Premier opéra
composé par Pergolèse, entre 1731 et 1732, sur un
livret en trois actes de S. Morelli, d'après Alessandro Severo
d'Apostolo Zeno. Il fut créé, sans beaucoup de
succès, au teatro San Bartolomeo de Naples, en janvier 1732.
Le castrat soprano Nicoli
Grimaldi, dit Nicolino, avait été pressenti mais mourut
de maladie pendant les répétitions, le
1er décembre 1732. Il fut remplacé par
Gioacchino Conti, dit Giziello.
Argument
Sallustia, épouse
d'Alexandre Sévère, est calomniée par sa
belle-mère, la jalouse Julie. Celle-ci cherche à
convaincre son fils de la répudier. Adrien, père de
Sallustia, tente de tuer Julie. Il est condamné à
être jeté aux fauves, mais parvient à tuer le
léopard qui s'apprêtait à le dévorer.
Julie lui pardonne et les époux se réunissent.
(Dictionnaire chronologique de l'Opéra - Le Livre de
Poche)
Jesi - Teatro GB Pergolesi
- 2, 4 septembre 2011 - Accademia Barocca de I Virtuosi
Italiani - dir. Corrado Rovaris - mise en scène Juliette
Deschamps - décors Benito Leonori - costumes Vanessa
Sannino - lumières Alessandro Carletti - avec Serena Malfi
(Salustia), Florin Cezar Ouatu (Alessandro), Vittorio Prato
(Marziano), Laura Polverelli (Giulia, Giacinta Nicotra (Albina) -
nouvelle production - édition critique Dale Monson
Forum Opera - Miracle à Jesi
"Créée tant bien
que mal après des modifications rendues nécessaires par
la mort du castrat vedette, La Salustiadans sa version originale
avait disparu des scènes jusqu’à sa résurrection
partielle – des coupes nombreuses - à Montpellier en 2008. En
différé sur le calendrier du tricentenaire de la
naissance de Pergolesi, perturbé en 2010 par la brutale
diminution des subventions du ministère, la voici
proposée à nouveau à Jesi en
intégralité et dans une production nouvelle qui rend
pleinement justice au premier opera seria d’un jeune homme de vingt
et un ans.
L’intrigue repose sur les
menées de l’impérieuse Giulia, qui n’admet pas d’avoir
perdu son rang d’impératrice au profit de sa belle-fille
Salustia et n’a de cesse d’obtenir que son fils, l’empereur
Sévère, la répudie, au grand dam du père
de Salustia qui dès lors complote pour l’assassiner.
Informée de ces projets Salustia fera échouer les deux
attentats, sauvant ainsi la vie de son ennemie et obtenant par
là que son père puisse trouver dans l’arène la
chance d’être gracié. Désarmée par cette
magnanimité, Giulia s’effacera devant la jeune
impératrice, exemple d’amour et de vertu.
On aura noté que
l’empereur mari de Salustia ne semble pas intervenir. En fait, il
aime son épouse mais il doit son trône à sa
mère et face à celle-ci il ne fait pas le poids. La
gaucherie de ses attitudes ou son lien étroit avec une poule
apprivoisée expriment directement le mal-être de ce
velléitaire aux prises avec un statut trop grand pour lui.
Chacun des chanteurs, du reste, donne à son personnage autant
de relief que possible, même en ce qui concerne Albina et
Claudio, les seconds rôles. Ils jouent ainsi le jeu que leur
suggère une Juliette Deschamps particulièrement
inspirée. L’ambitieux Marziano a beau bomber le torse il n’en
tombe pas moins à genoux pour un cunnilingus à son
ennemie Giulia, avec laquelle il entretient un rapport de trouble
sensualité et qui unit les chatteries et la violence
d’Agrippine à la luxure de Messaline. La metteuse en
scène s’est-elle inspirée du feuilleton
télévisé Rome ou de La vie des douze
Césars ? En tout cas le résultat est patent : la
succession des récitatifs et des airs n’est pas, comme trop
souvent, un morne pensum, mais un flux ininterrompu où circule
la sève des passions, si bien que dans cette version longue on
ne sent pas le temps passer. Depuis Era la notte, le talent et la
personnalité de Juliette Deschamps ne cessent de s’affirmer,
et cette production révèle une maitrise qui laisse
béat.
