitoraj, une statue acéphale
et quelques têtes sculptées occupent le plateau. Peu
nombreux, les accessoires visent à « moderniser » le
dispositif : sièges en plexiglas style Kartell, néons
accompagnant les gestes lents des dieux, protagonistes
chaussés de baskets... Les couleurs ? Noir pour le costume
d’Ottavia, rouge pour l’ultime bain de Seneca, vert pour le jardin de
Poppea (des sacs en plastique). Presque nus, Valletto et Damigella
s’étreignent devant le cadavre de Seneca
(référence banale à Eros et Thanatos). Arnalta,
seins et arrière-train proéminents, ne se sépare
jamais de ses aiguilles à tricoter... Au bilan, un cocktail de
poésie et de grotesque, de minimalisme et de ridicule, de pure
géométrie et d'évidente bonne
volonté.
La distribution est
globalement excellente, à commencer par Anna Caterina
Antonacci, Nerone juvénile et cruel, d’une exceptionnelle
présence scénique. Vocalement pâle et
maniérée, la Poppza d’Angeles Blancas Gulin s’offre
avec langueur à sa convoitise, sous le regard de l’Ottavia
digne et sévère de Roberta Invernizzi, dont on admire
la ligne de chant dans l’adieu à Rome. Gemma Bertagnolli campe
une Drusilla sensuelle, Sonia Prina un Ottone au phrasé
ductile et aux messe di voce raffinées, et Raffaele Costantini
un Seneca suffisamment solennel. Hors propos, en revanche, le
contre-ténor Gianluca Belfiori Doro en Arnalta.
Salle comble, pour un beau
succès au rideau final."
- Braunschweig (Brunswick) -
Staatstheater - 1er , 21, 28 décembre
2005, 6, 8, 17, 27 janvier, 4 février, 1er, 25
mars 2006 - dir. Daniel Inbal - mise en scène Andreas
Baesler - décors Eckhard-Felix Wegenast - costumes Susanne
Hubrich - avec Kathrin Hildebrandt (Ottone), Karolina Gumos
(Ottavia), Stefanie Schaefer (Nerone), Ann-Helen Moen (Poppea),
Kenneth Bannon (Arnalta), Selcuk Hakan Tirasoglu (Seneca), Cecilia
Lindwall (Drusilla), Siegfried Pokern (Lucano/Amo), Daniel Kim
(1.Soldat/2.Famigliaro), Jörn Lindemann (2.Soldat/1.
Famigliaro), Mario Klein (3. Famigliaro) - nouvelle coproduction
avec Musiktheater im Revier, Gelsenkirchen


- Cremone - Teatro
Ponchielli - 14, 16 octobre 2005 - Accademia Bizantina
- dir. Ottavio Dantone - mise en scène Thomas Maschopoulos
- décors Dionisis Fotopoulos - costumes Ellie
Papageorgakopoulou - lumières Lefteris Pavlopoulos - avec
Anna Caterina Antonacci (Nerone), Angeles Blancas Gulin (Poppea),
Roberta Invernizzi (Ottavia), Sonia Prina (Ottone), Raffaele
Costantini (Seneca), Gemma Bertagnolli (Drusilla), Elena Traversi
(Nutrice, Familiare I), Roberto Balconi (Arnalta, Console II),
Luca Dordolo (Lucano, Soldato I,Console I, Familiare II), Lucia
Cirillo (Amore, Valletto), Emanuela Galli (Virtù,
Damigella), Francesca Lombardi (Pallade, Venere), Luca Tittoto
(Mercurio, Littore, Tribuno II, Familiare III), Ilaria Geroldi
(Fortuna), Gianluca Zoccatelli (Tribuno I, Soldato II,
Liberto)
- Dublin - Opera Theatre
Company - 9, 11, 13 septembre 2005 - Belfast - Grand Opera House - 16, 17
septembre 2005 - Galway - Town Hall
Theatre - 20 septembre 2005 - Derry - Millennium Forum - 23 septembre
2005 - en anglais - The Helix - Irish Baroque Orchestra - dir.
Christian Curnyn - mise en scène Annilese Miskimmon -
décors, costumes Nicky Shaw - lumières Simon Corder
- avec Sinéad Campbell, Rebekah Coffey, Allison Cook,
Doreen Curran, Anna Devin, Alan Ewing, Owen Gilhooly, Neil
Jenkins, Shirley Keane, Ed Lyon, Daryl Simpson, William Towers,
Stephen Wallace
- Beaune - Cour des
Hospices - 23e Festival
d'Opéra Baroque - 16 juillet 2005 - version de
concert - Concerto Italiano - dir. Rinaldo Alessandrini - avec
Laura Polverelli (Poppea), Stefano Ferrari (Nerone), Sara Mingardo
(Ottone), Raffaella Milanesi (Ottavia), Antonio Abete (Seneca),
Anna Simboli (Amore), Roberta Invernizzi (Drusilla/Virtu),
Eleonora Contucci (Damigella/Fortuna), Luca Dordolo
(Lucano/Soldato), Sergio Foresti (Mercurio), Martin Oro (Arnalta),
Giuseppe de Vittorio (Nutrice), Furio Zanasi (Soldate/Litore),
Monica Piccinini (Valletto), Daniele Zanfardino (Famigliaro)
- Opéra de
Hambourg - 27 mai, 10, 14
juin 2005 - dir. Alessandro De Marchi - mise en scène
Karoline Gruber - décors Hermann Feuchter - costumes
Henrike Bromber - lumières Wolfgang Göbbel - avec
Elzbieta Szmytka (Poppea), Maite Beaumont (Ottavia), Jacek
Laszczkowski (Nerone), Matthias Rexroth (Ottone), Michail
Schelomianski (Seneca), Sabine Ritterbusch (Drusilla /
Virtù), Corby Welch (Arnalta / Lucano)
- Opéra National du
Rhin - Opéra de Strasbourg - 30 avril, 2, 4, 10,
11, 13 mai 2005 - Colmar -
Théâtre Municipal - 20, 22 mai 2005
- Mulhouse - Théâtre de la
Sinne - 27, 28 mai 2005 -
Orchestre symphonique de Mulhouse - dir. Rinaldo
Alessandrini - mise en scène David McVicar - décors
Rob Jones - costumes Jenny Tiramani - lumières Paule
Constable - chorégraphie Andrew George - avec Cristina
Zavalloni (Fortune, Drusilla), Steven Wallace (Othon), Luca
Dordolo (Premier soldat, Familier, Consul), Miah Persson
(Poppée), Jeremy Ovenden (Néron), Jean-Paul
Fouchécourt (Arnalta), Francesca Provvisionato (Octavie),
Andrew Watts (La Nourrice), Andrea Concetti
(Sénèque), Sergio Foresti (Mercure)


- Opéra International -
juillet/août 2005 - 11 mai 2005
"Adieu abus de cocaïne,
partouzes frénétiques et surcharges de
références cinématographiques: David McVicar,
pour la reprise de sa sulfureuse Poppea inaugurée l’an dernier
au Théâtre des Champs-Elysées, a
dégraissé son propos. Comme dans l’orchestre de
Monteverdi, que Rinaldo Alessandrini réduit à deux
clavecins, un violoncelle, une harpe, deux théorbes, deux
violons, un alto, une contrebasse et deux épisodiques
trompettes, l’opulence disparaît au profit d’une meilleure
lisibilité. Mais cet effeuillement scénique ne gomme
pas le manque de liant d’une réalisation qui est avant tout
une succession de numéros plus ou moins heureux. Ce qui
n’empêche certaines scènes de devenir plus percutantes,
comme la torture de Orusilla par les sbires de Nerone ou le duo
jubilatoire de Lucano et Nerone, ici confié à deux
ténors. L’ambiguïté du chant et de l’action ouvre
alors de nouvelles lectures à cette oeuvre à
géométrie variable.
Dérouler sans ennuyer
plus de trois heures de spectacle, avec le plus souvent un clavecin
et deux théorbes, n’est pas donné à n’importe
quel chef. L'austérité lyrique voulue par Alessandrini
est d’abord intrigante, puis vite passionnante. Parce que les voix
choisies ne forment pas un plateau de stars, mais cherchent
plutôt à incarner au plus près le drame en cours
? Dévoués à l’oeuvre, et non brillant par elle,
on apprécie le Nerone façon rock-star sur le retour de
Jeremy Ovenden et l’exquise Miah Persson en Poppea, l’une des plus
fines entendues cette saison, avec Danielle de Niese à Lyon.
Jean-Paul Fouchécourt est subtil de jeu et beau de timbre en
Arnalta. La jalouse Ottavia de Francesca Provvisionato, feu et
flamme, fait oublier la trop réservée Anne Sofie von
Otter. Seneca-Finkelkraut trouve en Andrea Concetti une basse
rassurante. Ouant à la Drusilla de Cristina Zavalloni, actrice
passionnelle, elle donne à son personnage une intensité
neuve, alors que l’Ottone pâlichon de Steven Wallace ne fait
pas oublier le raffiné Lawrence Zazzo."
- Concertclassic - 4 mai 2005 - Le
couronnement de Rinaldo Alessandrini
"Co-produit par le
Théâtre des Champs Elysées, La Monnaie de
Bruxelles et la Deutsche Oper de Berlin, Le Couronnement de
Poppée de MacVicar pose ses valises à l’Opéra
National du Rhin. Rinaldo Alessandrini choisit la version napolitaine
et opte pour l’accompagnement du basso continuo uniquement s’il est
noté, de même pour le choix des instruments, ainsi que
quatre parties pour les ritournelles, ce qui donne une
fluidité au discours musical, et permet une articulation du
texte fort bien venue. Autre changement d’importance, Néron
est distribué à un ténor. Pour cela il s’appuie
sur le texte musical et les ouvrages antérieurs du
maître italien : Orphée est un ténor, de
même Ulysse. Le duo Lucain/Néron est prévu pour
deux ténors, celui-ci reprend les éléments
stylistiques des duos pour ténors des septièmes et
huitièmes Livres de Madrigaux. De fait cette option influe sur
les comportements amoureux de Néron/Poppée, d’autant
que les deux interprètes sont mari et femme à la ville.
Cela permet à MacVicar de pousser au paroxysme la gestuelle
amoureuse des deux amants.
Le ténor Jeremy
Ovenden/Néron et la soprano Miah Persson/Poppée forment
un couple d’une rare efficacité, lui, enfant gâté
à la limite de la névrose, avec une voix fluide et fort
bien conduite, elle, mante religieuse à la fois amoureuse
sincère, avec un brin de perversité pour arriver
à ses fins. La voix est ample et généreuse.
Cette convaincante Poppée est secondée par
l’époustouflante Arnalta de Jean-Paul Fouchécourt qui
se coule à merveille dans les oripeaux de la nourrice. Son
entrée au premier acte soulève les rires de la salle
(peignoir rose débraillé, mules assorties, bigoudis et
fichu, cigarette au coin des lèvres) mais surtout
véritable Zaza Napoli à la fin (magnifique fourreau de
star, diadème scintillant de tous ses feux et bagues à
tous les doigts) il en devient la caricature de Poppée. La
voix n’a rien perdu de son charme et le jeu est irrésistible :
un triomphe aux rappels.
L’Octavie de Francesca
Provisionnato est impressionnante et fait ressortir à
merveille les tourments de cette impératrice déchue. Le
couple Othon/Drussilla s’harmonise admirablement, tant vocalement que
physiquement. Le haute-contre Stephen Wallace, que l’on avait pu
admirer in loco dans Théodora, n’a rien perdu de son charme et
de sa prestance, voix puissante, égale sur toute la tessiture
avec une uniformité des registres à en faire
pâlir plus d’un. Cristina Zavalloni/Drusilla, le seconde
admirablement avec une voix fruitée conduite sur un souffle
inépuisable. Quelle force de conviction dans sa confrontation
avec Néron au troisième acte !
Le Sénèque
d’Andréa Concetti illustre admirablement la conception de
MacVicar. La voix est souple avec un creux suffisant. Quelle sublime
scène de mort, détachée de tout ! Le reste de la
distribution est à la hauteur de ce superbe spectacle avec une
mention spéciale pour le Valetto d’Annie Gill. Le continuo
formé des membres du Concerto Italiano est disert et varie
superbement les différents affects de la partition,
secondé en cela par quelques musiciens du Philarmonique de
Mulhouse.
Une grande version du
Couronnement, que viendrait admirablement illustrer un
DVD."
"Il n'est pas si courant de
rencontrer une Incoronazione di Poppea si satisfaisante que celle de
ce soir… La Première strasbourgeoise de ce spectacle dont
Paris eut la primeur cet automne - il ne s'agit pas d'une reprise
mais d'une co-production conjuguant les efforts de l'Opéra
National du Rhin, du Staatsoper Unter den Linden (Berlin), du
Théâtre Royal de la Monnaie (Bruxelles) et du
Théâtre des Champs-Elysées -
bénéficie d'une distribution équilibrée,
d'une direction précise et rigoureuse, et d'une mise en
scène d'une grande inventivité dont l'aura emporte
l'adhésion du public.
Avec cet ouvrage, David
McVicar semble retrouver quelques personnages de l'Agrippina de
Haendel que nous avions eu le plaisir de voir et de présenter
sur nos pages. Du reste, il choisit un climat général
analogue, habité d'une même vitalité et
traversé d'exquis décalages comparables. La structure
elle-même de ce travail pourrait bien s'inscrire dans une sorte
de schéma, au risque parfois d'appuyer certains
systématismes laissant poindre que l'inventivité
revendiquée souffrirait cependant de redites
décevantes. La machine est efficace, fonctionne à
merveille, réunissant juste ce qu'il faut
d'irrévérence pour alimenter les conversations, sans
dénaturer le propos. Elle offre de vrais moments de rire, bien
que certaines scènes détournent l'attention vers des
points de détails qui noient totalement le sujet à
traiter. Réflexion ou recette, continuité ou redite,
motifs ou tics ? - lui seul le sait : McVicar se sert une nouvelle
fois des gesticulations de notre quotidien, de l'ironie sur nos
médias, de la représentation des classes dominantes
rongées par l'accessibilités de plaisirs destructeurs,
etc. Il a su s'entourer d'une équipe excellente, Rob Jones
magnifiant la mise en scène par l'élégance des
décors, Paule Constable par l'à-propos des
lumières, tandis que les costumes de Jenny Tiramani et la
chorégraphie de Andrew George accompagnent en bonne
intelligence ses options.
Ce soir, c'est Rinaldo
Alessandrini qui officie en fosse, dirigeant cinq de ses complices du
Concerto Italiano pour le continuo et six musiciens de l'Orchestre
Symphonique de Mulhouse dans le tutti. Avec cette formation
réduite, il offre un soutien soigneux et toujours
minutieusement à l'écoute des voix, et un chemin d'une
grande clarté au déroulement de la partition. Le
plateau vocal est tout simplement captivant, dominé par la
superbe Poppea de Miah Persson. Le timbre affirme une belle
égalité, ici vivifiée par une
expressivité absolue, la voix s'avère souple, et la
présence scénique idéale pour un tel personnage.
Jeremy Ovenden est un Nerone vaillant et extrêmement clair,
avec un grave parfois un rien faible, et incarne parfaitement le
capricieux goret de l'histoire. Andrea Concetti donne un Seneca
avantageusement sonore, doté d'un legato bien mené. Les
nourrices s'en donnent à cœur joie : celle d'Octavia, Andrew
Watts, contre-ténor très puissant, monté sur
talons aiguilles et ridiculement perruqué ; celle de Poppea,
Arnalta, campée par un Jean-Paul Fouchécourt excellent,
trouvant moyen de nuancer tant le jeu que le chant dans un personnage
drôlissime et toujours juste. L'Ottone de Stephen Wallace
demeure peu convainquant, parvenant même à se laisser
couvrir par un orchestre si mince. L'Octavia de Francesca
Provvisionato s'engage dans un chant d'une
théâtralité terrible, n'hésitant pas
à enlaidir sa voix s'il le faut, tandis que Cristina Zavalloni
présente une Drusilla attachante, dont on aimerait pouvoir
goûter plus précisément la qualité du
grave (assez peu sollicité par le rôle, mais
suffisamment pour laisser poindre une couleur fascinante), et qui se
révèle immense comédienne."
- Munich -
Staatsoper - 2, 5 avril
2005 - dir. Harry Bicket - mise en scène David Alden -
décors Paul Steinberg - costumes Buki Shiff -
lumières Pat Collins - avec Daniela Sindram (La Fortuna /
Venere / Coro d'Amori), Aga Mikolaj (La Virtù / Pallade),
Lawrence Zazzo (Ottone), Guy De Mey (1 Soldato / Lucano /
Famigliaro Seneca / 1 Tribuni), Christian Rieger (2 Soldato /
Liberto / 2 Tribuni), Anna Caterina Antonacci (Poppea), Jacek
Laszczkowki (Nerone), Dominique Visse (Arnalta / Nutrice /
Famigliaro Seneca), Monica Bacelli (Ottavia), László
Polgár (Seneca), Christian Baumgärtel (Valletto), Chen
Reiss (Drusilla), Gerhard Auer (Mercurio / Littore / Famigliaro
Seneca / 1 Consuli), Rüdiger Trebes (2 Consuli)
- Düsseldorf
- 13, 20 mars 2005
- Opéra de
Zürich - 18, 20, 22, 23, 25, 27 février,
1er, 5, 17, 18 mars 2005 - La Scintilla - dir. Nikolaus
Harnoncourt - mise en scène Jürgen Flimm -
décors Annette Murschetz - costumes Heide Kastler -
lumières Martin Gebhardt - avec Vesselina Kasarova /
Juanita Lascarro (Poppea), Francesca Provvisionato (Ottavia),
Sandra Trattnigg (Drusilla), Kismara Pessatti (Nutrice), Eva
Liebau (damigella), Eva Liebau (Fortuna), Irène Friedli
(Virtú), Jonas Kaufmann (Nerone), Franco Fagioli (Ottone),
Laszlo Polgár (Seneca), Jean-Paul Fouchécourt
(Arnalta), Rudolf Schasching (Lucano), Boguslaw Bidzinski (1.
Famigliari), Martin Zysset (2. famigliari), Günther
Groissböck (3. Famigliari), Martin Zysset (1. console),
Volker Vogel (2. console), Gabriel Bermudez (1. tribuno),
Günther Groissböck (2. tribuno), Gabriel Bermudez
(Littore), Gabriel Bermudez (Liberto capitano), Andreas Winkler
(Valetto), Volker Vogel (1. soldato), Martin Zysset (2. soldato),
Zürcher Sängerknaben (Amore) - nouvelle production

- Opéra International - mars/avril 2005
- 18 février 2005
"Nikolaus Harnoncourt est
revenu à son point de départ en acceptant de diriger
une nouvelle production de L'incoronozione di Poppea, plus de
vingt-cinq ans après le formidable retentissement
international de son premier cycle Monteverdi monté
ici-même avec la collaboration de Jean-Pierre Ponnelle. Son
approche n'a pas changé, mais la sensualité et la
suavité prennent maintenant le pas sur l'acuité des
angles et la rigueur rythmique recherchées par le
passé. L'Orchestre La Scintilla, bien que parfois en guerre
avec la justesse de l'intonation du côté des vents,
tisse une broderie chatoyante dans une fosse surélevée
pour l'occasion afin de faciliter le dialogue avec les chanteurs.
Moins directif que par le passé, le chef accepte d'accorder le
primat à la parole et à la situation dramatique ; ce
parti pris confère une souplesse inattendue mais bienvenue
à son approche, désormais ennemie de tout dogmatisme,
jusque dans l'acceptation de certaines ornementations parfois
franchement audacieuses, comme par exemple le rire des courtisans
lors du couronnement ou les longs bégaiements d'Ottavia dans
les mesures initiales de son "Addio, Roma".
Les chanteurs, parfaitement
à l'aise malgré la défection de dernière
minute deVesselina Kasarova en Poppea, forment une troupe
homogène dont chaque élément se profile avec une
impressionnante justesse de ton et un engagement scénique non
moins admirable. Juanita Lascarro (la Poppea de l'opéra de
Francfort) a sauvé in extremis la représentation en
reprenant au pied levé un rôle qu'elle habite jusque
dans ses moindres replis ; sa présence sexy, alliée
à sa voix chaude quoique peu percutante dans l'aigu, rend
parfaitement crédible son ascension au trône. Le
ténor allemand Jonas Kaufmann est un Nerone impulsif, capable
de pianissimi ensorcelants dans les duos d'amour, mais dont les
moyens vocaux se révèlent d'une étonnante
puissance dans la scène d'orgie avec Lucano, chanté ici
avec verdeur par Rudolf Schasching. Francesca Prowisionato,
remplaçant Marjana Mijanovic en Ottavia, fait avec son timbre
profond une démonstration brillante de chant baroque, alors
que le Seneca de Laszlo Polgar réussit à être
solennel sans devenir pontifiant. Franco Fagioli utilise les
ressources d'un timbre de contre-ténor plutôt fragile
pour souligner la veulerie et la lâcheté d'Ottone, alors
que Jean-Paul Fouchécourt en Arnalta crée la sensation
avec sa voix sûre, sensuelle et étale sur tout le
registre. Sandra Trattnigg brosse de Drusilla le portrait d'une femme
fondamentalement vertueuse et aimante. Excellente jusque dans les
emplois les plus courts, la troupe zurichoise transforme ces trois
heures et demie de spectacle en un véritable enchantement
salué par les ovations d'un public conquis.
Jùrgen Flirnm, dans sa
mise en scène, entend souligner le modernisme du propos en
transposant l'action en plein XXe siècle. Il a fait construire
sur le plateau tournant une maison qui semble avoir été
dessinée par un élève moyennement doué de
Le Corbusier (décors : Annette Murschetz) ; les personnages,
en tenues vestimentaires de coupe contemporaine (costumes : Heide
Kastler), passent constamment d'un endroit à un autre, comme
pour souligner le caractère interchangeable des situations qui
se construisent autour de l'appât du gain et du désir
sexuel aveugle. Une certaine froideur se dégage de cette
production baignant dans des éclairages crus, mais elle sert
finalement bien un livret où l'on chercherait en vain une
trace de grandeur humaine, et peut-être même de
sincérité."
- ConcertoNet - 18 février 2005
"Nikolaus Harnoncourt est le
chef d’orchestre qui peut se targuer de la plus longue
expérience de Monteverdi. N’a-t-il pas été, au
début des années 70, l’initiateur - avec Jean-Pierre
Ponnelle - d'un cycle ici même à Zurich des trois
opéras du compositeur, cycle qui a joué un rôle
déterminant dans l’entrée au répertoire de ces
oeuvres? Trente ans plus tard, le maestro remet l’ouvrage sur le
métier: après Il Ritorno d’Ulisse in Patria en 2002, il
reprend aujourd’hui L’Incoronazione di Poppea, avec la
complicité de Jürgen Flimm, un tandem qui a
déjà été à l'origine de
représentations à Salzbourg en 1993. Sur le plan
musical, l'auditeur est frappé par l'importance de l'effectif
orchestral, qui dépasse nettement les usages en la
matière. Avec pour résultat un son plus dense, moins
sec que ce qu’on a l’habitude d’entendre dans ce type de
répertoire, et personne ne s’en plaindra. Pour le reste, si la
direction d’Harnoncourt s’est affinée, elle n’en continue pas
moins de fasciner par sa dynamique et ses contrastes, avec des tempi
plutôt rapides. L’ensemble La Scintilla, composé de
musiciens de l'Opéra de Zurich jouant sur instruments anciens,
peut parfois manquer de précision, mais il offre une
impressionnante palette de couleurs, démontrant les
progrès accomplis sous la baguette de chefs tels
qu'Harnoncourt justement, mais aussi Gardiner, Christie et
Minkowski.
Comme pour prouver que
l’intrigue est intemporelle, Jürgen Flimm a décidé
de la transposer à notre époque, dans un décor
constitué par un appartement ultra design sur deux
étages et pivotant sur lui-même. Un critique anglais a
d’ailleurs malicieusement démontré la pertinence de ce
choix en demandant à ses lecteurs si cette fresque d’un
souverain qui finit par couronner sa maîtresse ne leur
rappelait pas une autre histoire de notre époque... Blague
people à part, on ne peut manquer de constater que le plateau
est rempli de lits, de divans et de fauteuils sur lesquels sont
assoupis bon nombre de figurants. Et pourtant, le spectacle n’incite
pas à la somnolence, bien au contraire, tellement il est
prenant. D’abord par sa très haute charge érotique. Les
duos entre Néron et Poppée se déroulent le plus
souvent sur un lit et plusieurs personnages évoluent en
sous-vêtements (ce qui n'est pas - encore? - une
évidence pour les chanteurs d'opéra), avec pour point
culminant la scène entre l'empereur et Lucano, aux
connotations très explicitement homosexuelles. Au-delà
de ce parti pris au demeurant fort réussi, Flimm a su proposer
une excellente direction d'acteurs, en caractérisant
habilement chaque personnage. Pour une fois, la transposition
fonctionne, ne suscitant pas de rejet de la part du
public.
Après une grippe qui
l’a contrainte à annuler les premières
représentations, Vesselina Kasarova a fait des débuts
très attendus dans le rôle-titre. Malheureusement, les
attentes n’ont été comblées qu’à
moitié. Si, sur le plan vocal, la mezzo bulgare impressionne
toujours par ses graves d’une richesse incroyable, elle peine,
physiquement parlant, à imposer son personnage de
séductrice prête à tout pour arriver à ses
fins et paraît un peu terne. D’autant que l’autre
héroïne, l’Ottavia de Francesca Provvisionato, brille
quant à elle par son intensité scénique et
l’émotion qu’elle dégage dans le rôle de
l’épouse bafouée. Seule italophone de la distribution,
sa diction est excellente, rendant superflus les surtitres. Chez les
messieurs, la palme revient à Laszlo Polgár,
Sénèque à la gravité noble, et à
Jean-Paul Fouchécourt, qui réalise un numéro
magnifique de drôlerie en Arnalta. Un peu plus en retrait, mais
néanmoins convaincant, grâce notamment à son
physique d’athlète, dans son rôle d’empereur
paranoïaque et tyrannique, Jonas Kaufmann séduit par son
lyrisme, alors que le contre-ténor argentin Franco Fagioli
fait des débuts remarqués à Zurich. On se
réjouit d’ores et déjà de le retrouver
bientôt face à Cecilia Bartoli, dans Giulio
Cesare."
- Séville - Teatro de
la Maestranza - 3, 5 février 2005 - Orquesta
Barroca de Sevilla - dir. Christophe Rousset - avec Ángeles
Blancas Gulín (Poppea), Manuela Custer (Ottavia), Giovanni
Furlanetto, Agata Bienkowska (Nerone), Ruth Rosique, Maria
José Moreno, Javier Palacios, Helena Gallardo, Ermonela
Jaho, Enrique Viana, David Rubiera, Manuel de Diego - production
Teatro Comunale de Bolonia
- Paris
- Palais Garnier - 26, 30 janvier, 2, 6, 8, 11, 14, 17,
20, 22 février 2005 - Solistes du Freiburger
Barockorchester - Monteverdi-Continuo-Ensemble - dir. Ivor Bolton
- mise en scène David Alden - décors Paul Steinberg
- costumes Buki Shiff - lumières Pat Collins - avec Miah
Persson (La Fortuna, Drusilla), Lucia Cirillo (La Virtù,
Venere), Soliste du Tölzer Knabenchor (Amore), Christophe
Dumaux (Ottone), Topi Lehtipuu (Soldato, Liberto), Guy de Mey
(Soldato, Lucano, Famigliari di Seneca), Anna Caterina Antonacci
(Poppea), Jacek Laszczkowski (Nerone), Dominique Visse (Arnalta,
Nutrice, Famigliari di Seneca), Monica Bacelli (Ottavia), Kurt
Moll (Seneca), Barry Banks (Valletto), Gemma Bertagnolli (Pallade,
Damigella), Antonio Abete (Mercurio, Littore, Famigliari di
Seneca) - coproduction du Bayerische Staatsoper, Munich et du
Welsh National Opera, Cardiff

