COMPOSITEUR
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Antonio VIVALDI
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LIBRETTISTE
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Antonio Maria Lucchini
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Dramma per musica (RV 711), représenté au
Teatro Sant'Angelo de Venise le 10 février 1727, repris
à l'automne de la même année, avec une nouvelle
version des actes I et II. Le manuscrit conservé à
Turin correspond à cette reprise.
La distribution lors de la création
réunissait : Maria Maddalena Pieri, attachée au duc de
Modène (Farnace), Angela Capuano Romana dite la
Capuanina (Berenice), Anna Girò (Tamiri), Lucrezia
Baldini (*) (Selinda), Lorenzo Moretti (Pompeo), Filippo
Finazzi (Gilade), Domenico Giuseppe Galletti (Aquilio).
(*) ce rôle ne rapporta pas moins de 200 ducats
à Lucrezia Baldini
Les ballets avaient été composés
par Giovanni Galletto.
L'abbé Conti qualifia la musique de Vivaldi de
très variée dans le sublime et le tendre, et,
selon lui, Anna Giro fit des merveilles quoique sa voix ne soit
pas des plus belles.
Lors de la reprise en automne de la même
année, la distribution réunissait : Lucia Lancetti
(Farnace), Benedetta Soresina (Berenice), Anna Girò (Tamiri),
Maria Catterina Negri (Selinda), Gaetano Pinetti (Pompeo), Casimiro
Pignotti (Gilade), Andrea Tasi (Aquilio).
L'oeuvre fut reprise :
- à Prague, au Théâtre du comte
Franz Anton von Sporck (1662 - 1738), au printemps 1730, dans un
arrangement incluant un rôle bouffe et cinq arias non
composés par Vivaldi. Antonio Denzo y dirigeait une troupe
d'opéra italien depuis 1724 ;
- à Pavie, en mai 1731, au teatro Omodeo,
- à Mantoue, et à l'Archiducale de
Milan, durant le Carnaval 1732, dans un arrangement sans doute de
Vivaldi lui-même,
- à Florence, en 1733, dans sa version
d'origine,
- à Trévise, au Théâtre
Dolfin, durant le Carnaval 1737.
Une reprise devait avoir lieu à Ferrare, au
Teatro Bonacossi, durant le Carnaval 1739, et on conserverait de
cette version les actes I et II. La représentation n'eut pas
lieu, Farnace étant remplacé par l'Attalo, re
di Bitinia de J.A. Hasse.
Personnages : Farnace, roi du Pont
(ténor), Berenice, reine de Cappadoce, mère de Tamiri
(soprano), Taamiri, reine, épouse de Farnace (contralto),
Selinda, soeur de Farnace (soprano), Pompeeo, proconsul romain
(contralto), Gilade, prince de sang royal, Capitaine de Berenice
(soprano), Aquilio, préfet des légions romainess
(ténor), Un enfant, fils de Farnace et Tamiri, Choeurs des
Soldats et d'Asiatiques
Farnace, roi du Bosphore, fils de Mithridate, roi du
Pont, est battu en 47 avant J.-C. par Jules César. Il a une
ennemie jurée en la personne de Bérénice, reine
de Cappadoce, dont il a épousé la fille Tamiri.
Ariarate, l'époux de Bérénice a en effet
été tué lors d'une bataille contre
Mithridate.
Synopsis
L'action se passe à
Éraclée
Acte I
Pharnace, Roi du Pont – fils et successeur de
Mithridate, le grand opposant à l’Empire Romain – a
été vaincu et expulsé d’Héraklea,
capitale du royaume du Pont. Les supplications de son épouse
Tamiri ne parviennent pas à le faire renoncer à ses
intentions de revanche, et doutant de sa victoire, il lui ordonne de
sacrifier leur fils et de se donner elle-même la mort avant de
tomber entre les mains de l’ennemi. Entre en scène
Bérénice, reine de Cappadoce et mère de Tamiri,
qui, par haine envers Pharnace, s’est alliée avec
Pompée, chef des troupes romaines victorieuses.
Sélinda, sœur de Pharnace, incarcérée par le
préfet romain Aquilius, parvient à séduire
celui-ci, ainsi que Gilade, capitaine de Bérénice, dans
l’intention de les faire s'affronter et de servir ainsi la cause de
son frère. Entre temps, Tamiri décide de sauver son
fils en le cachant dans la pyramide, sépulcre des Rois du Pont
; alors qu’elle est sur le point de se donner la mort avec le
poignard que lui avait donné son époux,
Bérénice apparaît et l’en empêche. La
mère et la fille discutent. L’arrivée de Pompée
et sa suite attise le climat de haine.
Acte II
La proposition de choix entre Gilade et Aquilius comme
amant de Sélinda commence à bénéficier
à la stratégie de celle-ci, qui feint de rejeter les
deux. Bérénice, qui a ordonné la recherche de
Pharnace et de son fils, s’affronte avec son capitaine. Pendant ce
temps, Pharnace, désespéré, tente de se
suicider, mais l’apparition de Tamiri l’en empêche ; celui-ci
lui reproche sa désobéissance, bien que Tamiri fasse
croire à son époux qu’elle a respecté ses ordres
concernant leur fils. Bérénice apparaît –
Pharnace se cache – en ordonnant la destruction du mausolée;
devant une telle situation, Tamiri découvre et présente
à Bérénice son petit-fils, implorant sa
pitié, mais la mère répudie sa fille et emporte
l’enfant. Dans les dépendances royales, Sélinda supplie
Gilade de sauver son neveu, puis offre à Pharnace, qui s’est
introduit furtivement dans le palais, l’aide qu’il attend de Gilade
et d’Aquilius, mais Pharnace la rejette. Les deux capitaines plaident
auprès de Bérénice la survie de l’enfant
héritier, dont la charge est confiée à Aquilius
par Pompée.
Acte III
Dans la plaine d’Héraklea, sont réunis
Bérénice et Gilade avec Pompée, et Aquilius avec
les troupes romaines. Bérénice exige de Pompée
la mort du fils de Pharnace, puisqu’il lui est désormais
impossible de tuer le Roi du Pont, et lui offre en échange la
moitié de son royaume; Tamiri en fait de même, en
suppliant le général de sauver la vie de son fils.
Sélinda arrache à Gilade la promesse de tuer
Bérénice, en même temps qu’elle convainc Aquilius
d’assassiner Pompée. Pharnace apparaît au même
moment qu’Aquilius, tous deux s’apprêtant à tuer le
général romain. L’action échoue et Pompée
interroge le guerrier sans soupçonner qu’il s’agit du roi.
Bérénice apparaît alors et découvre son
identité ; Pharnace est enchaîné, puis finalement
libéré par Gilade et Aquilious qui tentent ensemble de
tuer Bérénice. Pompée sauve la vie de la reine
de Cappadoce et, usant de sa clémence, les pardonne. Il
convainc alors Bérénice de bannir sa haine contre
Pharnace, et celle-ci finit par se réconcilier avec lui, puis
l’embrasse comme s’il s’agissait de son propre fils.
(Alia Vox)
"Farnace, fils de
Mithridate, a succéder à son père et
règne sur Ponte. Vaincu par Rome, chassé de la capitale
de son royaume, Heraklea, et certain de ne jamais réussir
à d'en venger, il ordonne à son épouse Tamiri de
tuer leur fils et de se suicider avant que d'être
capturée par l'envahisseur. La soeur de Farnace, Selinda, est
déjà captive d'Aquilius; elle le séduit, ainsi
que le capitaine de Berenice, Gilade, dans le but de les opposer
à mort et de servir ainsi la cause de Mithridate. La
mère de Tamiri, Berenice, reine de Cappa-doce, s'est
alliée au général romain Pompeo et souhaite plus
que tout voir son gendre mort. Tamiri cache son enfant dans la
Pyramide Royale, et se trouve arrêtée dans son geste
suicidaire par sa mère. Berenice envoie une brigade à
la recherche de son gendre qu'elle hait. Celui-ci, abattu, songe au
suicide lorsque Tamiri le rejoint. Il désapprouve sa
désobéissance, si bien qu'elle feint d'avoir tué
son fils, comme il le souhaitait. Puis Farnace ordonne la destruction
de la Pyramide : Tamiri laisse son enfant à Berenice, avant
d'être répudiée et par sa mère et par son
roi. Parallèlement, Selinda parvient à persuader Gilade
et Aquilius d'intercéder en faveur de l'enfant auprès
de Pompeo. Ce dernier, ému par l'innocence du petit, le confie
à Aquilius. Berenice ne l'entend pas de cette façon :
elle réclamera au vainqueur romain la mort de son petit-fils.
