ERCOLE SU'L TERMODONTE

COMPOSITEUR

Antonio VIVALDI
LIBRETTISTE

Giacomo Francesco Bussani
 
ORCHESTRE
Europa Galante
CHOEUR
Coro di Camera Santa Cecilia di Borgo San Lorenzo (dir. Andrea Sardi)
DIRECTION
Fabio Biondi

Ercole
Rolando Villazon
ténor
Antiope
Vivica Genaux
mezzo-soprano
Teseo
Romina Basso
mezzo-soprano
Telamone
Topi Lehtipuu
ténor
Alceste
Philippe Jaroussky
contre-ténor
Ippolita
Joyce DiDonato
mezzo-soprano
Orizia
Patrizia Ciofi
soprano
Martezia
Diana Damrau
soprano

DATE D'ENREGISTREMENT
24 au 31 juillet 2008 - 3 au 6 janvier 2009 - 6 et 7 juin 2010
LIEU D'ENREGISTREMENT
Florence - Teatro della Pergola
ENREGISTREMENT EN CONCERT
non

EDITEUR
Virgin Classics
DISTRIBUTION
EMI
DATE DE PRODUCTION
29 novembre 2010
NOMBRE DE DISQUES
2
CATEGORIE
DDD

Critique de cet enregistrement dans :

"Deuxième intégrale d'opéra de Fabio Biondi chez Virgin après Bajazet paru en 2005, cet Ercole sul Termodonte est à nouveau une grande réussite. Premier enregistrement intégral au disque de cette rareté Vivaldienne, cette version s'impose largement face à celle d'Alan Curtis parue en DVD en 2007 chez Dynamic, beaucoup plus terne.

Avec Fabio Biondi, on est déjà sûr de retrouver cette flamboyance instrumentale qui est unique dans les ensembles baroques, même italiens. Il n'y a pas, même chez Il giardino armonico, cette maîtrise du contraste entre les différents pupitres et cette importance données aux contrebasses qui ajoute une assise et un velouté unique à tous les enregistrements de Biondi. Sa version des quatre saisons de 1998 est celle que je préfère pour ces raisons.Et dans cet enregistrement d'Ercole, une fois de plus, nous ne sommes pas déçus.

Mais la véritable bonne surprise, c'est la cohérence parfaite de ce casting assez incroyable qui réunit sept très grands chanteurs et chanteuses dont certains comme Diana Damrau ou Rolando Villazon qui ne sont pas des habitués des productions baroques. Philippe Jaroussky, Patricia Ciofi, Topi Lehtipuu, Vivica Genaux et Joyce DiDonato en sont les autres protagonistes, quelle affiche splendide !

L'action intervient au moment du neuvième travail d'Hercule (Ercole/R. Villazon) qui doit s'emparer de la ceinture de la reine des amazones (Antiope/Vivica Genaux). Comme souvent dans les opéras de Vivaldi, l'intrigue est un peu secondaire et la musique est l'intérêt principal de l'œuvre. Et comme souvent aussi, Vivaldi pioche dans son réservoir d'airs, beaucoup d'entre eux provenant de son autre opéra Armida (très bonne version chez Opus 111). Cet usage de l'auto-parodie est bien connu et ne choque pas l'amateur averti car il était très courant à cette époque.

Présentée un peu sommairement dans un petit coffret carton, cette intégrale est à découvrir et à ranger parmi les plus grandes réussites de cet engouement récent pour les œuvres lyriques du prêtre roux."

"Ercole sul Termodonte recomposé par Fabio Biondi est-il conforme au dramma per musica qui triompha en 1723 à Rome, révélant dans la Cité Papale un jeune compositeur de 45 ans : Antonio Vivaldi ? Vraisemblablement pas, bien que le fondateur d’Europa Galante, assisté de l’indispensable Frédéric Délémea, ait réalisé un travail musicologique d’orfèvre. Dispersés par le temps, les éléments de la partition ont été retrouvés et reclassés autant que possible à partir du livret original, conservé lui dans son intégralité. Pour reconstituer le puzzle, nos deux hommes ont dû écumer les bibliothèques de Paris, Munster et Turin et, en l’absence de manuscrits, faire appel à toute leur science – et parfois leur imagination – pour réinventer les fragments définitivement perdus de l’ouvrage. Le résultat est éblouissant. Voulu par Vivaldi comme une « bande-annonce de son savoir-faire lyrique », Ercole sul Termodonte s’avère un véritable chef-d’œuvre. Sur un scénario qui ne se démarque pas de ceux en usage à l’époque (un badinage amoureux autour du huitième des travaux d'Hercule), le dramma per musica s'écoule, preste, sans qu’un seul temps mort n’en vienne ralentir le rythme. La fastidieuse alternance d'airs et de récitatifs, qui souvent alourdit la narration des opéras baroques, est évitée. Le découpage des numéros, 76 au total en 2 CD, parle de lui-même : les scènes se succèdent, rapides, dans une invention orchestrale et un jaillissement mélodique permanents.

