COMPOSITEUR
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Jean-Philippe RAMEAU
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LIBRETTISTE
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Charles-Antoine Le Clerc de la
Bruère
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Tragédie lyrique en cinq actes et un
prologue (O.C. X), représentée à
l'Académie royale le 19 novembre 1739, avec une distribution
comprenant Mlle Eremans (Vénus), Mlle Bourbonnois (L'Amour),
Mlle Pélissier (Iphise), Marie Fel (une
Phrygienne), Jélyotte (Dardanus), Le Page (Teucer,
Isménor), Albert (Anténor), Dun et Bérard (Les
Songes). Dans les ballets : L. Javillier (Un Guerrier), L. Dallemand
(Une Phrygienne), C. Maltaire (Un Magicien), L. Maltaire et Mlle
Pariette (Phrygien et Phrygienne), D. Dumoulin et Mlle
Sallé (Songes), Dupré, Matignon, Mlle Le Breton et
Barbarrine (Jeux et Plaisirs).
Âgé de vingt-quatre ans, le librettiste
Charles-Antoine le Clerc de la Bruère, venait d'obtenir un
grand succès avec un opéra-ballet de Boismortier, et
collaborait au Mercure.
Le nouvel opéra de Rameau était
très attendu, et les loges retenues huit jours à
l'avance. Le livret fut critiqué, car faisant une part trop
impotante à la féérie conventionnelle. La
musique fut jugée trop chargée et cabalistique, d'une
exécution difficile. Les recettes diminuèrent
progressivement, et la rentrée d'une ballerine de seize ans,
Barbara Campanini, ne suffit pas à enrayer l'évolution.
L'oeuvre ne connut que vingt-six représentations alors qu'on
en espérait quarante.
Rousseau, dans une lettre à Racine fils,
écrivit : J'ai appris le sort de l'opéra de Rameau.
Sa musique vocale m'étonne. Je voulus étant à
Paris, en entonner un morceau, mais y ayant perdu mon latin, il me
vint à l'idée de faire une ode lyricomique. En voici
une strophe :
Distillateurs d'accords baroques,
Dont tant d'idiots sont férus,
Chez les Thraces et les Iroques
Portez vos opéras bourrus ;
Malgré votre art
hétérogène,
Lulli de la scène lyrique
est toujours le soutien.
Fuyez, laissez lui son partage
Et n'écorchez pas davantage
Les oreilles des gens de bien.
Le livret fut très critiqué :
absurdité de la trame, construction maladroite, faisant
intervenir fr nombruex épisodes surnaturels et sans grand sens
dramaturgique. Rameau décida avec La Bruère de
reprendre entièrement les trois derniers actes.
La nouvelle version fut reprise le 23 avril 1744, puis
le 15 mai 1744, après refonte des trois derniers actes. La
distribution réunissait Jélyotte (Dardanus), Mlles
Le Maure (Iphise) et Fel (Une Phrygienne, Vénus),
Chassé (Teucer, Ismenor), Le Page (Anténor),
Bérard (Arcas), Mlle Coupée (L'Amour). Mlles
Camargo et Puvigné participaient au ballet.
Une nouvelle reprise eut lieu le 15 avril 1760, avec
Sophie Arnould dans le rôle d'Iphise, dans une mise en
scène et des décors (notamment la quatrième
acte) remarquables. Il y eut soixante-deux représentations.
Lors de la dernière représentation, le 9 novembre 1760,
Rameau fut applaudi dans sa loge par le public, ainsi que le raconte
le Mercure de décembre : Qu’un auteur à la
représentation d’une pièce nouvelle soit applaudi du
public enchanté de l’ouvrage, rien n’est moins
étonnant, ni plus naturel. Mais qu’à la dernière
représentation d’un ouvrage repris et qui a été
joué un grand nombre de fois, ce même public, en voyant
l’auteur dans sa loge, se tourne vers lui et lui adresse ses
applaudissements avec transport, c’est ce qui n’est guère
arrivé qu’au célèbre Rameau à la fin de
son opéra Dardanus qui a été donné pour
la dernière fois le dimanche 9 novembre.
Le 17 mars 1762, Dardanus fut joué
pour la capitation des acteurs. Ce jour-là n’a point rendu
comme à l’ordinaire, on n’a fait qu’environ 1000
écus (Bachaumont).
Le 20 avril 1762, Dardanus fit la rentrée
de l'Opéra. Bachaumont nota : Jamais on n’a vu un spectacle
si délabré. On remarque une réforme assez
considérable dans les subalternes, qui influent pour peu sur
le total du spectacle. Il y en auroit une plus considérable
à faire dans les chanteurs, mais la pénurie
empêche de rien changer.
En 1763, Dardanus fut joué devant le roi
à Fontainebleau, le 7 octobre. Selon Papillon de la
Ferté, Intendant des Menus Plaisirs, tout le monde a
été content de l'exécution, des habits et des
décorations. Jélyotte y a paru le même qu'il y a
vingt ans. En bon gestionnaire, Papillon nota qu'on y avait
employé 207 habits, 87 paires de souliers et de bas. Une
seconde représentation eut lieu le 15 octobre, et l'on
remarqua l'habit de Jélyotte, constitué d'une cuirasse
couleur acier brodée d'or, de grandes manches en satin blanc,
d'une armure "glacée", et d'une mante de satin bleu, avec des
chaussures à la romaine bleues et or, et un casque or et
acier, empanaché, habit qui, à la demande du Roi, avait
été enrichi de broderies et de pierreries.
On a conservé cinq dessins aquarellés de
châssis de prison utilisés en 1763 pour le décor
de l'acte IV, imaginé par Michel-Ange Slodtz. On dispose
également des dessins des costumes de Louis-René Boquet
pour Mlles Allard et Lyonnais en Phrygiennes dans le ballet de l'acte
I : corset argent rayé de satin bleu, jupe de taffetas bleu
tamponnée de gaze blanche, coiffure agrémentée
de plumes blanches. La danseur Laval, pour sa part, portait à
l'acte II un habit de magicien de couleur feu, noir, or et rouge,
orné de signes cabalistiques.
Une reprise eut lieu après la mort de Rameau, le
26 janvier 1768, avec des additions au livret par Joliveau et
à la musique par Berton et Trial, et avec Sophie Arnould dans
le rôle d'Iphise. La danse voluptueuse de Mlle Guimard fut
particulièrement célébrée par les
gazettes de l'époque.
Il y eut encore une reprise à Fontainebleau le
10 novembre 1769, sans Sophie Arnould, écartée par le
Roi, et en 1771. On a conservé un groupe de cinq nuages
portant la mention Dardanus et la date 1769, qui
envahissent la prison du héros à l'acte IV.
Une parodie, Dardanus, ou Arlequin
Dardanus, de Pannard, Parmentier & Favart, fut jouée
aux Italiens, le 14 janvier 1740.