Elle offre la moitié de son royaume pour cette mort. Tamiri
offre la moitié du sien pour sa vie sauve. Gilade et Selinda
complotent de leur côté contre Pompeo. Après un
attentat manqué par Farnace et Aquilius, le Roi
démasqué est enchaîné. Les capitaines
décident de tuer Pompeo et Berenice : l'illustre
général sauve la vie de la reine de Cappadoce et
Farnace le sauve. Pompeo pardonnera à tous, dans un grand
souci de concorde, et convainc Berenice de réhabiliter son
gendre en son estime. Tout rentre dans l'ordre..."
(Anaclase.com)
"La saison lyrique de 1727 au
San Angelo est capitale dans la carrière du Vivaldi
dramaturge. Elle marque un premier retour à Venise
après plusieurs années passées à
l'extérieur de la lagune. Vivaldi n'a cessé depuis les
débuts des années 1720 de parcourir les
théâtres de Vénétie et des états
papaux afin d'y contrôler la création de chacun de ses
nouveaux opéras, en particulier à Rome où il
veille aux représentations de "Ercole sul Tremodonte" (1723)
puis "Giustino" (1724). C'est un génie du théâtre
lyrique qui attend son heure à Venise. Le pas sera franchi
avec "Farnace".
L'opéra met un
scène un trio impossible, Bérénice,
Pompée, Farnace. Tous trois sont affrontés pour des
raisons politiques contraires : rien ne peut a priori les rapprocher.
Le souci d'épargner sa lignée et de protéger son
clan demeure incorruptible. Devraient-ils mourir, rien ne peut
infléchir leur honneur. Nous avons là l'un des operas
serias les plus profonds de l'écriture Vivaldienne. Par haine
de Farnace, Bérénice se rapproche de Pompée,
tandis que Pompée le romain est l'ennemi juré de
Farnace. Entre ses deux figures du pouvoir, étouffe
l'épouse de Farnace, qui est aussi la fille de
Bérénice, Tamiri, remarquable portrait de femme,
soumise et digne, douloureuse mais tenace, hautaine et
mystérieuse comme son rang l'exige.
A force d'épreuves
où l'amour rompt les trames des intrigues politiques,
où l'humain défie en définitive la Loi, la
clémence vaincra tout, et dans une sorte de "happy end" ou de
lieto finale, chacun pardonne et l'opéra s'achève sur
une note positive par la réconciliation des rivaux. En
dépit des oppositions passées, il existe une voie de la
sagesse qui permet de "vivre ensemble". Le pardon est possible, et
dans cette fin heureuse, c'est déjà la philosophie
humaniste de l'esprit des lumières qui point à
l'horizon. Là encore, ce qui convainc c'est l'étoffe
psychologique des héros : leur faille et leur démesure
humaine, tendre, haineuse ou passionnelle. Il faut toute la furia
dramatique habituelle des grandes voix baroqueuses pour exprimer la
"passion vivaldienne". (Classique.news)
http://www.librettidopera.it/farnace/farnace.html
Représentations :
- Strasbourg,
Théâtre Municipal - 18, 20, 22, 24, 26 mai
2012 - Amsterdam - NTR
ZaterdagMatinee - 2 juin 2012 (version de concert) -
Mulhouse, La Sinne - 8, 10
juin 2012 - dir. Diego Fasolis - mise en scène Lucinda
Childs - décors, costumes Bruno de Lavenère -
lumières Christophe Forey - chorégraphie Lucinda
Childs - avec Max Emanuel Cencic (Farnace), Mary-Ellen Nesi
(Berenice), Ruxandra Donose (Tamiri), Carol Garcia (Selinda),
Vivica Genaux (Gilade), Emiliano Gonzalez-Toro (Aquilio), Juan
Sancho (Pompeo) - nouvelle production
- Théâtre des
Champs Élysées - 10 janvier 2012 -
version de concert - I Barocchisti - dir. Andrea Marchiol - avec
Daniel Behle (Pompeo), Max Emanuel Cencic (Farnace), Ruxandra
Donose (Tamiri), Emiliano Gonzalez-Toro (Aquilio), Alisa Kolosova
(Selinda), Mary-Ellen Nesi (Berenice), Blandine Staskiewicz
(Gilade)
- Forum Opéra - Sans Fasolis mais non sans
éclat
"À croire que Farnace
est en passe de devenir un tube au Théâtre des Champs
Elysées. Moins d'un an après la version proposée
par Stefano Molardi avec Sonia Prina dans le rôle titre (voir
recension), le roi du Pont nous revient sous la baguette de Diego
Fasolis, ou plutôt devait revenir, dans la mesure où le
charismatique chef suisse, souffrant, a dû laisser sa place ce
soir à Andrea Marchiol à la tête d'I Barocchisti.
Les conséquences de ce remplacement de dernière minute
sont limitées tant on sent que les musiciens (mais aussi la
plupart des chanteurs) connaissent leur Farnace sur le bout des
doigts. Le TCE n’est en effet qu’une étape d’une
tournée qui s’est arrêtée en septembre dernier
à Ambronay (voir la recension de Christophe Rizoud) et s’est
accompagnée d’un enregistrement paru chez Virgin Classics,
salué dans ces mêmes colonnes (voir critique). Tout au
plus pourra-t-on avoir la sensation que la gestuelle plus
mesurée d’Andrea Marchiol galvanise moins les musiciens, sans
pour autant que cela nuise aux couleurs de l’ensemble, toujours aussi
flatteuses. De là proviennent peut-être également
les quelques flottements dans l'organisation : un entracte
déplacé dès la fin du premier acte alors qu'il
était annoncé en fin de deuxième partie et un
« tomber de rideau » entre les deuxième et
troisième acte qui laisse le public plus de cinq minutes dans
le noir.
Tout cela n'empêche pas
de profiter d'une soirée de très haut niveau. Pas de
faiblesse dans la distribution, très proche de la version
enregistrée : seules manquent à l'appel le Gilade de
Karina Gauvin et la Selinda d’Ann Hallenberg. La première est
remplacée ce soir par Blandine Staskiewicz ; la mezzo
française ne peut certes rivaliser en matière de
moelleux vocal. Pour autant sa voix plus légère,
troublante d’androgynie – on croirait par moments entendre un
contre-ténor – convient plutôt bien au fier guerrier
(hormis peut-être dans le charmant « quell’ usignolo
» au troisième acte), d’autant que la blonde Blandine n'a
rien à envier à sa consœur canadienne sur le plan
virtuose. Hilke Andersen, à la voix mordorée et au
tempérament versatile, tour à tour charmeur ou
impérieux, ne dépare pas non plus en Selinda, sœur du
roi.
Pour le reste on retrouve
intactes les qualités qui ont séduit au disque.
Dès son entrée avec l’aria hérissée de
vocalises « Recordati che sei », Max Emanuel Cencic marque
la soirée de son empreinte. Timbre charmeur (quoiqu’un peu
univoque), belle projection jusque dans le grave (poitriné
juste ce qu'il faut), ductilité de la ligne… Le
contre-ténor frise le sans-faute, parvenant même
à nous émouvoir dans « Gelido in ogni vena »,
rétabli à cette occasion alors qu’il ne figure
normalement pas dans la version de Ferrare (personne ne s’en plaindra
s’agissant d’un des plus beaux airs du répertoire vivaldien).
