COMPOSITEUR
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Jean-Philippe RAMEAU
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LIBRETTISTE
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Pierre Joseph Bernard dit Gentil-Bernard
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DVD
ENREGISTREMENT
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ÉDITION
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DIRECTION
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ÉDITEUR
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FICHE
DÉTAILLÉE
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1982
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Charles Farncombe
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House of Opera
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2008
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2008
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Christophe Rousset
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Opus Arte
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Tragédie
lyrique en cinq actes et un prologue (O.C. VIII), poème de
Pierre Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard (*),
représentée à l'Académie royale le 24
octobre 1737.
(*) Pierre-Joseph Bernard, né à Grenoble en
1710, prit part brillamment à la campagne d'Italie de 1733/34.
Après le succès de Castor et Pollux, Madame de
Pompadour le fit nommer bibliothécaire du cabinet de Sa
Majesté au château de Choisy. En 1740, il devint
secrétaire général du Corps des Dragons. Son
surnom de Gentil-Bernard, lié à ses oeuvres
légères et spirituelles, lui fut donné par
Voltaire. Il mourut en 1775 à Choisy le Roi, après
avoir abusé de la bonne chère.
La distribution comprenait Mlle Eremans
(Minerve), Marie Fel, dessus (*) (L'Amour), Mlle
Rabon (Vénus), Le Page (Mars), Tribou (Castor), Claude
Chassé, basse taille (Pollux), Mlle
Pélissier (Télaïre), Marie Antier (Phoebé),
Dun (Jupiter), MM. Albert et Bérard (Deux Athlètes),
Cuvillier (Le Grand-Prêtre de Jupiter), Mlle
Petitpas (Un Plaisir céleste, une Ombre heureuse, une
Planète). Les ballets étaient dansés par
Javillier (Un Athlète), Mlle Mariette (Une
Spartiate), Mlle Sallé (Hébé), C.
Maltaire (un Démon), D. Dumoulin et Mlle
Sallé (Les Ombres heureuses), Dupré, Halmoche et
Mlle Dalmand (Trois Planètes).
Dès le 14 décembre 1737, les
Comédiens Italiens donnèrent une parodie de
l'opéra, en prose et vaudevilles.
L'oeuvre connut en 1737 une vingtaine de
représentations, et ne fut reprise que le 11 janvier 1754,
avec de profondes modifications dans le livret : suppression du
prologue, ajout d'un premier acte racontant le combat de Castor
contre Lyncée. Les actes II et III reprenaient à peu de
choses près les actes I et II de la version d'origine, et
l'acte IV les actes III et IV. L'acte V était remanié :
les récitatifs y étaient abrégés, et de
nouvelles ariettes ajoutées.
La distribution réunissait : Jélyotte
(Castor), Chassé (Pollux), Jelin (Jupiter), Poirier et de La
Tour (Deux Athlètes), Person (le Grand-Prêtre), Poirier
(Mercure), Selle (un Spartiate), Marie Fel (*)
(Télaïre), Mlle Chevalier (Phoebé), Mlle Dubois
(Un Plaisir céléste, une Ombre heureuse,
Cléone). Ballets : Spartiates ; Guerriers, Gladiateurs,
Spartiates : Hébé, Suivants de Hébé ;
Démons, Furies, Ombres heureuses ; Génies qui
président aux Planètes.
(*) Marie Fel, née à Bordeaux en 1713, morte
à Chaillot en 1794. Elle débuta à l'Opéra
en 1733, et prit sa retraite en 1757.
Le soir même de la reprise, Charles Collé
écrivait : Cet opéra a été applaudi
avec fureur, et aura le plus grand succès. Les connaisseurs
pensent que Rameau n'a jamais rien fait de plus varié. Il y a,
dit-on, de la musique grande et noble ; il y en a de gaie, de
voluptueuse, de toutes sortes. Jamais on n'a loué aucun de ses
ouvrages avec tant de vivacité.
L'année 1754 vit une trentaine de
représentations, toujours avec un succès égal
et soutenu, puis 1755 une dizaine, qui virent les adieux de
Jélyotte, et les débuts de Larrivée (*),
dans le rôle du Grand-Prêtre.
(*) Henri Larrivée (9 janvier 1737 - 7 août
1802), ancien garçon perruquier, se retira en 1786
Le succès de Castor et Pollux passa pour une
défaite retentissante des Bouffons :
Au Théâtre, Rameau se montre, c'est
assez :
Le Dieu du goût paraît ; Bouffons
disparaissez.
Le 5 novembre 1763, Castor et Pollux fut
représenté à Fontainebleau, devant le roi.
Papillon de la Ferté, Intendant des Menus Plaisirs nota dans
son Journal que le feu avait pris dans un plafond de la
décoration transparente, mais qu'il fut éteint tout de
suite grâce à la précaution qu'il avait prise de
tenir prêtes des éponges mouillées au bout de
perches, à chaque couloir. On a été
content de la muique, de l'exécution, de la danse, surtout des
habits, qui sont magnifiques, ainsi que des
décorations.
Marie-Madeleine Guimard, alors âgée de
vingt ans participait aux ballets, et suscita un commentaire flatteur
du Mercure de France : ce jeune sujet, déjà
connu et applaudi sur les théâtres de Paris, a
donné devant la cour, à Fontainebleau, dans
l'Opéra castor et Pollux des preuves agréables de ses
progrès, et particulièrement dans les ballets de cet
opéra où elle dansait plusieurs pas de deux.
Représenté à Parme, en italien,
sous le titre I Tindaridi, le 6 décembre 1758, dans une
traduction en italien de Jacopo Antonio Sanvitale, poète
né à Parme en 1699, mort en 1780.
En 1760, Gossec introduisit dans l'instrumentation des
parties de cor, clarinettes et bassons.
L'oeuvre fut reprise le 24 janvier 1764, à
l'occasion de l'inauguration du nouveau théâtre des
Tuileries construit par Soufflot. L'incendie de la salle du Palais
Royal, le 6 avril 1763 (*), avait en effet
nécessité de réutiliser provisoirement la
vieille Salle des Machines. La salle, dont le peintre Boucher avait
dessiné les décors, fut très critiquée et
Collé écrit : M. Soufflot n'a pas réussi, et
tout le monde en dit du mal ; elle est sourde, dit-on, et l'orchestre
et les voix n'y paraissent rien ; les premières, et surtout
les secondes loges sont trop élevées, l'on n'y
distingue pas les acteurs, qui paraissent des pigmées.
Grimm ajouta : « A Lyon, Soufflot a cré une salle
où on ne voir rien, à Paris, une salle où on
n'entend rien. »
(*) Le feu a pris, raconte l’avocat Barbier dans son
journal, sur les neuf heures du matin, sur le théâtre
de l’Opéra, par la faute d’ouvriers qui faisaient
sécher des peintures sur les toiles, pour préparer la
salle pour l’opéra du mardi 12 avril; il devait même y
avoir un bal pour la capitation des acteurs. Le feu a pris à
la grande toile qui était baissée, et qui a
bientôt gagné le cintre, où tout le bois et
autres matières combustibles ont formé un incendie
sérieux que les ouvriers n’ont pu arrêter, d’autant
qu’à cause de la vacance du théâtre, il n’y
avait point d’eau dans les tonneaux et qu’ils ont trop tardé
à demander du secours ; tout l’Opéra, salles, loges,
plafonds, décorations et machines de théâtre ont
été cousumés. Le feu a gagné la partie du
Palais-Royal qui était contigu à la salle de
l’Opéra, et y a causé assez de dommages; la calotte du
grand escalier a écroulé entièrement. Le toit et
la charpente de l’aile du bâtiment à droite, dans la
première cour, jusqu’à la rue Saint-Honoré, ont
été brûlés et découverts ainsi que
quelques vieux bâtiments, derrière le grand escalier,
qui tenoient au théâtre, où plusieurs personnes
qui avaient des logements ont été obligées de
déménager et de jeter les meubles par les
fenêtres. La salle, froide et inconfortable, ne fut pas
regrettée par tous, et l'abbé Galiani se demandait
comment « le feu avait pu prendre dans une pareille
glacière ».
La distribution réunissait Sophie Arnould ainsi
que Pillot (Castor), Gélin (Pollux), Larrivée
(Jupiter), Muguet (un Athlète, Mercure), Durand (le
Grand-Prêtre), Mlle Chevalier (Phoebé), Mme
Larrivée (un Plaisir céleste, une Ombre heureuse), Mlle
St-Hilaire (Cléone). Les décors furent dessinés
par Louis-René Boquet. Collé rapporte que :
l'opéra n'eut pas la réussite qu'il devait
avoir.... à cause de M. Pilot qui est un acteur affreux
; M. Gelin qui beugle ; Mlle Chevalier qui crie ; on n'a entendu Mlle
Arnould à cause de sa belle prononciation. Sophie Arnould
fut très appréciée. Elle portait une somptueuse
robe de crêpe rose, avec des voiles d'or et d'argent flottant
autour d'elle. Les manches drapées étaient retenues par
des boutons en brillant. Le corsage très
décolleté s'ouvrait sur une dentelle d'argent. Cette
toilette était complétée par une perruque
extravagante, coiffée à la grecque, piquée de
rangées de roses et se terminant par un énorme panache
rose et blanc surmonté d'un héron magnifique, ce qui
fit dire au duc d'Ayen : Mlle Arnould a décidément
de l'esprit par dessus la tête. Ce qui nempêcha pas
quelques critiques que rapporta Touchard-Lafosse : En vain Arnould
s'époumone, pour faire vivre en son automne (*), les fleurs
dont brilla son printemps.
(*) Sophie Arnould n'avait alors que vingt-quatre ans
!
Castor et Pollux fut à nouveau repris en
1765 avec des modifications apportées par Pierre Berton, et Le
Gros dans le rôle de Castor. A l'occasion de la
représentation du 27 avril, Bachaumont commente : La
reprise de Castor est des plus brillantes ; il faut rendre justice
aux directeurs , ils n'ont rien épargné pour la
magnificence et les grâces du spectacle en tout genre. Le
troisième acte est renforcé de toute la pompe et de
tout le terrible dont il est susceptible ; il fait le plus grand et
le plus redoutable effet. Le quatrième reçoit tout
l'agréable, tout l'enchanteur d'un séjour divin. Ils en
ont fait, pour ainsi dire, un opéra tout nouveau.
Entre-temps, Rameau était mort, et les choeurs
de Castor et Pollux furent choisi pour l'office
funèbre, à Paris, le 27 septembre 1764.
Nouvelles reprises en 1772 (le 21 janvier, avec Sophie
Arnould dans le rôle de Télaïre), 1773, 1778, 1779
et 1780.
Le 9 juin 1770, une représentation eut lieu
à l'Opéra du château de Versailles, dans le cadre
des festivités marquant le mariage du Dauphin, futur Louis
XVI, et de l'archiduchesse d'Autriche Marie-Antoinette, avec Sophie
Arnould dans le rôle de Télaïre.
C'est lors d'une reprise en 1772 que fut
abandonné le masque des danseurs. La Revue de Paris
relate ainsi : Le 21 janvier 1772, on jouait Castor et Pollux,
dont les amateurs étaient privés depuis quelque temps.
Gaëtan Vestris devait y danser l'entrée d'Apollon ; il
représentait le blond Phébus avec une énorme
perruque noire, un masque, et un grand soleil de cuivre doré
rayonnant sur sa poitrine. Je ne sais quelle raison empêcha G.
