COMPOSITEUR
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Antonio VIVALDI
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LIBRETTISTE
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Domenico Lalli
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Premier opéra
composé par Vivaldi (RV 729), représenté
à Vicenza, le 17 mars 1713, au Teatro delle Grazie. Le
librettiste était un aventurier napolitain, de son vrai nom
Sebastiano Biancardi (1677 - 1741), recherché par la justice
napolitaine, devenu librettiste apprécié sous le
pseudonyme de Domenico Lalli. Le livret est inspiré de celui
de Messalina, écrit par Francesco Maria Piccioli et mis en
musique par Carlo Pallavicino en 1680.
Vivaldi obtint le 30 avril 1713,
un congé d'un mois de la Pieta pour se rendre à
Vicence.
Le livret, imprimé la
même année, porte une dédicace de Domenico Lalli
à Henry Lord Herbert, fils aîné du comte de
Pembroke, qui voyageait en Europe.
Distribution : la
contralto Diana Vico (Ottone), le castrat soprano Bartolomeo Bortoli
(Caio), les sopranos Maria Giusti, surnommée La
Romanina (Cleonilla) et Margherita Faccioli (Tullia), et le
ténor Gaetano Mozzi (Decio).
L'oeuvre fut reprise en
1715 et en 1729.
Synopsis
détaillé
Acte I
Un coin charmant dans les jardins de la villé
impériale, avec des charmilles ombragées, des
allées de cèdres, des pièces d'eau et des
fontaines ornées de vases de fleurs
(1) La belle Cleonilla (soprano), aimée de
l'empereur Ottone, est seule ; elle rassemble des fleurs pour en
parer sa poitrine. Elle révèle que, bien qu'elle soit
aimée de l'empereur, elle trouve impossible de résister
au charme d'un beau jeune homme. Elle s'est enflammée pour
Caio Silio, mais il a été remplacé
récemment dans son coeur par son nouveau page, Ostilio. (2)
Arrive Caio (soprano) à qui Cleonilla affirme Cleonilla
qu'elle l'aime encore, tout en révélant en
aparté qu'elle trouve maintenant Ostilio bien plus attirant.
(3) Ottone (mezzo-soprano) arrive, cherchant à oublier
auprès de Cleonilla les lourdes affaires de l'Etat. Cleonilla
feint d'être délaissée, et amène Ottone se
faire pardonner. (4) Ottone demande à Caio de l'aider à
guérir la jalouse et Caio, pas dupe des manoeuvres de
Cleonilla, s'émerveille de la crédulité de
l'empereur. (5) Tullia (soprano) entre alors. Autrefois
fiancée à Caio, elle l'a suivi déguisée
en homme et n'est en fait nul autre qu' Ostilio. "Ostilio-Tullia"
demande à Caio s'il se souvient encore de sa trahison envers
l'infortunée Tullia qu'il dit avoir connue. Tout en remarquant
la frappante ressemblance du page avec Tullia, Caio ne devine pas la
vérité ; il déclare que le nouvel amour qu'il
porte à Cleonilla a chassé Tullia de son esprit (6)
Restée seule, Tullia met en doute les mérites de la
constance, et prépare sa vengeance en se faisant aimer de
Cleonilla.
Au milieu d'un charmant bosquet de myrtes, une
rotonde sous laquelle se trouve une baignoire et un lit de camp ;
à l'arrière-plan, une cascade d'eau.
(7) Cleonilla sort du bain. Ottone la tient par la
main. Cleonilla continue à feindre qu'Ottone ne l'aime plus.