- Opéra International - mars/avril 2005
- 26 janvier 2005
"A Munich, en 1997,
c'était un spectacle superbe, hardi et innovant. Le carrelage
à damiers occupait royalement la perspective du
Prinzregententheater. Poppea, sinueuse et téméraire,
grimpait littéralement aux murs - et nous faisait grimper avec
! -, entre elle et son Nerone se passait quelque chose de torride que
le spectateur croyait ressentir sur sa propre peau. Au palais
Garnier, le théâtre à l'italienne déforme
cette harmonie, la tronque ; et la modernité a
évidemment pris un coup de vieux, comme c'est son destin,
d'autant que pour la hardiesse (et gratuite souvent), une autre
production de L'incoronazione, entre-temps, à Paris
même, a fait beaucoup plus. Les deux nourrices folles du
spectacle de David Alden feraient presque rosières,
comparées aux deux de David McVicar au TCE. Dominique Visse,
passant le même hiver de l'une à l'autre, doit se faire
l'effet d'une vierge sage, un prix de vertu ! A peine remis des
frénésies du spectacle de McVicar, le même public
parisien se sent un peu dans les eaux tièdes du conventionnel
avec Alden, et chahute. C'est assez injuste, et en tout cas pour le
travail d'orfèvre, discret, élégant,
exceptionnel de sobriété et de tact, d'Ivor Bolton avec
le Barockorchester de Fribourg.
Le plateau vocal porte sa part
de responsabilité dans cet effet de tiédeur. Acceptons
Anna Caterina Antonacci, revenue de Nerone (son rôle au TCE)
là où elle est pleinement chez elle, à Poppea
sorcière, sirène, un peu moins sinueuse qu'à
Munich,toujours souveraine par les mots, la profondeur du timbre,
l'ascendant ; et peut-être Robert Lloyd, rechange estimable
à Kurt Moll annoncé en Seneca. Mais le rayon
contre-ténors est défaillant : avec des ressources de
timbre et de ligne dans l'élégiaque, mais
s'étranglant dès qu'il faut projeter, comment Jaeek
Laszczkowski réussirait-il Nerone (et il succède
à David Daniels !) ? Et Christophe Dumaux est encore bien vert
et timide pour Ottone, auquel Lawrence Zazzo au TCE prêtait un
autre relief. Miah Persson, très bonne Drusilla (sans valoir
la Dorothea Röschmann de Munich), est de la graine de Poppea -
elle va l'incarner à Strasbourg pour McVicar en juin -, et
l'on remarque le merveilleux Topi Lehtipuu dans de simples
silhouettes ; mais Monica Bacelli, excellente dans les adieux
d'Ottavia, manque complètement le caractère de
"Disprezzeta regina" . Indéniablement, un spectacle vieilli,
qui supporte mal sa transplantation et qui est vocalement
hétéroclite, mais un niveau musical, pour cette saison,
encore inapproché.
- Crescendo - février/mars 2005 - 26
janvier 2005
"...le spectacle
proposé par le metteur en scène américain David
Alden, assisté de son compatriote Paul Steinberg pour les
décors et de l'israélien Buki Shiff pour les costumes
est d'une laideur agressive et d'une vulgarité triomphante
à faire hurler, au point qu'on se perd en conjectures quant au
choix de Gérard Mortier de présenter ce spectacle en
co-production avec l'opéra de Munich et le Welsh Opera de
Cardiff. Les éclairages brutaux et frustes soulignent sans
pudeur les verts crus et les fuchsias genre acrylique, le graphisme
sommaire et géométrique de ce qui tient lieu de
décors blessent la vue, les détails lourdement
phalliques de certaines scènes, le symbolisme primaire d'une
incarnation du Temps clopinant pesamment derrière le couple
impérial au cours du duo final, et j'en passe, tout cela
offense le goût. La mise en scène, mouvementée,
voire frénétique, tire l'oeuvre du côté de
la bouffonnerie grimaçante, voire épileptique. La
sécheresse agressive des sonorités instrumentales et de
la direction, par ailleurs impeccable, d'Ivor Bolton, souligne le
parti-pris, rigoureusement tenu, de priver l'oeuvre de toute
émotion, voire de toute dimension expressive. Jacobs nous
proposait un Néron soprano féminin, option assez
fréquente, Christie un beau et noble ténor. Bolton opte
pour un contre-ténor (Jacek Laszczkowski) s'époumonant
en vaines stridences. Le Néron de Jacobs, admirable Anna
Caterina Antonacci, troquant la toge impériale pour la robe
longue, incarne ici Poppée, avec sa voix fruitée,
charnue, mais à la séduction plus physique que
passionnelle, conformément à la vision de David Alden.
Ottavia (Monica Bacelli), assez impressionnante dans son
déchaînement de rage face à Othon. nous laisse de
glace au moment de ses adieux : part-elle en exil ou en week-end ?...
Comme souvent. Othon (Christophe Dumaux), rôle à la
vérité impossible, est le maillon faible dune
distribution qui possède la particularité de confier le
rôle du jeune page Valletto à un ténor
plutôt qu'à un soprano. Ce rôle ne rappelle donc
plus en rien celui de Chérubin, et son exquis Duo avec la
Damigella en perd tout son sens. Robert Lloyd campe un
Sénèque bien compassé, mais au moins est-ce
là une option défendable. Dominique Visse incarne
à la fois la Nourrice d'Octavie et Arnalta : sa Berceuse
à Poppée nous laisse à nouveau de glace, tandis
que son triomphe final, qui précède ici les adieux
d'Octavie, grave erreur (c'est comme si le Duetto de Valletto et de
sa Damigella précédait la mort de
Sénèque) est assez drôle, mais évidemment
sans le côté hénaurme de la production McVicar.
Je trouve que les deux rôles demandent des interprètes
différents, justement pour ne pas trop se ressembler. C'est
finalement la Drusilla de Miah Persson qui tire le mieux son
épingle du jeu : le seul personnage positif (entendez pur) de
cette galerie de portraits atroces échappe ici au
côté un peu "nunuche" qui trop souvent en fait la
Micaëla de la pièce. Au total, la conception du spectacle
est solidement assumée, la direction d'acteurs et le mouvement
scénique sont bien assumés. Ah, si tout cela
nétait pas d'une aussi agressive laideur visuelle et d'une
telle vulgarité dans le propos !..."
- Webthea - Le Journal des Spectacles - 3
février 2005
"C’est le troisième
Couronnement de Poppée de la saison. Après celui
obstinément "tendance" du Théâtre des Champs
Elysées en octobre 2004 et celui résolument
poétique de l’Opéra National de Lyon, en voici un
autre, pas vraiment nouveau puisqu’il voyage depuis 1997, mais
iconoclaste et provocateur à souhait. Cher Monteverdi, qui
décidément en voit et en entend de toutes les
couleurs...
Ne pas se fier surtout
à l’image du final diffusé un peu partout dans la
presse et sur le web, ce pavé mosaïque géant en
perspectives ondulantes qui est, il est vrai, de toute beauté.
Il vient draper le magnifique duo d’amour de Néron et de sa
Poppea enfin couronnée, comme pour faire oublier la laideur
des décors, costumes et accessoires des scènes
précédentes : le canapé-lit de skaï rouge
avachi pour recevoir les princes de Rome, les dieux de l’Olympe et
leurs ébats amoureux ; le lampadaire d’autoroute sorti du mur
carrelé d’une station de métro ; le mobilier de bureau
délabré d’une entreprise en dépôt de bilan
; la porte à tourniquets vitrés d’un palace à
l’ancienne au-dessus de laquelle veille l’allégorie de l’Amour
tandis que Fortune se pavane le crâne rasé et que Vertu,
enceinte comme un ballon, clopine sur deux béquilles...
Octavie porte des tailleurs que même la Reine d’Angleterre
n’oserait exhiber, Sénèque est un vieillard ivrogne
flanqué de disciples en culottes courtes et houppettes jaunes
à la Tintin, Arnalta, suivante de Poppée, parade en
Dragqueen, la nourrice d’Octavie se prend pour une infirmière
de la Croix-Rouge et Poppée elle-même fait de la varappe
sur les pitons d’un mur écarlate pour signaler à ceux
qui ne l’auraient pas compris que la belle patricienne romaine se
dépêche de gravir les échelons du
pouvoir.
Salmigondis de
prétentions modernes - Quant à Néron, le
voilà transformé en paranoïaque hagard que le
ténor polonais Jacek
Laszczkowski, poussant sa voix naturelle vers les aigus des
contre-ténors, gratifie de glapissements hystériques.
Le parti pris du metteur en scène américain David Alden
se réclame, peut-on lire, de Shakespeare. C’est oublier que
les intermèdes comiques des drames shakespeariens ne servaient
qu’à entrecouper le fil de leur dénouement tragique par
quelques bouffées d’oxygène. Chez Alden et son
décorateur Paul Steinberg, le grotesque est quasi permanent et
souvent d’un goût si douteux - Nutrice ôtant son slip
pour le frotter sous le nez de Valetto, Néron simulant l’acte
sexuel sur le cercueil de Sénèque - que personne n’a
envie d’en rire. C’est Monteverdi revisité par des Marx
Brothers de caniveau. Et c’est bien dommage car sa musique, dans ce
salmigondis de prétentions modernes, est à la
fête.
Une distribution sans faille -
Grâce aux solistes du Freiburger Barockorchester et du
Monteverdi-Continuo-Ensemble avec diapason d’époque et
instruments garantis anciens que dirigent en parfaite harmonie le
chef anglais Ivor Bolton. Grâce à une distribution
pratiquement sans faille : Dominique Visse en Frégoli à
trois vitesses dans les rôles d’Arnalta, de Nutrice et d’un
familier de Sénèque, réussissant, au-delà
de ses clowneries, à chanter avec une émotion
réelle la merveilleuse berceuse de Poppée, Robert
Lloyd, Sénèque désabusé, Monica Bacelli
en Octavie mauvaise perdante ou Christophe Dumaux, fragile, trop
fragile Othon. Quant à celle qu’on attendait, la belle Anna
Caterina Antonacci, qui fut un Néron déjanté
dans la production du Théâtre des Champs Elysées,
elle n’a pas déçu. Voix chaude, veloutée,
sensuelle, elle semble faite pour Poppée. Si parfaitement dans
le rôle qu’on pourrait imaginer que, à trois
siècles de distance, il fût écrit pour
elle."
- Diapason - mars 2005 - 30 janvier 2005
"Soulagement à Paris :
on est d'emblée séduit par le métier d'Ivor
Bolton, qui fait sonner large son orchestre (seize instruments,
autant qu'à Lyon) sans pour autant contraindre les chanteurs.
Les nombreuses cordes pincées du continuo portent les voix
sans faire écran, préparent les nuances et amplifient
les accents du texte ; tous ces instrumentistes connaissent la
partition comme leur poche, et cela s'entend.
Sur scène,
malgré l'éblouissante laideur des décors
(néons, alternance de fuschia, de fluo et de portes en acier,
damier ondulant façon Vasarely pour finir), la mise en
scène signée David Alden vaut par sa lisibilité
: le spectateur qui découvre ici
comprend chaque mot, chaque situation ; dès les scènes
d'exposition, exemplaires, il a une idée claire de tous les
caractères. Le problème apparaît ensuite : sous
ses dehors extravagants, le spectacle nie l'impertinence du livret ;
le tragique n'est pas l'abîme que longe l'ascension de la
courtisane, Alden en fait une épice, un faire-valoir du
comique, désamorcé dès qu'il pourrait
s'émanciper. Trois Tintin jouent au yoyo pendant le grand
monologue de Sénéque ; le poignard d'Octavie est
remplacé par une hache - ce gag ridiculise tout le complot - ;
Drusilla est trop pétasse, avec son tailleur, ses lunettes et
son chignon, pour que son sacrifice relève d'autre chose que
de l'inconscience.
Le Sénèque
magistral du vétéran Robert Lloyd transcende cette
lâcheté de la mise à distance - pas l'Octavie de
Monica Bacelli. Et pourquoi confier les nourrices à un
même chanteur (certes génial : Dominique Visse) ? A quoi
bon vieillir en ténor-groom le soprano adolescent de Valetto
(Barry Banks... qui aurait fait une parfaite Arnalta) ? Christophe
Dumaux compense un timbre monochrome par une technique impeccable et
une belle composition d'Ottone, Miah Persson chante une Drusilla de
rêve, le sopraniste Lacek Laszczkowski cultive habilement le
malaise dans son numéro d'empereur
dégénéré (dommage qu'il perde en
projection à mesure que la soirée avance)--- et
Antonacci triomphe. Non seulement comme la plus dangereuse des femmes
fatales, mais comme l'une des rares chanteuses qui savourent (et font
savourer) à ce point la musique des mots. Elle prend le temps
de dire, de nous laisser en-tendre, de couler l'accent dans la forme
du vers : c'est avec elle tout un art, que l'on croyait perdu, de la
déclamation lyrique, qui renaît."
- Concertclassic - 30 janvier 2005
"Il faut passer outre, et
c’est vraiment difficile, la laideur des décors et des
costumes de cette production venue de Cardiff puis de Munich, avec
ses éclairages à la truelle et sa palette de couleurs
criardes. On en vient au bout de cinq minutes à regretter le
raffinement high-tech de la mise en scène de McVicar
donnée à l’automne dernier au Théâtre des
Champs-Elysées. Ce réverbère, ce canapé
convertible, ces élèves de Sénèque
déguisés en clone de Tintin sont pitoyablement
misérabilistes, et quel hiatus avec le cadre de Garnier ! Oui,
il faut passer outre pour apprécier la direction d’acteur efficace et
subtile à la fois de David Alden, qui campe de vrais
personnages, et il sont nombreux dans le Couronnement. Retrouver
notre Atys, Guy de Mey, en Lucain, évoquait bien des
souvenirs, Dominique Visse, inaltérable Nutrice et Arnalta
emportait à chacune de ses apparitions la salle vers des
larmes de rire et quelle santé vocale ! Tous les seconds
rôles excellaient, Topi Lehtipuu, sobre messager de la mort et
centurion binoclard, Barry Banks, gratifiant son Valleto d’un
contre-ut décoiffant (mais quelle idée saugrenue de
confier cet emploi à un ténor !), Antonio Abete,
égaré en Sénèque au TCE, retrouvait ses
quatre rôles habituels, affublé pour Mercure d’un
costume ridicule, l’Amour de Valérie Gabail confirme que la
jeune soprano est un vrai talent à suivre, elle était
déjà un séduisante Drusilla dans le spectacle
dirigé par Marc Minkowski à Aix.
Drusilla justement revenait
à Miah Persson, vocalement immaculée et dramatiquement
si juste, tout comme son incarnation de La Vertu au prologue.
Christophe Dumaux campait un Ottone attachant, dont le
personnage évoluait avec une
vérité psychologique remarquable, de
l’élégie à la terreur, si la voix manque de
caractère, le chant et la phonation sont exemplaires. Hors de
son répertoire d’élection, Monica Bacelli n’a convaincu
qu’à moitié, mais son "Addio Roma", entre murmure et
fureur, si il laissa la salle de marbre, nous a séduit. Jacek
Laszczkowski possède-t-il la voix de Néron ? Non.
Quitte à y distribuer un ténor, mieux vaut chercher
dans les lyriques mozartiens dont le modèle absolu demeure
Eric Tappy. La quinte aigu du polonais impressionne, d’autant qu’il
ne recourt jamais au falsetto, mais face à la Poppée
charnelle, au timbre opulent de Anna Caterina Antonacci, il
paraissait simplement ridicule.
Antonnacci demeure un
phénomène vocal unique, ce grand Falcon dont le timbre
en lui-même ne possède que peu de séduction, est
doublé d’une comédienne consommée. Hier
Néron au TCE, elle retrouvait la sensualité
conquérante de Poppée avec un naturel confondant.
Durant la cinquième scène de l’acte III, son timbre se
défit soudain, laissant voir la trame d’une instrument plus
fragile qu’il n’y parait. Elle doit aborder la Médée
chérubinienne dans quelque mois, et on peut
légitimement s’inquiéter après ce moment de
fatigue vocale flagrant.
Dans la fosse de Garnier,
remontée au maximum, les solistes du Freiburger
Barockorchester furent durant toute la représentation avares
de couleurs, Bolton dirigeant sans verve une matière sonore
gris trottoir. La salle fit une ovation justifiée à
l’une des plus grandes basses de notre temps, communément
méprisée par la critique française, Robert
Lloyd. Son Sénèque sobre, modèle de
stoïcisme, dominait d’une bonne tête une distribution
remarquable par bien des aspects."
- Altamusica - Laideur et caricature - 26
janvier 2005
"Venue du Welsh National Opera
de Cardiff via l’Opéra de Munich, cette production du
Couronnement de Poppée selon David Alden au Palais Garnier
choque par sa laideur et une approche exagérément
caricaturale de tous ses personnages. Et au beau milieu de tout cela,
l’interprétation musicale peine à faire oublier tant de
contresens.
La question que l’on se pose
à l’issue de ce spectacle est de savoir par quelle aberration
un opéra marqué si ostensiblement par toute la finesse,
l’érotisme, subtile même dans la crudité du
verbe, l’esthétisme évolutif de la Renaissance
italienne, a pu inspirer des images d’une telle laideur aux
signataires des décors et des costumes, et une direction
d’acteur dans l’ensemble aussi superficielle et vulgaire au metteur
en scène. Comment écouter en paix du Monteverdi devant
ces structures sans âme, tranchantes, qui oscillent entre le
mur géant d’une salle de bain et la vitrine d’une grande
surface d’ameublement de banlieue provinciale américaine, avec
des verts fluo, des jaune citron, des mandarine agressifs ? Comment
croire un instant à ces personnages aux tenues disparates,
moches, illisibles, triviales, empruntées à la bande
dessinée – une fois de plus ! – ou d’une sensualité de
bas étage ? On en a vite assez de ces comportement
fabriqués, sans vraie signification dramatique, qui sont un
cache misère, un faux alibi à réel travail
d’acteurs fondé sur la musique et le drame. On balance des
images que l’on croit choc, sans rien construire. Et tout cela
paraît terriblement daté, avec des relents de «
nouveau théâtre à la saxonne fin années
1980 ». Seul le personnage de Néron, sorte
d’halluciné fragile, hystérique, amoureux perdu dans un
rêve de despote absolu, parvient à prendre corps,
grâce notamment à la voix étrange mais
très théâtrale, surtout à la fin de la
représentation, du contre-ténor Jacek Laszczkowski.
En Poppée, la
sculpturale Anna Caterina Antonacci est dramatiquement
sous-employée, ne jouant que les vamps qui montre ses jambes
ou les courbes avantageuses de son corps. Tous les autres, y compris
l’excellent Christophe Dumaux en Ottone sont trop caricaturaux pour
ne pas lasser très vite, voire exaspérer. Reste le cas
de Dominique Visse, lancé dans un fabuleux numéro de
travesti, que l'on peut juger tout aussi bien génial
qu’excessif et hors de propos. Vocalement, les joies sont trop
moyennes pour racheter ce désastre visuel. Monica Bacelli
(Ottavia), Miah Persson (Drusilla) chantent bien, mais personne, pas
même la Antonacci aux si beaux moyens, ne marquera les
mémoires. Difficile sans doute d’échapper, même
inconsciemment, à la laideur visuelle ambiante ! D’autant que
chacun chante selon son style propre. Somptueux, Robert Lloyd est un
Sénèque de grand opéra, en contraste total avec
les contre-ténors, dont style et voix ne s’accordent pas avec
ceux de leurs partenaires plus lyriques.
Ivor Bolton, rigoureux avec
ses musiciens, semble laisser le plateau faire à sa guise. Un
moment d’émotion quand même, qu’il aura fallu
mériter : l’Adieu à Rome d’Ottavia et le duo final de
Poppée et Néron, malgré ces grotesques lustres
montgolfière de pacotille – pour faire luxueux – sur fond de
scène à damiers noir et blanc – pour faire moderne. "
- Le Figaro.fr - Un Monteverdi
shakespearien - 28 janvier 2005
"Les premières se
suivent et ne se ressemblent pas à l'Opéra de Paris. Le
surlendemain d'une pénible Flûte enchantée,
Gérard Mortier nous invitait à un grand moment de
fascination théâtrale avec le Couronnement de
Poppée de Monteverdi, dans une mise en scène de David
Alden qui avait déjà triomphé à Munich.
Dans les fascinants décors de Paul Steinberg (ce damier aux
perspectives fuyantes !), Alden réalise une mise en
scène formidablement musicale, où chaque geste est en
adéquation avec le rythme dramatique de Monteverdi. Dans une
sorte de palace de luxe stylisé, les personnages
habillés à la façon jet set du XXe
siècle, existent avec une force d'attraction et de
répulsion irrésistible. De chanteurs d'opéra, on
a fait de grands acteurs, capables de jouer la comédie et la
tragédie, le burlesque et la violence : un jeu physique et
sensuel, c'est bien le moins pour le plus érotique des
opéras du répertoire.
Ce Néron hagard,
incapable de maîtriser ses pulsions, cette Poppée femme
fatale qui le tient sous sa dépendance sexuelle et mène
les autres par le bout du nez, ces femmes au bord de la crise de
nerfs qui cassent leur talon, on ne les oubliera pas. Alden en fait
des figures shakespeariennes, n'hésitant pas à outrer
ce mélange des genres qui rend Monteverdi si audacieux. Mais
Alden reste attentif au point d'équilibre entre grotesque et
gravité, entre onirisme et réalisme. Le personnage de
Sénèque retrouve ainsi le juste dosage entre
véritable compassion et raillerie d'un philosophe alcoolique
et sentencieux, dont les disciples serviles notent chaque phrase avec
une frénésie ridicule. Bien des images nous resteront,
non pour leur seule beauté plastique, mais pour leur
expressivité : quand le décor s'évacue pour
laisser Poppée s'endormir sur fond vert (magnifiques
lumières de Pat Collins), quand Octavie fait ses adieux nus
pieds en robe noire, quand l'horloge de Chronos vient surveiller les
amants réunis, le temps suspend son vol.
Musicalement de haut vol, le
spectacle repose sur une distribution de premier ordre. Après
son surprenant Néron aux Champs-Elysées, la Antonacci
retrouve sa chère Poppée : elle est l'incarnation de la
séduction féminine, véritable vamp
hollywoodienne, son chant est aussi racé que son port.
Elle vampirise le Néron
stupéfiant de Jacek Laszczkowski, qui fait froid dans le dos :
voix inclassable, mais saisissante par sa dispersion entre des
registres hétérogènes. Le public s'est tellement
habitué à des voix dont le grave, le médium et
l'aigu font un tout, qu'il est déconcerté par ces creux
et ces bosses pourtant fascinants. Le vétéran Robert
Lloyd est un Sénèque d'une grande noblesse et Dominique
Visse semble enrichir à chaque fois son portrait des deux
nourrices.
Si Octavie n'est pas le
meilleur rôle de Monica Bacelli et si la voix superbe de
Christophe Dumaux n'a pas encore la vigueur de son engagement
scénique, le reste de la distribution réunit de fortes
individualités. Quant à l'infatigable Ivor Bolton, il
dirige tout, texte et musique ! Sa direction passionnée est
constamment attentive à la théâtralité de
la musique, son continuo percutant et opulent
bénéficiant du swing insufflé par Christina
Pluhar aux cordes pincées."
- L'internaute Actualité - un
"Couronnement de Poppée" sauvé par le chef et les
voix - 27 janvier 2005
"L'Opéra de Paris
représente depuis mercredi soir au Palais Garnier un
"Couronnement de Poppée" de Monteverdi dans une mise en
scène aux options discutables, mais que sauvent la direction
musicale du Britannique Ivor Bolton et une distribution vocale dans
l'ensemble homogène. Le metteur en scène
américain David Alden dont ce sont les débuts à
Paris, n'est d'ailleurs pas venu prudemment saluer au rideau final de
la première représentation, alors que chef et chanteurs
ont été chaleureusement applaudis. La production
affichée comme "nouvelle" par l'Opéra de Paris, a en
fait déjà fait les beaux soirs de l'Opéra de
Cardiff (Pays de Galles) et du Festival d'opéra de Munich
(Allemagne) en 1997.
La gène que l'on
éprouve face à cette réalisation tient au
décalage entre ce qui se passe sur la scène et ce qui
est joué dans la fosse d'orchestre. Ivor Bolton, à la
tête d'une petite formation où dominent les cordes
baroques de l'ensemble de Fribourg et un continuo léger comme
à la création à Venise en 1642, a choisi
d'interpréter "Le couronnement de Poppée", plutôt
comme un "manifeste de stoïcisme" que comme le "triomphe de
l'amoralité". Ce qui ne l'empêche pas de tenir compte,
sans forcer la note, des intermèdes comiques parfaitement
exprimés musicalement. En revanche, le metteur en
scène, son décorateur l'Américain Paul Steinberg
et la costumière israélienne Buki Shiff, ont
opté pour la dérision et la moquerie, en
détournant et caricaturant l'esthétique des films
américains des années 50. Les protagonistes masculins
passent leur temps à boire dans des éclairages aux
options colorées passablement simplistes. Le philosophe
Sénèque (la basse britannique Robert Lloyd) dont
l'éducation de Néron est un échec, meurt
entouré par trois caricatures de Tintin, qui jouent au
yo-yo...
La soprano italienne Anna
Caterina Antonacci, en Poppée, domine d'une
légère tête ses camarades, tous à leur
place, avec une exception l'interprète de Néron, le
ténor polonais Jacek Laszczkowski, que l'on commence par ne
pas entendre et qui ne chante pas toujours juste. Le haute-contre
français Dominique Visse, dans les personnages des nourrices
de Poppée et d'Octavie, donne quant à lui la mesure de
son talent de comédien."
- Les Échos.fr - 31 janvier 2005 -
L'Amour mène le monde
"Cette production joue la
carte de l'intemporel et, pour mieux brouiller les pistes, mêle
dans ses décors (Paul Steinberg) et costumes (Buki Shiff)
époques et styles, de l'Antiquité aux années
1960. Au début, un panneau rectangulaire
légèrement incurvé, mur carrelé que les
éclairages (Pat Collins), qui s'amusent magistralement avec
les ombres, parent de fuchsia, d'indigo profond, de beige
rosé. A l'acte suivant, des murs droits et noirs percés
de portes. Les adieux à Rome d'Ottavia et le fabuleux duo
d'amour final entre Poppée et Néron se
dérouleront, eux, devant une toile dépliée,
couvrant sol et plafond de ses motifs psychédéliques
noir et blanc à la Vasarely. On l'aura compris, la production
du « Couronnement de Poppée »
présentée au Palais Garnier joue la carte de
l'intemporel et, pour mieux brouiller les pistes, mêle dans ses
décors (Paul Steinberg) et costumes (Buki Shiff)
époques et styles, de l'Antiquité aux années
1960. Ce qui n'est pas nouveau, ni particulièrement
scandaleux.
Le coup de la transposition
est impitoyable, il fonctionne ou pas. L'Américain David
Alden, metteur en scène de cette production qui date
déjà de 1977, présentée à Munich
puis à Cardiff, mais que Paris n'avait pas encore vue, arrive
à maintenir la cohérence de son propos, n'esquive
jamais les difficultés du mélange des genres, et donne
même, fugacement, un soupçon d'humanité aux
personnages, y compris les plus grotesques - il suffit à la
nourrice de Poppée, Arnalta, d'enlever sa perruque pour que,
sous la vamp ridicule, perce la vieille femme. Il ne peut
empêcher, toutefois, que, traité à la
manière d'un sitcom, « Le Couronnement » perde de sa
grandeur. Et lorsqu'il joue la provocation, que l'autre nourrice
(Nutrice) enlève sa petite culotte pour la brandir sous le nez
du page (Valletto) ou que se pointent les disciples de
Sénèque, bermuda, houppe à la Tintin et Yo-Yo
à la main, prêts à se gausser du philosophe
perçu comme un vieux radoteur, il tombe dans le vulgaire et
l'inutile. Et ce, sans porter sur un pilier du répertoire un
regard neuf et décapant. Désacraliser les
chefs-d'oeuvre n'est pas, de toute évidence, à la
portée de tout un chacun.
Dans la fosse du palais
Garnier, officient quelques membres du Freiburger Barockorchester et
ceux du Monteverdi-Continuo-Ensemble, une quinzaine au total, donc
l'effectif des théâtres vénitiens du
XVIIe siècle, guidés par Ivor Bolton. La
direction est alerte, vivante, mais peu variée en tempos, en
couleurs ; un rien bien élevée, aussi, adoucissant le
bruit et la fureur. L'orchestre est plus un accompagnateur qu'un
véritable protagoniste. Les timbres se fondent les uns dans
les autres, rendant presque trop aimable la tragédie et
légère l'émotion. Plus gênant demeure le
disparate du chant. Ténor qui veut jouer les
contre-ténors sans maîtriser les changements de
registre, qui manque de grave et craque dans l'aigu, Jacek
Laszczowski tente de camper un Néron dépravé et
pervers, ce qu'il réussirait s'il n'était pas trahi par
ses moyens vocaux. Le style hasardeux de Robert Lloyd ôte du
poids à la résignation de Sénèque. Miah
Persson est charmante en Drusilla, face à l'Ottone presque
trop suave du jeune Christophe Dumaux, haute-contre à suivre.
Le délicieux Amour de Valérie Gabail, l'impayable
Dominique Visse (qui s'offre le luxe d'incarner les deux nourrices),
la piquante Damigella de Jaël Azzaretti, qui trouve son juste
pendant avec le Valletto cynique de Barry Banks, et la très
digne Ottavia de Monica Bacelli complètent le tableau.
Après Néron, Anna Caterina Antonacci, toujours aussi
belle, campe une Poppée belle et sensuelle, amoureuse
éperdue plus que femme fatale, voix prenante et naturellement
poignante.
Un spectacle inégal,
qui assume crânement ses choix, même s'ils ne sont pas
ceux du public, mais dont la « modernité » porte
déjà son âge."
- Le Monde - 31 janvier 2005 - Avec audace
et fantaisie, David Alden couronne "Poppée" à
Garnier
"Une mise en scène
pleine d'audace qui obéit à un projet artistique
cohérent - Une Vertu enceinte jusqu'au cou et se
déplaçant à l'aide de béquilles, une
Fortune à crâne d'œuf jouant les pimbêches, un
bambin d'Amour perché au sommet de tambours cylindriques, ces
tourniquets vitrés que l'on rencontre à l'entrée
de grands hôtels. .. Le Couronnement de Poppée
présenté au Palais Garnier dans une coproduction de
l'Opéra de Munich et de celui de Cardiff semble, dès le
Prologue allégorique, très éloigné des
pratiques montéverdiennes. Et pourtant, la plupart des
personnages sont chaussés de cothurnes - version bottes de
Spice Girls - comme les tragédiens de l'Antiquité. Et
pourtant, le "deus ex machina" - sous la forme ingénieuse des
portes-tambour agitées pour traduire la versatilité des
sentiments - fonctionne à plein. Et pourtant, la fosse est
remplie de bonnes intentions musicologiques avec diapason
d'époque et instruments anciens.
On pourrait reprocher à
David Alden de prendre à la légère le canevas
dramatique de l'œuvre. On s'arrêterait alors à des
effets, certes parfois osés, sans considérer
l'extrême cohérence du projet artistique. Pourquoi
déplorer que la Nourrice de Poppée est une
infirmière de la Croix-Rouge et que les proches de
Sénèque ont la houppe de Tintin ? Ces audaces
s'inscrivent dans un parti général de fantaisie qui ne
paraît jamais en porte-à-faux avec le texte. Notamment
lorsque les choristes chantent, à la fin du troisième
acte, les louanges de l'amour... avec un nez de Pinocchio. En donnant
l'impression de détourner son sujet par une fantaisie
galopante, David Alden ne procède pas autrement que
Monteverdi, qui s'écarte de l'axe sémantique en
multipliant les vocalises. Scénique ou vocal, l'ornement
autorise tous les excès. Surtout dans le cas d'une
esthétique de la griserie permanente comme celle
prônée par l'opéra italien du début du
XVIIe siècle.
Baroque, le metteur en
scène américain l'est donc authentiquement. Avec les
moyens d'aujourd'hui, qui lui permettent de symboliser l'ascension de
Poppée par un numéro d'escalade sur le mur du palais de
Néron. Et il sait aux moments-clés évacuer du
plateau (magnifiquement éclairé par Pat Collins) les
accessoires kitsch (canapé convertible) et des décors
minimalistes (superbe damier ondulant à la Vasarely) afin de
laisser rayonner le seul chant. Accompagnée de manière
très discrète par Ivor Bolton, la distribution est
satisfaisante. Dominique Visse (Arnalta, Nourrice) émerge des
rôles secondaires avec sa verve habituelle. Si Robert Lloyd est
un Sénèque pas toujours avisé, Valérie
Gabail incarne un Amour des plus pertinents. Monica Bacelli restitue
bien la complexité d'Octavie, aux dépens de
l'insignifiant Othon (Christophe Dumaux).
Une fois n'est pas coutume,
Néron est chanté par un homme. Sous les traits
émaciés de Jacek Laszczkowski, l'empereur passe pour un
ancêtre des Borgia. Il ne se hisse que rarement au niveau de la
maîtresse femme qui l'a envoûté. Il faut dire
qu'Anna Catarina Antonacci est capable en un tour de voix de faire
basculer l'opéra dans un autre monde. Et lorsqu'elle se
présente toute de noir vêtue (avec foulard, cape et
gants de star hollywoodienne) avant le couronnement, elle ne marche
plus vers son destin d'impératrice mais vers celui de
diva."
- Télérama - 15 décembre
2004 - Une Poppée diabolique
"Célébrant
d'inquiétantes noces de sexe et de sang à l'ombre du
Capitole, Le Couronnement de Poppée, l'ultime opéra de
Monteverdi, créé à Venise en 1643, sacre la
toute-puissance d'Eros. Il ne pouvait trouver de meilleure
incarnation pour le rôle-titre que la superbe Anna Caterina
Antonacci. En Marlene Dietrich du baroque, la soprano italienne campe
une Poppée satanique, mi-ange bleu, mi-impératrice
rouge. On mesure, rétrospectivement, à quel absurde
contre-emploi la condamnait la production récente du
Théâtre des Champs-Elysées en lui faisant
endosser le rôle travesti de Néron. Sa
féminité glacée et ravageuse subjugue l'empereur
romain du contre-ténor David Daniels, fantoche
névropathe alternant soumission lascive et fureur
meurtrière. En victime consentante, le Sénèque
de la vénérable basse allemande Kurt Moll se drape dans
la toge d'un commandeur de pacotille - voix de marbre mals
autorité de carton-pâte. Soudée par un bel esprit
d'équipe, toute la distribution de cette production,
captée live en 1997 au palais Prinzregententheater de Munich,
se plie à un expressionnisme fuligineux, à la
façon des sombres mélodrames filmés par G.W.
Pabst ou Fritz Lang. L'âpre continuo du claveciniste surligne
les ornements du chant d'un feston coloré à la sanguine
ou incisé à la pierre noire."
- Libération - 29 janvier 2005 -
Néon
"Légitimement
chahutée, la Poppée de Garnier entérine une
« semaine du fluo» à l'Opéra de Paris,
entamée lundi avec la "Flûte enchantée" à
Bastille. A la direction si roide et anguleuse d'Ivor Bolton aurait
pu éventuellement correspondre une esthétique du
vitrail. Le metteur en scène David Alden, visiblement toujours
pas remis de son DVD avec les Pet Shop Boys, préfère
parasiter la musique de Monteverdi de tableaux visuellement
clinquants et agressifs, conjuguant le vert pomme et le fuchsia, le
damier et le néon. Le genre de trucs absurdes qui provoquaient
peut-être quelques rombières de Salzbourg il y a quinze
ans mais qui, aujourd'hui, font pitié de mauvais goût
intello-bourgeois. Malgré la Poppée vocalement
brûlante d'Anna-Caterina Antonacci, Monteverdi est aux
abonnés absents."
- Classica
- mars 2005 - 26 janvier 2005
"...A Garnier, c'est autre
chose : les univers sont plus scabreusement opposés encore,
car David Alden, qui a le sien propre, fait de collages modernistes,
criards, nets, violents, ose un théâtre qui fait
vertige, mais au moins vit, agace, fait réagir! C'est la
distribution qui déçoit. malgré quelques grands
noms : Anna Caterina Antonacci, autrefois magistrale en
Poppée, semble hors du jeu, hors d'elle-même, Robert
Lloyd sauve les meubles, Dominique Visse, de fait formidable, a
été trop vu déjà, et ce n'est pas la voix
de fausset du ténor en Néron, parfois insupportable,
qui sauvera le propos."
- Opéra National de Lyon
- 21, 22, 24, 25, 27, 28, 30 janvier 2005 - Les Arts
Florissants - dir. William Christie - mise en scène Bernard
Sobel - décors Lucio Fanti - costumes Anna-Maria Heinreich
- dramaturgie Michèle Raoul-Davis - lumières A.J.
Weissbard - avec Danielle de Niese, soprano (Poppea), Mirko
Guadagnini, ténor (Nerone), Tim Mead, contre-ténor
(Ottone), João Fernandes (Seneca), Mariana Rewerski,
mezzo-soprano (Ottavia), Marc Molomot, haute-contre (Arnalta),
Xavier Sabata Corominas (Nutrice, Famigliaro III), Judith van
Wanroij (Virtu, Drusilla, Pallade), Ana Quintans (Amore),
Konstantin Wolff (Mercurio, Littore, Famigliaro III) , Anders
Dahlin (Lucano, Soldato I), Isabel Obadia (Valletto), Soledad
Cardoso (Damigella), Vittorio Prato (Liberto), Andrew Tortise
(Soldato II, Famigliaro I) - nouvelle production

