Musique baroque -
le blog de Bertrand
Porot, auteur d'une thèse de 919 pages en 3 volumes,
soutenue à l'Université de Tours. Consultable
à la Bibliothèque Nationale, département
musique, 58 rue de Richelieu, 75002 Paris (éd. ANRT, Lille,
2002) ou à la Bibliothèque du Centre de Musique
Baroque de Versailles, Hôtel des Menus Plaisirs, 22 av. de
Paris, 78000 Versailles.
"Né le 6 mai 1680 à Livourne (Italie),
mort le 8 déc. 1755 à Paris. Stuck est né de
parents autrichiens : son père, Giovanni-Giacomo, est
négociant à Livourne où il s’est marié le
26 octobre 1679 avec Barbera Hellerbech. Rien n’est connu de sa
formation musicale et on le retrouve en 1702 à Naples, au
service de la comtesse de Lemos. Violoncelliste virtuose, il
participe la même année à la refonte d’un
opéra seria d’Albinoni représenté sous le nom de
Rodrigo in Algieri. Vers 1705, Stuck rejoint à Paris la maison
du duc d’Orléans, le futur Régent, où il est
nommé « musicien ordinaire » à partir de
1707. Un an auparavant, est paru son premier livre de cantates
dédié à son mécène. D’autres
livres suivent : en 1708, 1711 et 1714.
Il donne trois tragédies en musique à
l’Opéra : Méléagre (1709), Manto la fée
(1711) et Polidore (1720). Seule la dernière a connu le
succès : elle est reprise en 1739. En 1715 un opéra
seria de Stuck, Il Gran Cid, est joué à Livourne. Le
compositeur devient ensuite ordinaire de la Chapelle du Roi – sans
doute vers 1722 – et est associé aux projets italiens
menés par le Régent, le financier Pierre Crozat et le
prince de Carignan, tous défenseurs des « goûts
réunis ».
Après la mort du Régent, Stuck
s'établit définitivement en France : il épouse
le 17 novembre 1727, Bonne-Françoise Bérain, fille
cadette du fameux décorateur Jean Bérain et obtient la
nationalité française en 1733. Cette deuxième
partie de la vie de Stuck voit l’arrêt presque total de ses
activités de compositeur. Il continue néanmoins
à mener une carrière de violoncelliste qui impressionne
les auditeurs français : il impose l’instrument à
l’Opéra sans doute vers 1730. De même ses cantates,
exécutées au Concert Spirituel, restent longtemps
appréciées du public et des connaisseurs. Lorsque Stuck
s’éteint en 1755, veuf et sans enfants, il est un musicien
bien inséré socialement et jouit de trois pensions,
deux accordées par le roi et une par le duc
d’Orléans.
La musique de Stuck se caractérise par un
souci constant d’unir les styles italien et français. Son
premier livre de cantates est le plus audacieux aussi bien dans le
traitement vocal que dans les formations requises (quatuor à
l’italienne). Il tempère ensuite les éléments
ultramontains, notamment dans l’instrumentation et la
déclamation du récitatif. La cantate Héraclite
et Démocrite (Livre III), la plus remarquée tout au
long du XVIIIe siècle, propose un merveilleux équilibre
entre expression italienne et grâce française.
Ses tragédies en musique
révèlent une soumission à la «
variété » que demande le genre français
sans toutefois renoncer à la démarche essentielle du
compositeur : la réunion des goûts. Le prologue de
Méléagre présente ainsi la réconciliation
par Apollon des Musiques italienne et française. Dans Manto la
fée, Stuck affirme ses qualités de mélodiste et
son penchant pour une instrumentation recherchée. Polidore,
opéra de maturité, offre un magnifique exemple de
réalisation préramiste : l’héritage lullyste y
est réévalué au profit d’une écriture
largement tributaire des techniques ultramontaines."