Arrive Decio (ténor), fidèle conseiller d'Ottone, qui
révèle à l'empereur que Rome est
mécontente de son absence. Ottone décide de rester,
tout en écrivant au Sénat. (8) Après son
départ, Cleonilla questionne Decio sur ce qui se dit d'elle
à Rome. Decio lui reproche sa lascivité, mais ils sont
interrompus par Tullia, toujours déguisée en Ostilio,
qui vient apporter un manteau à Cleonilla. Decio part, non
sans avoir mise celle-ci en garde. (9) Cleonilla déclare
immédiatement son amour à Tullia. Celle-ci voit
là le moyen de se venger de Caio et encourage Cleonilla
à lui faire un serment d'amour et à lui jurer son
aversion pour Caio. (10) Caio, qui était caché et a
tout entendu, est horrifié et ne peut retenir Tullia. (11)
Resté seul, il décide de révéler à
l'empereur la trahison d'Ostilio. Il crie sa jalousie et sa
douleur.
Acte II
Un jardin encaissé en contrebas d'une petite
colline, destiné à l'agrément de l'empereur,
avec une grotte couvert d'herbe, et un petit bassin entouré de
sièges en gazon
(1) Decio cherche à prévenir Ottone
contre Cleonilla qui risque de la conduire à sa perte, car
Rome désapprouve sa liaison avec une femme aussi impudique et
qui collectionne les amants. Ottone est troublé et compare ses
sentiments agités aux vagues violentes de la mer
démontée. (2) Resté seul, Decio
révèle qu'il s'est délibérément
retenu de dire à l'empereur que Caio était son rival,
sans expliquer à Caio ce qui a tant bouleversé Ottone.
Arrive Caio qui interroge Decio sur le comportement de l'empereur.
Decio se refuse à répondre autre chose que
d'évoquer une trahison. (3) Seul, Caio, perdu dans ses
pensées, médite sur sa souffrance. Tullia,
déguisée en Ostilio, s'approche pour écouter ce
qu'il dit. Cachée dans la grotte, elle lui répond comme
un écho qui prétend être la voix d'un esprit
malheureux et tourmente Caio. (5) Tullia se montre et chante le
conflit qui habite son coeur entre l'indignation et l'amour.
Un pavillon rustique, avec une coiffeuse et un
miroir
Cleonilla se contemple dans le miroir. Caio entre, mais
ses protestations d'amour et ses accusations sont rejetées
avec désinvolture. Avant de partir, il lui donne une lettre
où il déclare ses sentiments, que Cleonilla
s'apprête à la lire. (7) Arrive alors Ottone qui la lui
arrache des mains. Il y découvre que Caio est son rival, mais
Cleonilla sauve la situation en lui affirmant que Caio lui a
simplement remis la lettre pour qu'elle la transmette à sa
véritable destinataire, Tullia, qui lui a été
infidèle. Crédule, Ottone la croit et Cleonilla
complète sa tromperie en écrivant une seconde lettre -
son propre appel à Tullia - qu'elle charge Ottone de lui
remettre. (8) Decio arrive avec d'autres nouvelles d'un complot
à Rome, mais Ottone refuse de l'entendre, attendant que
Cleonilla lui remette sa lettre. (9) Ottone fait des reproches
à Decio et l'envoie chercher Caio. (10) Caio arrive devant
Ottone qui vient de lire à haute voix les deux lettres. Ottone
lui fait des reproches, et Caio croit tout d'abord avoir perdu la
partie. Il comprend ensuite, à son grand soulagement,
qu'Ottone n'a pas découvert sa liaison avec Cleonilla, mais
qu'il est simplement contrarié par le fait que Caio ait
recherché l'aide de Cleonilla au lieu de se tourner vers son
empereur. (11) Resté seul, Caio est impressionné par la
ruse de Cleonilla et soulagé. (12) Tullia arrive à son
tour, et, seule, supplie l'Amour de lui venir en aide.
