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LA FIDA NINFA
La Nymphe fidèle
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COMPOSITEUR
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Antonio VIVALDI
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LIBRETTISTE
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Scipione Maffei
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Opéra (RV
714) sur un livret du marquis Scipione Maffei,
créé à Vérone, le 6 janvier 1732, pour
l'inauguration du Teatro Filarmonico, dans une scénographie de
Francesco Galli Bibiena, et une chorégraphie de Andrea
Cattani.
(*) Scipione Maffei (1675 - 1755),
patricien de Vérone, académicien, poète,
archéologue et dramaturge. Il avait déjà
écrit une première version de La Fida ninfa, en 1714,
sous le titre Sciro fuor di Sciro, dédiée à
l'empereur Charles VI, un an après la tragédie Merope
qui avait fait sa notoriété. Il écrivit aussi de
nombreux ouvrages d'érudition, des livrets, des vers de
circonstance, des traductions de l'Iliade et de l'Odyssée
ainsi que de nombreuses pièces (regroupées dans Teatro
italiano, 1723).
Distribution : la soprano
bolognaise Maria Giovanna Gasperini (Licori), la contralto Gerolama
Madonia (Elpina), la basse Francesco Venturini (Oralto), le castrat
soprano Giuseppe Valentini (Morasto), le castrat alto Stefano Pasi
(Osmino, Tirsi), le ténor Ottavio Sinalco (Narete).
Le castrat soprano napolitain
Francesco Bilanzoni, sollicité, refusa d'y participer, bien
qu'on lui ait offert cent sequins, et l'opéra fut monté
hâtivement. Un contemporain estima que tous les chanteurs n'étaient pas très
remarquables, même s'il faut reconnaître que
l'opéra n'a reçu qu'un soutien mitigé et
limité.
Le Nuovo Teatro Filarmonico avait
été construit à l'initiative de l'Academia
Filarmonica, pour remplacer l'ancien Teatro del Capitano,
fermé en 1714 pour vétusté. La construction
s'était étalée sur douze années, et
l'inauguration initialement prévue en 1730, avec un
opéra de Giuseppe Maria Orlandini, La Fida ninfa, avait
dû être annulée du fait des inquisiteurs de
Venise. L'interdit avait été levé en novembre
1731, permettant l'inauguration en janvier 1732, dans laquelle
Scipione Maffei avait investi des sommes importantes.
Représentée
en 1737, à Vienne, sous le nom de Il giorno felice.
Personnages : Oralto, corsaire, seigneur de l'île de
Naxos, dans la mer Égée (basse) ; Morasto, soprano ;
Narete, berger de Scyros (ténor) ; Licori, fille de Narete
(soprano) ; Elpina, fille de Narete (contralto) ; Osmino (contralto)
; Giunone (contralto) ; Elolo (basse)
Synopsis
Acte I
Oralto de Naxos (basse) a
enlevé deux jeunes filles, Lycoris (soprano) et Elpina
(contralto), ainsi que leur père, le berger Narète de
Scyros (ténor). Lycoris était fiancée à
Osmino, qui a été lui aussi enlevé par des
soldats thraces. Oralto a un lieutenant, Morasto (soprano castrat) :
nul ne sait qu'il s'agit en fait d'Osmino. Le jeune homme se
désole lorsqu'il apprend que d'autres de ses compatriotes ont
été réduits en esclavage. Auprès d'Oralto
vit également le frère de Morasto, Tircis (contralto
castrat), que ses parents avaient prénommé Osmino, en
mémoire de son frère disparu. Tircis s'éprend de
Lycoris mais, pour attirer son attention et la rendre jalouse, il
courtise plutôt sa soeur Elpina. Lycoris plaît aussi
à Oralto, qui charge son bras droit Morasto de plaider sa
cause auprès de la jeune fille. De son côté, le
vieux Narète fait une étrange découverte : il
trouve, gravés sur tous les arbres du voisinage, les noms
entrelacés de Scyros, d'Osmino et de Lycoris.
