COMPOSITEUR
|
Antonio VIVALDI
|
LIBRETTISTE
|
Girolamo Alvise Giusti
|
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
|
NOMBRE
|
LANGUE
|
FICHE
DÉTAILLÉE
|
1992
|
1992
|
Jean-Claude Malgoire
|
Audivis/Astrée
|
2
|
italien
|
|
2005
|
2006
|
Alan Curtis
|
Archiv
|
3
|
italien
|

|
DVD
ENREGISTREMENT
|
ÉDITION
|
DIRECTION
|
ÉDITEUR
|
FICHE
DÉTAILLÉE
|
2008
|
2011
|
Alan Curtis
|
Dynamic
|
|
Opéra (RV 723) créé le 14 novembre
1733, au théâtre Sant' Angelo, à Venise, avec des
décors d'Antonio Mauro, des ballets de Giovanni Gallo, et avec
une distribution réunissant : Massimiliano Miler (Motezuma),
Anna Giro (Mitrena), Giuseppa Pircher dite la Tedesca (Teutile),
Francesco Bilanzoni (Fernando), Angiola Zanuchi (Ramiro), Marianino
Nicolini (Asprano).
Le livret d'Alvise Giusti
s'inspire de l'Histoire
véridique de la conquête du Mexique (Historia de la
Conquista de Méjico),
d'Antonio de Selio.
Seul le livret avait été conservé,
ainsi qu'un air, avant qu'environ trois-quarts de la partition soient
découverts dans les archives de la Berlin Sing-Akademie qui
avaient été transférés secrètement
à Kiev par les Soviétiques et avaient été
restituées en 2001. Il manque le début de l'acte I et
l'acte III, et le finale de l'acte III. Seul le deuxième acte
est complet.
Le 17 mai 2006, le tribunal
d'instance de Düsseldorf a tranché le litige qui opposait
les dirigeants du festival Altstadtherbst de Düsseldorf à
l'académie de musique Berliner Sing-Akademie : l'opéra
oublié d'Antonio Vivaldi (1678-1741), "Motezuma", est
libre de droits. L'oeuvre du compositeur italien est à la
disposition de chacun, a jugé le tribunal. Il n'est pas en
effet exclu que la partition originale datant du 18ème
siècle ait été reproduite en plusieurs
exemplaires. Le jugement intervient suite à la plainte
déposée par la Berliner Sing-Akademie contre le
festival Altstadtherbst de Düsseldorf, qui avait monté
l'opéra oublié en 2005. L'académie, qui conserve
une copie de la partition de "Motezuma", affirme en détenir
les droits exclusifs. La décision du Tribunal d'instance de
Düsseldorf est "réjouissante pour les amateurs de la
musique ancienne, c'est la preuve que la musique n'est pas
réservée aux opéras qui en ont les moyens", a
déclaré l'avocat du festival de Düsseldorf,
Andreas Auler. "Je considère que c'est une erreur, c'est
pourquoi je vais porter l'affaire devant la Cour
fédérale suprême", a annoncé l'avocat de
la Berliner Sing-Akademie, Peter Raue. L'opéra "Motezuma"
avait disparu après sa première mise en scène en
1733 à Venise. En 2002, un musicologue allemand, Steffen Voss,
a découvert une copie de la partition, originaire de Venise,
dans les archives de la Sing-Akademie. L'avocat du festival de
Düsseldorf a avancé qu'elle avait été
reproduite et donc publiée. La Sing-Akademie n'a pas pu
prouver le contraire.
1943. L'Allemagne nazie subit
de plus en plus le survol des bombardiers alliés, semant
chaque fois leurs tapis de bombes et de ruines fumantes au sein des
grandes villes du Reich. Inquiet, Goebbels, Gauleiter de Berlin,
ordonne le transfert secret de 560 collections vers des
cloîtres, tunnels et châteaux de province,
espérant sauver ainsi des chefs-d'œuvre du patrimoine
artistique allemand. Les archives de la Berlin Sing-Akademie sont
soigneusement emballées et plus de 5000 manuscrits, sources
imprimées, matériels, lettres, documents, programmes,
livrets, livres et revues rejoignent quatorze grosses caisses et le
calme de la Silésie. Etrangement, les fonctionnaires ou
militaires chargés de l'opération en oublient la
légendaire méticulosité prussienne et
n'établissent pas de catalogue précis des œuvres
déménagées. Moins de trois mois plus tard, le
joli bâtiment à fronton et pilastre de 1827 part en
fumée, alors que les batteries de Flak 8.8 de la DCA ripostent
en créant de petits nuages de poudre dans le ciel de la
capitale… Pour la majorité des Allemands et des musicologues
occidentaux, c'en est fini du fonds de la prestigieuse
Akademie.
