CALIGULA DELIRANTE

COMPOSITEUR

Giovanni Maria PAGLIARDI
LIBRETTISTE

Domenico Gisberti
     

 

Représenté au teatro San Giovanni e Paolo de Venise, le 18 décembre 1672.

Le livret, édité à Venise par Francesco Nicolini, et conservé à la Biblioteca Nazionale Braidense, à Milan, porte le titre : Caligula Delirante, Melodrama da Rappresentarsi in Musica Nel Teatro Famoso Grimano di Ss. Giovanni e Paolo l'anno 1672. Consacrato Alle .. Altezze .. Gio. Federico Et Ernesto Augusto di Bransuich (*) / Musica di Giovanni Maria Pagliarda.

(*) Jean-Frédéric de Brunswick-Lunebourg (1625-1679), duc de Brunswick-Lunebourg, et Ernest-Auguste de Hanovre (1629-1698), fils de Georges de Brunswick-Lunebourg et Anne Éléonore de Hesse-Darmstadt.

L'acte I et l'acte II s'achèvent avec un ballet, respectivement Ballo de Pittori et Ballo de Pazzi.

Le livret avait déjà été utilisé par Cavalli pour un Opera di stile recitativo intitulé La Pazzia in trono ovvero Caligola delirante, resté inachevé.

L'ouvrage fut repris :

(*) Antonio Alvarez Osorio, marquis d'Astorga, vice-roi de Naples de 1672 à 1675.

Personnages : Caligola Delirante, Cesonia, Artabano, Agrippa, Erodiade, Claudio, Pisone, Orestilla, Cherea, Palante, Macrone, Corte Romana, Sacerdote, Ministri, Guardie, Custodie, Soldati, Littore, Giudici mascherati, Corteggio Imperiale, Corteggio di Parti, Corteggio per Agrippa

 

Synopsis

Caligula, empereur de Rome, tombe amoureux d’une reine inconnue d’une grande beauté, Teosena, venue lui demander de l’aide après la mort en mer de son époux, Tigrane, roi de Mauritanie. Il ordonne qu’on fasse faire le portrait de la belle, au grand courroux de l’impératrice Cesonia et à la stupeur du peintre-esclave, qui n’est autre que Tigrane déguisé, rescapé du naufrage.

Chassée par son impérial époux qui célèbre ouvertement son amour avec Teosena, Cesonia fait boire un breuvage à celui-ci. Pendant ce temps, Tigrane, toujours déguisé en peintre, cherche à se faire connaître de sa femme mais est concurrencé par son « maître », Artabano, roi des Parthes, lui aussi amoureux de sa femme et qui veut l’enlever.

Dans une scène magistrale de délire, Caligula tombe dans la folie, repoussant sa femme, chassant ses hôtes, courtisant même la vieille nourrice peu farouche, se prenant pour Hercule qui poursuit Diane, puis pour un berger amoureux de la Lune. Devant son attitude étrange, le Sénat destitue Caligula au profit de Claudio et interrompt l’exil de Cesonia, pendant que Tigrane, réconcilié avec Teosena, cherche à faire valoir ses droits face à son rival Artabano, qui ne comprend pas qu’une reine lui préfère son esclave.

Finalement Caligula, donné pour mort après s’être blessé jusqu’au sang, retrouve ses esprits et sa femme. Tout rentre dans l’ordre : il aidera même Tigrane à reprendre son trône de Mauritanie.

 

 

 

 Représentations :

 

 

"Si Rimbaud vivait, parions qu’il en serait. Le Festival mondial des théâtres de marionnettes, créé en 1961 par Jacques Félix à Charleville-Mézières, prend chaque année rendez-vous avec une forme ancestrale et universelle de poésie. Du 16 au 25 septembre, il célèbre ses 50 ans avec une affiche de haut vol, des compagnies venues de Chine, du Cambodge, d’Iran, de Turquie, des Etats-Unis… A cette occasion, le marionnettiste sicilien Mimmo Cuticchio - vénéré par Coppola qui lui a consacré une scène dans Le Parrain 3 - revient vers la France. Ce retour est le fruit de sa rencontre avec Vincent Dumestre et sa troupe Le Poème Harmonique, ensemble baroque des plus prisés, propulsé ces dernières années de New York à Tokyo grâce aux succès exceptionnels du Bourgeois Gentilhomme et de Cadmus et Hermione.