Acte II
Lycoris croit reconnaître
en Tircis celui auquel elle était destinée.
Narète, pour sa part, essaie de négocier avec Oralto le
paiement d'une forte rançon pour que ses filles et lui
puissent retourner dans leur patrie. Oralto tergiverse puis,
courroucé par le dédain de Lycoris, envisage de les
vendre tous comme esclaves au sultan. Morasto se met lui aussi
à courtiser Lycoris. Il a compris toute la
vérité mais se garde de rien révéler
à personne. Tircis affirme maintenant ouvertement ses
sentiments pour Lycoris. Elpina, profondément blessée,
lui reproche d'avoir abusé de sa bonne foi. Narète, qui
a compris les intentions d'Oralto, conjure Morasto de les sauver, et
le jeune homme s'y engage.
Acte III
Oralto, abandonnant toute
retenue, menace Lycoris de la vendre comme esclave avec sa famille si
elle ne lui cède pas. Lycoris fait mine de se suicider puis
s'enfuit pour se cacher. Dans sa course, elle trébuche et son
voile tombe dans la rivière. Narète retrouve le voile
trempé et le montre à Oralto comme la preuve que sa
fille vient de se noyer. Le tyran doit s'absenter de Naxos pour
quelques jours et confie le commandement de l'île à
Morasto. Celui-ci peut enfin révéler sa
véritable identité : c'est lui le véritable
Osmino, et non son frère Tircis. L'honnête Lycoris,
fidèle à ses voeux, lui renouvelle ses promesses
d'amour. Tous s'embarquent, gaiement pour rentrer à Scyros,
lorsque éclate une terrible tempête. Heureusement Junon,
apitoyée par les malheurs et l'amour indestructible des deux
jeunes gens si longtemps éprouvés par le sort, demande
à Eole, dieu du vent, de souffler sur les vagues afin
d'apaiser la mer.
"La charge de mettre en
musique La fida ninfa avait tout d'abord été
confiée au compositeur bolognais Giuseppe Maria Orlandini,
maître de chapelle du grand-duc de Florence (puis, à
partir de 1732, de Santa Maria del Fiore). On ignore pour quelle
raison ce fut finalement le "prêtre roux "vénitien qui
reçut commande de l'opéra en 1729. Il acheva son
travail l'année suivante, mais La fida ninfa ne fut pourtant
pas représentée à temps. Les chro-niques de
l'époque en donnent l'explication : d'importantes
concentrations de troupes allemandes se trouvaient alors aux
frontières de la République Sérénissime
et les officiers de ces armées avaient demandé
l'autorisation de se rendre à Vérone pour assister
à la première représentation de l'opéra.
Mais les dirigeants vénitiens étaient peu soucieux de
leur laisser constater la faiblesse des armées de la
République sur la terre ferme à ce moment-là.
L'opéra fut donc sacrifié au secret
militaire...Vivaldi, obligé d'attendre, eut cependant la
satisfaction d'inaugurer, avec La fida ninfa, le nouveau
théâtre de Vérone. Maffei, l'auteur du livret,
monta lui-même l'opéra et dépensa pour la mise en
scène vingt mille ducats - somme réellement
exceptionnelle pour l'époque." (Dictionnaire
chronologique de l'Opéra - Le Livre de Poche)
"La Fida Ninfa fut représentée pour la
première fois le 6 janvier 1732 à l'occasion de
l'inauguration du Théâtre Philharmonique de
Vérone. Le compositeur bolonais Giuseppe-Maria Orlandini avait
tout d'abord été chargé de la commande et l'on
ignore encore pour quelle raison ce fut finalement "le prêtre
roux" vénitien qui en récupéra la charge.
Vivaldi réussit là une admirable adaptation du livret
de Scipione Maffei : chaque personnage principal se voit ainsi
confier dans chacun des genres (parlé, pathétique,
virtuose...) une partie qui le met particulièrement en valeur.