Acte III
Un passage solitaire avec des recoins cachés
par des frondaisons
(1) Decio tente une fois encore de convaincre Ottone du
danger qui le menace à Rome, mais l'empereur déclare
qu'il ne se souciera ni du trône ni de l'empire, aussi
longtemps qu'il sera heureux en amour. (2) Resté seul, Decio
prédit la chute imminente d'Ottone, car pour un souverain
l'amour est un signe de faiblesse. Il est interrompu par
l'arrivée de Cleonilla et de Caio. (3) Cleonilla reste
toujours sourde aux avances de ce dernier. (4) Arrive Tullia,
toujours déguisée en Ostilio. Cleonilla lui adresse des
mots d'amour, tout en rejetant Caio. Celui-ci prétend suivre
son conseil et s'en va, mais en fait il se cache. (5) Cleonilla
continue à protester de son amour pour Ostilio, qui
l'encourage tout en confiant en aparté qu'elle fait une
erreur. (6) Caio ne supporte pas de voir le couple enlacé et
se précipite sur Ostilio avec un poignard. Cleonilla appelle
les gardes. (6) Alertés, Ottone et Decio demandent des
explications. Caio décrit la scène à laquelle il
vient d'assister et affirme avoir voulu sauver l'honneur de
l'empereur. Celui-ci ordonne à Caio d'achever sa tâche
et de tuer le traître. Toutefois, Ostilio demande à
s'expliquer et, en retirant son déguisement, se
révèle sous les traits de Tullia. Désormais sous
son vrai jour, elle professe l'innocence de Cleonilla et accuse Caio
d'être le véritable traître. L'étonnement
est général, mais Ottone retrouve son calme et exprime
son désir de voir Caio et Tullia mariés. Cleonilla
réussit à le convaincre d'avoir embrassé Ostilio
en sachant que c'était une femme. Ottone demande à
Cleonilla son pardon. Allégresse générale.
(d'après le livret Chandos)
"Ottone in villa, créé au Teatro delle
Grazie de Vicence en mai 1713, marque les débuts de Vivaldi
dans l'univers de l'opéra. Agé de 35 ans, tout juste
nommé maestro de violon à l'Ospedale della
Pietà, le compositeur s'est déjà fait
connaître par la richesse de ses partitions instrumentales,
avec la publication de L'Estro armonico. Son premier dramma per
musica, sur un livret de Domenico Lalli, dédié à
un aristocrate anglais séjournant en Vénétie,
révèle un musicien d'une rare habileté, sachant
servir les règles de l'opera seria de son temps avec une
certaine originalité. Le livret lui-même qui, pour une
fois, ne célèbre pas le triomphe de la vertu,est assez
nouveau pour l'époque : faisant l'éloge de la
corruption et de l'intrigue, il fut d'abord jugé "amoral" et
"anti-héroïque".
L'écriture vocale, de son côté,
retrouve toute la chatoyance des concertos et des sinfonie, et la
voix est d'emblée traitée comme un véritable
instrument. Vivaldi, rappelons-le, connaissait à la perfection
les règles du chant, qu'il enseignait aux jeunes filles
ospedaliere de Venise. Il imagine donc, pour les cinq personnages
principaux de Ottone in villa, des tessitures assez confortables,
mettant l'accent sur la recherche des clairs-obscurs dans le timbre,
réclamant tour à tour des chanteurs la précision
d'un violon, l'éclat d'une trompette, la suavité d'une
mandoline... exigences qui n'effrayaient en aucune manière les
créateurs : la contralto Diana Vico (Ottone), le castrat
soprano Bartolomeo Bortoli (Caio), les sopranos Maria Giusti,
surnommée "La Romanina" (Cleonilla) et Margherita Faccioli
(Tullia), et le ténor Gaetano Mozi (Decio)." (Opéra
International - juin 1997)
"Le livret est signé Benedetto Domenico Lalli
- Sebastiano Biancardi de son vrai nom, un napolitain un peu voyou -
à partir de celui que Francesco Maria Piccioli avait produit
pour l'opéra Messalina de Carlo Pallavicino (donné en
1680). Il mêle brillamment le caractère
héroïque au genre pastoral, dans une concision rare qui
put aisément stimuler le travail du compositeur. Il serait