Pourtant, en 1969, un
enregistrement d'un concerto pour flûte de Wilhelm Friedemann
Bach est édité à Kiev, alors que la seule copie
répertoriée provenait desdites archives berlinoises… En
effet, en 1945, l'armée rouge fait connaissance avec le
pittoresque château d'Ullersdorf et rapatrie les
précieux documents à Kiev. A partir de 1973, ils sont
conservés aux Archives Centrales de Littérature et Art
d'Ukraine sous la cote volontairement vague de "Fonds 441 :
Manuscrits des Lumières. Art et littérature occidentale
européenne du 17ème au 19ème siècle". En
1999, des chercheurs occidentaux découvrent enfin l'existence
des archives de la Berliner Sing-Akademie, et en 2001, après
moult tractations, elles regagnent Berlin. On passera un voile
pudique - et un regard désabusé - sur les escarmouches
juridiques à propos des droits de la partition
microfilmée en Ukraine qui conduisirent à l'annulation
ou à la transformation en pastiche de plusieurs
représentations de Motezuma prévues depuis lors.
Ajoutons que cet opéra
d'un Vivaldi cinquantenaire ne nous est parvenu dans son
intégralité que pour le second acte. Il manque
notamment le début des actes I et III et le finale de l'acte
III. Tout comme son prédécesseur Jean-Claude Malgoire
qui avait livré un pastiche fort remarqué de l'œuvre en
1992 (Astrée), Alan Curtis et Alessandro Ciccolini ont donc
été forcés de puiser des airs dans d'autres
œuvres telles que Farnace, Tito Manlio et autres Fida Ninfa afin de
compléter la partition de cet invraisemblable soap opera
baroque où Cortez s'éprend de la fille du Roi
Moctezuma, avant que tous les protagonistes finissent en chœur par
chanter les vertus du mariage, lieto fine oblige. (Forum
Opéra)
Personnages : Motezuma (empereur du Mexique), Mitrena, son
épouse, Teutile, leur fille, Fernando, général
de l'armée espagnole, Ramiro, son frère cadet, Asprano,
général des Mexicains
Argument
Montezuma, dernier empereur du Mexique, vaincu,
est recherché par les soldats de Fernando Cortes. Il demande
à son épouse Mitrena de tuer leur fille Teutile pour
qu'elle ne tombe pas entre les mains des Espagnols. Teutile,
déçue dans son amour pour Ramiro, frère de
Fernando, veut se suicider, mais est arrêtée par
Fernando. Montezuma essaye de tuer sa fille, mais blesse Fernando.
Celui-ci demande à Ramiro de chercher le coupable. Fernando
reçoit Mitrena qui demande une trêve. Montezuma,
déguisé en Espagnol, toujours pour tuer sa fille, est
surpris et fait prisonnier. Asprano, général mexicain,
prépare une offensive contre les Espagnols. Il indique que les
dieux exigent la sacrifice d'un Espagnol et de Teutile. Mitrena
demande que Fernando soit sacrifié avec Teutile, mais Fernando
s'échappe grâce à Ramiro. Montezuma se retrouve
enfermé dans une tour à laquelle Asmiro a fait mettre
le feu en croyant que Fernando s'y trouvait. Montezuma
s'échappe et retrouve Mitrena., et forme le dessein de tuer
Fernando et Ramiro qui ont pris le pouvoir. Asprano et Teutile les en
empêchent, et Fernando rend le trône à Montezuma.
Ramiro épouse Teutile.