Les ensembles vocaux, la plupart à grand effet, sont d'une
extrême difficulté d'exécution. L'ouverture du
troisième acte, La tempête sur la mer, et l'interlude
sont encore joués aujourd'hui comme des morceaux
séparés, très représentatifs de l'art de
Vivaldi." (Jeanine Roze Production)
http://www.librettidopera.it:80/fidaninfa/fidaninfa.html
Représentations :
- Brest - 15
avril 2008 - Vienne - Theater an der Wien
- 18 avril 2008 - Bruxelles
- 20 avril 2008 - Oviedo
- 22 avril 2008 - Madrid
- 24 avril 2008 - Valladolid
- 26 avril 2008 -
Théâtre des Champs
Élysées - 5
mai 2008 - Toulouse - 7 mai
2008 - version de concert - Ensemble Matheus
- dir. Jean-Christophe Spinosi - avec Veronica Cangemi (Morasto),
Sandrine Piau (Licori), Philippe Jaroussky (Osmino), Barbara Di
Castri (Giunone, Elpina), José-Manuel Zapata / Topi
Lehtipuu (Narete), Lorenzo Regazzo (Eolo, Oralto)
- Théâtre du
nouveau Palais - Potsdam Sans Souci - 11, 12, 13 juin
2005 - Musikfestspiele Potsdam-Sanssouci -
Kammerakademie Potsdam - dir. Sergio Azzolini - mise en
scène Jakob Peters-Messer - décors, costumes Markus
Meyer - avec Anna-Maria Panzarella (Licori), Sylvie Althaparro
(Elpina), Katharina Blaschke (Giunone), Fulvio Bettini (Oralto,
Eolo), jacek Lascczkowski (Tirsi), Hans Jörg Mammel
(Narete)
- Opéra
Magazine - novembre 2005 - 13
juin 2005
"Sous le titre « Frau
musica, artiste, muse, mécène », le Festival de
musique de Potsdam Sanssouci s’est distingué cette
année par une programmation ambitieuse, centrée sur le
rôle de la femme dans la musique baroque. Principale
contribution dans le domaine de l’opéra, "La fida ninfa"
était confiée à la direction artistique du
hautboïste Sergio Azzolini qui, comme à l’époque
de Vivaldi, a laissé la Kammerakademie Potsdam jouer sans chef
d’orchestre, les impulsions étant en partie données par
le violino principale, mais surtout par la basse continue. Une
solution qui ne laisse aucune ressource de la partition
inexploitée, la spontanéité de
l’exécution ne s’exerçant jamais au détriment
des nuances vocales et instrumentales. Dans une brève
introduction au spectacle, Sergio Azzolini formule le souhait de
rendre le spectateur sensible à la richesse de couleurs d’une
musique comparable à la palette d’un peintre dc
l’époque, dans laquelle alternent la lumière et
l’ombre, l’exaltation et la mélancolie. Le livret de
Scipione Maffei offre parallèlement, dans les confusions d’une
intrigue située sur une île et suggérant parfois
l’univers de la Tempête de Shakespeare, une multiplicité
d’ambiguïtés psychologiques dont la mise en scène
de Jakob Peters-Messer, dans les décors et costumes sobrement
suggestifs de Markus Meyer, exploite avec finesse les constantes
fluctuations, du ton purement lyrique au ton pastoral, de la frivole
galanterie à l’effusion sincère de tendresse, sans
oublier les fugaces facéties de la commedia dell’arte. Les
efforts de Junon pour prouver à Jupiter que la
fidélité existe imposent de dures épreuves
à la jeune Licori qui, croyant retrouver son amant
après des années de séparation, se trompe sur
l’identité de celui-ci. La situation finit par
s’éclaircir sans que la nymphe ait jamais succombé
à de fallacieuses séductions et la déesse sort
victorieuse du pari qu’elle a voulu s’infliger. Mais les
intermittences du coeur révélées à
travers les réactions des personnages laissent flotter une
incertitude assez proche de celle ressentie dans la conclusion de
Cosi fan tutte.