- Opéra International - mars/avril 2005
- 28 janvier 2005
"Etre deux maux, choisir le
moindre ? Pour avoir rechigné à la despotique
modernité d'un Peter Stein initialement prévu, William
Christie et l'opéra de Lyon ont hérité du
premier degré fastidieux d'un Bernard Sobel qu'on a connu plus
inspiré. Il n'était guère aidé par le
décor cheap de Lucio Fanti, sorte de grotte azur explosée entre tachisme et Jean Arp, toute
saupoudrée de planètes façon chambre d'enfant.
La référence ici avouée est La Calisto de
Cavalli par Wernicke, mais loin du génie de cette mise en
scène légendaire, rien ne sort ni ne rentre dans cet
univers chaotique, sauf des protagonistes dont les costumes hideux,
signés Anna-Maria Heinreich, déclinent l'entière
palette du chocolat et du caca d'oie. On en vient à regretter
l'opulence hollywoodienne de McVicar au TCF, sans parler de la Rome
mélancolique de Gruber à Aix-en-Provence. Dans un tel
désert dramaturgique, seules restent les voix. La distribution
choisie est juvénile et intéressante. L'Ottone de Tim
Mead, au timbre doux, possède un charme triste et une vraie
présence. Il doit juste apprendre à remplacer les coups
de glotte par l'intensité vocale quand la colère
l'anime, Le Seneca de Joào Fernandez, bien qu'il ait
raté son ultime note, a cette voix agile et grondante qui
convient aux rôles de basses haendeliennes. Les nourrices ont
été vicieuses à souhait, notamment l'Arnalta de
Marc Molomot, haute-contre à la française que l'abus de
notes filées empêche cependant de bien articuler son "
Qblivion soave ". Resplendissante, la Drusilla / Virtù de
Judith Van Wanroij éclipse l'Ottavia de Maria Rewerski, peu
aidée par la nappe émeraude dont elle est
affublée. En Nerone, le ténor Mirko Guadagnini est
vocalement satisfaisant, mais scéniquement
éclipsé par la Poppea de Danielle de Niese qui
mène seule, par son exotique beauté, son jeu naturel,
son ardeur et la plénitude de son timbre,
l'intégralité de l'action. Elle redonne son sens au
titre de l'oeuvre, travaillant par et pour l'Amour (mutine Ana
Quintans). Quant aux Arts Florissants, entre cordes aigrelettes,
cornets en permanente discorde et continuo brouillon, leur chef a
bien du mal à obtenir d'eux cohérence, suavité
et précision. Ils ont été loin de
réitérer le miracle de leur Ritorno d'Uhsse aixois et
n'ont obtenu du public lyonnais qu'une reconnaissance
polie."
- Crescendo - février/mars 2005 - 21
janvier 2005
"...Ici, Poppée,
conformément aux faits historiques, est une grande patricienne
romaine, d'une suprême distinction malgré ses moeurs
dissolues, et dont la dévorante ambition sociale ne s'en
appuie pas moins sur un amour sincère pour Néron. On la
comprend, car cet Empereur si souvent vilipendé nous est
présenté ici comme un monarque jeune, beau,
athlétique, autoritaire et dominateur, certes, mais loin du
pantin "play-boy" et cruel. voire sadique, qu'on nous propose
généralement. Il est d'ailleurs significativement
confié à une voix de ténor, ce qui est plutôt rare de nos jours et ne
corespond d'ailleurs pas à la partition d'origine,
notée une octave p!us haut. Ce choix change tous ses rapports,
non seulement avec Poppée, mais peut-être davantage
encore avec Sénèque, qu'il défie avec une
autorité tranquille loin des habituels trépignements
d'enfant gâté. Le reste est à l'avenant, et
d'aucuns pourront même trouver trop sage le souverain
classicisme de cette vision, qui fuit tout excès et toute
caricature. Dans un très beau décor de Michèle
Raoul-Davis, unique mais mobile, aux teintes vert sombre et
vert-de-gris oscillant entre le minéral et le
végétal stylisés, la mise en scène n'en
est pas moins extrêmement vivante et mouvementée, voire
très drôle lorsqu'il le faut, et les costumes, sobres
mais colorés, de Lucia Fanti, y contribuent de leur
côté. Je ferai une réserve quant au
découpage de la soirée. L'oeuvre, bien qu'en trois
actes, est donnée ici avec une seule interruption, au milieu
du deuxième, mais à mon avis elle devrait se situer non
point après la mort de Sénèque, mais juste un
peu plus loin, à l'issue du duetto Valletto-Damigella,
nécessaire catharsis par une juxtaposition des contraires
voulue par le compositeur. Cette fin en point d'exclamation est une
chute de rideau plus efficace, et de plus le trio de Néron et
de ses courtisans célébrant la mort de
Sénèque démarre bien mieux la seconde partie. La réalisation instrumentale
des Arts Florissants est exemplaire, cela ne saurait étonner,
et William Christie, de son clavecin, nous prodigue un continuo d'une
richesse et d'une somptuosité exceptionnelles, et aussi d'une
souplesse rythmique et d'une parfaite maîtrise du plus subtil
rubato épousant parfaitement le jeu et le débit vocal
des interprètes. De son "Jardin des Voix", entièrement
constitué de jeunes chanteurs qu'il a longuement fait
travailler, il a une fois de plus extrait quelques fleurs des plus
rares. Aussi passera-t-on sur quelques menues et très
relatives faiblesse s: un Othon (Tim Mead) à la voix bien peu
séduisante pour défendre le rôle le plus ingrat
de la partition, qui me fait toujours penser, mais aggravé,
à celui de Don Ottavio : comme il est difficile de jouer de
manière crédible les amoureux transis ! De même,
l'autre personnage "frustré", celui d'Octavie. ne m'a pas
pleinement convaincu dans l'incarnation de Mariana Rewerski : si sa
froide et cruelle fureur face au malheureux Otbon "passe"
relativement bien, il s'en faut que ses adieux à Rome au
dernier acte me fassent oublier la déchirante, la
bouleversante Anne-Sofie von Otter de la production MacVicar-Jacobs.
Joao Fernandes prête au rôle ambigu de
Sénèque la splendeur de son timbre de basse "noire".
Isabelle Obadia sa fraîcheur espiègle à
l'incarnation du petit Valletto, tandis que l'Arnalta de Marc Molomot
triomphe d'une manière bien plus sobre, à la fin, que
son homologue parisien(ne) dans son inenarrable "travelo". Reste le
couple impérial, magnifique, avec l'éclatant
ténor, d'une rare beauté detimbre et de diction, de
Mirko Guadagnini (Néron) et surtout, dominant tout le
spectacle, l'irrésistible Poppée de Danielle De Niese,
une Américaine de sang eurasien qui, à vingt-cinq ans
à peine, chante déjà au Met, à
Glyndebourne, et sur toutes les grandes scènes du monde. D'une
rayonnante beauté, svelte corps de jeune déesse et
visage dont la finesse de traits s'illumine du plus ensorcelant
sourire. elle ne rendrait pas seulement tous les Néron du
monde amoureux fous, car de plus et surtout, c'est l'une des plus
belles voix de soprano que j'aie entendues depuis longtemps. Retenez
ce nom, qui fait déjà le tour de la planète. je
lui prédis la plus brillante des
carrières!"
- Diapason - mars 2005 - 28 janvier 2005
"... l'écriture de
Monteverdi semble glisser entre les doigts du chef claveciniste, et
ce dès le prélude du Couronnement, minestrone de
floritures sans couleur ni relief. Les intentions, bien sûr, se
veulent sensibles, mais la "sauce harmonique" du continuo ne prend
pas (en gros, trop de motifs, trop peu de timbres) et Les Arts
Florissants peinent à jouer ensemble - panique au début
des ritournelles ! Sur scène, le décorateur fait joujou
avec des figures géométriques gainées de papier
vénitien qui s'enchevêtrent, se resserrent et
s'écartent sans jamais poser un lieu ou une atmosphère.
Malgré quelques erreurs de distribution (Joao Hemandes n'a ni
les notes ni le caractère vocal d'un Sénèque,
Anders J. Dahlin a tout pour lui... sinon la vocalise de Lucain), les
jeunes chanteurs découvrent cette musique avec un enthousiasme
évident. Encore faudrait-il, pour qu'ils donnent le change
dans ces personnages immenses, qu un metteur en scène les
guide. Bernard Sobbel leur abandonne un spectacle de patronage : il
survole le sublime livret de Busenello, et son manque de savoir-faire
(les entrées d'Octavie, de Sènèque, de Mercure
!) étonne encore plus que l'absence d'idée. Le
fondateur du Théâtre de Gennevilliers, recruté en
remplacement de Peter Stein, n'a-t-il pas eu le temps
nécessaire? A-t-il été embarrassé par le
décalage entre les jeunes talents et le monument ? A-t-il eu
peur de tout ce que l'intrigue a de politiquement incorrect ? Car sa
mise en scène, rythmée à l'échelle de la
réplique, ne porte pas plus à conséquence qu'une
sitcom : elle édulcore les caractères et néglige
les enjeux. Voici un Néron aussi pervers qu'un valet de
Marivaux (le ténor Mirko Guadagnini, vaillant), une Octavie
anecdotique (et fâchée avec l'intonation), un Othon (Tim
Mead) bien chantant mais inoffensif (qui croira que cet agneau est le
mari légitime de Poppée et qu'il brandira un poignard
sur elle ?), un Sénèque qui fait sourire quand il ouvre
grands les yeux dans son costume de Panoramix... Au milieu de ce
pas-grand-chose, Poppée seule rayonne : la sensualité
à fleur de peau, le timbre, la ligne de Daniele de Niese sont
bien ceux du personnage : on espère retrouver bientôt la
somptueuse métis dans ce rôle."
- Classica - mars 2005 - 22 janvier 2005
"La production de Bernard
Sobel remplaçant un Stein défaillant peut satisfaire
ceux qui ne veulent pas voir dans l'opéra autre chose qu'un
enchantement visuel : décor abstrait d'univers en expansion
signé Lucio Fanti, costumes à la romaine, on illustre,
sagement, au premier degré, distillant un ennui
théâtral proprement sidéral. Heureusement que des
personnalités s'imposent alors par leur nature même,
comme l'ébouriffante Danielle De Niese, plastiquement
irrésistible, et vocalement convaincante. Mais quand un
ténor comme Mirko Guadagnini chante et joue Néron
rigide, univoque... Trop de jeunes de la troupe du studio de
l'Opéra de Lyon perdent ici en présence ce qu'ils n'ont
pas encore en assurance vocale, à l'inverse de
l'investissement si productif perçu dans l'Ulysse
aixois."
- Libération - 20 janvier 2005 -
Trictrac
"A Lyon, c'est une tout autre
affaire. Tout d'abord par la grâce d'un décor
composé de pièces de trictrac grises s'emboîtant
et se dissociant pour figurer grottes, palais, planètes,
laisser passer la nuit rouge ou l'aurore qui point. Par la justesse
d'une distribution sans stars, mais d'une beauté physique et
vocale qui fait sens dans les duos. Et enfin par la
crédibilité du couple central : la soprano
métisse Danielle De Niese et le ténor Mirko Guadagnini,
un Néron italien au timbre vaillant, au phrasé noble.
Aucun rapport avec celui hurlé en falsetto par Jacek
Laszczkowski à Paris. Et quel Sénèque, limpide,
que celui de Joao Fernandes, en regard de celui tragique d'ennui de
Robert Lloyd, encore à Garnier !
La mise en scène de
Sobel, directeur du Centre dramatique de Gennevilliers, est d'une
précision et d'une honnêteté qui font mouche.
Elle lie les personnages nimbés d'éclairages tendres
quand, à Garnier, ils font cavaliers seuls, dans une sorte
d'agitation psychotique. L'amour de Monteverdi qui suinte de cette
production rhodanienne doit avant tout à William Christie.
Comme pour le Retour d'Ulysse dans sa patrie à Aix, il dirige
depuis le clavecin et l'orgue, seize solistes enfiévrés
de ses Arts florissants, et accompagne les chanteurs avec un soin et
une passion communicatifs."
- Le Monde - 24 janvier 2005 -
Poppée, immortelle courtisane, couronnée par
William Christie
A Lyon, Bernard Sobel signe
une mise en scène inventive de l'œuvre de Monteverdi.
Qu'avons-nous à couronner ainsi Poppée, la courtisane
corrompue dont le crime se mesure à l'aune du pouvoir cynique
incarné par Néron, à la mort de
Sénèque le philosophe, à la destruction
d'Octavie, impératrice répudiée ? De Paris
à Séville, en passant par Hambourg, Francfort, Munich,
Zurich, Lyon, Strasbourg, et Salamanque, que de Couronnement de
Poppée ! Comme si l'idéologie sulfureuse du dernier
chef-d'œuvre de Monteverdi (créé au Teatro Santi
Giovanni e Paolo de Venise, vraisemblablement fin 1642) n'avait rien
perdu de sa terrible actualité. Comme si le livret de
Francesco Busenello, d'après Les Annales de Tacite (livre
XIV), parlait d'un temps que nous reconnaissons.
Décadence de la
République vénitienne, marquée par
l'anathème de Rome (excommuniée par le pape Paul V de
1606 à 1614 pour cause de mœurs libertaires) puis
épuisée par la grande épidémie de peste
noire de 1630 qui extermina plus d'un quart de la ville. La rancune
qui animait alors Venise contre Rome, c'est vers un autre "empire"
que nous l'avons déplacée. La dénonciation
dégoûtée du pouvoir et le triomphe de la luxure
morale, n'est-ce pas celle qui nous révolte contre
l'ultra-matérialisme de notre époque ? Quelle sera
cette fois notre peste d'homme ? La musique de Monteverdi n'a rien
perdu de sa verdeur, qui montre sans juger et porte à un point
d'équilibre génial les amours incestueuses du
théâtre et de la voix.
Paris a donné le coup
d'envoi en octobre au Théâtre des Champs-Elysées
avec un plateau de haut vol, dans la mise en scène de David Mc
Vicar (Le Monde du 16 octobre 2003), dont l'obsession de
modernité et la trépidation
télé-scénique ont fâcheusement
renvoyé la musique dans les cordes - sous la direction de
René Jacobs.
Difficile de faire plus
dissemblable que la nouvelle production proposée par
l'Opéra de Lyon avec le metteur en scène Bernard Sobel.
Les trois actes se déroulent dans un ingénieux
décor de planètes bleutées,
découpées dans du papier vénitien,
agencées, imbriquées, se "froissant" autour de la
scène ou s'ouvrant selon l'action. La distribution, issue du
Nouveau Studio de l'Opéra de Lyon, est jeune, mais
déjà très professionnelle. On retiendra la
plastique vocale et scénique de la Poppée de Danielle
De Niese (qui ressemble à Angelina Jolie), le beau chant de
Judih Van Wanroij (Drusilla), la sensibilité du
contre-ténor Tim Mead (Othon) et l'adorable Ana Quintans
(Amour).
Le Néron de Mirko
Guadagnini gagnerait à laisser un peu sa virilité au
vestiaire, l'Octavie de Mariana Rewerski à maîtriser son
intonation, mais on reste admiratif des progrès accomplis par
la jeune basse, Joao Fernandez (Sénèque), qui a
affiné et mûri son chant depuis qu'on l'avait
découvert dans Le Jardin des voix, l'académie
initiée par Bill Christie, en novembre 2002.
Comme René Jacobs,
Christie a opté pour une version du Couronnement avec un
instrumentarium réduit (16 instruments). Cette fois, la
sobriété visuelle exigée par Bernard Sobel a
renforcé la lecture dynamique et sensuelle du maître des
Arts florissants, magnifiant la puissance, séductrice et
édifiante à la fois, de cet opéra de chair, de
sexe et de sang."
- Le Journal des Spectacles - Webthea - 27
janvier 2005 - Erotisme et politique dans les
étoiles
La belle et ambitieuse
patricienne Poppea qui, avec ses charmes, s’acheta un trône et
un empire, palpite et sévit au cœur du dernier ouvrage lyrique
de Claudio Monteverdi. Le chant du cygne de celui qui fut l’inventeur
de l’opéra. Un personnage troublant qui fut, cette saison, le
point d’ancrage d’inspirations aussi différentes que possible.
Après sa transposition hard et trash par David McVicar au
Théâtre des Champs Elysées en octobre 2004*, et,
en attendant la révélation des partis pris du metteur
en scène américain David Alden au Palais Garnier,
l’Opéra National de Lyon vient d’en offrir une vision
aérienne qui colle au plus près à la musique
précieuse de Monteverdi et à la poésie du livret
de Busenello.
Intrigues sur fond de sexe et
de sang - C’est l’histoire d’un amour fou qui flambe dans les
étoiles, au milieu de ces "stelle" si souvent invoqués
où les hommes et les dieux se côtoient entre ciel et
terre. C’est une fiction dont les héros ont vraiment
existé et qui raconte des événements inscrits
dans les livres d’histoire : la passion de Néron pour une
Poppée assoiffée de pouvoir, la répudiation
d’Octavie, le suicide de Sénèque ordonné par
l’empereur. Tacite les évoque dans ses Annales. Les
arrières-plans historiques et politiques du chef d’œuvre de
Monteverdi ont, depuis la résurrection du répertoire
baroque, fait caracoler l’imagination des metteurs en scène.
Souvent tentés de colorer de soufre le nœud d’intrigues sur
fond de sexe et de sang qui mène au sacre d’une courtisane au
sourire enjôleur et aux dents longues. Chez Monteverdi et
Busenello pourtant c’est l’amour en personne qui mène la
danse, l’amour qui triomphe de la vertu et de la fortune, l’amour qui
sauve et qui transcende...
Bernard Sobel, fidèle
à ses visions de poète exigeant - C’est ce point de
vue, au plus près de la quintessence de l’œuvre qui a
guidé le metteur en scène Bernard Sobel, l’homme de
théâtre engagé, le fondateur du
théâtre de Gennevilliers, le camarade de route de
Bertolt Brecht avec lequel il travailla à Berlin. Il est, cite
le Larousse "l’une des consciences morales du théâtre de
ce temps". A ce titre, il n’est pas l’homme à triturer la
lettre et l’esprit d’une œuvre pour se l’approprier. Sobel sert le
théâtre et, pour sa première incursion dans le
monde lyrique, il reste fidèle à lui-même,
à ses visions de poète exigeant, toujours
secondé par celles de ses peintres favoris qui imaginent ses
décors. Ici Lucio Fanti, un Italien de Paris qui a
exposé dans les plus grands musées et travaillé
avec les plus grands du monde de la scène.
Une beauté à
damner tous les dieux de l’Olympe - Grâce à eux deux,
Monteverdi et sa Poppea planent en apesanteur dans les étoiles
: un décor mobile fait de panneaux bleus constellés de
planètes, s’imbriquant les uns dans les autres, s’ouvrant des
perspectives célestes et les couleurs des humeurs. Des lieux
intemporels où vagabondent les rêves. L’attribution des
rôles obéit à la même logique de
fidélité : Néron n’est plus, comme souvent, ce
débauché interprété par une mezzo
soprano, mais un beau gosse tyrannique que chante avec conviction et
cynisme le ténor italien Mirko Guadagnini et la voluptueuse
Poppea de l’australienne Danielle De Niese, voix claire et
beauté à damner tous les dieux de l’Olympe, incarne
à merveille la femme fatale qui fait tomber les têtes et
leur couronne. Toute la distribution issue à la fois du
Nouveau Studio de l’Opéra de Lyon et du Jardin des Voix,
l’académie des Arts Florissants, respire la jeunesse. Avec ses
points de force comme la jeune basse Joâo Fernandes
(Senèque ambigu), le contre ténor Tim Mead (Othon
éperdu), le ténor Marc Molonot (irrésistible
Arnalta), et ses faiblesses comme la mezzo Mariana Rewerski, Octavie
au timbre métallique mal maîtrisé. Dans la fosse
William Christie surveille de près ses ouailles et dirige
presque en retrait, mais avec une grâce absolue, la quinzaine
de musiciens de son orchestre retenus pour donner vie à cet
étrange et somptueux imbroglio d’érotisme et de
politique."
- Forum Opéra - 24 janvier 2005
"On le dit, on le lit de
partout, Poppée a le vent en poupe. Mieux même, la
courtisane est devenu l'un des personnages les plus bancable du
circuit lyrique. L'Opéra de Lyon s'inscrit donc dans la mode
actuelle mais monte son Couronnement à contre-courant des
productions actuelles, loin des feux du star-system. On ne redira pas
l'étonnante modernité de cet opéra, ni non plus
son climat sulfureux d'inversion des valeurs qui voit le triomphe
subversif de la luxure. Bernard Sobel le dit assez bien à
travers sa vision très personnelle de l'oeuvre. On a un temps
été chagriné par le désistement de Peter
Stein, initialement annoncé, pour "désaccord textuel".
On se console bien vite avec Sobel. Son décor expose toute la
portée universelle que le metteur en scène met dans la
tragi-comédie bâtie par Busenello. Cosmogonique,
fragmenté en de multiples facettes disjointes, l'écrin
de l'oeuvre annonce clairement qu'en ce monde, comme dans le
microcosme historique, rien n'est jamais simple ou univoque : le
tyran Néron peut être capable de clémence et
d'humanité ; Octavie, reine trompée, est prête
à consommer l'adultère et à se couvrir les mains
de sang ; en Othon comme en tout amoureux sommeille un monstre
d'égocentrisme. Pessimiste en ce qu'elle ne porte pas une
estime débordante au genre humain, l'oeuvre trouve donc en
Sobel un interprète fin et fiable. Très bien
éclairée, jouant du syncrétisme de costumes
antico-modernistes, la régie crée un subjuguant
théâtre de passions. Elle suscite chez chacun une
vérité du geste, une prodigieuse mobilité de
visages, une corporalité violente qui, dans les
étreintes de Néron et Poppée, est presque
provocante d'érotisme suggestif. Elle met aussi en place le
jeu des silhouettes savoureuses du "second plan", virtuoses dans
leurs évolutions et succulents de verbe (Arnalta, l'Amour, le
Valet). Il faut dire aussi que les chanteurs semblent aussi avoir
été castés pour leur physique et leur
personnalité, ce dont personne ne se plaindra.
On avait laissé William
Christie, dans Monteverdi, sur la réussite éclatante de
son Retour d'Ulysse. Ayant manifestement des affinités
profondes et subtiles avec l'univers du maître italien, le chef
poursuit avec bonheur l'exploration de son répertoire lyrique.
Sa réussite, il la doit sûrement au fait qu'il
accompagne plus qu'il ne dirige ses troupes. Le "chef" ne quitte
d'ailleurs pas sa formation au moment du rideau final et salue sa
troupe du fond de la fosse. Son continuo riche irise, irradie le
texte, métaphorise la langue éclatante de Busenello
dans un succulent jeu d'imitations (les bâillements des
soldats, les éternuements du valet), sans pourtant jamais
évincer la pure violence du drame (les scènes
d'Octavie) ni les serpentines évolutions de
l'héroïne. Du grand art vraiment, que cette
manière à la fois militante et modeste de Christie de
tendre la main à cette équipe qu'il a réunie
avec un soin scrupuleux. On sait le talent que le chef a pour mener
à maturité, dans les serres chaudes de ses Arts
Florissants, les jeunes bourgeons vocaux qu'il sélectionne
avec amour et talent. Une fois de plus, dans ce contexte, la voix,
travaillée, polie par un Christie enamouré, prend ici
une saveur particulière, qui est celle de la vie même
plus que du chant "propre".
Dans ces conditions, sans
doute les comprimarii sont-ils les plus favorisés par l'option
du chef, qui les propulse, éclatants de chair, solaires, sur
le devant de la scène. Il y a là, on l'a dit, de vrais
miracles (Amour, Nourrice, Lucain) qui sont pour beaucoup dans la
réussite de cette oeuvre protéiforme, de ce virevoltant
mélange des genres. Il y a là aussi une Drusilla
magnifique de naïveté, de détermination, une
Arnalta qui file une magnifique berceuse et jette sur le monde l'oeil
aiguisé d'une "seconde main" plus philosophe que
Sénèque lui-même. Ce dernier, un João
Fernandes de haute inspiration et de voix confortable, offre la
vision intelligente d'un stoïcien finalement bien attaché
aux biens de ce monde. Bel Othon aussi de Tim Mead,
déchiré, cauteleux et porté aux dernières
extrémités comme l'Octavie majeure de Mariana Rewerski,
véritable abîme d'humanité que l'on souhaite
retrouver bien vite.
Mais cette production rayonne
surtout grâce à l'un des plus beaux couples qui soit.
Lui est bien peu philologique, ténor rude, sombre, d'une
plastique ensorcelante, que l'on rêve en Orfeo, timbre en
fusion et présence violente, moite encore de l'adultère
turpide consommé dans les bras de Poppea. Elle, Danielle de
Niese, chante avec un naturel de génie (son premier "Signor"
semble presque parlé), personnage éternellement
changeant, patricienne toujours, mais gamine à l'optimisme
vite écorné face à Arnalta, stratège
instillant le venin dans l'âme de Néron, ingrate avec
Othon. La chanteuse est donc une actrice qui vampe son monde comme
personne. S'était-on seulement aperçu avant elle comme
à l'acte I, scène 10, ses "combien suaves [...] te
parurent les baisers de cette bouche [...] Et les pommes de cette
gorge [...] Et les douces étreintes de ces bras", avaient tout
le potentiel charnel de la scène mythique, entre Bardot et
Piccoli, du "Mépris" de Godard...?
Alors il y a certainement des
défauts dans cette production, peu n'en ont pas. Mais il y a
avant tout une vérité troublante, une humanité
vibrante, un véritable amour de cette musique qui font que ce
travail-là restera dans les annales."
- Opéra de
Francfort - 14, 16, 19, 22, 28 janvier, 5, 12, 19 mars
2005 - dir. Johannes Debus - mise en scène Rosamund Gilmore
- décors, costumes Carl Friedrich Oberle - dramaturgie
Norbert Abels - avec Juanita Lascarro (Poppea), Johannes Chum
(Nero), Elzbieta Ardam (Ottone), Nidia Palacios (Ottavia),
Hans-Jürgen Lazar (Arnalta), Diane Pilcher (Nutrice), Anna
Ryberg (Drusilla, Virtù), Jenny Carlstedt (Fortuna),
Michael McCown (Liberto, Soldato 2), Annette Stricker (Amore,
Valetto), Heike Heilmann (Damigella), Peter Marsh (Lucano, Soldato
1), Gregory Frank (Seneca), Franz Mayer (Mercurio, Littore), Peter
Marsh, Franz Mayer (Famigliari)
- Opéra International -
mars/avril 2005 - 22 janvier 2005
"Cette reprise de
l'opéra de Monteverdi offre un exemple rare d'intelligence
musicale et scénique, appliquée sans trahir la moindre
vanité personnelle à une transmission falsifiée
de l'oeuvre.Voilà une production qui, sans recourir à
l'actualisation,traduit avec autant de pénétration
psychologique que d'éloquence musicale la nature ambivalente
de la plupart des personnages, tout en rendant perceptible le
fréquent ton d'ironie, inhérent au livret de Busenello
et que la composition ne manque jamais
d'épouser.
Felice Venanzoni dirige un
orchestre de douze instrumentistes avec la même alliance de
méticulosité musicologique et de vitalité
dynamique que Rinaldo Alessandrini, qui se tenait au pupitre lors de
la première de la production. La beauté
dépouillée du décor unique conçu par Carl
Friedrich Oberle, un amphithéâtre qui permet à
l'action de se dérouler principalement sur deux niveaux, se
double de l'avantage d'offrir un espace clos favorable à
l'acoustique. Auteur de la mise en scène, Rosamund Gilmore y
fait évoluer ses personnages avec une plasticité
qu'elle intensifie d'ailleurs à plusieurs reprises par le
soutien d'un contrepoint chorégraphique de sa propre
invention, confié, dans le rôle d'une esclave, à
la danseuse Sandra Lommerzheirn, dont la prestation aux lignes
sinueuses toujours suggestives n'a pas été moins
applaudie que celle des solistes vocaux. Dans le rôle de
Nerone, le ténor Johannes Chum conduit sa voix avec
virtuosité et subtilité à travers tous les
registres, et livre de l'empereur une incarnation d'une nerveuse
réactivité et versatilité. Pareillement
remarquable, l'Ottavia de Francesca Provvisionato, phrasée
avec autant d'intensité que d'intériorité de sa
voix superbement timbrée. Confié à la Polonaise
Elzbieta Ardam, le personnage d'Ottone acquiert un relief saisissant
grâe à l'engagement passionné de cette artiste
dotée d'un ample et expansif contralto. Comme dans la plupart
de ses autres rôles, Juanita Lascarro est en Poppea
stylistiquement moins typée, misant avec un peu trop
d'évidence sur la séduction de sa svelte beauté.
D'un ensemble fortement individualisé, citons encore le Seneca
d'une virile sobriété de Soon-Won Kang et
l'époustouflante Arnalta de Hans-Jürgen Lazar, exploitant
le texte avec une intelligence se refusant à tout clin
d'oeil."
- Londres - Barbican
Center - 25 octobre 2004 - en version de concert -
Concerto Vocale - dir. René Jacobs - avec Veronica Cangemi
(Poppea / Fortuna), Zoryana Kushpler (Nero), Lawrence Zazzo
(Ottone), Anne Sofie von Otter (Ottavia / Vertu), Antonio Abete
(Seneca), Dominique Visse (Nutrice / Famigliare 1), Carla di Censo
(Drusilla), Tom Allen (Arnalta / Mercurio / Console 1), Finnur
Bjarnason (Soldato 1 / Famigliare 2 / Lucano / Console 2), Enrico
Facini (Soldato 2 / Liberto / Tribuno 1), Nuria Rial (Valletto /
Amore), René Linnenbank (Littore / Famigliare 3 / Tribuno
2), Mariana Ortiz-Rodriguez (Pallade / Damigella)
- Théâtre des
Champs Elysées -
13, 15, 17, 19, 21, 23 octobre 2004 - nouvelle production -
Concerto Vocale - dir. René Jacobs - mise en scène
David McVicar - décors Robert Jones - costumes Jenny
Tiramani - lumières Paule Constable - chorégraphie
Andrew George - avec Patrizia Ciofi (Poppea / Fortuna), Anna
Caterina Antonacci (Nerone), Anne Sofie von Otter (Ottavia /
Virtù), Lawrence Zazzo (Ottone), Antonio Abete (Seneca),
Carla di Censo (Drusilla), Tom Allen (Arnalta / Mercurio), Finnur
Bjarnason (Lucano / Soldato I / Console II / Famigliaro II), Amel
Brahim-Djelloul (Valletto / Amore), Dominique Visse (Nutrice /
Famigliaro I), Enrico Facini (Liberto / Soldato II / Tribuno
I), Mariana Ortiz-Frances (Damigella, Pallade), René
Linnenbank (Littore / Famigliaro III / Tribuno II)
- Webthea - Le Journal des Spectacles - 27
octobre 2004 - Monteverdi de toc et de tics
"On ne pouvait rêver
mieux : René Jacobs et son Concerto Vocale dans la fosse,
Anne-Sofie von Otter (Octavie), Patrizia Ciofi (Poppée), Anna
Caterina Antonacci (Néron), Lawrence Zazzo (Ottone), Antonio
Abete (Sénèque) Dominique Visse (la nourrice), sur le
plateau et l’écossais David McVicar, heureux aux commandes de
la mise en scène. La déception fut à la mesure
de l’attente. Cruciale. Promesses tenues musicalement pourtant, tant
par la direction d’orchestre, en parfaite adéquation avec
cette musique-là, une musique dont Jacobs connaît les
recoins les plus secrets, tous les élans et dont il sait
à merveille faire swinguer l’âme. Le Néron d’Anna
Caterina Antonacci, que l’on entendra en janvier à Garnier
dans le rôle de Poppée, possède les couleurs et
les vivacités du rôle, Anne-Sofie von Otter insuffle un
sens tragique au féminin à sa pauvre Octavie, Patrizia
Ciofi, minaude beaucoup, sans pour autant trop altérer la
légèreté de son timbre. Antonio Abete en vieux
philosophe, Lawrence Zazzo en amoureux transi sont
irréprochables et auraient pu à juste titre triompher
si le metteur en scène ne les avait pas embarqués dans
une nef de vulgarité. McVicar s’était fait
connaître en France par de savoureux rajeunissements
apportés à deux opéras du prolifique Haendel,
Agrippina et Semele. Des succès qui lui ont fait
découvrir les filons de ce qu’il espérait
peut-être devenir une mine d’or : la transposition dans
l’actualité du jour du contenu d’œuvres écrites il y a
trois cents ans. Sur la lancée du procédé,
Néron devient un junkie coiffé Michael Jackson,
Poppée une baby doll, Othon un cadre sup de multinationale,
Sénèque un adepte de la
télé-réalité, la nourrice, une drag queen
déjantée, Valleto un rappeur obscène... Sans
oublier CNN et les élections américaines... Trop, c’est
trop. A ce niveau de mauvais goûts, de toc et de tics, il ne
reste qu’à fermer les yeux..."
- Classica - décembre 2004 - McVicar
destitué - Monteverdi trahi par une mise en scène
grossière - 23 octobre 2004
"S'attendait-on à un
tel ratage? Après une Agrippine contestée et une Semele
unanimement célébrée, le metteur en scène
anglais retrouvait le Théâtre des Champs-Elysées
pour le premier Couronnement de Poppée parisien de la saison.
David McVicar a transformé cette sublime histoire en une
vulgaire bouffonnerie domestique. En voulant moderniser coûte
que coûte ce drame antique, il enfile les clichés les
plus vulgaires et se vautre dans ce qu'il tente d'ailleurs de
dénoncer mollement dans l'acte II : la dictature du
présent et de l'image factice. On part d'un prologue
décalé à la Peter Greenaway pour plonger dans un
néant sans fin, où tout est artificiel, vide -
bêtement branché. Pour une raison qui nous
échappe encore, chacun est obligé, à un moment
ou à un autre, de baisser son pantalon, de prendre de la coke
et de regarder CNN ! Voilà pour la profondeur de l'approche.
Les trois nobles femmes (Ciofi, von Otter et Antonacci) qui chantent
ça, ne peuvent rien au ridicule des situations (pour ne rien
dire de leur accoutrement). René Jacobs, sans doute par
réaction, a choisi l'hédonisme le plus subtil pour
accompagner ces horreurs. C'est déjà
ça.."
- Le Monde de la Musique - décembre
2004 - Poppée in the mood - 23 octobre 2004
"Trop c'est trop" serait-t-on
tenté de clamer, tant ce Couronnement de Poppée mis en
scène par David McVicar accumule les poncifs chers aux
productions "actualisées" d'opéras baroques, dont Peter
Sellars, avec un Giulio Cesare de Haendel façon "rois du
pétrole", a lancé la mode il y a une quinzaine
d'années. Pendant les trois heures de représentation de
ce chef-d'oeuvre, on voit un rasta nommé Néron se
rouler sur un canapé tapissé de peau de panthère
(les Romains étaient vulgaires, c'est connu) et
Sénèque se suicider devant les caméras d'un
talk-show, le Valetto danser le hip hop et le mari de Poppée
fomenter sa vengeance par téléphone (portable, bien
entendu). Il va sans dire que le déploiement de cet arsenal
dispense le metteur en scène de se demander
sérieusement en quoi cette oeuvre vieille de trois
siècles et demi nous concerne, et noie dans une lassante
parodie le subtil mélange de sublime et de grotesque qui en
fait le prix. C'est d'autant plus regrettable que René Jacobs
a effectué, lui, un impressionnant travail sur l'ouvrage,
même si sa riche réalisation de la partition parait
incongrue dans un tel contexte. Les chanteurs Patricia Ciofi en
Poppée, Auna Caterina Antonacci en Néron, Lawrence
Zazzo en Ottone, Anne Sofie von Otter en Octavie jouent le jeu avec
beaucoup de bonne volonté."
- Diapason - décembre 2004 - Le
retour du vice - 23 octobre 2004
"Enfant terrible de la mise en
scène lyrique, David McVicar est aussi un enfant
gâté. Par les maisons d'opéra, qui lui ont
déjà confié certains des meilleurs livrets en
2004, il aura inscrit à son tableau de chasse Don Giovanni,
Faust, la Semele de Haendel, ce Couronnement de Poppée et Le
Songe d'une nuit d'été de Britten (en décembre,
à Bruxelles)... compte non tenu des reprises. Qui dit mieux?
Enfant gâté, aussi par les fées : elles lui ont
appris à "tailler sur mesure " un personnage pour chaque
chanteur et à rythmer ses pas d'un élan virtuose digne
des meilleurs shows de Broadway. Ce Couronnement ne fait pas
exception, l'oeil est captivé par la scène depuis le
lever jusqu'au tomber du rideau, si bien que l'oreille ne s'en
détourne jamais pour " visiter " la fosse, malgré toute
l'efficacité acoustique du Concerto Vocale de René
Jacobs. Mais de l'enfant gâté, c'est le visage ingrat
que l'on découvre ici. Celui qui
veut toujours se mettre en avant, qui se fiche bien de savoir quelle
chance il a de travailler sur le texte sublime de Busenello. Celui
qui s'amuse à briser ses jouets les plus précieux - en
l'occurrence, à rater presque immanquablement les
scènes les plus attendues. Ni l'intelligence de McVicar ni son
savoir-faire n'auront raison de cette vanité. Son imagination
prolifère, le mot se noie. Dès la fin du merveilleux
prologue (divinités ruisselant de lumière,
animées d'une rhétorique postmodeme à la fois
punk et histrincisante : du bel ouvrage; libre et
maîtrisé), il ne sait pas quoi faire de ses mains
surdouées. Alors il dégaine la panoplie d'une
modernité cheap, attaché-case, voiture,
téléphone portable, revolvers, écrans plasma,
infos sur CNN, coke, appareil à cartes bleues... Et
forcément n'obtient que ce qu'il veut fùir, un
goût de déjà vu.
Symptomatique, la scène
qui se voudrait la plus blasphématoire dans son aggiornamento
est aussi la moins expressive : un suicide de Sénèque
sans tension ni grandeur, devant les caméras d'une
émission littéraire, revolver et sauce tomate sur la
tempe. Pas d'incohérence pour autant : McVicar pousse ici
à bout le philosophe sentencieux
qu'il a réglé pour l'improbable Antonio Abete. Pas plus
d'incohérence à l'échelle de la pièce :
Sénèque est méprisable, mais tout autant la
glaciale vertu d'Octavie (composition magistrale d'Anne Sofie von
Otter, en grande voix) et les jérémiades amoureuses
d'Ottone (la faiblesse du personnage est cruellement rendue par le
livret quand aucune scène n'est coupée comme ici, pour
le tendre Lawrence Zazzo). Le couple impérial devrait unir
deux héros. Trop facile pour McVicar, qui s'ingénie
à dessiner deux silhouettes fuyantes (elle arriviste frivole,
lui perdu plus que pervers) dont seul est palpable le désir.
Cette intuition n'a rien d'un contresens, mais elle ne fonctionne pas
: Anna Caterina Antonacci occulte sa maîtresse par l'ampleur et
la gourmandise de sa déclamation, et la délicieuse
Patrizia Ciofi n'a pas le sex-appeal magnétique d'une
Poppée.
En trouvant du vice à
chacun, en plaçant les nourrices sur le devant de la
scène (à tel point que ce sont les performances de
Dominique Visse et Tom Allen qui auront le plus marqué les
esprits), en refusant de hiérarchiser les bons et les
méchants, les grands et les petits (l'impertinent Valetto
devient un vrai personnage, d'autant qu'il est pour une fois
donné dans son intégralité, et que la jeune Amel
Brahim-Djelloul y rayonne), McVicar insuffle au livret de Busenello
une réjouissante continuité. Le constraste des genres
propre à l'opéra Vénitien refuse les jeux
redondants prisés par presque tous les metteurs en
scène pour s'élancer dans un grand geste
chorégraphique - culminant avec le duo Néron-Lucain,
alla Bob Fosse. Manque toutefois une figure essentielle pour que ce
tourbillon ne tourne pas à vide : Rome. McVicar l'oublie, les
adieux d'Octavie n'ont pas plus d'objet que l'ambition de
Poppée. Qu'importe qu'ensuite la ville
brûle..."
- Opéra International - novembre 2004 -
13 octobre 2004
"Qui se cache derrière
ce magnifique rideau de tulle bleu roi moucheté de lys d'or
tendu à l'avant-scène? Qu'est devenu Nerone,
l'adolescent cocaïnomane que nous avions laissé à
la fin de l'Agrippina de Haendel mise en scène par David McVicar, dans ce même
théâtre ? Autant de questions que se posait le gratin
parisien puisque la suite du feuilleton romain, écrit par le
même McVicar, attendait le Tout-Paris, suspense entretenu par
le dossier de presse rappelant la filiation des livrets écrits
par les cyniques patriciens de Venise Busenello pour Monteverdi, et
Grimani, soixante-sept ans plus tard. Entre-temps, Nerone s'est
laissé pousser des dreadlocks. Une tribu de gogo-boys sortis
d'un after au Banana l'escorte en sniffant plus de coke qu'Al Pacino
et ses potes dans Scarface. Sa cour achète ses meubles chez
Roméo, au faubourg Saint-Antoine, et ses gardes du corps
sortent, phares allumés, de NYPD Blue. Les
références ciné et télé ne
s'arrêteront pas là. Arnalta, c'est Robin Williams dans
Mrs Doubtfire. La police impériale s'avère un
mélange de MIB et de clones de Matrix. En nuisette sexy,
Poppea est une bimbo déjantée à la Tarantino et
Ottavia a le chic de Meryl Streep dans "La mort vous va si bien".
Hélas, le metteur en scène écossais, pour avoir,
comme le chante la rouée Arnalta, "trop bu le vin de la
louange (critique) à la coupe du mensonge", lasse très
vite. Est-il nécessaire de jouer l'overdose d'accumulations
quand on dispose d'un des plus brillants livrets de l'histoire ?
Pourquoi, à la tête d'un bud-et costumes et
décors qu'on imagine hollywoodien, nous pose-t-il sans cesse
la narcissique question : "L'ai-je bien descendu, l'escalier de mon
opéra ?" Le livret d'Agrippina, savante déconstruction
de l'opera seria, plus difficile à transcrire pour un public
du XXIe siècle que du Busenello, l'avait mieux
inspiré.
C'est à la mort de
Seneca que le système McVicar déraille. Le studio
télé où le philosophe, en direct live chez un
ersatz de Guillaume Durand, est condamné à mourir,
s'avère d'une platitude effarante. Les scènes suivantes
surenchérissent dans la démagogie. CNN passe en boucle
et Nerone danse sur le cercueil du philosophe en mélangeant
"Orange mécanique" avec Chicago. Le désir sexuel est
l'axe moteur de cet opéra mais, sans jouer les prudes,
pourquoi tant de mains au paquet et de postérieurs
reniflés ? Comme tout un chacun, McVicar doit savoir que les
meilleures choses s'épuisent quand on en
abuse...
Tout avait pourtant bien
commencé avec un prologue racé où Fortuna et
Virtù, femme chauve et duègne frigide
enchâssées par les somptueuses robes à panier de
Jenny Tiramani, sortirent des panneaux coulissants et se
lancèrent des défis rhétoriques en singeant la
gestuelle baroque. On espéra un instant les multiples
degrés de lecture à la Martinoty dans ces espaces chics
signés Robert Jones. Mais dès l'arrivée
d'Ottone, cadre stressé atteint d'une acidité gastrique
soulignée d'abondantes prises de Maalox liquide, le toc
régna. Un méchant gaspillage quand on dispose d'une
distribution grand luxe. L'Ottone racé, à la projection
impeccable, de Lawrence Zazzo décroche l'or du
contre-ténor. La lamentation d'Ottavia sied autant à
Anne Sofie von Otter que sa robe façon Thierry Mugler. Le
Nerone d'Anna Caterina Antonacci, très attendu, est
littéralement impérial, musclé sur toute la
tessiture, viril jusque dans la pointe d'un vibrato subtilement
dompté. Seule Patrizia Ciofi déçoit en Poppea.
On mettra sur le compte d'une fatigue passagère la curieuse
schizophrénie vocale d'un timbre généreux ayant
du mal à chasser une seconde vocalité, plate et
empêchée. Le stress de la première atteint aussi
le soprano trop tendu de Carla Di Censo (Drusilla). Creux comme un
philosophe de télé, le Seneca d'Antonio Abete est
absent. Dans les seconds rôles - mais y en a-t-il dans cette
oeuvre féroce ? -, on retient les performances vocales et
théâtrales de Mariana Ortiz-Francés (Damigella et
Palade) et d'Amel Brahim-Djelloul, Amore princier mais Valletto
déformé par un hip-hop caricatural. Chez les nourrices
travesties, Dominique Visse fait sa vicieuse habituelle et le
(très) grand Tom Allen (Arnalta) est un joyeux
drille.
Dommage que les battues
frénétiques de René Jacobs aient
ôté toute magie à son "Oblivion soave". A la
tête d'un Concerto Vocale impeccable de grain et de justesse,
le chef choisit des tempi de cocaïnomane qui laissent peu de
place aux ombres présentes dans la partition de Monteverdi et
de ses élèves, Il parvient in extremis à baigner
de sensualité un duo final abîmé par les costumes
Folies Bergère de l'empereur et de sa putain impériale,
soudain devenus aras couverts de strass. Ce couronnement
annoncé s'est donc transformé en péplum
post-moderne sans fil conducteur, ce que le public n'a pas
manqué de reprocher bruyamment à l'équipe
dramaturgique."
- Altamusica - 15 octobre 2004 -
Poppée sans télécommande
"Après le succès
de son haendelienne Agrippina, le tandem Jacobs-McVicar proposait
au Théâtre des Champs-Elysées avec un nouveau
Couronnement de Poppée l’un des événements
lyriques de cet automne, d’autant que la distribution vocale
promettait son lot de délices. Résultat pour le
moins mitigé, côté mise en scène
notamment.
Avouons notre embarras.
Qu’a vu un mélomane découvrant l’univers de David
McVicar avec ce Couronnement ? Une sorte de revue de music-hall –
Néron en Michael Jackson, Arnalte en drag-queen,
Sénèque se suicidant au revolver – menée
tambour battant, un jeu d’acteur très habilement
dirigé et une insolence non dénuée de
drôlerie dans la mise au goût du jour d’une lutte
cynique pour le pouvoir. Les clins d’œil lorgnent volontiers du
côté de la télévision :
Sénèque est une espèce de prédicateur
un peu ringard familier des débats
télévisés, l’annonce de la tentative de
meurtre sur Poppée se fait via CNN. On brocarde volontiers,
on critique les travers de la société occidentale en
général, américaine en particulier. Mais
voilà, pour qui a vu Agrippina, pour qui a assisté
ensuite au Semele dirigé par Minkowski, l’inspiration de
David McVicar semble à bout de souffle, car elle recourt
à des ficelles fleurant bon leur déjà-vu et
qui se succèdent sans direction apparente : ligne de coke,
cigarettes omniprésentes, caméras CNN, scènes
de beuverie ou d’orgie, un Valetto rappeur qui s’habille
façon « baggy » et déploie une gestique
alla Eminem ; tous ces gags sont finalement assez attendus, et
seul leur ordre d’apparition peut encore surprendre. D’aucuns
diront que McVicar a son « style », mais l’impression
générale est plutôt celle d’une redite
cédant quelque peu aux sirènes de la
facilité, toujours avec ce refus quasi-systématique
de la moindre concession au pathétique – pas même
dans les deux grandes lamentations d’Ottavia. Si l’extraordinaire
réalisme du livret de Busenello supporte sans
difficulté un traitement de ce type, encore faut-il que le
dramaturge puisse donner une certaine unité à ce
foisonnement incroyable.
Le plateau vocal suit sans
broncher les intentions du metteur en scène, et tous les
chanteurs sont aussi d’excellents comédiens – notamment le
duo des vieilles cyniques, un Dominique Visse inénarrable
en Nutrice et un Tom Allen fort bien chantant en Arnalta. On
attendait beaucoup du trio magique formée par Patrizia
Ciofi, Anna Caterina Antonacci et Anne Sofie von Otter. Si Ciofi
ne semble pas tout à fait à l’aise dans la tessiture
de Poppée – elle ne se libère vraiment qu’à
partir du haut-médium –, Antonacci offre un Néron
d’une sulfureuse sensualité, se montrant autrement
convaincante qu’en Poppée, rôle dont elle est
pourtant l’une des grandes titulaires et qu’elle chantera en
janvier 2005 à l’Opéra de Paris. Néron
inoubliable avec Marc Minkowski, Anne Sofie von Otter retrouve le
rôle d’Ottavia qu’elle a affronté avec Gardiner :
composition grandiose dans sa souffrance et sa démesure.
Pour le reste, pas de souvenir impérissable, mais pas de
faiblesse notable non plus. Antonio Abete en Sénèque
rachète un certain manque de présence par le grain
de sa voix, Lawrence Zazzo ne déploie pas une
séduction vocale inoubliable mais il reste l’un des rares
altos masculins capables d’assumer la tessiture très grave
d’Ottone de manière aussi convaincante que musicale, alors
qu’en Drusilla, Carla di Censo possède une voix assez
pincée.
Côté fosse,
avec force flûtes, cornets et trombones, René Jacobs
joue la carte de la luxuriance instrumentale, s’éloignant
en cela des pratiques en cours dans les théâtres
vénitiens de l’époque, et assumant une tradition
maintenant bien établie. Fort de cette opulence, le chef
belge colorie savamment son discours, et le récitatif
monteverdien le trouve plus souple que dans l’opera seria du
XVIIIe siècle. On lui sait gré d’avoir su tenir ses
chanteurs du point de vue stylistique, mais on aurait parfois
souhaité un continuo plus cinglant, par exemple dans la
confrontation finale entre Néron et Sénèque.
Mais il est vrai que l’agitation un peu vaine sur scène n’a
pas facilité la tâche aux musiciens. On était
venu voir un opéra sulfureux, on a assisté à
une gentille sitcom, sans télécommande pour changer
de chaîne !"
- ConcertoNet - 13 octobre 2004
"Après une Agrippina de
Haendel décalée, David McVicar et René Jacobs
continuent d’explorer l’histoire de la Rome antique et les
débordements de l’un des plus célèbres empereurs
avec le chef d’oeuvre de Monterverdi, L’Incoronazione di Poppea. Une
fois n’est pas coutume, l’action est transposée dans un monde
contemporain où se côtoient téléphone
portable et allégorie et tout cela tente de faire bon
ménage tandis que les musiciens apportent un luxe exemplaire
à la partition.
En assistant à cette
nouvelle production on pourrait se demander si David McVicar n’a pas
eu envie de mélanger les deux styles esthétiques de ses
mises en scène, à la fois la beauté
épurée montrée dans Semele et le
côté contemporain de son Agrippina. Le prologue est
vraiment magnifique puisque la Vertu et la Fortune apparaissent sur
scène dans des costumes très recherchés,
Patrizia Ciofi avec une sorte de robe dorée et Anne-Sofie Von
Otter avec une robe noire richement parée. Dommage que la
gestuelle des mains soit si ridicule et brise quelque peu la magie de
la scène ! Mais après cette splendide scène, les
choses se gâtent car Ottone arrive en costume de ville, un sac
de voyage sur l’épaule et une petite valise et il semble tout
droit sorti des tours de la Défense! Pourquoi replonger le
spectateur dans son quotidien après l’avoir fait rêver
dans une si belle introduction? Le metteur en scène semble
prendre le livret de Busenello au pied de la lettre car comme Ottone
dit qu’il revient, il en conclut qu’il revient de voyage et qu’il
descendrait presque de son avion. Pourquoi pas, mais ne serait-ce pas
dénaturer quelque peu le texte? David McVicar ne manque pas
d’idées, c’est indéniable mais peut-être que
certaines n’ont pas vraiment de place sur une scène
d’opéra. Le rôle de Seneca est assez bien fouillé
puisqu’il le présente comme le philosophe qu’il est, mais
aussi comme un écrivain qui vient faire la promotion de son
livre au début de l’acte II. Jusque-là l’idée
aurait pu être intéressante mais la mort de
Sénèque est vraiment ridicule car il ne quitte pas son
pistolet et une caméra (sur scène avec écran) le
montre en train de suicider (merci de respecter Tacite au passage…)
et on le voit étendu, mort d’une balle dans la tempe. Quelques
idées saugrenues apparaissent ça et là comme le
début du troisième acte qui montre les dernières
nouvelles de CNN et il n’y est même pas question de la
répudiation d’Ottavia !!
Heureusement la distribution
est littéralement exceptionnelle et si les avis risquent
d’être partagés sur la mise en scène, ils ne
risquent pas de l’être sur les merveilleux chanteurs qui
défendent corps et âme cette partition. Patrizia Ciofi
se frotte de plus en plus à Monteverdi et bien lui en prend.
Après une Euridice de toute beauté en compagnie
d’Emmanuelle HaÏm au disque, elle aborde aujourd’hui Poppea et
sa voix toujours un peu voilée, mais c’est ce qui en fait le
charme, s’accorde très bien avec l’écriture
monteverdienne avec des retards, des soupirs, etc… Elle campe une
Poppea assez déterminée dans son ascension au pouvoir
mais elle garde constamment à l’esprit qu’elle aime
Néron comme dans les passages langoureux, par exemple le
premier duo amoureux avec Nerone.
Anna-Caterina Antonacci, hier
Agrippina haendelienne demain Poppea monteverdienne, est
complètement surprenante en Nerone et si sa voix est plus
claire que celle de Patrizia Ciofi, elle rend justice au personnage
et est parfaitement crédible. David McVicar avait
présenté, dans Agrippina, un Nerone gamin, assez
déluré et de mauvais genre, et apparemment son
arrivée au trône ne l’a guère fait évoluer
et il est toujours aussi mal accompagné. La chanteuse se
prête admirablement au jeu mais c’est surtout sa voix chaude et
puissante qu’il convient de louer. Le deuxième duo d’amour
avec Poppea est superbe et on les sent prêtes à
défaillir à chaque note tellement leur
interprétation est intense que ce soit à travers les
multiples respirations excessives mais dramatiques ou bien les
pianissimi nombreux.
Lawrence Zazzo reprend le
rôle d’Ottone mais avec quelques années de plus car s’il
se mariait avec Poppea à la fin d’Agrippina, leur idylle
semble bien terminée dans l’oeuvre de l’Italien. Mais
heureusement, passant de Haendel à Monteverdi, le chanteur n’a
rien perdu dans la beauté et la pureté de sa voix, qui
parfois fait un peu penser à Andreas Scholl. Il est toujours
aussi émouvant dans les notes très douces qu’il
exécute sur un fil de voix notamment dans son premier air ou
quand il essaie de convaincre Poppea qu’il l’aime encore à la
fin de l’acte I.
Anne-Sofie Von Otter aura
beaucoup chanté L’Incoronazione di Poppea et si elle avait
été un Nerone passionnant à Aix voilà
quelques années sous la direction de Marc Minkowski, elle est
une Ottavia encore plus convaincante. Elle se montre souveraine
jusqu’au bout des ongles, aidée en cela par des costumes
magnifiques, que ce soit sa robe noire au premier acte ou bien son
tailleur bleu ensuite. Elle laisse éclater sa voix et fait
découvrir une puissance qu’on lui a souvent reproché
d’être un peu inexistante. Mais ici aucun problème et
elle hurle, crie son désespoir notamment dans les “dove sei”
de sa première scène ou bien dans le passage où
elle oblige Ottone à tuer Poppea. Du très grand art !
Antonio Abete est
étonnant dans le rôle de Seneca. Il trouve de
magnifiques couleurs et la scène de sa renonciation à
la vie est d’une grande émotion. Dominique Visse, comme
toujours, est irrésistible en Nutrice. Il est
complètement déguisé en dame de compagnie
d’Ottavia, très riche (bijoux, tailleur…) et tous ses gestes
fins contribuent à rendre son personnage vivant et
drôle. Que dire de sa prestation vocale, si ce n’est que comme
toujours il joue sur les différents registres de sa voix,
allant du suraigu au grave avec une agilité confondante. S’il
ne fallait retenir qu’un seul passage ce serait le trio du
début du deuxième acte quand il se trouve avec les
autres amis de Seneca: il retrouve ici sa grande agilité de
chambriste quand il est avec son ensemble et ses premières
notes sont d’une intensité rare et d’une immense douceur. Tom
Allen se charge du rôle d’Arnalta qui n’est guère
épargnée par le metteur en scène. Apparemment
elle apprécie le rose puisqu’elle se présente chez
Poppea avec une sorte de blouse rose et des chaussons très
fournis en poils de la même couleur puis dans sa
dernière scène elle porte une robe de soirée
rutilante de pierreries également d’un rose plus que douteux.
Vocalement le chanteur est assez honnête pour le rôle
mais la voix est peut-être un petit peu trop lourde pour ce
type de répertoire et sa berceuse n’a pas assez de douceur,
même si le chanteur est conscient du problème et essaie
manifestement de l’alléger. Amel Brahim-Djelloul fait grande
sensation dans ses débuts parisiens et elle obtient une
ovation plus que méritée. Cette toute jeune chanteuse
se fait de plus en plus remarquer dans le monde baroque et sa
tournée en tant que chanteuse du Jardin des voix avec William
Christie devrait contribuer à mieux la découvrir. Elle
possède un instrument solide, une voix bien placée et
timbrée agréablement et surtout elle sait s’investir
dans un rôle, voire dans deux puisqu’ici elle interprète
le personnage horripilant du Valletto et celui beaucoup plus charmant
de l’Amour (sorte de double noir de l’Amour de Semele. Les
rôles plus secondaires sont également très bien
tenus à commencer par la Drusilla de Carla di Censo qui
apporte une voix très fraîche au personnage.
René Jacobs fait
merveille dans le répertoire monteverdien. Son orchestre sonne
magnifiquement, la réorchestration est subtile, musicale et on
reconnaît immédiatement la touche du compositeur qui se
cache derrière le chef. Il donne un souffle important à
l’ensemble qui permet de présenter cette oeuvre dans une
version plus longue qu’à l’ordinaire, puisque, par exemple, le
rôle d’Ottone a été largement
développé. Un bien bel hommage musical à une
oeuvre qui sera très défendue car on ne compte plus les
productions, reprises ou nouvelles, qui naissent cette saison.
René Jacobs et sa fine équipe de chanteurs ont rendu
une grande noblesse à la partition de Monteverdi et si la mise
en scène peut choquer, énerver, attrister parfois
aussi, il ne faut pas oublier d’écouter cette superbe
interprétation qui risque de faire date, du moins on le leur
souhaite !"
- ResMusica - Cocaïne et music hall - 22
octobre 2004
"Poursuivant leur relecture de
l’histoire romaine, le duo McVicar/Jacobs reprend du service au
théâtre des Champs Elysées où l’on avait
salué leur Aggripina de Haendel, pêchue voire
pétaradante. Pour cette nouvelle rentrée parisienne,
René Jacobs retrouve le Couronnement de Poppé de
Monteverdi (déjà dirigé à Montpellier en
1989 et gravé au disque chez Harmonia Mundi en 1990). Les
spectateurs familiarisés par « une équipe gagnante
» voire un «système» bien huilé, en ont,
là encore, pour leur argent.
Sur la scène, rien ne
vous est épargné. Les nostalgiques rêveurs d’une
Rome impériale «épurée», balthusienne,
seront déconcertés. Les amateurs de trouvailles
scéniques à foison, de délires
dépoussiérants/modernisants, seront comblés. La
fantaisie du metteur en scène écossais, David McVicar,
met le feu au poudre : à la cour d’un Néron rasta,
règne la loi de la drogue et du sexe. McVicar sait montrer
qu’il surfe sur les dernières tendances visuelles : l’image,
le rap, l’exhibitionnisme. Là, c’est la mort de Seneca,
médiatisée sous la forme d’un plateau
télé où la famille du philosophe regroupe les
invités du direct, marionnettes impuissantes en proie à
de vaines gesticulations. Ici, c’est Valetto (très fine Amel
Brahim-Djelloul) qui est un jeune rappeur insolent et mordant
(surtout à l’égard du vieux Seneca), volage et
déjà indécent (avec Damigella, piquante Marianna
Ortiz-Francès). Ailleurs, des éphèbes de plus en
plus dénudés, « fashonisés »,
façon Dolce & Gabbana ou Prada, « posent » dans
l’ombre des puissants ; ils forment la suite « people » du
jeune empereur corrompu auquel le sort du Sénat et du peuple
importe si peu. Ingénieuse aussi, l’idée d’un
écran-vidéo pour les apparitions divines, de Pallas et
de Mercurio. Ailleurs, de multiples allusions à la vague
montante des comédies musicales accusent le
détournement du théâtre montéverdien au
bénéfice des effets dernière mode. Ainsi le duo
Nérone/Lucano célèbre les milles beautés
de Poppée sur le cercueil de Seneca à la façon
des revues « Cabaret » ou « Chicago ».
Dans cette pyrotechnie
scénique qui nous rappelle combien, si jamais nous en
doutions, que nous voyons bien un spectacle signé McVicar, les
nourrices ne sont pas en reste : elles exacerbent la charge comique
voire bouffonne de leur rôle : Arnalta (la nourrice et
conseillère de Poppée : Tom Allen très
convaincant), n’épargne aucune occasion de paraître en
bigoudis, peignoir et chaussons lapins. Ses apparitions bouffes
atteignent un sommet dans la conception music-hall de la mise en
scène : quand se précise l’avènement de
Poppée au trône impérial, la nourrice se «
lâche » et dodeline sous les projecteurs en robe de strass
rose digne d’un spectacle calibré par Alfredo Arias et
revisité genre drag queen. N’omettons pas Dominique Visse qui
incarne Nutrice (la conseillère et suivante d’Ottavia). Le
haute-contre français surinvestit son personnage : mi «
madame Claude », mi bourgeoise arrogante titillant toujours
Ottavia (Anne Sofie von Otter, sublime icône tragique) sur le
chemin de la vengeance. Une question cependant : le
théâtre de Monteverdi a-t-il réellement besoin de
tant d’artifices ? Le compositeur vénitien aimait souvent
à rappeler Platon : seule importe l’intelligibilité du
texte.
Dans la fosse, le travail de
René Jacobs s’inscrit dans le sillon tracé par ses
premières approches : continuo généreux,
alliances des sonorités plastiques, riches,
millimétrées. Acuité rythmique, éloquence
des accents. Si l’instrumentarium des opéras vénitiens
demeure un sujet de réflexion, le chef quant à lui
n’hésite plus quant aux options instrumentales. Opéra
pour les théâtres publics ou opéra spectaculaire
pour les princes, formation économique ou somptueuse phalange
? On sait qu’en dépit des possibilités et du contexte
de chaque représentation, Monteverdi aimait étoffer son
orchestre. Ici la parure de la fosse déploie un tapis «
mille fleurs » des plus raffinés. Osons dire que tant de
ciselure et d’invention dans la restitution sont en constant
décalage avec les « gesticulations » de la
scène : les prouesses instrumentales sont même
gâchées par le déballage de la mise en
scène où triomphe une Anna Caterina Antonacci (Nerone)
absolument déjantée."
- L'Atelier du chanteur - 17 octobre 2004
"Cette production superbe,
dirigée par un des meilleurs spécialistes de Monteverdi
et servie par un beau plateau vocal, n'a cependant pas comblé
toutes les attentes placées en elle. La faute au metteur en
scène ? Pas seulement. René Jacobs n'a pas
séduit par sa justesse dramatique habituellement sans failles.
Sa réalisation, riche comme à son habitude, de la basse
chiffrée de Monteverdi a généré des
couleurs orchestrales un peu monotones. La respiration de l'oeuvre a
semblé courte. Aucun moment "suspendu", "hors du temps", n'a
ponctué cette représentation. On regrette parfois la
version plus épurée donnée au Conservatoire il y
a quelques années, ou celle de Jean-Claude Malgoire
donnée ici-même en janvier 2001. David McVicar et son
décorateur Robert Jones nous offrent le type de tape à
l'oeil décoratif que l'on trouve plus souvent à
l'Opéra de Paris qu'au Théâtre des
Champs-Élysées. De beaux rideaux glissant de gauche
à droite le temps d'un changement de décor, de belles
couleurs et lumières bleu nuit et or créent certes un
climat. Mais les panneaux verticaux tournant sur eux-mêmes ont
un air de déjà vu, sans parler des extraits de texte
parfois affichés au fond. Centrer la mise en scène
autour d'un canapé n'est pas nouveau, mais celui-ci a une
queue de crocodile et est tapissé de léopard !
Même Roméo n'en vend pas d'aussi chic! Il passe
alternativement de droite à gauche du plateau. David McVicar
réussit quelques scènes, mais un souffle d'ensemble
fait défaut, quoique chaque personnage soit judicieusement
présenté : Néron cocaïnomane et bisexuel,
pourquoi pas ? Les deux gardes de Néron en jeep et allant
chercher des hamburgers à emporter chez McDo, ça coule
de source! Des Poppée plus vamps et vulgaires, on en a
vu.
Grâce à une Anne
Sofie von Otter en grande forme vocale, Ottavia a une noblesse et un
pathétique insurpassables. Son air d'adieu est superbe,
même si la prononciation des doubles d de "addio" lui fait
défaut. Faire d'Othon un "homme de la rue", cadre moderne
quelconque en costume et téléphone mobile, est
intéressant. Montrer la Damigella en dessous chics pour son
duo avec Valletto, pourquoi pas ? Valletto endosse le personnage-type
du sale gosse de banlieue portant sa casquette à l'envers, le
cliché fonctionne. Amel Brahim-Djelloul joue le jeu à
merveille, même si faire jouer ce personnage à une
chanteuse d'origine algérienne ayant sa classe et son
tempérament relève un peu de la
provocation.
Arnalta incarnée par un
ténor de haute taille en robe de chambre rose et bigoudis est
forcément hilarante, surtout quand elle fait son numéro
dans le rayon d'un projecteur, au moment d'accéder au pouvoir
sur les pas de Poppée. La Nutrice de Dominique Visse est comme
toujours désopilante, très féminine ce soir dans
ses conseils d'infidélité à Ottavia ! Seneca en
Jospin /intellectuel parisien pontifiant va de soi, et faire de son
monologue "Solitudine amata" une émission culturelle
télévisée où ses disciples servent
d'invités / faire-valoir autour d'une table basse est
brillant, efficace et amusant. Certaines scènes sont
réussies grâce à un concept, d'autres grâce
à un numéro d'acteur, celle entre Ottavia et Ottone
l'est simplement par le jeu et la direction d'acteurs. Au rayon des
gadgets amusants, on trouve le passage où Othon
éconduit ne chante plus à Poppée que par mobiles
interposés. Ou cette scène où Othon s'acharne
à tirer des coups de feu sur Poppée et Arnalta avec un
pistolet enrayé.
Hormis l'erreur de
distribution (ou la durable méforme vocale) de Patrizia Ciofi,
le plateau vocal est séduisant. Après une bien
tiède Fortuna, aux côtés d'une Virtù au
timbre aussi peu incisif et presque soufflé, Patrizia Ciofi
chante par en-dessous et sonne bas dès son entrée en
Poppée, mettant mal à l'aise l'auditeur. Sa voix est
toujours tirée dans sa deuxième scène
(n°10) avec Néron. Ce rôle est plus grave que ses
rôles habituels. N'a-t-elle pas déjà
chanté dans des tessitures trop différentes ? Anna
Caterina Antonacci, qui chante habituellement Poppée, est un
Néron aussi ardent que sa Cassandre des Troyens au
Châtelet la saison passée. Sa voix est toujours bien
timbrée, son phrasé et son engagement physique sont
intenses et expressifs. Si l'on n'avait pas le souvenir du sulfureux
Néron du sopraniste Jacek Laszczkowski dirigé par
Jean-Claude Malgoire en janvier 2001, on serait comblé. (Jacek
Laszczkowski reprendra d'ailleurs ce rôle au Palais Garnier en
janvier 2005.)
Amel Brahim-Djelloul,
déjà remarquée lors du prix de chant du
Conservatoire en 2003, est aussi superbe vocalement en Amore que
séduisante scéniquement en Valletto. Lawrence Zazzo
présente une si belle homogénéité vocale
que d'aucuns lui reprocheront sans doute de manquer de
personnalité. Sa belle performance vocale est en parfaite
harmonie avec son personnage de loser. La voix de Carla di Censo,
sans être ample, a un timbre étonnamment
concentré, claironnant et efficace. Antonio Abete chante comme
à son habitude du coin de la bouche, en ourlant les
lèvres, mais cela semble convenir à sa voix ! Finnur
Bjarnason a une voix efficace quoique désagréablement
nasale, à l'américaine. Outre son abattage
scénique, Tom Allen chante bien sa berceuse à
Poppée et donne une belle interprétation du rôle
de Mercure, ici donc distribué à un
ténor."
- Concertclassic - 15 octobre 2004
"On n’en voudra pas à
David McVicar de s’être invité au Couronnement de
Poppée comme dans une auberge espagnole. Tout reste possible
dans cette œuvre dont les sentiments sont frappés
d’éternité et les intrigues politico amoureuses
toujours d’actualité. Que Poppée se promène en
nuisette, que Néron soit coiffé à la rasta et
ses gardes des beaux gosses mafiosi avec lesquels il partage aussi
bien le sexe que la vodka et la cocaïne n’est pas écrit
contre la vérité historique, mais une simple
transposition. McVicar a choisi un angle de lecture inédit et
assez pertinent : il voit dans ce livret si puissant et si implacable
la libération progressive de l’empereur par sa prise de
conscience de son pouvoir absolu.
La scène sur le
catafalque de Sénèque est plus qu’une provocation, une
catharsis. Le cercueil parait, porté par les gardes,
coiffés de chapeaux melons, (on songe au Chicago de Bob
Fosse), et le duo passionné entre Néron et son favori,
Lucain, avoue dans une débauche singulière où se
mêlent les sbires qu’en ordonnant à
Sénèque de se révolvériser, l’empereur
s’est débarrassé de toutes les entraves de la morale
dont son précepteur était le symbole. Ottone et
Drusilla l’aideront involontairement à se défaire
d’Ottavie, il pourra partager le trône avec sa courtisane et
prospérer dans la débauche.
McVicar ne renonce à
rien, la mort de Sénèque, filmée comme une
émission littéraire, un Valletto (qui bien sûr
est aussi Amore) racaille et détonnant (la génialissime
Amel Brahim-Djelloul, voix de Chérubin d’une amplitude et d’un
caractère unique, pour laquelle Andrew George s’est fendu de
chorégraphies décoiffantes), des nourrices
déjantée (Tom Allen en Arnalta est indescriptible et
son show très Drag Queen lorsqu’il accède au pouvoir
dans le sillage de Poppée vaut le détour, mais
l’inaltérable nutrice de Dominique Visse n’est pas en reste,
comédien subtil jusque dans les excès du buffo), toute
une vraie troupe de théâtre où des
caractères marqués même dans les emplois les plus
épisodiques (le Liberto d’Enrico Facini) renforce la
cohérence du propos de McVicar.
La direction bavarde et
multicolore de René Jacobs donnait beaucoup de détails
à entendre souvent au détriment de l’impact dramatique,
et accompagnait plutôt qu’elle ne soutenait une équipe
de chant disparate. Le pâle Sénèque de Roberto
Abete avec son grave captif est déjà oublié,
comme l’Ottone pataud et fade de Lawrence Zazzo, et la Drusilla
transparente de Carla di Censo. Ciofi s’est égarée en
Poppée, ses aigu passent, son médium savonne, de bout
et bout elle est prisonnière de son instrument que l’on sent
épuisé, vidé de toute substance et cherche
à compenser par un délicieux jeux de scène un
canto falso déprimant. Anne Sophie von Otter, que l’on croyait
perdue vocalement campe une Octavie qui emplit tout le
Théâtre des Champs-Elysées, avec une
autorité sidérante, et la douleur à vif de son
Addio Roma confirme qu’elle demeure sans équivalent pour
l’incarnation des grandes figures tragiques de l’opéra
baroque.
Longtemps Poppée,
Antonacci chantait ses premiers Néron, et les jouait surtout
avec une finesse, une subtilité démoniaque, une
sensualité morbide doublés d’une autorité vocale
jamais prise en défaut. Dans les beaux décors de Robert
Jones (avec ce canapé crocodile inédit), avec les
éclairages inventifs de Paule Constable, McVicar a
réussi son pari. Et Antonacci retrouvera Poppée pour
une autre mise en scène du Couronnement à Garnier, en
janvier prochain."
- Le Monde - 15 octobre 2004 - Monteverdi
et Sénèque transposés au temps de la
télé-réalité - Au Théâtre
des Champs-Elysées, un "Couronnement de Poppée"
branché
"Cette fois , au diable David
McVicar et ses fantasmes ! Ce Néron pop star latino,
dreadlocks, jean clouté, santiags, coke et
déhanchements à la James Brown, cette Poppée
parvenue, Lolita mauvais goût et poule de luxe, ce
Sénèque années 1960, falot et ridicule, cette
Octavie grande bourgeoise ménopausée, sans parler des
nourrices transformistes, entre Mrs Doubtfire et Miss Fine, les infos
sur CNN après la tentative de meurtre de Poppée, les
bodyguards mafieux, le personnel night-club. .., bref, tout un fatras
branchouille.
Après la
télé, l'opéra-réalité. McVicar
avait pourtant de quoi doper sa production avec un plateau de
chanteurs scéniquement performant. Et ce dès le
Prologue, où Fortune et Vertu en costumes XVIIe loufoque se
disputent le cœur des hommes, avant d'être mises au pas par
Amour, mini-Casanova à l'aveugle (une récurrence du
Cupido de Semele, de Haendel, mis en scène par McVicar pour ce
même théâtre en février).
Que l'Amour ne soit plus
enfant de bohème mais rappeur de banlieue ? Que cette histoire
se passe essentiellement sous la ceinture ? Certes ! De là
à transformer Monteverdi en comédie à
l'américaine et vaudeville sulfureux... On s'amuse bien
sûr de la déco panthère style Faubourg
Saint-Antoine chez Poppée, on sourit de la mort de
Sénèque façon débat
télévisé, de la diatribe du "djeune" Valetto, on
rit du numéro de travelo en boa fuchsia de la nourrice
Arnalta, maquerelle promue au rang de grande dame. Mais le rituel
à la Madonna sur le cercueil de Sénèque, les
adieux d'Octavie dans une sorte d'immense éternuement, le
couronnement de Carnaval des impies... Pouvoir et débauche,
crime et iniquité appelaient-ils pareille débandade
scénique ? On guette sans trop y croire une parcelle
d'émotion. Elle viendra subrepticement dans un tiré de
rideaux bleu nuit flottant sur les sombres harmonies de l'orchestre
avant le douloureux exil d'Octavie.
L'œil agacé rend-t-il
l'oreille moins sagace ? La Poppée de Patrizia Ciofi, en
dépit d'un bel abattage, n'a pas semblé inoubliable,
l'Octavie d'Anne Sofie von Otter a paru dépourvue de couleurs,
de nuances. Mais les nourrices (Tom Allen et Dominique Visse) ont
été à la hauteur de leur rôle. On a eu des
tendresses pour Lawrence Zazzo, Othon torturé (dont le
rôle, souvent réduit, a heureusement été
restitué par René Jacobs). De la compassion pour le
Sénèque d'Antonio Abete, dont le timbre et
l'émission sauvent musicalement le rôle au moment de
mourir : "La mort est une brève angoisse ; un soupir vagabond
quitte le cœur où il est resté pendant des
années..." Le Valetto/Amour d'Amel Brahim-Djelloul
était bien séduisant, de même Carla di Censo,
Drusilla au joli timbre. Quant au Néron violent et sensuel
d'Anna Caterina Antonacci, il a mené son jeu en maître :
la soprano italienne est surprenante de vérité. En
regard d'un tel plateau, le Concerto Vocale de René Jacobs est
resté en retrait, manquant à la fois de feu et de bois.
Monteverdi n'était qu'à moitié sur la
scène, il n'est pas sûr qu'il fût
complètement dans la fosse."
"Année 1642, et
d’emblée le chef-d’œuvre absolu, celui qui contient tous les
opéras à venir, l’œuvre totale, qui mêle le
tragique au comique, le bouffon au distingué, le trivial au
sublime, le pittoresque à l’élégiaque. L’esprit
de Shakespeare, on ne le verra jamais plus transcrit aussi
fidèlement en musique. Monteverdi procède à la
subversion des sexes avec une impertinence sidérante: Othon et
Néron étaient chantés par des castrats, la
vieille nourrice par un ténor, le valet par une soprano.
L’immoralité profonde de cet opéra, en pleine Italie de
la Contre-Réforme, n’est pas son caractère le moins
surprenant. Néron répudie son épouse Octavie
pour s’acoquiner avec Poppée, une intrigante qui monnaie ses
charmes pour accéder au pouvoir. Quant à
Sénèque, le vieux philosophe qui a élevé
l’empereur et cherche à empêcher cette infamie, il est
condamné à s’empoisonner. Un happy end des plus
effrontés couronne l’idylle scandaleuse. L’amour physique, la
volupté mènent le monde, et, sur la couverture d’un des
bons enregistrements de l’œuvre (par Garrido, chez K 617), on n’a pas
eu tort de reproduire le jeune garçon impudemment tout nu de
Caravage.
Faute de castrats, le
rôle d’Othon sera confié à un contre-ténor
(l’excellent Lawrence Zazzo), celui de Néron à une
soprano, ce qui est conforme à la dinguerie
générale de l’opéra. C’est la merveilleuse Anna
Caterina Antonacci qui soutiendra cette partie. On l’a entendue
naguère, magnifique, dans deux opéras de Haendel,
«Agrippina» et «Rodelinda». Cette Italienne s’est
spécialisée dans le répertoire baroque, qui
passe pour figé et antithéâtral. «Erreur
complète, dit-elle, moi, je n’aime que le
théâtre, c’est pourquoi je ne fais pas de disques. Je ne
me sens bien que sur une scène.» Il est vrai qu’elle a
trouvé en David McVicar un metteur en scène de
génie, peut-être le seul aujourd’hui à rajeunir
les chefs-d’œuvre sans leur tordre le cou par de fausses audaces
absurdes. Pas de kalachnikov ni de saunas ridicules, mais une
exploration intelligente des possibilités extrêmes de
l’œuvre. Dans «Poppea», il exploite à fond la
bisexualité de certains personnages. «Il a fait de moi
une rock star!», s’exclame l’Antonacci, amusée. Dans ses
duos avec Poppée (l’admirable Patrizia Ciofi),
l’ambiguïté est patente. Mais dans la scène avec
Lucain, l’équivoque n’est pas moins savoureuse, puisque ce
sont apparemment deux hommes qui se lutinent. Il y a des morceaux
d’anthologie dans la partition: les adieux à Rome d’Octavie
répudiée (Anne Sofie von Otter), la chanson d’amour du
petit valet, ancêtre de Chérubin, le chœur
passionné des amis de Sénèque qui supplient le
philosophe de ne pas avaler le poison, la tendre berceuse de la
nourrice qui chante pour endormir Poppée, enfin et surtout la
scène d’amour qui conclut l’opéra. Jamais amants n’ont
exprimé avec plus de force l’attraction entre deux corps que
Néron et Poppée dans ce passage d’un insurpassable
érotisme. Un duo si fastueux qu’on l’a entendu autrefois
chanté par des artistes verdiens ou wagnériens qui se
risquaient pour une fois dans le baroque: Carlo Bergonzi, Jon
Vickers, Grace Bumbry, Gwyneth Jones. Le maître d’œuvre au
Théâtre des Champs-Elysées sera René
Jacobs: avec un chef de ce talent et une distribution aussi
éclatante, Monteverdi paraîtra plus jeune que
jamais."
- Forum Opéra - 13 octobre 2004
"Un an après la reprise
triomphale d'Agrippina, voilà que le Théâtre des
Champs - Elysées a l'excellente idée d'ouvrir à
nouveau sa saison opératique avec ces antiques coquins de
Néron et Poppée - et ce, à nouveau sous la
houlette du génial tandem Jacobs - McVicar. Malin, McVicar
annonçait à la fin d'Agrippina la suite des
évènements : à peine unie à Othon,
Poppée se tournait déjà vers le tout nouvel
empereur Néron, occupé pour sa part à grimper
voracement l'escalier menant au trône, tandis qu'Agrippine
continuait de bercer les illusions amoureuses de Pallas et Narcisse
pour mieux tramer le meurtre de son cher Claude, le tout sous le
regard critique d'un Lesbo plongé dans les Annales de Tacite
(ces mêmes Annales qui ont inspiré à Busenello
son livret). C'est donc en toute logique qu'il place ce Couronnement
dans la continuité d'Agrippina, reprenant le récit
quelques années plus tard, et l'on retrouve avec plaisir
quelques - uns de ses personnages - Néron s'est
émancipé de son boy's band à minettes pour se
lancer dans une carrière solo plus sulfureuse ; Poppée
baille aux corneilles dans un loft au luxe tapageur ; quant à
Othon, il a finalement délaissé la carrière
militaire pour devenir un businessman stressé qui ne trouve
pas de meilleure réponse à son ulcère que de se
saoûler sur le seuil de sa perfide maîtresse. Les
nouveaux venus s'inscrivent avec un égal bonheur dans ce
tableau : Octavie est une grande bourgeoise entre deux âges sur
le déclin (et au bord de l'hystérie), sorte de Norma
Desmond cheap ; Sénèque un philosophe
télévisuel à la mode en col cheminée et
costume chic, qui, pour toute réponse aux lamentations de son
impératrice, lui tend un exemplaire dédicacé de
son dernier bestseller ; Drusilla une secrétaire un peu
coincée en tailleur pantalon strict, amoureuse transie de son
patron Othon ; le Valet un rapper malicieusement insolent qui
aimerait bien s'imposer comme un petit cousin latin et pyromane
d'Eminem. Comme toujours chez McVicar, on est impressionné par
le soin du détail et la science de l'observation (des
attitudes, des codes vestimentaires, des interactions sociales) qui
viennent nourrir une vision pas si iconoclaste qu'il y paraît.
On retrouve par ailleurs dans
cette nouvelle production toutes les qualités qui ont fait
d'Agrippina un spectacle culte : actualisation judicieuse et juste -
toujours respectueuse du livret avec lequel elle est parfaitement en
phase - , humour décalé et grinçant, portrait
noir et sans concession des personnages. Les décors de Robert
Jones, simples, sont astucieusement modulables : l'espace
scénique est, comme dans Agrippina, divisé en son
milieu par une volée de marches, des panneaux pivotants
laqués se font tour à tour nes de marbre cuivré,
portes hostiles ou cloisons de night - club (très belle
utilisation de néons bleus encastrés dans la tranche
des panneaux) ou laissent entrevoir une fresque libertine. Les
accessoires, peu nombreux, sont eux aussi très bien
utilisés, notamment ce sofa en forme de serpent et ce tabouret
de bar également reptilien. Quelques tirés de rideaux
ponctuent la représentation, permettant de rapides et
invisibles changements de décors - idée aussi belle
visuellement qu'intelligente dans ce qu'elle permet de ne jamais
briser l'action (ce qui est d'ordinaire l'un des problèmes
majeurs posés par le découpage de cet opéra).
Les costumes, magnifiques, contribuent habilement à
définir les personnages, tandis que les chorégraphies
décalées apportent un zeste de loufoquerie fort
bienvenu à l'ensemble, comme ces irrésistibles pas de
danse esquissés par les serviteurs d'Octavie lorsque le Valet
- dont le rythme de déclamation se prête
étonnamment bien à une gestuelle hip-hop - invective
Sénèque.
Mais tant d'intelligence
scénique ne nous aurait pas menés bien loin sans une
distribution à la hauteur des (très hautes) exigences
d'une telle mise en scène - fort heureusement, on n'est
guère déçu par un cast à l'investissement
théâtral réjouissant, principalement
dominé par une Anna Caterina Antonacci assez renversante.
Arborant dreadlocks, tatouages et smoking blasphématoire, la
Antonacci, qui porte le travesti bien mieux qu'on ne s'y serait a
priori attendu, campe un Néron saisissant en empereur de la
pop métrosexuel, macho et ambigu, à mi-chemin entre un
Justin Timberlake hyper trash et le fruit bizarre (et un peu
effrayant) d'une improbable liaison entre Madonna et Michael Jackson.
On savait la diva italienne bête de scène, on n'en est
pas moins scié par le résultat : après une
Poppée munichoise proprement incendiaire (en compagnie d'un
non moins flamboyant David Daniels dans le rôle de
Néron), après une Agrippine parisienne
carnassière et castratrice, voici qu'elle se vautre à
nouveau avec délices (et pour le plus grand plaisir des
spectateurs) dans la lie d'un Néron pourri jusqu'à la
moëlle mais incandescent, en parfaite continuité avec
l'ado tête-à-claques et cocaïné
échappé d'N*Sync incarné par Malena Ernman dans
Agrippina. Car c'est bel et bien le même Néron que nous
retrouvons ici, à quelques années de distance. Certes,
il a quitté son look boy's band et ses mouvements de
breakdance, il n'a plus Maman à satisfaire, mais il n'en a pas
moins conservé ses obsessions - le sexe, le pouvoir, la dope,
et, bien entendu, sa Poppée, qui continue de le mener
allègrement par le bout du nez. Autoritaire et capricieux,
mais dans le même temps poète hypersensible,
ébouriffant de sensualité autant que d'une
perversité avérée, ce tyran immature exerce une
étrange fascination, révulse en même temps qu'il
attire, et l'on ne peut que se pâmer d'admiration devant le
charisme ravageur de son interprète, qui,
décidément, ne recule devant aucun défi.
Musicalement, on se délecte une fois de plus de sa diction
riche, de son timbre racé, de son abattage vocal comme de sa
science du verbe - et qu'importent quelques défauts
d'intonation ici et là, lorsque l'on est en face d'une artiste
qui brûle lest planches avec autant de panache et d'audace.
Face à ce Néron
aussi charmeur que dégénéré, Patrizia
Ciofi campe une Poppée somme toute relativement classique,
femme - enfant perverse et voluptueuse, non dénuée de
sex - appeal (très bien réhaussé par des pyjamas
de satin et une nuisette en mousseline) - et l'on n'a aucun mal
à comprendre la faiblesse de Néron à son
endroit. Si, vocalement, on peut lui reprocher parfois -
réserve minime - une bizarre tendance à abuser d'un non
vibrato détimbré et un peu venteux, sa présence
scénique est indéniable, tout comme l'alchimie qu'elle
partage avec sa partenaire et compatriote. Les voix des deux
sopranos, proches de registre et mais bien distinctes en termes de
couleur, se marient par ailleurs plutôt bien ; "In te mi
cercarò, / In te mi trovarò, / E tornerò a
riperdermi ben mio, / Che sempre in te perduta(o) esser vogl'io" ("En
toi je me chercherai, / En toi je me trouverai, / Et reviendrai me
perdre encore, mon amour, / Et que toujours je sois perdu(e) en
toi!") chantent les tourtereaux, et rarement la fusion
exprimée par les protagonistes aura été aussi
musicalement palpable qu'avec deux voix aussi voisines.
Le reste de la distribution
est à la hauteur de ce couple sensuel et cruel. Bourgeoisement
virulente mais élégamment divesque, l'Octavie d'Anne
Sofie von Otter est un vraie réussite, même si le timbre
de la suédoise est décidément bien terne et
métallique. Lawrence Zazzo, après un début de
soirée hésitant, finit par trouver ses marques en Othon
; on aimerait plus d'émotion et moins de tergiversations, mais
le côté torturé de son interprétation sied
bien à ce personnage de manipulateur manipulé, en
définitive bien faible. Paradoxalement, l'antipathie latente
qu'inspire cet Othon veule et hypocrite augmente le capital sympathie
de la Drusilla de Carla di Censo. A l'opposé des
caractérisations habituelles, plus ouvertement sensuelles et
chaleureuses (je pense notamment à Dorothea Röschmann
chez Bolton), celle - ci joue la carte d'une Drusilla
réservée et effacée, qui va s'ouvrir petit
à petit, au fur et à mesure de la soirée et de
l'évolution de sa relation avec Othon. Antonio Abete, quant
à lui, est, comme à son habitude, impeccable en
Sénèque, en dépit d'une voix peu
séduisante et courte de projection.
Mais ce sont les personnages
secondaires et plus authentiquement comiques qui marquent le plus.
Tom Allen et Dominique Visse composent respectivement une Arnalta et
une Nourrice hilarantes, la première en matrone assez vulgaire
mais fort sympathique, la deuxième en transsexuelle bourgeoise
sur le déclin mais encore fort préoccupée par
ses hormones - difficile de dire lequel des deux chanteurs l'emporte
finalement dans ce duel d'excentricité bouffonne ! La mise en
parallèle de leurs destins respectifs lors du dernier air
(délirant) d'une Arnalta définitivement over the top en
lamé fuchsia (et boa assorti) donne lieu à un instant
comique fort réussi. Autre incarnation forte de la
soirée, le Valet rapper d'Amel Brahim - Djelloul, charmant
d'insolence et d'inexpérience, qui forme une jolie paire avec
la Damoiselle allumeuse de Mariana Ortiz - Francés.
Dans la fosse, René
Jacobs, dont la maîtrise monteverdienne n'est depuis longtemps
plus à prouver, dirige avec finesse un Concerto Vocale en
grande forme - mené avec entrain par le toujours excellent
Bernhard Forck - , et l'on a plaisir à retrouver enfin,
après les déceptions récentes d'Agrippina et des
Noces en ce même lieu, l'artiste que l'on admire tant pour son
sens du théâtre et pour la palette de couleurs qu'il
sait si bien exploiter avec cet ensemble. Aussi bien à
l'écoute des chanteurs qu'à l'affût de l'action
scénique, le chef belge déploie un tapis sonore tour
à tour riche et intimiste, raffiné, et surtout d'une
infinie élégance - et l'on ne peut qu'admirer
l'adéquation entre son travail et celui du metteur en
scène.
Bizarrement, si le public de
la première a, à juste titre, ovationné chef,
chanteurs et instrumentistes, les réactions aux saluts de
David McVicar se sont avérées plus tranchées -
quelques huées bien sonores se sont fait entendre, rapidement
couvertes par des bravos plus retentissants encore. Je dois, en ce
qui me concerne, exprimer ma perplexité face à cette
hostilité - le public parisien de 2004 peut - il encore
être choqué par l'imagerie convoquée par le
magicien McVicar ? Un Néron cocaïnomane et bisexuel
entouré de son sérail d'hommes - objets (au demeurant
splendides) peut - il encore être considéré comme
une provocation ? Ce serait à mon sens oublier alors la
noirceur du livret de Busenello qui, allié à la musique
de Monteverdi, mêle beauté et perversité, sublime
et grotesque avec une adresse toute shakespearienne... un cocktail
explosif remarquablement saisi par le metteur en scène
écossais qui en fait ressortir les aspects les plus
abjectement cyniques, mais sans en négliger pour autant les
moments de tendresse. On n'est pas prêt d'oublier cet
ahurissant et fort troublant duo orgiaque entre un Lucain -
Chippendale lascif (excellent Finnur Bjarnasson, très sexy en
tee - shirt résille et chapeau melon pailleté) et un
Néron au bord de l'orgasme, s'adonnant à une
chorégraphie à la Bob Fosse juchés sur le
cercueil fraîchement clos de Sénèque...
scène qui en aura certainement offusqué certains (et
dont je suis à peu près sûre qu'elle doit
être à l'origine de la majorité des huées
à la première)...Avouez que si cynisme il y a, il est
bien Néronien avant que McVicarien, et que la juxtaposition
triomphe morbide /poésie amoureuse n'est guère une
invention du metteur en scène ! On pourrait en dire de
même de l'homoérotisme latent, très clairement
relayé par la musique quelques lignes plus loin, à
partir des répétitions hypnotiques et obsessionnelles
du mot bocca et culminant de façon très explicite sous
le "Ahi, destino !" de l'Empereur.
D'un autre côté,
l'émotion pointe souvent au cours de la représentation,
et parfois du côté des personnages les plus inattendus -
comme dans la fameuse berceuse d'Arnalta à Poppée. (Ma
voisine s'est plainte à son compagnon de ce que cet air, tel
que chanté par Tom Allen, n'était "pas beau". On lui
répondrait volontiers qu'ici c'est moins la beauté que
la tendresse et l'émotion qui comptent ; après tout,
Arnalta est chantée par un ténor bouffe.) On pourrait
énumérer sans fin d'autres exemples de l'intelligence
et de la justesse de la vision de David McVicar, qui
décidément n'a de cesse de nous prouver sa
compréhension profonde de la musique et des livrets qu'il met
en scène - mais je doute que cette production ait
réellement besoin, en définitive, qu'on la
défende si activement. Ses qualités parlent d'elles -
mêmes. Il suffit de la recommander,
chaleureusement."
- Varsovie - Opéra de
Chambre de Varsovie - 26, 27
septembre 2004 - Musicae Antiquae Collegium Varsoviense - dir.
Wladyslaw Kloziewicz - mise en scène et décors
Ryszard Peryt - scénographie Andrzej Sadowski - avec Marta
Boberska (Fortuna), Urszula Jankowska (Virtu), Agnieszka Lipska
(Amore), Olga Pasiecznik (Poppea), Jacek Laszczkowski (Nerone),
Dorota Lachowicz (Ottavia), Jan Monowid (Ottone), Rafal Siwek
(Seneca), Marta Boberska (Drusilla), Piotr Lykowski (Nutrice),
Anna Radziejewska (Arnalta), Aleksander Kunach (Lucano), Jerzy
Knetig (Valetto), Agnieszka Lipska (Damigella), Aleksander Kunach
(Liberto Capitano), Andrzej Klimczak (Littore), Jakub Grabowski,
Krzysztof Machowski, Slawomir Jurczak (Famigliari di Seneca),
Jerzy Knetig, Zdzislaw Kordyjalik (Due Soldati),Jerzy Knetig,
Aleksander Kunach, Krzysztof Machowski, Jakub Grabowski (Consoli),
Marek Wawrzyniak, Krzysztof Matuszak, Zbigniew Debko, Grzegorz
Zychowicz, Andrzej Klimczak, Slawomir Jurczak (Tribuni)