Cette efficacité dramatique, on la doit à Antonio Vivaldi mais aussi à Fabio Biondi, restaurateur de partitions et peut-être encore plus directeur musical d’une œuvre qu’il s’approprie jusque dans les moindres détails. De la même façon que Flaubert affirmait « Madame Bovary, c’est moi », on pourrait d’ailleurs à l’écoute de cet enregistrement dire « Ercole, c’est Fabio Biondi ». Les sonorités épanouies de son ensemble Europa Galante, ce récit vigoureux que l’on suit haletant, c’est lui. La sonnerie de trompettes qui accompagne, brillante, l’arrivée d’Ercole (qu’il a entièrement réécrite tout comme la totalité des récitatifs), les arabesques amoureuses qu’il dessine au violon dans « Amato, ben » (l’un des airs les plus beaux de tout le répertoire vivaldien), les variations qui renouvellent le propos des arie da capo, c’est lui. La dynamique, les contrastes, la richesse des intentions, une grande partie de ce qui dans Ercole séduit, nous le devons à Fabio Biondi.

Jusqu’aux chanteurs, les meilleurs dans leur catégorie, qui sous son influence se surpassent. Philippe Jaroussky (Alceste) que son Caldara in Vienna présentait sous un jour parfois violacé renoue avec la verve enchanteresse qu’on lui connaît, tour à tour virtuose (« Sento con qual diletto ») ou élégiaque (« quella belta ») mais à chaque fois envoûtant. Vivica Genaux sur scène nous avait semblé un peu dépassée par le rôle d’Antiope1 ; elle est ici métamorphosée : une présence royale, un ton impérieux qui irrigue le plus sec des récitatifs… Le son même semble moins nasal que d’autres fois. A son tableau de chasse, plusieurs trophées dont un « Scendero, volero, gridero » supersonique qu’elle s’offre le luxe de varier.

Teseo magnifique, Romina Basso confirme la séduction d’un timbre qui, par son velours sombre, frôle le contralto. Quatre airs, parmi les plus intenses de la partition aident à tracer le portrait d’un des héros les plus attachants du répertoire vivalidien.

En belcantiste aguerrie, Joyce DiDonato se régale aussi d’une écriture qui fait valoir l’étendue de sa technique. Son personnage d’Ippolita est l’un des mieux servis par la partition. Elle en fait briller tous les aspects, des plus spectaculaires (les changements de registre de « Da due venti ») aux plus délicates (les broderies de « Onde chiare che sussurate »).

Rien à reprocher non plus à des seconds rôles de luxe : Diana Damrau (dont le chant plus plastique qu’expressif, se satisfait du rôle de Martesia, l’oie blanche de l’histoire) ; Patrizia Ciofi, toujours captivante, quel que soit le défi à relever (Ici, Orizia, une guerrière farouche à laquelle Vivaldi demande l’impossible, notamment une attaque sur un si aigu dans « Caderò, ma sopra il vinto ») ; Topi Lehtipuu (qui n’a qu’un seul air – l’énergique « Tender lacci egli pretese » - mais dont le timbre amer convient tout à fait au personnage belliqueux de Telamone).

Enfin, de cette galerie flamboyante se détache, surprenante, la figure d’Ercole. Surprenante car le héros de l’opéra est interprété par Rolando Villazon dont la présence, sur le papier, nous semblait relever davantage d’impératifs commerciaux que d’une réelle volonté artistique. Erreur : cette voix romantique est en fait la plus baroque de toutes, au sens étymologique du terme : extravagante, imprévue… Passé le premier effet de surprise – un mordant, une vigueur insolites dans ce répertoire – on découvre que le chanteur évolue avec aisance dans une tessiture qui, si elle est large, sollicite d’abord le medium. Autre motif d’étonnement : la capacité à vocaliser, une souplesse qui n’est pas la première des qualités attendues chez un ténor romantique et que l’écriture vivaldienne met en valeur. Toutes les embuches de « Non fia della vittoria », un air aussi impétueux qu’impitoyable, sont surmontées y compris lors de la reprise glorieusement ornée. Ici comme tout au long de l’ouvrage, la richesse des couleurs, la bravoure, la démesure sont bien celles d’un fils de Jupiter. Une filiation qui appelle naturellement l’adjectif que l’on cherchait pour qualifier cet enregistrement : divin."