134me Opé. C'est une Tra. en 5 Ac. dont les
paroles sont de La Bruere, & la musique de M. Rameau. Elle fut
représentée le 19 Nov. 1739, jouée vingt-six
fois de suite, & remise en Avril 1744, avec de grands changemens,
qui en firent un ouvrage presque nouveau. Cet Opé. qui a
été aussi remis en 1760, est gravé en musique
partition in-4°. Venus, l'Amour & la Jalousie forment le
Prologue. Le sujet du poëme est pris du 8me livre de
l'Enéide ; le voici. "Dardanus, fils de Jupiter &
d'Electre, vient s'établir en Phrygie, & y bâtit la
Ville de Troye, de concert avec Teucer, dont il épousa la
fille. (de Léris - Dictionnaire des
Théâtres)
Personnages : Teucer, roi de Phrygie ; Iphise,
sa fille ; Anténor, prince allié de Teucer ; Dardanus,
fils de Jupiter et Electre, ennemi de Teucer ; Isménor,
magicien prêtre de Jupiter ; un Phrygien, deux Phrygiennes, une
Bergère, l'Amour, un Plaisir, les Trois Songes



Synopsis
détaillé
Prologue
Le palais de l'Amour à Cythère : on y
voit ce dieu sur un trône de fleurs ; Vénus est à
ses côtés ; les Grâces et les Plaisirs
l'environnent. La Jalousie est dans le fond avec les Troubles, les
Soupçons, etc. qui forment sa suite
(1) Les Plaisirs dansent devant Vénus, mais ils
sont troublés par la Jalousie et sa suite. L'Amour se
lève pour apaiser le tumulte, et ordonne aux Plaisirs
d'enchaîner les perturbateurs. Après les avoir
enchaînés, les Plaisirs reviennent danser, mais leur
danse se ralentit peu à peu, et ils sont pris d'une langueur
de plus en plus forte. L'Amour et les Plaisirs s'endorment.
Vénus se rend compte qu'il vaut mieux délivrer la
Jalousie et sa suite plutôt que de sombrer dans l'ennui. La
Jalousie et sa suite se déchaînent en dansant. L'Amour
et les Plaisirs se réveillent. Vénus ordonne toutefois
à la Jalousie et sa suite de respecter l'amour et de "n'entrer
dans les coeurs amoureux que pour y réveiller l'empressement
de plaire". L'Amour appelle les mortels à jouir de ses
bienfaits. (2) La troupe des mortels rend hommage à l'Amour.
Marche. Choeur. Air d'une Bergère. Menuet. Tambourin. L'Amour
annonce que le spectacle va retracer l'histoire d'un guerrier atteint
par l'amour.
Acte I
Un lieu rempli de mausolées
élevés à la gloire des plus fameux guerriers qui
ont péri dans la guerre que les Phrygiens font à
Dardanus
(1) Iphise (soprano), fille du roi de Phrygie Teucer,
chante son amour impossible pour Dardanus (ténor), fils de
Jupiter et Electre, ennemi victorieux de son père. (2) Teucer
(baryton) la rejoint. Il annonce à Iphise qu'il a reçu
l'aide du prince Anténor (baryton) contre Dardanus, et qu'il
lui destine sa main. (3) Anténor arrive, qui clame sa
détermination à combattre pour la défendre.
Teucer décide de hâter leur union, et les convie
à échanger des serments. Le peuple phrygien
décide des divertissements en leur honneur. Air d'une
Phrygienne. Rigaudons. Anténor implore Bellone, le dieu de la
Guerre, de de leur donner la victoire. (4) Restée seule,
Iphise, désespérée, décide d'aller
consulter Isménor, magicien, prêtre de Jupiter.
Acte II
Un temple dans la solitude
(1) Isménor vante ses pouvoirs. (2) Il est
interrompu par Dardanus qui vient lui confier qu'il aime Iphise, et
qu'il sait qu'elle va venir le consulter. Isménor le met en
garde contre Teucer, puis décide de lui apporter son aide. (3)
Isménor appelle ses ministres et ceux-ci commencent leurs
enchantements. Isménor fait disparaître le soleil, et
fait savoir que le résultat de ses incantations est favorable.
Il remet une baguette magique à Dardanus ; grâce
à elle le prince pourra emprunter les traits d'Isménor,
mais il ne devra pas révéler le secret. (4)
Paraît alors Anténor qui vient demander l'aide
d'Isménor pour conquérir le coeur d'Iphise contre sosn
rival. (5) Dardanus, sous les traits d'Isménor, reçoit
les confidences d'Iphise, et apprend que sa passion est payée
de retour. Se faisant connaître de celle qu'il aime, il rejette
sa baguette magique et apparaît sous son vrai visage ; Iphise
est déchirée entre l'amour et le devoir où elle
est de haïr l'ennemi de son père ; elle s'enfuit. (6)
Dardanus se décide à partir. On entend un bruit de
guerre. Une fofule s'empare de Dardanus.
Acte III
Une galerie du palais de Teucer
(1) Iphise pleure le sort de Dardanus, qui a
été fait prisonnier, et le sien. (2) Anténor
vient réclamer que leur union ait lieu. Iphise se
récrie que le moment est mal choisi alors que Dardanus doit
être immolé. Anténor comprend à son
attitude qu'elle est éprise de Dardanus. Pendant ce temps, les
Phrygiens se réjouissent de cette capture, et préparent
des divertissements. Iphise s'enfuit. Choeur des Phrygiens. Duo d'une
Phrygienne et d'un Phrygien. Menuets. Tambourins. (4) Teucer
interrompt les chants et les danses en annonçant qu'un monstre
gigantesque, un dragon furieux, dévaste la côte ; il a
été envoyé par Neptune pour punir les Phrygiens
de retenir captif un fils de Jupiter. Anténor, fidèle
à son serment, part pour aller combattre le monstre. Le choeur
des Phrygiens l'encourage.
Acte IV
La prison de Dardanus
(1) Dardanus se lamente.
Le rivage de la mer ; on y voit de tous
côtés des traces de la fureur du monstre qui ravage la
côte. Vénus descend dans un char dans lequel on voit
Dardanus endormi.
(1) Vénus indique qu'elle brave Neptune à
la demande de Jupiter, désireux de délivrer son fils.
(2) Les Songes entourent Dardanus endormi, et font alterner dans son
esprit la douceur du rêve amoureux et la prémonition des
épreuves à venir. Ils lui montrent dans son sommeil
l'abominable monstre qui ravage le pays. Airs des Songes. Gavotte.
Air de triomphe. Trio des Songes et Choeur des Phrygiens. (3)
Dardanus s'éveille. Il s'empresse à l'assaut du monstre
et à la rencontre de l'amour. (4) Anténor est venu
affronter le monstre. Il estime toutefois ce dernier moins redoutable
que l'Amour. Bruit de tempête. Le ciel s'obscurcit, le monstre
apparaît, en vomissant des flammes. Anténor le combat
mais est contraint de reculer. (5) Dardanus apparaît à
ce moment et, voyant son rival en difficulté, n'hésite
pas à voler à son secours. Il tue le monstre et revient
avec Anténor qui, dans la pénombre, ne le
reconnaît pas. Anténor reconnaissant lui donne son
épée en gage de fidélité, et fait le
serment de consentir à son désir. Dardanus lui demande
de laisser la princesse libre de son choix.
Acte V
Le peuple phrygien est réuni devant le palais
de Teucer. D'un côté, on voit la ville, de l'autre la
campagne et la mer.
Teucer et Iphise sortent du palais pour aller au devant
d'Anténor, qui vient du côté de la mer. Le
prenant pour le vainqueur du monstre, Teucer le félicite. A la
surprise générale, Dardanus arrive à son tour.