- Opéra
International - mai 1992 - Pasticcio dans la lagune
- Malgoire invente Montezuma
- Concert baroque
- Alejo Carpentier - Gallimard - 1978 - Folio -
décembre 2003
Représentations :
- Opéra de Long
Beach - 28 mars, 5 avril 2009 - dir. Andreas Mitisek -
mise en scène David Schweizer - nouvelle production
- Ferrare - Teatro
Communale - 25, 27 janvier 2008 - Plaisance - Teatro Communale - 15, 17
février 2008 - Modène -
Teatro Comunale - 29, 30 mars 2008 - Il Complesso
barocco - dir. Alan Curtis - mise en scène Stefano Vizioli
- avec Vito Priante (Motezuma), Mary-Ellen Nesi (Mitrena),
Franziska Gottwald (Fernando), Laura Cherici (Teutile), Gemma
Bertagnolli (Asprano), Theodora Baka (Ramiro) - coproduction avec
le teatro Sao Carlos de Lisbonne

- Valladolid - Auditorium
- 17 octobre 2007 - Valencia -
Palau - 18 octobre 2007 - Bilbao - Teatro Arriaga - 19 octobre
2007 - Séville - Teatro de la
Maestranza - 20 novembre 2007 - Il Complesso Barocco -
dir. Alan Curtis - mise en scène Stefano Vizioli -
décors Lorenzo Cutùli - costumes Annamaria Heinreich
- lumières Nevio Cavina - avec Vito Priante, Teodora Baka,
Mary-Ellen Nesi / Anna Bonitatibus, Laura Cherici, Franziska
Gottwald, Gemma Bertagnolli
- Théâtre des
Champs Élysées - 10 octobre 2007 - en
version de concert - Il Complesso Barocco -
dir. Alan Curtis - avec Vito Priante (Motezuma), Sonia Prina
(Mitrena), Mary Ellen Nesi (Ramiro), Laura Aikin (Asprano), Ann
Hallenberg (Fernando), Karina Gauvin (Teutile)
"La première surprise
éclatante vient de l'orchestre absolument superbe et
déchaîné ce soir : je ne pensais pas pouvoir dire
cela un jour de Curtis et son Complesso barocco qui ne m'inspirent
ailleurs que de l'ennui quand ce n'est pas de la consternation. Le
disque de Motezuma m'avait déjà étonné,
mais bien des choses n'y étaient pas du tout à leur
place (le trio, la bataille, le final du II...) à coté
de véritables réussites (les récitatits, les
variations, les airs de Ramiro...). Ayant souffert bien des lives de
Curtis que l'on peut au moins louer pour sa grande curiosité,
je m'attendais à un orchestre bien moins bon que cette
exception discographique: en réalité Il Complesso
barocco a fait des progrès énormes (du moins dans cette
oeuvre); après une ouverture tiedasse et un premier air de
Motezuma (différent de celui au disque d'ailleurs) pas
très précis, la sauce est peu à peu
montée pour atteindre la quasi perfection au premier air de
Fernando: certes on peut toujours reprocher un certain manque de
couleurs mais pour une fois c'est impeccable et même
passionnant dynamiquement, tous les pupitres sont parfaitements
équilibrés rendant envoûtants les langueurs et
nombreux jeux d'echos qui émaillent les airs; cette
cohérence est d'autant plus stupéfiante que Papi Alan
avait du sniffer quelque chose avant de monter tant les tempo sont
rapides et halletants. Bref un grand bravo à l'orchestre; je
regrette de n'avoir pas été écouté Alcina
à Poissy du coup, et je suis curieux de savoir s'ils y
atteignent aussi cette excellence.
Vito Priante est le seul
rescapé du disque: son Motezuma est toujours aussi brut de
décoffrage, peu de nuances et un chant assez rentre dedans, ce
qui convient tout à fait au personnage qui n'a que la
colère pour loi. Ajoutons en plus qu'il est bien plus sexy que
sur les photos... Mary Ellen Nesi ne m'inspirait rien de bon
après avoir entendu son Teseo assez fruste. J'ai
été agréablement surpris de constater qu'elle
pouvait aussi être une chanteuse très honnête,
sans grande intelligence musicale et dramatique, mais capable d'un
Ramiro très propre et bien chantant; la tessiture assez
réduite et le timbre me font penser à Maria Ercollano
mais sans le coté "caramélisé sur le dessus"
(oui je n'ai pas encore mangé!) de cette dernière. Son
Ramiro pèche donc surtout par manque de variété,
d'implication dramatique (tous ses airs se ressemblent) et par un
coté trop posé (qui ruine son "In mezzo alla
procella").