fastidieux de résumer l'intrigue : on indiquera simplement
qu'elle nous emmène à Rome, sous le règne
d'Otton, et qu'elle nous conte les amours tumultueuses de l'Empereur,
sur fond de politique. La facture est relativement rudimentaire,
à dessein : les commanditaires souhaitaient un ouvrage facile
à représenter, sans machinerie, peu coûteux, et
directement efficace. De fait, on reconnaîtra que la
proposition de Vivaldi va droit à l'essentiel, filant trois
actes rapides qu'occupent cinq protagonistes, sans chœur. Plus
précisément, l'écriture avance dans l'action en
une succession de récitatifs nerveux et d'arie da capo
exprimant chacun un sentiment, une intention, sans nuancer plus
profondément." (Anaclase)
- Partition : Ricordi -
Milan - 1983 - facsimile - collection Drammaturgia Musicale
Veneta
Représentations :
- Festival d'Innsbrück
- Tiroler Landestheater - 27, 29 août 2010 - Il
Giardino Armonico - dir. Giovanni Antonini - mise en scène
Deda Cristina Colonna - décors Pierpaolo Bisleri - costumes
Monica Iacuzzo - avec Sonia Prina (Ottone), Veronica Cangemi
(Cleonilla), Sunhae Im (Tullia), Lucia Cirillo (Caio), Krystian
Adam (Decio) - nouvelle production



- Forum
Opéra - Un jardin harmonique
"Ottone in villa, premier
opéra composé par Vivaldi, est le résultat d’une
commande de Henry Lord Herbert, fils aîné du comte de
Pembroke : l’oeuvre devait être dramatiquement efficace et le
budget réduit à l’essentiel (petit nombre de chanteurs,
absence de chœur et de machinerie). Cet opera seria anticonformiste,
qui raconte les intrigues amoureuses de l’empereur romain Ottone,
illustre aussi bien la virtuosité du compositeur qui, comme
Mozart, dirigeait depuis son pupitre de violon solo, que sa
connaissance approfondie de l’art vocal, qu’il enseignait aux jeunes
filles de l’Ospedale della Pietà. Sur le plan harmonique et
pour ne pas sortir de cette édition 2010 du Festival
d’Innsbruck, il reste très en deçà de l’audace
dont fera preuve Pergolese, trente deux ans plus tard, dans
L’Olimpiade.
Lalli n’a pas les
qualités de Métastase et son livret manque de
densité. L’action, fort compliquée, s’essouffle :
Tullia se fait passer pour le page Ostilio afin de mieux espionner
son amant Caio qui lui préfère Cleonilla, laquelle,
courtisée par Ottone, s’éprend d’Ostilio. Ottone,
humilié et jaloux, fulmine. Il en résulte un bel
imbroglio et l’action tourne en rond, tel un serpent qui se mord la
queue.
Il en est de même de la
réalisation scénique : un décor de Pier Paolo
Bisleri qui, s’il avait été mieux construit, aurait pu
être intéressant, des costumes antiquisants de Monica
Iacuzzo à la limite du professionnalisme et une mise en
scène qui dénature l’ouvrage. Au lieu d’accentuer les
contrastes entre seria et buffo, Deda Cristina Colonna choisit la
dérision. Confondant satire et burlesque, elle truffe sa mise
en scène, purement anecdotique, de gadgets et de clins d’œil
au public. Ainsi, Ottone, qui perd tout prestige, se déplace
sur une autruche en carton pâte blanc montée sur
roulettes et poussée comme une trottinette par son confident
Decio. Quant à Caio, il est tourné en ridicule. Un
exemple parmi d’autres : une projection (lumineuse) de saucisses et
de bretzels sert d’accompagnement visuel à son magnifique aria
« Leggi almeno tiranna infedele » (n°16). La direction
d’acteurs n’apporte pas grand-chose, chacun doit se
débrouiller seul pour ne pas trahir la partition.
On le regrette d’autant plus
que le Giardino armonico, sous la direction éclairée de
son chef Giovanni Antonini, met brillamment en valeur la partition de
Vivaldi qui traite les voix comme des instruments et les fait
dialoguer avec le hautbois, la flûte ou le violon solo (qui
joue un rôle prédominant dans la partition).