Mary Ellen Nesi campe une Berenice idéalement querelleuse,
n’hésitant pas à appuyer ses graves à des fins
expressives. Face à elle, sa fille, la tendre Tamiri, trouve
en Ruxandra Donose une suberbe interprète : la longue voix aux
sombres accents nous fait partager les tourments de cette femme
rejetée par sa mère et répudiée par son
mari. Les ténors tirent également leur épingle
du jeu, même si l'on marquera une préférence pour
le délié d'Emiliano Gonzalez-Toro en Aquilio face au
Pompeo plus raide de Daniel Behle."
- Oldenburg - St
Lamberti-Kirche - 10 septembre 2011 - Abbatiale d'Ambronay - 17 septembre
2011 - Lausanne - Salle
Métropole - 11 décembre 2011 - version de
concert - I Barocchisti - dir. Diego Fasolis - avec Max Emanuel
Cencic (Farnace), Vivica Genaux (Gilade), Mary Ellen Nesi
(Berenice), Marina de Liso (Tamiri), Alissa Kolosova (Selinda),
Juan Sancho (Pompeo), Emiliano Gonzalez-Toro (Aquilio)

"... Gestique précise,
concentrée, présence charismatique, (Diego Fasolis)
imprime à chaque phrase une électricité assez
incroyable. Avec, dans le même temps, une capacité
d’écoute permanente, des chanteurs qu’il soutient avec une
étonnante souplesse, comme de l’acoustique du lieu, adaptant
ses tempos de façon quasi instantanée. On retrouve tout
de suite sa pâte sonore claire, une conception musicale
engagée (enragée ?), en perpétuelle tension.
Diego Fasolis ose les changements les plus brusques de tempos et de
nuances, accentuant à plaisir les cassures du discours, les
ruptures de l’écriture. Chaque phrase est animée,
vécue, les récitatifs volent avec flamme grâce
une basse continue toujours variée et
éloquente.
Il faut dire que son ensemble
I Barochisti sonne avec une parfaite netteté d’articulation,
les plans sonores se détachent avec précision, les
couleurs fusent sans se mélanger malgré la très
longue réverbération de la nef. Une belle leçon
de chef de théâtre.
On attendait, bien sûr,
la star Max Emanuel Cencic dans le rôle-titre. Star
assurément, dans sa longue veste scintillante à fil
d’or très elton-johnesque. Mais musicien avant tout qui,
jouant d’un timbre étroit et étrange, triomphe dans les
passages les plus élégiaques, où sa
simplicité de ligne prend des accents particulièrement
prenants. L’air « Perdona o figlio amato » devient ainsi un
étrange et magnifique moment d’apesanteur hors du temps. La
virtuosité est certes de première force, les vocalises
de fureur du prince guerrier impressionnent par leur netteté
même si la puissance est parfois un peu juste dans les grands
mouvements dramatiques, l’orchestre prenant alors le relais avec
beaucoup d’intelligence. On est somme toute moins impressionné
qu’ému, preuve évidente de
musicalité.
Le reste de la distribution
était légèrement différent de la version
en disque qui vient de paraître chez Virgin. Ne laissons par
macérer les impatients : oui, on a perdu au change en
remplaçant Karina Gauvin par Vivica Genaux. Au chant pur,
incarné et contrôlé de la soprano canadienne,
succède une chanteuse aux moyens lourds et disgracieux, au
timbre artificiellement sombré, dont le vibrato s’est
élargi jusqu’à brouiller l’émission dans les
vocalises, bizarrement découpées en « wo wo wo wo
» ou « wa wa wa wa » selon les occasions. Ce ne serait
pas si grave si, de plus, elle n’abusait des fioritures les plus
extravagantes et les plus imprécises. Le succès de ce
drôle de phénomène vocal nous a toujours
laissé perplexe, la confirmation est sans appel. Rendez nous
Karina !
Le reste était de
meilleure tenue, avec de très beaux moments, même si
l’on s’interroge parfois sur l’adéquation entre profils vocaux
et dramatiques. L’intraitable Berenice est ainsi confiée
à Mary Ellen Nesi, chanteuse nuancée et sensible, au
timbre chaleureux. La ligne est ronde, la vocalise d’un impeccable
legato, là où l’on attendait du métal et de la
puissance pour rendre les fureurs de cette reine altière et
mère indigne, ici plus humaine qu’implacable.
Le grand Pompeo, fier
conquérant d’un si puissant ennemi, échoit au
ténor un peu voilé et réservé de Juan
Sancho, qui compose plutôt un héros pitoyable (au sens
premier : qui éprouve de la pitié). Une option
compréhensible dramatiquement, mais le chant est parfois en
deçà des exigences de la partition dans les passages
les plus virtuoses. Face à lui, l’autre ténor, Emiliano
Gonzalez-Toro, est un Aquilio de grand format. Chant bien
projeté, à la fois viril et nuancé,
virtuosité crâne : un préfet plus
conquérant que son empereur.
On attend de Selinda, la sœur
calculatrice de Farnace, une séduction insinuante et
ambiguë. Certes Alissa Kolosova possède un physique
charmant, mais son profil très belcantiste paraît un peu
déplacé ici. Le chant est puissant et sûr, le
timbre beau, mais l’expression très monochrome, l’engagement
dramatique quasi absent. Le personnage n’existe guère
vocalement, ce qui est un peu gênant en version
concert.
Tamiri, paraît plus la
mère de Bérénice que sa fille, mais on
apprécie les changements de couleurs qu’elle impose à
ce timbre un peu mûr et l’expression vraie qu’elle insuffle
à son personnage. Son « Forse, o caro » de l’acte
III, intensément vécu est l’un des moments dramatiques
culminant de l’opéra.
Des réserves minimes,
en vérité, l’impossible Genaux mise à part. Mais
comment ne pas rêver d’une impossible perfection vocale
lorsqu’on entend ce que Fasolis nous offre de l’orchestre vivaldien
?"
"La dernière version de
Farnace présentée en avril au Théâtre des
Champs-Elysées assemblait savamment les partitions de 1731 et
1738. Avec cette nouvelle mouture de l’opéra fétiche de
Vivaldi, exhumée pour la 33e édition du Festival
d’Ambronay, la musicologie fait encore un pas en avant dans la
découverte d’une œuvre qui ne compte pas moins de sept
avatars. Dite de Ferrare, cette nouvelle version a joué de
malchance. Victime de la réputation sulfureuse de Vivaldi puis
de l’échec de Siroe, re di Persia, elle n’avait jamais
été représentée jusqu’à
aujourd’hui, au grand dam de son compositeur. Seuls deux actes
subsistent. On suppose que le 3e n’a pas été mis en
musique. A défaut, Diego Fasolis, assisté de
l’indispensable Frédéric Délaméa, a
imaginé ce à quoi aurait pu ressembler ce dernier acte,
transposant pour les tessitures de 1738 les arias de 1731,
insérant aussi ça et là, à partir de
supputations musicologiques, des airs extraits d’autres
opéras. Pour les familiers de l’enregistrement de Jordi Savall
chez Alia Vox, l’on retrouve grosso modo le Farnace auquel on est
habitué. Mais la partition n’en est pas moins
différente, transfigurée par les progrès
réalisés en termes d’invention harmonique et
d’orchestration par un Vivaldi de sept ans plus
expérimenté. Plus fouillée, plus touffue, plus
savante. Même la ligne mélodique des airs semble plus
élaborée.