Ce travail s’appuie sur le
décor unique de Benito Leonori, qui érige en fond de
scène un monument dont le sommet porte la trace des outrages
du temps ou des vicissitudes de l’histoire, sans que l’on puisse en
décider, et dont la base sert d’appui aux graffiti qui vont se
succéder avec les péripéties. Entre les deux,
des galeries bordées d’arcades tiennent des
déambulatoires d’un Colisée dont les ouvertures forment
autant de loges d’ où l’on peut voir et être vu, et
même épier à la dérobée. Cette
atmosphère de théâtre dans le
théâtre n’a rien de pesant ni de convenu :
références et réminiscences sont au service
d’une approche contemporaine de l’œuvre, aussi éloignée
de la reconstitution pseudo-historique que d’un esthétisme
complaisant. Des galeries, on peut observer l’espace en plan
incliné au pied du monument, abords d’un palais ou place
publique où un grand lustre baroque git en face de
laissés pour compte endormis dans la rue. Les costumes de
Vanessa Sannino contribuent eux aussi à l’atmosphère
d’indécision temporelle et de théâtralité,
des vêtements modernes aux paniers de Giulia, des habits
XVIII° siècle de Sévère à ses
baskets, du turban d’un Claudio sorti du cadre d’une miniature
indienne, sans que jamais ces associations risquées induisent
de cacophonie. Ce n’est pas le moindre charme du spectacle que ces
écarts dosés et gérés magistralement.
Dans cet univers
reconnaissable et indéfinissable, l’opéra de Pergolesi
s’insère et s’épanouit. Dès l’ouverture, Corrado
Rovaris entraine les musiciens de l’Accademia de I Virtuosi Italiani,
qu’il dirige depuis le clavecin, avec une détermination qui ne
faiblira pas, sans rien sacrifier de la veine sentimentale et en
soulignant fermement les audaces de l’écriture du jeune
compositeur, en particulier son usage des dissonances. Les
instrumentistes répondent comme un seul homme ;
l’éloquence et la cohésion des cordes vont de pair avec
la maitrise des vents, cors, bassons et trompettes. Ce plaisir
musical accompagne fort heureusement un plateau à la hauteur
des enjeux.
Respectivement Claudio et
Albina, Maria Hinojosa Montenegro et Giacinta Nicotraont de la
présence et des voix agréables, suffisantes pour leur
emploi. Vittorio Prato, jeune baryton à la voix
étendue, a été préféré au
ténor prescrit ; il se tire haut la main des
difficultés vocales du rôle de Marziano, en particulier
de l’air du troisième acte. Entendu il y a quelques
années à La Fenice, Cesar Florin Ouatu a beaucoup
progressé et son Sévère le situe à un
rang très élevé dans la hiérarchie des
contre-ténors, par la fermeté de la projection,
l’homogénéité du timbre, l’étendue, la
clarté et la rapidité. Dans le rôle de Giulia,
mère abusive et femme frustrée prête à
tout pour parvenir à ses fins, Laura Polverelli est
féline et brutale à souhait ; vocalement très en
forme elle brule les planches et donne à son personnage une
force qui subjugue. La malheureuse Salustia, l’innocente en butte aux
avanies de sa belle-mère, trouve en Serena Malfi la plus
séduisantes des interprètes. Travesti délicieux
en 2010, elle prête à l’héroïne une
dignité modeste et une sensibilité vibrante dont sa
voix est le vecteur, toujours aussi souple, caressante et
délicatement ambrée. Elle n’est pas le moindre des
atouts d’une production dont la conception raffinée nous a
conquis et où la symbiose entre théâtre et
musique est une éclatante réussite."
Opéra Magazine - décembre
2011
"La ville natale de Pergolesi,
dans les Marches, inaugure l'édition 2011 de son
«Festival Pergolesi Spontini» avec La Salustia, son tout
premier opéra, écrit à l'âge de 21 ans et
créé au Teatro San Bartolomeo de Naples, en 1732. En
2008, Jesi l'avait déjà proposé, en coproduction
avec le Festival de Radio France et Montpellier, avec deux mezzos en
traavesti : Marina De Liso (Marziano) et José Maria Lo Monaco
(Alessandro). Il s'agissait de la version initiale de l'ouvrage,
jamais représentée suite au retrait, puis à la
disparition brutale du castrat vedette Nicola Grimaldi, dit
«Nicolino », annoncé en Marziano. Cette
année, le choix s'est porté sur l'édition
révisée à la hâte par Pergolesi, au
lendemain de ces événements tragiques. En toute
logique, Marziano aurait dû revenir à l'autre castrat de
la compagnie, Gioacchino Conti, dit «Gizziello».