Après avoir là magnifié la rencontre entre chanteurs, danseurs et comédiens dans des formes théâtrales proches de celles du temps de Lully et de Molière, Dumestre se frotte aujourd'hui l'art de la marionnette. Ce n'est pas un hasard. A la fin du XVII° siècle, Venise est le coeur musical de l'Europe. C'est aussi l'endroit où, tout comme à Naples et Palerme, l'art de la marionnette fascine. Dans les rues avec des genres de guignols à gaine, mais surtout dans les théâtres et palais avec des 'acteurs de bois' articulés par des tiges et dûment costumés. Exactement comme les 'pupi' palermitaines de Cuticchio, inscrites au patrimoine immatériel de l'humanité depuis 2008 par l'UNESCO.

Pour un tel projet, Vincent Dumestre se devait de trouver une œuvre à la hauteur. Celle qu'il a découvert par hasard à la Bibioteca Marciana de Venise lors de ses recherches sur Francesco Cavalli (*), est une rareté. Il s'agit d'un Caligola Delirante qui dormait dans un tiroir depuis trois siècles. Dumestre situe Giovanni Pagliardi, le compositeur, "entre Monteverdi et Vivaldi" et estime l'œuvre passionnante "forte d’un continuo très riche et d’une vocalité particulièrement ornée et virtuose". Le livret, attribué à Domenico Gisberti, dépeint l'empereur fou, conformément à la légende. Mais pas seulement. Pour Alexandra Rübner, qui met-en-scène, c'est une œuvre originale avec des sentiments, de l'action, du comique, "mais surtout une philosophie de la vie qui passe par les merveilles. La pensée baroque postule que la vie est un songe, que le réel tissé d'illusions".

D'où l'intérêt de proposer un sur-titrage, afin que l'argument soit accessible sans non plus nuire à la magie. "Les chanteurs et musiciens seront à l'avant scène et les marionnettes derrière en hauteur, éclairées par de vraies bougies. Les marionnettistes seront visibles". Ce choix assumé est fidèle au style de Mimmo Cuticchio, qui apparaîtra lui-même avec sa belle barbe blanche "aux commandes du couple impérial, tel le génie d'Aladin auprès de ses créatures!" sourit-il.

"Pour les amateurs d'opéra, Caligula par la Compagnie nationale de théâtre lyrique et musical Arcal, associée au Poème Harmonique et aux grandes marionnettes siciliennes de Mimmo Cuttichio, est un fabuleux spectacle, quasiment une super-production avec 18 personnes sur scène, en comptant les 7 musiciens et les 6 chanteurs.

Pour les autres, plus béotiens et moins familiers du chant lyrique en italien (heureusement sur-titré en français), la manipulation de ces pupi aux costumes et armures magnifiques, reste certainement l'attrait majeur de cette audacieuse adaptation de l'opéra baroque de Pagliardi… créé à Venise en 1672.

Presque trois siècles et demi plus tard, le plus extraordinaire est que les conditions techniques ne semblent avoir guère changé. Du moins en apparence. Annoncé comme « éclairé à la bougie », le spectacle ne bénéficie que de quelques spots rasants très discrets. De quoi se plonger dans une ambiance authentique et peut-être mieux se faire une idée des émotions que pouvait ressentir le public du XVIIe siècle.

Pour le reste, le fond de cette histoire est compliqué, et l'attention peut décrocher. On s'y perd parfois dans les multiples personnages. Au moins faut-il retenir que Caligula est tombé amoureux de Teosena, reine mauritanienne d'une grande beauté. La femme légitime de l'empereur romain est évidemment jalouse. L'époux de la Mauritanienne que l'on croyait mort… ne l'est pas vraiment ! Artabano, le roi des Parthes désire aussi Teosena. On se courtise, on s'empoisonne et on se poignarde. Ça se corse. Caligula devient fou."

"Comment rendre accessible l'opéra vénitien, ses intrigues alambiquées, son austère récitatif, ses niveaux de lecture ? C'est le parti tenté par cette production inventive d'un ouvrage récemment exhumé, Caligula delirante de Giovanni Maria Pagliardi. Dans la lignée du dernier Cavalli (qui avait commencé à travailler sur le même livret), le compositeur truffe son expressif recitar cantando d'airs ou de lamentos aux entêtantes mélodies, et de nommbreux duos dramatiques.