- Cleveland Theatre -
Atelier de Toronto - 19,
20, 21 mars 2004 - dir. David Fallis - avec Olivier Laquerre
(Ottone), Marie Le Normand (Poppea), Michael Maniaci (Nerone),
Laura Pudwell (Arnalta), Stephanie Novacek (Ottavia), Alain
Coulombe (Seneca), Peggy Kriha Dye (Drusilla), Jacqueline Short
(Nutrice), Curtis Sullivan (Liberto), Michiel Schrey (Lucano)
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 7, 12, 14, 17, 19, 21, 24, 26 mars, 15,
22 avril 2004 - dir. Andreas Stoehr - mise en scène
Christof Loy - décors Dirk Becker - costumes Michaela Barth
- avec Romana Noack (Fortuna), Anna Gabler (Virtù), Raminta
Babickaite (Amor), Carol Wilson (Poppea), (Nero), Marta Marquez
(Ottavia), Martin Wölfel (Ottone), Sami Luttinen (Seneca),
Sylvia Hamvasi (Drusilla), Gwendolyn Killebrew (Nutrice), Bruce
Rankin (Arnalta), Welch (Lucano), Norbert Ernst (Liberto), Anke
Krabbe (Valletto), Romana Noack (Damigella), Welch, Norbert Ernst
(Soldaten), Daniel Djambazian (Merkur), Anna Gabler (Pallas
Athene), Robert Tóth (Littore)