Vestris de remplir son rôle ce jour-la ; mais Maximilien Gardel
fut appelé pour le remplacer. Il y consentit, à
condition qu'il paraîtrait avec ses longs cheveux naturellement
blonds, sans masque, et débarrassé des attributs
ridicules dont on affublait ordinairement Apollon. Cette heureuse
innovation fut approuvée par le public, et dès ce
moment les premiers sujets abandonnèrent le masque. On le
conserva pendant quelques années encore pour les choristes
dansans, pour les ombres, dont le masque entièrement blanc
paraissait convenir pareillement aux personnages
représentés, pour les vents et les furies.
Une représentation eut lieu à nouveau
à l'Opéra du château de Versailles, le 5 juin
1777, à l'occasion de la venue de l'empereur Joseph II,
frère de Marie-Antoinette.
Lors d'une reprise en 1780, le chef d'orchestre
François Berton dirigea lui-même et se dépensa
avec tant d'ardeur qu'il en contracta une courbature fébrile
et mourut le septième jour.
Des exécutions eurent lieu à Kassel en
1776, à Bordeaux en 1783, à Nantes en 1788.
Vers 1785, Dauvergne qui était à la
tête de l'Opéra, envisagea une rénovation
entière de l'oeuvre qu'il projetait de confier à
Langlé (acte I, à refaire presque entièrement),
Gossec (acte II), Piccini (acte III, à refaire
entièrement), Sacchini (acte IV), Grétry (acte V).
Elle fut représentée 254 fois, rien
qu'à Paris, de 1737 à 1785.
Le 20 juin 1791, le roi et la famille royale
assistèrent à l'opéra pour la dernière
fois.
Une parodie de Romagnesi et Riccoboni, Castor et
Pollux, fut jouée aux Italiens, le 14 décembre
1737. Une nouvelle parodie parut au Théâtre Italien
après la reprise de 1753, sous le nom Les Jumeaux.
Quoique Castor et Pollux fût
considéré comme le meilleur ouvrage lyrique de Rameau,
Jean-Baptiste Rousseau fut très critique :
Distillateurs d’accords baroques
Dont tant d’idiots sont férus,
Chez les Thraces et chez les Iroques
Portez vos opéras bourrus.
Malgré votre art
hétérogène,
Lully, de la lyrique scène,
Est toujours l’unique soutien;
Fuyez, laissez-lui son partage,
Et n’écorchez pas davantage
Les oreilles des gens de bien.
Hugues Maret, dans son Éloge historique de M.
Rameau, raconte qu'on attribuait la folie de Mouret au
succès de Castor et Pollux : Je me contenterai de
rappeler l’effet que le succès de l’opéra de Castor et
Pollux fit, à ce que l’on dit, sur Mouret. La jalousie de ce
musicien, qui cependant avait beaucoup de mérite, parvint
à son comble et lui fit perdre la tête, au point qu’on
fut obligé de l’enfermer à Charenton, où, dans
ses accès de folie, il chantait continuellement le beau choeur
des démons du quatrième acte "Qu’au feu du tonnerre le
feu des Enfers déclare la guerre".
"Castor et Pollux, tragédie lyrique à
deux héros et deux versions pour la même tragédie
: la version de 1737, surabondante, solennisée par l'incidence
de ses divertissements, coiffée d'un prologue opulent, et la
version de 1754, sans prologue, resserrée autour d'une
intrigue qui parvient à humaniser un conflit inhumain
grâce à une stratégie plus mobile des
sentiments...Dans la version de 1754, un acte entier, le premier, est
entièrement nouveau. Le premier acte de la version de 1737
devient le second de la version de 1754 et ainsi de suite, mais non
sans que de grands remaniements eussent été
effectués par le compositeur et son librettiste qui ont
fusionné le troisième et le quatrième actes, le
cinquième restant le p1us proche de la version primitive".
(L'Avant-Scène Opéra - décembre 1982)
Personnages :
Minerve (dessus), Vénus (dessus), l'Amour
(haute-contre), Mars (basse) dans le prologue (1),
Télaïre (dessus), fille du Soleil ; Phébé
(dessus), princesse de Sparte ; une Suivante d'Hébé
(dessus) ; une Ombre heureuse (dessus) ; Castor (haute-contre), fils
de Tyndare, roi de Sparte, et de Léda ; Pollux (basse), fils
de Jupiter et de Léda ; Jupiter (basse) ; le
Grand-Prêtre de Jupiter, taille ; deux Athlètes
(haute-contre, basse) ; Cléone (dessus) (2) ;
Mercure (haute-contre) (2) ; un Spartiate (taille)
(2)
(1) version 1737
(2) version 1754
Synopsis (version
1737)
Prologue
D'un côté des portiques ruinés,
des statues mutilées : les Arts y sont abandonnés,
ayant à leurs pieds des sphères, des globes et tous
leurs attributs brisés ; de l'autre côté sont des
berceaux renversés, les Plaisirs y paraissent inanimés
; on voit dans le fond des tentes et des traces de plusieurs
camps
Il se déroule dans un lieu utopique où la
guerre a dévasté tout ce qui est source d’harmonie sur
terre — les Arts —, et dans le ciel — les Astres. Pour que la paix
revienne, Minerve, la protectrice des Arts, et le choeur demandent
à Vénus d’enchaîner Mars, le dieu de la guerre
(Vénus, ô Vénus).
Une douce symphonie, mêlée de quelques
bruits de guerre et de trompettes, annonce la descente de
Vénus et de Mars. Ce Dieu paraît sur un nuage,
enchaîné par les Amours, aux pieds de
Vénus
Vénus descend des cieux et Mars, touché
par la flèche de l’Amour, rend les armes devant la belle
déesse.
Mars et Vénus descendent ; les portiques
où sont les Arts et les berceaux où sont les Plaisirs,
reparaissent dans leurt premier état, et sont embellis par la
présence de Vénus ; les tentes et tous les appareils de
guerre disparaissent.
La fète et les réjouissances peuvent
commencer. Première gavotte, Deuxième gavotte, Premier
menuet, Premier tambourin, Deuxième menuet, Deuxième
tambourin.
Acte I
Le lieu destiné à la sépulture
des rois de Sparte ; des lampes sépulcrales éclairent
quelques-uns de ces monuments : au milieu, sont les apprêts de
la pompe funèbre de Castor
Une cérémonie religieuse, autour d’un
monument funéraire (Que tout gémisse). Castor,
qu’un amour réciproque lie à Télaïre, a
succombé sous les coups de son rival, Lincée.
Phébé s’efforce de consoler Télaïre
plongée dans le désespoir après la perte de
Castor (Tristes apprêts).
On entend une symphonie guerrière, et des
chants de victoire
La nouvelle que Pollux vient de venger son frère
en tuant Lincée donne lieu à des réjouissances.
Premier air pour les athlètes, Deuxième et
Troisième airs pour les athlètes.
Aussitôt après Pollux fait comprendre
à Télaïre qu’il l’aime (Je remets à vos
pieds). En réponse, elle demande à Pollux de
ramener Castor des Enfers (Allez, Prince !). Pollux
décide d’agir au nom de l’amour et de l’amitié (Quel
trouble confus).
Acte II
Le vestibule du temple de Jupiter où tout est
préparé pour un sacrifice
Nature et Amour se partagent le coeur de Pollux
(Nature, Amour). Sauver son frère Castor signifie
renoncer à son amour pour Télaïre. Un bref
dialogue avec la princesse ne lui laisse plus d’espoir car elle ne
l’aime pas (Si de ses feux). Le Grand-Prêtre annonce
l'apparition de Jupiter (Le souverain des Dieux).
Jupiter paraît, assis sur son trône,
dans toute sa gloire
Pollux supplie alors Jupiter de l’aider à rendre
Castor à Télaïre(Ma voix, puissant maître
du monde). Sans conviction, Jupiter annonce sa décision :
Pollux devra aller prendre la place de Castor aux Enfers (J'ai
voulu te cacher). Mais pour l’en dissuader, Jupiter demande
à la troupe des Plaisirs de déployer devant Pollux tous
leurs charmes et voluptés célestes (Avant que de
céder).
Hébé danse à la tête des
Plaisirs célestes, tenant dans leur mains des guirlandes de
fleurs dont ils veulent enchaîner Pollux
Entrée d'Hébé et de sa suite
(Connaissez notre puissance). Premier et Deuxième airs
pour Hébé et ses suivantes. Sarabande.
Pollux résiste à la tentation, et
confirme sa décision de descendre aux Enfers. (Si je
romps)
Acte III
L’entrée des Enfers, dont le passage est
gardé par des monstres, des spectres et des démons ;
c'est une caverne qui vomit sans cesse des flammes
Phébé tente à tout prix
d’empêcher Pollux de pénétrer aux Enfers
(Rassemblez-vous, peuples), mais en vain (Je vole à
la victoire). L’arrivée de Télaïre, qui a
consulté son père Apollon (Aux pieds de ses
autels), renforce PoIlux dans son acte. Phébé
apprend ainsi que Pollux adorait Télaïre. Elle donne
libre cours à sa douleur (Quel aveu !), alors que
Télaïre retrouve l’espoir et Pollux s’abandonne à
sa souffrance. Pendant que les Enfers se déchaînent
furieusement contre Pollux (Premier air - Brisons tous nos fers
- et Deuxième air des Démons), Mercure
frappe la troupe infernale de son caducée et s’abîme
avec Pollux dans la caverne. Phébé décide de le
suivre (Tout cède à ce héros vainqueur
!).
Acte IV
Les Champs Élysées ; diverses troupes
d'ombres heureuses paraissent dans l'éloignement
Castor paraît enfin (Séjour de
l'éternelle paix). Son asile aux Champs Elysées n’a
pas effacé le souvenir de Télaïre. Les Ombres
heureuses rendent cet endroit enchanteur (Air pour les Ombres -
Qu'il soit heureux - Loure, Gavotte, Premier et
deuxième Passepieds) mais elles s’enfuient dès
l’arrivée de Pollux (Fuyez, fuyez, Ombres
légères). Celui-ci apprend à Castor qu’il
pourra quitter les Enfers et qu’il reverra Télaïre
(Rassurez-vous). Castor comprend aussi que Pollux aime la
princesse mais se sacrifie pour lui. Pressé d’aller la
retrouver, Castor jure de ne rester qu’un jour sur Terre, pour revoir
sa bien-aimée, et revenir libérer Pollux des Enfers
(Oui, je cède). Gavotte.
Acte V
Une vue agréable aux environs de
Sparte
Phébé se révolte contre le sort
qui frappe Pollux (Castor revoit le jour). Toute à sa
joie, Télaïre revoit Castor (Le ciel est donc
touché) et apprend en même temps que son amant doit
l’abandonner (Castor, et vous m'abandonnez ?).
Désespérée, elle veut le retenir mais les
éléments se déchaînent et la foudre
retentit.
Jupiter descend du ciel sur son aigle
Il annonce que Castor est libéré de son
serment et qu’il partagera l’immortalité avec Pollux (Les
Destins sont contents). Pollux et Castor se retrouvent (Mon
frère, ô ciel).
Les cieux s'ouvrent et laissent voir le Zodiaque ;
le Soleil sur son char commence à le parcourir ; dans les
nuages du fond, on découvre le palais de l'Olympe, où
les Dieux sont assemblés
Jupiter annonce que Castor et Pollux prendront place
dans le Zodiaque en signe de l'amitié (Tant de vertus).
