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BALLET DES QUATRE MONARCHIES
CHRÉTIENNES
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COMPOSITEUR
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Étienne MOULINIÉ
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LIBRETTISTE
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Tristan L'Hermite
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Le Ballet des Quatre Monarchies
chrétiennes fut dansé au Louvre devant le roi, la
reine, Monsieur et toute la cour, par Mademoiselle
(*), le 27 février et le 6 mars 1635
(**), puis le 11 mars chez le Cardinal de
Richelieu.
Le ballet est aussi appelé Ballet de
Mademoiselle, peut-être par confusion avec un autre Ballet
portant le même titre, dansé en 1640.
(*) Anne-Marie Louise de Montpensier (1627 - 1693),
appelée plus tard la Grande Mademoiselle, fille de Gaston
d'Orléans et de Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier,
petite-fille d'Henri IV, n'était alors âgée que
de huit ans.
(**) ces dates sont contestées ; le ballet aurait en
fait été dansé le 17 février, date
à laquelle apparaît aussi un Ballet dansé au
Louvre par Mademoiselle. En effet, selon la Gazette, le 26
février, Monsieur partit pour Blois, et le Roi pour Senlis,
Chantilly et Royaumont, où il séjourna jusqu'au 12
mars.
Le traité de Béziers avait mis fin
à la guerre de Languedoc, et à la brouille entre Louis
XIII, et Richelieu d'une part, Gaston d'Orléans d'autre part,
au prix de la décapitation du duc de Montmorency.
Mademoiselle, ayant un passionné désir
de témoigner au roi la joie qu'elle resssentait du bienheureux
retour de Monsieur, fait dessein de danser un ballet pour plaire
à sa majesté et à son altesse.
L'accompagnement des entrées utilise les luths, les voix et
les violes tandis que, pour certains récits, on fait appel
à l'ensemble des vingt-quatre violons.
Madeemeoiselle était entourée de quatorze
jeunes filles de la noblesse et de vingt jeunes seigneurs, qui
représentaient des troupes bigarrées de Caldarrostes,
Trastulles, Trapolains, Piombins, Grenadins, Villains d'Espagne,
Canariens.
Cinq airs de Moulinié ont été
conservés, sur des textes de Tristan L'Hermite
(*) :
(*) François L'Hermite, sieur du Soliers dit Tristan
L'Hermite (1601 - 1655), poète et dramaturge. Il était
entré en 1621 au service de Gaston d'Orléans. Il devint
académicien en 1649, et mourut usé par la tuberculose,
l'excès de boisson et une vie de débauche.
- Récit d'Orphée : Accompagnant
l'Italie entrait Orphée, suivi de quantités de voix
et de luth. LOUYS, la merveille des Roys, De qui les armes,
& les loix Sont l'honneur du siecle ou nous sommes : Je viens
de ces aymables lieux, Où vous avez fait voir aux hommes
Que vous estes pareil aux dieux. Je sorts de ce plaisant terroir,
Ou de vostre divin pouvoir Des Roys ont fait experience :
Esprouvants par un rare effort, Que l'honneur de vostre aliance
N'est pas un vulgaire support. Pour asseurer ce que je dis, De ce
terrestre paradis J'ameine des tesmoins fidelles : Qui raconteront
vos exploits, Et vos louanges immortelles D'un stille aussi doux
que ma voix. Après le premier récit, les
vingt-quatre violons du roi commençaient à sonner.
Air inclus dans le recueil d'Airs de cour avec la
tablature de luth (Ballard, 1635).
- Entrée de la Seconde Monarchie conduite par
la soeur et la femme de Jupiter : Junon, representant l'Espagne,
estoit suivie par une grande quantité de voix et de luths
faisant merveille de bien chanter, estans superbement vestus, et
marchant d'un pas grave et lent, arrivoit jusques auprès du
Roy recitant ces vers : O grand Louys ! le miracle du monde, Le
Soleil en courant par les Cieux Peut voir la terre & l'onde,
Et ne peut voir un Roy si glorieux : Mars est jaloux Quand on
parle de vous. J'ameine des rivages d'Ibere Des soldats autre-fois
deconfits Par la valeur du pere Qui font hommage à la
valeur du fils : Les armes bas Au bruit de ses combats.
Air inclus dans le recueil d'Airs de cour avec la
tablature de luth (Ballard, 1635).
- Troisiesme Monarchie : Bacchus, père de la
débauche, conduisant l'Allemagne et son lustre, entrait
accompagné de quantité de luths, de voix et de
violes, qui par un agréable concert obligeait aussi bien
les yeux à regarder que les oreilles à entendre, et
faisaient leur récit avec grâce à l'instant :
Je puis dire, sans vanité, Que je faits beaucoup de
miracles, Par la vertu de ma divinité La bouteille rend des
oracles, Et les moins suffisans de mes adorateurs, Sont de grands
orateurs. Le doux charme de ma liqueur Que l'on void sauter dans
le verre, Sçait esveiller, & l'esprit, & le coeur
Du plus stupide de la terre : Car j'illumine ceux dont le teint,
& le nez Sont bien enluminez. De mon pouvoir aux bords du Rhin
On void une eternelle preuve, J'y fay toujours plus rependre de
vin Qu'il ne coule d'eau dans ce fleuve, Et les moins courageux
quand ils en ont gousté, Ayment leur liberté.