Laura Aikin ne m'a par contre
en rien étonné, c'est inintéressant: à sa
décharge, son rôle est privé de son premier air
et des récitatifs essentiels pour comprendre qui est Asprano,
de plus elle remplacait Kalna prévue à l'origine et qui
est simplement stupéfiante dans ce role. Mais comment
supporter ce "Brilleran per noi" sans aucun sens du rythme, avec ces
vocalises piquées qui ignorent deux notes sur trois? Comment
ne pas s'indigner devant ce "D'ira e furor armato" pas du tout
belliqueux ni en place avec deux plantages énormes où
l'on ne savait plus qui de l'orchestre ou de la chanteuse
était perdu? Seul son dernier air larmoyant lui a permis de se
rattraper mais rien de très émouvant... A oublier bien
vite.
Passons maintenant aux
triomphateurs: Ann Hallenberg fut plus que convaincante en Fernando
où je craignais qu'elle ne manque de sauvagerie! Que nenni!
Cette femme brûle les planches, c'est un vrai génie
dramatique de la même trempe que Dessay ou Antonacci:
écoutez ces légères variations et silences qui
font tout le relief de ses récitatifs auxquels ne manquent pas
la moindre consonne; pâmez-vous devant cette
crédibilité scénique (l'éclat de rire et
l'allure pendant le "Sei troppo facile") et cette tessiture large
qu'elle balaye avec une aisance confondante! Seul bémol,
"L'aquila generosa" l'a trouvée un peu en difficulté
pour traduire le déploiement des ailes par l'enflement vocal
(chose que Beaumont réussissait à merveille et que je
créve d'envie d'entendre par Bonitatibus); mais cela reste
tout de même de très haute volée
(pouet!).
Après la Teutile pleine
de grace, cristalline et néamoins puissante d'Invernizzi,
Karina Gauvin nous offre une conception toute différente du
rôle: son timbre d'abord rend le personnage plus tellurique,
plus humain et moins évanescent (elle ne ménage pas ses
aigreurs pour les pleurs du dernier air) mais c'est aussi un
personnage plus volontaire moins éthéré que
celui peint par Invernizzi, une Teutile digne de la poigne de sa
mère plus que jeune princesse innocente sacrifée. Tous
ses airs seraient à commenter tant le poids dramatique est
sensible dans chaque note. Impressionnant et très
émouvant. Sonia Prina en Mitrena, franchement quelle
idée! Vous la voyez vous, se sortir de l'impossible "S'impugni
la spada" avec son canto di sbalzo et ses lourdes vocalises? Eh bien
croyez le ou pas c'était confondant. Après "La
sull'eterna sponda" qu'elle a chanté de façon
hypnotique avec des notes filées sur des souffles de voix
mourante (sans bénéficier cependant des graves abyssaux
de Mijanovic), et avant son air de la fin du II haletant et captivant
(bien mieux qu'au disque pour le coup!), il s'est passé un
petit miracle pour ce "S'impugni la spada". Tout d'abord l'orchestre
démarre l'air au moins deux fois plus rapidement qu'au disque
et disons le tout de suite, la technique relève de
l'étrange, voire de l'improbable (le canto di sbalzo de Prina
y est plus caqueté que chanté et les vocalises sont
survolées plus que faites avec précision) mais cet
élan irrépressible, cet entrain, cette fièvre de
Prina dont tout le corps crispé et gigotant sur son pupitre
tendait vers la salle comme pour s'y jeter dans un bain de foule
digne d'un concert de rock, voilà un moment que je ne suis pas
prés d'oublier. Je n'avais pas eu cette chair de poule
éléctrique depuis le "Sta nell'ircana" de Tro
Santafé. Avec une chanteuse moins convaincue ou avec moins de
personnalité, cela n'aurait été qu'un grossier
savonnage, avec Prina, c'est un délire de pythie! Ahurissant!
