Opéra-ballet en un prologue et trois
entrées (O.C. IX), créé à Paris le 21 mai
1739. Antoine Gautier de Montdorge (1707 - 1768), maître
à la Chambre aux Deniers du roi, poète amateur, est le
seul ou le principal auteur du livret. Comme il ne signa pas d'abord
son poème, le bruit courut que La Pouplinière,
Gentil-Bernard et l'abbé Pellegrin y participèrent
également.
Distribution : Mlles Sallé
(Terpsichore), Bourbonnois (Amour), Marie Fel (Hébé),
Eremans (Sapho), Mariette (Eglé), Pélissier (Iphise),
MM. Albert (Alcée), Le Page (Tirtée), Jélyotte
(Thélème, Mercure).
Selon le Journal de Paris du 5 janvier 1777,
rapportant les propos d'un proche de Rameau, les plus beaux morceaux
des Talens lyriques avaient été composés
pour l'opéra Samson : la musique du "Divertisement du
Fleuve", à l'acte I, était le morceau destiné
à peindre l'eau jaillissante du rocher ; le grand morceau de
Tirtée était celui de Sanson reprochant leur
lâcheté aux Israélites ; le divertissement de
l'acte III était la "Fête d'Adonis".
En 1739, Rameau ajouta quelques danses à
l'intention de Barbara Campanini, dite Mlle Barberine ou
la Barbarini. Le 15 juillet, d'Argenson notait dans ses
Mémoires :
Il a paru hier une nouvelle danseuse à
l’Opéra. Elle est Italienne ; elle s’appelle la Barbarini ;
elle saute très haut, a de grosses jambes, mais danse avec
précision. Elle ne laisse pas d’avoir des grâces dans
son dégingandage ; elle est jolie, quoiqu’elle ait eu la f.
... en arrivant à Paris, causée par les eaux de la
Seine qui ne manquent pas d’attaquer ainsi les étrangers qui y
arrivent pour la première fois, et les purgent comme pour les
avertir de se préparer à recevoir quantité de
choses malsaines dans cette grande ville. Avec cela, elle a
été fort applaudie ; il est à craindre que sa
danse soit suivie. Nous voyons par là que Camargo a pris chez
les étrangers les sauts périlleux qu’elle nous a
produits. Notre danse légère, gracieuse, noble et digne
des Nymphes va donc devenir un exercice de bateleur et de bateleuse,
ce que nous prenons chez les Italiens et chez les Anglais. Ainsi a
dégénéré et dégénère
tous les jours notre musique céleste de Lully ; l’artiste
l’emporte sur l’homme de goût, le mérite de la
difficulté surmontée donne la vogue aux arts
étrangers, et nous cédons sottement le pas quand nous
en sommes si hautement en possession.
Voltaire disait de la Barbarini que
Frédéric II de Prusse lui donnait plus d'appointements
qu'à trois ministres d'état.
Des reprises eurent lieu en 1747, avec la Camargo dans
le rôle d'Eglé, en 1756, avec, dans la distribution,
Marie Fel, Mlle Puvigné et Poirier, puis en 1764,
avec Sophie Arnould dans le rôle d'Iphise, et Le Gros dans le
rôle de Mercure, avec une intelligence dont on ne l'aurait
pas cru susceptible (Bachaumont).
De 1770 à 1777, des exécutions eurent
lieu, sans le prologue et la première entrée.
Ainsi, le 9 juillet 1770, Rosalie
Levasseur, âgée de vingt-et-un ans, parut dans le
rôle d'une Bergère dans l'acte de la Danse, s'attirant
le commentaire de Bachaumont : Mademoiselle Rosalie a payé
de sa personne pour ses camarades : le public ne peut que lui savoir
gré de son zèle ; elle a très bien rendu les
divers rôles dont elle était chargée ; elle
acquiert de jour en jour plus de droit sur notre reconnaissance.