Télaïre est conviée à rehausser les cieux
de sa beauté (Et vous jeune mortelle)
Divertissement : entrée des Astres (Gigue,
Chaconne)
(d'après L'Avant-Scène
Opéra)
Synopsis (version 1754)
Acte I
Le palais du Roi avec tout l'appareil d'un
hyménée
Tout est prêt pour célébrer les
noces de Pollux, roi de Sparte, avec Télaïre, Sa soeur,
Phoebé, pressent que Télaïre va s'unir à
Pollux plus par raison que par amour (Mon coeur n'est point
jaloux). Car les deux soeurs aiment Castor, qui n’aime que
Télaïre (Eclatez, mes justes regrets). En
magicienne influente, Phoebé décide de pousser au
combat Lincée, qui aime aussi Télaïre, et qui
voudrait l’enlever. Castor vient faire ses adieux à
Télaïre (Quand j'ai pour cet adieu). Mais Pollux,
qui les a observés, ordonne amicalement à son
frère d’épouser Télaïre à sa place
(Non, demeure, Castor).
La suite du roi et le peuple entrent sur
scène
Pollux annonce sa décision (Ces apprêts
m'étaient destinés). Divertissement : air
très pointé, Menuets I et II. Gavottes I et II.
Tambourins I et II. Castor exulte (Quel bonheur règne en
mon coeur).
À peine la fête de l’hyménée
de Castor avec Télaïre terminée, on annonce que
Lincée, guidé par Phoebé, attaque le palais
(Quittez ces jeux). Le peuple prend les armes, Pollux et
Castor se séparent pour aller combattre. Castor est tué
(Castor, hélas !).
Acte II
Le lieu de la sépulture des rois de Sparte :
ce sont des voûtes souterraines où l'on découvre
plusieurs monuments éclairés par des lampes
sépulcrales. On voit dans le lieu principal un grand
mausolée élevé pour les funérailles de
Castor et environné du peuple qui gémit
Le peuple se lamente devant la dépouille de
Castor (Que tout gémisse). Télaïre, en
grand deuil, exhale sa douleur (Tristes apprêts).
Phoebé propose à sa soeur d’arracher Castor aux enfers
si elle lui cède en échange son amant (Laisse
à l'amour). Télaïre accepte, pourvu que Castor
vive (Oui, je m'en impose la loi). Pollux arrive, fier d’avoir
vengé son frère en tuant Lincée (Peuples,
cessez de soupirer). Mais la victoire de Pollux ne console pas
l’amour de Télaïre (La vengeance flatte la
gloire). Indigné en apprenant la proposition de
Phœbé, Pollux décide de faite intervenir son
père, Jupiter, pour rendre le jour à Castor (Non,
c'est en vain). Télaïre le presse de tout
entreprendre pour sauver Castor (Ah ! prince). Pollux convie
le peuple au divertissement. Air pour les Athlètes. Marche.
Air gai. Deuxième air pour les Athlètes. Ariette d'un
Athlète. Airs I et II.
Acte III
Le vestibule du temple où Pollux doit faire
un sacrifice
Pollux se prépare à affronter Jupiter,
afin d’obtenir sa faveur (Présent des Dieux). Le
Grand-Prêtre annonce l'apparition de Jupiter (Le souverain
des Dieux)
Jupiter apparaît dans toute sa gloire.
Pollux annonce son désir d’arracher Castor aux
enfers (Ma voix, puissant maître). Mais Jupiter ne peut
rendre à Pollux son frère qu’aux dépens de sa
propre vie, parce qu’il faut une victime aux Parques (J'ai voulu
te cacher). Il soumet alors Pollux à l’épreuve des
Plaisirs célestes pour lui montrer ce qu’il perd s’il persiste
dans son dessein. Entrée d'Hébé et de sa suite.
Air pour Hébé et ses suivantes (Voici des
Dieux). Sarabande. Air gracieux (Que nos jeux). Gavotte I
et II. Les Plaisirs conduits par Hébé tentent
d’arrêter Pollux, mais ce dernier rompt leurs chaînes
voluptueuses et descend aux enfers (Quand je romps).
Acte IV
L'entrée des enfers, dont le passage est
gardé par des monstres, des spectres et des démons ;
c'est une caverne qui vomit sans cesse des flammes
Phœbé commande aux esprits et aux puissances
magiques de pénétrer avec elle aux enfers (Esprits,
soutiens de mon pouvoir). La descente de Mercure qui
protège Pollux empêche Phoehé de réaliser
ses intentions (Phoebé, tu fais). Pollux s’approche de
la caverne et combat les démons avec l’aide de Mercure
(Tombez dans l'esclavage). Danse des démons qui veulent
effrayer Pollux. Premier air des Démons (Brisons tous nos
fers). Mercure les frappe de son caducée et s'abîme
avec Pollux dans la caverne. Deuxième air des Démons.
Phoebé exhale sa fureur (O ciel ! tout
cède).
Les Champs-Elysées, arrosés par le
fleuve Léthé ; des Ombres heureuses paraissent dans
l'éloignement
Castor ne pense qu'à son amante
(Séjour de l'éternelle paix). Les Ombres
heureuses arrivent en dansant. Air pour les Ombres (Sur les ombres
fugitives). Loure. Gavotte. Menuet. Passepieds I et II. Pollux
paraît, qui rassure les Ombres (Rassurez-vous, habitants
fortunés). Les retrouvailles des deux frères aux
Champs Éysées sont un moment de grande tendresse (O
mon frère). Mais la joie de Castor est de courte
durée, il refuse que Pollux prenne sa place et jure qu’il ne
restera sur terre que le temps de consoler Télaïre,
c’est-à-dire un jour (Oui, je cède enfin).
Pollux ordonne alors à Mercure d’enlever Castor et de le
rendre à la terre (Ses jours sont commencés).
Première gavotte en rondeau. Deuxième gavotte.
Acte V
Une vue agréable des environs de
Sparte
Castor retrouve Télaïre (Le ciel est
donc touché), et lui annonce qu’ils doivent se
préparer à d’éternels adieux (Il faut nous
séparer). La princesse ne veut pas en entendre parler et
tente de le fléchir (Castor ! Et vous m'abandonnez ?).
Le peuple arrive en vue des réjouissances (Vivez, heureux
époux). Castor le chasse (Peuples,
éloignez-vous).
Des coups de tonnerre annoncent l’arrivée de
Jupiter qui descend du ciel sur son aigle.
Jupiter accorde aux deux frères le partage de
l'immortalité (Les destins sont contents). Les deux
frères se retrouvent (Mon frère, ô ciel
!). Pollux annonce que Phoebé est morte.
A la demande de Jupiter, les cieux s'ouvrent, et
laissent voir une partie du Zodiaque.
Les Génies qui président aux
planètes et aux différentes constellations forment le
divertissement, pendant lequel les deux frères prendront la
place qui leur est destinée sur le Zodiaque, sous le signe de
l’amour et de l’amitié. Chaconne. Air léger et gracieux
(Tendre amour). Gavottes I et II.
Représentations
:
- Düsseldorf -
Opernhaus - 28, 31 janvier, 2, 4, 15, 18, 23, 26
février 2012 - dir. Axel Kober - mise en scène
Martin Schläpfer - lumières Volker Weinhart -
chorégraphie Martin Schläpfer - chef de choeur Gerhard
Michalski - dramaturgie Anne do Paço - avec Iryna Vakula
(Vénus), Lukasz Konieczny (Mars), Marta Marquez (Minerve),
Ovidiu Purcel (L'Amour), Sami Luttinen (Jupiter), Jussi Myllys
(Castor), Günes Gürle (Pollux), Alma Sadé
(Télaïre), Sylvia Hamvasi (Phébé),
Dmitry Lavrov (Le Grand Prètre de Jupiter), David Jerusalem
/ Attila Fodre (Athlètes), Maria Kataeva (Suivante
d'Hébé) - nouvelle production



- London Coliseum
- 24, 28 octobre, 4, 11, 14, 19, 24 novembre, 1er
décembre 2011 - Choeur et orchestre de l’English National
Opera - dir. Christian Curnyn - mise en scène Barrie Kosky
- décors et costumes Katrin Lea Tag - lumières
Franck Evin - avec Allan Clayton (Castor), Roderick Williams
(Pollux), Sophie Bevan (Télaïre), Laura Tatulescu
(Phébé), Henry Waddington (Jupiter), Andrew Rupp
(Grand-prêtre de Jupiter), Ed Lyon (Mercure) - coproduction
avec le Komische Oper, Berlin


"... l’ENO n’y est pas
allé avec le dos de la cuiller pour accommoder Rameau à
la sauce d’aujourd’hui. Directeur du Komische Oper de Berlin à
partir de la saison prochaine, Barrie Kosky a voulu un Rameau sans
fanfreluches, plus près de David Lynch que de Mme de
Pompadour. Comme dans Mulholland Drive, il s’agit de deux femmes, une
brune (Phébé) et une blonde (Télaïre), et
tout commence de façon très banale : la blonde doit
épouser l’un des deux faux jumeaux, mais la fête
dégénère, et très vite on ne sait plus si
l’on est dans un rêve, voire dans un cauchemar. Kosky propose
ainsi toute une série de superbes images oniriques :
escorté par un grand-prêtre en robe noire et au visage
blanchi, Jupiter porte un haut-de-forme muni d’un voile qui cache son
visage (Elephant Man ?). Pendant les danses, le chœur des Ombres
heureuses oscille lentement, et les bouches s’ouvrent en une sorte de
cri muet, autre vision terrifiante et suprêmement lynchienne. A
la fin, pour se métamorphoser en étoiles, les deux
héros se déchaussent et donnent la main à leur
père, Jupiter : dès qu’ils sont sortis, une pluie de
paillettes argentées se met à tomber sur chaque paire
de chaussures.