La distribution offre un
véritable festival vocal : sensibilité musicale et
impeccable maîtrise technique d’Anna Maria Panzarella dans le
rôle de la « nymphe fidèle », charme
teinté d’ironie de Sylvie Althaparro dans sa soeur Elpina,
feux d’artifice virtuoses de Jacek Laszczkowski en Osmino, qui trouve
dans le Tirsi de Max Emanuel Cencic un sopraniste capable de relever
le défi de la confrontation des timbres et des
tempéraments, sans oublier Fulvio Bettini, Hans Jörg
Mammel et l’actrice Katharina Blaschke, subtil fil conducteur de
l’intrigue. Un long et fervent hommage a été rendu aux
interprètes de ce spectacle mémorable."
- Théâtre des
Champs Elysées - 18 octobre 2004 - version de
concert - Ensemble Matheus - dir. Jean-Christophe Spinosi -
avec Veronica Cangemi (Morasto), Jeremy Ovenden (Narete), Anna
Maria Panzarella (Licori), Marie-Nicole Lemieux (Elpina, Giunone),
Philippe Jaroussky (Osmino), Lorenzo Regazzo (Eolo, Oralto)
- Diapason - décembre 2004 - Nymphes radieuses
- 18 octobre 2004
"La Fida ninfa est
certainement le plus bel opéra de Vivaldi. Pas le meilleur, le
marivaudage arcadien illustré par le livret de Maffei ne
pouvant guère rivaliser en puissance dramatique avec
Orlandofurioso. Mais pour cet exercice imposé,
célébrant fastueusement en 1732 l'ouverture du Nuovo
Teatro Filarmonico de Vérone, le Rouquin a osé. Airs
espiègles, tendres ou graves, duos, ensembles, écriture
novatrice abandonnant par instants la tradition baroque ou le style
international pour flirter avec l'âge galant ou même, un
comble, une ébauche de style classique. Un ovni sans
lendemain. Jean-Christophe Spinosi, intuitivement, le pressent. La
version de concert du Théâtre des Champs-Elysées
n'est que prova, exercice d'approche avant exécution mature et
enregistrement, dans plusieurs années. Quelques lignes de
récitatifs butinés cavalièrement n'apportent pas
de réelle cohésion à une intrigue
peu compréhensible en l'état. Règles
acceptées par le public, complice dès le début,
conquis par cette suite d'arie intégralement restituées
par un Ensemble Matheus aux spasmes adolescents désormais
oubliés. Minutieuse illustration du mot, phrasés
inouïs, douceur et délicatesse sont au rendez-vous. Seule
option contestable : la pirouette finale, savoureuse certes,
éludant l'intervention solennelle des dieux en farce à
la Offenbach. Plateau convaincant, mais perfectible. Osmino divin de
Philippe Jaroussky, Elpina craquante et drôle de Marie-Nicole
Lemieux, Oralto superbe de Lorenzo Regazzo. Mais "Deh tipiega"
illustre les limites du Narete un peu tendu de Jeremy Ovenden, alors
qu'Anna Maria Panzarella n'est sans doute pas la Licori idéale
(des aigus un rien au-dessous de la note parfois, mais de vraies
couleurs et une émotion sincèrement distillée).
Compliments à Veronica Cangemi enfin. Exquis "Dolceflamma",
impressionnant "Destin avaro" (cruel pour le souffl)> où
elle puise dangereusement dans ses ressources pour donner vie
à Morasto. Mais est-elle vraiment Morasto? Par essence trop
féminine peut-être, une dimension lui échappe
inéluctablement. Etonnant Spinosi. Geste plus sobre, puissance
expressive s'affirmant de concert en concert : une maturité
prometteuse."
- L'Atelier du chanteur - 18 octobre
2004
"Dans l'absolu, la
soirée a été très excitante. Le public a
fait un triomphe à tous les artistes. Il est cependant
intéressant de comparer cette soirée avec celle
d'Ambronay neuf jours auparavant, afin de mettre en perspective la
performance de chacun des chanteurs de cette distribution parisienne.