- Chicago Opera Theater
- 18, 20, 22, 26, 28 février 2004 - dir. Jane
Glover - mise en scène Diane Paulus - décors Robert
Brill - costumes David Woolard - lumières Allen Hahn - avec
Tobias Cole (Ottone), Danielle de Niese (Poppea), Michael Maniaci
(Nerone), Krisztina Szabó (Ottavia), Robert Pomakov
(Seneca), Ingela Bohlin (Drusilla), Ralph Daniel Rawe (Valletto),
Meredith Arwady (Arnalta), Kelli Harrington (Damigella), Jeffrey
Kim (Valletto), Adam Benkendorf (Amore)
- Bâle - Theater
Basel - 20 novembre 2003 - La Cetra - dir. Konrad
Junghänel - mise en scène, décors, costumes
Nigel Lowery - avec Agnieszka Budzinska (Amor), Maria Altadill
(Fortuna), Gisela Stoll (Virtù), Max Emanuel Cencic
(Nerone), Marie Angel (Ottavia), Gillian Keith (Poppea), William
Purefoy (Ottone), Catherine Swanson (Drusilla), Steve Dugardin
(Nutrice), Rita Ahonen (Arnalta), Kevin Short (Seneca)


"Le Théâtre de
Bâle avait mis tous les atouts de son côté pour sa
nouvelle production de "L'Incoronazione di Poppea" : “La Cetra”, un
orchestre bâlois spécialisé dans la pratique de
la musique ancienne, était dirigé par un des chefs les
plus au fait des pratiques de cet art baroque si particulier de
l’improvisation ; l’équipe de chanteurs était dans
l’ensemble composée d’artistes aux timbres
dégraissés et aux voix libres de vibrato encombrant ;
le metteur en scène, enfin, a déjà
remporté plus d’un succès sur ce même plateau
avec ses spectacles à la fois novateurs, décapants,
mais parfaitement aptes à rendre sensibles les messages
subliminaux contenus dans des livrets que l’on se targue pourtant de
connaître parfaitement. La déception a été
d’autant plus lourde à l’issue de cette première
représentation. Konrad Junghànel privilégie en
effet une fourchette de nuances et de tempi extrêmement
réduite, se contentant ici ou là de demander à
ses musiciens de produire quelques sons qui tiennent plus de
l’onomatopée que du récitatif accompagné. Mais,
malgré l’indéniable virtuosité des musiciens de
l’ensemble instrumental, le déroulement des scènes a
quelque chose de convenu, voire de contrit. La représentation
distille alors un ennui d’autant plus rédhibitoire que les
chanteurs ne se donnent pas la peine d’articuler correctement leur
texte, qui reste incompréhensible la plupart du temps. Le
soprano de Gillian Keith en Poppea, fruité mais superbe
d’aplomb dans l’aigu, est agréable à découvrir,
tout comme le timbre assuré du sopraniste Max Emanuel Cencic
en Nerone. Mais ces deux personnages centraux de la constellation
dramatique n'ont aucune envergure par excès de pureté
et de blancheur. William Purefoy incarne un Ottone caricatural, alors
que Marie Angel séduit en Ottavia avec un chant aux accents
nettement plus véhéments que celui de ses
collègues. Kevin Short, enfin, est un Seneca sonore, alors que
le reste de la distribution se tire plutôt bien d’affaire, Si
l’on excepte une Drusilla trop chevrotante et une Arnalta de sexe
féminin parfaitement insipide. Côté mise en
scène, on frôle constamment le contresens. Le rideau
s’ouvre sur un décor évoquant une idylle à
l’américaine dans une production de série B des studios
Disney. La mise en parallèle du pouvoir et de l’argent est
d’ailleurs signalée avec d’autant plus de clarté que
Virtù, au Prologue, se présente à nous
drapée en statue de la Liberté new-yorkaise. Puis tout
se délite. Le spectacle ressemble de plus en plus à une
mauvaise parodie de ces films médiocres qui encombraient les
écrans dans les années cinquante du siècle
passé. Certes, Nigel Lowery n’oublie pas sa
méchanceté revigorante, mais ses accès de
révolte libertaire sont trop rares pour imprégner
durablement un spectacle qui sombre très vite dans
l’insignifiance." (Opéra International - janvier
2004)
- Opéra de Hambourg
- 20, 23, 27 septembre, 19, 22, 24 octobre 2003 - dir.
Alessandro De Marchi - mise en scène Karoline Gruber -
décors Hermann Feuchter - costumes Henrike Bromber -
lumières Wolfgang Göbbel - avec Elzbieta Szmytka
(Poppea), Renate Spingler / Maite Beaumont (Ottavia), Jacek
Laszczkowski (Nerone), Matthias Rexroth (Ottone), Andreas
Hörl / Michail Schelomianski (Seneca), Sabine Ritterbusch
(Drusilla / Virtù), Corby Welch (Arnalta / Lucano), Axel
Köhler (Nutrice/ Famigliaro 1), Moritz Gogg (Liberto /
Tribuno 2/ Soldato 2), Christoph Pohl (Console 1 / Famigliaro 3
/Littore), Jonas Olofsson (Tribuno 1 / Console 1 / Famigliaro 2),
Yvi Jänicke / Tamara Gura (Valletto / Pallade / Amore),
Aleksandra Kurzak (Damigella / Fortuna)

- Vancouver - Chan Centre
for Performing Arts - Festival de Musique ancienne - 5,
7, 8 août 2003 - The Vancouver Early Opera Project - dir.
Stephen Stubbs et Paul O'Dette - mise en scène Roger Hyams,
Eleonora Fuser - décors et costumes Robin Linklater -
lumières Alan Brodie - avec Suzie Le Blanc (Poppea), Laura
Pudwell (Nerone), Ellen Hargis (Ottavia), Matthew White (Ottone),
Harry van der Kamp (Seneca), Marc Molomot (Arnalta)

- Opéra de
Hambourg - 16, 19, 26 et 28 février, 2 et 4 mars
2003 - dir. Alessandro De Marchi - mise en scène Karoline
Gruber - décors Hermann Feuchter - Henrike Bromber - avec
Elzbieta Szmytka (Poppea), Maite Beaumont (Ottavia), Sabine
Rittersbuch (Drusilla), Jacek Laszczkowski (Nero), Brian Asawa
(Ottone), Andreas Hörl (Seneca), Corby Welsh (Arnalta,
Lucano), Axel Köhler (Nutrice), Ursula Hesse (Valetto,
Amore), Alexandra Kurzak (Damigella, Fortune)

"Adepte du salmigondis visuel
exempt de toute motivation historique, Karoline Gruber semble
poursuivre le but idéal d'un comic-strip théâtral
qui dénote une absence de réflexion préalable
sur l'ouvrage abordé. Le triste décor de
carton-pâte maculé de taches de sang et les costumes
dépareillés sont aussi peu fonctionnels que
déplaisants au regard. Le chef-d'oeuvre de Monteverdi sur le
livret non moins magistral de Busenello offre un riche potentiel de
transpositions théâtrales des situations et sentiments
qu'une lassante succession de gags et d'anachronismes tour à
tour grotesques ou, dans les plus inoffensifs des cas, simplement
insipides laisse ici entièrement inexploité. Dès
le prélude, les trois figures allégoriques de la
Fortune, la Vertu et l'Amour, montant de la fosse d'orchestre
vêtues de robes vaguement baroques sur lesquelles elles portent
des blousons modernes et des sacs à dos, témoignent
d'emblée d'un débraillé stylistique qui n'ira
que s'aggravant. Ottavia, qui se trouve, pour
stérilité, en traitement dans une clinique
gynécologique, apparaîtra dans un sarrau
ensanglanté. Seneca qui, se livrant à des
expériences génétiques, cultive dans des pots de
terracotta des jambes faisant figure de fleurs, est
présenté comme un vieux maniaque dépourvu de
toute spiritualité. Le modernisme des tenues de Poppea et son
élocution plus vulgaire qu incisive ne contribuent pas
à cerner le personnage. Elzbieta Szmytka ne s'y montre pas
à la hauteur de la réputation que lui a notamment value
la finesse de ses interprétations mozartiennes. Si Brian Asawa
reste en retrait dans Ottone, Corby Welch et Axel Kôhler en
font des tonnes dans leurs incarnations respectives d'Arnalta et de
Nutrice : trois contre-ténors qui semblaient garantir
l'authenticité stylistique et en livrent la caricature. Maite
Beaumont, révélée dans Ruggiero d'Alcina,
confirme son beau timbre dans Ottavia, mais Andreas Hörl ne fait
pas le poids en Seneca, qui en devient inexistant. Desservis par la
monotonie inattendue du discours orchestral assez pauvre en
impulsions développé par Alessandro De Marchi (au
demeurant peu explicite sur sa mise au point de la version
exécutée), les solistes, qu'ils se
démènent ou se résignent, manquent à
divers degrés d'éloquence. La seule exception, mais
elle est de taille, réside dans la prodigieuse incarnation de
Nerone par Jacek Laszczkowski. Le sopraniste polonais, tout en se
pliant avec une constante mobilité corporelle aux exigences
d'une production qui n'est, à plusieurs reprises, pas loin de
donner dans la pornographie (notamment dans la scène entre
l'Empereur et Lucano), déploie, avec une projection vocale
contrôlée du pianissimo aux vociférations dans
l'extrême aigu, la palette affective d'un monstre
également capable de tendresse et accablé de
dépressions. Ce portrait, d'autant plus hallucinant qu'il ne
sacrifie à aucun moment la primauté musicale, parvient
à magnifier une édition incohérente, dont les
oscillations visuelles entre pop' art et art brut diluent au lieu de
la mettre en valeur la densité du chef-d'oeuvre monteverdien."
(Opéra International - avril 2003)
- Opéra de Los
Angeles - 11, 14, 17, 19 janvier 2003 - première
audition, en version de concert, de la nouvelle orchestration de
Luciano Berio - Nouvelle coproduction avec le Deutsches
Symphony-Orchester, le Palau de la Musica de Valencia et
l'Accademia Nazionale di Santa Cecilia à Rome - dir. Kent
Nagano - avec Plácido Domingo (Nerone), Hei-Kyung Hong
(Poppea), Frederica von Stade (Octavia), Jessica Rivera
(Damigella), Maki Mori (Amor), Michael Chance (Ottone), Isabel
Bayrakdarian (Drusilla/Pallade), Elena Manistina
(Arnalta/Nutrice), Jessica Rivera (Damigella/Virtu), Maki Mori
(Amore), Joseph Frank (Primo Soldato/Lucano), James Creswell
(Mercurio/Littore)
- Marseille -
Théâtre Gyptis - 28, 29 novembre 2002 -
dir. Jean Marc Aymes - direction artistique et adaptation Mireille
Quercia - mise en scène Andonis Vouyoucas -
scénographie André Stern - costumes Eliane Tondut -
lumières Jean Luc Martinez - avec Philippe Jaroussky
(Néron), Sandrine Rondot (Poppée), Elise Deuve
(Octavie), Fabian Sschofrin (Othon), Laurent Grauer
(Sénèque), Jean-François Chiama (Arnalta),
Isabelle Bonnadier (Drusilla), Jérôme Cottenceau,
Gilles Schneider (Lucain, Liberto, Soldats)
- London's Royal Academy of
Music - Royal Academy of Music - 22 novembre -
décembre 2002 - RAM Period Instrument Baroque Orchestra -
dir. Laurence Cummings - avec Delphine Gillot (Poppea), Anna
Dennis (Fortuna), Rebecca Bottone (Amore), Neil Williams, Edward
Lyon (Soldati), Owen Willetts (Ottone), Jenny Ohlson (Drusilla),
Kevin Kyle(Arnalta), James Gower (Seneca), Shirley Keane
(Valetto), Rebecca Cooper (Nero), Louise Reitberger (Ottavia),
Catherine Redding, Jane Harrington, Julia Riley

- Toronto -
Théâtre Elgin - 27 avril 2002 - Orchestre
Tafelmusik - dir. Hervé Niquet - mise en scène
Marshall Pynkoski - chorégraphie Jeannette Zingg -
Coproduction Opéra Atelier - Grand Opéra de Houston
- avec Meredith Hall (Poppea), Stephanie Novacek (Ottavia),
Michael Maniaci (Nerone), Matthew White (Ottone), Peggy Kriha Dye
(Drusilla), Alain Coulombe (Seneca), Laura Pudwell (Arnalta)
"La représentation de
l'Opéra Atelier rencontre l'esprit de l'oeuvre en bien des
aspects. Les chanteurs montrent qu'une voix droite et claire sait
éviter l'écueil de la sécheresse lorsqu'elle est
compensée par la souplesse et l'émotion
nécessaire pour muovere gli affetti. Meredith Hall (Poppea) se
distingue par sa propension aux changements de timbre en fonction des
besoins de l'expression et des modulations de
tonalité...Qu'elle stigmatise le vice de Poppea ou qu'elle
corrobore la vengeance d'Ottone, la mezzo-soprano Stephanie Novacek
campe une Ottavia avec force autorité, scéniquement et
vocalement, bien que peu rompue à la diction italienne. Sa
voix accepte volontiers la puissance, même si elle trahit
parfois un naturel vériste qui se force à revenir et
à coller au style...Malgré une gestuelle artificielle,
l'Ottone du contre-ténor Matthew White s'avère
remarquable dans le bas et le médium de son registre, moins
souvent dans les aigus, qui pourraient devenir agressifs, surtout
lorsqu'ils ne sont pas enveloppés dans un phrasé. Peggy
Kriha Dye en Drusilla apporte un raffinement extrême à
ses fins de phrases et la superbe aria " Oblivion soave " de Laura
Pudwell (Arnalta) force l'admiration par le naturel d'une ligne
vocale soutenue de bout en bout. Mais l'absolue singularité
vocale du soprano américain Michael Maniaci constitue
l'événement en forme de début de carrière
dont on n'a pas fini de parler. Renvoyant les " vrais-faux "
hautes-contre et autres " falsettistes " dos à dos, cette voix
naturelle qui n'a pas mué possède une couleur androgyne
unique, celle d'un castrat qui n'en serait pas un. Successivement
suave, fougueux, puis hystérique (les notes
répétées de " Tu mi sfozi allo sdegno " en sont
quelque peu affectées), Maniaci recrée le personnage de
Néron non sans l'affubler de tous les vices qui
caractérisent le jeune empereur décadent,
manipulé et fier de l'être...À la tête de
l'orchestre baroque Tafelmusik, Hervé Niquet inscrit sa
direction dans le même élan de distinction musicale,
dans le plus grand respect des règles de l'opéra
vénitien du XVIIe
siècle...Avec une mise en scène rompue à la
gestuelle du Seicento, Marshall Pynkoski semble faire monter la
sève de l'ardeur et de l'impétuosité d'une
jeunesse qui évolue non sans lascivité dans les
méandres d'une intrigue délétère,
ponctuée de quelques réparties ironiques à
l'effet cathartique avéré." (La Scena
musicale)
- Opéra de Tel Aviv
- 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30 avril, 1er mai
2002 - dir. Harry Bicket - mise en scène David Alden - avec
De Arellano, Burgess, Prochnik, Köhler, Langan, Bracha Kol
(Amore)
- Brooklyn Association Music
- 16, 19, 21 avril 2002 - Les Talens Lyriques - dir.
Christophe Rousset- avec Sandrine Piau (Drusilla), Jean-Paul
Fouchécourt (Arnalta), Michael Chance (Ottone)
- Reggio Emilia - Teatro
Municipale Valli - 1er, 3 février
2002 - Bologne - Teatro Communale
- 15, 17, 19, 20, 22, 24, 26 février 2002 - Orchestra
del Teatro Communale di Bologna - dir. Rinaldo Alessandrini - mise
en scène Franco Ripa di Meana et Jacopo Spirei
d'après Graham Vick - décors et costumes Paul Brown
- avec Sonia Prina (Ottone), Debora Beronesi (Nerone), Angeles
Blancas Gulín / Cinzia Forte (Poppea), Monica Bacelli
(Ottavia), Giorgio Surjan (Seneca), Maria Costanza Nocentini
(Drusilla, Coro di Amori), Patrizia Biccirè (La
Virtù/Pallade/Damigella/Coro di Amori), Gemma Bertagnolli
(Amore /Valletto), Roberto Balconi (Arnalta), Patrizia Cigna
(Fortuna/Venere/Coro di Amori), Luca Dordolo
(Lucano/Soldato/Familiare di Senaca/Console), Sergio Foresti
(Mercurio/Littore/Tribuno), Luigi Petroni (Soldato, Famigliare di
Seneca/Console), Max Renè Cosotti (Nutrice/Liberto),
Luciano Leoni (Famigliare di Seneca/Tribuno).
- Opéra International - avril 2002 - 20
février 2002
"Créé en
1993...le beau spectacle de Graham Vick et Paul Brown...(fait
retrouver) cette Rome impériale revue au prisme d'une sobre
mélancolie britannique au début du XXe
siècle...Rinaldo Alessandrini dirige avec autant de prudence
philologique que de sensibilité
dramatique....privilégiant une instrumentation
légère...Sonia Prina apporte à Ottone un timbre
particulièrement chaleureux et une gamme dynamique
volontairement limitée. Monica Bacelli se montre plus
expansive dans l'expression de la douleur d'Ottavia. Angeles Blancas
Gulin est une Poppea à la sensualité envahissante et
presque agressive, capable de plier sa voix jusqu'au murmure pour
mieux séduire. Debora Beronesi est un Nerone
particulièrement entêté dans la poursuite de sa
quête amoureuse...Imposant, le Seneca de Giorgio Surian, au
timbre à la fois grave et solide...Le contre-ténor
Roberto Balconi, jeune interprète à la fois
raffiné et divertissant."
- Munich - Bayerische
Staatsoper - Prinzrengentheater - 9, 11, 14, 16, 19
novembre 2001 - dir. Ivor Bolton - mise en scène David
Alden - avec Anne Pellekoorne, Jennifer Trost, Axel Köhler,
Catrin Wyn Davies, Sarah Connolly, Dominique Visse, Monica
Bacelli, Marisa Altmann-Althausen, Kurt Moll, Christian
Baumgärtel, Jennifer Trost, Linda Kitchen, Gerhard Auer,
Rüdiger Trebes, Guy De Mey

- Pittsburgh Opera Center
- 2001 - mise en scène Chas Rader-Sheibe -
décors et costumes David Zinn - lumières Lenore
Doxsee

- Université de
Princeton - 2001 - Princeton University Opera Workshop
- dir. Michael Pratt - mise en scène Peter Westergaard -
production Wendy Heller
- Amsterdam - Nederlandse
Opera - 3, 6, 9, 12, 16, 19, 22, 24, 28 avril 2001 -
Les Talens Lyriques - dir. Christophe Rousset - mise en
scène Pierre Audi - décors Michael Simon - costumes
Emi Wada - lumières Jean Kalman - avec Cynthia Haymon
(Poppea), Brigitte Balleys (Nerone), Graciela Araya (Ottavia),
Sandrine Piau (Drusilla), Bejun Mehta (Ottone), Robert Lloyd
(Seneca), Jean-Paul Fouchécourt (Arnalta), Christopher
Gillett (Nutrice), Claron McFadden (Valetto), Machteld Baumans
(Fortuna), Gaële le Roi (Amore/Damigella), Margaret Lattimore
(Virtù/Pallade), Markus Eiche (Mercurio / Console 1), Mark
Tucker (Lucano / Soldato 1 / Tribune 1, Famigliare 2), Philip
Sheffield (Liberto Capitano / Soldato 2 / Tribune 2), Martin
Tzonev (Littore / Console 2, Famigliare 3), Thierry
Grégoire (Famigliare 1)

- Houston - Wortham Center's
Cullen Theater - 2, 4, 6, 10, 11, 13, 15, 17, 18 mars
2001 - dir. David Fallis - mise en scène Marshall Pynkoski
- chorégraphie Jeannette Zingg - décors Gerard Gauci
- cosstumes Dora Rust-D’Eye - lumières Kevin Fraser - avec
Michael Maniaci (Nero), Meredith Hall / Marie Lenormand (Poppea),
Stephanie Novacek (Ottavia), Matthew White (Ottone), Oren Gradus
(Seneca), Peggy Kriha Dye (Drusilla), Gerald Isaac
(Arnalta)

- Paris - Conservatoire
National - 27 février 2001 - Orchestre du
département de musique ancienne - dir. Emmanuelle Haïm
- mise en scène Jean-Calude Berutti - avec Isabelle
Poinloup (La Fortune), Isabelle Jandeau (La Vertu), Hanna Bayodi
(L’Amour), Ariana Vafaradi (Néron), Ekaterina Godovanets
(Octavie), Barbara Ducret (Poppée), Jérémy
Reynolds (Othon), Elena Cojocaru (Drusilla), Françaois Lis
(Sénèque), Mathias Vidal (Arnalta), Christophe
Dumaux (La Nourrice), Isabelle Ovadia (Valletto), Hanna Bayodi
(Damigella), Sébastien Droy (Lucain)
"Voici un « spectacle
d’étude », réunissant exclusivement des musiciens
du Conservatoire de Paris, qui pourrait faire rougir pas mal de
structures plus établies. Il démontre surtout la bonne
forme du Conservatoire de Paris, un réel motif de
satisfaction. La distribution vocale ne présente aucune
faille, jusque dans ses seconds rôles elle offre
d’agréables surprises, comme la pétulante Isabelle
Obadia en Valletto (que l’on pourra d’ailleurs retrouver à
l’académie du festival d’Aix cet été). Tout
juste pourra t’on reprocher à l’Othon de Jérémy
Reynolds un manque de relief et à la Drusilla d’Elena Cojocaru
une voix un peu chétive. Mais que de plaisir à entendre
la voix profonde et souple de la basse François Lis en
Sénèque, le beau timbre de la mezzo Ekaterina
Godovanets en Octavie, la richesse de nuances et le sens de
l’articulation d’Ariana Vafaradi en Néron. La
découverte de la soirée restera la soprano Barbara
Ducret (Poppée) dont le charme de la voix, la richesse du
timbre, cette capacité à imprimer à certaines
inflexions une langueur irrésistible auront
impressionné, même si elle a parfois tendance à
chanter un peu trop fort (mais sa voix appelle des espaces bien plus
grands il est vrai !). Une mise en scène très lisible
et relativement animée conduit tous ces chanteurs à
s’impliquer encore plus dans leurs rôles, tant mieux
!
Vue la dimension parcellaire
de la partition d’orchestre, le travail du chef dans Le Couronnement
dépasse toujours la simple interprétation pour
approcher celui d’une véritable re-création. En
privilégiant le clavecin (ils sont deux et quasi
omniprésents), les cordes pincées, ainsi que des vents
très « fruités », Emmanuelle Haïm
confère une constante vivacité à la partition.
Son pur travail de direction (accompagnement des chanteurs,
équilibre fosse/scène, cohérence de l’orchestre)
est remarquable. Longtemps continuiste auprès de grands chefs
baroques, elle entame une carrière de directrice musicale tout
à fait encourageante. Cette très belle soirée
aura flatté les oreilles et les yeux, mais notre
mémoire ne devra pas oublier tous ces noms qu’à coup
sûr on reverra sur d’autres scènes."
(ConcertoNet)
- Théâtre des
Champs Elysées - 19, 20 janvier 2001 - La Grande
Ecurie et la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude Malgoire - mise en
scène Jean-Claude Malgoire, Nicolas Rivenq, Jacky Lautem,
décors Nicolas Rivenq, lumières Jacky Lautem - avec
Hjördis Thebault (Fortuna), Stéphanie d'Oustrac /
Chantal Perraud (Virtu), Amore (Pages de la Chapelle), Ottone
(Dominique Visse), Sandrine Rondot / Laurence François
(Poppea), Nerone (Jacek Laszczkowski), Stéphanie d'Oustrac
/ Sylvie Althaparro (Ottavia), Olga Pitarch (Drusilla), Renaud
delaigue (Seneca), Jean-François Chiama / Serge Goubioud
(Arnalta), Geneviève Kaemmerlen (Nutrice), François
Piolino (Lucano), Philippe Jaroussky (Valletto), Chantal Perraud
(Damigella, Minerva), Liberto (Luca Dordolo), Pierre Evreux
(Mercurio), Laurence François / Chantal Perraud (Venere),
- Curtis Institute of Music
- 2000 - mise en scène Chas Rader-Shiebe
- Opéra de Francfort
- 25, 30 novembre 2000 - Stuttgart - Staatstheater - 17
décembre 2000, 26 janvier 2001
- Boston - The New England
Conservatories Jordan Hall - 28 octobre 2000 - Boston
Baroque - dir. Martin Pearlman - avec Sharon Baker (Fortuna,
Drusilla), Janine Hawley (Virtu, Nutrice), Sandra Piques Eddy
(Amore, Valletto), Bejun Mehta (Ottone), Frank Kelly (Soldato 1),
Ryan Turner (Soldato 2), Judith Lovat (Poppea), Deanne Meek
(Nerone), Mark Molomot (Arnalta), Jane Gilbert (Ottavia), Daniel
Smith (Seneca), Elisa Doughty (Damigella), Ryan Turner (Liberto),
William Hite (Lucano), David Kravitz (Littore)
- Londres - English National
Opera - 19, 25, 27, 29
septembre, 3, 6, 10, 12, 16, 19, 21 octobre 2000 - dir. Harry
Christophers - mise en scène Steven Pimlott - décors
Stefanos Lazaridis - costumes Ingeborg Bernerth - en anglais
(traduction de Christopher Cowell) - avec Alice Coote (Poppea),
David Walker (Nerone), Sarah Connolly / Rebecca de Pont Davies
(Ottavia), Susan Gritton / Mhairi Lawson (Drusilla), Michael
Chance (Ottone), Eric Owens (Seneca), Kate Flowers (Damigella),
Toby Stafford-Allen (Valletto), Anne Marie Owens (Arnalta)