(2) Il se fait reconnaître de celui qu'il a sauvé en lui
rendant son épée. Anténor s'incline et s'enfuit,
désespéré. (3) Vénus descend des cieux
pour faire reconnaître la souveraineté de son fils,
l'Amour. Teucer consent à l'union de sa fille avec Dardanus.
Les deux amants se jurent fidélité. Les Amours
élèvent un palais charmant pour y
célébrer les noces. Choeur des Amours. Gavotte. Air de
Vénus. Gigue. Chaconne.
(D'après le livret Archiv
Produktion)
Représentations
:
- Versailles - Opéra
Royal - 12 février 2011 - Besançon, Opéra
Théâtre - 17 février 2012 -
Ensemble Pygmalion - dir. Raphaël Pichon - avec Bernard
Richter (Dardanus), Gaëlle Arquez (Iphise), João
Fernandes (Isménor), Benoît Arnould
(Anthénor), Alain Buet (Teucer), Sabine Devieilhe
(Vénus / Première Phrygienne), Emmanuelle De Negri
(Amour / Seconde Phrygienne), Romain Champion (Arcas)
"Pourquoi, depuis des
décennies, les chefs d’orchestre manifestent-ils une telle
désaffection pour les versions de Dardanus postérieures
à la création ? Certes, l’original de 1739 inclut des
morceaux d’une insurpassable beauté, mais pourquoi ne pas
faire confiance à Rameau ? Pourquoi ne retenir de la version
de 1744 que le grand air du héros éponyme, « Lieux
funestes » ? La dernière reprise de l’œuvre, à
Lille, sous la direction d’Emmanuelle Haïm, faisait le
même choix de Marc Minkowski dans son enregistrement (voir
recension). Ce que le compositeur a fait de sa partition, au fil de
révisions qui s’étalèrent sur près de
vingt ans, mérite pourtant qu’on aille y jeter une oreille,
dans la mesure où il s’agit d’une refonte complète qui
n’épargne que le prologue et les deux premiers actes,
laissés pratiquement intacts, avec malgré tout un
très beau quatuor guerrier avec chœur remplaçant une
partie du premier divertissement. L’impatience est donc à son
comble lorsque, après l’entracte, commence la
découverte de cet autre Dardanus.
On y rencontre un nouveau
personnage, Arcas, perfide confident d’Anténor,
déjà entendu dans le quatuor mentionné plus
haut. De l’acte III ne subsistent que l’air d’Iphise « O jour
affreux » et l’excellent divertissement pacifique (mais sans ce
tube ramiste qu’est le duo avec chœur « Paix favorable, paix
adorable »). Le personnage du magicien Isménor y gagne,
puisqu’il reparaît au quatrième acte, au lieu de ne
figurer qu’au second. Vénus, en revanche, disparaît du
quatrième acte mais récupère au prologue l’air
« L’Amour, le seul Amour », à l’origine
confié à une bergère. Adieu monstres et aux
songes – malgré la sublime musique qu’ils inspirent –, le
drame se replie sur sa dimension humaine, avec quand même une
intervention des Esprits aériens invoqués par
Isménor. A l’orchestre, d’étonnantes innovations, comme
ce court passage en pizzicato accompagnant l’entrée d’Iphise,
ou le « Bruit de guerre » qui relie l’acte IV au suivant,
et au finale une admirable chaconne, brillamment enlevée par
l’ensemble Pygmalion. Ce que l’on remarque en premier lieu, c’est
justement la direction enlevée mais toujours
élégante de Raphaël Pichon. Les danses ont toute
la vigueur nécessaire, mais sans à-coups ni
brutalité, et on sait gré au chef de rendre à
Rameau cette noblesse.
Et le plus beau, c’est que la
distribution est pratiquement irréprochable. Dans cet
opéra où l’on parle sans cesse de la haine,
sacrée et inflexible, du roi de Phrygie Teucer et de son
allié Anténor pour leur ennemi Dardanus, le prologue
est mené par Vénus et Cupidon. Sabine Devieilhe
possède un timbre charmant, mais peut-être un peu trop
léger, notamment pour assurer l’air très vocalisant
« Quand l’aquilon fougueux », avec ses plongées dans
le grave, et l’on se dit qu’elle aurait peut-être dû
échanger son rôle avec Emmanuelle De Negri, magistrale
d’autorité et de présence, mais qui a hélas
beaucoup moins à chanter. Tout au long de l’œuvre, le chœur de
l’ensemble Pygmalion, très homogène, donne aux solistes
une réplique convaincante dans ses très nombreuses
interventions.
Au premier acte, les choses
sérieuses démarrent, avec la révélation
que constitue l’Iphise de Gaëlle Arquez, sculpturale
tragédienne, dont la riche voix subjugue par ses moirures et
son drapé majestueux. Chacun de ses airs émeut, et la
version de 1744 lui en ajoute justement un fort beau, ainsi qu’un duo
avec le héros. Dans le rôle du père de la
princesse, Alain Buet est tout à fait à sa place,
contrairement à certaines incarnations récentes
où on lui confiait des personnages de jeunes amoureux (comme
dans le Carnaval de Venise de Campra) et son timbre aguerri se
prête sans mal aux éclats belliqueux. Autre « basse
» – au sens dix-huitiémiste – de la distribution,
Benoît Arnould est pour Dardanus le plus redoutable des rivaux
: il possède à la fois les aigus et les graves qu’exige
le rôle d’Anténor, avec un timbre et une diction qui
rendent le personnage fort séduisant. Basse au sens moderne du
terme, João Fernandez a tendance à appuyer ses graves
caverneux, mais il donne au magicien Isménor un
caractère inquiétant qui s’avère parfaitement
efficace. Enfin, succédant à Emiliano Gonzalez-Toro qui
interprétait le rôle à Beaune en juillet dernier,
Bernard Richter brille de tous ses feux, notamment dans son grand air
orné au quatrième acte. Son timbre claironnant
écrase pourtant un peu ses partenaires, et on regrette une
fois encore cette volonté de « faire du son »
déjà signalée lors de la reprise
d’Atys."
- Beaune - Cour des Hospices
- 2 juillet 2011 - version de concert - dir.
Raphaël Pichon - avec Gaëlle Arquez (Iphise), Emiliano
Gonzalez-Toro (Dardanus), Sabine Devieilhe (Vénus),
Benoît Arnould (Anténor), Andrew Foster-Williams
(Ismenor), Alain Buet (Teucer), Emmanuelle de Negri (Amour),
Romain Champion (Arcas)
"Elle est belle, grande et
brune. Un port de reine, un visage racé et la grâce
d’une ballerine. Elle possède surtout une voix soyeuse et
ronde, aux graves charnus et aux aigus enveloppants. Gaëlle
Arquez, dans le rôle de la princesse Iphise, fille du roi de
Phrygie, dominait sans peine la distribution de ce Dardanus de
Jean-Philippe Rameau, donné samedi soir dans la cour des
Hospices de Beaune.En dépit du froid qui incitait les
spectateurs à accumuler gilets et écharpes au fur et
à mesure que descendait la nuit, la jeune chanteuse dont la
carrière prend son envol depuis la fin des années 2000,
a su traduire sans trembler et avec une noble émotion les
tourments d’Iphise, se consumant d’amour pour Dardanus, fils de
Jupiter (tout de même !), et ennemi juré de son
père.