Jugé trop jeune et trop tendre pour ce personnage de
général et de père, taillé sur mesure
pour un Nicolino en fin de carrière, qui compensait par le jeu
son usure vocale, il dut laisser la place au primo tenore de la
troupe et se contenter du rôle plus secondaire de Claudio
(initialement confié à un ténor !).
Le décor de Benito
Leonori est imposant : surgisssant d'un socle de pierre, une
façade monumentale, percée de trois rangées de
loges. On pense à la Felsenreitschule de Salzbourg, tout en
admirant la manière dont ce dispositif, à la fois,
identifie l'époque de l'action (le IIIe siècle
après Jésus-Christ) et la revisite au prisme de
l'esthétique baroque. Les costumes de Vanessa Sannino s'y
intègrent avec cohérence, les éclairages
d'Alessandro Carletti contribuant à la réussite de
l'ensemble. Quant à la mise en scène de Juliette
Deschamps, elle joue la carte de la crédibilité et de
l'engagement.
La rivalité entre
Salustia et Giulia, respectivement épouse et mère de
l'empereur Alessandro, est au cœur de l'intrigue. Serena Malfi et
Laura Polverelli s'y montrent sous leur meilleur jour. La
première surrprend par sa densité de timbre, ainsi que
par sa caapacité à épouser les moindres
variations dans la ligne et la psychologie de son personnage. La
seconde fait, une fois encore, valoir la solidité de sa
technique, confirmant qu'elle est bien l'une des meilleures
ambassadrices actuelles de l'opera seria italien du XVIIIe
siècle.
Dans un emploi de baritenore
typique de l'époque, Vittorio Prato déçoit. Son
chant, correct pourtant, manque de personnalité et
d'intensité dramatique. Déception également pour
le contre-ténor Florin Cezar Ouatu, trop pâle et sans
vraie qualité vocale. Giacinta Nicotra et Maria Hinojosa
Montenegro complètent dignement.
À la tête de
l'Accademia Barocca de I Virtuosi Italiani, Corrado Rovaris impose
une lecture très équilibrée de la partition.
Doit-on lui attribuer des récitatifs secs manquant
d'incisivité et d'efficacité dans la diction ? Vif
succès, en tout cas, au rideau final, pour un spectacle
pourtant très long (quatre heures), joué par une
chaleur accablante."
Jesi - Teatro Pergolesi
- 14, 16 jan 2011 - Cappella della Pietà dei
Turchini - dir. Antonio Florio - mise en scène Jean-Paul
Scarpitta
Montpellier, Opéra
Comédie - 27, 28 juillet 2008 - Festival de
Radio France et Montpellier Languedoc-Roussillon - Jesi, Teatro Pergolesi - 5, 7 septembre
2008 - La Cappella della Pietà de' Turchini - dir. Antonio
Florio - mise en scène Jean-Paul Scarpitta - avec Maria
Ercolano (Salustia), José Maria Lo Monaco (Alessandro),
Marina de Liso (Marziano), Raffaella Milanesi (Giulia), Cyril
Auvity (Claudio), Valentina Varriale (Albina) - coproduction
Festival Radio France et Montpellier Languedoc Roussillon -
Fondazione Pergolesi Spontini - Opéra National de
Montpellier Languedoc Roussillon
"Salustia aime sans mesure.
Elle semble solliciter toute sa mémoire, sa finesse et son
imagination devant la destinée et en particulier devant son
rôle au côté de son époux, l’empereur
Alessandro. Jamais elle ne juge, toujours comprend, parfois
s’émerveille. Elle est en quelque sorte la clairvoyance,
l’égalité d’âme, le don des larmes, la
générosité, le dévouement, le sacrifice,
le silence, le courage jusqu’à la mort. Sa
détermination est d’empoigner tout ensemble ces regrets, ces
remords et ces questions.