"Le metteur en scène,
Steven Pimlott, a souhaité placer l'orchestre en fond de
plateau et construire une plate-forme circulaire au-dessus de la
fosse. Fn conséquence, les chanteurs se retrouvent en contact
direct avec le public, qui ne perd pas un seul mot du texte.
Dès lors, le dernier opéra de Monteverdi se
déroule comme la plus inventive et hilarante pièce de
Shakespeare, tour à tour tragique et comique, celébrant
le triomphe indiscuté de l'Amour sur la Vertu et la Fortune.
Nerone nous apparaît déshabillé, sortant du lit
de Poppea, le pantalon à la main. Par chance, le
contre-ténor américain David Walker a un physique de
star hollywoodienne qui rend la scène plausible, comme
d'ailleurs chacune des interventions de l'empereur, y compris sa
participation à une orgie homosexuelle avec de jeunes
danseurs. La voix ne possède pas la suavité, ni la
volupté de timbre d'un David Daniels ou d'un Andreas Scholl,
mais elle est plus brillante. A ses côtés, Alice Coote
dessine une Poppea d'une enivrante sensualité, à
l'image d'une distribution d'un rare équilibre, de
l'impressionnant Seneca de la basse américaine Eric Owens,
à la voix de velours, à l'Ottavia incomparablement
noble et superbement chantée de Sarah Connolly, en passant par
la voluptueuse Damigella de Kate Flowers, la digne Arnalta d'Anne
Marie Owens et le robuste Valletto de Toby
Stafford-Allen.
Pimlott n'utilise pas beaucoup
la passerelle qui contourne la salle, sinon pour nous montrer Ottone,
un Michael Chance à l'articulation impeccahle, habillé
en Drusilla, avec ses talons hauts, échappant à ses
poursuivants après sa tentative d'assassinat sur Poppea. Une
scène du plus haut comique, qui illustre à la
perfection la réussite du spectacle...L'orchestration
originale de Monteverdi s'avérant trop réduite pour un
espace aussi vaste que le Coliseum, Harry Christophers en a
réalisé une nouvelle, pour douze instruments
d'époque, avec deux flûtes doublant les violons. Le
résultat n'appelle aucun reproche, le chef offrant un
accompagnement idéal à la poésie de la nouvelle
traduction anglaise de Christopher Cowell." (Opéra
International - novembre 2000)
- Festival de
Beaune - 22 juillet 2000 - version de concert -
Ensemble Elyma - Studio di Musica Antica Antonio Il Verso -
direction musicale Gabriel Garrido - avec Guillemette Laurens
(Poppée), Flavio Oliver (Néron), Gloria Banditelli
(Octavie), Fabian Schofrin (Othon), Ivan Garcia
(Sénèque), Emanuela Galli (Drusilla), Martin Oro
(Arnalte), Alicia Borges (la Nourrice), Elena Cecchi Fedi (le
Valet).
"Face à la vision
d'excellence de Marc Minkowski et de ses Musiciens du Louvre -
reprise, ces jours-ci, à Aix-en-Provence - la version de
concert que Gabriel Garrido et ses troupes
latino-américaines d'Elyma viennent de faire vibrer
à Beaune, aura pu paraître moins accomplie sur plus
d'un point. D'abord à l'orchestre, généreux,
enfiévré même - Garrido comme Minkowski y
transgresse les pratiques réductrices des
théâtres vénitiens des années 1640 pour
les colorer d'un " concert " de cornetti et sacqueboute - mais
entaché d'approximations qu'on chercherait en vain chez son
rival. Ensuite aux voix, ardentes, spontanées, mais souvent
sans apprêts et plus ou moins soucieuses d'une
démarche musicologique. À cet égard, ni la
Poppée incandescente, mais parfois à la peine dans
l'aigu, de Guillemette Laurens, ni le Néron de Flavio
Oliver ne peuvent rivaliser en virtuosité vocale avec le
tandem Mireille Delunsch-Anne Sofie von Otter, atout magique de la
distribution aixoise.
Et pourtant, puisant dans
cet apparent handicap des ressources qu'on ne soupçonnait
pas, Garrido s'implique à fond dans l'urgence et la tension
dramatique jusqu'à surpasser l'engagement de Minkowski. Et
c'est ici que le choix d'un Néron masculin se fait avantage
déterminant, permettant au jeu théâtral de se
déployer dans toute sa vraisemblance (alors que le recours
à un travesti est immanquablement générateur
de " distanciation " psychologique).
Jugée sous cet
angle, la caractérisation atypique que réussit le
contre-ténor de Flavio Oliver dans le rôle fait
l'événement de la soirée : un Néron
amateur de femmes (et pour tout dire, un brin " macho ") qui
dessine le personnage d'un trait virulent et tranchant, peu enclin
au tendre abandon. En tout cas, cet archétype du Latin
lover ouvre des perspectives stimulantes à un emploi le
plus souvent dévolu à une interprétation
féminine surtout à l'aise dans la mouvance
voluptueuse.
À sa suite, les
compositions heureuses abondent dans la distribution réunie
par le chef argentin, privilégiant toutes le rapport
naturel à la langue et la touche d'humanité.
Désignons l'Octavie noblement affligée de Gloria
Banditelli, jusqu'à la fracture d'un A Dio Roma
d'anthologie ; la Drusilla transparente d'innocence d'Emanuela
Galli ; la désopilante Arnalte de Martin Oro (par ailleurs
toujours respectueux d'une ligne belcantiste) ; la Nourrice
d'Alicia Borges qui fait de son aria Il Giorno femminile un
formidable " show " dansé, avec la complicité d'un
instrumentarium livré au vertige des rythmes ; le Valet
virevoltant d'Elena Cecchi Fedi. Et n'oublions pas le
Sénèque d'Ivan Garcia, reflet d'une force morale en
marche, ni Furio Zanasi, Mario Cecchetti et Philippe Jaroussky,
artistes inattaquables dans une guirlande de petits rôles.
Cependant que Gabriel Garrido apporte la caution de son
savoir-faire, avec cet intime entendement du verbe, du canto, des
affetti qu'il ne partage - Savall excepté - avec aucun
autre monteverdien de l'heure." (Altamusica)
- Festival d'Aix en
Provence - 21, 23, 25, 27 juillet 2000 - Les Musiciens du Louvre - dir. Marc
Minkowski - mise en scène Klaus Michael Grüber, Ellen
Hammer - décors Gilles Aillaud, Bernard Michel - costumes -
Rudy Sabounghi - lumières Dominique Borrini - avec Mireille
Delunsch (Poppea), Anne Sofie von Otter (Nerone), Sylvie Brunet
(Ottavia), Charlotte Hellekant (Ottone), Jean-Paul
Fouchécourt (Arnalta), Denis Sedov (Seneca), Nicole Heaston
(Drusilla, Virtù), Cassandre Berthon (Damigella, Amore),
Allison Cook (Fortuna, Valleto), François Piolino (Lucano,
Soldiere II), Thierry Grégoire (Famigliere I), Michael
Bennett (Famigliere II, Mercurio, Soldiere I), Ulas Inan
Inaç (Famigliere III), Luc Coadou (Littore, Liberto)

- Palerme - Cortile del
Collegio Massimo dei Gesutti - 16, 19, 20 juillet 2000
- dir. Gabriel Garrido - mise en scène, décors et
costumes Mario Ponteggia - avec Guillemette Laurens (Poppea),
Flavio Oliver (Nerone), Gloria Banditelli (Ottavia), Fabian
Schofrin (Ottone), Yvan Garcia (Seneca), Emanuela Galli
(Drusilla), Martin Oro (Arnalta)
- Cité de la Musique
- 17 juin 2000 - version de concert - dir.
Marc Minkowski - avec Mireille Delunsch (Poppea), Ann Sofie von
Otter (Nerone), Lorraine Hunt (Ottavia), Anna Larsson (Ottone),
Denis Sedov (Seneca), Nicole Heatson (Drusilla), Jean-Paul
Fouchécourt (Arnalta), Cassandre Berthon (Damigella),
Magdalena Kozena (Virtu, Valleto), Tracey Welborn (Lucano,
Soldiere, Tribuno), Thierry Grégoire (Famigliere), Ulas
Inan Ilac (Famigliere), Luc Coadou (Littore, Liberto, Tribuno),
Sylvia Marini (Pallade).
"Somptueuse
répétition avant la reprise aixoise de juillet, le
Couronnement de Poppée donné en version de concert
à la Cité aura montré les Musiciens du Louvre
au sommet de leur art et d'un étonnant savoir-faire
monteverdien. Mais d'abord, Marc Minkowski transgresse, en
dramaturge inspiré, les pratiques plutôt minimalistes
des théâtres vénitiens de l'époque
(ensemble de cordes réduit et continuo) pour
réactiver le riche orchestre des cours princières du
début du siècle. Un orchestre qui, dans le sillage
de L'Orfeo, fait se rencontrer l'instrumentarium de la fin de la
Renaissance avec la " bande " des violons et des cordes du Baroque
naissant, confortée par le plus fastueux des continuos. De
ce creuset vivifiant, la musique sort comme dopée,
colorée, de surcroît, d'innovations bienheureuses.
Tel ce " concert dans le concert " des violons et des cornetti qui
font assaut de figurations virtuoses dans la sinfonia liminaire.
Et puis il y a la splendeur du chant, du moins dans les emplois
principaux. Splendeur attestée par un quatuor souverain :
le Néron de Anne Sofie Von Otter qui réussit la plus
formidable caractérisation du rôle depuis - preuve
d'une évidente " connexion suédoise " - son illustre
compatriote Elisabeth Söderström (avec Harnoncourt,
voici trente ans) ; la Poppée assoluta de Mireille Delunsch
dans la passion, l'intrigue, la volupté ; l'immense Octavie
tragique de Sylvie Brunet ; enfin le Sénèque au
profil de médaille de Denis Sedov. Pour autant - et sans
conclure - on pourrait imaginer, aspect qui m'est cher, un
Couronnement encore plus ancré dans l'italianité que
l'opulente célébration conduite par le cher " Minko
" (pas de voix transalpine dans la distribution). Un Couronnement
qui déclinerait (et libérerait) son identité
avec des chanteurs ayant un rapport naturel à la langue. Ce
que nous apportera peut-être la version rivale de Gabriel
Garrido au prochain festival de Beaune, avec un " casting "
entièrement latin et latino-américain (à
guetter le Néron masculin de Flavio Oliver). Affaire
à plaider le 22 juillet, comme on dit au
Palais."
"De la production
contestée de Grüber, ce concert mis en espace semble
avoir conservé le meilleur : une élégance
altière des corps qui hésitent à
s’étreindre, et rendent perceptible dans la courbe d’un bras
ou l’intensité d’un regard la violence des tourments
intérieurs. Serait-ce dans son absence que le metteur en
scène se révèle génial ? Faisons
néanmoins la part d’un cadre idéal (pour l’espace,
sinon pour l’acoustique : il faut quelques minutes à l’oreille
pour s’accoutumer aux étranges éthers de la Cité
de la Musique, peu amènes envers les instruments anciens, et
rééquilibrer les voix face à un continuo fourni)
: conque aux parois granitiques le long desquelles glissent les
personnages, proscenium dont l’étrave fend les flots de
l’orchestre, nul n’est besoin d’autre décor. Debout archet au
vent pour les ritournelles, les cordes n’en cèdent pas moins
la vedette, dans cette œuvre-ci, aux formidables continuistes
évoqués plus haut. On loue le travail de Juan-Manuel
Quintana à la viole de gambe, celui surtout d’un exceptionnel
pupitre de guitares et théorbes, aux nervures translucides
mais riches en sève, sans oublier des orgues (Mirella
Giardelli, Laurent Stewart) le miroir liquide et blême. De ce
tapis clair-obscur, foisonnant comme une forêt sombre,
entêtant de parfums, Minkowski cultive non seulement les
timbres mais surtout la poésie. Son geste un rien
chaloupé, dépourvu de la nervosité chirurgicale
de Gardiner ou de Jacobs dans cette partition, renoue avec le souffle
large, la puissance d’ensemble qui caractérisait, parfois,
Harnoncourt. Vision contrastée, mais certes pas
éclatée, qui construit le drame sans en surligner
inutilement les affects, tenant court la bride à la
préciosité comme à la gaudriole ou à
l’histrionisme pour sublimer, de cette mosaïque shakespearienne,
l’essence humaine et tragique. Elle trouve un idéal
prolongement grâce au plateau où se fondent dans une
même tension des individualités plus grandes que nature
venues d’horizon pour le moins divers. Passons sur quelques
silhouettes féminines éteintes ou ternes et sur la
très légère déception provoquée
par l’Ottone de Charlotte Hellekant, fort convaincante, mais dont on
attendait tant après sa bouleversante incarnation dans Le
Messie filmé par William Klein. Les hommes sont pour leur part
remarquables (mention spéciale pour Piolino et Pujol), le
jeune Denis Sedov excellant toujours dans les rôles de
vieillards où son grave abyssal et ses harmoniques assez
pauvres sont parfaitement en situation. Fouchécourt est
l’Arnalta absolue, avec une voix de tête irréelle et des
lignes piano ineffables dans la berceuse, des saveurs sans cesse
renouvelées du mot et de l’accent dans les monologues. Brunet
pouvait inquiéter, elle met la salle à genoux.
L’immensité naturelle de la voix renforce l’isolement du
personnage, la plénitude à la fois métallique et
charnue du timbre s’allie à la véhémence
déclamatoire qui fait oublier quelques subtilités de
phrasé un peu piétinées, et rester en
mémoire la sincérité sauvage, le majestueux
désespoir. Où sont ses Wagner et ses Verdi, sur quels
théâtres ? Après de tels sommets, on peine
à croire pouvoir grimper plus haut ; Néron et
Poppée nous entraînent cependant sur leur Olympe, dont
ils nous congédieront par un duo final qui est peut-être
le plus beau jamais chanté. De Mireille Delunsch, on
n’attendait certes ni la femme enfant, ni la petite garce arriviste
et libidineuse fixée par une fausse tradition. Sa
Poppée au timbre ample et mat, dont les lignes plutôt
que de planer s’ancrent au riche terreau de la voix (avec un
léger manque de délié dans la diction, mais quel
gain en richesse émotive !), impose au travers d’une
présence physique à l’irréelle beauté le
portrait d’une femme effrayée de son propre amour, et ne
découvrant que progressivement le vertige du pouvoir. Dans une
tessiture qui est idéalement sienne, von Otter campe de
même un Néron anthologique, par la figure (ce regard de
dément qui s’humanise par spasmes successifs au retour de
Poppée !), par la musique et par l’esprit. Revoici
l’irrésistible ciselé des phrases, l’éventail de
nuances insensé du plus subtil piano aux vigoureux
éclats, les raucités du médium et le pur argent
de l’aigu, les mots qui frappent comme des poignards ou enveloppent
comme des baisers. Si sa Déjanire qu’on espérait
parfaite nous avait légèrement laissés sur notre
faim, cet empereur s’ajoute avec Sesto ou Ariodante aux rôles
clés d’une carrière. Ce soir surtout, avec dans l’air
cette liberté du don collectif qu’on rêve de retrouver
à Aix le mois prochain."
- Theater Krefeld
Mönchengladbach - (à partir du) 10 juin
2000 - Mitglieder der Niederrheinischen Sinfoniker, Gastmusiker
und Mitglieder des United Continuo Service - dir. Ulrich Wagner -
mise en scène Reto Nickler - décors Christoph Rasche
- costumes Katharina Weissenborn - dramaturgie Wolfgang Mika -
avec Janet Bartolova (Fortuna / Octavia / Amore secondo), Debra
Hays (Virtus / Venus), Michaela Mehring (Amor / Pallas Athene),
Barbara Cramm (Poppea), Walter Planté (Nero), Mikhail
Lanskoi (Ottone), Kirstin Hasselmann (Drusilla), Ulrich Schneider
(Seneca / Konsul), Marianne Thijssens (Damigella), Antje Gnida
(Arnalta), Kerstin Pajic-Dahl (Amme der Kaiserin Octavia), Markus
Heinrich (Valetto / Erster Soldat / Tribun), Frank Valentin (Lucan
/ Zweiter Soldat / Hauptmann der prätorianischen Wache /
Tribun), Yasuyuki Toki (Lictor / 3. Freund Senecas / Konsul),
Naomi Yahagi (Amore terzo / 1. Freund Senecas), Andreas Lenkeit
(2. Freund Senecas / Tribun)

- Vienne - Wiener Festwochen
- Theater an der Wien - 9, 11, 13, 15 juin 2000
- dir. Marc Minkowski - mise en scène Klaus Michael
Grüber - avec Mireille Delunsch (Poppea), Magdalena Kozena
(Nerone), Sylvie Brunet (Ottavia), Anna Larsson (Ottone), Denis
Sedov (Seneca), Nicole Heatson (Virtu, Drusilla), Jean-Paul
Fouchécourt (Arnalta), Cassandre Berthon (Damigella),
Allison Cook (Virtu, Valleto), François Piolino (Lucano,
Soldiere, Tribuno), Thierry Grégoire (Famiglaere, Pallade),
Ulas Inan Ilac (Famigliare), Luc Coadou (Littore, Liberto,
Tribuno), Michael Bennett (Mercurio, Famigliare, Soldiere)
- Florence - Mai Musical Florentin - Teatro della
Pergola - 21, 23, 25, 26, 28, 30, 31 mai, 2 juin 2000 - Membres de
l'orchestre du Mai Musical - dir. Ivor Bolton - mise en
scène Ronconi - décors Margherita Palli - costumes
Vera Marzot - lumières Guido Levi - avec Veronica Cangemi
(Poppea), Sarah Connolly (Nerone), Monica Bacelli (Ottavia),
Michael Chance (Ottone), Giorgio Surian (Seneca), Maria Jose
Trullu (Arnalta), Elena Zilio, Laura Cherici (Drusilla), Anna
Bonitatibus (La Fortuna/Valletto), Gemma Bertagnolli (La
Virtu/Damigella), Stefania Donzelli (Amore), Giacinta Nicotra
(Pallade/Venere), Luciano Leoni (Mercurio), Bruno Lazaretti
(Lucano), Giancarlo Boldrini (Littore), Davide Livermore
"Avec L'Incoronazione di
Poppea, le Mai Musical achève la trilogie
montéverdienne confiée à Luca Ronconi, avec la
complicité de Margherita Palli pour les décors et de
Veta Marzot pour les costumes. Comme pour L'Orfeo (1998) et Il
ritorno d'Ulisse in patria (1999), la réussite est totale, ce
cycle s'inscrivant désormais en lettres d'or dans l'histoire
de la manifestation florentine. Composé en 1643,
L'Incoronazione pose, on le sait, de nombreux problèmes, les
musicologues ne disposant que de manuscrits incomplets ou d'une
authenticité douteuse. Deux voies s'ouvrent aux
interprètes le respect des codes du XVIIe siècle,
qui font la part belle au spectacle et aux chanteurs, en se montrant
peu généreux pour l'orchestre, ou le parti pris d'une
exécution "moderne", dans laquelle l'actualité du
message montéverdien prend le pas sur la
philologie.
Le Mai Musical Florentin a
voulu se situer à mi-chemin la mise en scène de Ronconi
mêle passé et présent avec une fantaisie
inépuisable, tandis que la direction musicale d'lvor Bolton
recherche la liberté de mouvement à l'intérieur
d'un XVIIe siècle idéal. Aux cyprès
empruntés aux deux précédents ouvrages, Ronconi
et Palli ajoutent, cette fois, des bustes et des trônes de
marbre, des nes tronquées... et des automobiles des
années 1950. Le tout en perpétuel mouvement : entre les
ruines de l'Empire et les voitures à la casse, surgissent les
caricatures des Dieux (Vertu en vieille boiteuse, Vénus en
pin-up, Fortune bardée d'or), sans oublier des groupes de
téléopérateurs et de loubards chevelus ou
tondus. Ceux-ci se gaussent de Sénèque, monument de
rhétorique à lui seul, et se faufilent dans la
géniale construction montéverdienne avec une aisance et
une imagination qui peuvent autant séduire
qu'irriter.
lvor Bolton, au pupitre,
privilégie la sobriété, avec un orchestre de dix
instruments seulement, qui donne un son faible et uniforme.
L'objectif est de mettre le chant au premier plan, en cherchant
à faire naître, à l'intérieur des lignes
vocales, le contraste entre la passion de Néron et
Poppée, la douleur des figures trahies et la verve des
personnages bouffes. Le résultat prête
àcontroverse, Bolton soulevant l'admiration ou le doute, selon
la conception que chacun se fait du chef-d'oeuvre de Monteverdi. La
distribution se montre, dans l'ensemble, à la hauteur,
malgré de nombreuses difficultés dans la diction, que
l'on souhaiterait plus incisive. Le public, malgré quelques
défections aux entractes, a réservé un accueil
chaleureux à tous, de Veronica Cangemi (Poppea) à Sarah
Connolly (Nerone), en passant par Sara Mingardo (valeureuse dans
Ottone, même si la tessiture est franchement trop grave pour
elle), Monica bacelli (Ottavia), Giorgio Surian (Seneca) et Laura
Cherici (Drusilla)" (Opéra International - octobre
2000)
- Stuttgart -
Staatstheater - 10, 26 mai, 7 juin 2000
- Hanovre
-Niedersächsisches Staatstheater - 2000 - dir.
Reinhard Goebel - mise en scène Philipp Himmelmann - avec
Joerg Waschinski (Nerone), Michael Humann (Littore), Christoph
Rosenbaum (Liberto), Hans-Peter Scheidegger (Seneca)
- Opéra de
Montréal - Théatre
Maisonneuve - 1er, 4, 6, 8
avril 2000 - dir. Yannick Nézet-Séguin - mise en
scène Renaud Doucet - cosstumes Allen Charles Klein - avec
Suzie Le Blanc (Poppea), Daniel Taylor (Nerone), Noella Huet
(Ottavia), Terry Murphy (Ottone), Louise Marcotte
(Drusilla)
" ...une distribution
inadéquate des personnages principaux, dont les voix,
insuffisantes dramatiquement et aux timbres trop semblables, ne
réussissent pas à s'harmoniser. La mise en scène
évolue dans des décors grotesques. De belles
scènes dramatiques sont toutefois à souligner : la mort
de Sénèque ou le départ pour l'exil d'Ottavia.
Les costumes sont magnifiques et de bon goût." (Opéra
International - septembre 2000)
- Opernhaus Halle
- 26 février 2000 - Lautten Compagney - dir. Wolfgang
Katschner - mise en scène Axel Köhler - décors
Andrea Eisensee - avec Anke Berndt (Poppea), Robert Crowe
(Nerone), Susanne Kreusch (Ottavia), Peer Abilgaard (Ottone),
Jürgen Trekel (Seneca), Maria Petrasovská
(Nutrice)


- Théâtre de
Saint-Quentin en Yvelines - 3, 4 février 2000
- Opéra de Rennes - 17,
18 février 2000 - Brest - Le
Quartz - 26 février 2000 - Orléans - Le Carré Saint-Vincent
- 4 mars 2000 - Martigues -
Théâtre des Salins - 11 mars 2000
- Théâtre de
Clermont-Ferrand - 17 mars 2000 - Théâtre Municipal de
Tourcoing - 21, 22 mars 2000 - Opéra Théâtre de
Besançon - 2 avril 2000 - La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
- dir. Jean-Claude Malgoire - mise en scène Jean-Claude
Malgoire, Nicolas Rivenq, Jacky Lautem, décors Nicolas
Rivenq, costumes Christine Rabot Pinson, lumières Jacky
Lautem, chorégraphie Roser Montllo, Brigitte Seth - avec
Laurence François/Sandrine Rondot (Poppea), Jacek
Laszczkowski/Philippe Jaroussky (Nerone), Sylvie
Althaparro/Stéphanie d'Oustrac (Ottavia), Robert
Expert/Rachid Ben Abdeslam (Ottone), Renaud Delaigue/Pierre
Thirion-Vallet (Seneca), Olga Pitarch/Valérie Gabail
(Drusilla), Serge Goubioud/Jean-François Chiama (Arnalta),
Geneviève Kaemmerlen/Stéphanie d'Oustrac (Nutrice),
François Piolino/Serge Goubioud (Lucano), Philippe
Jaroussky/Olga Pitarch (Valletto), Valérie Gabail/Chantal
Perraud (Damigella), Laurent Slaars/Jean-Fraançois Chiama
(Liberto), Bruno Rostand/Pierre Thirion-Vallet (Littore),
Valérie Gabail/Olga Pitarch (Fortuna), Chantal
Perraud/Stéphanie d'Oustrac (Virtu), Florent Megrot/ Romain
Smitt -Les Pages de la chapelle, dir. Olivier Schneebeli-(Amore),
Chantal Perraud (Pallade), Pierre Evreux (Mercurio),
Stéphanie d'Oustrac/Laurence François (Venere),
Pierre Evreux, Jean-François Chiama (Soldati), Mercurio
(François Piolino/Pierre Evreux

- Concertonet - 22 mars
2000
"Après ce miracle, la
déception causée par Le Couronnement de Poppée,
donnée plus d’un mois après, est d’autant plus vive que
l’on nourrissait de grands espoirs. Mais la mise en scène
s’essouffle et se répète sans se renouveler. Et
même l’interprétation musicale déçoit. Il
est vrai que c’est l’opéra le plus difficile à chanter
des trois, nécessitant des moyens que n’ont peut-être
pas encore cette équipe, à part Jacek Laszczkowski,
excellent Néron. Sylvie Althaparro est cette fois
dépassée dans un rôle trop dramatique et la
justesse s’en ressent ; Laurence François a le physique de
Poppée mais la voix doit encore mûrir et s’arrondir ;
Robert Expert peine dans une tessiture trop basse ; Olga Pitarch est
un peu trop fade en Drusilla ; François Piolino, comme le
reste de la distribution, n’est pas dans sa meilleure voix. Par
contre, Renaud Delaigue a les graves somptueux et l’expression noble
qui conviennent à Sénèque."
- Opéra International - mars 2000 -
St-Quentin en Yvelines - 4 février 2000
"Au milieu des années
1980, le tandem Jean-Claude Malgoire-Jean-Louis Martinoty avait, pour
la première fois en France, proposé les trois
opéras montéverdiens parvenus jusqu'à nous. En
un dispositif scénographique unique, puisque transporté
et tout aussitôt remonté dans des salles non
vouées à l'art lyrique, cette trilogie avait permis
à des publics de découvrir l'opéra, et à
une jeune génération de chanteurs français de
s'aguerrir dans ces répertoires alors totalement exclus de
leur enseignement. Quinze ans après, le même Atelier
Lyrique de Tourcoing, mais en coproduction avec le
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, remet les trois
ouvrages sur le métier. Associé à Jacky Lautem
et Nicolas Rivenq, Malgoire se fait également metteur en
scène et poursuit le même pari scénographique
itinérant : un dispositif scénique identique aux trois
ouvrages, avec de simples éléments mobiles sur le
plateau. L'unique décor assume donc une mission contradictoire
: être suffisamment généraliste pour convenir aux
trois ouvrages, et être caractérisable pour convenir
à un lieu privé, à un espace public, ou aux
Enfers. Ce judicieux décor consiste en deux superstructures
blanches, l'une à cour et l'autre jardin, à
moitié articulées, dont les découpages sont
inspirés de l'Orient et qui peuvent se rejoindre pour occuper
toute la largeur du plateau...La mise en scène ne s'est pas
embarrassée de recherches conceptuelles sur
l'Antiquité. Profondément musicale et cherchant
à toucher des publics méconnaissant Monteverdi et la
mythologie, elle s'est, avant tout, souciée de rendre lisible
chaque intrigue, notamment grâce à des choix
dramaturgiques limpides et à de judicieuses coupures musicales
(dans Ulisse et Poppea). Ces buts sont atteints.
L'autre point fort de ces
soirées tient en l'attentive et pertinente direction musicale.
Situé au pied de la scène (alternativement
tourné vers les chanteurs, puis vers ses instrumentistes qui,
tous, regardent le plateau), Jean-Claude Malgoire agit plus en
coordinateur qu'en chef, suscitant les énergies
improvisatoires d'un excellent continuo et portant chaque chanteur
à son meilleur, tantôt en le conduisant,tantôt en
le laissant tout à sa liberté déclamatoire.
Enfin, rares sont ceux qui, comme lui, maîtrisent le parcours
énergétique de chacun de ces ouvrages.
Dans L'incoronazione di
Poppea, le système du décor unique a paru trouver ses
limites (notamment à la fin, avec les trois dieux olympiens et
le duo Poppea-Nerone). En outre, parce que son livret est le
foisonnement même et parce qu'il existe deux manuscrits - de
Venise et de Naples - assez dissemblables, cet ouvrage résiste
un peu plus aux coupures qui y sont réalisées. Sandrine
Rondot est une belle Poppea, tant vocalement que scéniquement
; elle compose le complexe portrait d'une jeune femme, tour à
tour sincère, amoureuse et ambitieuse. Le sopraniste Philippe
Jaroussky est un juvénile Nerone, en lequel s'entrelacent la
découverte du pouvoir et de l'amour ; si sa tessiture est
intéressante, regrettons une projection limitée dans le
grave. Stéphanie d'Oustrac campe une Ottavia palpitante, ni en
deuil ni vaincue, qui se voit ravir amour et, secondairement, pouvoir
; elle redonne de l'importance dramatique à un rôle pour
lequel, usuellement, tout est fixé dès le
départ. En principe, Ottone est le personnage-clef de Poppea -
l'intrigue n'avance que par sa versatilité - et requiert une
nature vocale et scénique. Même si nous n'avons vu qu un
seul Ottone convaincant (Henri Ledroit) en vingt années,
Robert Expert a montré une projection très faible,
certainement parce que, comme tous ses confrères altos
masculins, il est confronté à une tessiture bien trop
grave. A cette difficulté de distribution, aucun directeur
musical n'a encore apporté de solution efficace. Le personnage
de Seneca a été traité avec ironie au moment de
mourir, le vieux philosophe ratiocinant est la risée de ses
disciples (cette ironie a utilement servi à masquer que Pierre
Thirion-Vallet, en difficulté permanente, s'est vu distribuer
un rôle trop grave pour lui, au point qu'il est impossible
d'évaluer son talent vocal). Parmi le reste de la
distribution, signalons les bonnes prestations de Serge Goubioud
(Arnalta), de Valérie Gabail (Drusilla), de Chantal Perraud
(Damigella) et des deux Amorini, jeunes garçons issus de la
Maîtrise du Centre de Musique Baroque de
Versailles."
- Athènes -
Megaron - 5, 7, 9, 11 décembre 1999 - The London
Monteverdi Ensemble - La Camerata-Orchestra of the Friends of
Music - dir. Paul Goodwin - décors Alberto Andreis, Michael
Hampe - costumes Carlo Tomasi - lumières Sergio Rossi -
avec Anna Caterina Antonacci (Poppea), Gregory Kunde (Nerone),
Nancy Maultsby (Ottavia), Michael Chance (Ottone), Curtis Rayam
(Arnalta), Matthias Hölle (Seneca), Nicolas Clapton
(Nuttrice), Mary-Hellen Nesi (Fortuna), Tassis Christoyannis
(Littore)
- Stuttgart -
Staatstheater - 9, 24, 27, 30 octobre 1999, 12, 23, 26
février, 10, 26 mai, 7 juin 2000 - dir. Nicholas Kok - mise
en scène Jossi Wieler - décors, costumes Anna
Viebrock - avec Helga
Rós Indridadóttir (Fortuna), Se Young O
(Virtù/Drusilla), Gabriela Herrera (Amore/Valletto), Keith
Lewis (Nerone), Helene Schneiderman (Ottavia), Catherine Naglestad
(Poppea), Motti Kastón (Ottone), Anneleen Bijnen (Nutrice),
Tichina Vaughn (Arnalta), Roland Bracht (Seneca), Bernhard
Schneider (Lucano/Soldato), Carsten Wittmoser (Famigliaro di
Seneca/Soldato), Tobias Rapp (Soldato)
- Festival d'Aix en Provence
- Théâtre de l'Archevêché -
8, 10, 15, 18, 21 juillet 1999 - Les Musiciens du Louvre-Grenoble
- dir. Marc Minkowski - mise en scène Klaus-Michael
Grüber, Ellen Hammer - décors Gilles Aillaud -
costumes Rudy Sabounghi - lumières Dominique Borrini - avec
Mireille Delunsch (Poppea), Anne Sofie von Otter (Nerone),
Lorraine Hunt (Ottavia), Anna Larsson (Ottone), Denis Sedov
(Seneca), Jean-Paul Fouchécourt (Arnalta), Nicole Heaston
(Drusilla), Tracey Welborn (Lucano), Magdalena Kozena (Valletto,
Virtu), Cassandre Berthon (Damigella, Amor), Marie-José
Trullu (Fortuna), Sylvia Marini (Pallade), Luc Coadou (Liberto,
Littore)
- "La Poppée de Mireille Delunsch" -
Aix célèbre Monteverdi - Opéra
International - juillet/août 1999
- L'Humanité - 14
juillet 1999 - "Poppée est
couronnée et le baroque triomphe"
"Le silence énorme et
transparent que seule une foule conquise peut faire entendre
recueille les derniers mots à voix nue de Néron et
Poppée : "Ma vie, oui, oui". La première
représentation du Couronnement de Poppée de Monteverdi
vient de s'achever dans la cour de l'archevêché et les
applaudissements les plus frénétiques n'en diront pas
plus que cette seconde de stupeur muette devant tant de vie,
précisément, recréée au plus près
de ses errances, de ses incongruités, de sa force, avec les
artifices les plus étranges qui soient. En 1642, le
librettiste Busenello écrivait un texte d'une
efficacité dramatique et d'une délicatesse
poétique dont l'histoire du genre lyrique ne connaît pas
beaucoup d'exemples. Claudio Monteverdi, peut-être en
collaboration avec quelques élèves, à la
manière dont on travaillait dans l'atelier d'un grand
maître de la peinture, riche d'une expérience de
près de quarante ans, composait une musique aux facette
multiples, donnant souplesse à chaque situation, allant
impérieusement de l'avant dans le labyrinthe des conflits, des
regrets, des pièges. Néron aime Poppée et veut
faire tuer Sénèque, qui tente de l'empêcher de
répudier Octavie. Poppée aime Néron et le
pouvoir dans des proportions qu'elle ne mesure peut-être pas
elle-même. Sénèque devancera la mort,
Néron portera Poppée au triomphe, illustrant devant les
consuls et tribuns de Rome, et face au monde entier, la
suprématie annoncée, dès le prologue, d'Amour
sur Fortune et Vertu.
Pas plus que les auteurs n'ont
tordu l'histoire vers la fable morale (ç'eut été
facile en poursuivant le récit jusqu'à la mort violente
de Poppée et la folie de Néron), les artistes de cette
nouvelle production, Klaus Michael Grüber pour la mise en
scène, Marc Minkowski, pour la direction musicale, ne forcent
l'ouvre ou la violentent. À la question sans cesse
reposée du contexte temporel adopté par le choix des
costumes et des décors, le metteur en scène, avec Rudy
Sabounghi et Gilles Aillaud, dans des éclairages superbes de
Dominique Borrini, répond avec la force d'évidence que
recèle un livre de contes de votre enfance dont vous n'avez
jamais douté de l'adéquation. Poppée n'est pas
déguisée en punk ni Néron en PDG d'une
multinationale. Leurs vêtements ne sont pas non plus l'ouvre
d'un copiste de l'ancien ; ils sont dans l'esprit de
l'Antiquité, avec pour chaque personnage une
originalité particulière qui, dans tous les cas, permet
aux corps d'être à l'aise, de bouger jusqu'aux limites
de la danse. Fluidité et aisance pour les voix, en premier
lieu celle d'Anne Safie von Otter qui campe un Néron amoureux
fou, enfant gâté et tortionnaire d'une
crédibilité qui fait immédiatement entrer dans
la convention voix de femme/personnage masculin. Avec la même
conviction, Jean-Paul Fouchécourt est une nourrice courant
dans le sillage de la gloire. Mireille Delunsch écrase un peu
les accents de l'indignation au niveau de la gorge mais
s'élève, à partir du second acte et jusque dans
le sublime air final, à des sommets d'émotion pure.
L'état de grâce vocale parcourt toute la distribution,
de la basse Denis Sedov, dans le rôle de Sénèque,
à la soprano Nicole Heaston, en passant par Lorraine Hunt,
mezzo-soprano dans le rôle d'Octavie. Dans la fosse, Marc
Minkowski guide les musiciens du Louvre à travers un flot
musical qui se renouvelle sans cesse. Peut-être pourrait-on
souhaiter des impulsions qui rendent plus immédiats les
changements, très nombreux, de carrure rythmique, mais
l'étalement des instrumentistes dans une fosse très
longue et peu profonde incite plus aux gestes qui enveloppent
qu'à ceux qui resserrent. La cohésion et la connivence
sont les maîtres du jeu, ce qui nous vaut un équilibre
sonore magique. Après le triomphe de Platée à
l'Opéra Garnier, voici quelques mois, Minkowski renouvelle,
avec un metteur en scène très différent, dans un
répertoire tout autre, les preuves de son habileté
à maîtriser l'espace sonore."
- Opéra International - septembre 1999
" Puisque les
interprètes actuels des opéras baroques italiens ont
pris l'habitude d'y effectuer des coupures, et puisque, avec ses deux
versions assez dissemblables - les manuscrits de Naples et de Venise
- il est impossible d'établir un texte musical exact de
"L'incoronazione di Poppea", la critique de toute production de cet
ouvrage doit d'abord rechercher quelles pages ont conservées
le metteur en scène et le directeur musical. En l'occurrence,
c'est Klaus-Michael Grüber qui semble avoir pesé
majoritairement sur l'état aixois de L'incoronazione : en
quasi-totalité, il a évacué le comique, le
substrat social et sociologique, et les équivoques sexuels et
sémantiques, et, dans ce livret de Busenello dont on ne
vantera jamais assez les qualités, il a
privilégié l'aspect tragique et monothématique.
Les suppressions touchent des rôles - dont la Nutrice d'Ottavia
et les Amorini - et une multitude de répliques : Arnalta porte
presque à elle seule l'aspect comique. Aussi le spectateur
assiste-t-il essentiellement à une étude de
caractères humains tous plus capricieux et veules les uns que
les autres, dans un registre expressif balançant entre la
tragédie racinienne et la Comédie humaine balzacienne.
Si le spectateur admet cette option, le résultat en est
admirable, hormis le Prologue, négligé, qui, à
l'évidence, ne doit son maintien qu'à la volonté
de Marc Minkowski. Comme usuellement chez Grüber, la direction
d'acteurs choisit de cerner au plus près les mobiles de chaque
personnage et laisse à chaque chanteur le soin d'habiter
subjectivement son rôle avec affects et sentiments. Hormis Anna
Larsson, tous ont su assumer cette part qui leur
revenait.
Le plateau vocal est
d'excellente tenue. Enserrée dans un costume rigoureux,
Mireille Delunsch excelle à exprimer tous les sentiments et
stratégies de Poppea ; sa voix se révèle
également apte à la sensualité et
l'autorité, à la naïveté et à la
rouerie. Anne Sofie von Otter a choisi de camper un Nerone moins
sensuel que juvénile, capricieux et orgueilleux au-delà
de l'imaginable : elle aussi met en oeuvre une grande palette vocale
qui lui permet de nous faire croire à ses sentiments amoureux,
puis de trembler à ses diktats irascibles. Lorraine Hunt est
une grande tragédienne : son port noble et sa puissante
projection vocale et déclamatoire lui permettent de composer
une mémorable Ottavia. Malgré une transposition de son
rôle vers l'aigu, la mezzo-soprano Anna Larsson (Ottone) chante
à côté de sa tessiture, se montrant aussi
embarrassée vocalement que gauche physiquement à
exprimer les incessantes versatilités de son rôle. Si
Denis Sedov (Seneca) s'est montré par trop monochrome
vocalement et expressivement, Jean-Paul Fouchécourt a
malicieusement et finement fait vivre une complexe Arnalta. Signalons
également Magdalena Kozena (Virtu et Valletto), Nicole Heaston
(Drusilla) et Cassandre Berthon (Damigella et Amore).
Conformément à
sa nature primordialement soucieuse de créer un arc
dramatique, les choix musicaux de Marc Minkowski ont porté sur
un continuo fort étoffé, mais assez peu souvent
polyphonique et semi-improvisatoire. Il a malheureusement buté
sur un gros écueil : l'acoustique du Théâtre de
l'Archevêché étouffe les graves et les dissocie
des instruments aigus. Sont néanmoins demeurés intacts
son tempérament dramatique et son sens de la
continuité. La légère déception globale
laissée par ce spectacle tient à l'entente, à
l'évidence pas toujours parfaite, entre Grüber et
Minkowski, ce dernier ayant sans doute souhaité un moindre
monothématisme conceptuel et expressif." (10 juillet
1999)
- Grenoble - 23 février 1999 - Les Musiciens du
Louvre - dir. Marc Minkowski - avec Cousin, Magdalena Kozena,
Marini, Valérie Gabail, Pujol, Grégoire,
Berthon
- Madrid - Teatro de la
Zarzuela - 21, 22, 23, 25, 26,
28, 30 janvier 1999 - direction Alberto Zedda - mise en
scène Ariel Garcia Valdès - décors et
costumes Jean-Pierre Vergier - avec Asumpta Mateu (Poppea),
Cecilia Diaz (Nerone), Lola Casariego (Ottavia), Marina Rodriguez
Cusi (Ottone), Miguel Angel Zapater (Seneca), Maria José
Moreno (Drusilla) -