  "Le vent aurait-il tourné ? Les guirlandes de stars qui servaient hier (enfin !) l'opéra handélien scintillent aujourd'hui dans ceux de Vivaldi. L'affiche de l'Ottone gravé par le Giardino Armonico fait rêver, et celle réunie par Biondi pour Ercole tient de la vitrine de Noël. Dans cette évocation du neuvième des travaux d'Hercule (le héros brutal doit ravir ses armes à la terrible reine des Amazones), Vivica Genaux (la dite reine) ne se contente pas de farineller. La puissance expressive de son timbre donne le frisson dans « Scendero », comme dans les récitatifs d'anthologie où s'invectivent ses guerrières, toutes excellentes : Hippolyte l'amoureuse (divine Joyce DiDonato dont les « Onde chiare » et « Amata ben » sont à fondre), Orizia la crâneuse (valeureuse Patrizia Ciofi au léger voile troublant dans « Cadero ») et surtout Martezia, à laquelle Diana Damrau apporte naturel, charme et sensualité. Que ne donnerait-on pour la délicate perfection d' « Ei nel volto » ou« Se ben sente » !

Au camp des Grecs épris de Martezia - comme on les comprend ! - rivalisent l'Alceste (créé par Carestini) de Jaroussky et le Telamone de Lehtipuu, rayonnants l'un et l'autre. Vivaldi, pourtant, chérit peut-être le tendre Teseo plus que tous. Celui de Romina Basso est craquant : vocalité superbe, tour à tour vibrante (« Scorre il fiume ») et soyeuse (« Ti sento »). Pardonnons enfin à cet Hercule, après tant d'exploits, d'être fatigué. De beaux élans dans « Coronatemi » : Villazon incarne glorieusement le héros satisfait de lui-même.

Saluons enfin l'intuition de Fabio Biondi, qui nous dévoile un Vivaldi bricolant en 1723, pour Rome, un catalogue de ses tubes pour l'excellent livret de Salvi. L'œuvre, qui nous est parvenue incomplète, a gagné par ses soins des récitatifs crédibles, taillés ex nihilo, sculptés par le continuo avec un art de la parole sidérant. L'Europa Galante offre décidément le meilleur d'elle-même quand elle sert les voix - elle oublie à leur contact ses tics, multiplie les couleurs, se remet à chanter, respire large. A ranger à côté du Bazajet de la même équipe - en priant pour qu'Ottone tienne ses promesses. Et pour qu'Handel retrouve un jour de tels plateaux !"

"En découvrant cette partition, où sont insérées de nombreuses pages empruntées à des œuvres antérieures, on a pourtant l'impression d'être en présence d'une carte de visite un peu tape-à-l'œil, efficace sans doute, mais dépourvue du sentiment de nouveauté qui avait frappé le public: de l'époque. Par ailleurs, il y a plus de métier dans les airs que d'accomplissement dans la dramaturgie. Du coup, malgré un bon travail de reconstitution - la partition ayant été en partie perdue -, l'écoute s'avère plus sympathique qu'émouvante.

La distribution, à l'exception d'une Patrizia Ciofi usée et poussive, est globalement de très bon niveau, mais ne réussit que rarement à nous captiver. Malgré de réels efforts, Rolando Villazon ne parvient pas à plier sa vocalité à ce répertoire ; par chance, Ercole ne sollicite pas trop son registre aigu et son incarnation vaut par son engagement dramatique. L'autre ténor, Topi Lehtipuu, confirme les excellentes dispositions entendues dans Ottone in villa chez Naïve, mais son rôle est mineur.

Ce que Diana Damrau laisse entendre nous conduit à penser qu'elle devrait se pencher plus sérieusement sur le répertoire baroque. Joyce Di Donato et Philippe Jaroussky, très bien chantants, peinent à nous intéresser à leurs personnages.