Si le résultat
diffère sensiblement de ce que l’on connaît au disque,
c’est aussi parce que la direction de Diego Fasolis s’emploie
à magnifier une écriture qui se présente ici
dans l’épanouissement de la maturité. Là
où Jordi Savall défrichait, le directeur musical d’I
Barocchisti prend un plaisir visible à exalter la science et
les beautés de la composition. Cette célébration
de la partition n’est pas que parnassienne, elle est aussi amoureuse
(il faut voir la façon dont Fasolis caresse en dirigeant la
musique de la main). Surtout elle reste concentrée sur les
exigences dramatiques de l’opéra. Théâtrale dans
certains de ses effets, elle avance vive et vivante, sans
céder aux débordements qui souvent ne servent
qu’à dissimuler la vacuité du propos. Les
sonorités des instruments sont dépourvues de ces
aigreurs qui corrodent certains ensemble baroques. Même les
cuivres paraissent plus disciplinés qu’à l’habitude.
Sans reflux gastrique donc, équilibrée, enthousiaste
mais respectueuse… Voilà aujourd’hui ce qui nous semble se
faire de mieux en la matière.
Le respect musicologique se
retrouve également dans le choix d’un contre-ténor pour
le rôle-titre qui, à Ferrare, aurait dû être
chanté par un castrat mezzo-soprano. L’étrangeté
du timbre de Max-Emmanuel Cencic illustre idéalement la
personnalité ambigüe de Farnace. La musicalité
n’est jamais prise en défaut, l’agilité reste
confondante, l’ornementation plus virtuose qu’expressive. Manquent
pour que le portrait soit complet une palette de couleurs plus
étendue et surtout des graves affermis qui puissent aider
à ressentir ce frisson de terreur dont est frappé le
fameux air « Gelido in ogni vena ». Est-ce un défaut
d’acoustique mais, au 13e rang, les notes les plus basses passent
carrément à la trappe ?
Le choix de Farnace
résolu, il restait à trouver des mezzo-sopranos
suffisamment différenciées pour interpréter les
quatre autres protagonistes d’une partition qui fait la part belle
aux voix médianes féminines. C’est là le premier
mérite de la distribution. Taillées dans le même
bois, les quatre artistes réunies ici possèdent des
attributs qui les rendent non seulement distinguables les unes des
autres mais qui correspondent aussi à la personnalité
dramatique des rôles qu'elles interprètent, tels que
dessinés par le livret d’Antonio Maria Lucchini. A Selinda la
corruptrice, Alissa Kolosova offre un timbre irrésistible de
séduction, un mélange rare et homogène de
velours et de soie que le temps n’a pas encore froissé (la
chanteuse a moins de 25 ans !) avec, comme souvent chez les jeunes
interprètes, une tendance à avancer trop prudemment qui
peut parfois engendrer une impression de placidité. A Berenice
l’acrimonieuse, Mary Ellen Nesi propose son énergie, ses
inégalités de registre et des hardiesses qui
aiguillonnent chacune de ses interventions. Marina De Liso essaie de
sortir Tamiri, fille, épouse et mère suppliciée,
du dolorisme dans lequel la confine le livret. C’est pourquoi,
à un grain régulier d’une belle rondeur, auquel on
pourrait simplement reprocher de manquer de caractère, elle
ajoute une volonté d’expression dont on lui sait gré.
En Gilade, Vivica Genaux est égale à elle-même,
l’accent âpre et cette vocalisation particulière
basée sur le mouvement rapide des lèvres qui donne
à la ligne l’aspect d’un ruban de guimauve. Là est sans
doute la raison pour laquelle on la préfère dans des
airs moins pyrotechniques où transparait davantage sa
musicalité, « Quel tuo ciglio » plus que «
quell’usignolo che innnamorato » qui lui vaut pourtant un belle
salve d’applaudissements.
Le tempérament probe
mais mesuré d’Emiliano Gonzalez-Toro et de Juan Sancho,
ténors interchangeables en Aquilio pour le premier et Pompeo
pour le second, ne fait rien pour mettre en avant des rôles que
l’ouvrage relègue en deuxième ligne.
A la fin du concert, Diego
Fasolis, rejoint par Frédéric Delaméa, brandit
sous les acclamations d’un public conquis la partition de Vivaldi.
Geste historique avant d’être victorieux. Il aura fallu
attendre deux soixante treize années pour que ce Farnace se
fasse entendre. Ambronay lave l’affront de Ferrare."
- Salzbourg -
Landestheater - 15, 18, 22, 24, 28 mai, 3, 5, 9 juin
2011 - dir. Adrian Kelly - mise en scène Rudolf Frey -
décors Hartmut Schörghofer - costumes Corinna Crome -
dramaturgie Heiko Voss - nouvelle production


- Vienne - Theater an der
Wien - en version de concert - 24 février 2010 -
Théâtre des Champs
Élysées - 28 avril 2011 - I Virtuosi
delle Muse - dir. Stefano Molardi - avec Sonia Prina (Farnace),
Maria Grazia Schiavo (Berenice), Lucia Cirillo (Selinda), Sabina
Puertolas (Gilade), Anders J. Dahlin (Pompeo), Emiliano Gonzalez
Toro (Aquilio), Marina de Liso (Tamiri)
"C’est la version de 1727 qui
a été donnée au Théâtre des Champs
Elysées, avec une bonne distribution et un orchestre aux
couleurs très riches, même si l’on pouvait attendre plus
de dynamisme dans l’enchaînement des récitatifs aux
airs, le chef Stefano Molardi ayant fait le choix de rompre le
continuum sonore entre récitatif et air, peut-être parce
qu’il s’agissait d’un opéra en version concert… L’orchestre
comptait une vingtaine de musiciens, principalement des cordes et des
cuivres, conformément à l’esthétique de
l’époque, le but étant avant tout de mettre en valeur
les qualités vocales des chanteurs, qualités que
l’orchestre doit soutenir et accompagner, et non pas surpasser.
Dirigé par le chef d’orchestre Stefano Molardi, l’ensemble I
Virtuosi delle Muse évitait les sons poussés et
agaçants des orchestres baroqueux que l’on entend de plus en
plus aujourd’hui.
La distribution était
homogène par sa qualité, à deux exceptions
près : celle-ci était dominée par la
célèbre contralto Sonia Prina qui chantait le
rôle-titre, difficile à tenir tant le personnage oscille
entre furor et accablement dans un même air. C’est un
rôle très grave qui nécessite une voix
extrêmement puissante dans le bas médium et le grave.
Sonia Prina correspond parfaitement à cette tessiture des
castrats alto, connus pour leurs vocalises et leurs fins de phrase
redoutables dans l’extrême grave. Ses quatre airs ont
été chantés avec beaucoup d’art. Sonia Prina
jouait véritablement son personnage comme s’il s’agissait
d’une représentation scénique, mêlant son talent
vocal à une gestuelle en adéquation totale avec la
partition de Vivaldi. Son grand air du second acte, au moment
où Pharnace chante sa détresse après avoir
appris la (fausse) mort de son fils, a suscité de vifs
applaudissements de la part du public, la contralto ayant à
merveille exprimé le pathos du personnage à travers ses
accents graves et ses sotto voce délicats, accompagnés
de mimes extrêmement émouvants . Le roi du Pont avait
à ses côtés une très belle épouse
(Tamiri), campée par la contralto Marina De Liso, dont la
voix, différente de celle de Sonia Prina, permettait de
créer un contraste entre les deux personnages, malgré
des tessitures très proches. Ses grands récitatifs
accompagnés ainsi que ses airs ont été
très bien interprétés par une chanteuse dont la
puissance vocale est cependant moindre par rapport à celle de
Sonia Prina. Les deux soprano, l’une chantant un rôle de femme
(Bérénice, mère de Tamiri et ennemie de
Pharnace), l’autre celui d’un homme (Gilade, soldat romain, amoureux
de Selinda, alliée de Pharnace), étaient
également de très bonne tenue, Sabina Puertolas
(Gilade) ayant fait montre de ses capacités à chanter
des airs pour castrats très agiles et délicats dans
l’aigu. Maria Grazia Schiavo (Bérénice) campait une si
brillante et furieuse Bérénice qu’un spectateur a
hurlé que l’un de ses airs soit bissé, le chef n’ayant
malheureusement pas accédé à cette demande
enthousiaste. Le rôle d’Aquilo, autre soldat romain,
était tenu par un assez bon ténor qui donnait une
certaine couleur à un rôle très secondaire.