"Alberto Zedda maintient son
choix des instruments modernes, mais veille à ne pas perdre le
contact avec les pratiques d'exécution du
XVIIe siècle. L'ornementation est pratiquement
réduite à rien"...Le metteur en scène transporte
l'intrigue à New York dans les années 1940"..."Les
solistes ne déméritent pas"..."on retient la
Poppée d'Asumpta Mateu, l'Ottavia vibrante de Lola Casariego,
la fraiche Drusilla de Maria José Moreno et le robuste Seneca
de Miguel Angel Zapater. Vigilant et précis, Alberto Zedda ne
réussit pas à enflammer son orchestre"..."l'ensemble ne
s'éloigne jamais d'un sérieux imperturbable".
(Opéra International - mars 1999)
- Kammeroper Schloss
Rheinsberg - été 1998 - mise en
scène Christian Pöppelreiter - avec Allyson McHardy
(Ottavia), Helene Ranada (Arnalta)
- San Francisco - War
Memorial Opera House - 13, 16, 18, 21, 26 juin 1998 -
dir. Patrick Summers - mise en scène Christopher Alden -
décors Robert Perdziola - lumières Thomas J. Munn -
Ruxandra Donose, mezzo-soprano (Poppea), Lorraine Hunt,
mezzo-soprano (Ottavia), Zvetelina Vassileva, soprano (Drusilla),
David Daniels (Nero), Banks, Robert Lloyd (Seneca), Mel Ulrich,
baryton (Ottone), Barry Banks, ténor (Arnalta), Christina
Lamberti, soprano (Fortuna), Nicolle Foland, soprano (Virtu) Marc
Day, sopraniste (Cupido), Norman Shankle, ténor (Valletto),
Martha Jane Howe (Nutrice)
- Munich -
Prinzregententheater - 13, 14, 16, 19 juillet 1998 -
dir. Ivor Bolton - mise en scène David Alden - avec Anna
Caterina Antonacci, Michael, Dorothea Röschmann, Ian
Bostridge, Axel Köhler, Kurt Moll, Dominique Visse
- Cardiff - Welsh National
Opera - 11, 13 décembre 1997, 27 février
1998 - Londres - Shaftesbury Theatre
- 3, 6 mars 1998 -
Birmingham - 12 mars 1998 - Oxford - 18, 21 mars 1998 - Southampton - 27 mars 1998 - Liverpool - 3 avril 1998 - Bristol - 8 avril 1998 - Swansea - 17 avril 1998 - dir. Rinaldo
Alessandrini - mise en scène David Alden - avec Catrin
Wyn-Davies (Poppea), Sally Burgess (Ottavia), Linda Kitchen
(Drusilla), Paul Nilon (Nerone), Michael Chance (Ottone), Gwynne
Howell (Seneca)
- Harvard Early Music
Society - The Agassiz Theatre - 1998 - Harvard Baroque
Chamber Orchestra - dir. Edward Jones - mise en scène Lane
Shadgett - décors Brittain Bright - avec Tonia D'Amelio
(Poppea), Christian Quilici (Nero), Eleanor Hubbard (Octavia),
Carolann Buff (Otho), Genithia Hogges (Drusilla), John Driscoll
(Seneca), Navez Karanjia (Arnalta), William Hudson (Lucano), Brian
Fehlau (Liberto), Jacob Taylor (Captain), John Arida (Love), Cathy
Ellis (Fortune), Katie Szal (Virtue), Olivia Hall (Athena/Venus),
Navaz Karanjia, Brendan Daly, Jacob Taylor, Brian Fehlau (Chorus),
William Hudson, Brendan Daly, Jacob Taylor, Wesley Chinn (Consuls
and Tribunes)
- Munich - Münchner
Opern-Festpiele - Prinzregententheater - 14, 18, 21, 24
juillet 1997 - dir. Ivor Bolton - mise en scène David Alden
- avec Anna Caterina Antonacci, Michael, Dorothea Röschmann,
David Daniels, Axel Köhler, Kurt Moll

- Miami - Florida Grand
Opera - 12, 15, 18, 21, 23 février 1997 - dir.
Judd - mise en scène Bliss - avec Van Roekel, Driscoll,
Mills, Langan, Daniels
- Amsterdam - De Nederlandse
Oper - 10 représentations du 2 au 29 mars 1996 -
Les Talens Lyriques - dir. Christophe Rousset - avec Cynthia
Haymon, Brigitte Balleys, Ning Liang, Jeffrey Gall,
László Polgár, Laura Claycomb, Jean-Paul
Fouchecourt, Mark Tucker, Claron McFadden, Deborah York, Sandrine
Piau, Wilke te Brummelstroete, Roberto Scaltriti, Lynton Atkinson,
Roman Bischoff, Ricard Bordas,
- Stuttgart - Staatstheater
- 23, 26 janvier 1996 - dir. Hacker - mise en
scène Manthey - avec Schneidermann, Ebbecke, Krämer,
Peckova
- Montréal - McGill
Opera - 1995 - avec Mary Bella (Poppea)
- Duisbourg - Theater der
Stadt - 3, 9, 17 et 20 décembre 1994
- Opéra de Dallas
- 18, 20, 22 et 26 novembre 1994 - dir. Summers, mise
en scène Hebert - avec Ann Panagulias, Ciesinski,
Trussel, Green, Langan
- Glimmerglas -
Festival d'opéra - 1994 - mise en scène Jonathan
Miller
- Cremone - Teatro
Ponchielli - 7 et 8 octobre 1994 - Milan - Teatro alla Scala - 14, 15,
16, 18, 19 et 20 octobre 1994 - dir. Alberto Zedda - mise en
scène Gilbert Deflo - décors et costumes William
Orlandi - avec Anna Caterina Antonacci / C. Remigio (Poppea),
Debora Beronesi / William Matteuzzi (Nerone), Bernadette Manca di
Nissa (Ottone), Paoletta Marrocu (Ottavia), Carlo Colombara
(Seneca), Nuccia Focile (Drusilla), Lucia Rizzi (Arnalta), Debora
Beronesi (Fortuna, Pallade, Venere), L. Rizzi (Arnalta), L.
Cherici (Virtù, Damigella, Amore II ), Sara Mingardo
(Nutrice, Familiare, Amore III), M. Bolognesi (Lucano, Soldato I),
E. Gavazzi (Liberto, Soldato II), Nucia Focile (Drusilla), A. De
Gobbi (Console II, Familiare), M.Bacelli (Amore, Valletto), E. De
Cecchi (Tribuno I), M. Crispi (Tribuno II, Familiare), Pietro
Spagnoli (Mercurio, Littore, Console I)
"Maladies, forfaits de
dernière minute, retards, grèves, remplacements
improvisés : pas une seule représentation avec la
même distribution !... L'idée de départ
était d'arracher Monteverdi aux musicologues "baroqueux", de
démontrer qu'il pouvait être un auteur facile et
adapté aux vastes théâtres du
XIXe siècle. Commande a donc été
passée d'une nouvelle instrumentation à Alberto Zedda,
auteur d'une expérience similaire au Festival de Martina
Franca en 1988. Principes de base : homogénéisation
harmonique et recours aux instruments modernes, en s'inspirant des
exemples d'écriture à quatre parties dans le manuscrit
napolitain de L'lnco-ronazione et des formidables architectures
instrumentales explorées par Monteverdi dans ses partitions
vénitiennes (Vespro alla Beata Vergine, Scherzi musica Il,
Selva morale e spirituale). L'orchestration de la basse continue
s'est effectuée sur une trame légèrement
contrapuntique, les bois et les arpèges de la harpe,
vigoureusement soutenus par le basson et le trombone, apportant un
piment supplémentaire aux timbres. Les ritournelles sont bien
sûr confiées aux cordes, considérablement
renforcées pour tenir compte des vastes dimensions de la Scala
et du Teatro Ponchielli de Crémone, coproducteur et premier
hôte du spectacle. Sur le plan vocal, le choix s'est
évidemment porté sur des interprètes de
formation belcantiste, même si certains ont déjà
fréquenté Monteverdi. Deux décisions surprennent
: Arnalta confiée à une femme (une soprano au grave
opulent, et non plus un falsettiste ou un ténor), et Nerone
distribué à un ténor sui generis, capable d'une
émission légère et constante en voix de
tête. Avec Riccardo Muti au pupitre, on attendait donc une
Poppea entièrement tournée vers le chant,
envisagée comme un gigantesque récitatif
accompagné pré-gluckien. Le forfait inopiné du
maestro a totalement bouleversé les données du
spectacle...A l'arrivée, de nombreux défauts imputables
à l'inachèvement de la démarche musicologique
ont jeté le discrédit sur la prestation de Zedda au
pupitre...Le plateau en revanche, est un succès, tant par la
différenciation des timbres que par l'imagination expressive.
Le Nerone de William Matteuzzi est le seul à soulever quelque
perplexité le chant du ténor, construit sur un savant
jeu d'ombres et de lumières, n'est pas en cause. C'est
plutôt le choix d'une voix masculine qui perturbe : hors le
duetto avec Lucano, il ne s'impose pas et un contralto féminin
est préférable. Debora Beronesi le démontre
amplement à Milan en remplaçant un Matteuzzi souffrant
elle méritait cette consécration, dans un emploi plus
intéressant que les Pallade, Fortuna et Venere qu'on lui avait
à l'origine attribuées. Comme à Bologne en 1993,
Anna Caterina Antonacci et Bernadette Manca di Nissa campent de
magnifiques Poppea et Ottone, d'une rare intensité dramatique,
face à l'Ottavia forte, douloureuse et incisive de Paoletta
Maroccu. Carlo Colombara impose un vibrant Seneca, Nuccia Focile une
sensuelle Drusilla, l'Arnalta privée de souffle de Lucia Rizzi
constituant l'unique déception." (Opéra International -
décembre 1994)
- Koninklijk Conservatorium
Den Haag - 16 avril 1994 - Baroque ensemble of the
Royal Conservatoire - dir. Kenneth Montgomery - mise en
scène Javier López Piñón -
scénographie et lumières Henk Kraayenzank - costumes
Ferry Smidt - avec Esther Been, Renate Arends, Scott Blick,
solistes de la Classe d'opéra du Conservatoire Royal
- De Vlaamse Opera - Anvers
- 16, 18, 19, 21, 22 janvier 1994 - Gand - 26, 27, 29, 30 janvier 1994 -
Concerto Vocale - dir. René Jacobs - mise en scène
Gilbert Deflo - décors et costumes William Orlandi - avec
Ann Panagulias, Debora Beronesi, Jennifer Larmore, Axel
Köhler, Michael Schopper, Marie-Noëlle de Callataÿ,
Guy de Mey
- Norrlands Opera -
Suède - 1993
- Amsterdam - De Nederlandse
Opera - 7, 10, 14, 16, 19, 22, 25, 28 et 30 novembre
1993 - dir. Christophe Rousset - mise en scène Pierre Audi
- décors Michael Simon - costumes Emi Wada - avec Cynthia
Haymon (Poppea), Brigitte Balleys (Nerone), Ning Liang (Ottavia),
Michael Chance (Ottone), Carlo Colombara (Seneca), Heidi Grant
Murphy (Drusilla), Dominique Visse, Jean-Paul Fouchécourt
(Arnalta), Claron McFadden (Valletto), Sandrine Piau (Amore)
"Metteur en scène plein
d'imagination, Pierre Audi, directeur artistique de l'Opéra
d'Amsterdam, ne recule devant aucun ralentissement ou
accélération du rythme de l'intrigue, basculant de
l'inaction la plus totale à la franche exagération des
mouvements. Point de triomphe de l'amour ici, mais un
déchaînement de stupre et un combat impitoyable pour le
pouvoir. Certaines idées ne manquent pas d'originalité,
ni de sensualité, mais la réalisation ne se hisse pas
au même niveau qu'il Ritorno, essentiellement en raison d'un
décor, trop sobre, de Michael Simon, plateau largement ouvert
avec quelques rares accessoires. Reste la séduction visuelle
des costumes d'Emi Wada. Cynthia Haymon est une superbe Poppea sur le
plan scénique, malheureusement plus incertaine, plus
imprécise sur le plan musical. Tantôt confié
à un falsettiste ou à un ténor, Nerone est ici
distribué à une mezzo, choix particulièrement
judicieux dans la perspective du travail de Pierre Audi qui
préserve une troublante ambiguïté sur les sexes.
Brigitte Balleys apporte à l'empereur un dramatisme et une
conviction farouches, le caractère névrotique du
personnage se traduisant par des gestes nerveux, voire
exaspérés. Ning Liang offre avec les Adieux à
Rome d'Ottavia la plus belle performance vocale de la soirée,
tandis que Carlo Colombara apporte à Seneca, majesté,
dignité et chaleur. Michael Chance reste, en revanche,
à la surface d'Ottone, avec un chant monotone. Jean-Paul
Fouchécourt, s'en donne à coeur joie dans le rôle
d'Arnalta, et ne recule devant aucun des effets comiques du
travestissement. Heidi Grant Murphy (Drusilla) possède une
voix un peu trop petite pour une salle aussi vaste, Claron McFadden
(Valletto) et Sandrine Piau (Amore) remportant de beaux succès
personnels. Dirigeant la version d'Alan Curtis, Christophe Rousset
adopte une lecture peut-être trop austère et trop
soucieuse de tempérer l'immense vitalité de la
partition techniquement impeccable, sa baguette a du moins le
mérite de ne pas nous ramener dans un musée
poussiéreux." (opéra International - janvier
1994)
- Londres - Queen Elizabeth
Hall - 1993 - dir. John Eliot Gardiner -
- Salzbourg - Grosses
Festspielhaus - 24, 26, 31 juillet, 4, 7, 11 et 18
août 1993 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en scène
Jürgen Flimm - décors Rolf Glittenberg - costumes
Marianne Glittenberg - avec Sylvia McNair (Poppea), Philip
Langridge (Nerone), Marjana Lipovsek (Ottavia), Kurt Moll
(Seneca), Hans Jürgen Lazar (Arnalta)

"L'implacable rigueur du chef
autrichien a malheureusement dû cohabiter avec la nouvelle
politique artistique du Festival...En découle un
véritable capharnaüm, où chaque membre d'un
plateau particulièrement hétérogène tire
la couverture à lui...Le spectacle de Jürgen Flimm...se
réfugie constamment dans la plus plate convention des
théâtres germaniques...Le seul fil condutceur de
l'intrigue reste pour le metteur en scène l'attirance sexuelle
entre les protagonistes...l'éloquence d'Harnoncourt au pupitre
n'y peut rien, l'incohérence règne en maître, de
la ravissante mais inexistante Poppée de Sylvia McNair au
Néron névrosé et hystérique de Philip
Langridge, du Seneca grossier de Kurt Moll à l'Ottavia
fatiguée de Marjana Lipovsek, sans parler de l'Arnalta de Hans
Jürgen Lazar qui suscite tour à tour l'hilarité et
le dégoût." (Opéra International - octobre
1993)
- Bologna - Teatro Communale
- 14, 17, 19, 21, 24, 26 et 29 juin 1993 - version Alan
Curtis - dir. Ivor Bolton - mise en scène Graham Vick -
décors et costumes Paul Brown - avec Anna Caterina
Antonacci (Poppea), Patricia Schman (Nerone), Gloria Banditelli
(Ottavia), Bernadette Manca di Nissa (Ottone), Carlo Colombara
(Seneca), Adelina Scarabelli (Drusilla), Max René Cosotti
(Arnalta)
"Pour sa nouvelle production
de l'Incoronazione qui marque le coup d'envoi de l'anniversaire
Monteverdi, le Teatro Comunale de Bologne a eu l'intelligence de
réunir un plateau équilibré, à la diction
impeccable jusque dans les plus petits rôles, nous permettant
enfin de saisir la théâtralité et la surprenante
actualité du texte. Triomphatrice de la soirée,
Bernadette Manca di Nissa impressionne dans le travesti d'Ottone par
la sûreté de l'émission, le brun cuivré du
timbre et cette manière incomparable d'illuminer chaque mot
d'accents différents, en parfaite osmose avec le
déroulement de l'action scénique. D'une rare
sensualité physique, Anna Caterina Antonacci apporte à
Poppea un timbre d'une superbe qualité mais toujours à
la recherche de son identité, elle accuse de plus en plus de
difficultés à soutenir la ligne, à
préserver la stabilité de l'aigu et à
contrôler les piani. Plus équilibrée, Patricia
Schuman fait admirer dans Nerone une émission
maîtrisée, une diction soignée et un
phrasé à la fois autoritaire et varié sa
caractérisation de l'empereur, axée sur la
fragilité psychologique du personnage, témoigne d'une
intelli-gence remarquable. Remplaçant Jennifer Larmore, Gloria
Banditelli déçoit un peu, en raison d'une
émission instable et pauvre en nuances, tandis qu'Adelina
Scarabelli dessine une piquante Drusilla. Suivant l'exemple de
Nikolaus Harnoncourt dans son intégrale de 1974, le Comunale a
eu la curieuse idée de confier Arnalta à un
ténor ridicule sur le plan scénique ; Max René
Cosotti souffre par ailleurs d'une tessiture totalement
inadaptée à ses moyens, qui l'amène à
offrir l'image d'un transexuel plutôt que d'une vieille
nourrice. Avec une belle couleur vocale et une émission qui
accuse seulement quelques efforts dans le registre aigu, Carlo
Colombara interprète un Seneca émouvant. La lecture
d'Ivor Bolton au pupitre laisse davantage perplexe utilisant une
petite for-mation, il confie les parties de cordes à un seul
instrumentiste et le continuo à deux a~picord~ un chitarrone
et quelques autres instruments d'époque. Le chant n'en ressort
que davantage, mais l'exceptionnelle richesse de timbres de la
partition fait inévitablement les frais de ces choix
minimalistes. Graham Vick, pour souligner la modernité de
l'ouvrage, situe l'action dans la Rome du début du
XXème siècle, avec Ottone et Nerone en frac et
Poppea en décolleté style liberty. Le livret se
prête malheureusement mal à ce genre de transposition,
ce que l'on regrette d'autant plus que les décors de Paul
Brown, d'une rare beauté, auraient été
idéalement mis en valeur par le respect du contexte
d'origine." (Opéra International - mars 1993)
- Cologne - 31
mai 1993 - Festival de Schwetzingen -
Rokokotheater - 1993 - Concerto Köln - dir.
René Jacobs - mise en scène Michael Hampe -
décors et constumes Graziano Gregori - avec Patricia
Schuman (Poppea), Richard Croft (Nerone), Kathleen Kuhlmann
(Ottavia), Jeffrey Gall (Ottone), Harry Peeters (Seneca), Curtis
Rayam (Arnalta), Dominique Visse (Nutrice), Andrea Andonian
(Fortuna, Damigella), Anne Schwanewilms (Virtu, Pallade), Petra
Pendzich (Amor), Darla Brooks (Drusilla), John La Pierre (Lucano),
Wilhelm Hartmann (Liberto), Etsuko Kanoh (Valletto)
"Bien que respectant au
maximum le caractère original de la musique de Monteverdi,
René Jacobs lui imprime une dynamique et des cadences qui la
rendent très accessible à un public de notre
époque...Le résultat est des plus convaincants,
d'autant plus que la mise en scène est en symbiose avec
l'exécution musicalement contrastée...Les héros
que nous montre Hampe sont des êtres bien vivants, laissant
libre cours à leurs sentiments et leurs passions. L'alternance
quasi shakespearienne du tragique et du comique est bien mise en
exergue...Très dépouillé en revanche, le
décor unique représentant une calotte de sphère
terrestre, tandis que les costumes mêlent volontiers les
époques. La distribution féminine était
légèrement supérieure à la distribution
masculine. Kathleen Kuhlmann est une Ottavia torturée,
atteignant dans son adieu à Rome la limite du
pathétique toléré dans ce genre de
répertoire...Patricia Schuman ne lui est pas
inférieure, Poppea d'une belle et mûre
féminité, enjôleuse et déterminée.
Darla Brooks est une pulpeuse Drusilla tandis qu'Etsuko Kanoh est
pétulante et espiègle dans son rôle travesti de
Valletto. Seule concession du chef au metteur en scène le fait
que Nerone soit chanté par un ténor...Richard Croft
prête à Nerone des traits humains et une voix
stylée. Harry Peeters est un Seneca tout droit sorti de la
statuaire romaine. La scène de son suicide est plasti quement
très belle, et la voix possède toute la noblesse
requise. Les rôles des deux nourrices sont confiés
à des hommes, aux timbres de voix néanmoins très
distincts, comme le sont aussi leurs statures.Ténor lyrique
élevé, l'Américain Curtis Rayam confère
à Arnalta des allures de matrone d'un relief tout particulier,
chantant à ravir la berceuse du deuxième acte. Le
contraste est total avec la Nutrice menue du contreténor
bouffe Dominique Visse. Quelque peu en retrait, l'Ottone de Jeffrey
Gall." (Opéra International - septembre 1993)
- Opéra de
Marseille - 14, 16, 18 et 20 avril 1993 - version
Raymond Leppard - dir. Nicholas Kraemer - mise en scène
Numa Sadoul - décors Luc Londiveau - costumes Katia Duflot
- avec Dagmar Schellenberg (Poppea), Daniel Munoz (Nerone), Ning
Liang (Ottavia), Gaétan Laperrière, Margot
Pares-Reyna, Nuala Willis, Victor von Halem (Seneca)
"Comment expliquer que, pour
sa première représentation d'un opéra baroque,
l'opéra de Marseille ait choisi la version de Raymond Leppard,
qui apparaît aujourd'hui comme une mutilation : trois actes
fondus en deux, rôles supprimés, et une heure de musique
en moins...Prenant le parti d'une intemporalité seulement
ponctuée de quelques objets historiquement connotés,
Numa Sadsoul et Luc Londiveau emportent l'adhésion...Pour tous
les chanteurs, il s'agissait d'une prise de rôle.
Possédant une ample nature de tragédienne ainsi qu'une
voix longue, sombre et aussi tenue qu'expressive, Ning Liang campe
une majesteuse Octavie. Victor von Halem propose un
Sénèque convaincant...Quant aux deux rôles
principaux, ils appellent plus de réserve. La voix de Dagmar
Schellenberger, instable, est un obstacle à une indiscutable
nature théâtrale. Et Daniel Munoz ne brille ni par sa
finesse dramatique ni par son style vocal. Mais le plus regrettable
de la soirée était dans la fosse. Par sa permanente
mollesse...Nicholas Kraemer s'est montré peu capaable d'aider
ses chanteurs. Heureusement un excellent continuo..." (Opéra
International - juin 1993)
- Poppée
couronnée à Marseille - Opéra International
- avril 1993
- Curtis Opera Theater
Philadelphia - 1993 - avec Janelle Robinson (Poppea),
Nikola Mijailovic (Nerone)
- Londres - South Bank
Center - Queen Elizabeth Hall - 11, 13, 15, 18, 21 juin
1992 - dir. Robinson - mise en scène Freeman - avec Marie
Angel, Nigel Robson, Kelly, Geoffrey Dolton, Neill
- Florence - Teatro
Communale - 18, 21, 24, 27, 29 et 31 mars 1992 - dir.
Jan Latham-Koenig - mise en scène Luc Bondy - décors
E. Wonder - costumes M. Glittenberg - avec Catherine Malfitano
(Poppea), Trudeliese Schmidt (Ottavia), Francesca Franci (Ottone),
Jacques Trussel (Nerone), Malcolm King (Seneca), Mark Padmore
(Arnalta)
- Bruxelles - La Monnaie
- 8, 11, 13, 16, 18, 21, 23 et 25 juin 1991 - version
de Philippe Boesmans - dir. Sylvain Cambreling - mise en
scène Luc Bondy - décors Erich Wonder - costumes
Marianne Glittenberg - éclairage Erich Falck - dramaturgie
Dieter Sturm - avec avec Catherine Malfitano (Poppea), Wieslaw
Ochman (Nerone), Trudeliese Schmidt (Ottavia), Elzbieta Ardam
(Ottone), Gidon Sachs (Seneca), Zofia Kilanowicz (Drusilla),
Alexander Oliver (Arnalta), Robynne Redmon (Fortuna, Pallas),
Xenia Konsek (Virtu), Françoise Golfier (Amore), Christiane
Young (Nutrice), Franco Careccia (Lucano), Stefanie Rhaue
(Valletto), Carla Cortner (Damigella), Julian Pike (Soldato I), Carlos Belbey (Liberto,
Soldato II), Christiane Young (Nutrice), Luc De Meulenaere
(Famigliaro I), André Grégoire (Famigliaro II), John
Dur (Famigliaro IIII, Littore), Jacques Does (Mercurio)
- Montpellier - Opéra
Comédie - 20, 22 et 24 février 1991 -
dir. René Jacobs - mise en scène Gilbert Deflo -
avec Ann Panagulias, Guillemette Laurens, Cioromila, Lena Lootens,
Axel Köhler, Michael Schopper, Dominique Visse, Guy de
Mey
- Innsbruck - Festival de
musique ancienne - 27, 29 et 31 août 1990 - dir.
René Jacobs - mise en scène Gilbert Deflo -
décors et costumes William Orlandi - avec Danielle Borst
(Poppea), Jennifer Larmore (Ottavia), Lena Lootens (Drusilla),
Carolyn Watkinson (Nerone), Christina Högman (Valetto), Axel
Köhler (Ottone), Michael Schopper (Seneca), Dominique Visse
(Nutrice), Christoph Homberger (Arnalta), Martina Bovet (Amore),
Maria Cristina Kiehr, Wilfried Jochens (Lucano)
"La version établie par
René Jacobs combine dans Monteverdi les sources napolitaine et
vénitienne. On put admirer l'harmonieuse mise en scène
de Gilbert Deflo ainsi que l'adaptation réussie des
décors de William Orlandi au cadre plus étroit du
théâtre d'lnnsbruck. L'interprétation vocale
offrait des hauts, mais malheureusement aussi quelques bas le soir de
la première. Au bilan positif on fera figurer
l'impérieuse Ottavia de Jennifer Larmore, dont le renoncement
évite les larmoiements, la charmante Drusilla de Lena Lootens,
l'agile Lucano de Wilfried Jochens, sans oublier le page impulsif de
Christina Högman. Le Nerone de Carolyn Watkinson ne
possédait en re-vanche pas, malgré de belles
qualités dramatiques, suffisamment de force de projection
vocale et Danielle Borst trahissait en Poppea un certain flottement
stylistique. La plus vive déception, d'autant plus que le
rôle était pour une fois pertinemment confié
à un contre-ténor, vint de la prestation d'Axel
Köhler en Ottone, totalement dépourvu de relief
dramatique et donnant plutôt l'impression d'un ténor
cherchant à maîtriser un emploi vocal qui lui est
étranger. Cultivant une bonhomie un rien trop prosaïque,
le Seneca de Michael Schopper manquait de rayonnement spirituel. En
nourrices respectives d'Ottavia et de Poppea, Dominique Visse et
Christoph Homberger forçaient cette fois vulgairement la note.
Le jubilant finale de la version napolitaine avec ses fanfares de
trompettes et les allègres vocalise des l'Amore
replongèrent le spectateur dans une euphorie sans
réserve." (Opéra International - octobre
1990)
- Nanterre -
Théâtre des Amandiers - 14, 16, 18, 21,
23, 25 et 27 février 1990 -
version Philippe Boesmans - dir. Sylvain Cambreling -
mise en scène Luc Bondy - décors Erich Wonder -
costumes Marianne Glittenberg - éclairage Erich Falck -
dramaturgie Dieter Sturm - avec Catherine Malfitano (Poppea),
Marek Torzewski (Nerone), Trudeliese Schmidt (Ottavia), Elzbieta
Ardam (Ottone), Malcolm King (Seneca), Zofia Kilanowicz
(Drusilla), Uwe Schönbeck (Arnalta), Deborah Voight
(Forttuna), Xenia Konsek (Virtu), Françoise Golfier
(Amore), Christiane Young (Nutrice), Franco Careccia (Lucano),
Stefanie Rhaue (Valletto), Carla Cortner (Damigella)
"Les couleurs nouvelles que
Philippe Boesmans donne à l'ochestration originale, avec toute
la gamme des vents modernes et un synthétiseur, semblent
s'allier étrangement aux beaux décors changeants qui
évoquent un monde étrange et quelque peu
inquiétant d'Erich Wonder, et aux attitudes des personnages
(Octavie figée dans une contorsion torturée)."
(Opéra International - mars 1990)
- Opéra de
Montpellier - 28 et 30 novembre, 1er et 3
décembre 1989 - Tours -
30 mars 1990, 1er avril 1990 - Innsbruck - Festival de Musique
Ancienne - 27, 29 et 31 août 1990 - Orchestre
baroque de l'Opéra de Montpellier - I Febi Armonici - dir.
René Jacobs - mise en scène Gilbert Deflo -
décors et costumes William Orlandi - avec Danielle Borst
(Poppea), Carolyn Watkinson (Nerone), Jennifer Larmore (Ottavia),
Axel Köhler (Ottone), Michael Schopper (Seneca), Lena Lootens
(Drusilla), Dominique Visse (Nutrice), Martina Bovet (Amor),
Andreas Lebeda (Littore), Wilfried Jochens (Liberto, Soldato),
Maria Cristina Kiehr (Damigella), Gerd Türk (Soldato,
Mercurio), Heidi Brünner (Pallade, Venere)
"Une mise en scène et
des décors d'un goût parfait, mais sans grand risque,
sans originalité ni richesse...Quatre heures de spectacle dans
un décor unique, à peine égayé par
l'entrée d'accessoires mobiles...Une production remarquable
par ailleurs...L'orchestre et le continuo ont été
étoffés...tous les personnages ont été
maintenus dans leur tessiture d'origine...Néron est
confié à un alto féminin, Ottone à un
falsettiste...Dominant indiscutablement la distribution, Carolyn
Watkinson...d'une très belle prestance physique et vocale,
stylistiquement très juste...son Néron associe la
puissance...et la grâce...et devient dramatiquement
convaincant...La Poppée de Danielle Borst est
séduisante et rouée mais s'intègre plus
difficilement...Jennifer Larmore est une Ottavia tragique et tendue
à souhait...Lena Lootenss est une Drusilla jeune,
passionnée et spontanée...Avec Michalel Schopper,
Sénèque perd en gravité et en dignité ce
qu'il gagne en vitalité...Un résultat remrquable de
musicalité et de cohésion et de précision."
(Opéra International - janvier 1990)
- Genève - Grand
Théâtre - 4, 7, 9, 12, 14, 19 novembre
1989 - Orchestre de Chambre de Lausanne - Choeur du Grand
Théâtre de Genève (chef des choeurs Jean
Laforge) - dir. Nicholas Kraemer - mise en scène et
décors Pierre Strosser - costumes Patrice Cauchetier - avec
Catherine Malfitano (Poppea), Jeanne Piland (Ottavia), Leontina
Vaduva (Drusilla), Jocelyne Taillon (Arnalta), Jacques Trussel
(Nerone), Harry Peeters, Rodney Gilfry (Ottone), Martina
Musacchio, Marc Mazuir, Michael Roider, Leonard Grauss, Dietmar
Grimm - version Raymond Leppard - coproduction avec le
Théâtre du Châtelet
- Bruxelles -
Théâtre Royal de la Monnaie - 16, 19, 21, 24, 26, 31 mai, 2, 4, 6, 8 juin 1989
- arrangement Philippe Boesmans - dir. Sylvain Cambreling - mise
en scène Luc Bondy - décors Erich Wonder - costumes
Marianne Glittenberg - lumières Erich Falck - dramaturgie
Dieter Sturm - avec Catherine Malfitano (Poppea), Marek Torzewski
(Nerone), Trudeliese Schmidt (Ottavia), Malcolm King (Seneca),
Joanna Kozlowska (Drusilla), Elzbieta Ardam (Ottone), Xenia Konsek
(Virtu), Uwe Schönbeck (Arnalta), Franco Carecci (Lucano),
Françoise Golfier (Amore), Deborah Voigt (Fortuna, Pallas),
Julian Pyke (Soldato I), Philipp Sheffield (Liberto, Soldato II),
Christiane Young (Nutrice), Luc De Meulenaere (Famigliaro I),
André Grégoire (Famigliaro II), John Dur (Famigliaro
IIII, Littore), Carla Cortner (Damigella), Jacques Does
(Mercurio)