Cette actrice précieuse plaît d'autant plus qu'elle
n'est ni insolente, ni capricieuse comme les autres, et qu'elle joint
à la meilleure volonté des talents
décidés.
On compta plus de trois cents représentations
jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
L'oeuvre fut notamment jouée à Lyon,
dans la salle du Jeu de Paume de la Raquette
Royale, en 1749/50, à l'initiative de Mangot,
beau-frère de Jean-Philippe Rameau.
On donna deux parodies en 1756 de la troisième
entrée, considérée comme la meilleure : l'une,
de Favart, sous le titre de l'Amour impromptu, à
l'Opéra Comique, le 10 juillet, l'autre, de Araignon &
Clément, au Théâtre Italien, sans succès,
le 27 septembre, sous celui du Prix de l'amour.
Les FETES D'HEBE, ou les Talens lyriques, 132me
Opé. C'est un Ball. dont les paroles sont de M. Mondorge &
de différens Auteurs, & la musiq. de M. Rameau. Il est
gravé in-4°. fut donné pour la premiere fois le 21
Mai 1739, parodié sous le titre des TALENS COMIQUES, &
remis le 25 Juillet 1747 & en Juillet 1756. Le sujet du Prolog.
est Hebé, qui voyant l'inconstance des Dieux, abandonne
l'Olympe, & cherche sur la terre un asyle plus heureux : il se
passe entre cette Déesse, Momus, l'Amour, les Graces,
Zéphyre, &c. L'Amour, après être venu rendre
hommage à Hebé, annonce le sujet du Ballet, en
l'engageant à venir voir sur les bords de la Seine triompher
les talens lyriques. La premiere entrée, intitulée la
Poésie, est remplie principalement par Sapho dans sa jeunesse,
& Alcé, fameux Poëte Grec. La seconde,
intitulée la Musique, est tirée de Platon & de
Plutarque, & le sujet en est Tirtée, qui par la
beauté de son chant anime tellement les
Lacédémoniens, qu'ils remportent la victoire sur les
Messeniens. Après les premieres représentations, on fit
quelques changemens à cette entrée, qui la rendirent
meilleure qu'elle n'étoit auparavant. La troisieme
entrée enfin, est intitulée la Danse, & se passe
entre Mercure amoureux d'une Bergere, qui par ses talens s'est rendue
digne d'être admise à la Cour de Terpsicore. (de
Léris - Dictionnaire des Théâtres)
"Pas de fil conducteur, mais trois histoires
plaisantes et légères, inspirées de la
mythologie ou de scènes quotidiennes, intitulées "la
Poésie", avec Sapho, "la Musique", avec Tirtée, "la
Danse"avec la bergère Eglé, élève de
Terpsichore(Le Monde de la Musique - mars 1998)
Synopsis
Prologue
Une campagne riante, avec au loin le mont
Olympe.
Hébé (dessus) versait le nectar à
la table des dieux. Lassée par l'inconstance des dieux, elle
décide redescend sur terre où elle est poursuivie par
Momus (haute-contre). Une douce symphonie annonce les Grâces,
dont une porte l'arc de l'Amour, une autre porte son carquois.
L'Amour (dessus) vient demander aux Thessaliens que l'on
célèbre l'amour de la jeunesse. Puis il propose de se
transporter sur les bords de seine. Une troupe de Zéphirs
soutient le char destiné à Hébé.
Première entrée : la Poésie
ou Sapho
Un bosquet, avec, dans le fond, deux portiques de
verdure.