Le chef Vincent Dumestre a (drastiquement) écourté et superbement adapté l'ouvrage pour son Poème Harmonique, en formation réduite. Sept musiciens et six chanteurs suffisent à ressusciter cette intrigue qui voit l'instable Caligula s'enticher d'une princesse mauritanienne, perdre la raison après avoir bu un philtre d'amour et la recouvrer grâce aux soins de son épouse.

Au sein de la jeune distribution, ce sont les deux rivales que l'on remarque surtout - l'angélique et virtuose Teosena de Hasnaa Bennani, l'impérieuse et passionnée Cesonia de Caroline Meng. Mais le délicieux contraltino de Jean-François Lombard (Tigrane) et le viril baryton de Florian Gütz (Artabano) tiennent parfaitement leur rang. Seule déception: l'incertain Caligula de Jan Van Elsacker, à l'émission privée de soutien, qui enlaidit inutilement son timbre pour « jouer » la folie.

« Jouer » n'est d'ailleurs pas le mot juste, puisque les interprètes se tiennent ici dans l'ombre, prêtant leur voix aux marionnettes de Mimmo Cuticchio. Traits délicats, costumes chamarrés, les poupées aux gestes fluides miment à s'y méprendre le chagrin, la furie, le désir. Malheureusement, ce dispositif (qui occupe à peine la moitié de la scène) se « perd » dans l'espace d'un théâtre, même aussi réduit que celui de Reims. L'attention, sollicitée par les instruments, surtitres et chanteurs, oublie les marionnettes, trop mal éclairées pour s'incarner vraiment. La bonne idée mérite donc d'être repensée, au fil de la tournée qui conduira le spectacle de Chaumont à Gand, de Besançon à L'Athénée - et passera paradoxalement mieux en DVD (prévu) que sur scène..."

"A ceux qui croient que les marionnettes sont avant tout destinées à ravir les enfants, ce spectacle infligera un cinglant démenti. L'ouvrage ? Un Caligula composé par Giovanni Maria Pagliardi sur un livret qu'on pense, sans certitude, être de Domenico Gisberti, et créé à Venise en 1672, alors que l'engouement pour l'art lyrique ne cessait de croître (dans ces mêmes années, la Sérénissime découvre l'opéra pour marionnettes).

Adapté par Vincent Dumestre, réduit à une heure vingt, il n'en est pas moins efficace : amoureux d'une autre femme que son épouse, le sulfureux et cruel empereur dérive vers la folie. Le chef et la metteuse en scène Alexandra Rübner voient en lui un héros baroque, dont l'esprit délirant et visionnaire ouvre grand les portes du merveilleux. Pourquoi pas ?

La partition, revue elle aussi par le fondateur du Poème Harmonique, traduit avec vigueur et dynamisme les affects les plus contrastés. Dumestre, à la direction et au théorbe, et sa poignée d'instrumentistes (six en tout) des cordes et un clavecin lui confèrent énergie, couleurs, expression. Sans atteindre les sommets sur lesquels trônent Monteverdi et Cavalli, Pagliardi tient sa place sans démériter, et méritait une redécouverte, d'autant que vocalement et orchestralement, les interprètes ne souffrent aucun reproche.

Sur le plateau, l'enchantement ne tarde pas à opérer, même si la grandeur et la forme à l'italienne de la salle rémoise constituent de sérieux handicaps. Les toiles peintes d'Isaure de Beauval, les éclairages à la bougie de Patrick Naillet, créent l'atmosphère. Et l'on est séduit et fasciné par les « pupi » richement costumés de Mimmo Cuticchio, unique représentant d'une glorieuse tradition sicilienne - il a son théâtre, à Palerme, et son école pour marionnettistes et conteurs. Pas de castelet, ici ; les manipulateurs sont visibles, ombres géantes des personnages, et parmi eux deux jeunes Français.

Créée, en septembre dernier, au « Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes » de Charleville-Mézières, cette coproduction entre l'Arcal et l'Opéra de Reims va tourner jusqu'au printemps prochain ; elle sera, en mars, à Paris, à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet. Ne la manquez pas !"