Et que l'on n'accuse pas ma Prinamania, la salle lui a
réservé une ovation aussi et je me suis fendu de deux
youyou aux applaudissements. Sinon louons encore une fois son
enthousiasme dramatique à couper le souffle dans le long
récitatif avec Fernando au I (façe à une
Hallenberg plus qu'habitée par son rôle) et qui laisse
pantois pour le long accompagnato du III. J'ai failli hurler un
hystérique "Sonia je t'aime!" aux applaudissements finaux mais
je me suis retenu pensant que j'aurai dû continuer par un
"Karinaaaaaaaa!" et "Ann for ever" pour finir dans un "Vito je te
veux" pour être parfaitement juste.
Au final une soirée
anthologique (à l'exception de la médiocre Aikin et de
la sage Nesi) dont la retransmission radio égalera
certainement le disque !"
- Vienne - Theater an der
Wien - 6 octobre 2007 - version de concert - Il
Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - avec Vito Priante
(Motezuma), Sonia Prina (Mitrena), Karina Gauvin (Teutile), Ann
Hallenberg (Fernando Cortes), Mary-Ellen Nesi (Ramiro), Laura
Aikin (Asprano)
- Théâtre de
Lucerne - 10 juin 2007 - La Gioconda – Barockensemble
des Luzerner Sinfonieorchesters - dir. Michael Form - mise en
scène Martín Acosta - décors et costumes
Humberto Spíndola - dramaturgie Bernd Feuchtner -
coproduction avec Théâtre de Heidelberg
- Lisbonne - Teatro Nacional
de São Carlos - 4, 5, 9, 10, 11, avril 2007 - Il
Complesso Barocco - dir. Alan Curtis - mise en scène
Stefano Vizioli - scénographie Lorenzo Cutùli -
costumes Annamaria Heinreich - lumières Nevio Cavina - avec
Vito Priante (Motezuma), Theodora Baka (Ramiro), Mary-Ellen Nesi
(Mitrena), Laura Cherici (Teutile), Maite Beaumont (Fernando
Cortés), Gemma Bertagnolli (Asprano) - coproduction Teatro
Nacional de São Carlos, Teatro Comunale de Ferrara, Teatro
Comunale de Modena, Teatro Comunale de Piacenza
- Opéra
Magazine - juin 2007 - 11 avril 2007
"La salle vert bronze et vieux
rose du Sao Carlos était l’écrin idéal pour ces
retrouvailles avec l’inédit Motezuma de Vivaldi,
redécouvert en 2002 par le musicologue Steffen Voss et
enregistré par Alan Curtis. Le metteur en scène italien
Stefano Vizioli et son éclairagiste Nevio Cavina, visiblement
éblouis par cette salle miraculeuseùent
préservée de tout incendie depuis 1793, l’ont
illuminée d'une centaine de girandoles de cristal,
laissées à feu doux durant la représentation,
beau clin d’oeil à un théâtre d’époque,
évidemment le San Angelo de Venise où fut
créée, en 1733, cette oeuvre remarquable. Car le
génie dramatique de Vivaldi, porté à la
scène, explose. La concision des airs, l’enchaînement
des humeurs harmoniques et la rapidité de l’action ne laissent
à l’auditeur aucun répit. Ils apportent une surprenante
modernité à cet opéra en parfaite
adéquation avec notre sensibilité d’aujourd’hui, ce qui
n’est pas toujours le cas, par exemple, des opéras de
Haendel.
L'équipe de
scénographes italiens s’en est tenue à une
illustration, littérale mais bienvenue, du livret.
Cortès et les siens portent casques bombés et costumes
1510, Motezuma et sa cour les plumes et les tissus rutilents des
adorateurs du dieu Serpent (son masque de jade apparaît en
surimpression sur le décor sobre et puissamment svmboliaue).
