ORLANDO

COMPOSITEUR

Georg Friedrich HAENDEL
LIBRETTISTE

d'après Carlo Sigismondo Capece
 
ORCHESTRE

La Grande Écurie et la Chambre du Roy
CHOEUR

DIRECTION

Jean-Claude Malgoire

Orlando

Christophe Dumaux

Angelica

Elena de la Merced

Medoro

Jean-Michel Fumas

Dorinda

Rachel Nicholls

Zoroastro

Alain Buet

DATE D'ENREGISTREMENT

mars 2008

LIEU D'ENREGISTREMENT

Atelier Lyrique de Tourcoing

ENREGISTREMENT EN CONCERT

oui

EDITEUR

K617

DISTRIBUTION

Harmonia Mundi

DATE DE PRODUCTION

6 avril 2010

NOMBRE DE DISQUES

3

CATEGORIE

DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"Tourcoing, mars 2008 : l’Atelier lyrique Tourquennois sous la direction de son chef défricheur aborde un opéra clé de Haendel, Orlando (1733). A l’heure où Rameau dynamite la scène parisienne avec son tragique et racinien Hippolyte, Haendel s’entête dans l’opéra italien, heureux créateur qui revient de Rome, Naples et Venise, nourri à la source lyrique la plus flamboyante en Europe… Le sujet est magique : possédé par l’amour, ivre de désir pour la belle Angélique, Orlando s’abîme dans la folie. Mais la femme désirée lui préfère le beau sarrasin d’origine africaine, Medoro.

En un labyrinthe semé d’épreuves et d’embûches, d’illusion et de magie contraire, le chevalier victorieux, hélas impuissant face à l’amour, erre comme une âme déchirée. Christophe Dumaux bien que possédant une voix limitée, souvent étroite, compense ses limites par un surcroît d’expression : il brosse d’Orlando, le portrait d’un amoureux épris, malheureux démuni, furieux, hystérique, attendri enfin, que les visions trompeuses égarent ; dont la raison s’ébranle et se consume par solitude et par impuissance. Fragilité psychique et désordre mental soulignent l’aliénation d’un être aveuglé.

L’agitation versatile du personnage (scène de folie à la fin du I) demeure convaincante jusqu’à la fin quand le mage Zoroastre (instance inventée par Haendel) décide de l’épargner, en lui rendant la raison, le conduit au renoncement, étape ultime de la métamorphose du prince dans l’opéra seria : Orlando sait accepter les noces de celle qu’il aime avec son rival, Medoro. S’il a préféré l’amour à la gloire des armes, et s’il peut le regretter –malgré l’alarme de Zoroastre -, le chevalier chrétien apprend néanmoins à se connaître lui-même : bête sans maîtrise, il est devenu humain au terme de cette course initiatique. Il a maîtrisé ses passions : glorieux dessein, honneurs des princes.

Aux côtés du contre-ténor, la distribution s’appuie sur d’autres tempéraments totalement engagés. L’agilité expressive est ce bien rayonnant en partage entre la Dorinda de l’anglaise Rachel Nicholls, et l’Angelica de Elena de la Merced : deux sopranos au chant épanoui, superbes de féminité et de volonté dramatique.

Alain Buet incarne un Zoroastre démiurgique, à la fois gardien de la gloire d’Orlando, provocateur, catalyseur, puis réconfortant ; très honnête participation du second contre ténor Jean Michel Fumas en Medoro qui malgré les faiblesses du personnage (cible passive des deux amoureuses) affirme son chant tout au long de l’action.

Voici une nouvelle réalisation à inscrire parmi les (nombreuses) réussites de l’Atelier lyrique de Tourcoing dont le souci de la cohérence et l’esprit de troupe s’affirment enregistrements après enregistrements, en particulier sur le registre lyrique."

"Orlando, opéra« magique » tardif dans la production de Haenndel, est assez difficile à appréhender : jusque dans la célèbre folie du protagoniste, les personnages paraissent sincères, mais l'intrigue, stylisée, et cerrtains traitements musicaux, presque ironiques, semblent introduire ici et là une forme de distanciation souriante. La direction vivante mais assez linéaire, ni très poétique, ni vraiment dramatique, de Jean-Claude Malgoire, et les couleurs franches mais pas toujours raffinées de La Grande Écurie et la Chambre du Roy, vont davantage dans le sens de l'adhésion empathique, d'ailleurs pleine d'une fraîcheur séduisante (la dimension pastorale), que dans celui de la double entente sophistiquée. À l'image de Christophe Dumaux dans le rôle-titre, fragile (le format est petit, le vibrato serré) mais vaillant et impliqué (bonne articulation, vocalise précise), ou de Jean Michel Fumas, Medoro léger mais bien chantant, l'équipe n'est pas au-dessus de tout reproche, mais toujours engaagée, non sans grâces ni charmes. Avec un timbre un peu agresssif, Alain Buet a tendance à surjouer le personnage de Zoroastro, mais celui-ci en tire un certain relief.

Malgré une voix parfois un peu blanche, la Dorinda de Rachel Nicholls se révèle pleine de charme - très émouvante. Tout comme l'Angelica d'Elena de la Merced, délicate, mais à l'émission un peu serrée. Bref : une version attachante, mais qui demeure en deçà de la version Christie (Erato). En attendant toujours un enregistrement de référence."

  "Cela fait quelques décennies que Jean-Claude Malgoire fréquente le répertoire haendélien, souvent davantage du côté de l'émotion que du spectaculaire ou de la perfection dans l'exécution. On ne saurait le lui reprocher car ses réalisations possèdent des qualités que d'autres n'ont pas, ainsi de son enregistrement de Giulio Cesare, à l'héroïsme mou mais doté d'une poésie que l'on ne trouve pas ailleurs. C'est donc avec intérêt que l'on accueille cet Orlando capté sur le vif à Tourcoing, en mars 2008, et dont Jean Gallois avait livré, dans ces colonnes, un compte rendu enthousiaste La Grande Écurie et la Chambre du Roy, qui n'a pas toujours été un modèle de précision, apparaît ici sous un bon jour. On aurait certes aimé que l'orchestre nous offre quelques accents plus dramatiques et que le chef marque davantage certains contrastes, mais l'ensemble est indéniablement musical et de bonne tenue. La distribution est solide et équilibrée, sans grandes voix sans doute, avec même de charmantes sopranos tutoyant leurs limites, mais elle fonctionne bien et une véritable synergie de groupe - et de troupe - s'en dégage. Chacun a compris son personnage et sait lui donner vie, en tirant le maximum de ses moyens.

Il faut, malgré tout, tresser des louanges particulières à Christophe Dumaux. On suit avec intérêt, depuiq quelques années déjà, le parcours du jeune contre-ténor français. Très Vite, il s'est imposé dans des rôles secondaires (admirable Tolomeo dans Giulio Cesare). Les principaux le trouvent tout aussi à son aise. Son émission, que l'on a envie de qualifier de nerveuse, et son petit vibrato serré donnent à son incarnation d'Orlando, une fébrilité convenant parfaitement à ce héros dansant sur le fil de la folie. Timbre velouté et corsé à la fois, technique excellente, diction irréprochable, jeu naturel et énergique, intelligence du chant : le tout aboutit à un résultat d'une densité et d'une cohérence remarquables.

On attend maintenant avec impatience d'entendre Christophe Dumaux en Giulio Cesare et l'on déplore que sa discographie soit, à ce jour, quasi inexistante. Merci donc à cet Orlando, à ne manquer sous aucun prétexte !"

 

 

Retour à la page d'accueil