Commedia per musica, dite aussi
Il Fratello
innamorata, en trois actes sur un
livret en napolitain de Gennaro Antonio Federico (?- 1745).
Première
représentation au Teatro dei Fiorentini à Naples, le 23
septembre 1732. Distribution : G. d'Ambrosio, Giambattista Ciriaci,
Girolamo Piano, Marianna Ferrante, Maria Negri, Teresa
Passaglione.
Reprises en 1734 et en
1748.
Personnages : Marcaniello, vieil homme, père de Luggrezia
et de Don Pietro ; Ascanio, jeune homme, épris de Nena et de
Nina ; Nena, jeune fille, éprise d'Ascanio ; Nina, soeur de
Nena, éprise d'Ascanio ; Luggrezia, fille de Marcaniello,
éprise d'Ascanio ; Carlo, père de Nena et Nina,
épris de Luggrezia ; Vannella, servante de Carlo ; Cardella,
servante de Marcaniello ; Don Pietro, fils de Marcaniello
Synopsis
Acte I
L'action se déroule
à Capo de Monte en 1730. Carlo (ténor) et le vieux
Marcaniello (basse) ont arrangé le mariage de Don Pietro
(basse), fils de Marcaniello, avec Nena (soprano), nièce de
Carlo. Vannella (soprano), servante de Carlo, et Cardella (soprano),
servante de Marcaniello, pérorent au sujet de leurs
maîtres. Survient Pietro, qui demande à Vannella d'aller
chercher Nena et Lucrezia, soeur de Don Pietro et fiancée de
Carlo. Mais les jeunes filles refusent de se montrer. Nina
(mezzo-soprano) et Nena, au cours d'une promenade, rencontrent leur
oncle qui leur reproche de ne pas le traiter avec tout le respect
auquel il a droit. Il les avertit que leurs fiancés sont
arrivés et que les noces sont imminentes. Les jeunes filles
accueillent la nouvelle avec peu d'enthousiasme : le fiancé de
Nena, quoique jeune, est sot et vaniteux. Quant à Nina, plus
infortunée encore, elle est destinée à
Marcaniello. En outre, elles éprouvent toutes deux une
sympathie cachée pour Ascanio (ténor), un jeune homme
élevé par Marcaniello. Lucrezia a elle aussi un faible
pour Ascanio et proteste auprès de son père, qui veut
la marier à Carlo. Quand Ascanio, chargé par
Marcaniello de la convaincre d'épouser Carlo, vient
s'acquitter de cette tâche, elle lui avoue candidement son
amour. Ascanio est troublé : il ne veut pas trahir son
bienfaiteur et s'interroge d'autre part sur ses sentiments envers
Nina et Nena. Don Pietro va chercher Nena. Rencontrant Vannella, il
s'amuse à la courtiser mais se fait réprimander par
Marcaniello tandis que Nena en profite pour mettre en doute le
sérieux de son futur mari. De son côté, Nina
ignore ostensiblement Marcaniello et feint d'être sensible au
charme de Don Pietro.
Acte II
Tous les projets de mariages vont
donc à vau-l'eau. Don Pietro raconte à Ascanio que
Nena, rendue jalouse par Vannella, est dans tous ses états.
Certaines attitudes de Nina le font d'autre part penser qu'elle s'est
éprise de lui. Arrive Nena, qui s'éloigne avec Ascanio
: elle lui avoue son amour et l'interroge sur ses sentiments,
craignant qu il ne lui préfère sa soeur Nina. Ascanio
est de plus en plus déconcerté. Les deux soeurs sont
soulagées d'avoir ouvertement repoussé leurs
prétendants, mais jalouses l'une de l'autre au sujet
d'Ascanio, lequel, mis au pied du mur, a déclaré les
aimer toutes les deux. Lucrezia, qui a tout entendu, est
indignée. Furieuse, elle ferme bruyamment sa fenêtre.
CarIo, qui passait, choqué par la grossièreté de
sa future épouse, annonce à Marcaniello son intention
de rompre ses fiançailles, si Lucrezia n'apprend pas les
bonnes manières.
Acte III
Nena et Nina sont toujours
amoureuses d'Ascanio. Lucrezia, désespérée,
avoue à son père qu'elle aime aussi le jeune homme.
Marcaniello commence par menacer de mort le fauteur de tant de
troubles, puis finit par avoir pitié d'Ascanio. Pendant ce
temps, Nena et Nina, de la fenêtre, se gaussent de leurs
fiancés au point que Don Pietro, pour se débarrasser
d'Ascanio, se jette sur lui avec son épée et le blesse
légèrement au bras. Accouru à son secours, Carlo
découvre sur son bras un signe semblable à celui que
portait son petit neveu, enlevé à l'âge de quatre
ans : Ascanio est donc le frère dc Nina et Nena. Il est enfin
libre d'épouser...Lucrezia.