Une croix latine, en acier boulonné, fait office de praticable
comme de carrefour au choc des civilisations que présente un
livret aussi décapant que l’intermède des Incas du
Pérou dans Les Indes galantes de Rameau (1735). Les Espagnols
n’y apparaissent pas sous leur jour le plus glorieux et les
Aztèques suscitent une juste pitié. À la fin,
cette même croix se lèvera, menaçante et
totalitaire, sur un nouveau Mexique né dans le sang et la
variole. Entre-temps, on aura utilisé
l’intégralité de la salle depuis les loges, une
trompette joute avec les aigus agiles de Gemma Bertagnolli ; Mitrena,
l’épouse de Motezuma, arrive au parterre sur un palanquin
porté par quatre esclaves ; les airs les plus poignants sont
chantés sur un praticable installé entre orchestre et
premier rang, offrant aux solistes l’écrin acoustique d’une
salle dont il faut louer à nouveau
l’excellence.
De la distribution choisie par
Alan Curtis pour son enregistrement, on retrouve le Motezuma du
Napolitain Vito Priante, baryton aux petits moyens mais habité
par son rôle, qui, ce soir-là, fêtait ses 28 ans.
Maïte Beaumont, mezzo engagée au timbre sûr sur
toute la tessiture, est un splendide Femando Cortés. Dans le
rôle rageur de Mitrena,Mary-Ellen Nesi, autre mezzo, un brin
plus acide, s’avère parfaitement cinglante dans ses
coloratures de résistante. Les amoureux malheureux, le
frère de Cortés et la fille de Motezuma, apparaissent
en retrait, souvent apeurés par les sauts techniques
réclamés par Vivaldi.
Quant au Complesso Barocco, on
comprend mal pourquoi les Français ont pris l’habitude
d’accueillir avec tant de froideur ses interprétations aussi
pionnières que militantes. Alan Curtis s’est montré vif
et souple. Ses cors naturels et ses trompettes ont sonné
juste, les vents assurés, et les cordes, d’une belle couleur,
ont apporté à cette partition toute la chair
nécessaire à sa résurrection. De quoi assurer la
pérennité du théâtre lyrique de Vivaldi,
qu’on aimerait voir autant aimé des scènes qu’il l’est
des studios..."
- Théâtre
d'Heidelberg - 9 décembre 2006 - dir. Michael
Form - mise en scène Martín Acosta - décors,
costumes Humberto Spíndola - dramaturge Bernd Feuchtner -
avec Sebastian Geyer (Motezuma), Jana Kurucová (Ramiro),
Rosa Dominguez (Mitrena), Maraile Lichdi (Fernando), Michaela
Maria Mayer (Teutile), Silke Schwarz (Asprano) - coproduction avec
Théâtre de Lucerne



"En France nous sommes bien en
retard à propos de la polémique de cet Opéra,
retrouvé par Stefan Voss à la bibliothèque de
Berlin dans les fonds rapatriés de la Sing-Akademie et sur
lequel Alan Curtis avait obtenu une exclusivité. Ces fonds
revenaient d’Ukraine. Voss, attiré par la belle calligraphie
vénitienne, regarde le texte sans titre et reconnaît
là l’œuvre mythique. La légende de cette disparition
avait été bien amplifiée par l'enregistrement de
Jean-Claude Malgoire en 1992 chez Astrée. Il en avait fait un
pastiche sur le livret avec des airs d’opéras
antérieurs pour mettre en valeur la singularité du
choix d’un Vivaldi cinquantenaire pour ce thème non antique.
Après la découverte du manuscrit, pour le
compléter et l’enregistrer chez Deutsche Grammophon Archiv,
Alessandro Ciccolini, l’acolyte d’Alan Curtis, violoniste et
musicologue, fait un même usage du pastiche avec des airs
d’œuvres vénitiennes plus jeunes - et l’unité de style
s’en retrouve déséquilibrée, car de toute
évidence, dans cet Opéra Vivaldi cherche à
être napolitain.
Pourquoi ? Il faut se figurer
que, au milieu du foisonnement des théâtres
vénitiens, le Grisostomo, théâtre de la grande
famille Grimani, était le Hollywood de ce temps où
étaient invitées les stars napolitaines comme
Farinelli, Caffarelli, Faustina, etc.; tandis que le San Angelo, tenu
par le Prince Marcello et consort (il haïssait son impresario
Antonio Vivaldi), était comme les cinémas d’auteurs et
indépendants. Son tarif était d’ailleurs plus bas.