En revanche, les personnages
de Pompée, chanté par un ténor, et de Selinda,
étaient selon moi beaucoup moins convaincants. Anders J.
Dahlin (Pompée) peinait dans ses aigus et ne parvenait pas
à donner à son personnage l’importance qu’il doit avoir
face à Pharnace, ces deux personnages incarnant les deux camps
opposés. Quant à Lucia Cirillo (Selinda), elle avait du
caractère mais peu de moyens vocaux, l’orchestre la couvrant
dès qu’elle chantait dans le bas médium.
En somme, une très
bonne interprétation de cet opéra de Vivaldi qui
mérite de figurer au rang de son célèbre Orlando
furioso interprété au Théâtre des
Champs-Elysées au mois de mars de cette
année."
- Paris - Salle Pleyel
- 16 janvier 2007 - Le Concert des Nations - dir. Jordi
Savall - avec Furio Zanasi, baryton (Farnace), Marina de Liso,
contralto (Tamiri), Adriana Fernandez, soprano (Berenice),
Lawrence Zazzo (Pompeo), Gloria Banditelli, contralto (Selinda),
Fulvio Bettini, baryton (Aquilio), Céline Scheen, soprano
(Gilade)
"L’acoustique de la salle
Pleyel se révèle moins avantageuse. En effet, quelle
que soit la qualité des voix, les teintes s’estompent ; le
relief s’émousse. Pas assez pour affaiblir les accents de
Furio Zanassi – le mordant, par exemple, avec lequel il attaque
« Ricordati che sei » – mais suffisamment pour
atténuer l’impact de son chant, notamment dans les passages
virtuoses. « Gelido in ogni vena », sommet incontestable de
la partition, reste cependant l’un des plus grands moments de la
soirée, par la beauté de l’air mais aussi par
l’engagement dramatique du baryton dont l’interprétation, d’un
grand réalisme, ferait pleurer des pierres. Elle
dépasse même en émotion celle que Cécilia
Bartoli délivre dans son Vivaldi album, une
référence par ailleurs.
Ce Farnace ambigu, autoritaire
et fragile à la fois, trouve en Marina de Liso, une
épouse tout aussi sensible qui, sans posséder le
velours de Sara Mingardo – Tamiri au disque – sait restituer avec
noblesse et générosité les tourments de la
reine. Mise à mal au départ par les notes graves de
« Combattono quest’alma », elle parvient à surmonter
ensuite les difficultés du rôle pour lui donner sa
pleine expression. Le récitatif accompagné du 2e acte
« Quest’è la fè spergiura » s’avère
à cet égard exemplaire.
On sera moins indulgent avec
les trois autres interprètes féminines. Le soprano
léger de Céline Scheen, charmant au demeurant mais bien
étroit pour endosser l’armure de Gilade, transforme le
délicieux « Scherza l’aura lunsighiera » en aria
pour soubrette. Le timbre de Gloria Banditelli manque trop de
séduction pour que son personnage de femme fatale paraisse
crédible. La virtuosité d’Adriana Fernandez n’est pas
à remettre en cause mais les fureurs et les noirceurs de
Bérénice restent étrangères à son
tempérament.
Les deux autres
interprètes masculins laissent une impression beaucoup plus
favorable même si leur rôle est moins
développé – un air et un duo pour Aquilio, deux airs et
un quatuor pour Pompeo. Lawrence Zazzo, surtout, enthousiasme, par la
justesse de l’intonation, par le maintien et par la longueur du
souffle que l’allure frénétique de « Sorge l’irato
nembo » ne parvient pas même à entamer.
Mais, s’il faut
décerner une palme alors elle revient sans hésitation
à Jordi Savall dont la direction se révèle un
modèle d’équilibre et de limpidité. Tout en
évitant les excès tumultueux de certains baroqueux,
à mille lieux aussi d’autres interprétations dont la
raideur et la maigreur asphyxient, le chef catalan, d’une battue
souple et mesurée, conduit le Concert des Nations vers une
certaine perfection, tant au niveau de la sonorité des
instruments, de l'homogénéité des pupitres et de
la variété du continuo que de la justesse des tempi.
Ainsi emmené, l’intérêt ne retombe jamais. Mieux
encore, on en vient presque à se laisser prendre par les
circonvolutions dramatiques du livret. Les familiers des
opéras seria prendront ainsi la mesure de
l’exploit."
"On connaissait
déjà la version de Savall par le disque, echo de la
tournée à Barcelone, Bordeaux et Vienne de ce Farnace
avec Sara Mingardo en Tamiri, Sonia Prina en Pompeo et Elisabetta
Scano/cinzia Forte en Gilade. J'avais déjà
été très séduit par la direction
très dix-septiemiste de Savall, par ce soucis apporté
aux harmoniques et à la beauté du son, au
détriment des dynamiques malheureusement. Ce soir toute la
première partie a souffert de ce manque de travail sur le
rythme, plus qu'au disque, mais après l'entracte, l'orchestre
a repris du poil de la bête, tout en restant cependant un peu
trop sage. Le plus remarquable dans cette direction, c'est donc
qu'elle donne l'impression d'un prisme sonore, d'un son en plusieurs
dimensions: superbe de clarté et d'équilibre des
pupitres, l'oreil du spectateur est toujours attirée par une
nouvelle source sonore qui surgit d'un coin de l'orchestre pour
laisser place à une autre. Or ce travail est plus payant dans
cet opéra; gageons qu'il serait insuffisant dans des
opéras plus dynamiques de Vivaldi.
...Transposer le rôle de
Farnace écrit pour une soprano (Maria Maddelena Pieri) pour un
baryténor pas franchement glorieux, dont on se demande bien
pourquoi Savall l'aime tant (Testo, Orfeo...) est tout simplement
infondé, si encore le rôle avait été
écrit pour un castrat, mais non. Passé cette critique,
l'interprétation de Zanasi est totalement à coté
de la plaque: dès le "Ricordati che sei" (air qui ouvre
l'opéra et dans lequel, rappelons-le, Farnace demande à
sa femme Tamiri de tuer leur fils et de se suicider pour ne pas
tomber aux mains de l'ennemi! tout de même!): rien ne se passe,
aucune superbe, aucune hargne sur les "ricorda ti" qui l'appellent
pourtant avec un orchestre rutilant à ce moment, ironique le
reste du temps, on a l'impression que Farnace chante un bel air dans
lequel il appelle sa femme à plus de sagesse et de
tempérance en tant que "regina, madre, sposa". Jetons un voil
pudique sur le "Spogli pur l'inguista Roma", air de fureur dans
lequel il est inaudible et où il n'arrive à suivre
l'orchestre qu'au prix d'une déclamation de moineau. Le
"Gelido in ogni vena" est un cas plus interessant; Bartoli l'a rendu
célèbre dans son Vivaldi Album en percevant bien qu'il
s'agissait d'un air d'épuisement: au fur et à mesure
des reprises, la voix flechissait et plongeait encore plus loin dans
des abimes de desespoir jusqu'à se faire quasi imperceptible,
cette voix dont le souffle se fait de plus en plus court est bien le
symbole du fils exsangue, avec lequel le corps du père se sent
une affligeante communauté. On nage en pleine
négentropie et on croirait presque assister à la mort
du fils à travers les pleurs dramatisés du père!
Or Zanasi ne traduit aucune évolution, même au da capo
et entache la voyelle du "esangue" de pleurs hors de propos selon
moi, lors de la dernière reprise.