"C'est le deuxième
opéra composé par Pergolèse, âgé
seulement de vingt-deux ans. Cette oeuvre, qui met en scène
des personnages populaires mais non des types, issus plutôt de
la comédie que de la farce, fut très favorablement
accueillie. Elle contient effectivement des passages d'un naturel
charmant, d'un grand brio et d'une délicieuse fraîcheur
expressive."(Dictionnaire
chronologique de l'Opéra - Le Livre de Poche)
Festival de Jesi - Teatro
Pergolesi - 28, 30 septembre, 2 octobre 2011 - Europa
Galante - dir. Fabio Biondi - décorsWilly Landin - costumes
Elena Cicorella - lumières Fabrizio Gobbi - avec Nicola
Alaimo (Marcaniello), Lucia Cirillo (Ascanio), Patrizia
Biccirè (Nena), Jurdita Adamonyte (Nina), Barbara Di Castri
(Lugrezia), David Alegret (Carlo), Laura Cherici (Vannella), Rosa
Bove (Cardella), Filippo Morace (Don Pietro) - nouvelle production
- révision critique de Francesco Degrada
Forum
Opéra - Pas un zeste d’inceste !
"La comédie musicale
à la napolitaine est apparue dans le premier quart du XVIIIe
siècle en contrepoint au théâtre « noble
» et sérieux subventionné par la Cour. Elle se
démarque des mécanismes comiques de la farce par une
attention particulière, mélange d’ironie et de
tendresse, aux sentiments de personnages issus de la vie quotidienne,
qu’elle tire parfois de façon parodique vers l’opera seria.
Premier succès théâtral du météore
Pergolesi, Lo frate ‘nnamorato appartient à ce genre nouveau
dont un surgeon sera, soixante ans plus tard, un certain Cosi fan
tutte.
Quoi de plus banal, en effet,
que ces accordailles décidées par deux hommes nantis ?
Le Romain Carlo épousera Luggrezia, fille du Napolitain
Marcaniello ; en contrepartie son fils Pietro et lui-même
épouseront respectivement Nena et Nina, les deux nièces
de Carlo. Quoi de plus banal aussi que ces jeunes filles aient
déjà chacune leur histoire d’amour ? Premier hic, elles
sont éprises toutes trois du même jouvenceau, et donc
deviennent rivales. Deuxième os, le garçon est le fils
adoptif de Marcaniello, et donc s’interdit de considérer
Luggrezia autrement que comme une sœur ; et pourtant elle l’attire,
tout comme il se sent une vive inclination pour les deux sœurs Nena
et Nina. Soumis aux pressions des trois amoureuses, il est en pleine
confusion des sentiments. Une blessure reçue au cours d’un
duel avec Carlo révélera une marque de naissance
prouvant qu’il est le frère de Nena et Nina : leur attirance
mutuelle n’était autre que la voix du sang. Dès lors il
est libre d’épouser Luggrezia et les barbons se
résignent à s’effacer, ainsi que le fils de
Marcaniello, dont certains indices pourraient même laisser
penser que cette conclusion a sa préférence
!
On l’a vu par ce
résumé, il ne se passe rien, aucun
événement notable ne vient modifier la situation
initiale – l’accord pris par les hommes et le refus des filles
d’obtempérer – jusqu’à l’accident providentiel qui la
dénoue. La tenue de l’œuvre repose donc sur l’agencement des
scènes et des ressources expressives au gré des
rencontres des personnages. La reconstitution réalisée*
par le spécialiste de Pergolesi , Francesco Degrada, à
partir des quatre copies parvenues jusqu’à nous – l’original
étant disparu – permet de savourer le talent du librettiste
Gennarantonio Federico, le même qui un an plus tard donnerait
au musicien la géniale Serva Padrona. Il tisse habilement une
trame serrée avec les affects des amoureux, tandis que les
personnages étrangers à ces émois sentimentaux
apportent malgré eux la note comique.