C’est dans ce théâtre que l’on défendait Venise
contre Naples. Or dans les scènes « hollywoodiennes
», tout opéra appelé « Partenope »
rendait hommage à l’art de chanter napolitain, art sportif et
ultra galant, car Partenope était la fondatrice mythologique
de la ville. Par comparaison, la métaphore de Mexico, ville
sur un lac émaillé de canaux, assiégée,
détruite et asséchée par les Espagnols ne peut
que signifier une Venise musicalement investie par Naples, royaume
espagnol par ailleurs. Aussi Motezuma pourrait être Vivaldi
impuissant et reconnaissant sa défaite en train
d’écrire des airs napolitains. Enfin comme au XVIII ème
siècle, sous des apparences d’extrême
légèreté, rien n’est anodin, l’invraisemblable
scénario à « soap opera baroque » où
Cortez s'éprend de la fille du Roi Motezuma, avant que tous
les protagonistes (la plupart fictifs et traditionnels à
l’intrigue), finissent en chœur par chanter les vertus du mariage
(lieto fine oblige), peut avoir comme symbolique une victoire occulte
de la cité vaincue (comme Athènes vainquit
artistiquement Rome). Autrement dit, Venise vaincue par les
napolitains a épousé leur art et lui apporte en contre
partie sa supériorité féminine. On peut
également pousser l’analyse plus loin pour le thème
« du mariage », et considérer qu’à cette
époque, le désastre de la destruction de la
civilisation aztèque n’était pas reconnu comme tel,
mais au contraire ressenti comme une fusion (un mariage). Cet
opéra pourrait être un hommage inconscient à
l’apport artistique de l’art d’Amérique du sud à l’art
baroque, dans un mélange de fascinations anciennes pour
l’exotisme (Venise byzantine et maritime) et pour la parenté
de cette civilisation subitement disparue avec les
épopées du passé, parenté
renforcée dans un contraste fulgurant (et baroque) par sa
proximité temporelle. Enfin il faut compter sur cette utopie
des philosophes des lumières de la supériorité
du bon sauvage, de la société qui a perverti l’homme,
et la naissance de l’idée de tolérance des
civilisations. Tout cela donnait à ce sujet une
nouveauté singulière et ajoute au stupéfiant
destin du manuscrit qui, de 1973 à 2001, fut conservés
aux Archives Centrales de Littérature et Art d'Ukraine
à Kiev dans les « Fonds 441 : Manuscrits des
Lumières » avant de retourner à Berlin où
avait dû le laisser jadis une diva itinérante. C’est
à Berlin encore, ville hôte de Voltaire, que le
thème fut repris modifié vers un sens lessingien par le
roi Frederik II de Prusse qui fit lui-même le livret du
Motezuma de Graun. Un hasard ?
Bernd Feuchtner, directeur du
Théâtre et de l’orchestre d’Heidelberg est dynamique et
engagé. Il balaye toute polémique sur les
exclusivités. Ici l’on ne parle plus d’Alan Curtis, on fonde
une version nouvelle « made in Allemagne » de cet
opéra qui mettra en valeur ce Vivaldi Napolitain. L’enjeu est
le même que les différentes versions du « Boris
Godounov » de Moussorgski, l’une Urtext, l’autre par Rimsky
Korsakov, une autre par Chostakovitch, une hybride… ; même
enjeu encore que l’achèvement de « Turandot » par
Alfano puis par Berio. L’opéra de Vivaldi en est
d’emblée tiré vers le haut et deviendra peut-être
plus célèbre que ses prédécesseurs
complets. En accord avec le chef invité Michael Form, un
talent soutenu efficacement, le directeur du théâtre
d’Heidelberg choisit de faire compléter l’œuvre par un jeune
compositeur de vingt quatre ans, Thomas Leininger. A Bâle nous
avons rencontré ce jeune génie, à la cafeteria
de la Schola Cantorum, lisant un vieux traité en
écriture gothique comme s’il s’agissait du dernier Harry
Potter. Il dit qu’il n’empêche personne de vivre dans son
monde, qu’il se sent bien dans ce langage, c’est son univers, il
n’imagine pas un musicien du temps ne pas être aussi capable
dans l’interprétation que dans l’écriture et que,
lancé dans ce chemin, il va jusqu’au bout. Son message pour
les autres jeunes est simplement « pourquoi pas ? ». Tout
ce discours démontre un talent qui vient de la nature. Bien
sûr, on a devant soi un gros travailleur, mais ce qu’il lit, ce
qu’il joue, lui profite bien plus qu’à d’autres par des
connections cachées dans le cerveau. Les éditions
Peters sont en préparation d’une édition
précisément de cette version Vivaldi-Leininger. Pour
ces raisons, l’inventeur de l’opéra, Steffen Voss,
était présent à Swetzinger à la
même représentation que nous. C’est fait ! Heidelberg a
gagné, cette version fera autorité."