On sera peut-être moins
convaincu par d’autres images fortes, mais d’une laideur très
germanique. Au deuxième acte, le corps sanguinolent de Castor
gît sur un énorme monticule de terre qui occupe la
moitié du décor ; Télaïre se macule du sang
de son bien-aimé, puis se met à creuser avec ses mains
pour enterrer le malheureux. A la violence (Lyncée est
tué en scène par Pollux puis lynché par le
chœur) s’ajoute toute une imagerie sexuelle appuyée : pour
invoquer les divinités infernales, Phébé
s’adosse au monticule d’où jaillit une main qui vient lui
fouailler l’entrejambe ; avant d’être retrouvé aux
Champs Elysées, le défunt Castor apparaît, on le
déguise en Télaïre et il tente de violer son
frère ; le désir sexuel dont Phébé est
frustrée au profit de sa sœur est symbolisé par le
geste des figurants hommes et femmes qui, le visage masqué par
leurs longs cheveux, baissent sur leurs pieds toute une série
de petites culottes (jusqu’à la nudité frontale
complète pour certains d’entre eux)…
La traduction anglaise
évacue les personnages secondaires : la première
scène de l’opéra devient un monologue de
Phébé, et les différents rôles
féminins des divertissements sont assurés par les deux
héroïnes. Curieusement, les quatre protagonistes gardent
leurs noms français, prononcés à la
française (seule Télaïre dit « Polloux
»), sans doute pour la même raison qui avait fait
rebaptiser le chien Pollux en Dougal lors du doublage du
Manège enchanté : Pollux prononcé à
l’anglaise ressemble fâcheusement à
bollocks…
Eblouissant Castor, Allan
Clayton est le grand triomphateur de la soirée : le public
parisien connaît bien ce ténor, qui fut successivement
Albert Herring et Bénédict à
l’Opéra-Comique ces dernières saisons. Une fois de
plus, l’Angleterre s’avère un formidable vivier pour la
tessiture de haute-contre à la française. Ed Lyon
était l’un des excellents éléments de la
distribution de la production de Fairy Queen de Glyndebourne qui a
triomphé Salle Favart en 2010 : son Mercure aux pieds en sang
(?) récupère l’air de l’Athlète mais sa voix ne
sonne pas aussi glorieuse qu’on l’attendrait pour « Eclatez,
fières trompettes ». Roderick Williams est un beau
Pollux, qui descend sans peine dans le grave, pour un personnage que
la mise en scène ne ménage guère. Du
côté des femmes, il semble qu’on ait mal
évalué le travail à accomplir : certes,
Phébé et Télaïre n’ont guère
d’occasion de briller vocalement, mais ce n’est pas une raison pour
en confier les rôles à des chanteuses dont le
répertoire inclut surtout Sophie de Werther pour la
première ou Sophie du Chevalier à la rose pour la
seconde. Trop légère, Sophie Bevan déçoit
dans « Tristes apprêts » (« Sorrow and death
» dans cette version). Le problème est moins flagrant
pour Laura Tatulescu en Phébé, mais on est loin du
format vocal d’une Véronique Gens, grande titulaire de ce
rôle. Le chœur de l’ENO est très sonore, et très
impliqué dans l’action. Peut-être parce que Christian
Curnyn a l’habitude de diriger du Haendel, peut-être à
cause des instruments modernes, l’orchestre sonne très
carré, sans le délié que savent y mettre un
Christie ou un Rousset. Soirée mitigée donc, pour ce
premier Rameau monté par l’ENO, mais dont on espère que
ce ne sera pas le dernier."
- Festival de Sablé
- 27 août 2011 -
Théâtre du Puy en Velay - 29 août
2011 - Brême - 8
septembre 2011 - Festival de La Chaise Dieu - extraits - Ensemble
Ausonia - dir. Frédérick Haas - avec Eugénie
Warnier (Télaïre), Reinoud van Mechelen (Castor),
Arnaud Richard (Pollux), Caroline Weynants (Phébé),
David Tricou (Un athlète, le grand prêtre de
Jupiter), Romain Dayez (Jupiter), Mélodie Ruvio (Seconde
suivante d'Hébé)
"Le Théâtre du
Puy accueille les musiciens d’Ausonia pour une version
écourtée de Castor et Pollux, un opéra de
Rameau. Fondé en 1998 par le claveciniste,
Frédérick Haas, et la violoniste, Mira Glodeanu, cette
« compagnie » s’attache au répertoire des XVII e et
XVIII e siècles. Formation à géométrie
variable, cet ensemble baroque favorise l’autonomie de ses membres,
obtenant ainsi une discipline d’ensemble et une flexibilité
que saluent les spécialistes. Les chanteurs sont
français pour la plupart, les instrumentistes viennent de
France, Belgique, Hollande, Allemagne et même de
République tchèque.
« J’ai toujours
créé des ensembles musicaux. Ausonia s’inscrit dans
cette logique », justifie Frédérick Haas, qui a
fait ses études à Amsterdam et au Conservatoire royal
de Bruxelles où il enseigne aujourd’hui le clavecin. C’est
d’ailleurs dans la région de Namur qu’il réunit ses
collègues, chez lui, pour répéter ses
programmes. Le choix d’Ausonia n’est pas fortuit. Non latin de
l’Italie, il rappelle ce que les musiciens doivent à un pays
ou nombre d’entre eux ont fait leur pèlerinage
musical.
Invité pour la
première fois par le festival de La Chaise-Dieu, Ausonia
interprète de larges extraits de Castor et Pollux dans un
spectacle total mis en espace par Trami Roman. « Nous n’avons
pas les moyens de restituer l’opéra tel qu’il a
été imaginé par Rameau, avec ses machineries et
ses suites de danses, reconnaît Frédérick Haas
qui a ramené l’ouvrage à moins de 80 minutes. Et puis,
nous connaissons deux versions très différentes l’une
de l’autre. Aussi, nous avons reconstruit le programme en conservant
les moments les plus forts et en donnant de la visibilité au
livret ».
- Opéra Magazine - octobre 2011
"Le Festival de La Chaise-Dieu
exporte emiron le quart de ses productions hors des murs de la ville.
C'est ainsi que l'on a pu assister à une représentation
de larges extraits de Castor et Pollux (une heure vingt de spectacle,
sans entracte) dans l'adorable Théâtre du Puy-en-Velay.
Construite en 1893, réhabilitée en 2006, cette salle
à l'italienne d'environ cinq cents places ne présente
pas, à l'exception des peintures du plafond et du fumoir
(désormais interdit aux fumeurs !), une architecture de la fin
du XIXe. Mais elle revendique, dans une acoustique parfaite, des
attaches plus anciennes : les sièges de velours et les
couleurs des guirlandes ornant les balcons rappellent
l'Opéra-Théâtre de Metz, son aîné de
plus d'un siècle !
Devant un orchestre
placé en fond de scène, le travail de Tami Troman
s'apparente davantage à une «mise en espace»
qu'à une mise en scène, se contentant de régler
les entrées et les sorties des protagonistes, ainsi que les
variations de lumière. C'est largement assez dans la mesure
où le principe des extraits ne permet pas d'entrer
réellement dans l'ouvre, mais simplement d'en apprécier
l'admirable musique.
Et, côté musique,
l'auditeur est amplement servi ! Sous la baguette de
Frédérick Haas, dirigeant depuis le clavecin, les
instrumentistes de ['ensemble Ausonia sonnent homogènes, bien
articulés, avec le sens du rythme et de la danse indispensable
chez Rameau. Quatre chanteurs se chargent, quant à eux, des
parties de choeur et de divers petits rôles. Leur style est
parfait, mais les voix sont encore bien vertes, à l'exception
de la mezzo (Mélodie Ruvio).
Côté solistes, on
n'en revient pas des progrès accommplis par Eugénie
Warnier. Sa Télaïre est un véritable bonheur
d'engagement et de grâce. Arnaud Richard est un Pollux digne et
imposant, qui maîtrise à la perfection une
déclamation royale. Il semble toutefois avoir des
problèmes d'homogénéité des registres,
tout particulièrement dans des aigus systématiquement
en arrière. Peut-être le rôle est-il trop aigu
pour une basse qui a commencé sa carrière en
Sarastro... Reinoud van Mechelen est son exact contraire. Son timbre
est de toute beauté, ses aigus solaires, mais sa diction
empâtée, quoique compréhensible, l'empêche
de véritablement déclamer sa partie. Son très
jeune âge (24 ans) permet d'espérer de rapides
progrès dans ce domaine.
Avec ses qualités et
ses défauts, cette soirée irradie surrtout un
véritable esprit d'équipe et un bonheur maniifeste
d'être sur scène, sans parler d'une connaissance sans
faille du style ramiste."
- Vienne - Theater an der
Wien - 20, 22, 24, 26, 28, 30 janvier 2011 - Les Talens
Lyriques - Arnold Schoenberg Chor - dir. Christophe Rousset - mise
en scène Mariame Clément - décors, costumes
Julia Hansen - lumières Bernd Purkrabek - avec Maxim
Mironov (Castor), Luca Pisaroni (Pollux), Christiane Karg
(Télaïre), Anne Sofie von Otter (Phébé),
Nicolas Testé (Jupiter), Pavel
Kudinov (Grand Prêtre) - nouvelle production


- Diapason
- mars 2011 - Ombres heureuses
"Castor et Pollux est souvent
le premier opéra de Rameau que les capitales
étrangères se risquent à mettre en scène.
Vienne n'aura pas fait exception. Après une Platée avec
les mêmes Talens Lyriques déjà remarquée
à Strasbourg, la jeune Mariame Clément opte pour des
partis pris qui risquaient de faire basculer l'aventure du
côté des clichés : updating quelque part chez les
bourgeois, au siècle dernier, dramaturgie personnelle
superposée à l'ouvrage, remplacement des ballets par
des flash-backs évoquant les joies et traumas enfantins des
protagonistes.
Pourtant, ce
détournement égotiste produit un spectacle vif,
émouvant, admirablement réglé. Dans un
décor unique animé de quelques effets de machinerie,
les éclairages subtils de Bernd Ourkrabek tracent les lignes
entre mondes des vivants et des ombres, passé et
présent, réalité et rève, magnifiant des
images fortes : le fantôme de la mère telle Silvana
Mangano dans Mort à Venise, qui chante les répliques de
Cléone ; la dépouille de Castor au milieu des siens,
tandis que de l'autre monde son double entonne « Séjour
de l'éternelle paix » ; le spectre de Phébé
errant dans le grand escalier désert évoque pour sa
part Les Damnés, tandis que retentit la chaconne.
La complicité entre
metteur en scène et chef d'orchestre est évidente,
Christophe Rousset et ses Talens Lyriques adaptant pauses et silences
à la narration du plateau sans tomber dans la lourdeur. Bien
au contraire: tempos vifs, pâte d'orchestre
légère et lumineuse, phrasés souples mais
délicatement articulés, aux équilibres et aux
dynamiques soignés, témoignent d'un Rameau très
personnel qui trouve son sens dans l'éther d'un songe
furtif.
Scéniquement parfaite
et toujours investie, la distribution se révèle
inégale musicalement. Dietrich Henschel, attentif aux mots de
Pollux, trouve l'autorité noble et douloureuse, mais la ligne
est heurtée, les sonorités bien vilaines, surtout dans
le grave. On enrage qu'Anne Sofie von Otter ne se soit pas vu offrir
plus tôt un répertoire auquel tout la
prédestinait, et cette Phébé tardive ne console
guère de la Phèdre qui ne fut pas. Sans se
départir d'un certain exotisme, Maxim Mironov et Christiane
Karg séduisent davantage en Castor et Télaïre :
lui chargé de toute la misère du monde, sidérant
d'homogénéité et d'aisance (l'italianité
de la technique, avec ces attaques flottées et ce legato
continu évoquant le jeune Luigi Alva, sera affaire de
goût) ; elle manquant peut-être des couleurs
sombrées qu'appelle le dessus à la française.
Mais son phrasé superbement tenu autant que varié nous
vaut un prégnant « Tristes apprêts ».
Seuls Français sur le
plateau, l'excellent Jupiter de Nicolas Testé et la
Cléone de Sophie Marilley. Ce qui, en regard de la longue
liste d'artistes qui auraient mérité les rôles
principaux, jette sur la soirée l'une des seules ombres qui ne
viennent pas de l'au-delà..."