Le héros l’aime en
retour et l’opéra, à grand renfort de magie,
d’interventions de puissances tantôt infernales, tantôt
bénéfiques, permettra aux amants d’être enfin
réunis, après maintes
péripéties…
L’argument n’est sans doute
pas des plus puissants ni des plus vraisemblables (on en fit
d’ailleurs le reproche au compositeur et à son librettiste,
Charles-Antoine Le Clerc de la Bruère, lors de la
création le 19 novembre 1739) mais la musique de ce Dardanus
regorge de pages admirables, dans le registre de la
déploration comme de la jubilation, de l’effroi comme de la
douceur.
Le jeune chef d’orchestre
(né en 1984) Raphaël Pichon a choisi pour Beaune la
version de 1744, dans laquelle Rameau a notamment remanié en
profondeur les trois derniers actes – sur les cinq
précédés d’un prologue que compte l’ouvrage.
La part dévolue au
chœur est magnifique, variée et considérable, et, si
l’on goûte la belle tenue vocale et musicale des voix de
l’ensemble Pygmalion, on aurait souhaité plus de contrastes
dans les couleurs et les nuances : que la méchanceté
grince davantage, que la tendresse n’hésite pas à
caresser avec plus de suavité… Cet excès de sagesse et
d’uniformité vaut aussi pour l’orchestre, sans doute un peu
éteint par l’acoustique difficile du plein air – mais que le
cadre des Hospices est beau quand tombe la nuit d’été
sur les toits aux tuiles vernissées !
Précis, attentif,
Raphaël Pichon fera sûrement preuve à l’avenir de
plus de souplesse et de passion, quand ce Dardanus qu’il abordait ici
pour la première fois fera pleinement partie de son paysage
sonore. Car le génie audacieux, fantasque et violent de
Rameau, qui laisse soudain s’épanouir des épisodes
élégiaques ou dansants d’un charme enivrant, a besoin
d’être poussé dans ses retranchements expressifs.
Il exige aussi, pour les
chanteurs, une diction impeccable (le plateau est sur ce plan
irréprochable) et une ligne de chant qui épouse la
beauté classique de la langue française, jusque dans la
répétition presque hypnotique de mots très
simples : « Amour, flamme, plaisirs, douleur, cruel, horreur…
» Force est de constater que, outre la magnifique Gaëlle
Arquez, les dames (Sabine Devieilhe et surtout Emmanuelle de Negri)
s’en tirent mieux que les messieurs dont le style tire un peu
à hue et à dia et l’intonation se relâche ici ou
là.
Mention pourtant à
Emiliano Gonzalez-Toro en Dardanus : bien que parfois un brin «
coincé » dans l’aigu de son registre de haute-contre, il
livre un frémissant « Lieux funestes » au
début de l’acte IV et rend justice ainsi à l’une des
pages les plus inspirées de Rameau, d’une beauté
sidérante, exaltée par le timbre du basson,
boisé, plaintif et mystérieux. Quelques minutes d’une
tristesse sublime où le fils de Jupiter laisse déborder
le chagrin de son « cœur déchiré
»."
- Diapason - septembre 2011
A Beaune, le chef Raphaël
Pichon et son jeune ensemble Pygmalion défendent Dardanus en
concert, non dans la version de 1739 mais celle de la reprise de
1744. Cette nouvelle mouture, moins spectaculaire, plus
déclamatoire, accuse l'inexpérience
théâtrale d'un chef d'abord maître de son chœur.
Certes, la danse tient la pulsation d'un jaillissement harmonique et
chromatique constant grâce à un orchestre virtuose. Mais
le geste de Pichon tend à se crisper quand l'écriture
met le récitatif à nu, laissant aux chanteurs le soin
de l'animer.
Plus que Sabine Devielhe,
Vénus légère et décorative, l'Amour
d'Emmanuelle de Negri impose ainsi au Prologue un ton, une
fraîcheur. Mais les excès d'Andrew Foster Williams
(Isménor) ne se révèlent guère plus
efficaces que les pâles invectives de Benoît Arnould
(Anthénor) et Alain Buet (Teucer). L'éloquente
tendresse que leur oppose Emiliano Gonzalez Toro ne suffit pas
davantage : la haute-contre de Dardanus exige un
héroïsme, une liberté dans l'aigu que son
ténor ne possède pas. Port altier, tim bre de
lumière veloutée, Gaëlle Arquez est en revanche
une Iphise-née, la mieux tenue sans doute des - trop ? -
nombreuses promesses de ce Dardanus."
- Opéra Magazine - septembre 2011
"Avec cette production ouvrant
le 29e Festival International d'Opéra Baroque de Beaune, sa
fondatrice, Anne Blanchard, a pris quelques risques en confiant
Dardanus, pas vraiment le plus célèbre des
opéras ramistes, au jeune chef français Raphaël
Pichon (27 ans seulement) et à son ensemble Pygmalion. Tous
ont été assumés. En 1739, la première
représentation de la tragédie lyrique Dardanus
reçut un accueil mitigé. En 1744, Rameau en modifia
profondément les trois derniers actes : le livret,
écrit par Charles-Antoine Le Clerc de La Bruère, perdit
de son ample merrveilleux, au profit d'une action plus
théâtrale et de personnages plus ancrés dans
l'humanité ordinaire. Cette version de 1744 est connue mais
elle n'avait jamais été, semble-t-il, jouée dans
son intégrité dans les temps modernes. En effet, au nom
d'un Rameau pragmatique et susceptible de modifier son œuvre jusqu'au
lever de rideau, certains chefs préfèrent la truffer de
certaines pages, selon eux inoubliables, empruntées à
la version originelle... Un prochain enregistrement phonographique
pour le label Alpha, prolongera le concert bourguignon.
D'emblée, on saluera la
maturité et la rigueur dont Raphaël Pichon fait preuve.
Ses détracteurs ont reproché à Rameau d'avoir
composé un opéra « symphonisé », tant
l'orchestre y est central. Le chef assume crânement cette
singularité : la pâte instrumentale de son ensemble
Pygmalion est colorée, dense et ductile.
Cohérent, le plateau
offre cependant quelques disparités. Le point fort en est
Gaëlle Arquez, dont le surgissement est comparable à
celui de Véronique Gens, il y a environ deux décennies
et, plus récemment, de Sophie Karthäuser. Dans le
rôle essenntiel d'Iphise, la jeune soprano française
dévoile une riche nature vocale, une émission saine et
un beau sens des nuances. Également dotée d'une
silhouette fine et élancée, une artiste à suivre
absolument ! Dans le rôle-titre, Emiliano Gonzalez-Toro laisse
une impression plus mitigée, malgré un timbre
séduisant et une évidente musicalité : dans les
aigus, le ténor helvético-chilien mésuse de son
aptitude à choisir entre le pur registre de tête et la
voix mixte, et craque certains passages. En résulte un
sentiment d'inconstance, auquel s'ajoute un certain maniérisme
expressif. Du reste de la distribution, on détachera les
solides et sereins Alain Buet et Romain Champion."