En effet, aucune des deux soirées n'a offert la distribution
idéale. Assurément, toute l'équipe a rodé
et mûri son interprétation. L'acoustique très
différente modifie l'écoute mais aussi le jeu. Enfin,
trois chanteurs ont été remplacés. Dès
l'ouverture, on entend des nuances plus délicates, des
contrastes plus grands, des timbres instrumentaux plus fins. Tout au
long de la représentation, la direction de Jean-Christophe
Spinosi sera un peu plus sage, mais non moins intense. La couleur
orchestrale des cordes seules, variée avec plus de
subtilité, ne lasse pas. Le surtitrage pallie la
réduction des récitatifs. La succession / opposition
des personnages deux à deux est mieux visible. La suppression
de quelques airs supplémentaires donne finalement à
l'ensemble une meilleure cohérence.
Si Anna Maria Panzarella
remplace Ann Hallenberg souffrante, le choix de Veronica Cangemi
était réfléchi sinon judicieux. Ferrando de
René Jacobs à Aix en juillet 2000 et Sospiro dans
L'Opera Seria de Gassmann au théâtre des
Champs-Élysées en mars 2003, Jeremy Ovenden offre en
Narete un plaisir et, faut-il le dire, un soulagement aussi intenses
l'un que l'autre.
Là où
Alexandrina Pendatchanska, pourtant soprano (?!), campait un Morasto
viril un peu trop appuyé en poitrine, Veronica Cangemi en fait
un soprano de couleur assez légère, moins masculin et
moins enragé. Ses respirations sont hautes et bruyantes, ce
qui accroît encore la clarté et la
légèreté de son émission. Charmante dans
le haut-médium élégiaque ou même
l'agilité légère, elle n'a absolument pas
l'ampleur et l'étendue vocale requise par le rôle de
Morasto. Ses graves sont sourds et les airs de rage vocalisants sont
en dehors des limites de sa vocalité. En sortie de vocalise ou
quand elle arrive à bout d'un souffle assez court, ses aigus
sont criés. Sa voix n'étant pas naturellement ample,
son émission est souvent poussée. Elle est cependant
magnifique et touchante dès qu'elle ne sort pas des limites de
sa voix, notamment dans son bel air pathétique
accompagné par le seul théorbe. Veronica Cangemi donne
de "Destin avaro" une version moins follement rapide, moins
"mitraillée", à la vocalisation plus
légère, moins articulée par la mâchoire.
Le résultat est moins excitant mais plus libre, même si
bien des notes extrêmes sont à peine et mal
esquissées, dans cet air il est vrai inhumain! "Fra inospiti
rupi" n'a pas ce soir le quart de sa densité. Mais ce
rôle ne devrait-il pas être tenu par une mezzo? (Une de
plus !)
Les chanteurs
déjà présents à Ambronay ont encore
progressé. Philippe Jaroussky est encore plus
séduisant. Son air "Serpe tortuosa", bien figuré
à l'orchestre, est superbe. Lorenzo Regazzo en fait des tonnes
non seulement en Oralto mais aussi en Éole. Marie-Nicole
Lemieux a une émission de meilleure tenue qu'à
Ambronay. Sa diction est moins empâtée et son jeu a
gagné en finesse. C'est l'éternel problème des
artistes devant plutôt restreindre leur tempérament et
accepter d'en donner parfois moins pour en faire recevoir plus. Sa
voix sonne déjà très bien quand elle n'en fait
pas trop, ne bouge pas trop et surtout n'ouvre pas trop la bouche.
Charmante et primesautière dans "Cento donzelle",
désopilante en Junon, elle trouve à nouveau dans ce
rôle une ampleur et une ligne vocale dans le grave qui donnent
envie de l'entendre dans des rôles plus sérieux et
soutenus.