- Opéra Magazine - mars 2011
"C'est un véritable
cycle Rameau, construit sur plusieurs saisons, qui s'ouvre avec cette
première viennoise de Castor et Pollux. Pour éviter de
heurter des sensibilités peu préparées à
goûter les charmes du baroque français, Christophe
Rousset et Mariame Clément ont opté pour la
deuxième version de l'ouvrage, moins allégorique de ton
(le Prologue et le «Ballet des Planètes» final y
passent à la trappe), mais plus théâtrale dans le
déroulement de l'action. Les divertissements sont certes
interprétés intégralement, mais ne sont pas
dansés : ils servent de toile de fond à des
saynètes muettes évoquant, sur le mode du flash-back
cinématographique, les épisodes les plus marquants de
la vie des quatre personnages principaux. L'impressionnant
décor en miroir de Julia Hansen représente le hall
d'une belle demeure à l'anglaise, où pourrait se jouer
n'importe quel film policier d'Hitchcock. Un immense escalier,
recouvert d'un long tapis rouge, mène à la porte d'une
pièce où vit le maître de maison (Jupiter) ;
presque toujours ferrmée, elle est gardée par un
cerbère (le Grand Prêtre) qui veille à
éloigner tout importun. Les parois latéérales,
de couleur noire, sont privées de tout ornement à
l'exception d'une sombre galerie de portraits d'ancêtres, aux
traits déjà rongés par le temps ; elles sont
percées d'ouvertures menant vers des appartements invisibles
et de mystérieux lieux de service, d'où font
régulièrement irruption les protagonistes. Toute
allusion visuelle à la mythologie est bannie. Les Enfers se
muent ainsi en une chambre d'hôpital d'un blanc
immaculé, planant entre les cintres et le plateau : sur le lit
gît le corps sans vie de Castor, que Pollux entend ramener sur
terre pour le rendre à Télaïre.
De fait, Mariame
Clément met en scène l'intrigue comme s'il s'agissait
d'un drame de la haute bourgeoisie, où le silence est d'or :
sans fioriture, avec une austérité gestuelle
calculée, elle concentre l'intérêt sur la
complexité des rapports entre ces membres d'une même
famille (Phébé et Télaïre, filles du
Soleil, sont en fait cousines des deux frères et ont
été élevées avec eux). Un passé
commun, fait de secrets tus et de traumatismes mal vécus,
soude les deux couples, comme le rappellent les nombreux
intermèdes muets. Ce beau travail souligne avec pertinence
toute la modernité de l'univers de Rameau, rendant caducs les
reproches de faiblesse adressés au livret de Pierre Joseph
Bernard.
Christophe Rousset et Les
Talens Lyriques offrent une lecture vive, parfois même
agressive. Flûtes et bassons - voire la trompette solo, dans
l'air du ténor - dessinent avec netteté les contours
capricieux de l'écriture ramiste ; les cordes, quant à
elles, au chant nerveux jusqu'à en paraître parfois
acide, différenncient les climats affectifs avec
acuité.
Grâce à
l'imparable précision d'intonation de l'Arnold Schoenberg
Chor, les chœurs s'écoutent comme les commentaires
passionnés de coryphées omniscients. Côté
solistes, les voix sont plutôt courtes, mais la prononciation
permet une mise en situation toujours adéquate du texte dans
le flux musical. Le ténor de Maxim Mironov, aussi
élégant qu'avare de couleurs, contraste
agréablement avec le baryton puissant de Dietrich Henschel.
Christiane Karg impressionne par la finesse d'un timbre qui conserve
son éclat et sa précision dans les pianissimi les plus
impalpables, par opposition avec la voix plus ronde et plus large
d'Anne Sofie von Otter. Nicolas Testé est un solide Jupiter,
Pavel Kudinov, un Grand Prêtre au ton idéalement cassant
et Sophie Marilley, une Cléone presque trop discrète.
Enea Scala, enfin, fait regretter la brièveté de ses
interventions, tant son ténor chaleureux paraît ici
à son aise. L'immense succès public, le soir de la
première, laisse bien augurer d'un cycle qui devrait
s'étaler sur (au moins) cinq saisons."
"Pas de prologue, moins de
ballets, une action plus concentrée : non, ce n'est pas une
version tronquée de Castor et Pollux de Rameau que Les Talens
lyriques ont réservée au public viennois du Theater an
der Wien pour accclimater celui-ci aux douceurs du baroque
français. Ils ont préféré la seconde
version, celle de 1754, effectivement privée de prologue et
sensiblement remaniée par rapport à l'originale de
1737. Mariame Clément, responsable de cette nouvelle
production, la considère également « plus
accessiible à un public moderne ». Et pour souligner
cette qualité, elle invite les Dioscures dans l'immense
vestibule d'une maison bourgeoise du premier XXe siècle. En
son centre se dresse un escaliert monumental. Il conduit à une
salle presque toujours close : le séjour de Jupiter. Le
maître de l'Olympe devient donc le chef d'une sombre famille,
cousine de celles des Damnés de Visconti, du Ruban blanc de
Michael Haneke ou des Buddenbrook de Thomas Mann.
L'allusion à l'enfance
ouatée et à l'éducation stricte des deux
frères apparaît durant les épisodes originalement
dévolus à la chorégraphie. On ne danse pas mais
on se souuvient et on voit grandir Castor, Pollux et leurs futures
épouses, Phébé et Telaïre. Cette
atmosphère trouble relève autant du thriller que de la
saga familiale et rappelle l'universalité du
livret.
Pour l'animer et servir la
mise en scène aussi efficace que logique de Mariame
Clément (elle avait déjà réussi
Platée avec le même Christophe Rousset à
l'Opéra du Rhin), le Theater an der Wien a réuni une
distribution internationale. Si le nom de Dietrich Henschel doit
être familier au public viennois, son chant paraît en
revanche bien éloigné de l'art de Rameau, malgré
une noble incarnation de Pollux : diction improbable, expression
nasale, vibrato envahisssant. Prudent (l'obstacle de la langue ?)
mais passionné, le jeune ténor russe Maxim Mironov
interprète un touchant Castor, ce frère mort que Pollux
l'immortel se prépare à soustraire aux enfers.
Phébé, promise
à Castor, mais consciente qu'il lui préfère sa
sœur Télaïre, peut naturelleement compter sur
l'intelligence dramatique, l'élégance et la
sensibilité d'Anne Sofie von Otter, aux couleurs
désormais limitées. Ladite Télaïre
émeut une salle pleine à craquer grâce au charme,
à la délicatesse et à la noblesse de la soprano
alleemande Christiane Karg, capable d'intenses moments draamatiques
sans jamais épaissir le trait. À la fois
impérial mais juste, le Jupiter de Nicolas Testé reste
un modèle de style. Il endossait d'ailleurs ce rôle dans
la production de Pierre Audi à Amsterdam conduite en 2008 par
Christophe Rousset.
Fin connaisseur de la
partiiion, ce dernier dirige intennsément cet opéra
d'amour et de mort où s'illustrent aussi un Chœur Arnold
Schönberg manifestement très préparé et un
orchestre Les Talens lyriques des meilleurs soirs. Pour cette
première scénique, Vienne a été
gâtée."
"Pour sa deuxième
confrontation avec Castor et Pollux (la première s’est
déroulée à Amsterdam en 2008, dans une mise en
scène de Pierre Audi), Christophe Rousset s’est associé
une nouvelle fois avec Mariame Clément, lesquels avaient
proposé la saison dernière un remarquable Platée
à Strasbourg. A la première vue du décor – le
hall d’entrée d’une grande demeure aristocratique à la
Cluedo – on craint le grand lieu commun de la mise en scène
baroque contemporaine : l’inévitable drame bourgeois, avec son
lot de moulures et de longues robes frivoles. Les moulures sont bien
là, les robes également, mais c’est tout autre chose
que nous propose Mariame Clément. Profitant de l’ouverture et
des nombreux menuets et autres gavottes, elle glisse ça et
là des flashbacks, des souvenirs, éclairant l’histoire
de ces deux frères amoureux de la même femme. Les
repères temporels se brouillent, Pollux rencontre l’enfant
qu’il a été, y retrouve le courage pour aller sauver
son frère des Enfers, etc. En plus d’être parfaitement
dirigée, la succession de ces scènes de famille forme
en quelque sorte une nouvelle mythologie, avec ses codes, ses
sous-entendus et ses implications profondes – universelles mais
renouvelées – : l’amour, la fraternité, la jalousie, la
mort, la rédemption. Rarement aura-t-on vu (et surtout
à Vienne !) une mise en scène si fouillée, si
juste et en même temps si fluide et si lisible. On ne peut
qu’espérer une reprise.
La distribution est
malheureusement trop hétérogène pour oser
tutoyer la « soirée parfaite ». Se côtoie dans
des français parfois approximatifs un casting sans doute trop
international pour espérer rendre toute la complexité
des pages de Rameau. Anne Sofie von Otter par exemple, malgré
l’admiration que l’on porte à son legs discographique – et
notamment baroque – ne peut masquer le déclin de sa voix et de
son souffle. On salue l’engagement scénique, qui la fait
d’ailleurs évoluer de jeune adulte à femme
esseulée, mais on ne peut malheureusement pas adhérer
à une émission stridente et pas toujours juste… A
l’opposé, Christiane Karg, sublime Télaire, est la
révélation de la représentation, si ce n’est de
ce début de saison viennoise. Belle et altière, son
instrument est d’une grande noblesse, particulièrement
soutenu, et surtout : nuancé. Son « Tristes
apprêts, pales flambeaux » touche réellement au
sublime : n’est pas donné à toute jeune chanteuse
d’arrêter ainsi le temps. Maxim Mironov, plus habitué
à Don Ramiro, Lindoro ou Almaviva, ne démérite
pas en Castor. Sa partie est délicate, et lorsque l’on
voudrait plus de corps, le ténor russe semble encore marcher
sur des œufs. Le baryton Dietrich Henschel, très valable
schubertien par ailleurs, peine – par trop d’incertitudes et de
vibrato – également à insuffler cet « esprit
français » dont la troupe a manifestement eu du mal
à s’approprier.
Les Talens Lyriques, au
contraire, sont immanquablement très à l’aise. Le nom
de cet ensemble n’a-t-il pas été d’ailleurs choisi en
référence au sous-titre des Fêtes
d’Hébé, autre ouvrage de Rameau ? Christophe Rousset,
avec cette battue très spécifique (on pense à la
gestuelle scénique baroque) qui le caractérise, donne
tout son poids à cette magnifique partition et élabore
avec le plateau une interactivité permanente. Le
résultat est lumineux et conserve simultanément cette
âpreté qui singularise la tragédie lyrique
française. Aux saluts, ovation plus que méritée
pour le Arnold Schoenberg Chor, stupéfiant de tenue tout au
long de la soirée."
- Essen - 9
septembre 2008 - Luxembourg -
11 septembre 2008 - dir. Christophe Rousset - mise en scène
Pierre Audi - décors et costumes Patrick Kinmonth -
lumières Jean Kalman - avec Anna Maria Panzarella
(Télaïre), Véronique Gens
(Phébé), Judith van Wanroij (Cléone, Suivante
d'Hébé, Ombre heureuse), Finnur Bjarnasson (Castor),
Henk Neven (Pollux), Nicolas Testé (Jupiter), Thomas
Oliemans (le Grand Prêtre), Andres J. Daalin (Spartiate 1,
Mercure)
- De Nederlandse Opera -
Amsterdam - 18, 19, 21, 23, 25, 27, 28, 30, 31 janvier
2008 - dir. Christophe Rousset - mise en scène Pierre Audi
- décors et costumes Patrick Kinmonth - lumières
Jean Kalman - avec Anna Maria Panzarella (Télaïre),
Véronique Gens (Phébé), Judith van Wanroij
(Cléone, Suivante d'Hébé, Ombre heureuse),
Finnur Bjarnasson (Castor), Henk Neven (Pollux), Nicolas
Testé (Jupiter), Thomas Oliemans (le Grand Prêtre),
Andres J. Dahlin (Spartiate 1, Mercure) - nouvelle production


"Supposée plus proche
des canons théâtraux modernes, car moins conventionnelle
et plus focalisée sur la psychologie des personnages, "Castor
et Pollux" millésime 1754 peine toutefois à
émouvoir vraiment ici. En cause d'abord, une direction
musicale qui, pour être soignée et superbement soutenue
par l'orchestre, manque de sens théâtral dans les
récitatifs, réussissant mieux les passages
dramatiques.