Une mise en scène qui
s’inspire des manifestations du cœur, une mise en scène qui
doit le réjouir afin de restituer la lumière d’une
présence que l’on rencontre si rarement dans la vie et en
rendre grâce. Connaître quelqu’un est une tâche
infinie, si limitée. Les actes, les paroles, les silences
peuvent être racontés, interprétés… les
pensées sont inaccessibles. Ce qui est le plus important n’est
pas ce que pense Salustia mais ce qu’elle donne à penser. La
connaître c’est l’aimer bien sûr, mais aussi s’aimer
soi-même d’une humanité capable de tant de bonté.
Une bonté souvent mise à l’épreuve tout au long
de l’opéra dans une Rome, presque énigmatique, remplie
de vanité, de pouvoir, de duplicité.
L’Histoire, les femmes le
savent toutes, reste l’apanage officiel des hommes ; pour se glisser
dans ses rouages sans être broyée il faut feindre,
ruser, se créer des alliés puissants, distribuer des
faveurs, séduire, corrompre, punir et savoir, quand il le
faut, sortir de scène. En cela, Salustia est une femme
d’aujourd’hui. De nos jours, l’ignorance n’est-elle pas grandissante
? La vulgarité n’est-elle pas envahissante ? Tout
présuppose le vide, la faiblesse masculine… les mâles
sont au plus bas, leur bassesse animale remonte. Salustia est-elle
une victoire ? Oui, car il n’y a pas de calcul en elle. Seule la
pensée compte. Elle nous dit de ne pas nier ni rejeter ce que
nous sommes : des êtres pensants…
Autour d’elle les personnages
s’animent et se confrontent : l’impératrice Giulia, Albina,
Claudio et son père Marziano. Ils ont tous des
caractères forts, et sont tantôt esclaves de
l’apparence, du conformisme et de leur ego… Ils ne sont pas
inanimés. L’intrigue se crée sous nos yeux et nous
révèle l’ambiguïté de ce que nous sommes.
C’est le premier opéra que Pergolese a composé. Sa
musique d’une grande force d’expression, annonciatrice de beaux
moments, nous guide : la musique d’un tout jeune homme qui exprime la
poésie qui pense et se déploie... une manière de
tenir en éveil sa pensée et sa réflexion."
(Présentation du metteur en scène)
Classique.news
"Giovanni Battista Pergolesi
compose son premier opéra Salustia en 1731. Le castrat
Nicolino, star du chant napolitain d’alors qui devait créer le
rôle-titre décéda peu de temps avant la
création et l’ouvrage ne fut probablement jamais joué
du vivant du compositeur italien. Première et
résurrection annoncée comme un événement
par le Festival de Montpellier, l’œuvre dans sa forme
dépouillée scénographiée par Jean-Paul
Scarpita, bien peu inspiré par l’opéra baroque du
Settecento, se révèle néanmoins, malgré
des coupes maladroites qui affectent surtout les superbes arias,
moins le tunnel des récitatifs souvent longs et ennuyeux
(faute aux interprètes qui manquent souvent d’intelligence
théâtrale et d’articulation ciselée) ?). Caprice
du metteur en scène, en décalage avec l’action
originelle et sa pureté tragique, la pluie qui corrompt la
lisibilité du troisième acte (voix et orchestre
couverts par le crépitement de la matière liquide) ;
mais l’aspect visuel ne manque pas de piquant, en permettant aux
danseurs, en second plan, de dévoiler leur nudité
antique, rappelant la poésie des peintres classiques dont les
corps peints, sculptés dans la lumière,
réactivent le canon de l’idéal de la Renaissance.
Antonio Florio et sa Cappella de’Turchini savent exprimer la
rhétorique expressive du premier théâtre musical
de Pergolèse, avec une attention aux mots, à la
puissance invocatoire du texte, ce que n’offre pas l’opéra
suivant du compositeur, Adriano in Siria, qui s’inscrit davantage
dans le moule des opéras napolitains, où la performance
vocale concurrence Haendel à Londres et Vivaldi à
Venise. Déjà mise en avant dans la Statira de Cavalli,
Maria Ercolano égratigne en permanence la pure vocalità
du rôle-titre en particulier à cause de son vibrato
envahissant et une ligne musicale en déséquilibre. A
suivre, les sopranos Valentina Variale (Albina) et Raffaella Milanesi
(Giulia), surtout la mezzo Marina De Liso (Marziano) :
tempérament, ardeur, fougue musicale et solidité
technique. Tout n’est guère convaincant dans cette production
défricheuse mais en faisant son tri, le spectateur amateur
d’opéra baroque, y détectera quelques perles qui
rendent le spectacle finalement captivant."