Extrêmement précis, sans le moindre décalage, il
équilibre les coloris des voix claires (une seule basse) avec
les graves de l’orchestre. Il crée une tension dramatique
maximum là où, sur scène, on reste à la
traîne. Il utilise toute la palette de nuances, n’abusant pas
des forte, et ses pianissimi sont suaves, tout comme ceux des
chanteurs. Il varie les rythmes, accentue avec expressivité et
nous charme par ses beaux phrasés.
Notons également la
performance du clavecin continuo, d’une grande liberté
d’inspiration, qui anime à merveille les récitatifs et
sait évoquer tout ce qu’on ne voit pas. Grâce au soutien
du chef et de l’orchestre, les interprètes, d’un niveau
comparable à ceux de L’Olimpiade, réussissent à
nous donner quelques grands moments d’émotion en dépit
des limites fixées par le metteur en scène. L’Ottone de
Sonia Prina, très imposant, nous fait immédiatement
oublier le travesti. La voix, flexible, vocalise avec naturel, les
graves ne sont jamais poitrinés. On croirait entendre un
castrat tellement le timbre d’alto est riche, homogène et
brillant.
Le beau soprano lyrique de
Veronica Cangemi s’épanouit pleinement dans le rôle de
Cleonilla, personnage fougueux et entreprenant, aux nombreuses
facettes. Sunhae Im, une habituée du Festival de Musique
ancienne que nous avons déjà appréciée
dans Zerlina, puis Eurilla3, interprète avec punch une
Tullia/Ostilio endiablée et trouble.
Nous avons beaucoup
aimé le Decio de Krystian Adam, seule voix masculine de la
distribution. Il a su conférer humour, noblesse et sagesse
à ce confident de l’Empereur auquel Vivaldi a fait la part
belle puisqu’il lui a attribué le même nombre d’arie
qu’aux autres personnages. Ce ténor aux aigus lumineux
possède en outre, dans le medium et le grave, la richesse de
timbre d’un baryton martin.
Quant à Lucia Cirillo,
magnifique dans le rôle de Caio, elle rétablit
l’équilibre seria/ buffa rompu par la mise en scène.
Son personnage reste très intérieur et elle trouve,
dans l’expression du désespoir, des nuances à vous
briser le cœur."
- Opéra Magazine - octobre 2010
- 29 août 2010
"Donné en clôture
du Festival, le Vivaldi répond au Pergolesi d'ouverture pour
opposer deux styles concurrents d'opéras, en
rééquilibrant la vague déferlante des
enregistrements du Vénitien. Celui de son premier
opéra, créé en 1713 à Vicence, est
précisément à paraître à l'automne
dans l'intégrale Naïve : les représentations en
préparent le lancement, après que Giovanni Antonini
l'eût rodé en concert. La production permet aussi de
tester les vertus scéniques de l'oeuvre, en regard de celles
de l'Olimpiade de Pergolesi.
Le texte de Domenico Lalli n'a
pas la concentration, ni la force de celui de Métastase. En
dépit de la qualification d'opera seria, il est en fait assez
difficile à cerner, avec certainement des aspects bouffes. Cet
« Ottone à la campagne » qui se détourne des
affaires de Rome pour poursuivre une versatile Cleonilla. passant de
son amant Caio au jeune « Ostilio », qui lui-même
n'est qu'une Tullia travestie à la poursuite du Caio qui l'a
abandonnée, le tout au fil de trois actes très
distendus et souvent répétitifs, est-il une
comédie de pur divertissement ou une satire mordante des
intrigues d'alcôve des cours contemporaines ?
