IL SEIANO MODERNO DELLA TRACIA OVERO LA CADUTA
DELL'ULTIMO GRAN VISIRE
Le Séjan Moderne de la Thrace, ou la
chute du dernier grand vizir
COMPOSITEUR
Francesco ROSSI
LIBRETTISTE
Antonio Girapoli
Séjan, préfet du
prétoire, favori et ministre de l’empereur Tibère,
intrigua pour le renverser avant d’être arrêté et
étranglé. Il est resté le type de l’ambitieux
criminel et son histoire est retenue comme exemple d’une ascension
sans scrupules suivie d’une chute brutale. On recense un certain
nombre d’opéras, souvent allant par paires, le prenant pour
personnage ; ainsi à Hambourg, en 1678, Der glückseelige-steigende
Sejanus (Prospérité et
ascension de Séjan), et Der
unglücklig-fallende Sejanus
(Malheur et chute de Séjan), musique de Nicolaus Adam Strungk.
On a pu remarquer que ce thème était plus populaire
dans les opéras des républiques (Venise et Hambourg)
qu’à une cour impériale comme celle de
Vienne.
À la fin du XVIIe,
l’actualité a entraîné l’association de
Séjan avec le personnage contemporain de Kara-Mustapha, qui
fut successivement grand écuyer, pacha, amiral et enfin
grand-vizir du sultan Mahomet IV à partir de 1660. Vaincu sous
les murs de Vienne par Jean Sobieski en 1683, il fut
décapité par ordre du sultan. D’où, à
Hambourg, en 1686, la paire d’opéras Der glückliche Grosz-Vizier Cara
Mustapha et Der unglückliche Cara Mustapha (L’heureux/Le malheureux grand-vizir Cara
Mustapha).
Mais dans le cas de l’œuvre de
Rossi, le titre relève de l’escroquerie : ce n’est
qu’à l’avant-dernière scène qu’on parle de la
disgrâce et de l’exécution d’un chef de l’armée,
non nommé, et qui n’a joué aucun rôle dans le
reste de la pièce. Celle-ci est uniquement consacrée
à des histoires d’amour avec des quiproquos sur
l’identité de deux personnages, et sur le sexe de l’un d’eux.
Le style du librettiste, un
certain Antonio Girapoli, dont c’est le seul livret connu, est d’une
préciosité exacerbée, les jeux de mots,
notamment sur les homonymes, semblant être son
péché mignon. L’épître dédicatoire
est déjà édifiante à ce sujet, avec
« une témérité
altière » jouant sur le nom du dédicataire,
Altieri, et « Ce Clément (le pape Clément X,
oncle du dédicataire) si
clément ».
Le livret est dédié
à dédié à l'Illustrissime &
excellentissime seigneur D. Gasparo Altieri, neveu de Sa
Sainteté Notre Seigneur le Pape Clément X,
Général de la Sainte Eglise, Prince du Thrône
& de l'Horloge, Noble Vénitien. Il semble avoir
été imprimé avec beaucoup de
négligence : une protagoniste, Aligia, a
été oubliée dans la liste des personnages, les
attributions de répliques sont parfois
surprenantes.
Suivant les sources, l’ouvrage
aurait été retiré de l’affiche avant sa
première représentation ; ou bien cette
première représentation ne serait pas allée
jusqu’au bout, l’œuvre n’ayant pas plu. On peut imaginer que le
public se soit impatienté en attendant l’arrivée sur
scène du grand-vizir, dont on ne peut pas dire qu’il joue
l’Arlésienne, car non seulement on ne le voit pas, mais il
n’est jamais question de lui.
La musique n’a pas
été conservée.
Personnages : Mehmet
(Meemet), grand Sultan ; Aligia, princesse de Transylvanie ; Khadidja
(Caddiggia), femme de Soliman ; Soliman (Solimano) ; Eymeric
(Emerico), prince hongrois ; Ibrahim (Ibraimo), prince de la Porte ;
Hussein (Ussein), prince de la Porte ; Uba, dame du Sérail ;
Sinan, page
Synopsis
L’action se situe sans doute
à Istanbul, dans le palais du sultan.
Acte I
Khadidja et Eymeric chantent
leurs amours, troublées par l’arrivée du mari de
Khadidja, Soliman. Eymeric se cache dans un cabinet. Khadidja assure
son époux de sa fidélité. Arrive le sultan
Mehmet, également épris de Khadidja, et ayant
déjà bénéficié de ses faveurs.