"Vincent Dumestre et son Poème Harmonique ont retrouvé la partition d’un opéra vénitien de Giovanni Maria Pagliardi : « Caligula Delirante » (1672). A l’art musical baroque, la représentation de ce trésor redécouvert du 17e siècle ajoute l’art sicilien des « puppi », qui sont des marionnettes tenues par des tiges de fer et dont le corps de bois manipulé par des virtuoses remplace le jeu des chanteurs. Un très beau spectacle, très orignal et qui a trouvé son public au cours d’une tournée triomphale en France qui a culminé dans un Théâtre de l’Athénée plein à craquer le week-end dernier.

L’intrigue du « Caligula Delirante » est classique. Elle s’apparente, une trentaine d’années après, à celle du « Couronnement de Poppée » de Monteverdi (où l’empereur volage est Néron, pas Caligula). Et l’on retrouve même le bel air de l’Adieu à Rome… Marié à la fidèle Cesonia, Caligula, empereur de Rome s’éprend de la jolie reine maure, Teosena. Pour le garder, Cesonia lui verse un poison puissant. Caligula répudie Ceosina, puis devient fou en s’éprenant de Diane et de la lune. Il meurt pour mieux renaître, raisonnable.

Servi par des solistes absolument éblouissants, dont Caroline Meng et Jan van Elsacker, « Caligula Delirante » est un très bel opéra baroque du 17e siècle, à la limite de l’envoûtement. la mise en scène de Alexandra Rubner rappelle à la fois le classicisme de l’époque par un minuscule décor central qui se veut illuminé à la bougie et constitué de panneaux de bois coulissants, comme dans un théâtre italien de l’époque, en miniature. Au centre de la scène : les multiples marionnettes ou « Puppi » de la Compagnie Figli d’Arte manipulées par Mimmo Cuticchio et ses disciples font presque tout disparaître autour d’elle. Les corps des chanteurs comme ceux des marionnettistes sont enrobés de noir et s’effacent devant le bois mordoré des pantins. Les scènes de batailles sont fulgurantes et les Puppi incroyablement diverses (il y a même un léopard) et mobiles. Le résultat est un beau voyage dans une contrée à la fois ancienne et enfantine. Il y a fort à parier que ce spectacle acclamé par un public venu de divers horizon n’a pas fini son long chemin d’originalité."

"En résidence à l’Opéra de Reims, l’Arcal a su créer pour ce Caligula une fructueuse synergie avec les forces de la Région Champagne-Ardenne, en l’occurrence le Festival Mondial et l’Institut International de la Marionnette de Charleville-Mézières. Musique baroque et art de la marionnette font en effet cause commune dans un spectacle où les rôles du Caligula delirante (1672) de Giovanni Maria Pagliardi (1637-1702) sont tenus par des marionnettes siciliennes, les pupi (qui présentent la particularité d’être actionnées par des tringles et non des fils), manipulées par l’un des dernier représentants de cette tradition, Mimmo Cuticchio, et son équipe, tandis que les chanteurs placés de chaque côté de la scène leur prêtent voix.

Caligula delirante : riche en rebondissements, la jolie partition de Pagliardi (livret de Domenico Gisberti) se prête à une mise en scène pleine de vie et de poétique fantaisie d’Alexandra Rübner. Elle tire le meilleur parti du subtil travail de marionnettistes (les pupari) dont l’art multiséculaire est d’abord associé à des sujets épiques et chevaleresques.

Ce Caligula est comme parenthèse dans un monde bruyant et agité, une bouffée d’air pur, une invitation à l’émerveillement, qui vient éveiller la part d’âme d’enfant que chacun garde en soi.

Une réussite à la laquelle la partie musicale contribue largement aussi. Vincent Dumestre (à l’origine de la redécouverte de la partition de Pagliardi à la Bibliothèque Marciana de Venise), et ses musiciens soignent les couleurs d’une composition sortie d’un long oubli. Côté vocal, on ne peut que saluer l’exceptionnelle homogénéité d’une distribution où Jan van Elsacker (Caligula), Florian Götz (Artabano/ Domitio), Caroline Meng (Cesonia) et Luanda Siqueira (Teosena), Jean-François Lombard (Tigrane/Claudio) et Sergio Goubioud (Gelsa/Nesbo) se prêtent tous avec beaucoup de sensibilité au rôle de porte-voix des pupi de Mimmo Cuticchio."

 

 

 

 

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