Chargée de la mise en
scène, Deda Cristina Colonna, elle-même actrice et
danseuse, s'est dite sensible à l'ironie du texte. Dans la
partition, c'est beaucoup moins évident : les grands airs que
Vivaldi a semés avec une confondante prodigalité, comme
les pastorales qui répondent atux morceaux de
virtuosité, d'une rare beauté, sont évidemment
à prendre au sérieux. Deda Cristina Colonna a donc eu
le tort de ne pas faire assez confiance à la musique, en
jouant presque constamment une dérision qui ne parait
guère pertinente. Ottone ne se déplace pas sans son
autruche, sur laquelle il monte pour son explosif « Come l'onda
», l'un des fleurons de la partition, qui n'a pourtant rien de
comique, ou pour la délicieuse sérénade «
Compatisco il tuo fiero tormento ». Ailleurs, c'est une
projection de saucisses puis de bretzels (sic !) qui vient
contrepointer la splendide expansion lyrique du « Leggi almeno,
tirana infidele» de Caio, faisant rire indûment la
salle...
Manque largement, outre la
modestie, le subtil équilibre entre comique et tragique que
l'on trouvait dans L'Olimpiade. Du coup, l'ensemble, sans un moment
d'émotion, n'est ni convaincant. ni même très
plaisant. Avec des movens réduits et une réalisation
matérielle qui n'est pas non plus de premier ordre, la partie
plastique, grossissant le trait presque jusqu'à la caricatur.
ne comble pas davantage l'oeil.
On se console donc avec le
haut niveau de l'interprétation. En très grande forme,
Veronica Cangemi brûle les planches et impose une courtisane
haute en couleur, faisant oublier une perruque mal seyante. De
même pour Sonia Plrna, impressionnante d'autorité et de
crédibilité dans son Ottone aux beaux graves d'alto,
jamais appuyés, et actrice de premier ordre. Très
légère a priori pour le rôle, et à la
limite de ses possibilités dans le difficile « Due
tiranni ho nel mio cor », Sunhae Im triomphe elle aussi d'un
costume mal coupé, pour donner une Tullia d'un grand relief
à la fois volontaire, « masculine » et plus
émouvante que la superficialité du livret ne l'aurait
fait attendre.
On rendra encore un hommage
chaleureux au très beau Caio de Lucia Cirillo (pour Sonya
Yoncheva d'abord annoncée), qui conduit de divins piani dans
« L'ombre, l'aure, e ancora il rio », l'un des autres
sommets de la partition. Enfin, le ténor Krystian Adam donne
au seul rôle masculin toute la dignité que voudrait lui
refuser la production, affligeant d'un parapluie louis-philippard ce
beau personnage qui dépasse, par le nombre et l'ampleur de ses
airs, l'emploi d'un confident ordinaire.
On saluera enfin Giovanni
Antonini et son merveilleux orchestre, Il Giardino Armonico :
nerveux, certes, et fouettant ses cordes quand la virtuosité
l'exige, mais capable des plus suaves et raffinés
phrasés. Dans ces conditions. le nouvel enregistrement devrait
surclasser sans mal les deux précédents, en particulier
la version Hickox Chandos."
- Cracovie - Teatr im.