Soliman se cache lui aussi dans le cabinet, où le sultan le
découvre ainsi qu’Eymeric. Celui-ci étant apparemment
vêtu en femme, le sultan soupçonne Soliman de tromper
son épouse avec lui ; pour le calmer, Eymeric lui assure
qu’il est un homme, tout en déclarant à Soliman, pour
le tranquilliser, qu’il est une femme.
Aligia est amoureuse (d’Eymeric,
on l’apprendra bientôt) et malheureuse ; elle confie sa
peine au papier. Ibrahim, grand de la Porte, vient lui faire sa cour
et se fait rabrouer. Il lit ce qu’elle a écrit, et qui peut
être lu de deux façons : haine pour Ibrahim et amour
pour Eymeric, ou le contraire. Ibrahim lit de la première
façon, son ami et rival Hussein de la seconde. Hussein
prétend ne pas être amoureux, mais fait sa cour à
Aligia, qui feint de le favoriser.
Eymeric retrouve le sultan et
Soliman. Le page Sinan lui transmet une invitation de Khadidja, que
les deux autres croient s’adresser à eux. Soliman se
déclare séduit par la supposée jeune fille
(Eymeric, donc) rencontrée chez sa femme, et souhaite qu’elle
reste le plus possible avec son épouse, ce qui ne
dérange nullement celle-ci.
Le sultan s’entretient avec
Aligia, venue se marier avec un prince hongrois nommé Eymeric,
qu’elle n’a jamais vu ; cette union renforcerait les liens entre
deux territoires vassaux de l’empire ottoman, et fortifierait
d’autant ce dernier.
Lorsque Eymeric arrive, Aligia
éprouve un coup de foudre pour ce bel homme, dont elle ignore
l’identité. Le coup de foudre est
réciproque.
Acte II
Le sultan s’entretient avec
Eymeric de l’alliance avec son pays. Eymeric lui confirme la
beauté de Khadidja ; lorsque le sultan chante celle-ci,
Soliman croit qu’il s’agit d’Olinda (nom supposé d’Eymeric en
tant que jeune fille).
À force d’entendre louer
les charmes de son épouse, Soliman finit par s’apercevoir de
leur existence. Il trouve suspect qu’Olinda et Khadidja poursuivent
un duo amoureux, mais les incite à rester proches.
Ibrahim et Hussein insistent pour
qu’Aligia choisisse entre eux. Elle prend un malin plaisir à
les laisser dans le doute.
Aligia et Eymeric s’entretienent
de leurs perspectives de mariage, qui ne les enchantent guère,
chacun ignorant que le promis est celui dont il est
épris.
Khadidja feint d’être
endormie. Le sultan la retrouve. Surviennent Eymeric et Soliman,
masqués, faisant semblant d’agresser le sultan. Khadidja
s’évanouit, puis revient à elle lorsqu’elle est seule
avec Eymeric. Soliman insiste pour qu’Eymeric ne la quitte
pas.
Acte III
Aligia chante sa douleur dans un
beau jardin. Ibrahim et Hussein insistent ; elle persiste
à les faire tourner en bourrique.
Khadidja et Soliman font tous
deux l’éloge des charmes d’Eymeric. Celui-ci
révèle au page Sinan qu’il brûle pour une autre,
et hait désormais Khadidja, qui s’en aperçoit, et veut
poignarder sa rivale.
Eymeric et Aligia informent le
sultan qu’ils ne veulent plus épouser ceux qu’on leur destine.
Ibrahim veut poignarder Eymeric.
Khadidja fait une scène de
jalousie à Aligia, mais recule au moment de la poignarder.
Aligia lui déclare ne pas aimer Eymeric.
Khadidja, Ibrahim, Eymeric et
Aligia demandent au sultan de renoncer au mariage prévu. Le
sultan l’accorde ; mais lorsqu’ils demandent ensuite à
épouser celui/celle qui est face d’elle/de lui (dont,
rappelons-le, ils ignorent l’identité), le sultan n’y comprend
plus rien. Chacun croit par ailleurs se mésallier,
jusqu’à ce qu’ils se nomment : soulagement, chants de
jubilation.
Là-dessus, on apprend la
défaite des troupes ottomanes face à une alliance
austro-polonaise. Le responsable, non nommé, a
été arrêté et ne tardera pas à
être exécuté. C’est la seule scène qui
justifie le titre, et elle n’a aucun rapport avec l’action : le
grand vizir ne figure même pas parmi les
personnages.
Scène finale :
Khadidja réalise son malheur, et Aligia ne fait rien pour la
consoler.