Anna Maria Panzarella
semblerait une excellente Licori si l'on n'avait pas connu la
perfection technique et la pureté de timbre "à
l'ancienne" d'Ann Hallenberg. Elle campe un personnage plus direct,
plus quotidien mais par là peut-être plus touchant, au
timbre moins pur, à la technique plus visible, à la
ligne moins stable. Plus élégiaque et moins
vocalisante, elle rend pleinement justice à son bel air "Amor
mio". Connaissant très bien le rôle, elle est encore
plus à l'aise vocalement après
l'entracte.
Jeremy Ovenden a un beau
legato et une magnifique maîtrise de la voix mixte, qui
confère souplesse et élégance à son
émission. L'orchestre, en l'accompagnant, peut être plus
souple, plus nuancé, respirer mieux, se sentir en
sécurité et développer des phrasés plus
longs. Son "Deh ti piega" est superbe. Son "Non tempesta" est bien
réussi, même s'il n'épuise pas tout le potentiel
de cet air, plus proche de la vocalité de José
Montero."
- Abbatiale d'Ambronay -
Festival d'Ambronay - 9 octobre 2004 - version de concert - Ensemble
Matheus - dir. Jean-Christophe Spinosi - avec Alexandrina
Pendatchanska (Morasto), José Montero (Narete), Ann
Hallenberg (Licori), Marie-Nicole Lemieux (Elpina, Giunone),
Philippe Jaroussky (Osmino), Lorenzo Regazzo (Eolo, Oralto)
- L'Atelier du chanteur - 9 octobre 2004
"Sous la direction alerte de
Jean-Christophe Spinosi, l'ensemble Matheus a de nouveau
séduit par son dynamisme. L'oeuvre recèle-t-elle moins
de contrastes ? Elle a en tout cas paru ce soir un peu
uniformément rapide. L'omission d'une grande partie des
récitatifs empêche aussi de s'imprégner de chaque
affect avant de savourer sa représentation sonore. L'effectif
orchestral réduit aux cordes, sauf à la toute fin, ne
permet pas non plus une grande variété de
couleurs.
L'histoire est bien sûr
aussi complexe que de coutume, et un semblant de mise en scène
aiderait sans doute à mieux adhérer dès le
départ aux émois de chacun, au lieu de goûter une
succession de beaux airs. Certains des chanteurs réunis, telle
Marie-Nicole Lemieux, ne restreignent d'ailleurs qu'avec peine leurs
élans dramatiques. Lorenzo Regazzo incarne comme toujours
à merveille son personnage irascible. À force de
grimaces expressives et de noirceur du son, c'est à peine si
l'on remarque qu'après moult fureurs, Oralto est amoureux au
troisième acte, le temps d'un air ("Perdo ninfa") - et encore,
de sa seule partie A.
Aux côtés de
Regazzo, parfait dans son genre, Ann Hallenberg séduit par une
technique vocale exemplaire et un timbre bien
équilibré. Rayonnante dans l'aigu, elle sait aussi
poitriner quand il faut et comme il faut. Sa voix s'épanouit
encore davantage au troisième acte dans le superbe air "Dalla
gioia e dall'amore". Il ne lui manque somme toute que quelques
défauts séduisants pour conquérir les
foules.
Philippe Jaroussky fait preuve
comme toujours d'une superbe musicalité. L'éloge de son
timbre n'est plus à faire. Très pur et toujours clair,
il a maintenant aussi acquis ligne et rondeur. Sa prestation culmine
dans l'air magnifique "Ah che non posso" du second
acte.
Très expressive,
Marie-Nicole Lemieux n'en laisse pas moins échapper beaucoup
de souffle mêlé à son timbre, qui en devient
beaucoup moins riche et sonore. Sa diction est empâtée.
On aimerait qu'elle canalise mieux son ardeur expressive vers des
qualités vocales fondamentales sans lesquelles on ne peut
construire ni interprétation ni carrière. Le rôle
de Junon (plus noble? plus grave? plus soutenu?) lui inspire une
émission beaucoup plus efficace.