Dans le role de la mère
écrit pour la Giro (Griselda, Alcina, Marzia...)
célèbre pour ses qualités d'actrice et ses
difficultés à vocaliser, nous avions donc Marina de
Liso et non Sara Mingardo. On a perdu au change c'est sur! Pour les
rôles écrits pour la Giro, une vraie contralto avec un
timbre sortant du commun est indispensable (Mijanovic, Mingardo,
Lemieux...) sinon on tombe vite dans le fade. De Liso a beau faire
preuve d'un sens (un peu timoré) du dramatisme dans les
récitatifs, elle se noit dans ses airs dont le desespoir n'a
d'égale que la profondeur de tessiture qu'ils requiert.
Luttant pour poitriner ses graves, tout en assurant des aigus dans
lesquels elle est bien plus à l'aise, elle sacrifie souvent et
la justesse du medium et la structuration des airs et l'articulation
dynamique des phrases.
Adrianna Fernandez est une
Berenice convaincante dramatiquement mais bien trop
légère vocalement (surtout dans les récitatifs).
Pour ce rôle de reine vengesseresse à la limite de
l'inique (c'est une mamie infanticide tout de même!), une
soprano plus dramatique et mordante telle Inga Kalna serait bien plus
à sa place (le rôle fut créé par
A.C.Romana). Lawrence Zazzo etait donc censé être la
seule star de la soirée, ce fut la pire prestation: encore une
fois, un contre-ténor est INCAPABLE de chanter un rôle
écrit pour un castrat ALTO (Moretti)!! Surtout quand il est
aussi vocalisant. Bien sur Zazzo est incapable d'assumer les
écarts du "Sorge l'irato nembo" dans lequel il se noit
littéralement, on ne sent plus la vague qui enfle, aucun
crescendo, aucun rubato, une projection riquiqui; et en plus un
orchestre qui se bride pour ne pas couvrir le chanteur. La version de
cet air par Savall et Prina était ma favorite, celle çi
est la pire que je connaisse. Loin des éléments
déchainés, cette interprétation aurait tout
juste effrayé un poisson rouge dans son bocal. Zazzo peut
être un très grand artiste (ses Ottone, Gualtiero sont
de purs bijoux) mais le distribuer dans de tels rôles est
à la limite de la bêtise (il y aurait autant à
dire sur son mauvais Arsace!). Enfin il concourt avec de Liso au
ratage total du quatuor du III, l'un comme l'autre étant
inaudibles.
Gloria Banditelli n'est
maintenant plus qu'un squellette de mezzo qui porte toujours aussi
peu d'attention au soutien de sa voix, d'où un résultat
gloubiboulguesque vraiment indigne, d'autant que le rôle a
été écrit pour une soprano (Baldini), mais on
est plus à ça près ! Celine Scheen chantait
Gilade, rôle auquel échoient les plus beaux airs de la
partition écrit pour un castrat-soprano (Finazzi). Si la
langueur du "Nell'intimo del petto" lui a totalement
échappé (vocalises savonnées, voix pas toujours
audible, émotion rudimentaire), le "C'è un dolce
furore" l'a trouvé tout juste honnête, je ne garde aucun
souvenir de son "Quel tuo ciglio"; par contre elle fut vraiment bonne
dans "Scherza l'aura lusinghiera", notes piquées justes et
bien projetées, sourire dans la voix, aisance lors de la
partie intermédiaire qui évite l'eceuil du
déguelando, Ciofi reste indétronée dans cet air
pour sa sensibilité et son medium, mais Celine Scheen n'avait
point à pâlir, c'est le seul aria que j'ai applaudi de
la soirée. Fulvio Bettini est un très beau Aquilio, au
grave délicat et robuste à la fois (non je ne parle pas
d'un camembert!), mais malheureusement il ne dispose que d'un seul
aria pour briller, les deux duetti étant
déséquilibrés par Banditelli.
Le public semble avoir
beaucoup apprécié les chanteurs qui furent
acclamés (j'ai même entendu un "bravo" pour Banditelli,
si si je vous jure!), ou du moins acclamés par ceux qui
n'avaient pas quitté la salle à l'entracte, salle
étonnemment remplie aux vues du peu de
célébrité de l'oeuvre et du peu de stars
présentes."
"Cet opéra de
Vivaldi a été créé en 1727 mais est
donné ici dans une version ultérieure, de
surcroît "enrichie" de fragments de l'opéra homonyme du
français François Courcelle (italianisé en
Corselli), créé à Naples en 1736. À la
lecture des critiques de 2001, cette version fonctionnait bien sur
scène à Madrid. L'enregistrement sur le vif de ces
représentations est toujours disponible. En version de
concert, les situations et affects s'enchaînent un peu vite, et
on a peine à comprendre comment ces personnages diversement
ennemis parviennent à se croiser les uns les autres sans
être autrement inquiétés, et à se menacer
des pires châtiments sans que jamais aucun ne soit mis à
exécution.
Comme à son habitude,
Jordi Savall peaufine des couleurs orchestrales sombres et des
phrases bien liées, très loin du trépidant
Spinosi avec son ensemble Matheus. Il en résulte une richesse
de pâte sonore toujours séduisante mais évoluant
peu. Vivaldi n'est-il génial que dans quelques airs? "Ti
vantasti mio guerrioro" ou "Lascia di sospirar" de Selinda sont
peut-être réellement ennuyeux, mais à
l'écoute de "Quel torrente che s'innalza" de Farnace, on
imagine quand même plus de couleurs et de contrastes pour un
résultat bien plus impressionnant! Parmi les "tubes" de la
partition, "Gelido in ogni vena" fut aussi mis en musique par Haendel
dans Siroe (créé en 1728), opéra que Vivaldi a
aussi mis en musique et fait jouer en 1727 ! Lorenzo Regazzo l'avait
bien rendu au Théâtre des Champs-Élysées
en 2004. Chez Vivaldi, cet air aurait dû échoir au
soprano Farnace, mais celui-ci se trouve ici transposé en
baryton. Serait-ce pour donner plus d'humanité à un
personnage qui n'en manifeste pourtant guère? Loin de
paraître plus naturel, le livret en devient plus improbable.
Furio Zanasi rend bien le climat de cet air par l'utilisation d'une
voix de "tête" tendant vers le larmoiement vériste, au
risque de lâcher des "a" trop ouverts dans l'aigu. Il chante le
reste de son rôle (ainsi son "Spogli pur l'ingiusta Roma") avec
un timbre un peu plat et fruste. Son émission est certes
directe et efficace, mais sans grande séduction ni
profondeur.
"Scherza l'aura lusinghiera"
figurait déjà dans Il Giustino et sera repris dans
Bajazet. La jeune et prometteuse Céline Scheen le chante
admirablement, avec la légèreté précise
qui convient mais en phrasant bien aussi les passages liés,
avec un timbre fin mais bien concentré. Au premier acte, sa
voix tendre vocalisait un peu mollement, avant d'offrir un brillant
plus net dans "C'è un dolce furore". Sans ouverture du torse
ni stabilité de posture et levant souvent le menton, elle
semble s'en sortir par un bon engagement musculaire et une recherche
(parfois excessive) de présence et d'expression. L'excitant
"Sorge l'irato nembo" a été repris la même
année dans Orlando Furioso. Lawrence Zazzo le chante
très bien, même si sa voix de falsettiste est plus fade
que le mezzo animal d'une Sonia Prina. Il orne bien son "Roma invitta
una clemente".
"Quel candido fiore" sonne
aussi familier. Où et avec quelles autres paroles a-t-il
été repris? Adriana Fernandez le chante avec finesse,
loin des accents de poissonnière de ses récits, mais
pourrait orner davantage la reprise. Comment la même chanteuse
peut-elle chanter ses récits avec une voix si
désagréablement pointue, déraillant parfois et
manquant à ce point de partiels graves? Ce n'est qu'avec son
air "Langue misero" du deuxième acte que l'on entend un peu de
rondeur dans sa voix, mais sa dureté aigre reparaît dans
ses récits après l'entracte. Fulvio Bettini a une
émission d'abord un peu empâtée malgré un
bon métal, puis ne se fait plus remarquer. Gloria Banditelli
vocalise très bien dès son premier air "Al vezzeggiar".