Opéra Magazine - 28 juillet 2008
"Pergolèse a 21 ans lorsqu’en 1731, il compose
Salustia pour le Teatro di San Bartolomeo de Naples. Un oratorio, La
Fevice sul rogo, et un drame sacré en trois actes ont
déjà attiré l’attention sur son jeune talent.
Pour son premier opera seria, il dispose d’un sujet adapté
d’un drame d’Apostolo Zeno. Alessandro Severo, qui, aux temps
agités de la décadence romaine, relate la
rivalité entre Giulia, la mère de l’empereur, et
Salustia. son épouse. Rien de très original dans cette
histoire de complots autour du pouvoir mais l’opportunité,
pour le musicien, de démontrer l’originalité de son
talent et l’orientation de ses recherches. La distribution vocale
qui, à l’origine, devait reposer surtout sur le
célèbre castrat Nicolino (Nicola Grimaldi),
réserve une place de choix à la redoutable Giulia. Mais
c’est à Salustia, héroïne exemplaire, parée
de toutes les vertus de dignité et de sacrifice, que
Pergolèse destine ses plus belles pages. Des airs tels que
« Sento un acerbo duolo » ou « Per queste amare
lagrime » annoncent ainsi les moments les plus
pathétiques du Stabat Mater.
Antonio Florio et on Cappella
della Pietà de’ Turchini sont suffisamment familiers de ce
type de répertoire pour dégager immédiatement ce
qui en fait la séduction. A ce qui pourrait apparaître
comme une architecture trop pompeuse et sans grande fantaisie, ils
savent apporter une vie de tous les instants, un frémissement
et une passion qui, aussitôt, illuminent le marbre d’une
construction monumentale. On ne s’ennuie pas, bien au contraire, et
cela tient également à la qualité des
interprètes, formés eux aussi à une telle
discipline. On remarque en particulier Maria Ercolano qui
réussit à traduire la grandeur touchante de Salustia
grâce à un chant d’une tenue exemplaire, où
l’émotion la plus pure vient teinter agréablement la
rigueur des lignes.
A un même niveau
d’excellence, José Maria Lo Monaco et Marina De Liso apportent
leurs sombres couleurs et leur invention belcantiste aux rôles
travestis d’Alessandro et de Marziano. Raffaella Milanesi n’a pas
tout à fait l’ampleur et les éclats terribles que l’on
pourrait attendre pour Giulia mais, scéniquement autant que
vocalement, son personnage n en existe pas moins avec force.
Valentina Varriale traduit avec justesse le dépit amoureux
d’Albina. Au sein de cette distribution entièrement italienne,
il n’y a guère que Cyril Auvity pour nous décevoir
quelque peu, avec une émission sans souplesse et un registre
aigu plutôt terne.
La mise en scène
deJean-Paul Scarpitta s’en tient à un prudent classicisme, en
évitant avec raison tout ce qui pourrait couper trop nettement
la Salustia de Pergolèse de l’époque qui l’a vue
naître. C’est à peine si quelques allusions laissent
deviner une lecture plus libre de ce que pouvaient être
certaines affinités sexuelles dans la Rome antique. De beaux
jeunes hommes en jupette complètent ainsi la décoration
de ces tableaux vaguement inspirés de Poussin, qui se
succèdent sur fond de collines doucement mamelonnées ou
de mer démontée. Il pleut beaucoup sur le plateau, en
particulier pendant toute la seconde partie de l’ouvrage. Le
troisième acte s’ouvre d’ailleurs dans une ambiance visuelle
évoquant les thermes de Rome. Hommes entre eux et femmes entre
elles, à peine vêtus de maillots couleur chair, se
frôlent ou se caressent sous une douche commune. La
décadence romaine se résume ainsi à des images
bien sages et l’on ne s’offusque guère de voir Claudio
abandonner son amante au bénéfice d’un solide
giton."