Alexandrina Pendatchanska, qui
avait enthousiasmé en Stonatrilla dans L'Opera Seria de
Gassmann sous la direction de René Jacobs au
Théâtre des Champs-Élysées en mars 2003,
avec un timbre frais et une émission libre, surprend ici en
choisissant une tessiture qui paraît trop grave pour elle, ou
qu'elle appuie du moins trop - peut-être en raison de sa
visible indisposition? Sa voix n'est sonore qu'au prix de fortes
pressions appliquées sur des positions vocales très
fermées. Elle ne se sort de vocalises inhumainement rapides
qu'au prix de fortes contractions physiques, visibles au niveau de la
mâchoire et des épaules et que l'on devine au niveau des
abdominaux.
À l'inverse, Ann
Hallenberg émet ses vocalises, certes moins rapides, en
conservant à son instrument une parfaite
intégrité, ce qui préserve du même coup la
pureté d'intonation et de timbre de chaque note. Alexandrina
Pendatchanska offre cependant au troisième acte un "Fra
inospiti rupi" plus plein et moins tendu et redonne en bis avec plus
d'aisance son air "Destin avaro" qui concluait déjà la
première partie.
José Montero sonne
nasal dès son entrée. Ce défaut
esthétique devient aussi technique quand il pousse, dans "Deh
ti piega" au deuxième acte, son émission dans le nez au
point qu'elle devient rauque sous la pression excessive, tout en
étant inefficace car bouchée. Meilleur dans "Non
tempesta", il a un potentiel intéressant.
Cette production
réussit à captiver pendant trois heures, ce qui n'est
pas un mince mérite, mais pourra encore trouver plus de
variété et de profondeur. Une version scénique y
aiderait, ou à défaut le rétablissement des
récitatifs."
"L’intrigue est
embrouillée comme il convient pour le répertoire seria.
Tout commence déjà avec des hétéronymes :
sur l’île de Naxos, on retrouve deux frères
enlevés de l’île de Syros par le corsaire Oralto.
Osmino, rebaptisé Morasto est devenu un lieutenant d’Oralto,
tandis que Tirsi, captif, est repabtisé … Osmino. Bien
sûr, l’un et l’autre ignorent leur parenté. Toute
l’intrigue va se jouer sur la redécouverte de
l’identité, qui coïncidera avec la redécouverte de
l’ancien amour d’Osmino-Morasto sur Syros, et le serment de
fidélité de Licori, récemment enlevée par
Oralto. Il faudrait aussi signaler que Tirsi-Osmino et Oralto sont
amoureux de la captive. Mais passons sur les détails et les
chassés-croisés …
A l’inverse du
scénario, le découpage dramatico-musical des
scènes est bien caractérisé, et chaque moment se
présente comme une unité, un élément de
sens efficace. Dès l’ouverture, la direction tonique de
Spinosi sait faire preuve de finesse et insiste sur les contrastes.
Le premier air de Morasto met en scène des vagues de fond
intérieures que Spinosi souligne avec le ‘ventre’ liant de
l’orchestre, créant ainsi une sorte de plénitude de la
complainte. Alexandrina Pendatchanska, qui se sort fort bien d’un
rôle aigu, est remarquable dans plusieurs airs de
déploration (magnifique Dite oimé de la scène
10, acte III), et de virtuosité (scène 11 de l’acte I
par exemple). Si dans les scènes 10 de l’acte II et 6 de
l’acte III elle rencontre quelques difficultés avec la
longueur des vocalises, elle a l’art des terminaisons
impressionnantes et parfaitement timbrées dans tous les
registres. Lorenzo Regazzo a également une belle voix, mais
gâtée par d’innombrables et constantes grimaces, sans
doute pour atteindre quelque effet ‘théâtral’.
Marie-Nicole Lemieux campe une convaincante Elpina, très
joueuse et qui emporte la mise (scène 1 de l’acte
III).