Ses lunettes ne l'embellissent pas, ce qui donne une touche amusante
à son rôle de séductrice qui met Gilade et
Aquilio à ses pieds. Avec Gilade, c'est Tamiri qui s'est vu
offrir par Vivaldi les plus beaux airs de la partition. Rien
d'étonnant quand on sait que le rôle a été
créé par la Giraud (ou Girò en Italie!). Marina
de Liso est une magnifique interprète de cette femme
déchirée entre des devoirs et des sentiments
contraires. Sa belle voix ronde au legato parfait n'est jamais
grossie et sait aussi vocaliser, même si elle pourrait orner
davantage la reprise de "Combattono quest'alma". Non seulement ses
airs sont superbes ("Arsa di rai cocenti"), mais ses récits
sont profondément expressifs ("Figlio, non vi è piu
scampo")."
- Bordeaux - Opéra
National - 20, 22, 24, 25, 27 juin 2003 - Hesperion XXI
- dir. Jordi Savall - mise en scène Guido Achilli / Clovis
Bonnaud - décors, costumes Jesús del Pozo -
lumières Eduardo Bravo - avec Furio Zanasi (Farnace),
Adriana Fernández (Berenice), Sara Mingardo (Tamiri),
Gloria Banditelli (Selinda), Sonia Prina (Pompeo), Cinzia Forte
(Gilade), Fulvio Bettini (Aquilio) - production du Teatro de la
Zarzuela à Madrid

"S'il s'agit bien de la
production madrilène, avec la même distribution à
un rôle près, le même chef et le même
orchestre, force est de constater que ce n'est pas du tout la
même mise en scène qu'à l'automne 2001.
C'était alors Emilio Sagi qui signait un spectacle fastueux et
baroque à souhait. Rien de tel à Bordeaux : Clovis
Bonnaud règle, comme il est indiqué dans la brochure de
programme, une mise en scène pour la production de
l'Opéra National, réalisée par Guido Achilli. Ce
que cela veut dire au juste et très précisément,
nous l'ignorons. Nous ne pouvons que supposer que Guido Achilli a
imaginé une mise en scène, et que c'est Clovis Bonnaud
qui la monta sur le plateau. Nous n'en savons pas plus, n'ayant eu
à ce sujet aucun dossier ou information de presse. Le
résultat est assez honorable, cela dit, avec uniquement deux
réserves : les soldats joués par des femmes sont
gênants ; deux hommes, deux femmes, pour la garde
pompéienne, ça ne marche pas. On accepte
aisément la convention de travestissement propre à
l'opéra vénitien (alors qu'à Rome ou Naples, on
aurait distribué des castrats dans les rôles de Pompeo
et Gilade), parce qu'on y trouve un agrément sur le plan de la
vocalité, mais c'est inepte pour une figuration. L'autre
problème touche à la cohérence textuelle : le
fils de Farnace est caché par sa mère dans le Temple,
ici simplement enfoui sous la scène par une trappe ; Tamiri
nomme cette trappe dans son chant "L'imposant édifice", ce qui
prête plutôt à rire, il faut l'avouer. Pour tout
le reste, la pénombre dans laquelle se déroule une
intrigue inquiète est plutôt justement pensée.
Les artistes évoluent dans leurs personnages avec
crédibilité.
En salle, on ne retrouve pas
exactement la prise de son de la même équipe au disque,
et c'est tant mieux. Jordi Savall propose ce soir un travail
nettement plus élégant, moins lourdement pompeux, moins
systématiquement appuyé. Du coup, on en apprécie
avec plus de goût les nuances et la dynamique. Il entretient
une vraie tension, un suspens intéressant, plutôt que de
livrer le drame dès le départ. Bien des chefs ont
tendance à surenchérir la vivacité des attaques
et l'intervention du clavecin dans les accom-pagnements de
récitatifs : il n'en est rien ici, et tant mieux, la basse
continue comme les deux clavecins se montrant plutôt discrets
et délicats. Les musiciens du Concert de Nations affirment une
nouvelle fois leur grande fiabilité, avec une absolue
perfection des cordes, notamment. Le Madrigal de Bordeaux, quant
à lui, n'a guère convaincu.
Sur le plateau, Adriana
Fernandez campe une Berenice redoutable, inquiétante à
chacune de ses apparitions. Elle paraît quasiment folle dans la
dernière scène lorsqu'elle déclare sa haine
éteinte ; de même sa fureur est-elle plus proche d'un
égarement psychiatrique que de la possession classique. La
voix est intéressante et présente, bien que les graves
sonnent peu. La Selinda de Gloria Banditelli est irréprochable
techniquement, mais manque indéniablement de style, au point
d'en paraître insensible parfois. Peut-être est-ce du
plus bel effet dans une messe de Mozart, par exemple, mais ça
reste insuffisant lorsqu'il s'agit de défendre un personnage
qui a des sentiments. Elisabetta Scano offre un Gilade d'une grande
fraîcheur, avec de beaux aigus. Pour très sonore qu'il
soit, Furio Zanasi en Farnace est trop souvent à
côté de la note pour justifier l'engouement que le
public manifesta à son égard. En revanche, le Pompeo de
Sonia Prina est exemplaire, réalisant des ornements et des
vocalises d'une agilité impressionnante, et Fulvio Bettini
chante un Aquilio d'une grande tendresse, affirmant un art tout en
mesure, avec une vraie homogénéité de tous les
registres de la voix. Enfin, Sara Mingardo est bouleversante en
Tamiri, qu'elle sert de son timbre inimitable, d'une grande
expressivité, dans une ligne de chant parfois courageusement
rompue par le drame intérieur que vit le person-nage, avec une
émotion par moment presque insoutenable, mais toujours digne,
sans vulgarité."
- Diapason - septembre 2003 - Poco Allegro
ma spiritoso
"On ne transige pas avec les
valeurs véhiculées dans un drame héroïque.
La censure vénitienne eût discrètement souri, en
apprenant que le Grand-Théâtre de Bordeaux ne pouvait
pas cueillir pour impératifs techniques, accueillir les beaux
et sulfureux délires visuels, dignes d'un space opera,
créés par Emilio Sagi et Jésus del Pozo pour le
Théâtre de la Zarzuela de Madrid, en automne 2001.
Clovis Bonnaud et Giulio Achilli ont, dévorés par le
temps, opté pour l'ascèse. Décors minimalistes,
couleurs douces à dominante bleue en début et fin
d'actes, goût discret des costumes, si l'on excepte
l'apparition des soldats de Berenice encapuchonnés comme des
sbires de Dark Vador. Pour toutes les scènes
intermédiaires, une vacuité sombre. Parti pris
périlleux, concentrant l'attention sur le jeu et le chant. Un
triomphe attendu et mérité pour Sara Mingardo,
merveilleuse tragédienne, poignante, belle, bouleversante
Tamiri. Son "Arsa de rai cocenti" fut le premier air
ovationné. Gloria Banditelli, tendre et expressive Selinda,
superbe dans "Ai vezzeggiar", comme l'inattendu Gilade d'Elisabetta
Scanno, convaincante dans son registre de rossignol du " Scherza
l'aura iusinghiera", restent les joyaux d'un plateau inégal.
La haineuse Berenice d'Adriana Fernandez n'en imposait que
scéniquement. Le Farnace peu impliqué de Furio (le mal
nommé) Zanasi déçut, comme le Pompeo
honnête, mais peu puissant, de Sonia Prina. En fait, c'est
Jordi Savall, à la tête de ses légions
impeccables du Concert des Nations, phalange pleine et ronde aux
cuivres éclatants et aux basses inventives, qui sut donner
ma-gistralement tout leur sens aux instants pathé-tiques,
tracés, telle une chorégraphie, par un bras
précis et élégant. Un Vivaldi sans spasmes et
sans scories, mature et humain."