- Düsseldorf
- 23, 24, 25 septembre 2005
- Rotterdam - Grote Zaal van
de Doelen - 11 juin 2005 - Barga - Teatro dei Differenti - 16, 17
juillet 2005 - Düsseldorf -
Altstadtherbst - 22, 23, 24, 25 septembre 2005 - Modo
Antiquo - dir. Federico Maria Sardelli - mise en scène Uwe
Schmitzt-Gielsdorf - décors Paolo Atzori - costumes Amelie
Haas - lumières Nicolas Bovey
NB. représentations interdites par une
décision du tribunal de Düsseldorf en faveur de la Berlin
Sing Akademie - remplacées à Rotterdam par une version de concert sur
la base d'une édition preparée par le musicologue
allemand Steffen Voss, qqui a découvert le manuscrit en 2002,
et le chef italien Federico Maria Sardelli - à Barga par un pasticcio

- Opéra de
Lille - 26, 27 et 29 mai 1994 - La Grande Ecurie et la
Chambre du Roy - dir. Jean-Claude Malgoire - mise en scène
Ariel-Garcia Valdès - avec Danielle Borst (Mitrena),
Isabelle Poulenard (Teutile), Nicolas Rivenq (Fernando Cortes),
Dominique Visse (Montezuma), Brigitte Balleys (Ramiro), Luis
Masson (Aspreno)
- Opéra de Monte
Carlo - Printemps des Arts - 8 et 10 mai 1992 -
Bordeaux - Grand
Théâtre - 19 et 22 mai 1992 - Tourcoing - Atelier Lyrique - 26 et 28
mai 1992 - Lausanne - 11, 13,
16, 18 et 20 septembre 1992 - Opéra d'Avignon - 18 et 20 avril
1993 - La Grande Ecurie et la Chambre du Roy - dir. Jean-Claude
Malgoire - mise en scène Ariel-Garcia Valdès -
décors Jean-Pierre Vergier - costumes Jérôme
Kaplan - avec Danielle Borst (Mitrena), Isabelle Poulenard
(Teutile), Nicolas Rivenq (Fernando Cortes), Dominique Visse
(Montezuma), Brigitte Balleys (Ramiro), Luis Masson (Aspreno) -
Création mondiale - production de l'Atelier lyrique de
Tourcoing
"L'illusion est à
peu près parfaite, et rien n'accuse un remontage artificiel.
Airs et récitatifs se soumettent paarfaitement à un
livret qui ne trahit pas les espérances de
Malgoire...Scéniquement, le metteur en scène et le
décorateur ont joué sur une sage modernité,
suggréant un haut-plateau comme lieu unique de l'action...La
distribution se signale par une excellente caractérisation des
personnages : contraste efficace entre les timbres de Mitrena
incarnée avec force et dignité par Danielle Borst, et
de fille Teutile, Isabelle Poulenard qui tire parti d'une voix
petite, mais d'une justesse et d'une égalité à
toute épreuve dans les passages d'agilité.
Agréable découverte en ce qui concerne Brigitte
Balleys, travesti plus que crédible...La vaillance fait
défaut en revanche au Montezuma de Dominique Visse,
habituellment plus à son avantage...L'orchestre avait fait
l'objet des soins attentifs du chef...Au résultat un bel
équilibre entre la fosse et le plateau."
Retour à la
page d'accueil