Du point de vue de la
cohérence dialogique, signalons la disparition de la
scène 5 de l’Acte II, de la scène 4 et 8 de l’acte III,
et de nombreux autres récitatifs ; sans doute pour
réduire cette partition à la taille humaine d’un simple
concert. Mais ces légères remarques n’entament en rien
le plein succès que fut cette soirée."
- Théâtre du
nouveau Palais - Potsdam Sans Souci - 16, 18, 19, 20,
25, 26, 27 juin 2004 - Bayreuth -
Markgräfliches Opernhaus -
Bayreuth Barock 2004 - 17, 18, 19 septembre 2004 - coproduction
avec Musikfestspiele Potsdam et Kammerakademie Potsdam - dir.
Sergio Azzolini - mise en scène Jakob Peters-Messer -
dramaturgie Micaela von Marcard - avec Fulvio Bettini, baryton
(Oralto, Eolo), Jacek Laszczkowski, contre-ténor (Morasto),
Hans Jörg Mammel, ténor (Narete), Anna Maria
Panzarella, soprano (Licori), Sylvie Althaparro, mezoo-soprano
(Elpina), Max Emmanuel Cencic, contre-ténor (Tisri,
Osmino), Katharina Blaschke (Giunone, rôle muet)


- Verone - Festival di
Primavera - Teatro Filarmonico -
21, 30 avril, 6 mai 1995 - dir. Alan Curtis - mise en scène
et décors Pierluigi Pier'Alli - chorégraphie
Antonella Agati - avec Eva Santana, Alida Barbasini, Monica
Minarelli, Dragana Jugovic, Roberto Balconi (Osmino), Francesco
Piccoli (Narete), Gregory Reinhart (Oralto)
"Le retour à l'affiche
du Teatro Filarmonico, dans le cadre du second Festival de Printemps
"Teatro e Musica della Repubblica Veneta", est une occasion bienvenue
de faire le point sur la création vivaldienne. Avec une
certaine habileté, le librettiste de La Fida Ninfa, conscient
des nombreuses invraisemblances de l'intrigue située à
Naxos, cherche à les faire oublier par l'introduction de
choeurs, de concertati, de ballets, surcharges décoratives
dont Vivaldi tire le meilleur parti. Des airs brillants et virtuoses
décrivent à merveille la noirceur du corsaire Oralto
(un vigoureux Gregory Reinhart), les plaintes de Narete (un excellent
Francesco Piccoli) et d'Osmino (le bon contre ténor Roberto
Balconi), lui permettant de déployer sa meilleure veine
pathétique. Le compositeur ne s'éloigne pas, en
revanche, de la routine sentimentale et vir-tuose, pour les anie des
autres personnages, tous confiés ici à des voix
féminines d'un niveau simplement correct : Eva Santana, Alida
Barbasini, Monica Minarelli et Dragana Jugovic...A la tête
d'une fraction bien préparée de l'orchestre des
Arènes de Vérone, Alan Curtis restitue l'éclat
et l'expressivité de la partition, en tempérant la
longueur des récitatifs par la fluidité et la
variété du continuo. Avec une extrême
élégance, il n'a pas insisté sur la recherche
d'une émotivité à fleur de peau dans cette
musique, préférant préserver la noblesse et la
sobriété du chant, à l'image de la
réalisation visuelle de Pier'Alli, succession de tableaux d'un
néo-classicisme épuré, où
l'archaïsme des couleurs et des costumes, la stylisation des
mouvements, s'inscrivent dans l'espace solennel d'un
théâtre du XVIIIe siècle."
(Opéra International - juillet/août 1995)
- Théâtre des
Champs Elysées - 1958 - dir. Angelo Ephrikian -
première représentation d'un opéra de Vivaldi
en France
- Sienne - Aula magna
de l'Université - 16 septembre 1939 - dir.
Fernando Previtali - concert orchestral comportant une aria de
La Fida Ninfa
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