Mais la faute incombe surtout
à la mise en scène de Pierre Audi, d'un minimalisme qui
frise le degré zéro de l'inspiration. On sait que le
Français, patron depuis vingt ans du Nederlandse Opera, ne
fait jamais dans le spectaculaire (même si son Ring ne manquait
pas de vigueur et de couleur) mais, à la différence de
ses précédents spectacles avec Rousset (Monteverdi,
Haendel), il se contente ici d'une direction d'acteurs
imprécise. Dans ce contexte, avec des décors
réduits à un symbolisme géométrique
succinct et un choeur cantonné dans la fosse, sa mise en
scène n'arrive pas à gommer, loin s'en faut, le
hiératisme de la musique, rendant difficilement
crédibles les sentiments des protagonistes. La seule animation
vient des chorégraphies d'Amir Hosseinpour, résolument
contemporaines dans leur façon de mêler une certaine
esthétique disco et des gestes contrariés, mais on se
lasse vite de leur côté
répétitif.
La distribution inégale
ne sauve pas les choses. Si Nicolas Testé (Jupiter) et Judith
Van Wanroij sont excellents, Véronique Gens
(Phébé), Anna Maria Panzarella (Télaïre) et
Pollux (Henk Neven) sont simplement bons, tandis que Finnur Bjarnason
plombe le spectacle avec son Castor aussi approximatif par sa diction
que par son intonation."
"Le Nederlandse Opera a la
bonne idée de programmer Castor et Pollux de Rameau dans sa
seconde édition (1754), c’est-à-dire sans le prologue
introductif et avec un premier acte modifié en profondeur. Les
opéras de Rameau peinent, en dehors des frontières
françaises, à s’imposer au répertoire. En tous
cas, cette production a rempli sans peine, en ce beau dimanche
après-midi, les 1600 places du Muziektheater de la
Waterlooplein.
... Cependant, cette mise en
scène d’Audi est presque un ratage total. Ayant pris le parti
pris d’une abstraction extrême et frigorifiante dans des
décors polaires du fidèle Patrick Kinmonth, le travail
d’Audi se limite à gérer les déplacements
à travers le vaste plateau du théâtre batave,
bien trop grand pour une telle œuvre. Le malaise lié à
cette curieuse absence d’idées est renforcé par le
maladroit recyclage des précédentes
scénographies d’Audi, essentiellement avec des costumes
stylisés et japonisants que l’on a déjà vu de sa
superbe trilogie Monteverdi aux opéras contemporains. Pire ce
travail bascule tristement dans l’ennui aux actes IV et V. Fort
heureusement, les danses, abstraites mais convaincantes,
réglées par Amir Hosseinpour évitent au
spectateur de fermer les yeux pour se concentrer sur la musique.
Musicalement, l’œuvre est
portée par un Christophe Rousset en grande forme qui fait
ressortir tous les détails de l’orchestration de Rameau tout
en insufflant une énergie de tous les instants à cette
musique. L’orchestre affûté et précis
répond au quart de tour aux indications de son fondateur. La
distribution réunie s’avère de bon niveau, mais sans
éclairs de génie à l’exception notable de
Nicolas Testé en Jupiter. Véronique Gens, que l’on a
connu plus inspirée, semble en roue libre dans ce vaste
navire. Mention bien pour Judith van Wanroij, Anna Maria Panzarella
et Henk Neven, mais là aussi on guète un manque
d’engagement alors que les voix peinent à s’imposer. Seul
Finnur Bjarnason est en retrait du reste du plateau avec un timbre et
une intonation qui manquent d’impact. Le chœur de l’opéra
néerlandais fait très bonne figure dans un
répertoire où l’on ne l’attendait pas."
- Diapason
- mars 2008 - Tristes apprêts
"Naturellement, on
n’attendait pas de la nouvelle production de Castor & Pollux par
le tandem Rousset-Audi un décalque de leur merveilleux
Zoroastre de Drottningholm. L’ouverture maximale de la scène
appelle, au très moderne Muziektheater d’Amsterdam, de
tout autres perspectives que le petit joyau XVIIIe et ses toiles
peintes. Naturellement. Mais on n’attendait pas non plus,
après le petit miracle dont le DVD porte trace (Opus Arte), un
spectacle aussi peu inspiré — un décor unique, abstrait
et monumental n’arrange pas les choses. Et aussi ennuyeux. Comme si
Pierre Audi, à trop chercher la continuité du geste
dramatique, celle qui doit par exemple intégrer les
divertissements, avait perdu sa nécessaire articulation et
partant, sa tension.
Symptomatique, la
première scène du I : la ritournelle
désolée devrait marquer l’entrée de la pauvre
Telaïre, mais le rideau s’est levé au beau milieu de
l’Ouverture caracolante sur la princesse et Cléone. La fosse
ponctue, la scène enchaîne, le drame se dilue.
Mêmes causes mêmes effets à la toute fin de
l’acte. Tandis que l’orchestre fait sonner les Bruits de guerre, un
lent cortège porte la dépouille de Castor et
prépare la déploratîon qui ouvre le II... en
étouffant son contraste. Pierre Audi s’est peut-être
souvenu qu’au XVIIIe siècle, le rideau ne tombait pas entre
les actes. L’effet était pourtant à l’opposé de
ces fondus enchaînés nuancés par les
lumières subtiles de Jean Kalman : les changements à
vue frappaient l’imagination et campaient en quelques instants un
monde nouveau, porte des enfers, champs élysées ou
palais. Vêtus par Patrick Kinmonth d’amples panoplies aux
plissés asymétriques et sculpturaux, les chanteurs
habitent comme ils peuvent un espace trop vaste et cette lâche
dramaturgie. Aucun des quatre protagonistes ne convainc. Pourquoi
distribuer Véronique Gens en Phébé et Anna Maria
Panzarella en Telaïre quand tout appelle l’inverse, timbres,
caractères, silhouettes ? La première se raidit en
quête d’une violence hors de portée, la seconde doit
à chaque instant « rentrer ses griffes » mais ne
trouve par pour autant le charme lumineux du personnage. Henk Neven,
belle voix, hier « méchant » convaincant dans le
Vénus & Adonis de Desmarets, peine encore dans notre
langue. Son Pollux manque un peu de charisme, pas de
sensibilité. Reste Finnur Bjarnason, Castor carrément
pénible (timbre à la fois terne et nasal, ornements
noyés dans un vibrato au demi-ton, prononciation, rien ne va).
Et qui voit-on cantonné dans des utilités qui,
d’ailleurs, ne lui conviennent guère ? Anders Dahlin, le
formidable Castor de Gardiner en février dernier ! On remarque
aussi Judith van Wanroij, admirable dans trois petits rôles.
Mais on la remarque trop, son Ombre heureuse a l’autorité
d’une Armide. Aucune réserve pour le Jupiter de Nicolas
Testé, superbe.
Christophe Rousset et ses
Talens Lyriques ne sauvent pas la soirée de l’ennui. Tout est
dans la demi-mesure, la fureur autant que la tendresse,
amidonnée. On n’ira, bien sûr, leur reprocher aucune
faute de goût. Seulement un manque de souffle, d’enjeu, un
geste qui ne se déploie jamais pleinement et auquel font
écho les pantomimes nerveuses et sèches d’Amir
Hosseinpour. Toute la soirée, on pense aux concerts magiques
de Gardiner l’an passé, à Pleyel, avec cette même
version de 1754."
- Opéra Magazine - mars 2008
"Des deux versions de la
tragédie lyrique en cinq actes de Rameau, l’Opéra
d’Amsterdam a choisi la seconde, créée en 1754 à
Paris, à l’Académie Royale de Musique. Peut-on monter
un ouvrage de ce type sans les fastes visuels indissociables de
l’esthétique baroque ? Pierre Audi, depuis toujours adepte des
mises en scène minimalistes et basées sur les symboles,
répond par l’affirmative. Le premier acte se déroule
sur un plateau occupé par de simples panneaux de bois peints
tout en blanc, disposés avec art et éclairés de
manière à ce que leur ombre crée une impression
d’espace. Surprise au deuxième acte, puis au troisième,
où l’on retrouve toujours le même décor alors que
le livret spécifie à chaque fois des changements de
lieu : qu’il s’agisse du temple de Jupiter, des portes de l’Enfer ou
des Champs Élysées, tout se résume, pour Pierre
Audi, à ces panneaux blancs ! Occasionnellement, l’oeil
s’accroche à une flamme brillant au sommet d’une perche (l’un
des tics du réalisateur, que l’on retrouve dans presque toutes
ses productions) pour renoncer, découragé, au moment du
passage des fameuses portes (une espèce de hala hoop
carré que traversent les personages pour aller et venir entre
le royaume des morts et celui des vivants). Quant aux ballets,
essentiels dans Castor et Pollux, leur chorégraaphie alterne
passages brillants et idées tellement ridicules que nous ne
voyons pas comment les décrire par des mots.
On sauvera quand même
les costumes à la fois somptueux et de bon goût de
Patrick Kinmonth, ainsi que deux moments réussis de
scène celui, dix minutes avant l’entracte, où Audi
ouvre enfin son dispositif tout blanc pour créer un passage
doré vers un futur que l'on imagine meilleur ; et celui, vers
la fin de l’ouvrage, où des lumières ressemblant
à l’épée des Jedis dans Star Wars se mettent
à danser de haut en bas. Sauf que deux moments dans toute une
représentation, c'est vraiment très peu
!
La réalisation musicale
n’est pas vraiment en mesure de dissiper un ennui ambiant. La
distribution est satisfaisante, sans plus, avec une Véronique
Gens à sa place en Phébé, un Finnur Bjanarson un
peu pâle en Castor, un Henk Neven au timbre agréable et
à la présence crédible en Pollux, et une Anna
Maria Panzarella au médium crémeux mais à l’aigu
plus problématique en Télaïre. Les Talens Lyriques
jouent extrêmement bien mais les tempi paraissent dans
l'ensemble trop lents, sous la baguette d’un Christophe Rousset d'une
clarté admirable dans le rendu des timbres et de la
suavité de la ligne, mais avare de
théâtralité et de nerf. Excellent, le choeur de
l’Opéra."