Premières en
scène, les deux servantes Vannella (Laura Cherici) et Cardella
(Rosa Bove) clabaudent à propos des mariages en vue. Leur
ingénuité feinte comme leur cynisme annoncent la
Despina à venir, et leur dispute émaillée
d’injures prend tout son relief grâce au tempérament des
interprètes, dotées par ailleurs de voix souples et
moelleuses. Prêtes à tourner en ridicule leurs maitres
elles trouvent une proie de choix en Pietro, le fils de Marcantonio,
frais arrivé de Rome où il était
étudiant. Willy Landin, le metteur en scène, qui a
transposé l’œuvre dans les années 50 du XXe
siècle, à l’âge d’or du cinéma italien,
fait de Pietro un jeune gommeux qui arrive sur sa Vespa,
dépourvu des manières efféminées que lui
attribue le livret (et qui expliquent probablement qu’il se
résigne si facilement à ne pas convoler au
dénouement). Filippo Morace joue le jeu et compose un
personnage de fat à peine sorti de La dolce vita, dont le
discours censé démontrer sa haute culture étale
sottise indécrottable et superficialité. Son
père Marcaniello, podagre et grincheux, est dévolu
à Nicolà Alaimo, qui donne une nouvelle preuve
éclatante de son talent versatile, aussi bien bête de
scène que chanteur remarquablement doté et doué.
Carlo, l’autre prétendant au mariage, devrait avoir la
componction d’un Romain « vieux style » ; si vocalement
David Alegret est irréprochable, dans ce rôle qui ne le
met pas en difficulté, pourquoi ne pas l’avoir vieilli ?
Reste le quatuor amoureux.
Barbara de Castri, après un premier acte difficile,
libère son mezzo profond pour incarner une Luggrezia
convaincante, passionnée et touchante. Tout aussi
émouvante et musicale Patrizia Biccirè tire tout le
parti possible de l’air orné de Nena au début du
troisième acte, merveille de lyrisme où la voix et la
flûte tissent un dialogue enivrant. Quant à la
Lituanienne Jurgita Adamonyte, naguère lauréate du
Concours Renata Tebaldi, elle subjugue par la maitrise avec laquelle
elle conduit sa voix de mezzo d’une délectable souplesse.
Elena Belfiore, enfin, assume crânement le rôle travesti
d’Ascanio, dont elle rend sensible et crédible le
désarroi.
En cette
avant-première, le réglage des éclairages n’est
pas terminé, et les costumes aussi bien que le décor
devraient y gagner beaucoup d’éclat. C’est le choix de situer
la comédie à Naples et non à Capodimonte qui
déconcerte. Sur cette placette sans caractère
particulier s’élèvent des maisons banales, avec de
petits balcons où Willy Landin situe souvent les personnages
pour des airs, ce qui les contraint à une fixité
à notre avis préjudiciable au sentiment de
liberté que donnent ces moments d’exploration intime. Par
ailleurs le recours à des cloisons escamotables lui permet de
varier les espaces, de l’intérieur de Marcaniello à
celui d’un bar ou à la terrasse de celui-ci. Et, surtout, d’un
geste esquissé ou retenu il sait faire dire beaucoup aux
interprètes.
Premiers intervenants et
artisans émérites du succès de cette production,
les musiciens d’Europa Galante et leur chef le grand Fabio Biondi.
Leur Pergolesi, on s’en doute, est au plus près des intentions
du compositeur. Soutenant infailliblement les chanteurs alors
même qu’il dirige en jouant du violon, l’interprétation
du chef recrée comme une évidence le dosage si
délicat entre verve et sensibilité qui constitue
l’être musical de la comédie musicale napolitaine Si
l’on ajoute à ce sentiment d’assister à une renaissance
le charme de la composition et de l’orchestration de Pergolesi, on se
trouve toutes les raisons d’avoir fait le voyage et l’on se
réjouit que ce spectacle, donné en ouverture de la
saison au Théatre Pergolesi de Jesi, soit
enregistré."
Opéra Magazine - décembre
2011
"Créé au Teatro
dei Fiorentini de Naples, le 27 septembre 1732, huit mois
après La Salustia, Lo Frate 'nnamorato est un bijou qui, si
l'on en croit les chroniques de l'époque, remporta un beau
succès. Dans les temps modernes, tout le monde garde
en-mémoire le spectacle de Roberto De Simonè à
Milan, en 1989, dont un écho fut publié en CD sous
étiquette EMI Classics/ Ricordi. À la tête de
l'Orchestra del Teatro alla Scala, Riccardo Muti dirigeait
l'édition critique de Francesco Degrada, que Jesi a choisi de
reprendre cette année.
Il est probable que,
grâce aux instruments d'époque d'Europa Galante, les
spectateurs ont pu, cette fois, se faire une meilleure idée de
la manière dont cette musique devait sonner au XVIIIe
siècle. Les vingt musiciens réunis sous la conduite
experte de Fabio Biondi, dirigeant archet en main, ont offert une
exécution de bout en bout impeccable, avec une rare
fluidité dans l'accompagnement.