(1) Sapho (dessus), poétesse, que les Grecs
surnommaient la « dixième muse », à la cour
de Lesbos, gouvernée par Hymas (basse), a été
touchée par les talents d'Alcée (basse), poète
également, mais ce dernier a été frappé
d'exil par Hymas, à la demande de Thélème,
favori de Hymas et rival d'Alcée. (2) Thélème
(haute-contre), agité par le remords, rencontre Sapho qui nie
être éprise d'Alcée. Thélème lui
avoue son amour, et Sapho lui demande qu'il obtienne une grâce
du roi. (3) Sapho apprend à Alcée qu'il est victime
d'un rival jaloux, mais qu'elle espère, par son art, apitoyer
Hymas. Tous deux invoquent le dieu des vers. Un bruit de chasse
annonce l'arrivée du roi. Alcée se cache. (4) Hymas et
sa suite arrivent, et s'installent pour voir la fête
allégorique préparée par Sapho. (5) Le
théâtre s'ouvre pour laisser voir, à travers des
portiques de verdure, un lointain frappé de lumière :
le point de vue est terminé par le cours d'un fleuve, et on
aperçoit, sur le devant, une Naïade couchée sur
son urne. Chant des Mariniers. La Naïade (dessus) se plaint
être délaissée par un ruisseau. Bruit souterrain.
Le Fleuve (basse) sort de l'onde et rassure la Naïade. Il fait
revenir le ruisseau dont elle est éprise et tous deux chantent
d'être réunis. (6) Sapho profite de la satisfaction de
Hymas pour lui demander de pouvoir suivre Alcée dans son exil.
Hymas annule sa décision. Thélème
préfère s'enfuir. (7) Alcée apparaît et la
fête continue. Le choeur chante la gloire de Sapho. (8) Le
Ruisseau (haute-contre) et la Naïade, Sapho et Alcée, et
le choeur chantent l'amour.
Deuxième entrée : la Musique ou
Tirtée
Le péristyle d'un temple
(1) Iphise (dessus), princesse de Sparte,
s'apprête à épouser Tirtée (basse), chef
de l'armée lacédémonienne. Alors qu'elle se
rémémore comment celui-ci l'a séduite par son
chant, se prépare un pompeux sacrifice. (2) Mais Lycurgue
(haute-contre), roi de Sparte, vient lui annoncer qu'un oracle
s'oppose à ce mariage : Iphise est promise au vainqueur des
Messéniens. Il la console en lui annonçant que
Tirtée s'apprête lui-même à vaincre les
ennemis de la cité. (3) Tirtée entraîne le peuple
de Lacédémone au combat par son chant : passant
brusquement du mode lydien au mode phrygien, il inspire l'ardeur
à ses troupes (4) Iphise invoque l'oracle (haute-contre)pour
connaître l'isue du combat. (5) Un Amour sort du temple et se
joint au Génie d'Apollon qui entraîne le Génie de
Mars. Ils s'unissent pour attirer le Génie de la Victoire.
Celui-ci est suivi d'un Amour qui porte le flambeau de l'Hymen. (6)
Iphise accueille Tirtée qui lui raconte comment il a
été vainqueur. (7) Unis à Lycurgue, ils chantent
l'amour. (8) Des nuages chargés de trompettes, de timbales, de
hautbois et de bassons descendent sur le théâtre auquel
l'orchestre s'unit. Tirtée annonce qu'Apollon veut se joindre
à la victoire du chant. Chants de victoire.
Troisième entrée : la Danse ou
Eglé
Un bocage et, au loin, un hameau
(1) Mercure (haute-contre) s'est vu promettre une
conquête par Amour dans le hameau, mais ne veut pas se faire
reconnaître. (2) Le berger Eurilas (basse) conseille de ne pas
trop extérioriser son amour. (3) Mercure interroge Eurilas qui
lui apprend qu'Eglé (dessus), à la demande de
Terpsichore dont elle est l'élève, va se choisir un
époux et qu'il espère être l'élu. Mercure
le rassure. (4) Eglé arrive au son du hautbois du berger
Palémon, ornée d'une guirlande de fleurs qu'elle doit
présenter au berger de son choix. Mercure, de son chant,
accompagne la danse d'Eglé. Palémon, jaloux et
dépité, sort en cassant son hautbois. (5) Mercure
déclare son amour à Eglé qui en est
troublée. Il se dévoile et promet un amour
fidèle à Eglé. (6) Les bergers du hameau
arrivent en chantant. Danses. Eglé donne la guirlande à
Mercure. Eurilas est déçu, mais se console
qu'Eglé n'ait pas choisi un berger du hameau. Un Amour vole et
apporte son caducée à Mercure qui se fait
reconnaître de tous. Une symphonie brillante interrompt le
chant des Bergers. (7) Le décor change et montre un jardin
orné. Mercure annonce l'arrivée de Terpsichore et de
ses Nymphes, ainsi que des Faunes et des Sylvains. Chants et danses.