- Opéra de Lille
- 16, 18, 20, 22, 24 octobre 2009 - Théâtre de Caen - 5, 7
novembre 2009 - Auditorium de
Dijon - 18, 20 novembre 2009 - Chœur et orchestre du
Concert d’Astrée - dir. Emmanuelle Haïm - mise en
scène Claude Buchvald - chorégraphie Daniel Larrieu
- décors Alexandre de Dardel - costumes Corine Petitpierre
- lumières Joël Hourbeigt - avec Anders J. Dahlin
(Dardanus), Ingrid Perruche (Iphise), Trevor Scheunemann
(Anténor), François Lis (Teucer), Andrew
Foster-Williams (Isménor), Sonya Yoncheva (Vénus,
Une Bergère), Marie-Bénédicte Souquet (Amour)
- Coproduction Opéra de Lille, Théâtre de
Caen, Opéra de Dijon

- La Voix du Nord - « Dardanus » :
Rameau retrouvé... et sauvé par Emmanuelle
Haïm
"Premier duo, premier choeur,
premier ballet - la fête chez les dieux... Voilà donc
cette tragédie-lyrique qu'on attendait en France depuis tant
d'années (trente ans !). Rameau retrouvé, dont on ne
dira jamais assez combien il est le grand compositeur du XVIIIe
siècle, immense, somptueux. Sur ces terres, Emmanuelle
Haïm est comme chez elle. Souveraine. Mais il faut convenir que
cette production de l'opéra de Lille, pour courageuse et fort
séduisante par certains aspects, a quand même
passablement déçu.
Certes, le pari n'était
pas simple. Une partition complexe, un argument truffé de
scènes délicates à rendre (l'Olympe, les
combats, la tempête...) Ce n'est pas tant le parti pris de la
mise en scène de Claude Buchvald - décor minimaliste,
épure plutôt élégante - qu'un certain
nombre de principes scénographiques et chorégraphiques
- ou plutôt leur absence - qui laissent le spectateur perdu
dans ses rêves : costumes unisexes dans les tonalités
chair échappés de l'empire romain décadent (et
du Satiricon), ballets pour le moins inaboutis voire inconsistants,
même si on n'attendait évidemment pas une gestique
baroque. Jusqu'à un acte des songes, élément
central de l'opéra, accords mystérieux et superbes,
où la mise en scène paresse jusqu'à susciter
l'ennui (une pensée pour les publics de 1739-1740 qui, dit-on,
avaient trouvé le temps long). Belle réussite par
contre, la scène du magicien très Harry Potter.
Visuellement laborieux, ce
Dardanus est un enchantement musical. Distribution vocale
séduisante avec un beau couple de héros amoureux - une
émouvante Iphise (Ingrid Perruche), un Dardanus, ténor
aigu et élégant (Anders J. Dahlin) -, un roi de
majesté (François Lis), des seconds rôles
réussis, des choeurs omniprésents. Dans la fosse,
Emmanuelle Haïm mène le Concert d'Astrée avec la
fougue qu'on lui connaît.
Vendredi, le public lillois ne
s'y est pas trompé qui l'a ovationnée avec ses
musiciens."
- AFP - "Dardanus" de Rameau, une féerie
sous la baguette magique d'Emmanuelle Haïm
La chef d'orchestre Emmanuelle
Haïm et son choeur du Concert d'Astrée ont
enchanté le public de l'Opéra de Lille vendredi soir
avec "Dardanus", une féerie baroque de Jean-Philippe Rameau,
où "l'amour règne en maître absolu".
Créé en 1739
à l'Académie Royale de musique, ancêtre de
l'Opéra de Paris, cette tragédie lyrique en cinq actes
revient sur la scène française pour la première
fois depuis près de trente ans. Chaque acte est un petit
opéra, où tout est un prétexte à la
danse. Fidèles à l'esprit de l'époque, menuets,
gavottes, rigaudons, passepieds, gigues et contredanses n'ont rien
perdu de leur séduction. Le spectateur se retrouve plusieurs
siècles en arrière à la cour du roi et le
ballet, dirigé par Daniel Larrieu, "tisse le lien entre les
dieux et les mortels".
Dans une antiquité
inventée, Iphise, fille du roi Teucer et Dardanus, fils de
Jupiter, s'aiment sans se l'avouer. Mais Dardanus est l'ennemi
juré du roi Teucer. "Dardanus", c'est l'histoire d?un amour
impossible qui triomphe. "Plaisirs" est le premier mot chanté
par la déesse Vénus dans son nuage, rhabillée
sur scène par ses pages en bergère de l'amour, version
Marie-Antoinette. Elle invite les plaisirs à divertir sa cour
en son palais. Le spectacle tient les esprits, les yeux et les
oreilles dans un égal enchantement. Le temps est suspendu, les
costumes intemporels. Le choeur, composé de vingt-cinq
chanteurs, est essentiel. Ils sont tous habillés de robes
fluides "antiques" et coiffés de chapeaux baroques ou de
couronnes de fleurs. Le décor dépouillé s'ouvre
et se referme dans une structure cubique transformée en
coupole ouverte sur les cieux. Vénus en descend en une sorte
d'apothéose à l'acte IV, pour surgir des flots à
la rescousse de Dardanus au dernier acte.
Mais le théâtre
est aussi dans la fosse, où la chevelure flamboyante
d'Emmanuelle Haïm bouge au rythme de sa baguette et transporte
par sa belle maîtrise le spectateur dans d'autres lieux,
à une autre époque. La metteuse en scène Claude
Buchvald a aussi travaillé avec le chorégraphe Daniel
Larrieu et le scénographe Alexandre de Darde, admettant que
l'oeuvre de Rameau était un "travail sur l'exploit pour tous".
La distribution est
formée de chanteurs internationaux comme le ténor
suédois Anders J. Dahlin, la basse britannique Andrew
Foster-Williams, et la soprano bulgare Sonya Yoncheva, tous
très applaudis."
"Ce Dardanus est le fruit
d'une collaboration judicieuse et bien pensée. La mise en
scène de Claude Buchvald sobre, minimaliste et
épurée, fouette l'imaginaire, prend son envol dans la
seconde partie et valorise les danseurs de Daniel Larrieu. Ne pas
s'attendre ici à des enchaînements virtuoses, mais des
pas de deux et des solos qui offrent des moments de grâce d'une
haute technicité.
Le concert d'Astrée
s'implique avec une étourdissante abondance d'énergie.
Emmanuelle Haïm est à nouveau époustouflante. Sa
gestuelle, mains nues faisant de petits mouvements de marionnette,
nous galvanise à un tel degré qu'on aurait presque
tendance à ne se focaliser que sur elle. Le public ne s'y est
pas trompé en l'ovationnant comme il se doit.
Cette lecture pulsionnelle
profite autant aux remarquables choeurs qu'aux chanteurs. Tandis que
la soprano Ingrid Perruche (Iphise) régale de
musicalité et de fragilité, le ténor Anders J.
Dahlin (Dardanus) enchante avec son timbre vaillant. Et l'on
s'excuserait presque de ne pas citer l'ensemble des
interprètes de cette production."
"En programmant la
tragédie lyrique Dardanus, de Rameau, en ouverture de sa
septième saison à la tête de l'Opéra de
Lille, l'entreprenante Caroline Sonrier n'a pas craint la prise de
risques. Elle a, il est vrai, un atout majeur dans sa manche avec le
concert d'Astrée, ensemble vocal et instrumental
dédié à la musique baroque sous la direction
d'Emmanuelle Haïm, en résidence à Lille depuis
2003.