- Paris - Salle Pleyel
- 16, 17 février 2007 - English Baroque Soloists
- Monteverdi Choir - dir. John Eliot Gardiner - en version de
concert - avec Anders Dahlin (Castor), Laurent Naouri (Pollux),
Sophie Daneman (Télaïre), Jennifer Smith
(Phébé), Julia Doyle (suivante
d’Hébé), Miriam Allan (une Ombre), Katharine Fuge
(Cléone), Matthew Brook (Jupiter), Tom Raskin (un
Athlète), Marc Molomot (Mercure), Nicholas Mulroy (un
Spartiate), Samuel Evans (le Grand Prêtre)
- Opéra Magazine - avril 2007
"Devant une élite
baroque française (Benjamin Lazar, Marc Minkowski,
Hervé Niquet) dont les mines, ravies ou grises, marquaient
assez quelle leçon de style leur était donnée,
John Eliot Gardiner et les siens ont offert une interprétation
superlative de l’opéra de Rameau. Les cordes piquantes mais
veloutées, les vents gouailleurs mais justes, les percussions
et le continuo inventifs des English Baroque Soloists sont
portés par une direction qui tient du permanent, mais toujours
résolu, oxymoron tension et souplesse, nervosité
et sensualité. Gardiner n’est jamais excessif ou
étriqué, sans cesse il danse et éblouit.
Extraordinaires il y a vingt-sept ans à Aix-en-Provence, ces
Anglais restent les meilleurs serviteurs du Dijonnais.
Le livret de Pierre-Joseph
Bernard, admirable de concision et ciselé pour le
récitatif, est transcendé par un plateau au premier
rang duquel brillent les solistes issus du choeur de Gardiner. La
langue française est impeccablement énoncée par
Matthew Brook enJupiter, Nicholas Mulroy en Spartiate ou la gracieuse
Miriam Allan en Ombre heureuse. La persuasive Sophie Daneman incarne
Télaïre (remarquable « Tristes apprêts,
pâles flambeaux »). Laurent Naouri, Pollux de belle
prestance, paraît néanmoins sur la réserve. Il
est vrai que la version de 1754 prive ce héros du fabuleux air
« Nature, Amour, qui partagez mon coeur »... En Castor,
l’avenant Anders Dahlin se montre plus à l’aise dans
l’élégiaque que dans le virtuose avec un
éthéré « Sejour de l’éternelle paix
». Enfin, on reste ébloui par la longévité
et l’assurance vocales de Jennifer Smith en Phébé, elle
qui continue d’être la plus bouleversante Télaïre
de la discographie (sous la direction de Charles Farncombe chez
Erato, avec Philippe Huttenlocher).
Un triomphe pour Rameau et
pour Gardiner. Nicolas Joël leur redonnera-t-il la place qu’ils
méritent dans ses futures saisons ? On l’en
prie..."
- ConcertoNet - 16 février 2007 - Un
Rameau flamboyant
"Pour sa « carte blanche
» parisienne, offerte par la Cité de la Musique («
Domaine privé »), John Eliot Gardiner a d’emblée choisi Rameau, le
compositeur dont il avait révélé les
extraordinaires Boréades à Aix-en-Provence, en 1982. On
se souvient de la très belle production de Castor et Pollux,
immortalisée au disque par William Christie. Si ce dernier
donnait la version de 1737, Gardiner choisit celle,
révisée, de 1754, où disparaît notamment
le prologue. Double intérêt donc, de ce concert, car
à la tête d’un ensemble qu’il a créé il y
a une quarantaine d’années, Gardiner vient de donner une
interprétation magistrale de ce chef-d’œuvre. Un écho
parisien à une autre scène du passé : dans les
années soixante, le jeune Gardiner étudie à
Paris avec Nadia Boulanger et poursuit sa découverte de Rameau
après les enregistrements de George Malcolm, d’Anthony Lewis
et Janet Baker.
Virtuose et expressif,
l’orchestre impressionne dès les premières notes de
l’ouverture. La grande subtilité de la partition ramiste est
parfaitement rendue par un ensemble sensible aux accents, aux
respirations et au geste musical, si importants dans les nombreuses
danses qui scandent l’action. Action du corps tout autant que figure
éloquente, la musique de cette tragédie lyrique en cinq
actes, sur un livre de Pierre-Joseph Bernard, ne raconte pas
seulement une histoire, mais la fait revivre. Tout est organiquement
subordonné au drame, liant deux filles du Soleil
(Télaïre et Phébé) à deux
frères spartiates (Castor et Pollux). La jalousie de
Phébé (parfaite Jennifer Smith) provoque la mort de
Castor, célébrée par un chant funèbre
saisissant. Si Pollux venge son frère en tuant Lincée,
il reste à ramener Castor des Enfers. La victoire militaire
engage la confrontation aux lois éternelles : ainsi, le
sacrifice de Pollux est demandé par son père
même, Jupiter. L’entrecroisement des amours trouve son
écho dans ces échanges de mondes. Les furies de
l’entrée des Enfers contrastent avec le « locus amoenus
» des Champs-Elysées, où l’on retrouve un Castor
abîmé dans le doux souvenir de Télaïre.
C’est alors qu’Anders Dahlin donne toute la mesure d’un beau timbre
de haute-contre, après un Laurent Naouri qui impose facilement
la stature ‘divine’ de Pollux. Les retrouvailles souterraines avec
son frère sont poignantes. Castor peut alors revoir
Télaïre pour une seule journée, tant les lois de
l’Enfer sont inflexibles. C’est sans compter la
générosité de Jupiter, qui élève
au rang de constellations le trio. La diversité des
scènes et des moments dramatiques rappelle à tout
moment l’excellence des troupes de Gardiner, doublées d’un
excellent quatuor de solistes. Le niveau moindre des autres
rôles vocaux n’enlève rien au caractère
exceptionnel de cette soirée."
- Forum Opéra - 17 février
2007
"...Pour conduire cette
grande entreprise, Sir John a fait appel à deux
vétérans aguerris, blanchis sous le harnais
françois : Sophie Daneman et Laurent Naouri. La
première, impériale, nous gratifie d’un « tristes
apprêts » à faire fondre les glaciers et illumine
la soirée par sa sensibilité et son chant
nuancé, aussi à l’aise dans le cri - disons le cri
baroque offensé de bon goût - que dans le murmure
désespéré « Castor et vous m’abandonnez
». Aux côtés de cette grande tragédienne,
Laurent Naouri campe un majestueux Roi, un frère touchant, un
amant généreux. Ses graves puissants et
résonnants, son timbre chaleureux et jamais forcé, son
intime compréhension de la scansion et de la prosodie
classique trouvent ici le temps de s’épanouir, puisque ce
personnage est le plus important du drame. Son frère Castor
bénéficie des aigus stables et lumineux du ténor
suédois Anders Dahlin, particulièrement à l’aise
dans la tessiture spécifique de haute-contre à la
française (voix mixte). La diction est impeccable, même
si on décèle ça et là une émission
un peu dure, et quelques ornements imprécis. Ce Castor est
avant tout un héros victorieux, légèrement
arrogant, à qui manque la chaleur de Mark Padmore ou la
mélancolie de Jean-Paul Fouchécourt. Qu’importe, Anders
Dahlin reste un excellent soliste, qui ne pâtit que de la
composition superlative de ses deux confrères.
Clin d’œil ou destin terrible,
c’est à Jennifer Smith, bouleversante Télaïre chez
Farncombe (Erato, 1982), qu’échoit le rôle de la perfide
et envieuse Phébé. Hélas, l’émission
s’est engorgée, les aigus se sont tendus... Pourtant la
soprano dénote un engagement sans faille, et l’on sent tout le
plaisir qu’elle prend à incarner le rôle. Enfin, l’on
passera rapidement sur les seconds rôles, souvent tenus par des
choristes au français so terribly british et à la
prestation relativement terne. Ainsi, le Jupiter instable et
rocailleux de Matthew Brook peine à s’imposer face à
son fils Pollux.
Le Monteverdi Choir – qui
mériterait de prendre le nom de Rameau Choir - impressionne
par sa puissance et sa cohésion, jouant sur sa masse et sa
dynamique. Aussi bien capable de se lamenter dans la grande
scène de déploration « Que tout gémisse,
que tout s’unisse » ou de scander haineusement son
démoniaque « Sortons d’esclavage », le chœur, bien
que parfois mal intelligible, s’est montré digne des peuples
antiques et des démons qu’il incarnait.
Et la fosse ? On connaissait
l’attention de John Eliot Gardiner aux coloris orchestraux, à
la douceur du traverso, au grain des hautbois, à la brillance
de la trompette. On connaissait son affinité avec Rameau
depuis ses historiques Boréades, sa façon de laisser la
musique respirer et imprégner l’auditoire, ses tempi vifs,
sans retenue et sans hâte, sa maniaque précision,
notamment au niveau des cordes. Il faudra désormais ajouter
à ses louanges une fougue, un entrain (souligné par des
percussions décomplexées), une joie communicative,
doublée d’une réelle complicité entre tous les
artistes.
A l’issue de ce concert, l’on
exprimera humblement une question et un vœu. Une question d’abord, et
ce n’est certes pas Marc Minkowski qui battait joyeusement la mesure
depuis son siège qui nous contredira : pourquoi n’a-t-on pas
proposé à John Eliot Gardiner de rediriger Rameau en
France plus tôt depuis les Boréades de 1982, Rameau
« qui occupe une place spéciale dans [son] cœur » et
qu’il comprend si bien ? Les lecteurs attentifs devineront donc
aisément le vœu sans qu’il soit nécessaire de le
formuler de manière plus explicite."
- Opéra de Bonn
- 21, 27 avril, 3, 8, 14 mai, 2, 15, 20 juin 2002 -
dir. Östmann - mise en scène Silviu Pucarete -
décors, costumes Helmut Stürmer - avec Patrick
Henckens (Castor), Reuben Willcox (Pollux), Anja Vincken (Phebe),
Mark Morouse (Jupiter), Sigrun Pálmadóttir (une
Planète)
- Venise - Scuola Grande S.
Giovanni Evangelista - 8,
9 juin 2001 - Rome - Teatro
dell'Opera - 22, 23, 24 juin 2001 - dir.
Jean-Christophe Frisch - mise en scène Christian Gangneron
- décors Thierry Leproust - costumes Claude Masson - avec
Christophe Einhorn (Castor), Jean-Baptiste Dumora (Pollux),
Philippe Cantor (Le Grand-Prêtre, Jupiter), Brigitte Vinson
(Phoebé), Cyrille Gerstenhaber (Télaïre),
Claudine Le Coz (Cléone, une Suivante d'Hébé,
une Ombre)
- Opéra de
Nantes - Théâtre Graslin - 2, 4, 5 mai
2001 - Grand Théâtre de
Reims - 11 mai 2001 - Opéra de Tours - 15 mai 2001 -
version de chambre - dir. Jean-Christophe Frisch - mise en
scène Christian Gangneron - décors Thierry Leproust
- costumes Claude Masson
- Prague - Statni Opera
Praha - 2, 4, 6 octobre 1999 - dir. Tomás
Hála - mise en scène Eugène Green -
scénographie Pierre Bouillon - avec Adam Zdunikowski
(Castor), Roman Janál (Pollux), Isabelle Poulenard, Livia
Aghova/B. Tauran/P. Noskajova (Phébé), Ales Hendrych
(Jupiter), Hana Jonasova (Vénus, un Plaisir céleste,
une Ombre heureuse),
- Théâtre de
Besançon - 17 janvier 1999 - Niort - 23 janvier 1999 - Vichy - 25 janvier 1999 - Chelles - 30 janvier 1999 - Boulogne-sur-Mer - 2 février
1999 - Saint-Brieuc - 5
février 1999 - Colombes
- 7 février 1999 -
Brétigny-sur-Orge - 13 février 1999
- Noisy -le-Grand - 17
février 1999 - Bezons -
19 février 1999 - Quimper
- 2 mars 1999 - Amiens
- 8, 9, 11, 12 mars 1999 -
Villeparisis - 14 mars 1999 -
Combs-la-Ville - 16 mars 1999 - Vincennes - 28 mars 1999 - Opéra de Massy - 2 avril 1999 -
Opéra en Ile-de-France - Arcal - dir. Jean-Christophe
Frisch - mise en scène Christian Gangneron - décors
Thierry Leproust - costumes Claude Masson - avec Christophe
Einhorn (Castor), Jérôme Corréas (Pollux),
Philippe Cantor (Le Grand-Prêtre, Jupiter), Brigitte Vinson
(Phoebé), Cyrille Gerstenhaber (Télaïre),
Claudine Le Coz (Cléone, une Suivante d'Hébé,
une Ombre)
- Magdebourg - Telemann
Festtage - 13 mars 1998 - dir. Albert - mise en
scène Schrape
- Orléans
- 24, 26 avril 1997 - Bar-le-Duc - 29 avril 1997 - Le Perreux - 6, 7 mai 1997 - Rennes - 12, 13, 14, 15, 16 mai 1997
- Les Lilas - 23 mai 1997 -
Fontainebleau - 31 mai 1997 -
Champs-sur-Marne - 7 juin 1997
- Noisiel - 10, 11 juin 1997 -
Meaux - 21 juin 1997 -
Arcal/Opéra en Ile de France - version de chambre - dir.