En définitive, on ne vibre vraiment qu'avec Vivica Genaux et sa virtuosité riche de sens, et surtout avec Romina Basso, voix somptueuse et la seule à conférer une âme à ce qu'elle interprète. Fabio Biondi, enfin, croit-il vraiment dans cette musique ? Lui qui, il y a quelques années, jugeait mercantile la renaissance vivaldienne et estimait que le niveau d'inspiration de la production opératique du compositeur était essentiellement faible... On doute de son investissement dans l'entreprise, même si l'exécution offerte par Europa Galante n'appelle aucun reproche majeur."

"Quel plaisir de retrouver Fabio Biondi en terres vivaldiennes! Deux décennies après ses fameuses Quatre Saisons, quelques années après son premier enregistrement d'opéra, le pastiche Bajazet, le chef et violoniste italien revient à ses premiers amours avec Ercole, créé à Rome au Teatro Capranica, en 1723. L'orchestre vivaldien déploie ici toutes ses splendeurs, toute sa tonicité et sa verve, sans que Biondi éprouve le besoin de forcer le trait comme certains de ses collègues en ont pris la désagréable habitude. Quant à l'œuvre, « vériiable bande-annonce de son savoir faire lyrique » selon Frédéric Delaméa, c'est un festival de traits virtuoses et de couleurs instrumentales, où Vivaldi se montre, comme souvent, meilleur compositeur que dramaturge : on écoute avec un intérêt toujours renouvelé, malgré un livret comme souvent abracadabrant et des caractères limités à l'esquisse. Bref, on ne suit pas toujours l'histoire, mais le plaisir musical est constant! Très dramatique, atttentif aux récitatifs et à l'enchaînement des climats, Biondi sait maintenir l'attention et laisse les gosiers s'affronter. Comme au cinéma, on assiste alors à une suite de numéros d'acteurs. A ce petit jeu, Vivica Genaux, Joyce Di Donato et Philippe Jaroussky sont particuulièrement éblouissants. Ils vocalisent comme à la parade : les fans seront comblés. Pour l'émotion, car il y en a tout de même, on récoutera plus d'une fois les airs chantés par Romina Basso - ce sont les plus beaux de la partition -, dont elle sait tirer le meilleur. Sur ce générique sans tache, on sera plus intrigué de trouver le nom de Rolando Villazon, sans doute hors style, mais qui il a le mérite de faire vivre son personnnage avec flamme. On pourrait émettre quelques réserves liées à des étrangetés de montage (CD 1, plage 13 à 1'53) et à un chœur insuffisant mais heuureusement rare dans Ercole. Cela ne suffit pas à gâcher notre bonheur.

 

"Le mieux, dit-on, est souvent l'ennemi du bien ... Alors est-ce l'attente ? L'effet d'annnonce ? Le cast trop luxueux ? Ou les conditions de « fabrication » de cette intégrale, suspendue aux problèmes vocaux de Villazon ? L'enthousiasme est plus que douché à l'écoute de ce Vivaldi remonté par Biondi. Musique superbe, le Prêtre Roux ayant tout mis en œuvre pour séduire le public romain qu'il prenait alors d'asssaut. Airs enivrants, sortis de son best-of le plus pertinent. Et pourtant, contrairement à maintes intégrales parues chez Naïve, le charme n'opère pas. Patchwork plus que projet abouti, l'ensemble apparie des voix trop différentes et guère adéquates. Villazon n'a rien à faire dans ce répertoire. Tendant vers le vérisme et le pathos, son timbre s'échappe à de nombreuses reprises vers des incongruités ornementales. D'autant que les « raccords » font plus que s'entendre, ses airs ayant été enregistrés et rajoutés des mois après la première prise. On surprend Diana Damrau fâchée avec la justesse. Aigus mal maîtrisés, sons tubés : mais qu'est-elle venue faire dans ce Vivaldi? Comme Joyce Di Donato, Ciofi fait du Ciofi, sans plus, ayant bien du mal à exister face aux seules stars de cet enregistrement : la fluide et ensorceleuse Vivica Genaux et le timbre rare et racé de Romina Basso. Lehtipuu et Jaroussky figurent les seconds couteaux de luxe, sertis par un Biondi à son aise, mais trop violent pour élaborer une pensée d'ensemble. À trop faire luxe, ce Vivaldi tant annoncé s'avère fade, très loin du précédent Bajazet. Tout le monde ne peut chanter Mascagni : il en va de même du baroque. Malgré ses faiblesses, on restera fidèle à la production scénique d'Alan Curtis, disponible sur deux DVD chez Dynamic ... Un comble ! "

 

 

 

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