Mais le kitsch minimaliste et
abscons de la mise en scène de Claude Buchwald a
gâché le jeu. Les décors
désespérants de platitude d'Alexandre de Dardel
(Vénus au milieu des roses comme une icône à la
Pierre et Gilles), les costumes laids voire ridicules de Corine
Petitpierre (la palme revient aux nuisettes roses des hommes dans les
choeurs et ballets de Vénus), les chorégraphies molles
et souvent insipides de Daniel Larrieu (si l'on excepte un beau
travail d'entrelacs des bras) : on reste surpris devant un tel
ratage. Où est passée La Cenerentola fine mouche, de
Rossini, qui avait enchanté le Festival d'Aix-en-Provence en
2000 ?
Certes, la tragédie
lyrique, cette spécialité de l'opéra
français des XVIIe et XVIIIe siècles - Dardanus a
été créé à l'Académie
royale de musique en 1739 -, pour s'être faite moins rare ces
dernières années sur nos scènes lyriques, n'en
demeure pas moins un genre difficile, pétri de conventions et
d'allégories a priori obsolètes - les ballets y
occupent par exemple une place prépondérante. Mais elle
a connu de beaux succès, notamment avec le magnifique
Hippolyte et Aricie, du même Rameau, monté la saison
dernière par Ivan Alexandre au Capitole de Toulouse avec la
même Emmanuelle Haïm.
Couleurs instrumentales
virtuoses, sobre densité des choeurs : la jeune femme n'ignore
pas que les harmonies complexes de Jean-Philippe Rameau, pour avoir
été brillamment théorisées par le
compositeur lui-même, ne sont jamais qu'au service de la
dramaturgie. Sans être exceptionnel, le plateau vocal vaut pour
la Vénus sensuelle et gracieuse de Sonya Yoncheva, l'amoureuse
princesse Iphise d'Ingrid Perruche. Si la lutte entre le fils de
Jupiter, Dardanus (pâlot Anders J. Dahlin), et le noble roi
Anténor (vaillant Trevor Scheunemann) pour la main de la belle
Iphise l'avait été sur le terrain vocal, nul doute que
l'immortel eût cédé à son rival humain.
Mais l'histoire est ce qu'elle est : dans la tragédie lyrique,
toujours, triomphent l'amour, les plaisirs et les
dieux."
- Diapason - novembre 2009 - Rameau
méritait mieux
"Rien de vraisemblable dans
cet opéra », remarque Claude Buchwald dans sa note
d'intention. Il rejoint ainsi la cohorte de commentateurs
désespérés par la faiblesse des livrets choisis
par Rameau. Celui de Dardanus, mal construit, resssemble plus
à un catalogue de moments obligés de l'opéra
français (une tempête, un sommmeil, des danses)
qu'à une pièce de théâtre où
évoluent des perrsonnages à partir d'une situaation
donnée. Certes.
L'enjeu dramatique existe
pourtant. Dardanus, fils de Jupiter et d'Électre, aime Iphise,
fille de son ennemi Teucer, roi de Phrygie, qui lui destine le prince
Anténor. Mais l'intrigue stagne, multiplie les
banalités avant de s'achever par l'inévitable
réconciliation. De quoi éprouver l'imagination de plus
d'un metteur en scène.
Pour l'Opéra de Lille,
Claude Buchwald a préféré à une lecture
littérale du texte, qui induirait une « surcharge
décorative », une action concentrée dans «
une boîte modulable, transformable à vue »
susceptible de s'adapter au «déploiement des forces
contradidoires qui s'enntrechoquent dans le récit ». Il
ne faut donc pas espérer voir un monstre, le riche palais de
Teucer ni le char de Vénus.
Mais à vouloir prendre
ses distances avec le premier degré, la production
néglige le caractère merveilleux de cette
tragédie lyrique (l'inoubliable acte IV) et la
«boîte modulable» contraint les chanteurs à
touujours quitter la scène par le fond. Stylisés, les
décors d'Alexandre de Dardel et les costumes de Corine
Petitpierre refusent toute référence historique,
même si le choeur évoque une Antiquité revue par
un XIXe siècle finissant.
Ils n'évitent pas pour
autant les maladresses, comme l'apparition de l'enchanteur
Isménor dans une immense papillote d'aluminium symbolisant son
temple. Contestables, ces propositions valent toujours mieux que
l'indigente chorégraphie de Daniel Larrieu ...
Si les « plaisirs »
pourtant apppelés à « régner »
dès le premier air désertent le plateau (on se demande
souvent si les intervenants ont pris la partition au sérieux),
ils se réfugient dans la fosse et parmi les channteurs. Ces
derniers soignent autant la déclamation que la diction et
investissent chacun avec naturel leur personnage. Le Suédois
Anders J. Dahhlin incarne le rôle-titre avec la vaillance et la
sensibilité nécessaires.
Il atteint une rare
intensité dans l'air « de la prison »,
judicieusement emprunté à la révision de 1744
(il s'intègre très bien à la version originale
de 1739 et permet d'entendre une des plus bouleversantes plaintes de
Rameau). Ingrid Perruche prête son timbre sombre et son
expression noble au douloureux sort d'Iphise, désirée
par l'Anténor valeureux de Trevor Scheunemann. Teucer
implaacable de François Lis, Isménor impérial
d'Andrew Foster-Williams, Amour radieux de
Marie-Bénédicte Souquet.
À la tête d'un
choeur et d'un orchestre du Concert d'Astrée des meilleurs
jours, Emmanuelle Haïm confirme quelle fine interprète de
Rameau elle est, capable de valoriser l'énergie rythmique des
danses comme la langueur des airs ou la richessse de la palette
instrumentale. Reste à trouver l'Isménor de la mise en
scène qui saura restituer toute la magie de la
parrtition."
- Le Figaro -
« Dardanus », belle réussite musicale
"Il y a des signes qui ne
trompent pas. Lorsque, au milieu d'applaudissements
déjà chaleureux, Emmanuelle Haïm vient saluer
à la fin du spectacle, c'est une ovation qui l'accueille. On y
voit d'abord le signe que le Concert d'Astrée et son chef ont
su mettre à profit leur résidence à
l'Opéra de Lille pour établir un vrai rapport affectif
et une complicité artistique avec le public local. Mais cette
cote d'amour à l'applaudimètre récompensait
aussi la plus grande réussite de la
soirée.
Car si le Dardanus de Rameau
est un chef-d'œuvre immortel, c'est d'abord par l'incroyable richesse
de son orchestre, véritable protagoniste de l'opéra.
Emmanuelle Haïm dirige avec une souplesse et une respiration
idéales, et de splendides couleurs orchestrales (les bassons
!), relayées par la qualité instrumentale
supérieure du Concert d'Astrée. Mais Dardanus, c'est
aussi un texte et sa déclamation : là encore, on
reconnaît la pâte d'Emmanuelle Haïm, qui a fait
travailler les solistes et le chœur dans le sens d'un style
français vivant.
La fragile
élégance d'Anders Dahlin dans le rôle-titre, la
prosodie expressive d'Ingrid Perruche, la voix superbe de Trevor
Scheunemann, toutefois plus romantique que baroque, la noblesse de
François Lis, le mordant d'Andrew Foster-Williams,
l'articulation percutante de Marie-Bénédicte Souquet
concourent à une réussite musicale qui aurait pu se
suffire à elle-même. Car on ne peut pas dire que la
soirée ait brillé par sa dimension
théâtrale. Mettre en scène la tragédie
lyrique ne va certes pas de soi, mais on aurait attendu plus de parti
pris d'une femme de théâtre comme Claire Buchvald. Elle
ne choisit pas entre réalisme, allégorie et ironie, la
chorégraphie de Daniel Larrieu se contente de quelques
poncifs, les costumes de Corine Petitpierre sont plutôt
indigents, à l'image des décors plus sommaires que
dépouillés d'Alexandre de Dardel. On sort de cette
soirée les yeux déçus mais les oreilles
enchantées."