"Le Couronnement de Bruxelles fera date...par la
réalisation de Philippe Boesmans d'abord...Rien que
Monteverddi et une harmonie totalement respectueuse de
l'époque, une riche et subtile diversification de timbres
résolument actuels...La mise en scène de Luc
Bondy...exploite les moindres virtualités du livret de
Busenello, pliant tous les chanteurs à une gymnastique
complexe et implacable pour allier l'antique à la vision
psychologique moderne...Un décor étrange et beau qui
construit, comme l'univers sonore de Boesmans, un monde fuyant,
biaisé, où s'affrontent les architectures froides du
pouvoir impérial."
- Opéra International - mai 1989 - Recréation à Bruxelles
- Une nouvelle
Poppée - entretien avec
Philippe Boesmans
- Paris - TMP - Châtelet - 9, 11, 13, 15
et 20 janvier 1989 - version Raymond Leppard - Scottish Chamber
Orchestra - dir. Peter Schneider - mise en scène et
décors Pierre Strosser - costumes Patrice Cauchetier - avec
Patricia Schuman (Poppée), Martine Dupuy (Ottavia),
Leontina Vaduva (Drusilla), Hans-Peter Blochwitz (Nerone), Richard
Stilwell (Ottone), Jocelyne Taillon (Arnalta), Grégory
Reinhart (Seneca), Françoise Golfier (Valletto)
"Comme culpabilisé par
l'orchestration de Leppard, Peter Schneider met ses musiciens en
réserve et tente un timide compromis entre l'ancien et le
moderne. Une direction molle et invertébrée...Il faut
dire que la mise en scène et les décors de Pierre
Strosser ne l'incitent guère à déchaîner
ses foudres...C'est beau, c'est simple, c'est plein de détails
justes...mais on finit par être un peu lassé par le
hiératisme systématique...Gregory Reinhart
connaît son Monteverdi sur le bout des doigts et triomphe
très justement, dans le rôle de
Sénèque...Les moyens exceptionnels de Martine Dupuy,
dans le rôle d'Octavie, sont toujours prêts à
s'envoler, mais elle sait parfaitement les retenir...Jocelyne
Taillon, en Arnalta, sait elle aussi émouvoir par la
sincérité et la tendresse...Leontina Vaduva est une
Drusilla charmante...Le couple impérial est un peu en
deça, Patricia Schuman chantant joliment mais manquant de
charisme, et Hans-Peter Blochwitz plus à l'aise dans les
répertoires où peut davantage s'épancher son
timbre lyrique."
- Martina Franca - Festival
di Valle d'Itria – Palazzo Ducale - 23, 25 juillet 1988
- dir. Alberto Zedda - mise en scène Egisto Marcucci -
scénographie Maurizio Balo - avec Daniela Dessi (Poppea),
Josella Ligi (Nerone), Susanna Anselmi (Ottone), Adelisa Tabiadon
(Ottavia), Carmen Gonzalès (Arnalta), Armando Caforio
(Seneca), Maria Angeles Peters (Drusilla), Nicoletta Ciliento,
Anna Caterina Antonacci (Amore), V. Mazzoni (Virtu), K.Yoshii
(Fortuna), C. Iannicola (Damigella), M. Farruggia (Lucano), G. De
Matteis (Littore), C.Gonzales (Arnalta), N.Ciliento (Nutrice), B.
Lavarian (Valletto), M.A. Peters (Drusilla), Pietro Spagnoli
(Mercurio)
"Celletti, animateur du
Festival, démontre l'absence de cassure entre le style
archaïque et le bel canto. Il souhaite le retour à une
émission naturelle...et refuse en bloc la présence des
contre-ténors...Alberto Zedda...utilise une basse continue
composée de deux cembali. Le résultat est
fascinant...Jouée dans son intégralité, cette
Poppea est la plus fraîche, la plus attachante, la plus
vivante, malgré son esprit grave et solennel...La mise en
scène très équilibrée, les beaux
décors reproduisant un amas de ruines de la Rome antique, et
les spendides costumes du baroque vénitien ont largement
contribué à faire de cette soirée un moment
privilégié de l'été
italien"
- Londres - Christ Church
Spitafields - City of London Festival - huit
représentations en juillet 1988 - City of London Baroque
Orchestra - dir. Richard Hickox - mise en scène Stefan
Janski - décors David Blight - lumières Simon
Bruxner-Randall - avec Catherine Piérard (Fortuna), Juliet
Booth (Virtu, Valletto), Samuel Linay (Amore), Brian
Bannatyne-Scott (Mercurio, Littore), Janice Watson (Venere,
Damigella), Arleen Auger (Poppea), Della Jones (Nerone), Linda
Hirts (Ottavia), James Bowman (Ottone), Sarah Leonard (Drusilla),
Gregory Reinhart (Seneca), Adrian Thompson (Arnalta), Catherine
Denley (Nutrice), Mark Tucker (Lucano), John Graham-Hall
(Liberto)
- Helsinki - 5,
8, 13, 15, 20 et 22 avril 1988 - dir. Alan Curtis - mise en
scène Tapola - avec Kauppinen, Harju, Angervo, Saarman,
Hietikko
- Opéra de Sydney -
Victorian Arts Centre - 19, 22, 24, 27 février
1988 - reprise 8, 11, 14, 18 et 20 juin 1988 - version Raymond
Leppard - dir. David Agler - mise en scène Göran
Järvefelt - décors et costumes Carl Friedrich Oberle -
avec Suzanne Johnston, Christopher Doigt, Jeffery Black, Donald
Shanks, Heather Begg, Bernadette Cullen, Fiona Maconaghie,
Margaret Haggart, Helen Adams, Cameron Phipps
"Le dispositif scénique
est constitué d'un interminable escalier rouge qui occupe la
scène en biais et sur toute la hauteur, encadré d'une
architecture peinte en noir brillant...les costumes appartiennent
à des styles aussi hétéroclites que le
caractère qu'ils reflètent et changent en fonction de
leur évoilution...la direction de David Agler, tout en
respectant la version de Raymond Leppard, restitue aux musicien le
droit à l'improvisation, rétablit le rôle de
Nutrice, et étoffe la part revenant à Néron."
(Opéra International - avril 1988)
- Lausanne -
Mézières - Théâtre du Jorat
- 18 octobre 1986 - Enemble International - dir. Michel
Corboz - mise en scène Patrice Caurier / M. Leiser -
décors Christian Ratz - avec Rosemary Musoleno (Poppea),
Peter Jeffes (Nerone), Zehava Gal (Ottavia), Henri Ledroit
(Ottone), Frangiskos Voutsinos (Seneca), Anne Dawson
(Drusilla)
- Festival de
Glyndebourne - 1986 - mise en scène Peter Hall -
décors et costumes John Bury - avec Maria Ewing (Poppea),
Neil Wilson (Nerone), Anne Collins (Fortuna), Rebecca Caine
(Amor)
- Opéra de
Nancy - 20 et 23 juin 1985 - version Alan Curtis - dir.
Gustav Leonhardt - mise en scène Jean-Marie
Villégier - décors Carlo Tommasi - costumes Patrice
Cauchetier - avec Marie Duisit (Poppea), John Elwes (Nerone),
Gloria Banditelli (Fortuna, Ottavia), Jennifer Smith (Virtu,
Drusilla), Guy de Mey, Henri Ledroit Ottone), Harry van der Kamp
(Seneca), Yvan Matiakh
"Voulant restituer
l'hypothétique version originale de 1643, Alan Curtis a
volontairement réduit à la portion plus que congrue le
rôle et l'effectif de l'orchestre afin que la voix puisse
primer toujours la musique. Le résultat peut
déconcerter mais convainc par la rigueur même que
certains prétendent dénoncer...La fomation de onze
instrumentistes, dont Gustav Leonhardt au clavecin, accompagne le
chant avec un raffinement et une délicatesse tout à
fait remarquables...Un Néron débonnaire et sympathique,
une Poppée angélique, un Sénèque
curieusement étranger à son destin...Passionnante
initiative ovationnée par le public" (Opéra
International - septembre 1985)
- Venise - 1985 -
Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec Carmen Balthrop,
Carolyn Watkinson, Andrea Bierbaum, Ulrik Cold, Henri Ledroit,
Carlo Gaifa
- Long Beach
Opera - 1984 - dir. Nicholas McGegan - mise en
scène Christopher Alden - avec Catherine Malfitano
(Poppea), Jacques Trussel (Nerone), Ken Remo (Arnalta), Katherine
Ciesinski (Ottavia), Rodney Hardesky (Ottone)

- Festival de
Glyndebourne - 29, 31 mai, 2, 7, 9, 11, 15, 15, 17, 19,
21, 23, 29 juin, 1er et 4 juillet 1984 - dir. Raymond
Leppard - mise en scène Peter Hall - décors et
costumes John Bury - avec Maria Ewing (Poppea), Dennis Bailey
(Nerone), Robert Lloyd/R. Kennedy (Seneca), Keith Lewis (Lucano,
Soldato), Cynthia Clarey (Ottavia), Linda Kitchen (Amor), Patricia
Kern (Fortuna), Helen Walker (Virtu), Elisabeth Gale (Drusilla),
Dale Duesing (Ottone), Anne-Marie Owens (Arnalta), Roger Bryson
(Littore), Roderick Kennedy (Liberto), Petros Evangelides
(Valletto), Lesley Garrett (Damigella), Donald Stephenson
(Soldato), Jenny Miller (Pallade)
"Les deux rôles qui
étaient dévolus à des castrats, Ottone et
Nerone, ont été transposés et confiés
à un ténor et à un baryton...Dennis Bailey est
un ténor assez cocasse...mais qui se révèle en
fin de compte dramatiquement un bon choix. La Poppea est l'ambition
et la sexualité personnifiées, sensuellement
troublante...Robert Lloyd campe un Seneca magistral dramatiquement.
Malheureusement, Frederica von Stade fut remplacée par la
jeune américaine Cynthia Clarey qui ne réussit pas
à évoquer la passion et le désespoir de cette
femme méprisée...Les trois déesses Amour,
Fortune et Vertu placées sur des plateformes au dessus de la
scène, étaient présentes pendant tout le
spectacle. Elisabeth Gale était une Drusilla au chant virtuose
et Dale Duesing un sympathique Ottone." (Opéra International
- octobre 1984)
- Liège -
1er, 3 avril 1983 - Le
Havre - 10 avril 1983 - dir. Jean-Claude Malgoire -
avec John Elwes (Nerone), Gregory Reinhart (Seneca), Le Roux,
Catherine Dussaut, Brigitte Bellamy, Dominique Visse, Fusako Kondo
(Ottavia)
- Auditorium Ravel de
Lyon - 27 février 1982 -
direction Michel Corboz - mise en scène Louis Erlo -
décors Yannis Kokkos - costumes Christine Marest - avec
Ryland Davies (Nerone), Alicia Nafé (Ottavia), Margarita
Zimmermann (Poppea), Gilles Cachemaille (Ottone), Jocelyne Taillon
(Arnalta), Frangiskos Voutsinos (Seneca), Riccardo Cassinelli
(Lucano), Léonard Pezzino, Rosemary Musoleno (Drusilla),
Raphaëlle Ivery (Pallas, Damigella), Edith Venesco
(Amour)
"Sur le plateau, au milieu
duquel se déroulera toute l'action, quelques rares accessoires
(coussins, table) signalent les différents lieux. Au fond, des
stalles, réservées aux choristes-courtisans, et le
trône impérial. Sur les côtés, quatre
scribes en costume Renaissance observent la Rome de Néron,
monde finissant dans lequel les passions s'exacerbent avec une
infinie violence. Rarement l'érotisme et la mort auront
été aussi présents sur une scène lyrique.
L'Histoire juge l'Histoire. Le triomphe de l'amour-passion jusque
dans ses extrêmes limites ne serait-il qu'apparent ? Le tapis
rouge du couronnement devient manteau de deuil. Louis Erlo,
assisté de Guy Coutance, a signé une mise en
scène d'une implacable nécessité, avec des
fulgurances superbes (auxquelles s'accordent à merveille les
éléments scéniques et les costumes de Christine
Marest et Iannis Kokkos) qui traduisent à la perfection les
ruptures de ton, les contrastes, le foisonnement d'une oeuvre riche
entre toutes. Regrettons, alors, l'utilisation de l'inacceptable
version Leppard, qui, d'un opéra en un prologue et trois actes
ne laisse subsister que deux actes, après des mutilations et
des resserrements scandaleux : quelqu'un se permettait de
défigurer de la sorte Verdi ou Puccini, le tollé serait
général, alors pourquoi cette indifférence
àl'égard de la musique ancienne ? Regrettons aussi la
direction de Michel Corboz, sèche, monotone, ne rendant jamais
à la musique sa véritable dynamique et ne
s'élevant à aucun moment au niveau de la
scénographie.
Il était difficile, en
revanche, de réunir une distribution d'une qualité
aussi exceptionnelle (à l'exception de Ryland Davies,
Néron inconsistant, à la voix ingrate). Edith Venesco
(l'Amour), Raphaëlle Ivery (Pallas et la Demoiselle) et Leonard
Pezzino rivalisent de jeunesse et de légèreté.
Riccardo Cassinelli est un Lucano hallucinant, complice de
Néron jusque dans l'abjection. Jocelyne Taillon retrouve son
personnage d'Arnalta avec le même bonheur, irrésistible
de drôlerie et de tendresse, jouant même de son accent
italien qui n'est pas sans évoquer l'anglais de Maurice
Chevalier. Charmante Drusilla, Rosemary Musoleno s'accorde au mieux
avec l'Ottone de Gilles Cachemaille, encore que, dans ce rôle,
on ait souvent l'habitude d'entendre un contre-ténor et non un
baryton. Frangiskos Voutsinos est un Sénèque d'une
profonde humanité. Révoltée,
résignée, déchirée, Alicia Nafé
prête à Ottavia la noblesse de son phrasé,
l'intensité de son émotion. Margarita Zimmermann,
enfin, est l'incarnation même de Poppée, belle, lascive,
perverse, avec une voix d'une plénitude inouïe et un
style irréprochable (on rêve, alors, à ce
qu'aurait pu être le duo final avec un par-tenaire du
même niveau). Avec cette reprise si justifiée d'un
spectacle datant de 1977, qui a rempli à plusieurs reprises
les deux mille places de l'Auditorium Maurice Ravel, l'équipe
réunie par Louis Erlo a confirmé la
pérennité d'un chef-d'oeuvre." (Opéra
International - avril 1982)
- Atelier Lyrique de
Tourcoing - 26, 28, 30 mars 1982 - dir. Jean-Claude
Malgoire - mise en scène Jean-Louis Martinoty -
scénographie Daniel Ogier - avec Zoïla Munoz (Poppea),
John Elwes (Nerone), Fusako Kondo (Ottavia), Henri Ledroit
(Ottone), Grégory Reinhart (Seneca), Brigitte Bellamy
(Arnalta), Ian Honeyman (Drusilla)
- Berlin - Komische Oper
- 13 juin 1980 - version Raymond Leppard - dir. Volker
Rohde - mise en scène Göran Järvefelt -
décors Reinhart Zimmermann - costumes Eléonore
Kleiber - avec Elzbieta Hornung/R. Mitrica (Poppea), Günter
Neumann (Nérone), Nelly Boschkova (Ottavia), Wolfgang
Hellmich (Ottone), Evstati Dimitrov (Seneca), Rita Noel (Arnalta),
Anna Pusar-Jeric (Drusilla), Ruth Schob-Lipka (Fortuna), Alicja
Borkowska (Amore), Mariana Slavova (Virtu), Zivko Prantschew
(Littore)
- Festival d'Innsbruck
- 1980 - dir. Alan Curtis - mise en scène
Filippo Sanjust
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 18 mai 1979 -
Festival de Spolète -
dir. Alan Curtis - mise en scène, décors et costumes
Filippo Sanjust - avec Felicity Lott (à Bruxelles), Carmen
Balthrop (à Spolète) (Poppea), Carolyn Watkinson
(Fortuna, Nerone), Marjanne Kwelsilber (Virtu, Ottavia), Henri
Ledroit (Ottone), Peter Ratinckx (Amor), Mario Chiappi (Seneca),
Carmen Lavini / Judith Nelson (Drusilla, Pallade), Carlo Gaifa
(Arnalta), Guy de Mey (Lucano, Soldato), Harry van der Kamp
(Liberto, Mercurio), Barbara Holt (Valletto), Philip Schuddeboom
(Soldato)
- Paris - Opéra
Garnier - 6 juillet 1978 - version Raymond Leppard -
dir. Julius Rudel - mise en scène Günther Rennert -
décors Ita Maximowna - costumes José Varona - avec
Gwyneth Jones (Poppea), John Vickers (Nerone), Christa Ludwig
(Ottavia), Richard Stilwell (Ottone), Nicolaï Ghiaurov
(Seneca), Jocelyne Taillon (Arnalta), Valerie Masterson (Fortuna,
Drusilla), Janine Boulogne (Nutrice), Michel
Sénéchal (Lucano), Danièle Perriers (Amor,
Damigella), Pierre Yves Le Maigat (Littore), Marc Vento (Liberto),
Charles Burles (Valletto, Soldato I), Michel Philippe (Soldato
II), Isabel Garcisanz (Pallade)


http://www.youtube.com/watch?v=B1RJzAZMAqg
http://www.youtube.com/watch?v=9_fv6UdZJEc&mode=related&search=
- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 18, 20, 23, 26, 29
mai 1979 - Il Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - mise en
scène, décors, costumes, lumières Filippo
Sanjust - avec Carolyn Watkinson (Fortuna, Nerone), Marjannne
Kweksilber (Virtù, Ottavia), Peter Ratinckx (Amore), Henri
Ledroit (Ottone), Guy De Mey (Primo soldato, Libert, Lucano,
Consolo I), Jean-Jacques Schreurs (Secondo soldato, Famigliare II,
Consolo II), Felicity Lott (Poppea), Carlo Gaifa (Arnalta), Ira
d'Arès (Nutric, Famigliare I), Mario Chiappi (Seneca),
Katarina Moesen (Valletto), Judith Nelson (Pallas, Drusilla),
Louis Landuyt (Mercurius, Famigliare III, Littore, Tribuno II),
Geneviève Delvaux (Damigella), Mario Chiappi (Tribuno I) -
coproduction Festival de Spolète
- Paris - 1978 -
avec Gwyneth Jones, Christa Ludwig, Valerie Masterson, John
Vickers, Richard Stilwell
- Opéra de Lyon
- 1977 - dir. Michel Corboz - mise en scène
Louis Erlo et Guy Coutance - décors et costumes Yannis
Kokos et Christine Marest
- Zurich - Opernhaus
- 1977 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en
scène, décors Jean-Pierre Ponnelle - costumes P.
Halmen - avec Rachel Yakar (Poppea), Eric Tappy (Nérone),
Trudeliese Schmidt (Ottavia), Paul Esswood (Ottone), Matti
Salminen (Seneca), Alexander Oliver (Arnalta), Janet Perry
(Drusilla), Maria Minerto (Nutrice), Philippe Huttenlocher
(Lucano), Francisco Araiza (Littore)
- Drottningholm -
Slottstater - Stockholm -
Opéra Royal - 1976 - dir. Jean-Claude Malgoire -
mise en scène Knut Hendriksen - décors Martin
Schlumpf - avec Elisabeth Söderström (Poppea), Jonny
Blanc (Nerone), E. Thallaug (Ottavia), Hakan Hagegard (Ottone), A.
Tyren (Seneca), Ragnar Ulfung (Arnalta), S. Lindström
(Drusilla), Sven-Erik Vikström (Lucano)
- Opéra de Strasbourg
- 15 novembre 1975 - dir. Dimitri Chorafas - mise en
scène Michael Schluter - décors Michael Goden - avec
Nedda Casei (Poppea), Alan Titus (Nerone), Anita Terzian
(Ottavia), Paul Guigue (Ottone), Pierre Thau (Seneca), Ana Riera
(Drusilla)
- Opéra de San
Francisco - 1975 - dir. Raymond Leppard - avec Eric
Tappy (Nerone), Tatiana Troyanos (Poppea), Beverly Woolf, Carol
Malone, Richard Stillwell (Ottone), Peter Meven
- London Coliseum
- 1973/1974 - dir. Hazel Vivienne - avec Kenneth
Woollam, Ann Hood, Clifford Grant, Christian du Plessis, Sheila
Rex, Katherine Pring, Barbara Walker, Sandra Dugdale, Terry
Jenkins
- Londres - London Coliseum
- 24 novembre 1971 - dir. Raymond Leppard - mise en
scène Colin Graham - décors Peter Whiteman - avec
Janet Baker (Poppea), Robert Ferguson (Nerone), Katherine Pring
(Ottavia), Tom McDonnell (Ottone), Clifford Grant (Seneca), Anne
Collins (Arnalta), Barbara Walker (Drusilla)

- Bruxelles -
Théâtre de la Monnaie - 18, 19, 20, 22,
24, 26, 27 décembre 1970 - version Raymond Leppard -
Orchestre Symphonique de et Choeurs de la Monnaie - dir. Peters
Reinhard - mise en scène Anthony Besch - décors,
costumes Thierry Bosquet - lumières Reed Francis - avec
June Card, soprano (Poppea), Hamilton Schuyler, ténor
(Nerone), Corinne Curry, mezzo-soprano (Ottavia), Peter-Christoph
Runge, baryton (Ottone), Lode Hendrikx, basse (Seneca), Jocelyne
Taillon, mezzo-soprano (Arnalta), Claudine Arnaud, soprano
(Drusilla), Hugues Cuénod, ténor (Lucano),
Anne-Marie Blanzat, soprano (Amore, Damigella), Dieter Bundschuh,
ténor (Un page), Dolores Crivellari, soprano (Pallade),
Nicolas Christou, basse (Liberto), Edmond Lhote (Primo soldato),
Jean-Jacques Schreurs (Secondo soldato), Eduard Zormar
(Littore)

- Milan- Teatro alla Scala
- 13 janvier 1967 - version Giacomo Benvenuti (1937) -
dir. Bruno Maderna - mise en scène Margherita Wallmann -
décors, costumes Attilio ello - avec Grace Bumbry (Poppea),
R. Gavarini/Giuseppe Di Stefano (Nerone), Leyla Gencer (Ottavia),
Alberto Rinaldi (Ottone), Carlo Cava (Seneca), Gloria Lane
(Arnalta), Carla Otta (Drusilla)
- Florence - Maggio Musicale
- 1966 - Orchestre et Choeur du Festival de Mai de
Florence - dir. Carlo Franci - mise en scène Sandro Sequi -
avec Claudia Parada (Poppea), Mirto Picchi (Nerone), Boris
Christoff (Seneca), Oralia Dominguez (Arnalta), Mirella Parutto
(Ottavia), Renato Cesari (Ottone), Nicola Monti (Lucano)
- Düsseldorf - Deutsche
Oper am Rhein - 1965 - avec Teresa Zylis-Gara
(Poppea)
- Buenos Aires - Teatro
- 7 août 1965 - version R. Nielssen - dir. Bruno
Bartoletti - mise en scène Virginio Puecher -
décors, costumes Luciano Damiani - avec Claudia Parada
(Poppea), Carlo Cossutta (Nérone), Biserka Cvejic
(Ottavia), William Wildermann (Seneca), Oralia Dominguez
(Arnalta), Renato Cesari (Ottone), Nilda Hoffmann (Drusilla)
- Aix-en-Provence - Festival
- 1964 - dir. Gianfranco Rivoli - reprise de la version
de 1961
- Berlin - Deutsche Oper
- 1963 - dir. Reinhard Peters - mise en scène
Margherita Wallmann - décors Wilhelm Reinking - avec Gloria
Davy (Poppea), Mikko Plosila (Nerone), Vera Little (Ottavia),
Ernst Krukowski (Ottone), Martti Talvela (Seneca), Sieglinde
Wagner (Arnalta), Stina-Britta Melander (Drusilla)
- Vienne - Staatsoper
- 1er avril 1963 - Choeur et Orchestre de
l'Opéra de Vienne - dir. Herbert von Karajan - version en
deux actes d'Erich Kraack (1960) - mise en scène
Günther Rennert - décors Stefan Hlawa - costumes Erni
Kniepert - avec Sena Jurinac (Poppea), Gerhard Stolze (Nerone),
Margarita Lilowa (Ottavia), Otto Wiener (Ottone), Carlo Cava
(Seneca), Hildegard Rössel-Majdan (Arnalta), Gundula Janowitz
(Drusilla, Pallade), Murray Dickie (Valletto, Lucano), Olivera
Miljakovic (Damigella), Siegfried Rudolf Frese (Liberto), Ermanno
Lorenzi (Soldato), Erich Majkut (Soldato), Gerda Scheyrer
(Amore)
"Herbert von Karajan
dirigeait et le Philharmonique de Vienne jouait toujours avec une
intensité particulière sous sa direction, Günther
Rennert avait trouvé dans sa mise en scène un
équilibre idéal entre stylisation et joyeuse
comédie — ainsi perçut-on l'histoire de la courtisane
Poppée qui parvient à conquérir le trône
de César comme une parabole sur l’amour, la jalousie et les
intrigues politiques.
L'immense succès du
spectacle tenait tout d’abord aux deux personnages principaux.
Poppée et Néron. Sena Jurinac, que l’on
considérait alors comme un Chérubin. un Octavian ou un
Compositeur idéal, mais qui était également
appréciée dans les rôles d’héroïnes
tragiques tels Elisabeth, Mimi ou Butterfly, se révéla
une "femme fatale" irrésistible. En séductrice lascive
qui poursuit son chemin sans scrupules, elle fit découvrir au
public viennois une facette entièrement nouvelle de sa
personnalité. A ses côtés, Gerhard Stolze,. alors
au sommet de son talent, campait le personnage de Néron, un
névrosé à la frontière de la folie,
corrompu, un souverain entré dans l’Histoire par sa
cruauté, mais que l'on découvre aussi en "solitaire",
brûlant de désir. Et face à ces deux
protagonistes : Othon, délaissé par Poppée,
auquel Otto Wienere sut donner une touchante dignité, et
Octavie, répudiée par Néron, dont la
scène "Addio Roma !" compte parmi les moments les plus
émouvants de l’opéra : avec ce rôle, la Bulgare
Margarita Lilowa devint l'un des "piliers" de la troupe de Vienne.
Autre débutant lors de cette mémorable soirée.
L'Italien Carlo Cava incarna le poète-philosophe
Sénéque qui accepte la mort avec
sérénité. La dignité de son
interprétation. notamment dans sa scène d’adieu, et la
profondeur de sa voix firent grosse impression.
Le Couronnement de
Poppée requiert encore d’autres artistes talentueux pour les
personnages secondaires : la nourrice Arnalta, femme
sévère et acariâtre qui tient un peu le
rôle de mère pour Poppée, offrait à
Hildegard Rössel-Majdan la possibilité de déployer
tous les registres de son incomparable voix d’alto ; Gundula
Janowitz, à qui l’on prédisait déjà une
grande carrière, ravit le public dans les rôles de
Drusilla et de Pallas, et Murray Dicckie emporta l’adhésion
dans ceux de Valletto et Lucano. Olivera Miljakovic obtenait pour sa
première saison viennoise, après Despina.
Chérubin, Oscar, un nouveau grand succès en Damigella —
dans cet épisode joyeux qui avait suscité une dispute
entre le chef d’orchestre et le metteur en scène : la
scène de la Damigella fut d’ailleurs supprimée
après la première." (livret Deutsche
Grammophon)
- Festival de
Glyndebourne - 1962 - version Raymond Leppard (1962) -
Royal Philarmonic Orchestra - dir. John Pritchard - Glyndebourne
Festival Chorus - mise en scène Günther Rennert - avec
Magda Laszlo (Poppea), Richard Lewis (Nerone), Oralia Dominguez /
J. Allister (Arnalta), Lydia Marimpietri (Drusilla), Walter
Alberti (Ottone), Carlo Cava (Seneca), Frances Bible (Ottavia),
Duncan Robertson (Valetto), Soo-Bee Lee (Damigella), John
Shirley-Quirk (Liberto), Hugues Cuénod (Lucano)
- Munich - Altes
Residenztheater - 1962 - dir. Meinhard von Zailinger -
mise en scène Heinz Arnold - décors Andreas Nomikos
- avec Ingrid Bjoner (Poppea), Richard Holm (Nerone), Dagmar Naaff
(Ottavia), Hans Günter Nöcker (Ottone), Keith Engen
(Seneca), Irmgard Barth (Arnalta), Antonie Fahberg (Drusilla)
- Versailles -
Théâtre Gabriel - mai 1962 - version Gian
Francesco Malipiero (1954) - dir. Bruno Bartoletti - mise en
scène Michel Crochot - décors et costumes Suzanne
Lalique - avec Marie Luce Bellary (Poppea), René Massard
(Nerone), Teresa Berganza (Ottavia), José van Dam (Ottone),
Giorgio Taddeo (Seneca), Charles Gayraud (Arnalta)
- Theâtre de Wuppertal
- 7 au 15 avril 1962 - Semaine Monteverdi - version
Erich Kraack - Städisches Orchester Wuppertal - dir. Hans
Georg Ratjen - dir. des choeurs Willi Fues - mise en scène
Georg Reinharde - décors Heirich Wendel - costumes
Günter Kappel - avec Ingeborg Moussa-Felderer, soprano
(Poppea), Mikko Plosila, ténor (Nerone), Annamaria Bessel,
mezzo-soprano (Ottavia), Peter-Christophe Runge, baryton (Ottone),
Käthe Maas, soprano (Drusilla), Lilo Brockhaus, alto, Wilhelm
Paulsen, ténor, Herbert Bartel, basse (Famiglieri)
- Festival d'Aix en Provence
- 17 juillet 1961 - version Gian Francesco Malipiero -
Orchestre de chambre de Hollande - dir. Bruno Bartoletti - mise en
scène Michel Crochot - décors et costumes Suzanne
Lalique - avec Jane Rhodes (Poppea), René Massard (Nerone),
Teresa Berganza (Ottavia), Rolando Panerai (Ottone), Giorgio
Taddeo (Seneca), Carol Smith (Arnalta), Michel Hamel (Lucano),
Jane Berbié (Valletto), Mariella Adani (Damigella)

- Hambourg - Staatsoper
- 4 novembre 1959 - version Walter Goehr - dir Ernest
Bour - mise en scène Oskar Wälterlin - décors
Alfred Siercke - avec Annelise Rothenberg (Poppea), Ernst
Häfliger (Nerone), Gisela Litz (Ottavia), Heinz Hoppe
(Ottone), Eernst Wiemann (Seneca), Maria von Ilosvay (Arnalta) ,
Ria Urban (Drusilla)
- Buenos Aires - Teatro
Cervantes - 1956 - dir. Adolfo Morpurgo - avec Aida
Calamera (Poppea), Italo Pasini (Nerone), Anna Di Muccio
(Ottavia), Norgerto Carmona (Ottone), Walter Maddalena (Seneca),
Carmela Giuliano (Arnalta), Africa de Retas (Drusilla)
- Milan - Teatro alla Scala
- 1er juillet 1953 - version Giorgio
Federico Ghedini - dir. Carlo Maria Giulini - mise en scène
Margherita Wallmann - décors Ratto - costumes
Bouchène - avec Clara Petrella (Poppea), Renato Gavarini
(Nerone), Marianne Radev (Ottavia), Rolando Panerai (Ottone),
Mario Petri (Seneca), A.-M. Canali/L. Danieli (Arnalta)
- Venise - La Fenice
- Vicence - Teatro Olimpico
- 1949 - dir. Alberto Erede - mise en scène
Orazio Costa - scénographie Fabrizio Clerici
- Rome - Teatro Reale
dell'Opera - 13 avril 1943 - dir. Tullio Serafin
- Buenos Aires - Teatro
- 1938 - dir. Tullio Serafin - mise enscène C.
Piccinato - décors et costumes Hector Basaldua - avec Sara
Menkes (Poppea), Oliviero Bellussi (Nerone), Hina Spani (Ottavia),
Ilka Popova (Ottone), Felipe Romito (Seneca), Sara Cesar
(Arnalta), Amelia Conte (Drusilla)
- Paris - Opéra
Comique - 23 décembre 1937 - version Gian
Francesco Malipiero - dir. Gustave Cloez - mise en scène
Jean Mercier - décors Souverbie - avec Renée Gilly
(Poppea), Georges Jouatte (Nerone), Madeleine Sibille (Ottavia),
André Gaudin (Ottone), Etcheverry (Seneca), Jeanne Mattio
(Arnalta), Aimée Lecouvreur (Nutrice), Lehmann
(Drusilla)
- Florence - Palazzo Pitti -
Jardins Boboli - Mai Musical - 3 juin 1937 - dir. Gino
Marinuzzi - mise en scène Corrado Pavolini et Giorgio
Venturini - scénographie Giovanni Michelucci et Mario
Chiari - avec Gina Cigna (Poppea), Magda Olivero (Damigella),
Giovanni Voyer (Nereone), Giuseppina Corbelli (Ottavia), Elena
Nicolai (Ottone), Tancredi Pasero (Seneca)
- New York - Julliard School
- 23 février 1933
- Oxford - Oxford University
Opera Club - 6 décembre 1927 - version Jack
Allan Westrup
- Buenos Aires - Teatro
Grand Splendid - 9 août 1927 - en version de
concert - dir. Ernest Ansermet - avec Magdalena Bengolea de
Sanchez (Poppea), Carlos Rodriguez (Nerone), Magdalena de Escurra
(Ottavia), Enrique Herrera y Lerena (Ottone), Adolfo Sauze
(Seneca)
- Northampton - Smith
College - 27 avril 1926 - version scénique
- Bruxelles - Institut des
Hautes Études - février 1922 - version de
concert de la version de Vincent d'Indy
- Paris -
Théâtre des Arts - 5 février 1913 -
dir. Vincent d'Indy - scénographie Charles Guérin -
en français - avec Claire Croiza (Poppea), A. Coulomb
(Nérone), Hélène Demellier (Ottavia), M.
Collet (Sénèque)
- Paris - Schola
Cantorum - adaptation Vincent d'Indy - La partition fut
éditée en 1908, puis une réduction pour chant
et piano en 1922
- Jean-Louis Martinoty -
Voyages à l'intérieur de l'opéra baroque
- Fayard - Acte I - Busenello-Monteverdi - L'Histoire
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