- Concertclassic - 20 juin 2003
"Contrairement à la
version discographique, Jordi Savall dirigeait un "Farnace 100%
Vivaldi", expurgé des ajouts composés par Corselli, qui
avaient tant dérouté les critiques. A Bordeaux, le
public a retrouvé un Concert des Nations, sensible, somptueux,
suprême dans l'art si difficile des rondeurs bondissantes et
des nuances extatiques. Si la fosse déroulait un tapis de
couleurs, d'accents, de climats qui excitait notre imaginaire, les
voix sans être déméritantes ont relevé le
défi de la vocalità vivaldienne avec
irrégularités. Sans véritable passion, ni le
Farnace de Furio Zanasi ni la Bérénice de Adriana
Fernandez, rôles ennemis d'une démesure
haendélienne, n'auront convaincu. Le Pompeo de Sonia Prina
bien que petite voix, incarnait avec autorité le vainqueur
romain, pacificateur, diffuseur des vertus morales. Elisabetta Scano
a surpris par son aisance dans le rôle très virtuose de
Gilade. Les palmes de cette soirée reviennent à deux
comédiennes rares, l'une sur le registre sombre,
héroïque voire tragique ; l'autre, plus
séductrice, habile manipulatrice des cœurs, sorte de
Poppée conspiratrice, admirable de finesse émotive.
Ainsi, la Selinda de Gloria Banditelli exprimait toute la tendresse
d'un Vivaldi amoureux et sentimental quand la contralto Sara Mingardo
conférait au rôle de Tamiri, l'épouse de Farnace
et la fille de Bérénice, son ampleur funèbre et
digne. En elle, se sont incarnées les valeurs morales
clamées par le livret : humanisme et clémence,
tendresse et indulgence. En exprimant par un chant à son
sommet, l'idéal vertueux de Farnace, Sara Mingardo fut
l'étoile de cette soirée. Elle a dévoilé
le sensibilité d'un Vivaldi profond et humain, continuateur de
Racine, rival de Haendel. Est ce parce qu'il offrit ce rôle
à son égérie, la chanteuse Anna Giro ? Est-ce
parce qu'il lui réserva les plus beaux airs ? L'audience de ce
Farnace Bordelais, électrisée par un Jordi Savall
fascinant et complice, était littéralement
subjuguée par chacune de ses apparitions
scéniques."
- Le dossier d'Abeille
Musique - avril 2002
- Madrid - Teatro de la
Zarzuela - 18, 20, 21, 23, 24, 26, 28 octobre 2001 - Le
Concert des Nations - Choeur du Théâtre de la
Zarzuela - dir. Jordi Savall - mise en scène Sagi - avec
Furio Zanasi (Farnace), Sara Mingardo (Tamiri), Adriana Fernandez
(Berenice), Sonia Prina (Pompeo), Gloria Banditelli (Selinda),
Cinzia Forte (Gilade), Fulvio Bettini (Aquilio)
- Martina Franca - Festival
della valle d'Itria - Palazzo Ducale - 27 et 29
juillet 1991 - version révisée par Gianfranco
Prato - Orchestre symphonique de Graz - dir. Massimiliano Carraro
- mise en scène Egisto Marcucci - décors et costumes
Maurizio Balo - avec Susan Long Solustri (Farnace), Raquel
Pierotti (Berenice), Serena Lazzarini (Tamiri), Marina Bolgan
(Selinda), Susanna Anselmi (Pompeo), Gabriella Morigi (Gilade),
Tiziana Carraro (Aquilio)
"Un superbe
spectacle...L'esprit typiquement baroque de l'intrigue...est
souligné par le choix des costumes qui restituent
l'esthétique de l'âge d'or du settecento...Rodolfo
Celletti a volontairement choisi des voix généreuses,
chaudes, chatoyantes, afin de retrouver la vraie couleur latine de
cette musique...La mezzo-soprano Serena Lazzarini, tendre et
affectueuse Tamiri à la musicalité impeccable, la
Berenice impétueuse et percutante de Raquel Pierotti...La
jeune mezzo américaine Susan Long Solustri, encore un peu
inexperte et à la technique insuffisante...Martine Dupuy
faisait merveille en Farnace...Massimiliano Carraro, à la
tête de l'Orchestre symphonique de Graz, a du mal à
imposer à sa formation ces couleurs, ces chatoyances, ces
contrastes rythmiques dont le théâtre baroque a tant
besoin." (Opéra International - octobre 1991)
- Aslico (Associazione
Lirica Concertistica Italiana) - 1983 - dir.
Tiziano Severini - avec Antonella Banaudi, Adelisa Tabiadon,
Nicoletta Curiel
- Gênes - Teatro
dell'Opera Giocosa - 24 novembre, 1er
décembre 1982 - San remo - Teatro
Casino - Orchestre symphonique de San Remo - dir.
Massimo de Bernart - mise en scène Beppe de Tomasi -
scénographie Giulio Achilli - avec Martine Dupuy (Farnace),
Katia Angeloni (Berenice), Petra Malakova (Tamiri), Daniela Dessy
(Selinda), Lucia Rizzi (Pompeo), Kate Gamberucci (Gilade), Rena
Garazioti (Aquilio)
"Après deux
siècles et demi d'oubli, le Teatro dell'Opera Giocosa de
Gênes, spécialisé dans les tentatives de
résurrection d'opéras oubliés, a réussi
à faire revivre le Farnace de Vivaldi,
représenté pour la première fois au Teatro
Sant'Angelo de Venise pour le carnaval de 1726. Ce fut une
opération de grande envergure, commencée le 24 novembre
au Casino de San Remo et promue dans les principales villes ligures,
Imperia, Gênes, Sestri Ponente, Sarzana, Savona, en novembre et
décembre. Epargnons au lecteur les détails d'une
intrigue entre le Pont (dont le roi est Farnace, fils du
défunt Mitridate) et la Cappadoce (dont la reine est
Bérénice, ennemie jurée de Farnace qui, contre
la volonté de la reine, a épousé sa fille
Tamiri) qui n'est somme toute qu'un triangle dynastique et familial
assez simpliste où interviennent de nombreux personnages
secondaires qui ne servent qu'à allonger l'opéra (d'une
durée de six heures). Naturellement, la version
présentée ici a été réduite, sans
que pour cela on soit tenté de modifier le jugement
négatif que l'on porte sur l'opéra seria, qui se
réduit en réalité à une suite d'airs dont
certains sont splendides, entrecoupés de récitatifs
plus ou moins longs et d'une portée expressive limitée.
En vain Beppe de Tomasi, dans les décors simples mais
fonctionnels de Giulio Achilli, s'est-il efforcé de meubler et
d'animer la scène, car le jeu des passions et des sentiments,
dans cette oeuvre, se résoud dans la perfection du chant. La
présence de bel cantistes est donc indispensables pour faire
face aux ornements imaginés par Vivaldi. La réussite de
cette tentative a été, avant tout, d'offrir une
exécution musicale qui justifie cette résurrection
momentanée. Massimo De Bernart se révèle
sensible à l'essence du bel canto et incisif dans
l'exposé du dessin mélodique.
Le recours a des
contre-ténors (remplaçant les castrats) risquant
d'être monotone, on a fait appel à des voix
féminines suffisamment variées en couleurs et en
timbres : deux italiennes, deux bulgares, une grecque, une
écossaise, une française, cinq "spécialistes" et
deux aspirant à le devenir, Katia Kolveca Angeloni (Berenice)
et Rena Garazioti (Aquilio) qui a repris depuis peu sa
carrière.
Martine Dupuy, comme toujours,
ne mérite que des éloges sur le triple plan de la
technique, du style et de l'expression. Au même niveau, Daniela
Dessy et Petra Malakova, Tamiri douce et touchante mais aux aigus un
peu trop ouverts. Dans les rôles de Gilade et de Pompeo, enfin,
l'experte Kate Gamberucci et la prometteuse Lucia Rizzi, qui a vaincu
la tête haute l'air très difficile qui termine le
premier acte." (Opéra International - février
1983)
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