- Diapason - décembre 2009 -
Reverrons-nous Dardanus ?
"Exhumé par Vincent
d'Indy en 1907, Dardanus connut les honneurs de Garnier en 1980,
cependant compromis par un tripatouillage douteux entre les versions
très dissemblables de 1739 et 1744. Et si Minkowski sut lui
rendre son intégrité en concert puis au disque, ce fut,
comme souvent, sans lendemain scénique. Le premier
mérite d'Emmanuelle Haïm est donc d'avoir imposé
l'ouvrage, où sa maturité ramiste s'affirme dans
l'élan de son récent Hippolyte et Aricie :toulousain.
Le Concert d'Astrée saisit en effet dès le Prologue par
une pâte, mieux encore une patte sonore affinée et
affermie. Sans doute la fosse lui rend-elle insuffisamment justice
qui, en dévorant les basses, nivelle les caractères de
la danse, admirablement portés pourtant par une dynamique
suspensive.
C'est aux mots qu'il revient
dès lors de creuser les reliefs de la tragédie, par
leur clarté, leur poids constamment juste. Ceux de Teucer ont
l'éclat vindicatif que projette le timbre basaltique de
François Lis. inaltéré par les assauts
répétés d'une émission anguleuse. Rugi
d'une traite, l'Isménor d'Andrew Foster- Williams tranche
ainsi moins dans le vif, tandis que Trevor Scheunemann,
Anténor un rien novice encore, et donc prudent dans sa
déclamation, s'arme pour tenir tête au monstre affreux
et redoutable, d'une étoffe pleine de promesses. La
haute-contre délicate et stylée d'Anders J. Dahlin
peine en revanche à tenir les siennes, le rôle-titre
exigeant une carrure plus héroïque.
Car les tendres soupirs, les
accents plaintifs sont l'apanage d'Iphise, coulés dans la voix
robuste d'Ingrid Perruche avec une infinie sensibilité.
Jusqu'à inspirer, parfois, un geste pertinent à Claude
Buchwald, metteur en scène venu du théâtre, qui
ailleurs démissionne. Ni la scénographie
épurée d'Alexandre de Dardel, ni surtout la
chorégraphie finalement plus répétitive que
ludique de Daniel Larrieu n'animent un onirisme tari par un
merveilleux a minima. Les enjeux esthétiques de la
tragédie en musique appellent certes une tout autre invention,
mais quand reverrons-nous Dardanus ?"
- Opéra Magazine - décembre
2009
"Joie cruelle que ce Dardanus
lillois! Musique exceptionnelle et interprètes idoines, mais
décevante présentation scénique. Il est vrai que
la tragédie-ballet reste aujourd'hui un genre terrible
à montrer. À bien méditer les Rameau de ces
vingt dernières années, on n'en trouve d'ailleurs que
très peu de satisfaisants, sauf Les Indes galantes d'Alfredo
Arias, à Aix ou un rarissime Castor et Pollux d'Eugène
Green, à Prague.
Que faire avec ces codes
scéniques oubliés, avec les litotes et les
pléonasmes du livret ? Choisir l'option minimaliste à
la Pierre Audi, en prenant le risque de la stérilité ?
Dévoiler l'histoire mais ignorer le beau, comme Jean-Louis
Martinoty ? Hanter les musées, comme l'Hippolyte et Aricie de
Pier Luigi Pizzi, il y a vingt ans, ou la récente production
toulousaine ? Peut-être faudrait-il des cinéastes de la
trempe d'un Milos Forman, d'une Sofia Coppola, pour obtenir un XVIIIe
siècle d'aujourd'hui qui contiendrait l'humour de Laurent
Pelly, le chic de Robert Carsen et l'érudition de Benjamin
Lazar.
Car il faut être fou
amoureux de Rameau pour investir sa subtilité
encyclopédique. À Lille, visiblement, on a trop
hésité. On ne peut le lire comme du Beckett et ses
divertissements d'Ancien Régime ne se prennent pas au pied de
la lettre. La trentaine de danses n'a aucunement séduit Daniel
Larrieu. Le chorégraphe a pourtant, de visu, des propos
passionnants à ce sujet, mais ses danseurs sont mis à
l'épreuve d'une scène trop pentue. Hésitation,
aussi, dans les costumes. Si la Phrygie et les tuniques ottomanes
fonctionnent, les nuisettes façon Taormina 1920, d'un
érotisme désuet, agacent. Le décor a des
laideurs potaches (le rocher d'Isménor, sorte de four solaire
en papier alu). Il connaît des moments poétiques, comme
la plage désolée par le monstre, mélange d'Yves
Tanguy que parcourt le voile souple d'un monstre à imaginer.
Dommage : ce procédé a été utilisé
et réutilisé dans les Rameau de Jean-Marie
Villégier, d'Ivan Alexandre... Alors, en attendant vainement
l'idéal, on clôt la pauupière pour ne plus
qu'écouter qu'une partition attendue depuis très
longtemps à la scène. Et là : plaisir vrai.
Enfin, il n'est plus impossible de distribuer un Rameau correct :
tout s'entend et s'énonce à la perrfection. Pas besoin
de surtitres ni de diapason, comme dans un récent Zoroastre,
pour goûter un plateau bien équilibré, à
l'exception d'un Amour dont la méforme fut, ce soir-là,
d'ordre climatique. Saluons la Vénus au timbre charnu et
tendre de Sonya Yoncheva, ainsi que la tragique gravité
d'Ingrid Perruche (Iphise). Anders J. Dahlin possède la
noblesse et la fragilité qui rendent si émouvant le
haute-contre français. Il lui manque juste l'investissement.
Pour figurer ces héros où la pâleur du
caractère ne parvient à la poésie qu'avec un
soupçon d'audace, il serait temps de distribuer le
ténor aigu de Cyril Auvity. On le doit à son talent.
François Lis, roi rageur, compense un timbre neutre par un jeu
intense. Le magicien d'Andrew Foster-Williams a l'humour et les
basses nécessaires à sa faconde. La découverte,
c'est Trevor Scheunemann, homme blessé de la partition, qui
fait de «Monstre affreux » des minutes d'une rare noblesse.
Il est aidé par la
liberté d'Emmanuelle Haïm et du Concert d'Astrée
qui n'hésitent pas à prendre à contrepied
certaines pages, quitte à parfois s'égarer. Autant le
souffle ample et les pulsations intenses auxquels sont livrés
les airs sont remarquables, autant la désagrégation des
rythmes est parfois inutile, comme dans la chaconnne finale. Le
Concert d'Astrée retrouve avec Dardanus les timbres
enjôleurs de ses Boréades de Strasbourg, en 2004-2005,
la verve et l'audace en plus."