Jean-Christophe Frisch - mise en scène Christian Gangneron
- décors Thierry Leproust - costumes Claude Masson - avec
Christophe Einhorn (Castor), Jérôme Corréas /
J.-B. Dumora (Pollux), Philippe Cantor (Le Grand-Prêtre,
Jupiter), Brigitte Vinson (Phoebé), Cyrille Gerstenhaber
(Télaïre), Claudine Le Coz (Cléone, une
Suivante d'Hébé, une Ombre)
"Pour monter cet ouvrage, les
deux partenaires l'Arcal - le producteur - et l'Opéra de
Rennes - l'hôte) font de nécessité vertu : le
premier par habitude, puisque réalisant des productions
itinérantes, le second sporadiquement, puisque son
théâtre est en travaux jusqu'à l'automne 1998. Le
Castor et Pollux présenté ici, n'est pas le "grand
opéra" dans son état premier (1737) ou
révisé (1754), mais la version de chambre que Rameau
destinait à des exécutions privées dans des
salons. Recourant à six chanteurs et sept instrumentistes,
cette option n'est pas tant un raccourcissement que son
condensé en une heure et demie toutefois, elle recèle
un écueil (chaque personnage est figé dans un affect),
et une importante contradiction entre un "grand genre" (la noble
tragédie lyrique) et son déploiement quasi
aphoristique. Le spectateur ne doit pas assister à une
tragédie entravée, où de ridicules pantins
s'affronteraient sur un factice théâtre d'idées
et de sentiments. Christian Gangneron a levé tous ces
obstacles. Pour ce faire, il s'est, à l'évidence,
inspiré d'une Antiquité alla Cocteau, avec des
éléments symboliques épurés, appartenant
à des styles et à des époques dissemblables. Ce
"néo-antique", en noir et blanc, crée une réelle
confusion de l'identité sexuelle masculine. Gangneron y montre
deux couples effectifs (l'un fraternel, Castor-Pol)ux, et l'autre
"habituel", Télaïre-Castor), dans lesquels PoIlux,
véritable pivot, régit les échanges, en offrant
sa femme à son frère. Cette coexistence, à poids
égal, d'une passion fraternelle et d'une passion
hétérosexuelle, est scéniquement
renforcée par deux danseurs (à la chorégraphie,
elle aussi, ambiguë) et deux chanteurs (Claudine Le Coz et
Philippe Cantor, en charge des rôles
subalternes).
Face aux contraintes de cette
production "légère" (notamment un plateau étroit
et sans dégagement), Thierry Leproust a disposé un
ensemble de panneaux mobiles, avec, en évidence, quelques
objets symboliques (un échiquier, un miroir, une robe nuptiale
de Télaïre, deux épées, etc.). Les
costumes, masculins comme féminins, sont de stricts, mais
élégants, vêtements de
soirée.
La distribution vocale est
homogène : chaque chanteur est à la juste mesure du
rôle qu'il prend en charge. Et s'il le fallait, nous
distinguerions Jérôme Corréas (Pollux), à
la voix longue et au timbre égal, Christophe Einhorn (Castor),
dont l'expression n'est jamais mièvre et qui possède un
réel timbre de haute-contre, ainsi que Cyrille Gerstenhaber
(Télaïre), dont l'engagement dramatique et l'expression
tou-ours juste convainquent aisément. Sous la direction de
Jean-Christophe Frisch, l'ensemble instrumental (où se
distinguaient la basse de viole et le basson, et moins les deux
violons) a efficacement apporté sa pierre, dans des conditions
acoustiques difficiles." (Opéra International - juillet
1997)
- Ier Festival
Baroque de Versailles - Opéra Royal - 23
septembre 1992 - New York - Academy of
Music - février 1993 - version de concert - dir.
William Christie - avec Howard Crook (Castor), Jérôme
Corréas (Pollux)
- Festival
d'Aix-en-Provence - 11, 13, 20, 24, 28 juillet 1991 -
version 1737 - Les Arts Florissants - Compagnie Ris et Danceries -
dir. William Christie - mise en scène, décors et
costumes Pier-Luigi Pizzi - chorégraphie Béatrice
Massin - lumières Vinicio Chelli - avec Howard Crook
(Castor), François Le Roux (Pollux), Agnès Mellon
(Télaïre), Véronique Gens
(Phébé), Sandrine Piau (Minerve, un Plaisir
céleste), Claron McFadden (Vénus, une Ombre
heureuse, une Planète), Mark Padmore (l'Amour, le
Grand-Prêtre), Bernard Deletré (Mars, Jupiter), B.
Parsons et Jean-Claude Saragosse (deux Athlètes)


"Pizzi,
spectaculairement servi par les éclairages de Vinicio Chelli,
a conçu et réalisé les très beaux
décors, références ouvertes aux peintres...Il
ajoute dans les costumes des touches de fantaisie
anachronique...Pizzi ne manque pas une occasion de faire une mise en
scène à machines pour introduire Minerve ou
Vénus...L'intérêt se relâche peu à
peu au fil des innombrables ballets un peu longuets...L'absence de
poids vocal de solistes vocaux, Agnès Mellon,
délicieuse musicienne totalement privée de la
projection exigée par la tragédie lyrique...Howard
Crook, ténor à la voix souple, maître de son
souffle et de sa ligne, à la diction française
parfaite, Vincent Le Roux, lui aussi
irréprochable...Véronique Gens, généreuse
Phébé, Claron McFadden Vénus à la voix
agile, ailée." (Opéra International - septembre
1991)
- Athènes
- 1982 - dir. Charles Farncombe - avec Jennifer Smith
(Télaïre), Cynthia Buchan (Phébé), Peter
Jeffes (Castor)
- Théâtre des
Champs Elysées - 27 janvier 1982 - version 1757
- English Bach Festival Baroque Orchestra - dir. Charles Farncombe
- mise en scène Tom Hawkes - scénographie Terence
Emery et Linda Lalandi - avec Peter Jeffes (Castor), Ian Caddy
(Pollux), Raimund Herincx (Jupiter), Henry Herford (le
Grand-Prêtre), Brian Parsons (Mercure), John Hancorn (un
Spartiate), Jennifer Smith (Télaïre), Cynthia Buchan
(Phébé), Judith Rees (un Plaisir céleste),
Cléone), Gillian Fisher (une Ombre heureuse)
"Un spectacle (d'après
la version de 1754) dans l'ensemble magnifique...des chanteurs aux
voix bien placées...Jennifer Smith aux troublantes
intonations, au dramatisme intense...les costumes, retrouvés
par Linda Lalandi, recréés d'après les originaux
de Boquet...la mise en scène de Tom Hawkes, linéaire,
dépouillée." (Opéra International - mars
1982)
- Oxford - English Bach
Festival - 1981 - Londres -
Covent Garden - 1981 - Monte
Carlo - Opéra Garnier - 1981 - version 1754 -
dir. Charles Farncombe (Roger Norrington à Monte Carlo) -
mise en scène Tom Hawkes - scénographie Terence
Emery et Linda Lalandi - chorégraphie Belinda Quirey - avec
Peter Jeffes (Castor), Ian Caddy / Philippe Huttenlocher (Pollux),
Jennifer Smith (Télaïre), Karen Shelby
(Phébé)
- Opéra de Francfort
- 5 octobre 1980 - dir. Nikolaus Harnoncourt - mise en
scène Horst Zankl - décors et costumes Erich Wonder,
B. Sunkovsky, B. Ramm - avec Philip Langridge (Castor), Roland
Hermann (Pollux), Vladimir de Kanel (Jupiter), Elisabeth Gale
(Télaïre), Kathleen Martin (Phébé),
Hildegard Heichele (Vénus, un Plaisir céleste, une
Ombre heureuse, une Planète)
- New York - 11
janvier 1965 - Concert Opera Association - dir. Thomas Sherman
- Londres - BBC -
29 novembre 1964 - dir. Charles Mackerras - avec Alexander Young
(Castor), Raimund Herincx (Pollux), Heather Harper
(Télaïre)
- Festival de Schwetzingen
- 1962 - dir. Gustav König - avec Donald Grobe
(Castor), Gerd Feldhoff (Pollux), Walter Geisler (le
Grand-Prêtre), Melitta Muszely (Télaïre), Anny
Schlemm (Phébé)
- New York -
Vassar College - 6 mars 1937
- Radio
française - 25 octobre 1948 (?) - diffusion d'un
enregistrement de l'Orchestre National - dir. Roger
Désormière - avec Lucienne Jourfier, Bernadette
Delprat, Raymond Amade, Charles Chambon, Lucien Froumenty
- Buenos Aires - Teatro
Colon - 30 juillet 1936 - dir. Hector Panizza - mise en
scène Marcello Govoni - décors et costumes Hector
Basualda - avec Camile Rouquetty (Castor), Martial Singher
(Pollux), F. Rolito / M. Urizar (Jupiter), Marjorie Lawrence
(Télaïre), Germaine Hoerner (Phébé),
Hina Spani (une Ombre heureuse)
- Florence - Mai
Musical - avril 1935 - dir. Philippe Gaubert - mise en
scène Pierre Chéreau - avec Germaine Lubin
(Télaïre), Miguel Villabella (Castor), Edouard Rouard
(Pollux), Claverie (Jupiter), Yvonne Gall
(Phébé)
- Oxford - 22
novembre 1934
- Genève -
28 septembre 1930
- Glasgow -
27 (30 ?) avril 1927
- Opéra de Paris
- 21 mars 1918 - version remaniée - dir. Alfred
Bachelet - mise en scène Jacques Rouché -
chorégraphie Nicolas Guerra - avec Germaine Lubin
(Télaïre), Aline Vallandri, Jane Laval, Rodolphe
Plamondon, René Lestelly, André Gresse.
- Opéra de
Montpellier - 1908 - dir. Charles Bordes -
première recréation scénique - le
succès fut grand et l'air Tristes apprêts fut
bissé.
- Paris - Schola
Cantorum - 29 janvier 1903 - version de concert - dans
une version révisée par Alfred Bachelet (1864 -
1944), élève de César Franck - dir. Alfred
Bachelet
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