Sur une intrigue
compliquée, les deux premiers actes sont plutôt
statiques, tournant autour de l'évocation des sentiments, des
caractères, des réactions de personnages dont
l'humanité est remarquablement mise en relief. Au
troisième, le rythme s'accélère jusqu'au
dénouement heureux. L'inspiration musicale n'est pas toujours
à son maximum, et certains airs sont écrits de
façon plutôt conventionnelle. Mais les perles ne
manquent pas, à commencer par la splendide aria de Nena, au
début du III (« Va solcando il mar d'amore»), avec
son solo de flûte, qu'il est impossible de ne pas mettre en
parallèle avec la future «Folie» de Lucia di
Lammermoor.
On est également
surpris par la virtuosité avec laquelle Pergolesi dessine ses
personnages, en particulier le buffo Marcaniello, campé de
manière superlative par Nicola Alaimo, le fanfaron Don Pietro,
très bien chanté par Filippo Morace, et la
pétillante femme de chambre Vannella, confiée à
l'efficace Laura Chcrici. La Nena de Patrizia Biccirè est
satisfaisante, malgré une émission parfois un peu
gutturale, un reproche que l'on adressera également à
la Cardella de Rosa Bove. Barbara Di Castri est correcte en
Luggrezia, et Jurgita Adamonyte convainc en Nina. Elena Belfiore se
montre à l'aise sous le travesti d'Ascanio, David Alegret
incarnant un Carlo acceptable.
Le spectacle imaginé
par le jeune Argentin Willy Landin est une totale réussite.
Traditionnel dans son évocation des ruelles de Naples, il
ajoute une touche de modernité en transposant l'action dans
l'après-Seconde Guerre mondiale Don Pietro arrivant en Vespa
!. Même dans les moments les plus statiques, la mise en
scène parvient à arracher un sourire ou une larme au
spectateur. Un succès amplement mérité."
Festival de Jesi - Teatro
Pergolesi - 3, 5 septembre 2010 - Accademia Bizantina -
dir. Ottavio Dantone - mise en scène Willy Landin -
costumes Silvia Aymonino - avec Vito Priante (Marcaniello), Marina
Comparato (Ascanio), Patrizia Biccirè (Nena), Marianna
Pizzolato (Nina), Josè Maria Lo Monaco (Lugrezia), Roger
Padullés (Carlo), Laura Cherici (Vannella), Lucia Cirillo
(Cardella), Filippo Morace (Don Pietro) - nouvelle production
Abbaye de
Royaumont - octobre 1991 - dir. Roy Goodman - avec Mauro
Buda (basse), François-Nicolas Geslot (ténor),
Claire Brua (mezo-soprano)
Milan - Teatro alla Scala
- 13, 14, 16, 17, 19 et 20 avril 1990 - dir. Riccardo
Muti - mise en scène Hulle - Roberto de Simone - avec
Cecilia Gasdia/Laurenza, Elisabeth Norberg-Schulz/Mazzola, Amelia
Felle/Bizzi, Bernadette Manca di Nissa, De Simone/Piccoli,
Alessandro Corbelli/Antonucci, Luciana D'Intino, Ezio Di
Cesare/Lazzaretti
Milan - Teatro alla
Scala - 22, 24, 28
décembre 1989, 4, 6, 9, 11, 14 janvier 1990 - reprise 13,
14, 16, 17, 19 et 20 avril 1991 - dir. Riccardo Muti - mise en
scène Roberto De Simone - décors Mauro Carosi -
costumes Odette Nicoletti - avec Alessandro Corbelli, Nuccia
Focile, Amelia Felle, Bernadette Manca di Nissa, Luciana D'Intino,
Ezio Di Cesare - révision du musicologue Francesco Da
Grada, à partir de quatre copies (manuscrit original
perdu).
"A l'aide d'un décor
unique et pivotant, De Simone recrée toute la poésie et
l'élégance du settecento napolitain avec des images
inspirées des plus belles porcelaines de
Capodimonte...Riccardo Muti, soucieux d'authenticité, se plie
à toutes les exigences du genre. Son équipe, en tous
points exceptionnelle, l'a parfaitement suivi dans sa relecture.
Alessandro Corbelli, incomparable Marcaniello, est un acteur
irrésistible, doublé d'un chanteur attentif. Nuccia
Focile, tendre et nostalgique Ascanio, possède une bien jolie
couleur de voix. Seul Ezio Di Cesare, Carlo à
l'émission percutante, semble par moment perdu dans cette
esthétique vocale. Une réussite
mémorable."
Milan - Piccola
Scala - 1960 - dir. Nino Sanzogno
- mise en scène, décors et costumes Franco Zefirelli
- avec Paolo Montarsolo, Fiorenza Cossotto
Enghien - 1959
- dir. Rivoli - avec Zanolli, Gavioli, Borgonovo
Spolète - Festival
des Deux Mondes - 1958 - dir.
Ennio Gerelli - mise en scène Franco Zeffirelli -
décors et costumes Pier Luigi Pizzi