Mercure offre à Terpsichore de prendre Eglé dans sa
suite. Terpsichore prend Eglé pour danser, et toute sa cour la
reconnaît pour Nymphe de la danse, dès que la Muse lui a
remis son tambourin.
Oldenburgische
Staatstheater - 19, 24 juin, 1er juillet, 27, 30
août, 12, 20, 22, 26 septembre, 21, 22 novembre, 15, 27
décembre 2009, 14 janvier 2010 - dir. Thomas Bönisch -
mise en scène Jan Pusch, Hans-Jörg Kapp, Sebastian
Ukena - chorégraphie Jan Pusch, Hans-Jörg Kapp,
Sebastian Ukena - dramaturgie Johanna Wall, Honne Dohrmann - avec
Barbara Schmidt-Gaden (Cephise), Mareke Freudenberg (La Statue),
Ute Biniaß (L'Amour), Barbara Schmidt-Gaden (Sapho), Henry
Kichlii (Hymas), Paul Brady (Alcée), Thomas Burger
(Thélème), Mareke Freudenberg (Najade), Marcia Parks
(Iphise), Thomas Burger (Lycurgue), Paul Brady (Tirtée),
Anne-Katrin Kupke (Une Lacédémonienne) , Barbara
Schmidt-Gaden (Eglée), Toshio Matsui (Eurilas) - nouvelle
production intitulée La Fête, adaptée
des Fêtes d'Hébé et de
Pygmalion)
Bayreuth -
Markgräfliches Opernhaus - Bayreuther barock - 26,
27 septembre 2008 - La Compagnie Baroque - Barockorchester des
United Continuo Service - United Continuo Ensemble - Cracovia
Danza, Ardente Sole - dir. Prof. Bernhard Epstein - mise en
scène, décors Olga Motta - chorégraphie
Romana Agnel - avec Constanze Backes, Julla Schmidt (sopranos),
Theodora Baka, Martina Schänzle (mezzo-soprano), Jan Kobow
(ténor), Henning Kaiser, Johannes Weiss
(contre-ténors), Ralf Grobe, Markus Flaig
(baryton-basses)
Bruxelles - Palais des Beaux Arts - 16
décembre 1996 - Londres - Barbican
Centre - 18 décembre 1996 - Théâtre de Caen - 20
décembre 1996 - Strasbourg -
Opéra du Rhin - 10 mars 1997 - Mulhouse - La Filature - 18 mars 1997 -
en version de concert - Les Arts Florissants - dir. William
Christie - avec Sophie Daneman, Sarah Connolly, Maryseult
Wieczorek, Paul Agnew, Jean-Paul Fouchécourt, Olivier
Lallouette, Matthieu Lécroart
Lyon -
Théâtre de Fourvière - 1964 -
représentation intégrale - dir. Carrière -
avec Brumaire, Sarroca, Silvy, E. Arnaud, Linval,
Sénéchal
Paris - Radio -
1952 - 1962 - avec Janine Collard, Esposito, Mallabrera, Roux
Dijon - 2 mars
1939
Monte Carlo -
24 janvier 1914 - dir. Jehin - avec Alexandrovitz, D. Gilly,
Maguenat, M. Journet
Bruxelles -
1910 - exécution de la première entrée.