- Théâtre de
Trièves - 6 avril 2008 - Philharmonisches
Orchester der Stadt Trier - Opernchor des Theaters Trier -
Tanztheater Trier- dir. Franz Brochhagen - mise en scène
Wolf Widder - décors Michael Goden - costumes Eva-Maria
Weber - Vénus Evelyn Czesla - avec Eva Maria
Günschmann (Amour), Eric Rieger (Dardanus),
László Lukács (Teucer), Adréana
Kraschewski (Iphise), Andreas Scheel (Anténor), Pawel
Czekala (Isménor), Evelyn Czesla (1. Songe), Eva Maria
Günschmann (2. Songe), Thomas Schobert (3. Songe)

- Sydney - Pinchgut Opera
- 30 novembre, 3, 4, 5 décembre 2005 - Orchestra
of the Antipodes - Cantillation - dir. Antony Walker - mise en
scène Justin Way - décors Hamish Peters -
lumières Bernie Tan - avec Paul Agnew (Dardanus), Paul
Whelan (Anténor), Kathryn McCusker (Iphise), Stephen
Bennett (Teucer), Damian Whiteley (Isménor), Penelope Mills
(Vénus), Miriam Allan (Un Songe, Une Phrygienne), Anna
Fraser, David Greco, Dan Walker, Corin Bone

- Wolf Trap Opera
(Etats-Unis) - 18, 20, 22 juillet 2004 - dir. Antony
Walker - mise en scène Chuck Hudson - décors,
costumes Robert J Martin - lumières John Demous -
chorégraphie Catherine Turocy - Ross Hauck (Dardanus),
Marie Lenormand (Iphise), Markus Beam (Anténor), Matthew
Burns (Teucer), Matthew Boehler (Ismenor), Kristin Reiersen
(Venus), Miranda Rowe, Audrey Babcock (Songes/Phrygiennes), Morris
Robinson (Songe/Phrygien)
- Bonn - 28 mars,
2, 11, 22 avril, 15 mai 2004 - Opernchor des Theater Bonn -
Statisterie des Theater Bonn - Beethoven Orchester Bonn - dir.
Attilio Cremonesi - mise en scène Karoline Gruber -
décors Bernhard Kleber - costumes Mechthild Seipel -
lumières Thomas Becker, Friedel Grass - dramaturgie Jens
Neundorf von Enzberg, Ulrike Schumann - avec Reuben Willcox
(Anténor), Mark Morouse (Teucer), Andrej Telegin
(Isménor), Eric Laporte (Dardanus), Katrina Thurman
(Vénus), Sabine Ritterbusch (Iphise), Christina Kallergis,
Tiina Sahiro (Suite de Vénus)


- Fribourg - 28
février, 9 avril, 12 mai 2004 - Opernchor des Theater
Freiburg - Bewegungschor des Theater Freiburg - Philharmonisches
Orchester der Stadt Freiburg - dir. Gottfried von der Goltz - mise
en scène Thomas Krupa - chorégraphie Teresa
Rotemberg - décors Andreas Jander - costumes Nina Reichmann
- dramaturgie Laura Berman - avec Heidi Elisabeth Meier
(Vénus), Sigrun Schell (Amour), Nicole Chevalier (Iphise),
Sung-Keun Park (Dardanus), Gregor Dalal (Anténor), Derrick
Lawrence (Teucer), Diógenes Randes (Isménor), Inge
Biblingmaier (Une Phrygienne), Lawrence Minth (Un Phrygien)
- Wolf Trap Opera
Company - 2003 - dir. Antony Walker - mise en
scène Chuck Hudson - décors Robert Martin - costumes
Robert Martin - lumières John Demous - avec Markus Beam
(Antenor), Ross Hauck (Dardanus), Marie Lenormand (Iphise), Matt
Boehler (Ismenor), Miranda Rowe (Songe/Phrygienne), Audrey Babcock
(Songe), Morris Robinson (Songe/Phyrgien), Matthew Burns (Teucer),
Kristin Reiersen (Vénus)

- Grenoble - Le Cargo
- 4 novembre 1997 -
Théâtre de Caen - 6 novembre 1997
- Opéra de Rennes - 7
novembre 1997 - Opéra de Lyon
- 13 janvier 1998 - en version de concert - Les
Musiciens du Louvre - Grenoble - dir. Marc Minkowski - avec
Véronique Gens, Magdalena Kozena, John Mark Ainsley,
Laurent Naouri, Mireille Delunsch, Jean-Philippe Courtis, Russell
Smythe, Françoise Masset.
- Arma - Académie
d'opéra baroque - 1990 - mise en scène
Michel Verschaeve
- Le Puy - Festival de la
Chaise Dieu - 22, 23 août 1983 - coproduction
Festival de la Chaise-Dieu, Université de Clermont-Ferrand,
Théâtre des Chiens-Jaunes de Clermont-Ferrand - dir.
Jean-Louis Jam - mise en scène Pierre Lagueunière -
décors Marcel Freydefont - chorégraphie Anne Marie
Ferreyroles - avec Anna-Maria Miranda (Iphise), Christian
Portanier (Isménor), Philippe Chassel (Tancer), Michel
Verschaeve (Anténor), Bruce Fithian (Dardanus)
"lent déroulement
de l'action...costumes et décors ternes...chorégraphie
anodine...un art de la déclamation baroque le plus souvent
joyeusement ignoré...une distribution
hétérogène...le seul élément
positif aura été la direction de Jean-Louis Jam..."
(Opéra International - octobre 1983)
- Opéra de
Bâle - 1981 - dir. Alan Curtis - mise en
scène et décors Filippo Sanjust
- Opéra
Garnier - 17 octobre au 13 novembre 1980 (neuf
représentations) - Orchestre du Théâtre
national de l'Opéra de Paris - dir. Raymond Leppard - mise
en scène Jorge Lavelli - scénographie Max Bignens -
chorégraphie Norbert Schmucki - - avec Frederica von Stade
(Iphise), Christiane Eda-Pierre (Vénus), Georges Gautier
(Dardanus), José van Dam (Isménor), Roger Soyer
(Teucer), Véronique Dietschy (une Phrygienne), Michaël
Devlin (Anténor)
- Schola Cantorum
- 1909 - C'est à la suite de cette
exécution que Jacques Rivière publia une critique
élogieuse :
"Mais le véritable
prodige, c’est l’orchestre qui, ne procédant que par
rigaudons, menuets et chaconnes, tient l’auditeur dans un trouble
perpétuel d’attente et de délice. Partout
traînent les désirs, coulent les plaintes, glissent au
long du cœur les plus voluptueux désespoirs. Qu’on ne s’y
trompe pas. Il ne s’agit pas seulement des « tendres amours
» et des « doux soupirs » dont le texte est prodigue ;
nous ne respirons pas là simplement la fadeur galante du
XVIIIè siècle. Mais les sentiments que porte cette
musique ont l’élan pur et direct des larmes qu’on ne peut
empêcher. Je vois la Muse debout, et d’une main elle tient son
grand cœur anxieux qui bouge sous sa robe ; son attitude est pleine
de décence ; mais je n’en sais pas moins qu’elle souffre des
mêmes amours que moi. Si vous en doutez, il ne faut
qu’écouter l’admirable chaconne finale et surtout l’ascension
sombre, haletante, épuisée, bien que toujours
passionnément réservée, qui remplit le
prélude du troisième acte et que Les Tablettes de la
Schola ont pu, sans trop d’arbitraire, rapprocher de la «
Solitude » de Tristan."
- Paris - Schola
Cantorum - 26 avril 1907 - Dijon - Théâtre Municipal
1907 - version de concert - dir. Vincent d'Indy
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