Juliusza Slowackiego - 19 mai 2010 - Londres - Barbican Hall - 21 mai 2010
- Il Giardino Armonico - dir. Giovanni Antonini - avec Sonia Prina
(Ottone), Veronica Cangemi (Cleonilla), Julia Lezhneva (Caio),
Roberta Invernizzi (Tullia), Topi Lehtipuu (Decio)
- Vicence - Teatro Olimpico
- 22 juin 2008 - Settimane Musicali al Teatro Olimpico
- Orchestra L'Arte dell'arco - dir. Federico Guglielmo - avec
Maria Laura Martorana (Cleonilla), Tuva Semmingsen (Ottone), Silio
Florin Cezar Ouatu (Caio),Luca Dordolo (Decio), Marina Bartoli
(Tullia alias Ostilio)
- Abbaye de Royaumont -
Réfectoire des Moines - 14 octobre 2007 -
version de concert - chanteurs et instrumentistes issus de
l’atelier dirigé par Gérard Lesne, Blandine Rannou
et Florence Malgoire
- Kiel - Schauspielhaus
- 21 septembre, 7, 12, 17, 19, 23, 26 octobre, 5, 15,
20, 28, 30 novembre, 20 décembre 2003, 10, 16, 23 janvier,
8 février 2004 - nouvelle production - dir. Andreas Spering
- mise en scène Aurelia Eggers - décors Norbert
Ziermann - costumes Moritz Junge - avec Claudia Iten (Ottone),
Michaela Ische (Tullia), Susan Gouthro (Cleonilla), Heike Wittrieb
(Silio), Peter Lodahl (Decio)
"Andreas Spering entre dans la
fosse - à peine une avancée, peu creusée, devant
la scène - et le public est immédiatement plongé
dans le climat d'urgence de l'opéra, aidé par la
fonctionnalité élégante du théâtre,
dont l'acoustique sertie par le bois omniprésent est
idéale pour la musique baroque. Dès la Sinfonia,
l'auditeur goûte une lecture construisant un relief excitant,
toujours vif, sans oublier de jouir directement du son
lui-même. Le hautbois solo qui intervient dans le premier
récitatif de Cleonilla offre une chair appréciable, par
exemple, et les cordes affirment une santé loin du
maniérisme que l'on rencontre parfois. Ces plaisantes
constatations nous accompagnent durant tout le spectacle, sans
faiblir, le chef suivant pas à pas la dramaturgie, avec
intelligence et sensibilité ; les instrumentistes de
l'Orchestre Philharmonique de Kiel, ici en petit comité,
s'avèrent précis, coopérants, et même
engagés.
Le plateau vocal reste assez
inégal, quant à lui. Le rôle titre est tenu par
Claudia Iten, proposant une composition parfaitement crédible,
d'une voix intéressante dotée de beaux graves ; le
timbre n'est pas toujours flatteur, mais correspond bien à la
psychologie du personnage. Les vocalises et ornements sont
plutôt bien réalisés. Michaela Ische campe une
Tullia attachante, d'une voix toujours égale et très
projetée, qui sut générer de l'émotion
à son heure. Susan Gouthro propose une Cleonilla honorable
qu'on aurait peut-être imaginée plus brillante. Silio
est vaillamment chanté par Heike Wittrieb, dont la voix
d'abord gracile et précautionneuse se bonifie durant le
spectacle. Enfin, le ténor Peter Lodahl - Decio - offre un
timbre riche, une sonorité claire et très ouverte, et
bénéficie d'un organe autant pourvu de graves et de
medium que d'aigus. Il lui manque encore l'évidence et le
naturel, mais rien qui l'autorise à manquer autant
d'assurance. Ses premières interventions sont rendues
instables par un manque de confiance en soi, mais le dernier acte
permet de l'entendre au mieux.
Aurelia Eggers a
imaginé une mise en scène inventive et
déroutante. Le moteur est plutôt bien pensé, les
éléments qui viennent faire évoluer le
dispositif toujours d'à propos, mais une tendance à
appuyer les prédicats, à revendiquer un peu trop fort,
au risque d'enfermer le public dans une seule lecture possible du
spectacle, vient parfois gâcher un travail intelligent et
talentueux qui aurait largement pu s'en passer. Reste que l'on put
voir un Ottone in Villa décapant, toujours de façon
justifiée, ce dont personne songerait à se plaindre,
cela va de soi ! Quelques réserves cependant pour les costumes
maladroits et peu flatteurs de Moritz Junge..." (Anaclase.com - 8 février 2004)
- Essen - Aalto-Theater
Essen - 20, 24octobre, 8, 16, 28
novembre 2001 - Barocksolisten der Essener Philharmoniker - dir.
Andreas Spering - mise en scène Philipp Himmelmann -
décors Hermann Feuchter - costumes Petra Bongard -
lumières Hartmut Litzinger - dramaturgie Kerstin
Schüssler - avec Marcela de Loa (Cleonilla), Gritt Gnauck
(Ottone), Elisabeth Scholl (Caio), Christina Clark (Tullia),
Herbert Hechenberger (Decio)
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