Air inclus dans les recueils d'Airs de cour avec la
tablature de luth (Ballard, 1635), et d'Airs de cour à 4
& 5 parties (Ballard, 1637) ;
- La France - Quatriesme Monarchie - récit de
Mercure (Mercure, Dieu du sçavoir, et Minerve,
Déesse de la guerre, tous deux amenans la France, font
leurs entrées accompagnez des plus belles voix et des
meilleurs joueurs de luths de l'Europe, recitant ces vers) :
Grand Roy, j'ay traversé les airs Aussi viste que les
esclairs, Portant les mandements de mon souverain maistre, Mais tu
le sçays si bien imiter, Que je ne puis plus recognoistre
Qui de vous deux est le vray Jupiter. Ses soings nous font voir sa
bonté, Et ses yeux pleins de majesté Veillent pour
le salut de ce qu'il à fait naistre : Mais tu le
sçais si bien imiter, Que je ne puis plus recognoistre Qui
de vous deux est le vray Jupiter.
Air inclus dans le recueil d'Airs de cour avec la
tablature de luth (Ballard, 1635).
Entrée de Mademoiselle : En cet endroit, cette
jeune merveille, de qui la France admire la beauté aussi
bien que l'esprit, commence à paraître dans
l'éclat et le lustre de toute la cour, étant
montée sur un char de triomphe, tiré par deux
hiboux, oiseaux dédiés à cette déesse
et Minerve à ses pieds chantant ce récit, ayant
derrière son char un grand corps de musique qui
répondait au récit de Minerve :
Monarque le plus glorieux Qui fut jamais sur le
terre, Prince juste & victorieux, L'appuy des loix, &
l'honneur de la guerre. Les dieux, ô digne Roy ! N'ont pas des
qualitez plus divines que toy. Ton ame n'aspire qu'au bien, Tu ne
destruis que le vice, Et ta valeur n'entreprend rien Qu'apres avoir
consulté ta justice. Les dieux, ô digne Roy ! N'ont pas
des qualitez plus divines que toy. Les armes que j'ay veu forger, Et
que je donne à la France, Dans le plus visible danger Luy
serviront d'infaillible asseurance : Mais tu tiens en tes mains, Et
la faveur des dieux, & le coeur des humains.
Air inclus dans les recueils d'Airs de cour avec la
tablature de luth (Ballard, 1635), et d'Airs de cour à 4
& 5 parties (Ballard, 1637).
A la fin du spectacle, Mademoiselle se dirigea
vers le prince de Tallemont (*) qu'elle invita
à ouvrir le bal avec elle. Elle fut imitée par les
autres demoiselles et chacune invita un jeune gentilhomme
correspondant à sa condition.
(*) Henri III de la Trémoïlle (1598 - 1674), duc
de La Trémoïlle, prince de Talmont et de prince de
Tarente, comte de Laval (parfois appelé Guy XXI de Laval),
seigneur de Montfort, baron de la Roche-Bernard, de Gaël, de
Villefranche, comte de Guines, de Jonvelles, de Taillebourg et de
Benon, vicomte de Rennes et de Bais, et baron de Quintin, de
Vitré, de Sérigné, de Didonne, de Loudun, de
Mauléon, et de Berrie, marquis d'Espinay, baron de Quintin,
seigneur d'Avaugour, châtelain du
Désert-à-Domalain, seigneur de Bécherel et enfin
Pair de France, Chevalier du Saint-Esprit (reçu le 14 mai
1633).
"Le Ballet des Quatre Monarchies chrétiennes,
au service de la propagande royale, de la glorification du monarque,
auréolé de magnificence, se réfère aux
hostilités qui opposent la France à ses voisins
d'outre-Pyrénées, comme le chantent les Espagnols
à la cinquième entrée :
Nous quittons librement une stérile plaine
Où les plus malheureux sont dans la gravité Pour venir
habiter sur les bords de la Seine Où règnent
l'abondance et la civilité.
D'après ces vers, la France vole au secours
des malheureux acccablés par les revers de la guerre et, plus
loin, le roi est décrit comme le modèle de pmdence, de
stabilité et de sagesse, dont la préoccupation consiste
à préserver la paix.
La musique assoit le caractère pompeux du
spectacle. Les divinités et les sujets qui rendent hommage au
souverain sont acccompagnés par une formation instmmentale
importante dont l'écriture harmonique, le rythme pointé
et l'assise tonale bien afffirmée soulignent la grandeur et la
puissance royales. Cependant, Étienne Moulinié tient
à conserver l'identité musicale de chacune des
divinités. Ainsi, Bacchus, dieu du vin, chante un air qui
préésente toutes les caractéristiques de l'air
à boire : mélodie enjouée, rapide dans un style
léger, parfois grivois." (Étienne Moulinié -
Bonnet et Lalanne)
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